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  • Camera obscura

    Enfant, je n'éprouvais pas le même malaise qu'aujourd'hui au cinéma : un sentiment de mort insidieux, comme si le temps était arrêté et l'espace, contenu. La présence à l'écran d'une jolie putain à poil n'y peut mais.

    Cela dit depuis la cour de récréation je fuis le type assez commun qui insiste pour raconter au premier venu sa dernière expérience cinématographique et se montre incapable de résumer l'intrigue ; le type même du mythomane.

    Il y a des énergumènes qui pensent que le cinéma est l'art du XXe siècle ; et du XXIe siècle, sur la lancée. Et même des philosophes chrétiens, il est vrai peu qualifiés, qui prêchent que le cinoche est le meilleur moyen d'évangéliser le monde ! Sans blague. Comme si la salle obscure n'était pas une métaphore de la caverne de Platon. Je précise, pour les "cinéphiles" : la métaphore n'est pas dans le cinéma mais l'englobe. Ça serait pécher contre la science que d'affirmer que le cinéma est vierge de toute métaphore, alors disons plutôt que le "Septième Art", comme tous les systèmes puritains, est iconoclaste, imperméable à l'imagination. Je vois sortir des salles obscures des têtes de zombis. Ils secouent leur hébétude sur le pas, avant de réintégrer l'espace-temps avec un soupir, persuadés que la fiction dépasse la réalité.



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    Si je n'ai pas vu le film Matrix, j'ai quand même entendu parler de son argument. Je crois qu'il y a des Russes derrière cette idée de monde dédoublé. Or, depuis que je suis doté d'une cervelle marxiste, c'est comme si j'étais passé complètement de l'"autre côté". Lorsque je cause avec un esprit "kantien", une paroi de verre blindé se forme entre nous. Je m'agite, je déploie des efforts insensés pour trouver la faille et faire sauter le vitrage, et le mec en face me regarde, un peu interloqué. C'est plus facile d'organiser une évasion d'un quartier de haute sécurité ; au moins les gars à l'intérieur ne vous mettent pas des bâtons dans les roues.
    Dans un cocktail mondain où je reprenais des forces, me nourrissant sur la bête, un architecte de profession me toise et me confie en sourdine : « Qu'est-ce qu'un arbre, mon lapin ? Si ce n'est… du… langage ! » Je m'appuie au platane pour y noyer mon chagrin de tous ces mal-logés, dans le vin.
  • Marx pour les Nuls

    Compter sur les résultats d’un match de foot pour rééquilibrer la balance commerciale d’un pays, voilà qui résume bien l’esprit du capitalisme ; c’est cocasse lorsqu’on sait que la plupart des matchs sont truqués.

    Les Français, qui veulent “moraliser” le capitalisme, lutter contre le dopage, refusent d’admettre que le capitalisme repose sur la tricherie. La “concurrence loyale” est un fantasme de crétin.
    Les “économistes” français Claude Bébéar et Philippe Manière doivent bien faire rire à leurs dépends dans les salles de marché yankies. Ces deux lascars partent du constat que “Wall Street” blanchit des milliards d’argent sale chaque année et qu’il faut par conséquent redresser ce système mafieux pour éviter sa chute.
    Dans le même ordre d’idée géniale, on pourrait aussi réformer la roulette au casino, afin que chacun ait une chance raisonnable de remporter le “jack pot”.

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    Il y a pourtant une fable de La Fontaine qui prévient aussi contre le libéralisme, c’est Pérette et le pot-au-lait. Voilà ce que les adhérents de l’UMP feraient mieux de lire plutôt que les niaiseries de Nitche ou de Heidegger.
    On peut voir aussi le libéralisme comme une sorte de pari pascalien sur l’avenir. Le blasphème qui consiste à parier sur l’existence de Dieu, l’idéologie libérale le remplace par un autre, contre la réalité cette fois.
    On aurait tort de croire qu’il n’y a aucun rapport. Au plan psychologique, c’est la même démarche. L’idéologie libérale, comme celle de Pascal (auquel les capitalistes français ont justement rendu hommage en imprimant sa face de renégat sur leurs billets de banque), repose sur l’algèbre et la géométrie euclidienne, c’est-à-dire sur des extrapolations.
    L’illogique pascalienne, l’illogique libérale, ce raisonnement de croupier, est né dans la peur.
    Jérôme Kerviel est bien un bouc émissaire. On initie hic et nunc dans certaines universités françaises de jeunes veaux aux “mathématiques financières”. A côté des “mathématiques financières”, l’astrologie est une véritable science ! Au moins elle inclut un phénomène concret : le mouvement des astres, tandis que les mathématiques financières sont purs jeux de l’esprit excluant l'histoire et la géographie.
    Cette angoisse que Pascal entend diminuer, au bout du compte ce scélérat ignorant des plus élémentaires recommandations évangéliques, cette angoisse il ne fait que l’accroître vu que l’algèbre et la géométrie sont des systèmes parfaitement incohérents. Le garde-fou se dérobe et le néant s’ouvre sous les pieds du barbare janséniste, libéral, gaulliste, laïc ou démocrate-chrétien.

  • Pourquoi Coffe ?

    Pourquoi Jean-Pierre Coffe, qui lacère de l’ersatz de jambon de chez Leclerc, vomit sur des yahourts Danone, piétine des pommes importées d’Australie, insulte les pourvoyeurs de merde, et à côté de ça il faudrait se taper les bouquins de BHL, de Poivre-d’Arvor, de Labro, tous les Nothomb, les Beigbeder, tous ces navets de supermarché, sans moufter !?
    Est-ce que la “Fnac” ne mérite pas le même mépris que les “Trois Mousquetaires” ou “Casino” ? Les bouquins pasteurisés nuisent aux bouquins “goûtus”, exactement comme pour la bouffe. Alors ?

    Quelques pistes :
    - D’abord, si Coffe peut s’en donner à cœur joie et jouer au grand Inquisiteur de la malbouffe, c’est parce que son public de bobos ne mange pas de l’aggloméré de porc ou de dinde. Il ne se sent donc pas visé par ces autodafés.
    Si on s’en prenait à des gadgets comme Harry Potter ou Johnatan Littell, à toute cette sous-littérature yankie prisée, les Bret Easton Ellis, les DeLillo et autres Paul Auster, Norman Mailer, Philippe Roth, chiants comme un week-end au Texas ou à New York, voire à des idoles comme Proust ou Camus, ça ne serait pas la même chanson.
    Qu’on se souvienne du scandale provoqué par Edern Hallier chez les lecteurs de Philippe Sollers pour quelques bouquins indignes d’intérêt jetés ostensiblement aux ordures…

    On va objecter : « Mais les bobos ne lisent pas tant que ça ! Ils vont surtout au cinéma, ou ils matent des dévédés, se fourrent l’i-pod dans l’oreille… Ils ne sont pas beaucoup plus concernés par la mauvaise littérature que par la malbouffe. »
    Certes, mais ça ne les empêche pas d’avoir le fétichisme de la littérature. Dans un régime laïc, même si on lit peu, les jolies tranches dorées de la Pléiade, ces gros livres cossus qui ornent les intérieurs bourgeois, remplissent le rôle des statuettes de saints chez les chrétiens ou des totems dans les tribus. Ils rassurent.

    - Les autodafés de livres et de tableaux, dans le régime nazi, manifestent un intérêt pour les choses spirituelles comme on n’en verra plus jamais dans un régime laïc bourgeois. On peut dire du bourgeois actuel, par rapport à son ancêtre à la croix gammée, qu’il a un estomac à la place de la cervelle.

  • Brave New World Today

    L'essence de la laïcité, c'est donc la négation. Non pas la négation de Dieu, mais la négation de la religion. Les laïcs nient que toutes leurs fêtes, leurs dogmes, leurs saints, leurs martyrs, leur mythologie, leurs sacrements, les Droits de l'Homme virtuels, ces principes qu'ils partagent et font parfois partager par la force, ils nient que tout cela constitue une religion.

    Lorsqu'il insulte l'islam à la Une du Figaro, avec le soutien du ministère de l'Intérieur et de toute la presse laïque et libérale, Robert Redeker ne s'exprime pas au nom de la religion laïque qui est pourtant la sienne, mais au nom de la "neutralité", de l'"indépendance", voire de la "liberté de penser". Et tous les pasteurs de la religion laïque de même, les BHL, Finkielkraut, Fourest, Régis Debray, Max Gallo : tous prétendent qu'ils se situent "au-dessus" de la mêlée religieuse. On ne peut pas le dater avec précision, mais il y a un moment où on a basculé dans le "Meilleur des Mondes", c'est une certitude. Cette absurdité qui n'est encore qu'une anticipation chez Alphonse Allais, Jarry ou Aldous Huxley, ça y est, on y est, en plein dedans.

    Le fanatisme laïc est d'une violence extrême précisément en raison de cette négation.

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    Personnellement je me considère comme une victime, un rescapé du fanatisme laïc. Depuis mon plus jeune âge, à chaque fois que j'ai souhaité progresser sur le chemin de l'art, de la science ou de l'histoire, j'ai buté sur le fanatisme laïc, pétri de syllogismes et d'algèbre, les deux armes favorites du totalitarisme. Et je suis d'ailleurs tombé plusieurs fois dans les chausse-trappes de la rhétorique laïque.

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    Je ne peux pas évoquer la laïcité et le totalitarisme sans évoquer la pensée démocrate-chrétienne. Car si elle est désormais à la remorque de la pensée laïque et se contente d'en transposer les principes dans le microcosme chrétien, la pensée démocrate-chrétienne a beaucoup contribué à forger la religion laïque. S'il fallait citer cinq des plus grands docteurs de l'Eglise laïque, on ne pourrait manquer d'inclure Kant, Feuerbach et Hegel, du plus aveugle au moins aveugle.

    Si j'aime bien prendre le cardinal Barbarin comme exemple de pasteur démocrate-chrétien, incarnant le mélange étrange entre la religion laïque et la religion chrétienne, même si Mgr Lustiger n'était pas mal dans le même genre, c'est bien sûr à cause de son patronyme. "Barbarin" rend l'idée d'une barbarie, mais discrète, comme raffinée : on ne peut mieux dire que le "barbarinisme démocrate-chrétien".

    Logiquement au coeur de l'idéologie de Mgr Barbarin, il y a aussi une négation. "Rendez à Dieu ce qui est à Dieu..." : ce fameux passage de l'Evangile de Matthieu où Jésus, confronté aux Pharisiens qui veulent le piéger, le compromettre avec les autorités romaines ou avec le nationalisme juif, ce fameux passage dans lequel Jésus interdit de rendre un culte à César, c'est précisément sur ce passage que les démocrates-chrétiens fondent leurs principes laïcs !

    Il est intéressant de voir comment ils s'y prennent pour subvertir l'Evangile. La doctrine catholique authentique interprète ce passage comme l'établissement d'une hiérarchie. Le Royaume de Dieu prime sur le Royaume des hommes ; la confusion des deux, qu'on pourrait qualifier de "théocratie", est exclue. A cet ordre les démocrates-chrétiens substituent un parallélisme. C'est le raisonnement algébrique des deux sphères, la sphère laïque et la sphère privée, l'une à côté de l'autre. Premier dérapage volontaire. Le second consiste ensuite, comme fait un jongleur, a faire passer la sphère publique au-dessus de la sphère privée.

    L'Evangile devient, au terme du tour de magie : "Il faut payer l'impôt à César !" Invraisemblable, n'est-il pas ? Une telle interprétation est impossible, autant que son contraire "Il ne faut pas payer l'impôt à César !", car dans l'un ou l'autre cas cela signifierait que Jésus est tombé dans le piège des Pharisiens.

    Les démocrates-chrétiens fondent la démocratie, c'est-à-dire la théocratie, sur le passage de l'Evangile qui l'interdit. Difficile de faire plus bifide, plus "pharisien".

    Une dernière observation importante : la démocratie-chrétienne, qui se présente souvent comme un "retour à la lettre des Evangiles", commence par en bafouer l'esprit pour, au bout du compte, en modifier la lettre avec un sang-froid qui a de quoi glacer les âmes encore vivantes.

    C'est à saint Marx et presque à lui seul que je dois d'avoir échappé à l'hérésie démocrate-chrétienne et laïque. Aussi ne puis-je m'empêcher de l'en remercier aussi souvent que je le peux.