lundi, 07 avril 2008

Croisade moderne

Le comble de la bêtise haineuse dirigée contre les musulmans a été atteint par Robert Redeker à la Une du Figaro. Rien d’étonnant lorsqu’on sait que cette pelure est actionnée en sous-main par un marchand d’armes pro-américain qui, en tant que marchand d’armes, est tout sauf intéressé à la paix. Il paraît que les avions Dassault sont même si mal fichus qu’il faudrait au moins un guerre nucléaire mondiale pour décider la clientèle potentielle à en acheter.

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Mais Redeker n’est qu’un pion, un petit hussard laïc sans raisonnement. Plus sophistiqués sont les arguments du professeur Alain Besançon pour tenter de diminuer l’islam aux yeux du public chrétien de France ; ces arguments ont été publiés récemment dans la revue démocrate-chrétienne libérale Commentaire (Les rares démocrates-chrétiens dotés d’une cervelle lisent cette revue, tandis que les autres se contentent du Figaro ou du Monde comme pain quotidien.) Besançon part d’une typologie élaborée par le concile de Vatican II dans le cadre de sa doctrine œcuménique. De manière spécieuse, cette typologie fait de la religion juive la religion la plus proche du catholicisme. Ça n’a pas beaucoup de sens. Il suffit de lire les Actes des apôtres pour se rendre compte de la très vive opposition d’une partie des Juifs au christianisme, allant jusqu’à la lapidation de saint Paul (s’adressant aux Juifs : « Prenez donc garde qu’il ne vous arrive ce qui est dit dans les Prophètes : Voyez, contempteurs, soyez étonné et disparaissez, parce que je vais faire en vos jours une œuvre, une œuvre que vous ne croirez pas si on vous la raconte. » Actes XIII, 41.) Le Concile de Vatican II a pris la responsabilité d’occulter cette opposition entre Juifs et chrétiens et la mise en garde de Paul (soulignée contre vents et torrents de boue par L. Bloy), mais la gnose du concile est rien moins que discutable. L’Ancien Testament est bien sûr la matrice du christianisme, mais pour que le judaïsme et le christianisme soient des religions “sœurs”, il faudrait que les Israélites eux-mêmes reconnaissent l’Ancien Testament comme la matrice du Nouveau, et cela ne se peut sans que les Juifs deviennent chrétiens. Rien d’étonnant à ce que Besançon confirme Vatican II sur ce point. En revanche, il infirme le rapprochement opéré par Vatican II entre le catholicisme et l’islam, musulmans et catholiques ayant au moins Abraham, Jésus et Marie en partage. Pour Besançon l’opposition est plus radicale entre l’islam et le catholicisme où “les attitudes physiques de l’adoration” ont presque disparu. Une remarque significative des idées d’Alain Besançon : « Pour l’islam (…) Dieu est évident. Son existence se constate dans l’ordre du monde sans qu’il soit besoin d’un raisonnement supplémentaire. Il est aussi évident que le soleil dans le ciel bleu. » Drôle de prise de position ! Besançon n’a pas l’air de savoir que pour saint Augustin comme pour Duns Scot, Roger Bacon, Francis Bacon, Léonard, Newton, Baudelaire, Bloy, Claudel, pour citer quelques catholiques éminents, Dieu est aussi évident que le soleil dans le ciel bleu ; ainsi que pour beaucoup d’autres encore moins éminents. On comprend mieux l’idéologie de Besançon avec cette autre définition. « Dans l’esprit du christianisme, on ne connaît le vrai Dieu que si l’on entre dans les voies par lesquelles il s’est fait connaître. » En effet, si cette phrase ne veut rien dire de très précis, on y reconnaît la mentalité protestante ou démocrate-chrétienne pour qui Dieu est une sorte de quête spirituelle, une sorte d’approfondissement de la foi en Dieu (qui n’est pas évidente au départ). Par conséquent on voit que si le parti de Besançon est moins brutal, celui-ci passe par les mêmes raccourcis peu orthodoxes que son corréligionnaire Redeker.
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Mais le plus intéressant est ailleurs. La seule remarque vraiment réaliste de Besançon, c’est que l’indifférence en matière de religion est aujourd’hui en Europe un fait majeur, que les musulmans, les juifs et les chrétiens pratiquants ne représentent qu’un très faible pourcentage de la population. Pour une fois Besançon est à peu près objectif. Mais une autre évidence corrélative que Besançon se garde de relever, c’est que la prétendue “indifférence religieuse” n’en est pas une. Il n’est que de voir le fanatisme des autorités laïques à combattre toutes les religions qui ne relèvent pas des autorités laïques, pour comprendre cette ferveur laïque. On pourrait citer cinquante grands-prêtres de cette religion, occupant de hautes responsabilités, et leurs dogmes laïcs, sans peine. Et c’est ça qui est intéressant. Pourquoi les démocrates-chrétiens comme Besançon, qui prétendent à un peu de subtilité, refusent-ils de reconnaître le caractère religieux manifeste du régime laïc ? Si réel que certains athéologiens comme Feuerbach le démontrent positivement, et que d’autres comme Diderot ou Nitche, l’incarnent ? (Feuerbach est le Thomas d’Aquin de la religion laïque, et Nitche son Augustin.) La réponse est simple. Tous les savants sophismes de Besançon ne servent qu’à masquer cette réalité religieuse laïque, car il n’est pas bien difficile ensuite de comprendre que si le républicanisme est une religion, la démocratie-chrétienne n’est qu’une secte à l’intérieur de cette religion. Un exemple frappant d’adaptation de la morale démocrate-chrétienne à la morale laïque, c’est le consensus quasi-général des évêques de France sur l’avortement. Ou encore cette injonction du cardinal Barbarin (le bien nommé), faisant du fait de voter un devoir chrétien, et par conséquent du fait de ne pas voter un péché. Aux démocrates-chrétiens laïcards comme Redeker ou Besançon, à Mgr Barbarin, musulmans comme chrétiens orthodoxes peuvent opposer le passage des Psaumes juifs où il est dit que “les dieux des nations sont des démons” puisque ceux-ci sont férus d’Ancien Testament.

lundi, 19 mars 2007

L'exemple musulman

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En voyant la minorité musulmane protester avec vigueur il y a quelques mois contre les insultes de Robert Redeker, ce catholique rénégat, aussi dégoûtant, aussi vindicatif qu'un athée, j'ai été jaloux, j'avoue… Quand les évêques français osent-il s'élever contre les insultes contre la religion catholique, qui reviennent régulièrement dans les médias, la presse, la télévision, le cinéma ? Quand ? Pratiquement jamais ! Au contraire, les évêques défendent le principe de la "liberté d'expression" - on croit rêver, dans un pays où la publicité contrôle la presse à 90 % et où les médias n'ont jamais été aussi inféodés à un groupe restreint de grosses sociétés, quand on entend dire que la liberté d'expression est menacée par les musulmans ! On a ainsi pu observer récemment que Le Monde, qui soutenait Lionel Jospin lors des dernières élections, a complètement changé de ligne politique pour se mettre en conformité avec le discours de Sarkozy, sans changer de direction ! Un tel revirement aurait été impensable au XIXe siècle où il ne s'agissait pas seulement pour les journalistes de faire du remplissage entre deux encarts publicitaires. Honneur donc aux musulmans qui montrent l'exemple aux catholiques, très minoritaires eux aussi désormais, et généralement plus lâches. J'ai encore été jaloux ce week-end en apprenant l'ouverture de la première banque islamique au Royaume-Uni ! Pendant que les musulmans ouvrent une banque conforme à leurs principes, avec prohibition des taux usuraires, du découvert, des crédits immobiliers à très court terme, pas de comptes rémunérés, pas de thésaurisation, des investissements limités dans des entreprises respectant la morale musulmane… bref, pendant que les musulmans agissent sur le terrain social, que font les cathos ? Que dalle, ils se gargarisent de blabla théologique, ils n'hésitent pas à financer avec leur propre argent des chaînes de télévision ou des groupes de presse ennemis. Qu'ils l'ignorent ou qu'ils s'en foutent, ça revient au même.