mardi, 15 décembre 2009

Vol de cacouacs

Comment se fait-il que la vie de Justine Lévy ou celle de Frédéric Beigbeder nous emmerde ? Tandis que les vies de Voltaire, de Jean-Jacques Rousseau ou de Louis-Ferdinand Céline nous passionnent ? Beau sujet de dissertation si le baccalauréat servait à quelque chose.

On peut passer par "Jacques Le Fataliste", petit bijou de la littérature janséniste, pour le comprendre. Comment ça, Diderot, janséniste ? Eh bien oui, pas seulement à cause de l'éloge de la fatalité, du destin, de la fortune, "Fata Morgana", divinité sacrée du "saint Empire romain germanique", ce "Titanic" qui n'en finit pas de couler ; mais aussi janséniste par la volonté de rendre moral ce qui s'allie le moins à la morale, à savoir l'art. L'attentat baroque contre l'art, Diderot le prolonge.

Mais revenons à "Jacques". Son créateur voulut y poser l'identité du destin et de dieu ; ce faisant, il n'a fait qu'illustrer ce qu'est un mauvais romancier. On pourrait dire que l'existentialisme n'est qu'un mauvais roman (en attendant de n'être qu'un mauvais rêve). L'effort pour restaurer quelque vieille ruine gothique et l'exposer dans un intérieur bourgeois. L'existentialisme est un conservatisme allemand : Ratzinger aussi bien que Sartre. Hélas, trois fois hélas, l'existentialisme est bien d'abord camelote chrétienne.

Voltaire, Rousseau comme Céline ne valent que par leur tentative désespérée d'échapper au destin, partition que les fayots du premier rang, Frédéric ou Justine, se contentent d'exécuter comme des violoneux imbéciles.




dimanche, 29 novembre 2009

Conversion d'un Juif

Motifs singuliers de la conversion d'un Juif à la religion chrétienne

 

J'ai entendu dire qu'il y avait autrefois à Paris, un fameux marchand d'étoffe de soie, nommé Jeannot de Chevigny, aussi estimable par la franchise et la droiture de son caractère que par sa probité. Il était l'intime ami d'un très riche juif, marchand comme lui et non moins honnête homme. Comme il connaissait mieux que personne ses bonnes qualités : "Quel dommage, disait-il en lui-même, que ce brave homme fût damné !" Il crut donc devoir charitablement l'exhorter à ouvrir les yeux sur la fausseté de sa religion qui tendait continuellement à sa ruine ; et sur la vérité de la nôtre, qui prospérait tous les jours.

Abraham lui répondit qu'il ne connaissait de loi si sainte, ni meilleure que la judaïque ; que, étant né dans cette loi, il voulait y vivre et mourir, et que rien ne serait jamais capable de le faire changer de résolution. Cette réponse ne refroidit point le zèle de Jeannot. Quelques jours après il recommença ses remontrances. Il essaya même de lui prouver, par des raisons telles qu'on pouvait les attendre d'un homme de sa profession, la supériorité de la religion chrétienne sur la judaïque ; et quoi qu'il eût affaire à un homme très éclairé sur les objets de sa croyance, il ne tarda pas à se faire écouter avec plaisir. Dès lors il réitéra ses instances ; mais Abraham se montrait toujours inébranlable. Les sollicitations d'une part et les résistances de l'autre allaient toujours leur train, lorque enfin le juif, vaincu par la constance de son ami, lui tint un jour le discours que voici :

"Tu veux donc absolument, mon cher Jeannot, que j'embrasse ta religion ? Eh bien, je consens à me rendre à tes désirs ; mais à une condition, c'est que j'irai à Rome pour voir celui que tu appelles le vicaire général de Dieu sur la terre et étudier sa conduite et ses moeurs, de même que celle des cardinaux. Si, par leur manière de vivre, je puis comprendre que ta religion soit meilleure que la mienne (comme tu es presque venu à bout de me le persuader), je te jure que je ne balancerai plus à me faire chrétien ; mais, si je remarque le contraire de ce que j'attends, ne sois plus étonné si je persiste dans la religion judaïque, et si je m'y attache davantage."

Le bon Jeannot fut singulièrement affligé de ce discours. "O ciel, disait-il, je croyais avoir converti cet honnête homme, et voilà toutes mes peines perdues ! S'il va à Rome, il ne peut manquer d'y voir la vie scandaleuse qu'y mènent la plupart des ecclésiatiques, et alors, bien loin d'embrasser le christianisme, il deviendra, sans doute, plus juif que jamais." Puis, se tournant vers Abraham : "Eh ! Mon ami, lui dit-il, pourquoi prendre la peine d'aller à Rome et faire la dépense d'un si long voyage ? Outre qu'il y a tout à craindre sur la terre et sur la mer pour un homme aussi riche que toi, crois-tu qu'il manque ici de gens pour te baptiser ? Si, par hasard, il te reste encore des doutes sur la religion chrétienne, où trouveras-tu des docteurs plus savants et plus éclairés qu'à Paris ? En est-il ailleurs qui soient plus en état de répondre à tes questions et de résoudre toutes les difficultés que tu peux proposer ? Ainsi ce voyage est très inutile. Imagine-toi, mon cher Abraham, que les prélats de Rome sont semblables à ceux que tu vois ici, et peut-être meilleurs, étant plus près du souverain pontife, et vivant, pour ainsi dire, sous ses yeux. Si tu veux donc suivre mon conseil, mon cher ami, tu remettras ce voyage à une autre fois, pour un temps de jubilé, par exemple, et alors je pourrai peut-être t'accompagner.

- Je veux croire, mon cher Jeannot, répondit le juif, que les choses sont telles que tu le dis, mais pour te déclarer nettement ma pensée et ne pas t'abuser par de vains détours, je ne changerai jamais de religion à moins que je ne fasse ce voyage." Le convertisseur, voyant que ses remontrances seraient vaines, ne s'obstina pas davantage à combattre le dessein de son ami.

D'ailleurs, comme il n'y mettait rien du sien, il ne s'en inquiéta pas plus qu'il ne fallait ; mais il n'en demeura pas moins convaincu que son prosélyte lui échapperait s'il voyait une fois la cour de Rome.

Le juif ne perdit point de temps pour se mettre en route ; et, s'arrêtant peu dans les villes qu'il traversait, il arriva bientôt à Rome, où il fut reçu avec distinction par les juifs de cette capitale du monde chrétien. Pendant le séjour qu'il y fit, sans communiquer à personne le motif de son voyage, il prit de sages mesures pour connaître à fond la conduite du pape, des cardinaux, des prélats et de tous les courtisans. Comme il ne manquait ni d'activité ni d'adresse, il vit bientôt, par lui-même et par le secours d'autrui, que, du plus grand jusqu'au plus petit, tous étaient corrompus, adonnés à toutes sortes de plaisirs naturels et contre nature, n'ayant ni frein, ni remords, ni pudeur ; que la dépravation des moeurs était portée à un tel point parmi eux que les emplois, même les plus importants, ne s'obtenaient que par le crédit des courtisanes et des gitons. Il remarqua encore que, semblables à de vils animaux, ils n'avaient pas de honte de dégrader leur raison par des excès de table ; que, dominés par l'intérêt et le démon de l'avarice, ils employaient les moyens les plus bas et les plus odieux pour se procurer de l'argent ; qu'ils trafiquaient du sang humain sans respecter celui des chrétiens ; qu'on faisait des choses saintes et divines, des prières, des indulgences, des bénéfices, autant d'objets de commerce, et qu'il y avait plus de courtiers en ce genre qu'à Paris en fait de draps ou d'autres marchandises. Ce qui ne l'étonna pas moins, ce fut de voir donner des noms honnêtes à toutes ces infamies, pour jeter une espèce de voile sur leurs crimes. Ils appelaient "soin de leur fortune" la simonie ouverte ; réparation des forces les excès  de table dans lesquels ils se plongeaient, comme si Dieu, qui lit jusque dans les intentions des coeurs corrompus, ne connaissait pas la valeur des termes, et qu'on pût le tromper, en donnant aux choses des noms différents de leur véritable signification. Ces moeurs déréglées des prêtres de Rome étaient bien capables de révolter le juif, dont les principes et la conduite avaient pour base la décence, la modération et la vertu. Instruit de ce qu'il voulait savoir, il se hâta de retourner à Paris. Dès que Jeannot est informé de son retour, il va le voir ; et, après les premiers compliments, il lui demanda, presque en tremblant, ce qu'il pensait du saint-père, des cardinaux et généralement de tous les autres ecclésiastiques qui composaient la cour de Rome ?

"Que Dieu les traite comme ils le méritent, répondit le juif avec vivacité ; car tu sauras, mon cher Jeannot, que, si, comme je puis m'en flatter, j'ai bien jugé ce que j'ai vu et entendu, il n'y a pas un seul prêtre à Rome qui ait de la piété ni une bonne conduite, même à l'extérieur. Il m'a semblé, au contraire, que le luxe, l'avarice, l'intempérance, et d'autres vices plus criants encore, s'il est possible d'en imaginer, sont en si grand honneur auprès du clergé que la cour de Rome est bien plutôt, selon moi, le foyer de l'enfer que le centre de la religion. On dirait que le souverain pontife et les autres prêtres, à son exemple, ne cherchent qu'à la détruire au lieu d'en être les soutiens et les défenseurs ; mais, comme je vois que, en dépit de leurs coupables efforts pour la décrier et l'éteindre, elle ne fait que s'étendre de plus en plus et devenir tous les jours plus florissante, j'en conclus qu'elle est la plus vraie, la plus divine de toutes, et que l'Esprit-Saint la protège visiblement. Ainsi, je t'avoue franchement, mon cher Jeannot, que ce qui me faisait résister à tes exhortations est précisément ce qui me détermine aujourd'hui à me faire chrétien. Allons donc de ce pas à l'église, afin que j'y reçoive le baptême, selon les rites prescrits par ta sainte religion."

Le bon Jeannot, qui s'attendait à une conclusion bien différente, fit éclater la plus vive joie, quand il l'eut entendu parler de la sorte. Il le conduisit à l'église de Notre-Dame, fut son parrain, le fit baptiser et nommer Jean. Il l'adressa ensuite à des hommes très éclairés qui achevèrent son instruction. Le nouveau converti fut cité, depuis ce jour, comme un modèle de toutes les vertus.

*

D'une certaine façon, cette nouvelle de Jean Boccace (1313-75) n'a pas si "vieillie" que ça. Elle est quoi qu'il en soit assez représentative de l'esprit de la Renaissance, et illustre la nécessité pour définir une identité européenne politiquement correcte à l'instar de celle des Etats-Unis de faire table rase de la Renaissance ; l'exemple de l'identité yankie démontre que l'identité a pour contrepartie l'ignorance ou la mythomanie historique nationale-socialiste.

La Renaissance est une "phase" historique particulièrement intéressante dans la mesure où son véritable sens est occulté par tous les partis qui composent le paysage religieux français contemporain, de "droite" comme de "gauche" ; concernant l'exposition consacrée à Titien, Véronèse et au Tintoret au Louvre, les conservateurs n'hésitent pas à tartiner des niaiseries tirées des spéculations de ce sous-produit de culture puritaine boche qu'est Frédéric Nitche, sans doute ce qu'on trouve de plus éloigné de l'esprit de la Renaissance.

On a tendance à faire de Savonarole (1452-98) ou du combat assez tardif de Luther (1483-1546) contre la simonie romaine et le mercantilisme de la société allemande des cas isolés ; en oubliant que Dante Alighieri, Rabelais, Erasme, Shakespeare convergent dans le même sens que l'on peut qualifier d'"historique" ou d'"apocalyptique" pour reprendre le terme chrétien.

Entre Thomas d'Aquin et Dante, il y a déjà une différence de cette nature ; même si Dante n'est pas encore complètement débarrassé de la statique religieuse médiévale, sa théologie possède un dynamisme plus grand que celle de Thomas d'Aquin ; elle est plus catholique ne serait-ce que parce qu'elle s'adresse à tous, petits et grands, à condition de savoir lire ; elle n'est pas une théologie à l'usage des clercs. Par ailleurs, Dante est plus révolutionnaire que Thomas d'Aquin dès lors qu'on saisit qu'il est le dernier à avoir séjourné au Purgatoire et que son passage en a définitivement ébranlé les colonnes. Le purgatoire fut une composante décisive de la puissance religieuse romaine : pour la laïcité, bien que le tour qu'elle a pris l'aurait horrifié étant donné qu'elle est devenue peu ou prou la religion de Bel, pour cette laïcité Dante a beaucoup plus oeuvré que tous les carreurs de cercle identitaire d'aujourd'hui, petits pédérastes pendus aux mamelles de l'Etat.

*

De façon anecdotique, pour reprendre le propos du poète T.S. Eliot, la langue de Dante est sans doute celle qui créée la plus parfaite illusion d'identité européenne, elle est une sorte d'"espéranto" (je résume Eliot) comme jamais plus l'Europe ne connaîtra (le problème de l'identité étant entièrement idéologique, il sera plus facile de lui apporter un semblant de réponse sur le plan du langage ; on peut par ex. parodier Rivarol et dire : "Mon identité, c'est ma langue.", ce qui ne veut pas dire grand-chose et appelle le commentaire de Péguy -ici proche de Marx- sur ces intellectuels qui ont les mains pures parce qu'ils n'ont pas de mains ; on pourrait même parler de "vertueux assassins" aujourd'hui ; ou le commentaire de Shakespeare sur les beaux parleurs qui se payent de mots, c'est-à-dire en monnaie de singe.)

Dante est la plus parfaite illusion de l'Europe, et pourtant sa poésie ou sa théologie correspond à un degré d'hellénisme plus fort que celui de Thomas d'Aquin et qui n'a plus d'équivalent aujourd'hui où refleurissent d'ineptes théories à propos d'une Europe essentiellement romaine.

jeudi, 26 novembre 2009

Onfray et Milou

Déjà que je ne pouvais pas sacquer le social-traître Onfray ("Tout sauf la révolution"), cousin germain du social-traître Ratzinger ("Caritas in Veritate"), depuis que j'ai vu à la télé ce jouisseur mimétique prendre la charmante Houria Bouteldja de haut, de toute la hauteur de ses petites fiches de cuculture et d'auteur de best-sellers certifiés non-conformes par la Fnac, j'ai une furieuse envie de saisir le fâcheux par le froc pour le balancer dans sa mare de stupre virtuel.

Pourquoi charmante Houria ? C'est peu de dire qu'elle détonne parmi toutes les petites saintes Thérèse du PAF, abonnées à "Madame Figaro" ou "Libé" et prêtes à sucer la première bite de banquier qui passe (le genre Beigbeder).
Et puis ne s'exprime-t-elle pas mieux en Français que tous ces Don Quichotte du subjonctif qu'elle désintègre ainsi ?

Je dois remercier Houria qui n'a pas manqué de souligner le paternalisme d'Onfray de m'avoir aidé à piger un truc, d'un seul coup, à savoir le caractère nitchéen de la mythologie d'Hergé ; que Onfray c'est Tintin avec de grosses lunettes (pour Milou, il faut chercher du côté de Houellebecq). Tout y est en effet : le côté boy-scout, l'éducation chrétienne puritaine finalement jetée aux orties et troquée contre un bouddhisme pas si exotique que ça (pas un hasard si le pape allemand continue de faire l'éloge au XXIe siècle des bonzhommes chrétiens du XIIe) ; sans oublier les petites fiches techniques dont on devine qu'elles ont permis à Hergé d'anticiper le voyage sur la lune. Le côté pédérastique de Tintin a déjà été souligné et la philosophie de Nitche est le produit de l'abus sexuel maternel.
Hergé se garde de prononcer directement la mort de Dieu, mais il y a un contexte, un ersatz d'idéologie chrétienne dans Tintin comme dans le "gay savoir". Tintin se moque des flics tout en étant lui-même une sorte de super-flic à l'instar des super-héros yankis.
On peut objecter la satire du capitalisme de la part d'Hergé à côté de celle des Soviets ("Tintin en Amérique"), mais le nazisme lui-même est dirigé et conçu comme une sorte de réforme morale du capitalisme yanki, et Hergé a été obligé de se plier à la censure de nombreux albums incriminant des banquiers judéo-yankis - bien que ce soit à l'Allemagne que les Etats-Unis empruntent la plupart de leurs principes et ressemblent le plus par leur nationalisme insane ; Drieu La Rochelle d'ailleurs, en voyant les nazis débarquer à Paris, fut d'un coup désabusé et reconnut en eux des bourgeois ordinaires (C'est une des raisons qui font que Drieu est "impardonnable", contrairement à Nitche, Hergé, Arendt ou Heidegger, le fait qu'il se désolidarise de la culture bourgeoise après avoir hésité longtemps à cracher dans la soupe, du fait d'un sens de l'honneur mal placé.)

mardi, 13 octobre 2009

Polaroïde

Vaste blague que l'engagement politique des romans de Jean-Patrick Manchette, défendu avec une piété filiale touchante par son fiston. Probablement Manchette-père lui-même aurait-il été pris d'un doute sur l'impact politique de son oeuvre, étant donné la promptitude obséquieuse de "France-Culture" et de la "Fnac" à en faire la promo aujourd'hui. Si on va par-là, Jean d'Ormesson c'est Che Guevara.

Sérieusement, le fils Manchette ferait mieux de se demander pourquoi Céline est encore censuré en 2009, contrairement à son paternel, et je ne parle même pas des "Pamphlets" ; pourquoi le moindre scribouillard de gauche, de droite ou du centre considère comme un exercice de style d'aller pisser sur la tombe de Céline en rang serré par deux au pas de l'oie ? Est-ce vraiment la démocratie à qui Céline fait faire dans son froc ?

Personnellement je me suis coltiné deux ou trois polars de Manchette, "Le Petit Bleu de la Côte Ouest", "La Princesse de bidule-truc-chouette"... sans y voir le moindre engagement politique précis ; et même, en-deçà de la logique révolutionnaire, je n'y ai même pas vu beaucoup de passion, un genre plutôt de colin froid ou de photographe. Même la vindicte du réac ADG contre le régime gaulliste mafieux est plus "efficace" et passionnée (et beaucoup plus populaire). D'ailleurs Manchette-fils défend le STYLE de son père. Mais le style ça ne regarde que les gangsters, les flics ou les meubles, bordel ! Marcel Proust. Même Céline ne ramène le truc du style que pour mieux baiser les journalistes.



vendredi, 09 octobre 2009

L'Infini

J'ai relu quelques pages du "Petit Nicolas" pour m'en assurer : Philippe Delerm est le Agnan de la classe médiatique. Il cite Monet à l'appui de son culte de l'Infini et ça mérite 20/20.

mercredi, 07 octobre 2009

Lire à Cuba

L'hypothèque bancaire actuelle fait que les médiats -y compris ceux qui roulent ouvertement pour Sarkozy-, traitent Cuba avec moins de mépris ou d'indignation feinte qu'il y a un an ou deux. L'urgence est d'un seul coup beaucoup moins grande de se rebeller contre une dictature qui prive ses sujets d'écrans plasma dans le salon et de taux d'intérêt défiant toute concurrence pour construire couple et famille sur des bases immobilières plus sérieuses qu'un air de salsa.

Cohn-Bendit, petit tailleur d'idées toutes faites pour bobos, retourne sa veste au Capital qui porte désormais la marque "Décroissance et Pudeur".

Peut-être est-on curieux de savoir comment on vit dans un régime fondé sur l'idéal, quand on se prépare soi-même à être sevré bientôt d'or noir et de la sueur et du sang d'esclaves aussi lointains que ravis -nous dit "Le Figaro"- de s'enrichir grâce à nous ?

Le rappel que le principal boulevard à putes de La Havane est tout de même une fière idée des colons yankis est le seul clin-d'oeil discret adressé au téléspectateur de "M6", qui diffuse le reportage que je regarde. Mais c'est un autre détail qui me choque : la caméra montre un type qui exerce un métier traditionnel cubain : lecteur public ; il lit au micro des bouquins à des rangées d'ouvrières qui roulent en tirant la langue des cigares de luxe. Aussi désuet mais charmant que la lecture au réfectoire des derniers monastères. Or ce préposé à la culture populaire lit quoi ? Guy de Maupassant ! C'est-à-dire à peu près le genre de littérature du goût de la bourgeoise française moyenne !? Je crois même me rappeler que Maupassant est l'écrivain préféré de Giscard-d'Estaing, avec le résultat qu'on sait. Non mais où Fidel Castro a-t-il la tête ? Le culte de la littérature pornographique française n'est pourtant pas le genre de Marx et Engels.

Cela dit j'ai déjà entendu dans des réfectoires d'abbayes des lectures encore plus vaines que ça ; la "Vie de Saint Dominique" par Lacordaire, par exemple, tissu de dévôtes conneries espagnoles.

lundi, 21 septembre 2009

Le Sexe des médiats

E. Nolleau est le critique de plateau télé parfait, qui a pigé que si on peut encore se permettre d'y vilipender tel ou tel bouquin, cet art bénéfique qu'est le cinoche, il vaut mieux éviter d'en dire du mal. Comme on dit au PS du mal de la guerre, mais on vote pour, histoire de faire la part de l'utopie et du financement des partis politiques.

Dans la même veine moyenne, Nolleau est assez clairvoyant pour discerner la tournure pédophile* des bouquins de Yann Moix, en oubliant de dire que le préau de la littérature française est encombré depuis belle lurette de ludions qui jouent à touche-pipi : Proust, Sartre, Robbe-Grillet et Houellebecq en queue de peloton, qui se languissent du con de leur mère comme c'est pas permis (tendance qui a même donné un spécimen au rayon théologie : Jean Guitton).

Idem pour le cinoche ; il suffit de se poster à la sortie d'une salle et d'observer la bordée de foetus qui en sort après le générique (sic) de fin, les yeux papillonnant devant le monde réel, comme déstabilisés. A tel point qu'on peut dire d'un cinéphile qu'il est "inné".

Dans cette nouvelle Carthage effrayante qu'est New York, terrorisante pour une âme d'artiste français avec ses grands phallus futuristes et sa musique, où Céline se réfugie-t-il ? Au cinoche. Baudelaire a assez d'esprit pour maudire la photographie, irruption du décret dans l'art, mais il se fait cependant tirer le portrait pour que sa mère ne l'oublie pas.

*Compte tenu du risque de poursuite judiciaire, E. Nolleau ne parle pas de "pédophilie", c'est moi qui utilise ce terme dans un sens très large, incluant le sentiment d'homosexualité et même la monogamie entêtée qui dissimule le même besoin de protection maternelle (la sexualité, naturelle et marquée par la perversion pour Freud, est artificielle et marquée par l'inceste pour un chrétien, quel que soit son goût particulier.)

mercredi, 16 septembre 2009

Rentrée littéraire

"La ville - tu vois bien toi-même - n'en peut plus des vagues qui déferlent ; elle n'a plus la force de redresser la tête du fond du déferlement meurtrier.

Elle meurt, dans le calice des fleurs où la terre porte ses fruits. Elle meurt dans les troupeaux de boeufs au pâturage et dans les couches avortées des femmes : et, là-dessus, le dieu de fièvre et de feu, le pire des ennemis - une peste -, s'est jeté, au fouet, sur la cité : sous ses coups, la maison de Cadmos se vide, et le noir Hadès est de plus en plus riche de sanglots et de lamentations."

Sophocle, "Oedipe-tyran"

La littérature a cette propriété qu'elle n'est pas saisonnière et échappe à la grippe du temps. Le primeur a goût de flétri quand des fruits millénaires nous bouleversent. Quel homme ne désire posséder la formule d'Eschyle ou Sophocle pour rester jeune à jamais ?

mardi, 08 septembre 2009

Sermons gagnants

Le succès d'Eric-Emmanuel Schmitt, tant au cinéma qu'au rayon "livres", ne faiblit pas. Comme j'ai pu moi-même constater, c'est surtout auprès de la gent féminine qu'il se vend comme des petits pains. Comme quoi le magnétisme du curé sur les gonzesses n'est pas qu'un truc d'ancien régime. Succès de Schmitt en Allemagne aussi, nation où la féminité est plus exacerbée encore chez les hommes que chez les femmes, comme dans toutes les populations où le goût pour le droit et les mathématiques, marqueurs de l'animisme, est débordant. Il y a tout lieu de penser que le premier langage humain écrit fut un langage mathématique, et que l'écrit a progressé ensuite contre l'arithmétique et les mathématiques.

J'avoue ne connaître moi-même la teneur des sermons de Schmitt que par des échos. Pas question de regarder un film d'après Schmitt, même pour me faire une idée. Et au bout de quelques paragraphes, j'ai des troubles de la vision, toutes les lignes se superposent pour n'en former plus qu'une seule.

Cependant E.-E. Schmitt est l'auteur d'une définition parfaite de la démocratie-chrétienne, c'est  : "L'Evangile selon Pilate". Dont on pourrait imaginer une suite encore plus audacieuse : "L'Evangile selon Caïphe".

Un type étiqueté "catholique" mais qui n'a jamais sans doute entendu parler de la "synagogue de Satan" (Ap. II et III), n'a pas hésité il y a quelque temps à me vanter sur un blogue les vertus de cette secte juive. D'après le "Dictionnaire du Nouveau Testament" du Chanoine Crampon (base de connaissance assez solide comparée à ce qu'un curé moyen est capable de proférer comme conneries aujourd'hui), la secte pharisienne se serait en partie constituée en réaction à l'hellénisme menaçant d'envahir la religion de Moïse.

Si Crampon dit vrai, nul besoin de pharisaïsme aujourd'hui puisque le jansénisme et la théocratie ont éradiqué peu à peu à partir du XVIIe siècle tout "hellénisme" du catholicisme. Autrement dit, Schmitt et les sermons béni-oui-oui ont remplacé Dante et Shakespeare.

Eradication complète de la mythologie grecque, comme on peut s'en rendre compte en lisant Dante ou Shakespeare. Mais éradication complète aussi d'Aristote, dont la science ne souffre pas d'être amalgamée avec les théories médiatiques et primaires de Pythagore, les mathématiques milésiennes - Pythagore que jansénistes et puritains ont lui aussi largement contribué à ressusciter ; éradication si complète que Joseph Ratzinger passe par la théorie des ensembles pour expliquer la charité à ses ouailles. Tel spécialiste de Pythagore estime d'ailleurs que sa secte rencontra beaucoup de succès auprès des femmes et des mères de famille ; c'est exactement ce qu'est devenue la secte démocrate-chrétienne en France : une religion de mères de famille où les hommes ne sont pas les bienvenus. Surtout s'ils conchient la guimauve chrétienne d'Emmanuel Schmitt.

jeudi, 27 août 2009

Printemps des antipoètes

Très rares sont les poètes qui comme Goethe savent définir les frontières de leur art. "J'honore le rythme comme la rime par lesquels seulement la poésie devient poésie, mais ce qui produit vraiment un effet profond, pénétrant, le véritable élément formateur et fructueux, c'est ce qui reste du poète lorsqu'il est traduit en prose."

Le mérite de Goethe est d'autant plus grand que l'art boche s'élève rarement au-dessus du niveau de la ceinture. J'y vois l'influence de Shakespeare, qu'on ne traduit comme un auteur lyrique ou baroque que pour mieux le trahir. La poésie, c'est Caliban ou Ophélie.

Toutes les notes