François Pinault a acheté 5 % de Vinci. Si ça ça prouve pas qu'il a bon goût.
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Le Salut par les Justes ?
Vu qu'après son discours sur les "Justes de France", empreint d'une profonde franchouillardise gaullienne destinée à faire vibrer la corde sensible du téléspectateur moyen, Chirac n'a repris que quelques petits points dans les sondages, il envisage maintenant de décerner une médaille ou une épinglette à tous les Français qui empruntent bien les bandes piétonnes pour traverser la rue, en espérant que ça ait plus d'impact… (Toutes les idées, même celles qui peuvent paraître les plus éculées ou les plus stupides a priori sont à envoyer par courriel à Claude Chirac qui se chargera de faire le tri pour son papa.)
« Du culot, encore du culot, toujours du culot ! » : qui mieux que notre Président incarne cette vieille devise française ? Même Sarkozy fait figure de "petit joueur" à côté. Bah, d'ici 2012 il a le temps de s'entraîner, le petit Nicolas. -
Le Salut par l'Islam ?
Dans mon empressement à ensevelir Robert Redeker sous une double couche de mépris opaque, je n'avais même pas remarqué qu'il était démocrate-chrétien, cette triple andouille vénale… C'est le bouquet ! Vu son niveau intellectuel, je l'avais situé machinalement dans la clique des laïcards bornés.
Il manquait plus que ça, que ce bouffon se réclame du christianisme ! (Je me suis bien rendu compte que P. de Villiers tient un discours à peine moins idiot, mais P. de Villiers est chef d'entreprise de formation, pas professeur, et homme politique de surcroît, ce qui n'est pas un gage d'objectivité supplémentaire. Deux petites excuses que Redeker n'a pas.)
Maintenant, quand je vais croiser un musulman, je vais devoir m'excuser à cause des âneries débitées par mon corréligionnaire Redeker en campagne de promotion sur les plateaux de France et de Navarre !? Franchement je la digère mal, celle-là. Idem quand je constate que Tariq Ramadan connaît mieux l'histoire de France et sa littérature, y compris Voltaire, que ce genre de crétin produit par les médias à une cadence de plus en plus soutenue.
(J'avais décidé d'assassiner aussi en quelques lignes le Grand Inquisiteur de la laïcité H. Pena-Ruiz, mais tout compte fait j'ai ma dose de grossièreté et de haine pour la journée.) -
Sans tambours ni trompettes
Si les journaux annoncent demain que Claude Allègre s'est converti au catholicisme, je ne serai pas plus étonné que ça… Il y a des signes. Des citations. Celle-ci par exemple, d'Henri Poincaré, le pionnier de la relativité, qu'Allègre affectionne particulièrement : « L'expérience est la source unique de la vérité ; elle seule peut nous apprendre quelque chose de nouveau ; elle seule peut nous donner la certitude. »
Chez certains hommes de science ou certains artistes se produit parfois un phénomène qu'on peut qualifier de "conversion froide". C'est un phénomène un peu difficile à expliquer à des "gentils", des "visages-pâles", mais je peux toujours essayer…
Pour schématiser, la pensée et l'imagination d'un homme de science sont en perpétuel mouvement impatient vers l'avant. Le philosophe est, à l'antipode, statique, centripète, fort peu dynamique, au point qu'on a parfois envie de lui botter le cul.
Ainsi, d'ajustement en ajustement, suivant une dialectique féconde qui ne remet pas tout en question à chaque étape mais serre la vérité d'un peu plus près à chaque coup, il arrive que la pensée de l'homme de science se retrouve un beau matin en harmonie avec le credo. La coïncidence ne lui saute pas aux yeux immédiatement, puisque l'accord s'est fait à la vitesse de sa respiration, sans heurt. Aussi peut-on parler de "conversion froide". Il n'y a pas de choc, de chute de cheval, de trompettes et de tambours, de chœurs angéliques. Ne reste plus après la conversion froide que la question des formalités.
C'est ce qui est arrivé à E. Waugh, par exemple, pour rester dans la filière des petits trapus. Et l'ecclésiastique avec qui W. prend rendez-vous pour se mettre en conformité avec son nouveau statut est étonné du flegme avec lequel Waugh pénètre dans l'Église catholique, comme un lord avec détachement dans son club favori pour y fumer un havane parfumé. Il n'y a pas lieu de s'agiter dans l'esprit de l'écrivain pour qui tout ça a déjà acquis progressivement une certaine familiarité. La conversion n'est pas dans ces cas-là un grand bond en avant comme une certaine imagerie d'Épinal se plaît à l'illustrer, mais un petit pas de plus en avant.
Bien sûr cette dernière marche est décisive, Allègre peut toujours subir une mauvaise influence au dernier moment et se détourner de sa petite étoile. Je ne dis pas qu'il ne lui reste pas encore à se débarrasser de quelques oripeaux démocratiques ou socialistes. Néanmoins, à qui aurait été en contact trop longtemps avec la philosophie, l'ésotérisme ou le poker, et voudrait changer de vie, on ne saurait trop conseiller la lecture positive de l'histoire de la science de Claude Allègre. C'est assez édifiant. -
La fin des mammouths ?
L'autre fondateur de Wikipédia, Jimmy Wales, lui, c'est un gros malin, un boursicoteur. Après avoir connu un échec avec un site ouaibe diffusant des "images érotiques", il s'est lancé dans le savoir universel. Évidemment, au plan scientifique, ça ne prouve rien, mais ce qui est amusant, c'est le rapprochement qu'on ne peut pas s'empêcher de faire avec Diderot, promoteur lui aussi d'une encyclopédie célèbre et qui s'est frotté au début de sa carrière sans beaucoup plus de succès à la littérature érotique.
La comparaison entre les deux encyclopédistes s'arrête là. En effet, quelle que soit la dose de provocation athée que Diderot a voulu mettre dans son encyclopédie, il l'a faite avec sérieux, sans ménager sa peine, et tout le profit ou presque a été pour son éditeur, qui l'a berné aussi en escamotant une partie de la somme. Tandis que Jimmy Wales - autres temps, autres mœurs -, s'est hissé parmi les premières fortunes des États-Unis en exploitant la naïveté des braves Wikipédiens. Wikipédia est une entreprise philantropique, mais rien ne vous empêche de financer la philantropie en versant une petite aumône directement sur le site de Wikipédia : Citoyennes du monde, Citoyens du monde, à votre bon cœur !
De fait, Wikipédia fonctionne bien sur le principe des petits ruisseaux qui font les grandes rivières.
Ne pas être un peu marxiste en la circonstance, refuser de voir que ce n'est pas l'intérêt général qui gouverne Wikipédia mais manifestement le profit, directement ou par le rachat par des multinationales comme Google de la matière première intellectuelle, sans trop regarder à la qualité, c'est comme refuser de voir que les critiques d'art contemporain français n'ont qu'une idée en tête, lécher le cul de Arnault ou de Pinault, les Dupond et Dupont du mécénat, et se prosterner devant les riches conservateurs de musées américains - il n'y a guère que les milliardaires russes qu'ils ne savent pas encore comment sucer, car apprendre le russe c'est déjà trop demander à ces minus habens.
« (…) Comme dans les domaines artistiques, avoir bon goût est l'essentiel quand on fait de l'évaluation scientifique. Ce n'est pas d'être représentatif de la majorité. C'est d'être représentatif de la frange motrice, créatrice, de la communauté scientifique. »
Cette "défense de l'esprit occidental", Benoît XVI ne dit pas aussi bien, est signée Claude Allègre, un des plus grands savants français. On serait tenté de dire "un des derniers", tant il fait aujourd'hui figure de mammouth dans ce climat démocratique rigoureux pour l'intelligence. -
Les envahisseurs
Je me souciais de Wikipédia comme d’une guigne jusqu’à ce que je me retrouve cerné de tous les côtés, dans les moteurs de recherche et même sur mon blogue, par des “liens” conduisant automatiquement vers ce machin - pompeusement qualifié d’“encyclopédie”.
Au risque de choquer un peu les fanatiques du consensus, quelques coups de machette dans ce beau projet de savoir universel, quitte à passer pour un ronchon une fois de plus, me paraissent amplement justifiés à ce niveau de prolifération. Et après tout on est mieux entouré au club des ronchons qu’au club des mickeys.
Certains au contraire vont penser que j’enfonce des portes ouvertes, qu’il suffit de lire une ou deux notices de Wikipédia pour se rendre compte que cette encyclopédie est une arnaque.
Je pourrais en effet me contenter de citer Larry Sanger : « En tant que cofondateur de Wikipédia, j'ai pu me rendre compte par moi-même des limites d'une telle encyclopédie créée par des volontaires et sans réel contrôle ou autorité : c’est l'anarchie. »
Larry Sanger est américain ; si même un américain, philosophe de surcroît, est capable de caractériser l’ineptie du “projet”, autant dire que pour un Français, ça tombe sous le sens ! Hélas, enfoncer des portes ouvertes n’est-il pas la triste destinée de l’homme moderne qui refuse de se laisser emporter par la marée démagogique, ne serait-ce que par réflexe ?
Les erreurs factuelles sur Wikipédia, il y en a ; ainsi mon voisin de blogue C. Copronyme en balance sur la notice d’un écrivain qui lui tient à cœur, Béroalde de Verville, une poignée, sans se forcer… Mais c’est l’argument publicitaire qui est le plus significatif, en l’occurrence. Il consiste à rétorquer aux ronchons que ces erreurs seront tôt ou tard corrigées par un “wikipédien” spécialiste de Béroalde de Verville. Car, tenez-vous bien, les wikipédiens sont des millions ! En attendant, combien de dizaines de milliers de naïfs wikipédiens auront été induits en erreurs ? Voilà l’erratum érigé en principe scientifique. Difficile de se foutre de la gueule du peuple avec plus de cynisme !
Lors d’un séminaire, des savants américains se sont penchés sur la question de savoir ce qu’il fallait penser de Wikipédia, “objectivement”. Ceux d’entre vous qui ne sont pas encore "américains" vont comprendre immédiatement la bêtise démocratique contenue dans la réponse de ces savants, incapables de voir plus loin que le bout de leurs microscopes. Ces savants conluent en effet qu’il est de leur devoir de s’intéresser à Wikipédia parce que c’est devenu la source principale de données pour la majorité des étudiants… Pas une seconde ces gugusses surdiplômés n’envisagent de déconseiller ou d’interdire l’accès à cette source pas très claire et d’en recommander de plus sûres aux gamins qu’ils sont censés élever… “Business must go on!”
Abordons maintenant une notion qui a trait au raisonnement scientifique lui-même. Wikipédia, sur un sujet donné, propose le plus souvent une thèse et une antithèse (lorsque la censure n’interdit pas de discuter la thèse majoritairement admise). Ce qu’une véritable encyclopédie comme l’encyclopédie Brittanica (je la cite parce qu’elle a été discréditée indirectement et injustement par Wikipédia) propose, c’est une SYNTHÈSE des connaissances. Aux esprits simples, ça peut paraître plus arbitraire et moins équitable. Et ça l’est. Mais justement, la science n’a rien à voir avec le consensus ni l’équité. La vérité n’est pas à mi-chemin, il faut avoir un esprit mathématique pour le penser.
Prenons un exemple qui “transcende” les opinions politiques, celui de l’homéopathie. Le rôle d’une bonne encyclopédie est d’informer ses lecteurs que l’homéopathie n’a aucun fondement scientifique, que la théorie de Hahnemann sur la similitude en thérapeutique, puis celle de Benveniste sur la mémoire de l’eau ont été tour à tour “réfutées”. Wikipédia précise bien que l’“Académie de médecine” enseigne que l’homéopathie, c’est du charlatanisme, mais cette précision primordiale au plan scientifique est noyée au milieu de tout un tas d’autres détails, rédigés par des défenseurs sincères de l’homéopathie, et probablement aussi des défenseurs du business de l’homéopathie.
Par ailleurs si les thèses de S. Freud n’ont pas plus de consistance au plan scientifique que celles de R. Hubbard, il est à la mode de se réclamer de Freud et de rejeter avec mépris Hubbard, du moins en France. Wikipédia reflète la mode sur ce point comme sur des centaines d’autres.
L’accumulation anarchique/démocratique de ces thèses et contre-thèses a d’ailleurs un retentissement sur la rhétorique elle-même. Elle est parfois complètement nivelée, ce qui donne des notices aussi cocasses qu’imbéciles car elles placent tous les faits touchant un même sujet sur le même plan, quand la véritable rhétorique est une organisation de la pensée. Voir dans l’absence de rhétorique une forme d’honnêteté, de neutralité, ça aussi c’est une idée très américaine. C’est une façon de concevoir la recherche scientifique sans le chercheur.
Évidemment, il peut se faire qu’exceptionnellement une notice soit correctement rédigée et assez complète. J’ai moi-même eu affaire dans le cadre de mes recherches à une notice sur l’école belge de bande-dessinée assez bien faite. Ces exceptions sont d’ailleurs d’autant plus nombreuses que ce système démocratique est truqué, ça va de soi, et qu’il y a en réalité des wikipédiens “de première classe” et des wikipédiens “de seconde classe”, toutes les notices ne sont pas placées au même niveau de fiabilité.
Ce qui rend Wikipédia particulièrement nuisible, alors qu’il existe sur internet des sites pratiques ou intéressants, c’est bel et bien la mégalomanie du projet, sa prétention à l’universalité, à embrasser le savoir dans toute sa largeur en jouant sur les bons sentiments qui sont désormais la chose la mieux partagée du monde sous influence américaine. -
Admiration spontanée
"Ce qu'il fallait déclarer" la semaine dernière c'était que Jean-Pierre Vernant, un ex-colonel de la Résistance agrégé de philo qui venait de casser sa pipe, était un des titans de la pensée contemporaine ! Et tous les gardiens du Temple de la Culture, dans la presse, à la télé, à la radio, de faire chorus.
D'ici quinze jours, gageons que l'indispensable J.-P. Vernant, "Résistant de la première heure", sera déjà tombé dans les oubliettes de l'Histoire ; en attendant, prière de dégainer les superlatifs et de se prosterner à l'évocation de son nom glorieux (D'ailleurs les baveux seraient bien inspirés de réviser un peu leurs superlatifs pour des occasions comme celle-ci, vu qu'en dehors de "génial" et d'"extraordinaire" ils ont un répertoire qui fait pitié.) Spectacle affligeant du bœuf Guillaume Durand meuglant son admiration spontanée sur France 2 ! Prêt à tout pour garder sa place dans la crèche médiatique, que ça soit Ségolène ou Chirac qui soit élu.
Le "Résistant de la dernière heure", même si on ne peut pas présenter les choses de cette façon sans blasphémer, est déjà l'équivalent d'un bienheureux ; alors le "Résistant de la Première heure", lui, c'est carrément un saint de première classe ! S'il a pu toucher une fois dans sa vie la main de Jean Moulin, il bénéficie même de la double auréole.
Jean-Pierre Vernant avait été présenté au "grand public" par Laure Adler sur Arte dans une interview rediffusée en ce week-end de funérailles médiatico-culturelles.
Sur la Grèce antique, Vernant porte un regard de philosophe. La démocratie grecque idéale des animateurs de télé et des instituteurs n'exista pas en réalité. Vernant ne s'en soucie guère. Les Stratèges militaires reprirent vite le pouvoir et Périclès lui-même est avant tout un chef de guerre. Tous les historiens le disent, mais on ne fait pas de la propagande avec des faits historiques.
Plus près de nous, en 1934, Vernant a séjourné en URSS pendant un mois, assez longtemps pour y observer la misère soviétique dans tous les domaines, peu conforme aux descriptions idylliques que le jeune militant du PCF lisait dans L'Humanité. Il a préféré couvrir ces faits. Idem pour les purges de Staline ensuite. Parvenu au terminus de son existence, Vernant a admis qu'il avait mal auguré du rôle que l'URSS pouvait jouer dans l'édification d'un monde meilleur.
Son autocritique ne va pas jusqu'à faire des excuses. D'abord parce que Vernant n'est sans doute pas assez idéaliste pour croire que ce genre de repentance ait une quelconque utilité ; ensuite parce qu'on ne demande pas de comptes aux vainqueurs.


