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  • Marx pas mort mais enterré

    La gauche française, à commencer par les syndicalistes, est très influencée par le léninisme. Le léninisme emprunte un peu au marxisme, c’est sans doute ce qui fait que la gauche est moins conne que la droite. Assez forte pour entrer au gouvernement après avoir perdu les élections.

    Bien que la gauche soit ridiculisée par des types foireux comme Finkielkraut, Onfray, BHL, Enthoven, Philippe Val, Redeker, Sollers, etc. - n’oublions pas qu’à droite il y a des gugusses comme Zemmour, Tilinac, Dantec, d’Ormesson, qui, s’ils sont peut-être plus sympathiques, sont tout aussi inutiles, quelques vrais historiens comme Claude Allègre ou Emmanuel Leroy-Ladurie surnagent, et ils sont plutôt étiquettés "de gauche" que "de droite".
    Il y en a d’autres moins connus, évidemment ; les médias sont hostiles aux gens sérieux, et les gens sérieux le leur rendent bien. Suffit de voir Allègre sur un plateau de télé : on a l’impression qu’il va se jeter sur l’animateur et lui bouffer les deux oreilles. Dommage qu’il se retienne. On manque de tueurs de journalistes en série dans ce pays.

    Dans la droite nationaliste, le fait que certains se réfèrent impudemment à Chateaubriand, Tocqueville ou Ozanam montre bien qu’on y déraisonne là aussi à plein tube, malgré l'indépendance de Le Pen. Ozanam il y a cent ans je veux bien, mais maintenant les ravages du libéralisme sont évidents.
    Ce qui est étonnant dans cette droite nationaliste, c'est le nombre d'américanophiles décadents, voire de russophiles rêveurs, et le petit nombre d'Européens.

    *


    Mais ni la gauche ni l’extrême-gauche ne sont marxistes. Toutes les bourdieuseries et le situationnisme imbécile, non seulement ne sont pas marxistes, mais ce fatras bobo contribue à faire écran au marxisme.
    Si la gauche était marxiste, elle ne dépeindrait pas Hitler comme le grand Satan mais comme un capitaliste ordinaire ou presque, un peu plus sincèrement socialiste, en concurrence avec d’autres nations capitalistes et inquiet comme les autres capitalistes, un peu plus étant donné la proximité de l’URSS, par la montée en puissance de la nation russe.
    Au lieu de ça la gauche se sert de l’hécatombe des Juifs pour renforcer le discours idéologique.
    Et qu’on ne dise pas que je suis obsédé par les Juifs et les nazis : on ne peut pas allumer la télé, publique ou privée, sans tomber sur un reportage qui exploite de façon obscène les crimes des nazis ; et bientôt ce qui fait office de littérature n'abordera plus que ce seul sujet. Bientôt les généalogistes de France et de Navarre seront sollicités de tous les côtés par des écrivains en herbe à la recherche d'un ancêtre juif afin de glaner un minimum de crédibilité. Des écrivains en herbe toujours plus nombreux vu qu'aujourd'hui être écrivain c'est un peu comme jouer au loto.

  • L'ivresse de l'altitude

    L’idéologie est presque partout, à gauche comme à droite. La France, qui était une nation de peintres et de savants, est devenue une nation de philosophes et de journalistes, comme les États-Unis. Sans compter les marchands, qui détiennent le pouvoir réel, bien sûr.
    On parle d’“économie de services” : quelle expression abjecte ! Elle contient toute l’hypocrisie démocratique.

    Un exemple tiré de l’actualité : le gouvernement veut réformer la fonction publique et, dans ce but, récompenser le mérite individuel dans l’administration. Très joli, mais complètement naïf. On ne se demande même pas pourquoi le système d’évaluation déjà en place, purement formel, ne fonctionne pas. La réponse est pourtant évidente : une évaluation réelle est impossible humainement à mettre en place dans la plupart des administrations, à commencer par l’Éducation nationale, et elle serait trop coûteuse dans les secteurs où elle paraît plus plausible, plus coûteuse que les économies visées.
    Quiconque a déjà travaillé dans le privé est fixé sur les conditions de l’avancement dans ce secteur qui ont plus à voir avec la servilité qu’avec le mérite. Le beau mérite du vendeur de lave-linge ou de téléphones portables qui en a fourgué deux fois plus dans le même laps !
    La distinction public-privé est d’ailleurs globalement une illusion.

    Ici on voit nettement l’incohérence de l’idéologie des libéraux de droite qui prétendent vouloir diminuer le rôle de l’État. Ce projet d’avancement au mérite, ce n’est pas “moins d’État” mais “mieux d’Etat”. Ce n’est pas Madelin ou Tocqueville, mais Colbert. Avec ce problème que ni Fillon ni Sarkozy, s’ils peuvent éventuellement emprunter son discours, n’ont la stature du grand Colbert.

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    Le plus amusant, c’est que les syndicalistes soient farouchement opposés à l’avancement au mérite, alors qu’inéluctablement l'organe de contrôle du mérite tomberait entre leurs mains et leur influence idéologique en sortirait renforcée. Il est vrai que dans l’Éducation nationale, cette influence est déjà totale et qu’on ne voit pas comment elle pourrait se renforcer.

    Celui qui incarne le mieux la synthèse du crétinisme libéral de gauche et de droite, c’est Jacques Attali. Qu’il se place sous les auspices de Marx donne un côté ubuesque à ses propos idiots.
    N’importe qui a un tant soit peu une âme d’artiste constate le côté ubuesque de notre époque et que Jarry n’est pas un auteur comique mais tragique. Seules les brutes ne voient rien ou prennent Sarkozy pour le messie.

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    L’idéologie actuelle, elle, fait fonction d’hôtesse de l’air. Les moteurs de l’avion sont en flammes et, d’une voix rassurante, avec un joli sourire, l’hôtesse explique aux passagers qu’il ne faut pas s’inquiéter, on va bientôt arriver à destination, dans un pays de cocagne magnifique avec plein de palmiers, où on vit tout nu et on peut baiser librement, à condition de mettre une capote pour "augmenter son plaisir" - j'espère que vous n’avez pas oublié d'emporter vos godemichets et vos “sex-toys”, au moins, Mesdames et Messieurs ? La compagnie vient d’embaucher un nouveau pilote, secoué de tics mais très talentueux, un as du “looping” et des acrobaties en tous genres. Attachez vos ceintures, on entame la descente.

  • Table rase de la télé (5)

    Frédéric Taddéi, c’est un peu l’enfant de chœur de la propagande. Il reçoit tous les chanoines de la démocratie dans son émission nocturne.
    M’étonnerait pas qu’il se fasse tripoter après l’émission dans les coulisses par quelque archiprêtre libidineux, Sollers par exemple, ou le grassouillet Siné.
    Difficile de savoir ce que Taddéi pense vraiment de ces sermons assommants qu’il provoque, vu qu’il est lisse comme une hostie. Il sait manier l’encensoir avec dextérité, et le clergé adore ce servant modèle.

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    Fallait voir l’autre soir le jeune séminariste Raphaël Enthoven démontrer doctement que le rugby est un sport de droite passéiste vu que les joueurs se font des passes en arrière, vous avez remarqué, Mesdames et Messieurs, des passes en arrière, si c’est pas signifiant, ça !
    Ah, il a de l’avenir à la télé, ce branquignol. Lui, Enthoven, il a engrossé la fille à papa Justine Lévy avant de lui demander de se faire avorter pour pouvoir préparer l’agrégation de philo. peinard. C'est censé démonter qu’il est du côté du progrès, ce tâcheron affligeant ?

  • Table rase de la télé (4)

    J'ai vu une chose l’autre jour à la télé, c’est l’humanisme du président iranien Amadinejah, une des cibles favorites de BHL.
    Peu importe les discours d’Amadinejah, entre sa démagogie, celle de Sarkozy ou de Bush, il n’y a pas de différence fondamentale.
    C’était une séance de questions-réponses face à la presse internationale. À un journaliste qui s’enquérait de la “condition des homosexuels en Iran”, le président iranien a répondu en souriant : « Mais il n’y a pas d’homosexuels dans mon pays. »
    Déjà rien que l’humour contenu dans cette réponse : Érasme a de l’humour, par exemple, c'est sûr, on le devine dans son regard, tandis que BHL, pas une once ! Pour avoir de l'humour, il faut de l'autodérision. Et le système de BHL ne supporte pas la moindre autodérision, sinon il s’écroule. La force de BHL réside dans sa faculté à asséner que ce qu’il dit est sérieux et à l'asséner encore, c’est ainsi qu’il parvient à emporter l’adhésion d’esprits, assez faibles certes, mais suffisamment nombreux.

    *

    Ce que dit là Amadinejah, de façon plus profonde, c’est qu’on se refuse en Iran à enfermer l’individu dans un déterminisme sexuel - un des déterminismes les plus stupides qui soit, puisqu’on ignore jusqu'à son fondement.
    Il n’est pas difficile d’imaginer quelle aurait été la réaction d’un humaniste de la Renaissance devant un ghetto homosexuel comme on peut en voir dans l’Ouest des États-Unis.
    Nul doute qu’une telle abomination eût scandalisé Érasme comme il scandalise Amadinejah.
    Parmi mes potes, il y en a quelques-uns, je le devine facilement, qui ont plus de goût pour les formes masculines que pour les formes féminines. Hélas, il n’y en a qu’un seul parmi eux qui se révolte contre le fait qu’on veuille lui ôter la liberté de sa conduite, sous ce prétexte, et que la démocratie lui impose ses mœurs et jusqu’à une sorte d’idéal homosexuel, qui, ne serait-ce qu’esthétiquement parlant, laisse à désirer.

    *

    On dira que la Renaissance a connu, elle, des ghettos de Juifs. Il s’agit-là d’une discrimination politique qui ne porte pas atteinte à la liberté des personnes, bien au contraire, elle est destinée à renforcer cette liberté.
    Qu’on m’explique ou qu’on explique à Amadinejah comment on peut fonder un critère politique sur l'inversion sexuelle ?? Sauf à employer des sophismes dans un but électoraliste comme le brillant démagogue yanki Bill Clinton ?
    L’antisémitisme de la Renaissance, celui de Léon Bloy, celui de Balzac, celui de Baudelaire, celui de Shakespeare, celui de Marx, celui de Simone Weil, celui de Drieu La Rochelle, n’est pas un antisémitisme fondé sur un critère racial mais sur un critère politique.
    Seuls ceux qui veulent discréditer Simone Weil, par exemple, jouent du fait qu’il n’y a qu’un seul mot pour désigner l’attitude politique de Simone Weil vis-à-vis du peuple juif et le racialisme nazi.

  • Nazis d'aujourd'hui

    Il faut l’aveuglement d’un philosophe pour ne pas voir que si Jean-Jacques Rousseau, Diderot, Voltaire, n’ont pas sombré dans l’oubli, c’est à leur poésie qu’ils le doivent et non à leurs idées, qui ne résistent pas à la critique scientifique, et ne sont pas très originales.
    Un philosophe comme Philippe Val, ou comme BHL, sans la poésie de Rousseau ou de Voltaire, ça n’est rien, rien qu’un prurit idéologique.

    Au fond racisme et antiracisme ne sont que les deux versants d’une même idée, qui pue le XIXe siècle évolutionniste à plein nez. Quand je vois BHL à la télé, c’est plus fort que moi, je pense aussitôt à un nazi, Goebbels par exemple. Le débraillé soigneusement entretenu de BHL dissimule mal l’arrogance du personnage, fondée sur des dogmes à faire sourire un historien.

    Il est bien sûr inutile de chercher une vraie cohérence dans la propagande nazie ou dans la propagande démocratique de BHL. La seule cohérence de ces propagandes, c’est qu’elles remplissent leur usage religieux, cependant, il n’est pas bien difficile de voir que l’idéologie de BHL comme celle des nazis emprunte à la fois aux Grecs - Nitche côté nazi et les “Lumières”, Goethe, côté BHL -, et au bas Moyen-âge - Heidegger côté nazi et Lévinas côté BHL.
    Dans leur rejet du marxisme et du christianisme, les nazis et BHL se rejoignent aussi.
    On objectera que dans mon schéma on retrouve les Grecs partout puisqu’ils sont aussi à la racine du christianisme et du marxisme. Mais ce ne sont pas exactement les mêmes Grecs. Encore une fois, entrer dans les détails n’a pas d’intérêt, une thèse sur le sujet serait vaine, c’est juste histoire de voir qu’il n’y a pas de réelle opposition de principes entre BHL et les nazis. Derrière le rideau de fumée des idées, il y a des capitalistes plus ou moins cyniques.
    Un historien ne peut s’empêcher de noter ici que le socialisme théorique de BHL, les nazis l’ont réalisé entre 1933 et 1940. Les banlieues françaises, elles, ne ressemblent pas franchement à la cité socialiste idéale.

    Racisme et antiracisme, versants d’une même idéologie, donc, avec pour but deux objectifs, dont il est difficile de savoir lequel est le plus niais : la pureté de la race ou le métissage absolu.

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    Plus intéressantes car plus humaines, la doctrine de la lutte des classes et celle de la hiérarchie des classes sont aussi les deux versants d’une même idée. Toutes les deux soulignent l’importance des classes sociales, bien sûr, même si dans le marxisme il y a une volonté de dépasser l’affrontement des classes que l’économie capitaliste porte jusqu’à son point de tension et de haine ultime.
    Le dandy réactionnaire, Baudelaire ou Barbey d’Aurevilly, hait le bourgeois capitaliste et Zola, le journaliste à sa solde, dans la mesure où ce bourgeois est un aristocrate qui refuse d’assumer ses responsabilités, de remplir son rôle social.
    Quoi de plus logique que le vif intérêt que Marx porte à la littérature de Balzac ? Dommage qu’il n’ait pas eu accès à celle de Barbey, plus dense encore, difficile à comprendre pour un démocrate, mais pas pour un marxiste. Très logique aussi le mépris de Marx pour Chateaubriand. Chateaubriand qui se détériore en Tocqueville, qui se détériore lui-même en BHL.
    Même si ce n'est pas de façon explicite, Marx nous parle de la décadence de l’aristocratie.

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    Dans le triomphe des idées de BHL, malgré leur faiblesse, on voit la preuve de la justesse de la raison marxiste. Pour un catholique contemporain, c’est-à-dire un catholique appelé à la dissidence, Marx est un nouvel Aristote. Et pour Platon il y a Baudelaire, Barbey ou Evelyn Waugh. Claudel aussi est un grand docteur de l’Église.
    Voilà pour saint Paul. On aimerait voir Benoît XVI jouer son rôle politique, de dalle.
    La question de la dissidence des chrétiens, soulevée par le pape, est liée au rôle politique du pape, qui doit être, au moins, subversif. La décadence de la liturgie est secondaire, ce n’est qu’un symptôme.

  • L'arroseur arrosé

    Qu'on ne compte pas sur moi pour verser une larme sur la toile de Monet. J'ai trop de goût pour ça.
    Du vandalisme ? Pas si sûr étant donné le niveau de Monet, son naturalisme de bourgeois béotien qui a pour seul mérite de faire ressortir la subtilité du naturalisme de la grande peinture de la Renaissance.

    Petit spectacle que la peinture de Monet. Petite technique aussi. Bref, de la peinture de gare. Monet c'est un peintre pour les amateurs de rugby, les Finkielkraut, les Tilinac, tous ces nostalgiques de la IIIe République, des photos de Doisneau, de la méthode Boscher, etc.
    Entre le début de la décadence et la fin de la décadence, on n'est pas tenu de choisir, surtout quand on n'est pas évolutionniste, pas plus qu'on est tenu de choisir entre le football des bobos progressistes et le rugby des bobos nostalgiques.

  • Contre Proust

    J’ai oublié de parler d’un bouquin bizarre… Contre Proust, qui a tort de croire qu’un bon écrivain fait forcément un bon critique - tout le monde n’a pas la sagacité de Chardonne -, comme Sainte-Beuve je me passionne pour les biographies d'écrivains dignes de ce nom.
    Proust démontre qu’on peut être assez bête, avoir assez mauvais goût (le Ritz, Vermeer), et faire néanmoins un poète potable, bien qu’un peu irritant à la longue. On peut dire n’importe quoi mais le dire avec de belles phrases. Il n’est pas le seul dans ce cas ; Claudel aussi sur la peinture a dit n’importe quoi, placé José-Maria Sert au-dessus de Jordaens (!), mais il a dit ça de façon magnifique, c’est toujours mieux que de dire n’importe quoi dans un style administratif.

    Les démocrates, qui conçoivent mal l’ambiguïté et le paradoxe, ont du mal à comprendre Proust, en quoi il est décadent par rapport à Sainte-Beuve dans sa critique d'art, ou même Delacroix et Baudelaire (Cf. Guillaume Durand parlant de Proust, pour les amateurs d'effets comiques forts.)

    Bref, désireux d'en savoir un peu plus sur Marx tout en évitant les idioties de cette tête de moineau de Jacques Attali, je me suis rabattu sur le bouquin de Jean-Jacques Marie, de la “Quinzaine littéraire”, une étude consacrée aux pérégrinations de Karl Marx à travers l’Europe, sous-titrée “Le Christophe Colomb du capital”.
    Jusque-là rien d’anormal, la couverture du bouquin est même d’un rouge on ne peut plus banal. Mais on voit bien vite que ce Jean-Jacques Marie, même s’il est plus pertinent qu’Attali - pas difficile -, est presque aussi gonflé !
    Guillaume Durand, Jacques Attali, Jean-Jacques Marie : trois exemples qui montrent qu’en démocratie, c’est le culot qui est la vertu du monde la mieux partagée. Plus c’est gros plus ça passe.

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    D’abord le bouquin est sponsorisé par LVMH. Oui, la LVMH de Bernard Arnault, ce capitaliste arrogant qui collectionne les gadgets d’art contemporain, indirectement Bernard Arnault sponsorise Karl Marx, sans le savoir probablement, car les capitalistes ne savent pas exactement ce qu’ils font ni ce qu’ils disent.

    Ensuite, par-ci, par-là, au détour d’un chapitre, Jean-Jacques Marie, qui est trotskiste, en profite pour charger Staline de tous les crimes soviétiques. Comme si l’implication de Trostski n’était pas parfaitement connue des historiens désormais. S’il y a bien quelqu’un qui ne fait pas table rase du passé, c’est bien Karl Marx avec sa méthode historique, et c’est bien pour ça que les communistes l’ont escamoté, vu leur passé politique peu reluisant.

    Troisièmement, et ça c’est typique de l’arnaque capitaliste où on soigne l’emballage pour vous vendre n’importe quoi dedans : cette collection sponsorisée par un fabricant de bagages en skaï et d'eau de Cologne de synthèse, est consacrée aux écrivains-voyageurs, alors que Marx détestait voyager ; il ne l’a fait que sous la menace d’être déporté dans le Morbihan, plein de remugles en ce temps-là, ou sous le coup de bannissements, ou pour réclamer un peu d’argent à des parents.
    (Une parenthèse pour signaler que la pauvreté a suscité au XIXe les deux penseurs qui ont pénétré le plus avant les mystères de l’argent et des relations du peuple juif à l’argent, Karl Marx et Léon Bloy ; Bloy qui reproche par ailleurs à une partie du clergé de maintenir le peuple catholique dans une sorte d’état de léthargie ou de conformité aux dogmes du libéralisme.)
    Jean-Jacques Marie explique bien en quoi Marx n’est jamais si heureux que dans une bibliothèque ; il est polyglotte mais c’est pour mieux lire les auteurs étrangers dans le texte. Sans bouger de Londres, Marx voyage dans le monde entier.
    Ça va contre le préjugé actuel selon lequel il faut se rendre sur place pour avoir un point de vue supérieur. Petits détours de BHL en Yougoslavie, en Amérique.
    On pense à tous ces reporters qui sont allés en Union soviétique et en ont ramené des images pieuses.
    On pense à E. Waugh, véritable écrivain-voyageur, lui, et à son roman, Scoop, où il brosse un portrait réaliste du milieu des journalistes-reporters.
    (Scoop : ce titre de Waugh a été repris par un minable paparazzi français de Paris-Match pour faire l’éloge de son métier crapuleux avec un culot monstrueux… encore ce fameux culot.)
    En quelque sorte, Marx, c’est l’antitouriste. Vu que Londres est l’épicentre du capitalisme, autant s’y tenir et éviter de papillonner à droite à gauche.

    Cette contradiction-là de Jean-Jacques Marie n’est pas la plus gênante, évidemment, surtout si on se fie à l’instinct critique de Sainte-Beuve pour comprendre une œuvre plutôt qu'aux sophismes de Proust. À cet égard les voyages de Marx sont instructif sur sa méthode.