jeudi, 17 avril 2008
Contre Proust
A l'espoir plus ou moins inquiet du paysan dans la moisson prochaine, puis dans la verdeur du printemps, la nostalgie plus étroite encore du néo-païen écologiste fait pendant. A gauche un paganisme futuriste, à droite un paganisme archaïsant.
"Se vautrer dans le passé c'est peut-être de bonne littérature. En tant que sagesse, il n'y a rien à en espérer. Le Temps retrouvé, c'est le Paradis perdu, et le Temps perdu, c'est le Paradis retrouvé. Que les morts inhument leurs morts. Si l'on veut vivre à chaque instant tel qu'il se présente, il faut mourir à chacun des autres instants."
Aldous Huxley, Le Génie et la Déesse
D'où vient ce préjugé que la sagesse et la littérature ne peuvent faire bon ménage ? De Platon ?
14:36 Publié dans Critique littéraire | Lien permanent | Commentaires (52) | Envoyer cette note | Tags : proust, aldous huxley, litterature, politique
vendredi, 11 avril 2008
Itinéraire bis
Je ne peux pas m’empêcher de considérer le régime démocratique actuel comme un régime “féminin”. Non pas parce qu’il est plus égalitaire et favorable aux femmes ; de ce point de vue, je ne crois pas que les femmes sont plus dupes du féminisme que les afro-américains ne se font d’illusions sur la véritable nature de l’antiracisme. Mais, plus profondément, parce que la démocratie est un moralisme et un sécularisme. La démocratie est un régime anachronique, archaïsant. Les idées qui sous-tendent la démocratie, comme la “fin de l’histoire” ou l’existentialisme, l’évolutionnisme, sont des idées typiquement antiscientifiques. On a l’habitude de définir Nitche, approximativement, comme un philosophe néo-païen assez hétéroclite. C’est d’abord une femme sentimentale. Si on se penchait sur l’éducation que les penseurs existentialistes ont reçue, de Pascal à Proust en passant par Kierkegaard, Freud, Nitche - peut-être faut-il ajouter à la liste saint Augustin et Benoît XVI -, je ne serais pas plus étonné que ça si on découvrait le rôle prépondérant et abusif joué par leurs mères.
11:08 Publié dans Critique littéraire | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : simone weil, andre weil, gustave thibon, benoit xvi, litterature, saint augustin, proust
mercredi, 09 avril 2008
Contre Proust
Marx n'aimait pas Chateaubriand, qu'il situe justement entre Voltaire et le romantisme dégoulinant de sentiments. Il aurait détesté Proust.
Proust anticipe en effet cette véritable haine du bourgeois pour la critique et son adoration symétrique de la philosophie, véritable "procès" de justification. La seule fois de son existence bourgeoise où Proust a du nerf, il attaque Sainte-Beuve, qui incarne la critique.
L'archaïsme vendu pour de la modernité, le vieux vendu pour du neuf, c'est tout Proust et le régime bourgeois libéral à la fois.
En outre, la critique bourgeoise traduit le principe selon lequel "On ne fait pas d'art avec de bons sentiments", appliqué par Barbey, en : "Seul un menteur ou un hypocrite peut faire un bon artiste."Je confesse ce péché de jeunesse qu'étant lycéen j'ai aimé lire Proust. Deux ou trois cent pages, pas plus. C'était pour moi alors comme de la "confiture de groseilles", preuve que j'avais quand même conscience du côté fade et écœurant de Proust. Et puis j'étais fasciné par l'habileté de Proust à dévider sa grosse pelote de phrases ; une dextérité de tapissier persan. Désormais, tant qu'à prendre, je préfère une belle carpette à Proust.
"Dante et Shakespeare sont soucieux, vraiment très soucieux de la morale et de la justice économique. Les écrivains purement sensuels et dilettantes ne s'en soucient pas du tout. Tout ce souci de la morale donne une dimension à l'oeuvre des premiers. Dimension qui distingue la grande littérature, la littérature profonde, de la décadence."
Ce critère n'est pas de Marx mais de Pound (In : "Broletto", n°36), qui perpétue miraculeusement le combat humaniste de Marx. "Miraculeusement" vu qu'Ezra Pound est natif de l'Idaho.
12:53 Publié dans Critique littéraire | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : proust, chateaubriand, sainte-beuve, litterature, karl marx
lundi, 08 octobre 2007
Contre Proust
J’ai oublié de parler d’un bouquin bizarre… Contre Proust, qui a tort de croire qu’un bon écrivain fait forcément un bon critique - tout le monde n’a pas la sagacité de Chardonne -, comme Sainte-Beuve je me passionne pour les biographies d'écrivains dignes de ce nom. Proust démontre qu’on peut être assez bête, avoir assez mauvais goût (le Ritz, Vermeer), et faire néanmoins un poète potable, bien qu’un peu irritant à la longue. On peut dire n’importe quoi mais le dire avec de belles phrases. Il n’est pas le seul dans ce cas ; Claudel aussi sur la peinture a dit n’importe quoi, placé José-Maria Sert au-dessus de Jordaens (!), mais il a dit ça de façon magnifique, c’est toujours mieux que de dire n’importe quoi dans un style administratif. Les démocrates, qui conçoivent mal l’ambiguïté et le paradoxe, ont du mal à comprendre Proust, en quoi il est décadent par rapport à Sainte-Beuve dans sa critique d'art, ou même Delacroix et Baudelaire (Cf. Guillaume Durand parlant de Proust, pour les amateurs d'effets comiques forts.) Bref, désireux d'en savoir un peu plus sur Marx tout en évitant les idioties de cette tête de moineau de Jacques Attali, je me suis rabattu sur le bouquin de Jean-Jacques Marie, de la “Quinzaine littéraire”, une étude consacrée aux pérégrinations de Karl Marx à travers l’Europe, sous-titrée “Le Christophe Colomb du capital”. Jusque-là rien d’anormal, la couverture du bouquin est même d’un rouge on ne peut plus banal. Mais on voit bien vite que ce Jean-Jacques Marie, même s’il est plus pertinent qu’Attali - pas difficile -, est presque aussi gonflé ! Guillaume Durand, Jacques Attali, Jean-Jacques Marie : trois exemples qui montrent qu’en démocratie, c’est le culot qui est la vertu du monde la mieux partagée. Plus c’est gros plus ça passe.
08:25 Publié dans Critique littéraire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : proust, sainte-beuve, marx, jean-jacques marie, trostki


