Ex-féminin
(Ill. de H.)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.
Si on laisse "Arte" allumé en fond sonore et visuel comme je l'ai fait pendant deux ou trois jours, on se rend compte que deux types de programmes dominent sur cette chaîne. D'une part les documentaires sur la choa et tout ce qui tourne autour, d'autre part la diffusion de films classés X japonais, yankis, "vintages", comme disent les futurs ringards pour dire "démodé".
En outre, quelques docus qui tendent à prouver au public bobo d'Arte que Poutine est une sorte de nouvel Hitler doublé du fantôme de Staline, avec un zeste de monstre des Carpathes, et que par conséquent les valeurs auxquelles les téléspectateurs d'Arte sont profondément attachés, liberté, égalité, laïcité, etc., sont en danger immédiat d'être bafouée par l'ogre de Moscou. Ou encore des docus sur le Tiers-monde, pour dire tous les sentiments de solidarité que la Rive Gauche de Paris éprouve pour les populations affamées d'Afrique, victimes de la famine et des discours du pape.
Je ne sais pas si cette programmation reflète exactement les goûts personnels de BHL ? Sans doute manque-t-il quelques pages de publicité pour le dernier navet à la mode des éditions Gallimard ou Grasset pour que l'orgasme de notre Beautiful Héraut National soit complet.
Quel que soit l'état de béatitude de BHL, en regardant "Arte", ne serait-ce que d'un oeil, on pense immédiatement à cette expression de "pornographie mémorielle" dont l'usage avait valu à Dieudonné d'être invité sur tous les plateaux de télé, et puis subitement de se lasser.
Ce que j'aime particulièrement dans cette expression de "pornographie mémorielle", c'est qu'elle sépare judicieusement la sexualité de la pornographie, deux choses en effet complètement distinctes. Un raisonnement un peu critique et politique, le genre de raisonnement par conséquent particulièrement mal venu dans un régime bourgeois, permet de comprendre que la pornographie est en rapport avec l'image, photographique, cinématographique, télévisée, et pas spécialement avec le sexe. On peut même dire que la pornographie dégrade l'érotisme et donc que c'est la mort du sexe au bout du compte. La pornographie cinématographique et l'érotisme pittoresque sont deux ennemis jurés.
L'amalgame entre sexe et pornographie est logique dans la pensée bourgeoise, marquée par le puritanisme - de Freud, mais pas seulement. Puritanisme et pornographie cohabitent très bien aux Etats-Unis, et pour cause. Il est faux de dire comme une brochette de neurologues l'a affirmé récemment, dans Le Livre noir de la psychanalyse qu'il n'y a plus qu'en France qu'on gobe encore les bobards de Freud. Tout le cinéma américain ou presque, les séries américaines dont on parle beaucoup en ce moment, est imprégné des superstitions de la psychanalyse.
D'autre part le raisonnement puritain qui amalgame le sexe et la pornographie permet de "blanchir" le cinéma et la télévision, principaux vecteurs de cette pornographie. Aujourd'hui il y a même de sombres démocrates-crétins qui n'hésitent pas à prétendre que les séries américaines, au prétexte qu'elles sont plus subtiles que le cinéma français, ce qui n'est pas bien difficile, que les séries américaines peuvent être de véritables outils d'évangélisation (!). (Quand est-ce qu'un pape se décidera à mettre des bornes à la bêtise démocrate-chrétienne ?)
Un exemple pour bien me faire comprendre. Même s'il ne présente pas sa femme dans des situations sexuelles explicites dans son film, mais se contente de la montrer à poil pour aguicher, BHL a produit un film beaucoup plus "pornographique" que la plupart des films classés X, notamment que les films démodés à petits budgets qui ne visaient pas une exploitation commerciale la plus intensive possible. Je citerais aussi parmi les pornographes David Lynch, ou Catherine Breillat, Stanley Kubrick, ce porno-chic "bridé" qui permet l'exploitation commerciale dans le plus grand nombre de salles.
Les petits producteurs indépendants de films X ont souvent des motifs beaucoup plus naïfs et moins immoraux que ces sortes de maquereaux des temps modernes que sont Lynch et Breillat, au nom de la liberté et du féminisme, ça va de soi.
Certains petits cinéastes de films X veulent lutter par exemple avec leurs films contre le puritanisme de la bourgeoisie, qui est une réalité, ou ils veulent simplement "tirer leur coup" avec des gonzesses plus canons, il ne s'agit là que du bon vieux maquereautage ordinaire qui ne vise pas d'abord cyniquement la gloire ou les royalties. J'ai plus de respect pour la pute à l'angle de ma rue, jetée bon gré mal gré dans le ruisseau des relations et des sentiments humains, que pour Arielle Dombasle, Juliette Binoche, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, ou je ne sais quelle femme-objet de ce genre. Ce qui est appréciable chez un acteur de cinéma, c'est son reniement du cinéma, comme B. Poolevorde qui dénonce comme Brigitte Bardot la médiocrité de ce milieu, Yann Moix en tête, ou un acteur de cinéma qui se reconvertit dans le théâtre, bel acte d'amour.
Mais on peut très bien aussi qualifier des films ou des photos de "pornographiques", uniquement en raison de leur exploitation putassière de tel ou tel penchant humain, sans qu'il y ait aucune scène de nu ou de sexe. Le goût de la violence et la cupidité constituent d'autres angles d'attaque pour les pornocrates contemporains.
Les deux mamelles de la bourgeoisie sont la bêtise et l’hypocrisie ; l’hypocrisie fut plutôt l’apanage de la gauche, sous la Ve République, et la bêtise ce qui distingua la droite. Ça me conduit à requalifier deux présidents, Chirac et Pompidou, plus hypocrites que bêtes, en présidents “de gauche” ; et Michel Rocard, dont la bêtise est d’ordre quasiment “syntaxique”, en Premier ministre “de droite”.
Nicolas Sarkozy, lui, sans qu'il y ait vraiment "calcul" de sa part, tète aux deux mamelles de la bourgeoisie simultanément, la bêtise (d'où sa sincérité) et l'hypocrisie (d'où son double langage et son double gouvernement). Tout l’intérêt de ce “type”, au sens critique, réside dans ce phénomène, qu'on a sans doute pas tort de comparer à l'élection de Napoléon III, qui a bénéficié à peu près des mêmes appuis que Sarkozy, notamment la démocratie-chrétienne.
Sarkozy est à la fois un enfant de la réaction gaulliste aux non-événements de Mai 68, une réaction bête et aveugle, et le parangon des nouvelles valeurs bourgeoises qu’on dit “bobo” pour mieux indiquer leur mièvrerie, qui reposent sur une hypocrisie, une fausse révolution, et plus profondément sur un mépris "libéral" de la science, de l'histoire, de l'art et de la politique. L'"existentialisme", qui fait office de "pensée" à la bourgeoisie, est en réalité un système de justification de l'hypocrisie et de la bêtise bourgeoise.
Sarkozy n’a donc pas beaucoup à forcer son talent pour mobiliser son électorat de vieillards ou de vieillards-nés à coups de slogans idiots, et à priver parallèlement la gauche libérale d’arguments solides contre lui, en la renvoyant à sa démagogie, son hypocrisie, domaine où elle décrochait jusque-là le premier prix.*
J’écrivais récemment à un pote yanki que seule la fréquentation de milieux marginaux, en France, rappeurs fils d’immigrés africains, militants du FN, moines bénédictins, militants de la Ligue communiste révolutionnaire, gothiques, altermondialistes, SDF, putes, délinquants incarcérés, militants anti-IVG, seuls les discours anticonformistes sont intéressants dans la France de 2007.
Tous ces marginaux qui pour la plupart ne sont pas représentés politiquement détiennent la vérité politique, de façon morcellée, ce sont les victimes de décennies d’hypocrisie et de bêtise, de mensonges bourgeois.
Sinon autant rester aux Etats-Unis, mon pote, où la bêtise et l’hypocrisie se confondent déjà depuis un moment.Tant que l'Internet ne met pas en danger le pouvoir libéral démocratique, le pouvoir libéral démocratique n'a pas intérêt à le censurer.
L’Internet est même au service de la propagande bobo. Si les régimes bourgeois occidentaux ne s’autolégitimaient pas, c’est pas les pays du tiers-monde qui le feraient à leur place !
De temps en temps, un bobo bénin vient rappeler au bon peuple des téléspectateurs que la censure n’existe pas ou presque sous nos latitudes évoluées, et qu’au moins, de ce point de vue-là, c’est un monde meilleur que le nôtre, en toute objectivité.
Comme par hasard ce sont toujours des gens qui n’ont rien à dire qui prétendent que l'autocensure n’existe pas.
Le fait que Michel Houellebecq soit passé au travers de la censure, comme Le Pen avant lui, n’implique pas que la censure n’existe pas mais au contraire la prouve. On se trompe si on prend Houellebecq pour un écrivain, un poète ; c'est un acteur politique qui est parvenu à soulever le couvercle de la censure et à narguer le système pendant quelques années.
On se souvient du tollé qu'il déclencha en racontant que le patron puritain de “Nouvelles Frontières”, Jacques Maillot, jamais avare d’un petit prêchi-prêcha, comme tout bon démocrate-chrétien qui se respecte, Jacques Maillot trempait dans dans le business du sexe en Asie.
Même "bronka" lorsque Houellebecq prétendit que les Allemands étaient des gens plus sympathiques que les Français, ce qui n’est anodin que pour un crétin.
Apparemment Houellebecq est retombé sous les fourches caudines de la censure démocratique depuis, même si son "pavé dans la mare", "Plateforme", est toujours d'actualité. C'est curieux, H. a l'air de douter que le prix Goncourt n'est qu'une garantie de finir dans les oubliettes de l'histoire, à brève échéance. D'une certaine façon, les provocations de Le Pen et de Houellebecq sont involontaires, spontanées. D'ailleurs aucun des deux ne remet vraiment en cause les fondements de la bourgeoisie, puisqu’on peut résumer Le Pen et Houellebecq à deux nostalgiques de la IIIe République, des anti-soixante huitards qui n’ont pas compris ou font semblant de ne pas comprendre que “Mai 68” n’était qu’un mouvement antirévolutionnaire conservateur. Seule la mode vestimentaire a changé. On comprend que Sarkozy ait pu séduire Le Pen et Houellebecq, qui ne font qu'exprimer un "désir de sincérité" presque enfantin. Ce sont des victimes de l'hyperhypocrisie qui se rebellent contre elle. Un peu comme Nitche.
Sans même parler de la loi Fabius-Gayssot, dont on ne peut parler dans le détail sans tomber sous le coup de la loi et qui revient à promulguer l'histoire par décret (avec la complicité de la communauté "scientifique" européenne toute entière !) : la censure des ouvrages et sites pédophiles, qui a d'ailleurs elle aussi un aspect juridique délirant, cette censure a été mise en place sous la pression populaire, les manifestations gigantesques en Belgique qui ont déstabilisé le pouvoir belge, par exemple, et qu’on veut éviter de voir se produire en France. Le pouvoir politique bourgeois ne s'est pas avisé que la promotion de la pédophilie par le canal de l'Internet pouvait avoir des effets moraux désastreux, mais il redoute les manifestations populaires de protestation contre l'inefficacité de la Justice qui peuvent être dangereuses.
Si le bourgeois a une hygiène, voire deux hygiènes par jour, histoire de récurer sa crasse virtuelle, il n'a pas de morale en revanche.
Si l'internet devait pour une raison ou une autre menacer les fondements du pouvoir oligarchique en place, si la propagande télévisée perdait de son influence au profit d'autres médias, c'est évidemment très loin d'être le cas aujourd'hui, y compris aux Etats-Unis, alors les avocats de la liberté d'expression se transformeraient immédiatement en censeurs zélés ; aucun doute n'est permis là-dessus. A titre préventif, un certain nombre de penseurs bourgeois aussi différents que Jacques Julliard, Bernard Stiegler, Emma Drucker, Maurice Dantec, dénoncent déjà l'expression d'une pensée "différente" sur le ouaibe, "négationniste", "anti-américaine", "pro-nazie", "révolutionnaire" ou "islamiste". Ces cochons exigent la censure de ceux qui ne peuvent pas s'exprimer publiquement ou très peu.
Et la probité, la déontologie du journaliste, rouage essentiel du système, n'est pas la règle : on ne rencontre cette probité et cette déontologie dans le journalisme que de façon exceptionnelle, à gauche comme à droite.
Ni les bobos de gauche de “Libération”, ni les ringards de droite de “Valeurs actuelles” ou du “Figaro” ne peuvent prétendre sérieusement à un autre titre que celui de valets du capitalisme, des grandes banques d’affaires douteuses ou des marchands d’armes cyniques.
Une seule façon pour mesurer la censure objectivement, d’une époque en dentelles à une époque bottée, jusqu’à notre “cyber-époque” libérée : tâter la force de la critique.
Je ne vais pas vous assommer avec une thèse mais juste un exemple. Voyez Zemmour et Nolleau chez Ruquier ; on leur a dit qu’ils allaient jouer le rôle de critiques, disques, bouquins et dévédés, tout en vrac.
Eh bien il ne s’est pas passé beaucoup de temps avant qu’ils endossent le costume de baltringues, hués par le public au moindre pet de travers, dès qu’ils débordent le cadre strict du “politiquement correct”.
Puisqu’il n’est plus permis de dire du mal du physique des gens, c’est ce qu’on appelle la “censure positive”, je n’insiste pas sur les bobines de Zemmour et Nolleau, très pratiques pour tourner en dérision la critique, il suffit d’allumer la télé en pleine nuit pour le constater, entre Laurel et Hardy et une paire de têtes à claques (ça m’a échappé.)
Quand ils ne sont pas tournés en dérision et parviennent à distiller un peu d’acide - genre jus de citron plutôt que vitriol -, sur le petit Moix qui sait plus quel filon exploiter, à quel rabbin se vouer, sur la vieille maquerelle Breillat ou le vieux Chancel déphasé, c’est le tollé général et nos duettistes finissent par bredouiller des excuses et se laisser tirer les oreilles.
On imagine le barouf si Nolleau dénonçait sans périphrase les motifs putassiers de Moix ou de Breillat, ou montrait l’encéphalogramme plat de Chancel.
Bref, les critiques aujourd’hui, ce sont des marionnettes. Quant à la censure, elle, elle est carrément interdite. C’est bien le sens du certif de non-conformité délivré par la Fnac, non ?
Ce que les dernières péripéties de l’actualité démontrent, c’est la bêtise profonde, la lobotomie de la bourgeoisie libérale dont Nicolas Sarkozy n’est que la caricature.
Si on examine une par une toutes les idéologies qui, en se mélangeant de façon anarchique forment le credo religieux de la bourgeoisie aux "affaires", l'idéologie démocrate-chrétienne, le républicanisme, le laïcisme, la social-démocratie, le capitalisme, l’évolutionnisme, toutes ces philosophies se résument à des slogans idiots coupés de la réalité, de la science, de l’histoire et de la poésie.
Nicolas Sarkozy n’a aucun recul ni capacité d’anticipation. Ce qui le caractérise par rapport à ses prédécesseurs, Chirac, Jospin, c’est une sincérité, une bêtise plus grande.
Sarkozy me fait penser à Frédéric Nitche, penseur bourgeois décadent qui a des adeptes de l’extrême-gauche à l’extrême-droite de la bourgeoisie libérale. Parce qu'il est ridicule avec ses tics, ses sursauts et ses "girl-friends", comme Nitche avec ses bacchantes et sa fiancée, mais pas seulement.
Plus Nitche agite fiévreusement sa volonté de puissance, plus il fait ressortir sa propre impuissance et l’impasse philosophique dans laquelle il se fourvoie pour des petits motifs personnels ; deux motifs sont assez nets : le sentimentalisme et la sincérité. Nitche et Sarkozy sont deux philosophes qui éprouvent le besoin pressant de se vider les couilles mais qui ont été trop bien élevés par leurs mamans pour s'avouer que ce sentiment dicte leur conduite.
Plus Nicolas Sarkozy agite sa volonté d’action, plus il apparaît clairement qu’il est incapable d’infléchir le cours de la décadence capitaliste. Au moins ses prédécesseurs avaient compris que le système démocratique implique de procéder par la ruse si l’on veut changer les choses.
On objectera l’opportunisme de Sarkozy, sa victoire aux élections. Elle est bien plutôt le fruit d’une coïncidence, comme celle de Giscard d’Estaing.
Sarkozy n’a pas conquis l’UMP de haute lutte, comme Mitterrand s’était emparé machiavéliquement du PS ; l’UMP, composé surtout d’abrutis gaullistes, s’est donnée à lui spontanément.
Cette semaine la chaîne de propagande "Arte" se propose de faire le bilan des années Poutine, de "dix années d'autoritarisme, de corruption et d'assassinats". Le moins qu'on puisse dire c'est que la télé de BHL ne fait pas dans le détail et sait faire fructifier les conseils de Goebbels en matière de marketing politique.
Ceux qui comptent sur le courage de types comme BHL ou Redeker pour faire rempart de leurs corps aux attentats de terroristes arabes ou à la colère des Russes ne sont pas naïfs, ils sont carrément crétins. Ils ont déjà oublié comme BHL, lorsqu'il faisait la promotion de sa littérature de troisième zone dans la septième ligne du front serbe, savait se planquer à la moindre alerte, le moindre craquement de branche imitant le bruit d'une balle égarée.
Le temps n'est pas si lointain où le peu d'empressement des troupes françaises à se porter au-devant des troupes allemandes succédait aux invectives de la presse et de la classe politique française à l'encontre de l'Allemagne nazie. Il doit être écrit quelque part dans le catéchisme libéral qu'il est interdit de tirer des leçons de l'histoire, et que la meilleure manière d'accomplir ce précepte est de d'ignorer et de mépriser l'histoire avec l'arrogance invincible d'un Redeker ou d'un BHL.