samedi, 01 mars 2008
Lévy oblige
Si on laisse "Arte" allumé en fond sonore et visuel comme je l'ai fait pendant deux ou trois jours, on se rend compte que deux types de programmes dominent sur cette chaîne. D'une part les documentaires sur la choa et tout ce qui tourne autour, d'autre part la diffusion de films classés X japonais, yankis, "vintages", comme disent les futurs ringards pour dire "démodé".
En outre, quelques docus qui tendent à prouver au public bobo d'Arte que Poutine est une sorte de nouvel Hitler doublé du fantôme de Staline, avec un zeste de monstre des Carpathes, et que par conséquent les valeurs auxquelles les téléspectateurs d'Arte sont profondément attachés, liberté, égalité, laïcité, etc., sont en danger immédiat d'être bafouée par l'ogre de Moscou. Ou encore des docus sur le Tiers-monde, pour dire tous les sentiments de solidarité que la Rive Gauche de Paris éprouve pour les populations affamées d'Afrique, victimes de la famine et des discours du pape.
Je ne sais pas si cette programmation reflète exactement les goûts personnels de BHL ? Sans doute manque-t-il quelques pages de publicité pour le dernier navet à la mode des éditions Gallimard ou Grasset pour que l'orgasme de notre Beautiful Héraut National soit complet.
Quel que soit l'état de béatitude de BHL, en regardant "Arte", ne serait-ce que d'un oeil, on pense immédiatement à cette expression de "pornographie mémorielle" dont l'usage avait valu à Dieudonné d'être invité sur tous les plateaux de télé, et puis subitement de se lasser.
Ce que j'aime particulièrement dans cette expression de "pornographie mémorielle", c'est qu'elle sépare judicieusement la sexualité de la pornographie, deux choses en effet complètement distinctes. Un raisonnement un peu critique et politique, le genre de raisonnement par conséquent particulièrement mal venu dans un régime bourgeois, permet de comprendre que la pornographie est en rapport avec l'image, photographique, cinématographique, télévisée, et pas spécialement avec le sexe. On peut même dire que la pornographie dégrade l'érotisme et donc que c'est la mort du sexe au bout du compte. La pornographie cinématographique et l'érotisme pittoresque sont deux ennemis jurés.
L'amalgame entre sexe et pornographie est logique dans la pensée bourgeoise, marquée par le puritanisme - de Freud, mais pas seulement. Puritanisme et pornographie cohabitent très bien aux Etats-Unis, et pour cause. Il est faux de dire comme une brochette de neurologues l'a affirmé récemment, dans Le Livre noir de la psychanalyse qu'il n'y a plus qu'en France qu'on gobe encore les bobards de Freud. Tout le cinéma américain ou presque, les séries américaines dont on parle beaucoup en ce moment, est imprégné des superstitions de la psychanalyse.
D'autre part le raisonnement puritain qui amalgame le sexe et la pornographie permet de "blanchir" le cinéma et la télévision, principaux vecteurs de cette pornographie. Aujourd'hui il y a même de sombres démocrates-crétins qui n'hésitent pas à prétendre que les séries américaines, au prétexte qu'elles sont plus subtiles que le cinéma français, ce qui n'est pas bien difficile, que les séries américaines peuvent être de véritables outils d'évangélisation (!). (Quand est-ce qu'un pape se décidera à mettre des bornes à la bêtise démocrate-chrétienne ?)
Un exemple pour bien me faire comprendre. Même s'il ne présente pas sa femme dans des situations sexuelles explicites dans son film, mais se contente de la montrer à poil pour aguicher, BHL a produit un film beaucoup plus "pornographique" que la plupart des films classés X, notamment que les films démodés à petits budgets qui ne visaient pas une exploitation commerciale la plus intensive possible. Je citerais aussi parmi les pornographes David Lynch, ou Catherine Breillat, Stanley Kubrick, ce porno-chic "bridé" qui permet l'exploitation commerciale dans le plus grand nombre de salles.
Les petits producteurs indépendants de films X ont souvent des motifs beaucoup plus naïfs et moins immoraux que ces sortes de maquereaux des temps modernes que sont Lynch et Breillat, au nom de la liberté et du féminisme, ça va de soi.
Certains petits cinéastes de films X veulent lutter par exemple avec leurs films contre le puritanisme de la bourgeoisie, qui est une réalité, ou ils veulent simplement "tirer leur coup" avec des gonzesses plus canons, il ne s'agit là que du bon vieux maquereautage ordinaire qui ne vise pas d'abord cyniquement la gloire ou les royalties. J'ai plus de respect pour la pute à l'angle de ma rue, jetée bon gré mal gré dans le ruisseau des relations et des sentiments humains, que pour Arielle Dombasle, Juliette Binoche, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, ou je ne sais quelle femme-objet de ce genre. Ce qui est appréciable chez un acteur de cinéma, c'est son reniement du cinéma, comme B. Poolevorde qui dénonce comme Brigitte Bardot la médiocrité de ce milieu, Yann Moix en tête, ou un acteur de cinéma qui se reconvertit dans le théâtre, bel acte d'amour.
Mais on peut très bien aussi qualifier des films ou des photos de "pornographiques", uniquement en raison de leur exploitation putassière de tel ou tel penchant humain, sans qu'il y ait aucune scène de nu ou de sexe. Le goût de la violence et la cupidité constituent d'autres angles d'attaque pour les pornocrates contemporains.
06:12 Publié dans Anti-journalisme | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : levy oblige, arte
mercredi, 12 décembre 2007
L'existentialisme est un onanisme
Un conseil pratique entendu sur "Arte", la petite chaîne de service public qui donne la parole aux branleurs plus souvent qu'à leur tour : « Moi quand je me masturbe, mon truc c'est d'utiliser un gant de toilette rempli de confiture ; l'illusion est quasiment parfaite ! » Heureusement que j'ai pris l'habitude de regarder la télé en notant dans un calepin les miettes de culture qui tombent parfois du poste…
18:10 Publié dans Anti-journalisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : arte
vendredi, 20 avril 2007
Cul-de-sac
Hier soir, entre deux ouvrages scientifiques - c'est dingue comme le besoin d'un discours rationnel se fait sentir chez moi en ce moment -, j'allume la télé et appuie par inadvertance sur le bouton "Arte". Pas tout à fait par inadvertance en réalité, car je mène en ce moment une petite étude sociologique sur Arte, la chaîne du bien et du mal ; dans le cadre de cette étude, je calcule combien de fois, si l'on appuie cent fois sur le bouton Arte par inadvertance, combien de fois on tombe sur une émission mettant en scène des nazis, des vrais ou des faux. J'en suis à onze sur vingt-huit, pour le moment. Michel Polac a bien raison de dire que la télé fait régner un climat d'insécurité quasi-permanent dans ce pays. Mais, hier soir, pas un nazi sur Arte ou presque, ils fêtent l'anniversaire, les dix ans de leur émission néo-culturelle TRACKS. Sous couvert de nouveauté, d'anticonformisme, d'art, de rockn'roll, d'humour, de tolérance, de recréation, d'underground, TRACKS est l'émission de télé la plus ringarde, la plus conformiste, la plus préfabriquée, la plus "marketing", la plus plate, la moins drôle, la moins populaire, la moins élitiste, la plus bobo, la plus prévisible, la plus chiante, la plus officielle des émissions que j'ai jamais vue. Dans cette "autocélébration", ils n'ont rien trouvé de mieux, ces primates d'Arte, que d'enregistrer les félicitations du ministre Renaud Donnedieu de Vabres et de les diffuser… Donnedieu de Vabres ? Il n'y a jamais eu de ministre de la Culture plus ridicule que Donnedieu de Vabres, pas même Toubon ! Jack Lang, encore, il est capable d'endosser le rôle d'un mec cultivé devant les caméras avec un minimum de crédibilité, mais Donnedieu de Vabres, il est complètement… "out".
10:10 Publié dans Anti-journalisme | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : tracks, arte, donnedieu de vabres
mardi, 28 novembre 2006
Adaptation
Une envie me prend soudain d'adapter une nouvelle en bande-dessinée. C'est sans doute d'avoir feuilleté cet album d'estampes de Rembrandt… Je cherche dans Sueur de Sang, le recueil de nouvelles sur la guerre de Bloy, mais je suis déçu. Sueur de Sang à cause du docu-fiction original d'Arte l'autre jour, sur la première guerre de la série contre les Prussiens, les Bavarois, les uhlans. Un film pas mal. Pour moi un film est "pas mal" lorsqu'il me donne envie d'ouvrir un bouquin ensuite. Et puis pour une fois qu'on ne cause pas de la guerre 39-45 sur Arte, ou du dernier groupe de peintres-qui-chient-sur-la-toile ou de musiciens-qui-pissent-dans-leurs-guitares-électroniques. C'est les trois sujets fondamentaux d'Arte : les nazis, les peintres inspirés et les musiciens itou, drôle de fonds de commerce ! Dans ce docu-fiction un peu franchouillard, forcément, parmi des historiens à moitié sérieux, il y a un type extraordinaire, un philosophe français, une caricature ambulante. Au début j'ai cru qu'il s'agissait d'un sketche d'acteur, d'une imitation de philosophe, mais non, c'était un authentique métaphysicien de chaire. J'ai noté son nom à tout hasard, Frédéric Gros, comme le peintre. Il débitait absolument n'importe quoi sur la guerre, tendant à la généralisation la plus absolue et la plus idiote, mais avec les grimaces correspondantes et une emphase des mains délicieuse à regarder, une sorte de delirium tremens fascinant ! Donc avec Bloy ça ne fonctionne pas. Bloy est son seul personnage convaincant, le seul qui n'incarne pas une vertu pure ou un vice pur. Dans ses œuvres de fiction, bien qu'elles soient très directement inspirées de la réalité, Bloy se laisse toujours emporter par la métaphysique, même ses paysages sont théologiques ; c'est pas pittoresque pour un sou, ça manque de détails vrais. Là où Bloy est vraiment bon, c'est dans le dialogue avec Dieu. Je crois que je vais chercher dans Poe ou dans Villiers de l'Isle-Adam maintenant…
17:55 Publié dans Journal intime | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : rembrandt, bloy, villiers de l'isle-adam, arte


