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  • Fruit de la passion

    La condamnation de la passion par les apôtres chrétiens est souvent mal comprise, notamment à cause d'imbéciles catholiques romains qui ont saccagé et continuent de saccager sans vergogne la théologie chrétienne au bénéfice d'entreprises les plus douteuses.

    Tout est dit ou presque par le mot de "commerce", qui traduit à la fois le rapport amoureux et la transaction monétaire. C'est un rapprochement aussi judicieux que celui entre l'argent et toutes les sécrétions humaines.

    Pour Bacon-Shakespeare, il n'y a pas d'hommes amoureux, il n'y a que des imbéciles. Karl Marx s'en prend à juste titre au romantisme comme à un fléau de l'esprit, par où la bourgeoisie libérale replète trahit le même mobile que l'aristocratie d'ancien régime. Balzac peint une réalité sociale crapoteuse derrière les grandes bannières sentimentales. Il n'est pas difficile de deviner qu'il n'y a qu'un seul "génie du christianisme" dans tout le christianisme, c'est le pédéraste Chateaubriand lui-même, presque aussi amoureux de sa propre enfance que Proust.

    Le mépris chrétien de la passion amoureuse n'est pas difficile à comprendre. Il se justifie, comme celui des sages de l'Antiquité, par le refus de l'esclavage. Shakespeare souligne bien que la passion amoureuse a été restaurée dans ses droits par un clergé romain indigne, pour le bénéfice de l'ordre aristocratique d'abord. L'issue catastrophique du délire amoureux de Roméo et Juliette, a bien comme le mariage de la reine Gertrude et du roi Claudius un motif apocalyptique sous-jacent. Ce n'est pas le fait du hasard si l'on retrouve dans la figuration de l'Eglise romaine sous les traits d'une prostituée, le double aspect sexuel et mercantile.

    La prostituée porte en effet la double marque de l'esclavage social : le sexe et l'argent. Ainsi les personnes passionnées ou romantiques sont-elles, comme Ophélie en est l'illustration dans "Hamlet", selon la sagesse chrétienne ou antique, des personnes inauthentiques, c'est-à-dire n'agissant pas de leur propre chef, mais sous l'emprise d'un conditionnement social plus fort. Ces personnes prennent leur esclavage ou leur manque d'indépendance pour un choix délibéré ; en réalité elles sont quasiment "virtuelles" et leur trajectoire inflexible est déjà écrite dans les astres, selon la sagesse chrétienne qui voit les personnes morales comme des personnes perdues d'avance.

    Shakespeare a prévu le triomphe du romantisme, idéal le plus truqué, comme un encens flottant au-dessus de l'exploitation de l'homme par l'homme, c'est-à-dire de l'esclavage généralisé et du commerce total, vanté par des chiens qui en tirent le maximum de profit comme le "libéralisme", alors qu'il est parfaitement automatique et programmé pour l'enfer.

  • Krach de l'art

    Un esthète moderne entiché d'art, comme tous les esthètes, pose cette question : "Peut-on vivre sans art ?"

    La bonne question est : "La société s'accommode-t-elle de l'art ?" Et la réponse est : non. La société contraint l'artiste à occuper une fonction, qui est grosso modo celle de la religion ou de la musique, c'est-à-dire du pire divertissement possible, car il se donne une apparence mystique qui le fait prendre au sérieux. Dès lors qu'un artiste a un minimum de forces, il résistera aux vêtements sacerdotaux que la société veut lui faire enfiler.

    Nitche qui exprime sa haine des anarchistes, des juifs et des chrétiens, pourrait aussi bien ajouter les artistes à sa liste. De façon caractéristique, le moraliste tente de réduire la tragédie grecque à un art allemand ou oriental dionysiaque, alors que l'art d'Eschyle ou de Sophocle est, de tous les arts, parmi les moins musicaux ou fonctionnels. Tout ce que touche Nitche et qui n'en est pas, à la manière de Proust, il le transforme en religion. Nitche ne comprend pas où Shakespeare veut en venir. C'est pourtant simple : l'anarchiste, le chrétien, tout ce que Nitche déteste, Hamlet l'incarne, dans Elseneur, métaphore de la civilisation moderne dont toutes les forces sont liguées pour l'éliminer. Nitche ne sait pas lire.

    Sur un point Nitche n'est pas parfaitement adapté au totalitarisme moderne, que la religion empêche de discerner, c'est lorsqu'il exprime franchement son mépris du peuple. C'est en cela que Nitche est comparable à Hitler, qui vaut pour la même raison, parce qu'il affiche la supériorité du peuple aryen sur les autres. Le peuple doit absolument se garder de se laisser conduire par des musiciens ; ceux-là n'ont jamais fait que le maintenir dans l'enfer. Le musicien le plus franc, c'est celui qui casse sa guitare, et n'y retouche plus jamais ; c'est le même geste que pour un soldat de briser son arme. Et c'est bien dans le rock'n roll que plan satanique est le plus clairement affiché, comme chez Nitche ou Hitler.

    En vérité dit le Christ, la vie d'un seul homme vaut mieux que l'existence de toutes les nations, et c'est cette vérité-là que la musique s'efforce d'étouffer. L'importation de musique depuis le XIXe siècle par la bourgeoisie républicaine, dans un des pays les moins prédisposés à ce culte, a essentiellement une fonction militaire. L'entraînement du soldat est un entraînement musical. Tous les instruments de musique ont leur pendant dans les arsenaux. L'harmonie du monde du connard allemand, c'est le "big-bang".

    L'historien honnête qui voudrait écrire l'histoire du christianisme occidental, arriverait à la conclusion que la vérité chrétienne a persisté en vertu de ses meilleurs artistes, contre le clergé officiellement chrétien. Pour une raison simple : ces artistes ont offert une meilleure résistance au monde, quand le clergé s'est efforcé de réduire chacun à personne. Il y a plus de résistance à l'esprit du monde dans Molière que dans les cinquante derniers conciliabules d'hypocrites démocrates-chrétiens !

    L'abnégation du Christ n'est pas le sacrifice au profit de la société, mais au contraire l'abnégation de ce qui fait de nous des personnes sociales, à commencer par la peur. Le Christ n'a pas peur de la mort, il redoute la douleur, qui est la condition sociale même, l'iniquité plus terrible que la mort, le carcan qu'il est venu abolir. Pas plus qu'il ne la craint, le Christ ne désire la mort, qui n'est douce qu'aux yeux des mourants et de ceux qui souffrent ; la mort que la condition humaine, seule, ennoblit, et tous ces pseudo-artistes ou pseudo-curés qui n'ont de cesse d'embrasser la mort sur la bouche, croyant l'amadouer ainsi, et justifiant ainsi la douleur.

    Mes frères, n'ayez pas peur. Comprenez que toutes vos peurs sont génétiques ou héréditaires. Elles vous sont inculquées comme un poison pour vous faire entrer dans la danse macabre, aussi vifs puissiez-vous être, et plus vous le serez, plus les vieillards s'efforceront de vous coincer dans l'étau social. C'est pourquoi le Christ est venu apporter le glaive entre le père et le fils, afin de vous dégager de toutes les obligations de votre race, espèce, famille, qui mettent un contrat sur votre tête à la naissance. Afin de vous soumettre à son père, qui lui seul vous veut libre, et qui est le seul père digne de porter ce nom.

     

     

  • Reconnaître Satan

    Si le monde se résolvait à l'affrontement des forces du bien et du mal, du ying et du yang, du noir et du blanc, alors Satan n'aurait pas de consistance.

    A cette réalité du mal souvent accompli au nom du bien, et du bien commis parfois au nom du mal, le chrétien reconnaît la présence de Satan dans le monde, qu'il emporte avec lui.

    A la beauté de la charogne et au charme qu'elle exerce sur le poète, Baudelaire reconnaît sa possession, ce qui revient au même. L'esthétique est la même cruche pour les gogos que l'éthique. Un seul suppôt de Satan parle ainsi plus vrai que toute la démocratie-chrétienne. Merci Baudelaire de ne pas prendre le diable pour une simple figure de style.

  • Egalité & Réconciliation

    - L'égalité est une utopie républicaine selon K. Marx, de nature juridique et destinée à occulter la nécessité du rapport de forces social, de sorte que la société, qui n'est qu'un moyen, perdrait son sens si l'égalité pouvait être accomplie, comme l'argent perdrait sa fonction s'il était également réparti.

    Marx reprend l'idée de Shakespeare que l'argent fait perdre à ceux qui le possèdent la notion de qui ils sont vraiment (beaucoup moins puissants qu'ils ne croient), ainsi qu'à ceux qui en sont privés mais le désirent ardemment (beaucoup moins vains qu'ils ne croient). Le possédant est possédé, aussi bien sur le plan physique que psychologique ; il cède en échange du réconfort moral de la propriété, le bénéfice de la spiritualité qui n'est pas, elle, une perspective macabre, contrairement au plan social. L'ignorance que celui-ci n'a qu'une valeur actuelle place en outre les jouisseurs et les cyniques, qui le comprennent mieux (les libéraux), dans la position de dominer le monde plus facilement. L'individu qui parvient à jouir le mieux, c'est-à-dire avec modération, se place dans la position idéale pour comprendre que la société se mord la queue, c'est-à-dire qu'elle n'est qu'un moyen, privé de but en dehors d'elle, comme le langage traduit la société, sans échappatoire possible. Et cette jouissance modérée, l'organisation capitaliste du monde l'empêche même.

    Marx rejoint donc bien la spiritualité chrétienne, puisque jamais le Christ ne justifie aucune institution humaine ou juridique, conscient qu'elles reflètent toutes le péché et la mort. Il n'y a pas d'éthique ou de morale marxiste, pas plus qu'il n'y a de morale ou d'éthique chrétienne, car celle-ci est déterminée par la mort et non par la vérité. Il n'y a pas de culpabilité dans le christianisme, mais un mensonge qu'il faut vaincre, et son pouvoir d'agrégation des hommes entre eux.

    Gare aux faux apôtres chrétiens qui prônent la mort comme une étape nécessaire, et ourdissent une morale ou une éthique chrétienne afin d'asservir les plus faibles à une volonté collective aveugle. Leurs prêches se heurtent à la réalité que ce sont les tenants de la morale et de l'éthique qui condamnent à mort le Christ.

    - Réconciliation : elle ne peut avoir de sens que si elle a un but spirituel, et non celui de bâtir un énième parti réformateur sur les ruines des précédents ; elle ne peut avoir de sens qu'en ayant conscience que les divisions suscitées par les puissants de ce monde entre les plus faibles, est une zizanie dont l'ordre politique et moral tire profit.

  • Claudel et Shakespeare

    J'indiquais récemment que Voltaire qualifie Shakespeare de "sauvage". Ce n'est pas l'adjectif le moins approprié, puisque la vision chrétienne s'oppose à l'angle païen de la civilisation (la théorie des "racines chrétiennes" est une théorie juridique, et le christianisme n'a ABSOLUMENT RIEN de juridique).

    J'écris "angle" exprès, car la littérature de Shakespeare recèle cette prophétie selon laquelle la "terre des Angles" est la pointe avancée de la civilisation occidentale, "hyperboréenne" comme disent Nitche ou les nazis.

    Certains critiques ont pu dire que le portrait des rois par Shakespeare était une sorte d'anticipation du dictateur oedipien Hitler. En réalité, c'est le "royaume chrétien d'Angleterre" qui est visé, et tous les régimes théocratiques soi-disant chrétiens par conséquent, qui inversent la spiritualité chrétienne d'une façon frappante, et qui trouve confirmation dans l'apocalypse aussi bien que les mises en garde répétées de Jésus et des apôtres contre les faux prophètes et prêtres chrétiens. La grande leçon d'histoire apocalyptique de Shakespeare est celle-ci : dans l'ordre démoniaque de la puissance morale et politique, l'étiquette chrétienne ajoute une ruse supplémentaire.

    Le poète soi-disant catholique Paul Claudel écrit quant à lui : "Ces écrivains anglais, de Shakespeare à Dickens et à Kipling, sont tous des païens. Pas le moindre sentiment du Christ, pas même un soupçon de métaphysique chez l'un d'eux."

    Claudel est le pharisien-type, tel que Shakespeare le décrit sous les traits de Polonius dans "Hamlet", c'est-à-dire du chrétien planqué derrière une "morale chrétienne" dépourvue de fondement chrétien. Il est impossible de fonder le catholicisme sur la morale, puisque celle-ci n'a pas de caractère universel. C'est un grand thème shakespearien que la trahison des clercs du moyen âge.

    A tous les points de vue : littéraire, chrétien et métaphysique, Claudel divague. Il n'y a sans doute pas de "sentiment du Christ" (?) chez Shakespeare, en revanche pas une page qui ne se réfère aux écritures saintes ou à saint Paul, ce qu'il faut être athée ou païen pour ne pas remarquer. L'écrivain pédéraste et pédagogue (l'un va rarement sans l'autre) R. Kipling a donné des fables dont le sens est assez contradictoire, quoi qu'il en soit très éloigné du symbolisme apocalyptique de Shakespeare, le mieux maîtrisé dans tout l'art anglais, en un mot le plus logique. Si l'on tient à citer un écrivain démoniaque, pédéraste et britannique, c'est le nom de Lewis Carroll qui s'impose.

    La métaphysique "par-delà le miroir" de celui-ci est typiquement païenne - "pythagoricienne" -, et c'est exactement celle contre laquelle Shakespeare livre bataille. La littérature régressive et pénible à lire pour un adulte normalement constitué de L. Carroll indique d'ailleurs assez bien que les mondes virtuels où la métaphysique païenne trouve refuge se conçoivent aussi bien sur le mode politique de l'au-delà, que sur le plan intime du rêve et de la perte de conscience volontaire.

    Mieux vaut pas de métaphysique du tout plutôt qu'un "soupçon", comme dit Claudel, qui confond sans doute la métaphysique avec l'alchimie ou la cuisine italienne.

    Le globe ou la sphère est pris souvent à la Renaissance comme le symbole de la métaphysique par excellence, précisément parce que c'est une forme qui n'est pas physique ; elle ne fonde donc pas de morale. Au contraire de la métaphysique païenne égyptienne ou pythagoricienne, déduite dans le prolongement de la morale ou de la politique, la métaphysique chrétienne renverse l'ordre moral, ce qui est indiqué dès la Genèse par les deux voies opposées de la chute, naturelle ou physique, et du salut, métaphysique ou spirituel.

     

  • Science et surnaturel

    Lors d'un reportage tv sur l'exorcisme et les exorcistes, un médecin-psychiatre est interrogé en tant qu'expert ; il décrète l'opposition de la science et du "surnaturel". C'est là un spécimen de dévôt républicain, dont la science procède du matraquage, amplifié par des moyens de propagande sans commune mesure.newton.jpg

    - Tout d'abord, il n'est pas démontré sur le plan scientifique que la télé peut contribuer à l'enseignement scientifique plutôt qu'à l'idiotie générale. Cette sorte de scientifique qui cautionne des reportages télévisés est particulièrement suspecte, au moins, d'une grande naïveté.

    - La médecine psychiatrique n'est pas à proprement parler une "science", mais une technique ; les plus illustres savants ont montré par le passé que la médecine a un pouvoir de suggestion sur les foules, analogue à celui de la religion. Le sorcier du village n'était pas par hasard aussi thaumaturge. Pour une raison simple : la culture de vie païenne est, depuis la nuit des temps, le discours religieux le plus banal, sur lequel les grandes théocraties se sont appuyées et s'appuient encore. Au contraire de la méfiance française, on peut remarquer la grande confiance, naguère, du régime nazi dans la médecine, au point de l'ériger en véritable science.

    En principe, sur le plan technique, la fin justifie les moyens. Qui reprochera à un médecin d'employer des moyens ésotériques s'il parvient à soigner efficacement ? Ainsi, l'homéopathie est une science largement "occulte", mais cela n'empêche pas que son usage soit répandu dans les cabinets de médecine et les hôpitaux publics.

    - Galilée, Copernic, Bacon, Descartes, Newton, Leibnitz : il n'y a aucun de ces grands savants ou reconnus tels aujourd'hui qui ne fasse large part au "surnaturel", ainsi que toute la science pendant des milliers d'années avant eux. Et cette liste est très loin d'être exhaustive.

    Galilée, par exemple, qui bénéficie aujourd'hui d'une gloire démesurée, croyait encore au purgatoire plus de trois siècles après Dante (!), et il appartenait au lobby catholique romain le plus archaïque, mélangeant le surnaturel païen avec le surnaturel chrétien de la manière la moins rigoureuse.

    Il y a donc une double inconstance de la part de la science technocratique moderne, dont ce médecin-psychiatre partage l'épistémologie nébuleuse.

    Primo, elle devrait se désolidariser de savants, dont l'imagination fait largement place à des croyances surnaturelles d'origines diverses. D'ailleurs cette science technocratique se livre à une propagande mensongère, à l'aide de moyens dont même l'Eglise romaine n'a jamais disposé, quand elle affirme que la science de ces grands savants qu'elle continue d'honorer, était sans lien logique avec leurs croyances surnaturelles. C'est aussi mensonger que de dire la science technocratique moderne en général, et la médecine psychiatrique en particulier, coupées de la FOI dans le progrès social. Je cite deux menteurs de cette espèce, de stature internationale : le Français Claude Allègre et, plus encore, le Britannique Richard Dawkins, auteurs dans le domaine de l'histoire de la science d'ouvrages sans fondement historique - voire à la limite de la bouffonnerie dans le cas de Dawkins.

    - De surcroît, il existe plusieurs sortes de "surnaturel", et la psychiatrie est fondée sur l'un d'entre eux, quoi que cet expert semble l'ignorer. C'est en outre le plus religieux et le moins expérimental. La méthode spéculative ou psychologique implique en effet de croire dans des états abstraits tel que l'infini, sans consistance naturelle ou expérimentale. Cette sorte de surnaturel, qu'on peut dire "théorique" ou "hypothétique", ou encore "transcendental" a été critiqué plusieurs siècles avant notre ère par Aristote, savant matérialiste et astrologue, qui la fustige comme le courant religieux le plus superstitieux.

    L'opposition moderne d'un technocrate tel que C. Allègre entre une science expérimentale, et une autre qui ne le serait pas, est inepte. Les technocrates placent d'ailleurs dans leur panthéon les savants les moins basés sur l'expérience, comme Newton, Descartes ou Galilée. La démonstration de Galilée du mouvement de la terre autour du soleil est en effet hypothétique/mathématique et contraire à l'expérience de sa stabilité.

    L'opposition entre différentes sortes de surnaturel par Aristote est beaucoup plus scientifique. F. Bacon a renouvelé cette critique à la fin du XVIe siècle ("Novum Organum"), afin notamment de souligner chez certains de ses confrères (Gilbert, Copernic, Galilée) le télescopage de ces différentes sortes de surnaturel, et la confusion absurde que ce télescopage engendre.

    - Pour finir, signalons que la caution fournie en outre à ce reportage de TF1 par un "sociologue des religions", Frédéric Lenoir (!), frise le ridicule, puisque la sociologie n'est autre qu'un discours religieux déterminé par le préjugé juridique républicain. De sorte qu'il n'y a pas de chef de parti politique en France qui ne soit aussi un "sociologue", comme son projet l'y oblige, et même si l'on ne doit pas exclure dans le domaine politique le plus radical cynisme, derrière le projet de société.

    (Ill. de W. Blake représentant I. Newton, le front penché sur la terre. Blake suggère que Newton est trop terre-à-terre et manque de spiritualité. Il n'empêche que Newton a écrit des traités de théologie, qui pour manquer de rigueur n'étaient pas insincères pour autant.)

  • A. Soral et K. Marx

    Il est arrivé deux ou trois qu'on me confonde avec Alain Soral, d'"Egalité & Réconciliation". Bien qu'il est très sympathique, comme tout ce qui fait en temps de consensus publicitaire l'objet de poursuites médiatiques, je diffère de Soral sur quelques points.

    - L'athéisme professé par celui-ci est le plus petit détail, car la foi ne compte pas aux yeux des chrétiens, dont je suis. Ce n'était qu'un truc de curé sous l'ancien régime pour se donner de l'importance. Dans la réalité, le Christ rapporte le comportement exemplaire d'un Samaritain, pour bien dire aux juifs qui auraient été trop marqués par le pharisaïsme : l'étiquette ne compte pas, mais seulement la charité.

    - En revanche, je ne suis pas "républicain" comme Soral, car le républicanisme est un vecteur, non pas d'athéisme, mais d'antichristianisme. L'idéal républicain cherche en effet à faire croire, à n'importe quel prix, c'est-à-dire en mentant de façon éhontée, au "progrès social", promesse dont il n'est pas difficile de deviner qu'elle est faite pour asservir le plus grand nombre aux besoins de quelques-uns. Cette idéologie est la plus contraire au christianisme, dans lequel l'écoulement du temps n'a d'autre effet que le pourrissement ; au christianisme étranger à une libération d'ordre collectif ou social.

    Le socialisme omet de dire que si chacun est libre, alors la société ne sert plus à rien ; ou plutôt : le seul socialisme conçu ainsi, dans le but de détruire la société, par conséquent profondément irréligieux, c'est celui de Marx et Engels. Or, c'est le plus antirépublicain, c'est-à-dire le moins élitiste et le plus dissuasif de croire dans le progrès juridique.

    Outre Soral, je m'étonne d'ailleurs de "marxistes républicains" !? Mélenchon, Philippe Poutou, etc., alors que Marx a fait la démonstration que propriété publique et propriété privée sont indissociables, l'Etat appuyé sur les banques, et les banques sur l'Etat. L'illusion de croire l'argent public séparé de l'argent privé vient de la nécessité de faire gober, tâche qui incombe au clergé républicain, que le "progrès social" est autre chose que l'enrichissement, c'est-à-dire le pillage juridique organisé du reste du monde.

    Mais surtout, Marx a fait la démonstration que la formule juridique républicaine moderne, y compris le national-socialisme allemand, ne fait que perpétuer la formule inaugurée par l'Eglise romaine, en l'adaptant aux nouvelles exigences de l'exploitation industrielle. Le culte juridique mis en place par l'Eglise romaine (bien plus antimessianique et efficace que le nitchéisme récent) dans l'ancien régime, répondait à l'exigence de l'enracinement du paysan dans la terre et dans son travail. Seul le droit a des racines, et non le christianisme. Les thèses raciales allemandes sont d'ailleurs exactement faites du même bois, mais destinées cette fois à des prolétaires athées.

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    L'intérêt récent d'Alain Soral pour l'apocalypse, c'est-à-dire le récit mythologique chrétien de l'histoire du monde, en revanche, le rapproche. D'abord parce que j'argumente depuis plusieurs années que l'orientation de la science matérialiste marxiste est apocalyptique. Bien qu'il a eu des positions différentes à l'égard du christianisme, Marx ne s'est d'ailleurs jamais beaucoup éloigné de l'apocalypse, imitant une méthode typique des "Lumières françaises" qui consiste à opposer au clergé catholique ou protestant l'esprit et la lettre du Nouveau Testament. Je recommande chaudement cette méthode. Tout au plus l'athée qui la pratique risque-t-il de devenir chrétien.

    Quelques précisions : - "matérialiste", contrairement à certaine légende dorée athée, ne signifie pas "athée". L'athéisme moderne participe d'un mouvement bien plus psychologique que matérialiste. Les savants matérialistes grecs sont nombreux. Aucun d'eux n'est athée. Le matérialisme est concentré autour de la question de savoir si la nature comporte le vide, ou si celui-ci est seulement une notion métrique.

    - Le point le plus intéressant abordé par Soral est celui du lien entre la mythologie et la science matérialiste. L'imagination est-elle aussi propice à la science qu'elle l'est à l'art ? telle est la façon dont on peut poser la question. Et répondre que, jusqu'au XVIIIe siècle, l'art, la science et la théologie n'étaient pas disjoints, et la place de l'imagination incontestée. Le prétexte fallacieux d'élargissement des connaissances parfois invoqué pour expliquer la division de la science et de l'art en différentes branches, dissimule la vraie raison, technocratique, de cette évolution, de conserve avec la substitution d'une méthode spéculative, aujourd'hui répandue dans toutes les disciplines, à l'imagination.

    Il faut se demander, par conséquent, au minimum, si l'effacement progressif de la mythologie et de l'imagination au cours des derniers siècles, loin d'être une marque de "progrès scientifique", ne serait pas la conséquence d'un totalitarisme avancé ?

    - Ensuite, quand on se dirige comme Soral vers l'apocalypse chrétienne à partir de préjugés sociologiques et juridiques, il faut éviter de tomber dans un piège. Celui auquel je fais allusion précédemment, d'abord : l'église romaine étant la matrice de la sociologie républicaine, ayant introduit le poison de l'éthique bien avant la République, au moyen-âge, sous la forme du purgatoire, mieux vaut s'éviter un saut dans le temps inutile et croire la vieille sociologie meilleure que la nouvelle.

    Il faut éviter en outre le mélange d'apocalypse et d'éthique, selon le propos ésotérique de Dante Alighieri, et plus encore de Chrétien de Troyes, auteur d'une légende démoniaque, dont Shakespeare a souligné l'indécence et le symbolisme magique. Cette mythologie subversive et maçonnique, au sens où elle tente d'adapter le christianisme à un système de castes, permet de faire le constat que le symbolisme alchimique ne date pas d'hier, mais qu'il a été vivace du temps des cathédrales gothiques.

  • Résistance française ?

    Les personnes intelligentes ne se laissent pas gouverner facilement. Mais seuls des imbéciles peuvent se laisser gouverner par des édiles et des journalistes, représentants de commerce habiles à organiser la frustration générale, selon un plan dont les tenants et les aboutissants sont obscurs, se perdent dans les limbes d'un humanisme scolaire complètement truqué, où la tartufferie républicaine déploie des efforts d'hypocrisie inégalés dans l'histoire de France.

    Non, les Français n'ont pas la passion de la politique, sinon ils seraient nazis ou yankees. Que les journalistes soient issus de Sciences-po., les politiciens de l'Ena, l'X ou Normale Sup., ne signifie pas que la majorité des Français a le goût égyptien de l'administration ou des mathématiques dans le sang. Demandez aux Français ce qu'ils pensent de Jacques Attali, la crème de l'élite, ou d'Alain Juppé ? Beaucoup diront que ce sont des bêtes à concours sans grand relief, s'occupant encore à l'âge de la retraite de justifier les espérances placées en eux par leurs mères, débordant pour cette raison du cadre de l'administration prudente.

    Les promenades des politiciens dans les travées du salon de l'Agriculture n'intéressent que les journalistes français.

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    Les peuples frustrés et qui ne jouissent pas ou mal sont d'autant plus en proie à la politique, et enclins à croire dans la promesse aussi ignoble qu'imbécile de l'enrichissement comme solution à tous les problèmes. Alors que l'enrichissement libéral est un processus qui marche à la frustration, et ne peut certainement pas y mettre fin. La fascination pour les mises en scène macabres de la sexualité au sein de la jeunesse yankee est sans aucun doute la conséquence d'une culture juridique et libérale débordante. L'aspect juridico-commercial de cette sexualité est perceptible. Sa frénésie signale une jouissance minimum et quasi-mécanique, proche de l'accomplissement d'un devoir civique.

    Le slogan libéral de Guizot ou Sarkozy - "Enrichissez-vous !" - n'est pas aussi féroce que le slogan au fronton des camps de travail nazis, il est pire encore. C'est un excitant de la férocité humaine plus puissant de faire passer le produit abstrait du travail pour un moyen plus noble que le travail lui-même. La morale nazie est une morale de travailleurs et d'industriels esclavagistes, typique du XIXe siècle ; celle des libéraux, aujourd'hui, est une morale de gangsters ou de banquiers, dont on peut attendre des conséquences plus terribles, et qui d'ores et déjà a commencé de les provoquer.

    Parvenir à la jouissance est déjà pour un peuple la source d'une moindre inféodation aux fantasmes des politiciens et à la paccotille de leur rhétorique. La France est moins frustrée que les Etats-Unis, donc  c'est une nation moins fétichiste et prête à entendre les airs de pipeau joués par les politiciens. Le culte de la politique qui règne aux Etats-Unis, vu de France apparaît comme la chienlit commerciale la plus grotesque. Si les médias français n'avaient pas exercé une censure stricte lors de l'élection d'Obama, manifestation de dévotion religieuse orchestrée à l'échelle mondiale, les voix françaises dénonçant cette imposture totalitaire auraient été mieux entendues.

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    C'est soi-même avoir une intelligence morale ou politique, donc limitée, que de se fier à un autre pour conduire sa vie.

    Le prétexte invoqué jusqu'ici pour se soumettre, de la division des tâches et d'une meilleure organisation, ce prétexte ne tient plus. Le caractère mafieux de l'organisation est visible, l'échec de l'organisation également ; mais, surtout, il faut avoir été éduqué par des salauds pour soumettre son esprit ou son libre-arbitre à la division des tâches.

    Jeunes gens, vos maîtres se foutent de vous. Outre qu'ils abusent de vous sous le prétexte de préparer votre avenir, ils vous plient aux mêmes règles d'organisation et de division du travail par lesquelles les femmes musulmanes sont maintenues dans leurs devoirs, et présentées comme archaïques ; de sorte que la prostitution n'est pas moins obligatoire dans le régime libéral commercial que le voile dans l'islam.

    Les vieux cons qui vous ont dupé espèrent que leur retraite s'effectuera dans le bon ordre et le respect de leurs intérêts. Ces lascars ne doutent de rien : ils ont foi dans la politique. Ils voudraient que les gosses votent même quand ça ne sert plus à rien, dans un mouvement de pure dévotion religieuse pour des institutions entièrement virtuelles.