Bredouille
(Ill. de H.)
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Buren, vous savez l’artiste contemporain du Palais-Royal, voudrait, ou plutôt exige, que sa ruine de ruines zébrée soit restaurée par l’Etat ; paraîtrait qu’on ne la voit pas assez, que les “milliers de gens qui viennent du monde entier pour la voir” (sic) sont déçus. On imagine qu’ils vont noyer ensuite leur déception à la buvette du Louvre.
De la part d’un expert comme Buren, c’est une méconnaissance surprenante d'une règle de base de l’art contemporain : “Les plaisanteries les meilleures sont les plus courtes”. Du pastiche gréco-romain, on verse dans l’autopastiche. Un bon artiste contemporain doit produire au moins un gag par jour.
La bonne nouvelle c’est que la bêtise française est universelle et que nous la partageons avec le monde entier.
En ce moment le duo Zemmour-Naulleau inventé par Laurent Ruquier cartonne à la télé. Il fonctionne sur le même principe que Le Pen ou que la tarte à la crème de Le Gloupier, ou encore que les sous-pulls roses de Philippe Katerine, un pet dans une galerie d’art contemporain :
Le poids des conventions bourgeoises est devenu tel, les prêchis-prêchas démocratiques, la cinéphilie, les communiqués de presse de l’Élysée, la rebellion certifiée non conforme par le groupe Pinault-Printemps-Redoute, les rediffusions de Louis de Funès, les soldes, les campagnes d’Aides contre le sida, l'amour de l'humanité de Bernard Kouchner, tout le bazar, qu’on est prêt à se jeter sur la moindre parcelle de sincérité et de fraîcheur.
Ainsi quand Zemmour et Naulleau dézinguent la “culture Télérama” à travers Catherine Breillat, par exemple, on en redemande (L’appât du gain est tel que la mère maquerelle du cinéma d’auteur franco-français n’a pas eu l’intelligence d’éviter le traquenard qui lui était tendu.)
Quand Zemmour et Naulleau dézinguent Jacques Chancel, vieux mou consentant à toutes les tartufferies du PAF, on en redemande aussi !
Et quand Naulleau (Zemmour ne sait pas lire) taille un costard à Pascal Bruckner, ex-philosophe de station balnéaire qui aimerait bien le redevenir, énième Philippe Muray de gauche (un peu plus à gauche que Muray), on applaudit aussi.
C’est diffusé au milieu de la nuit, comme il se doit, mais on doit pouvoir se procurer des extraits sur le ouaibe.
Les possibilités du conformismes bourgeois étant à peu près illimitées, des Chancel, des Breillat, des Bruckner, c’est pas ça qui manque, notre duo de justiciers n’est pas menacé par la pénurie. Mais pour renouveler vraiment son sketche, il faudrait que Naulleau s’en prenne non seulement au style des auteurs pour magazines féminins, Labro, Sollers, PPDA, BHL, Nothomb, Eric-Emmanuel Schmitt, c’est un peu facile, mais aussi carrément aux idoles bobos sur papier Bible : Gracq, Camus, Malraux, etc.
Ah, que la critique est un art difficile aujourd’hui !
D'après la presse économique, le commerce via l'internet aurait pour effet de réduire en France l'inflation due à l'augmentation du coût des matières premières. Pour ce qui est de l'inflation de la connerie ambiante, l'internet y contribue plutôt.
Pour prolonger ma phénoménologie de l’esprit bobo : Pourquoi n’y a-t-il pas de bobos aux Etats-Unis, où on parle plutôt de “yuppies”, ce qui signifie à peu près : “blousons dorés” ou “jeunes cadres dynamiques” ? Probablement parce qu’il n’y a pas encore eu aux Etats-Unis comme en Europe de révolution antibourgeoise.
La guerre civile de Sécession, qui a un aspect révolutionnaire comme toutes les guerres civiles, oppose la nouvelle bourgeoisie industrielle capitaliste du Nord aux Etats du Sud, plus traditionnels. Contrairement à ce que la propagande capitaliste inculque, ce n’est pas une révolte des esclaves nègres opprimés dans les champs de coton.
Dorénavant, la majeure partie des travailleurs opprimés par le capitalisme yanki est en Asie, et la révolution contre le capitalisme, si comme Marx l’a prévue elle advient, la révolution doit être envisagée à l’échelle mondiale.
En l’état actuel des connaissances, la façon la plus scientifique de noter les ministres du gouvernement Fillon serait de se baser sur l'audimat, puisqu’ils fréquentent tous assidûment les “talk-shows” à la mode, de Cauet (droite) et de Ruquier (gauche).
Dans la course à la plus belle courbe d’audience, évidemment, Rama Yadé part avec un net avantage sur Roselyne Bachelot ou Christine Boutin. Elle n’a même pas besoin d’ouvrir son clapet pour séduire une clientèle plus large que la clientèle habituelle du “sarkoshow”, à savoir la ménagère de plus de cinquante ans.
Mme Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie qui ne néglige pas pour autant de se maquiller, désormais ce n’est plus une inconnue, a fait l’X. À la place de la planète, je m’inquièterais d’autant plus de ce facteur.
De Valéry Giscard-d’Estaing à Jacques Attali en passant par Bruno Mégret, Jean-Marie Messier, Alain Lipietz, Claude Bébéar, la liste est longue des polytechniciens jamais à cours d’idées simplistes et qui n’ont eu de cesse au cours des dernières années de vouloir les appliquer. Plus on se rapproche du major de promo, plus il semble que le cas soit grave.
Un hasard ? Non, il faut être polytechnicien pour croire au hasard. Il n’y a pas de hasard, il y a juste une exception : Michel Rocard, qui n’a pas fait polytechnique, c’est étonnant.
Ainsi Madame Kosciusko-Morizet nous explique que Claude Allègre et les experts qui pensent que le rôle décisif de l’homme dans le réchauffement climatique n’est pas démontré, ont sans doute tort vu que leur opinion est minoritaire.
Si c’est Sarkozy, comme il y a lieu de croire, qui a empêché le énième rallye Paris-Dakar de prendre le départ, au risque de s’aliéner tous les beaufs qui ont voté pour lui, ça fait au moins une chose de positive dans son bilan.
Sarkozy peut savoir gré à Ben Laden de lui avoir soufflé l’idée.
Quand Alphonse Allais inaugura l’art contemporain en grandes pompes (de clown) il y a plus d’un siècle, galerie Vivienne, déjà la civilisation montrait des signes de faiblesse. Toutes les conditions étaient réunies pour commencer de désespérer.
Malgré tout Allais s’accroche à la légèreté française : avec lui les illusions valsent, au lieu de foutre le camp, comme chez Céline.
L’humour potache érigé en art, le calembour élevé au rang de science, etc., il y a tout ça chez Allais, viking futuriste tiré à quatre épingles. Il possède dans sa pharmacie l’antidote au conformisme et à l'ennui démocratique. Il y a tout un tas de fioles cocasses. Un gugusse comme Finkielkraut, par exemple, improbable encore naguère, rendu possible aujourd’hui, semble sortir tout droit d’un conte défait d’Allais.