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  • Le Christ anarchiste

    C'est parce que le mal est nécessaire à l'équilibre du monde que les évangiles ne s'adressent pas moins aux salauds qu'aux personnes vertueuses.

    Ce qui est intolérable du point chrétien, c'est le blanchiment de la société, vieille méthode pharisienne perpétuée par le clergé chrétien.

  • Dialogue avec l'Antéchrist

    "Je connais mon sort. Un jour se rattachera à mon nom le souvenir d'une crise comme il n'y en eut nulle autre au monde, du choc le plus profond des consciences, d'une décision conjurée à l'encontre de tout ce qui avait été cru, exigé, sanctifié jusqu'alors. Je ne suis pas un homme, je suis de la dynamite.

    (...) Celui qui a découvert la morale découvre aussi la non-valeur de toutes les valeurs auxquelles on a cru ou croit encore ; même dans le type le plus vénéré de l'homme, même dans le saint il ne voit plus rien qui soit digne de respect mais les formes les plus fatales d'avortons, fatales parce qu'elles fascinaient. (...) Le concept de Dieu, inventé comme pour être le contraire du concept de vie - en lui... toute l'hostilité mortelle à la vie se trouve rassemblée en une unité épouvantable." "Ecce Homo", F. Nietzsche

    Dans ce paragraphe, Nitche dévoile, ce qui n'est pas franchement un "scoop", le mépris chrétien de la vie. Le serpent de la Genèse est en effet symbole de vie.

    Le disciple de Zarathoustra, qu'un chrétien tel que moi nomme "suppôt de Satan" pour plus de commodité, s'attend à ce que son annonce faite au monde du mensonge chrétien sous-jacent dans la détermination moderne fasse l'effet d'une bombe, c'est-à-dire qu'elle permette aux élites occidentales que Nitche interpelle de voir l'histoire de l'Occident comme l'histoire d'une décadence, en lieu et place du "progrès social" affiché.

    A cela il faut ajouter le compliment adressé par Nitche à la doctrine catholique romaine, et surtout à l'art catholique romain, d'avoir étouffé le message évangélique, sous prétexte de le propager. Autrement dit, Nitche impute principalement la culture de mort moderne à la culture chrétienne protestante qui lui fut inculquée par ses parents.

    Cependant, là où Nitche prétend rétablir la vérité et mettre fin à -au moins- deux millénaires de mensonges, il ne dit que la moitié de la vérité, ce qui est cause, dans sa doctrine à visée rationaliste, de plusieurs contradictions.

    - Il est vrai que Jésus-Christ et les apôtres méprisent la vie, la culture, l'art, et tout ce qui en découle ; mais c'est au nom de l'immortalité, et non de la mort. Par conséquent, la doctrine de Nitche repose sur la négation de la résurrection, et, d'une manière plus large, de toute métaphysique. Or, sur ce point, Nitche ne révèle pas grand-chose, pour ne pas dire qu'il occulte largement l'importance de la métaphysique dans le monde antique pré-chrétien, suivant une méthode qui sera reprise par les nazis et les sectateurs de la République française, amputant l'antiquité des éléments qui contredisent leur thèse. De façon caractéristique, Nitche fait de Dionysos une divinité majeure, alors qu'il n'était dans la Grèce antique qu'une divinité secondaire.

    - Plus grossièrement encore, Nitche assimile le christianisme à la culture protestante moderne, alors que les Evangiles et le Messie se montrent hostile à toute forme de culture, et en particulier une culture qui se réclamerait de Jésus-Christ, ce qui reviendrait à fonder le christianisme sur le péché, et non sur l'amour et la vérité. Nitche s'attaque violemment à une culture et à une doctrine sociale chrétiennes, alors même qu'il n'y en a pas. Toute forme de mobile temporel est désavoué par la parole divine, et s'exposent par conséquent au néant tous ceux qui trahissent cette parole. La récupération et l'usage du message évangélique à des fins militaires ou éthiques ne fait pas de ce message un message militaire ou éthique pour autant.

    Conclusion : l'antéchrist, sous le prétexte de s'attaquer au christianisme, s'en prend à ce qui est décrit dans l'évangile comme l'antichristianisme, c'est-à-dire une force de subversion majeure, une OPA abusive par les élites occidentales sur les évangiles, similaire aux malversations antiques du clergé juif. De ce fait même, l'antichristianisme de Nitche a, comme celui de Judas, un côté suicidaire, car Nitche dévoile certaines positions et stratagèmes sataniques ; il se comporte comme un soldat romain, voulant torturer et crucifier le Christ et ses apôtres, à l'époque des poisons modernes, fielleusement déversés dans l'oreille des innocents afin de les tuer dans leur sommeil. Nitche n'a rien compris à Shakespeare et à la nuit dans laquelle l'Occident est plongé jusqu'à la fin du monde.

     

  • Athéisme

    Au fait, "athéisme" veut-il dire : ne pas croire en dieu, ou bien : croire en l'homme ?

  • Satan et les Romains

    Il a sans doute raison, ce curé catholique romain, de dire aux petits enfants qui l'écoutent de ne pas voir le diable partout. Comme le diable est véritablement partout, on n'apprendra rien d'essentiel en étant attentif à la myriade de manifestations secondaires de la fortune ou de la providence.

    Ne pas voir le diable partout : en revanche ce serait une erreur fatale de ne pas le reconnaître dans l'Eglise catholique romaine, de ne pas comprendre la signification des flèches d'une cathédrale gothique.

    Le divin Nitche est persuadé de l'inspiration satanique de l'art catholique romain : il se trompe, car la tâche dévolue par Satan à l'art catholique romain est bien plutôt de masquer Satan que de l'exalter. Une fois ces écailles soigneusement appliquées sur les yeux de l'humanité par les artistes catholiques romains, n'importe quel motif - athée, laïc, personnel, existentialiste, bouddhiste, chamanique, communiste -, a pu servir de prétexte. Les petites mains de la ruche n'ont pas besoin de savoir ce que mijote la reine, du moment que les contours de sa petite cellule sont bien dessinés. 

  • Anthropologie

    L'absurdité de la condition humaine justifie tous les actes contre nature. Le suicide, doctrine aristocratique, est tabou pour une seule raison : si les ouvriers se suicident, qui servira les bourgeois ?

    - Où lisez-vous, bourgeois, que le Christ a levé le petit doigt pour empêcher ce curé de Judas de se suicider ? Seule la société menace l'homme au-delà de la mort, et ces menaces sont du même calibre que les promesses des politiciens : elles n'engagent que les bonnes femmes, invariablement occupées depuis l'aube de l'humanité à répéter la même erreur qu'Eve.

    Le travail de l'anthropologue moderne, dans le régime totalitaire où nous sommes, consiste à faire passer l'absurdité pour la logique, jusqu'à proscrire l'humour. Aussi à la fin des temps, les partisans de la morale et de Satan, sont-ils aussi écoeurés par la société qu'un chrétien peut l'être.