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  • Apocalypse 2012

    Faut-il aimer Jarry pour voir le caractère ubuesque de cette messe de Noël à Saint-Pierre de Rome ? C'est-à-dire le décalage entre cet événement médiatique mondial et la réalité.

    De la part de Joseph Ratzinger, la référence répétée à Origène dans son sermon vaut certes mieux que la référence habituelle à saint Augustin. Les commentaires d'Origène sont en effet beaucoup moins imprégnés de paganisme que ceux de saint Augustin, ce FOUTU Romain avec sa psyché et son obsession sexuelle.

    Mais si le pape voulait nettement se démarquer du capitalisme luciférien, il ne célèbrerait pas Noël, pédérastique orgie dont il est vain d'espérer tirer quelque chose qui ressemble à de l'amour vrai.

    De quoi Benoît XVI a-t-il peur ?

  • Regain

    A chaque nouvelle célébration du solstice d'hiver, c'est une recrudescence de la connerie bourgeoise dans les médiats, un véritable feu d'artifice.

    J'ai relevé cette année cette phrase de François Hollande entendue sur "Radio-Sarko n°1" : "J'aimerais que le premier rire de tout enfant dans le monde soit un rire sain !"

    Même si Hollande est à peu près dépourvu d'humour lui-même (Alain Juppé est beaucoup plus rigolo), on voit à quel point le rire est une valeur politique. C'est pourquoi Shakespeare écrivit une pièce contre Thomas More, qui avait la réputation d'avoir beaucoup d'humour. Baudelaire remarque aussi que "les Evangiles ne rient pas".

  • Le Diable dans l'Eglise (3)

    Nul théologien n'a une connaissance meilleure du diable que Shakespeare, à l'opposé du Tartuffe Jacques Duquesne (Il n'est écrit nulle part que la théologie doit être ennuyeuse, et on ne saurait en vouloir à Shakespeare d'imiter Eschyle plutôt que Thomas d'Aquin.)

    Horatio dans "Hamlet" a une attitude typiquement médiévale ou "romaine" vis-à-vis du diable, qui diffère sensiblement de celle du jeune Prince du Danemark. Horatio croit au diable (sans quoi il ne serait pas chrétien) et le craint, tandis qu'Hamlet cherche à mieux le connaître et ne craint pas d'affronter la peur du diable ; pour cela, Hamlet ne se dérobe pas et VEUT SAVOIR si le spectre sur le chemin de garde est diable ou messager de Dieu. L'attitude d'Hamlet est plus représentative de la logique de Shakespeare lui-même, bien sûr, mais également de l'esprit de la Renaissance, plus généralement. Il faut dire que la pensée matérialiste, rénovée par François Bacon, a le mérite d'indiquer où se situe l'idéologie, c'est-à-dire la spirale anthropologique.

    La tartufferie de Duquesne se comprend lorque celui-ci explique que la relégation du diable par les théologiens catholiques a pour effet profitable de "responsabiliser l'homme". Alors même que c'est le capitalisme, dans lequel Duquesne est mouillé jusqu'au cou, qui a inventé le slogan hypocrite et cynique du "responsable mais pas coupable", ou que l'inculpation du seul Hitler dans l'enseignement laïc de l'histoire (même pas Napoléon !) permet d'occulter la mécanique capitaliste des guerres modernes et de disculper la polytechnique.

    *

    La fête de Noël est un cas typique d'intrusion du diable dans l'Eglise qui permet de comprendre le processus. Noël est à l'origine une fête païenne saisonnière que l'Eglise a tenté de "christianiser", avant qu'elle ne redevienne complètement païenne. Autrefois les enfants étaient récompensés ou punis en fonction de leurs mérites, le Père Noël accompagné du Père Fouettard ; la mondialisation fait aujourd'hui que les enfants du Nord sont couverts de cadeaux, tandis que ceux du Sud en sont privés. Le capitalisme a même restauré l'idée typiquement païenne de prédestination.

    On voit d'après Noël, même si on pourrait prendre d'autres exemples, que le compromis chrétien avec des rituels ou des pratiques païennes : 1. tourne toujours à l'avantage du paganisme ;

    2. qu'il est systématiquement un compromis politique et moral. La théologie de Shakespeare, qui souligne que le diable habite le palais est bien plus conforme à l'avertissement messianique contre le rêve d'édifier la Cité de Dieu dans ce monde : là est l'utopie satanique, et aussi dans la manière de sanctifier la politique par mille et une ruses.

     

  • Le Diable dans l'Eglise (2)

    Pourquoi le XVIIe siècle janséniste est-il une étape décisive dans la dissolution -on a presque envie de dire "l'absolution"- du diable, et, partant, du délitement de la théologie catholique ?

    Au passage il convient de souligner que le XVIIe siècle français, en dehors de Corneille et Molière, est bien peu "shakespearien". Si la Renaissance place l'apocalypse et le diable au coeur de la science et de la théologie, avec les juristes, les mathématiciens et les "harmonistes" du XVIIe siècle, c'en est fini de l'histoire. Karl Marx et Frédéric Engels ont en restaurant la dialectique historique mis fin plus efficacement que Voltaire à un obscurantisme de plus de deux siècles. Si on dérouille l'épée de Shakespeare du fourreau de gnose scolastique dans laquelle l'Université l'enferme, on retrouve chez Shakespeare les grands axes de la pensée marxiste : le matérialisme (qui est un naturalisme, et jamais S. ne fait une métaphore au hasard) ; la vérité scientifique contre la puissance politique ("dynamique" contre "dynastie") ; la dimension satanique de l'argent (et son rapport avec le sang et l'âme, remarqué aussi par Léon Bloy) ; la sainte horreur du paganisme et de l'ésotérisme qui est aussi au coeur de l'oeuvre de Marx.

    *

    Il faut aussi aplanir ici une difficulté du vocabulaire courant. La science dite "matérialiste" authentique d'Aristote, Bacon ou Marx n'a rien à voir avec la "polytechnique" bourgeoise, nazie ou capitaliste et son culte de l'objet artisanal ou industriel. Pour un matérialiste, le rapport de l'âme à l'objet est évident et le fétichisme jaillit du miroir aux alouettes païen.

    D'ailleurs la bourgeoisie nationale-socialiste, pour prendre un terme général, ne sait pas faire la distinction entre l'artisanat et l'art, ou l'art et le produit industriel. L'art pompidolien par exemple n'est autre qu'une mystique (pour ne pas dire une mystification) de l'objet d'art : il est donc extrêmement religieux, comme l'art dit "premier", tandis que l'art de la Renaissance, à l'opposé, est profondément irréligieux, dans le sens où il tend à l'élucidation et à la réduction des paradoxes à néant (la musique basée sur l'hiatus de l'âme, cultive au contraire le paradoxe et l'ironie).

    *

    L'occultation du diable : ce que le nuisible autant qu'ignare Jacques Duquesne traduit comme un progrès théologique n'est autre que le produit de circonstances historiques et politiques. Le jansénisme, comme ses cousins germains l'anglicanisme et le luthéranisme, traduisent d'abord la montée en puissance des Etats-nations. Avant que l'équation ne soit parfaite entre le chef de l'Etat et le chef religieux (Napoléon ou Hitler), une étape a été nécessaire d'incorporation des principes politiques et moraux, au prix de graves distorsions du Nouveau Testament bien souvent, d'incorporation de ces principes à la théologie. Or, comme l'a décelé Simone Weil après Marx, la politique est le refuge du païen face aux éléments déchaînés de la nature. Il n'y a pas de société plus "politique et morale" qu'une tribu d'anthropophages. A tel point qu'on peut dire que l'anthropophagie est comme le terme de l'anthropologie. Le capitalisme, largement fondé sur la prostitution, a d'ailleurs réinventé de multiples façons de consommer le corps en toute légalité.

    Ici on peut voir la différence entre l'imbécile Nitche dont Michel Onfray perpétue la tradition d'ignorance crasse pour mieux asservir le populo au Capital, et le savant Marx. Lorsque ce dernier démolit la cathédrale nationale-socialiste, il sait bien que c'est un monument païen qui n'a plus guère de chrétien que l'argument ou le slogan. Il sait que la nouvelle religion de l'Etat n'est que la métastase d'un christianisme nationalisé. Tandis que Nitche est incapable de voir qu'Apollon est LE grand dieu païen et que Dionysos n'est qu'un sous-fifre. Autrement dit rien n'est plus sacré pour Nitche, Maurras, comme pour Schopenhauer avant eux que la religion. Le fonctionnaire, c'est-à-dire l'"homme nouveau" de la religion nazie, endosse les habits du prêtre : son élitisme est du même ordre.

    L'apocalypse étant le passage du Nouveau Testament le plus explicitement dirigé contre la politique et ses cornes sataniques (comme les livres prophétiques juifs sont les moins "talmudiques"), il était parfaitement logique que le "nationalisme chrétien" janséniste ou protestant fasse jeter l'apocalypse aux oubliettes. Les deux phénomènes d'abstraction du diable et de l'apocalypse convergent. Etant donné la signification historique de la "trinité", celle-ci disparaît aussi. Lucifer et l'Esprit saint sont alors regroupés sous le même vocable : la Providence. La présence de celle-ci dans la religion nazie (G.W.F. Hegel) suffit à établir que le nazisme et la morale existentialiste qui en découle sont "néo-gothiques". Le moyen âge ne connaît pas l'histoire. Le national-socialisme allemand dérivé du judéo-christianisme assigne, lui, une raison mathématique à l'histoire, ce qui est encore pire que l'ignorance pure et simple.


  • Le Diable dans l'Eglise

    Le journaliste Jacques Duquesne est l'auteur d'un livre-enquête sur le diable dans l'Eglise. N'importe qui peut faire le constat comme Duquesne que le "diable" a été "évacué" de la théologie catholique (en lisant les dernières encycliques papales), ou ramené au rang de vague concept. L'idée en revanche qu'on puisse être "chrétien et capitaliste", comme Duquesne, longtemps directeur de L'Express, gazette qui n'a pas grand-chose à envier au "Figaro" pour ce qui est de l'asservissement aux banques et aux industriels de l'armement, cette idée est d'autant plus contestable que le caractère satanique du capitalisme apparaît de plus en plus clairement aux yeux du grand public à travers le rideau de fumée médiatique.

    Car Duquesne se réjouit bien sûr de cette occultation du diable par le clergé (Mon propre message sur le blogue de l'abbé D. Letourneau, lui reprochant de se moquer du diable, a été censuré.)

    A votre avis, Tartuffe croit-il plus au diable que Jacques Duquesne ? Non, et pour cause, le jansénisme qui constitue une des cibles favorites de Molière (Tartuffe mais aussi Sganarelle) est une étape décisive dans l'occultation du diable.

    Avant de préciser pour quelle raison le jansénisme* évacue le diable, rappelons que tout théologien un minimum sérieux et ne cherchant pas à accommoder coûte que coûte l'Evangile à l'esprit du monde capitaliste comme Duquesne (le prix d'une telle trahison est sans doute hors de portée de la bourse d'un quelconque multimilliardaire) ou la clique des démocrates-chrétiens gaullistes du "Figaro" et apparentés ("Famille Crétine"), tout théologien sérieux sait qu'on ne peut être chrétien sans croire au diable. Celui-ci est en effet présent du début à la fin du Nouveau Testament auquel les chrétiens accordent une réalité historique (contrairement à Michel Onfray, par exemple, qui émet publiquement des doutes sur l'existence de Jésus).

    (A SUIVRE)

    *Il y a différents types de jansénistes. Même des jansénistes qui ont fini par se tourner vers l'apocalypse comme l'abbé Grégoire. La distance entre Bossuet et Blaise Pascal est assez grande (Voltaire cite dans son "Dictionnaire philosophique" un passage de Bossuet dans lequel celui-ci introduit l'apocalypse, ce qui n'est guère compatible avec le jansénisme, comme on verra un peu plus loin.) C'est un des aspects des Lumières et de la Révolution française dissimulés par le révisionnisme républicain ET démocrate-chrétien : la polémique jansénistes "sécularistes"/contre "millénaristes" est sous-jacente au débat intellectuel, même si Voltaire ne se réfère pas sans cesse comme Shakespeare ou François Bacon aux textes prophétiques juifs, grecs et chrétiens. Je prends donc le jansénisme au sens où Sainte-Beuve l'a caractérisé de façon pertinente à défaut d'être concise (La spéculation théologique est elle-même une caractéristique du jansénisme dans lequel Sainte-Beuve se drape lui-même, prouvant ainsi la permanence du jansénisme bien au-delà de la secte de Port-Royal-des-Champs.)