Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Identité, piège à moules

    François Bacon (pas le patouilleur anglais du XXe, le savant du début du XVIIe siècle) se définit lui-même comme un "citoyen du monde", l'un des tous premiers humanistes, donc, à porter un regard critique sur le phénomène de la mondialisation.

    Dans un petit opuscule, "La Nouvelle Atlantide", parfois raillé par des savants bien moindres que lui (Pierre Vidal-Naquet, par ex., entiché de Platon au contraire de Bacon), Bacon décrit même avec assez de précision toutes les inventions ultérieures de la polytechnique jusqu'à nous, comme pour mieux en minorer le mérite. Que sont Edison, Faraday, Bell, Von Braun, si Bacon a pu décrire à l'avance les fonctions et l'usage de toutes leurs trouvailles ? Et leur métaphysique, quand ils ont comme Poincaré ou Einstein l'audace d'en commettre une ? C'est la métaphysique du bricoleur.

    F. Bacon entend se situer au niveau d'Aristote et de son imagination et méprise par conséquent la mécanique (déductive). S'il ne les méprise, il prend les mécaniciens pour ce qu'ils sont : des bricoleurs et des téléphonistes -sans fil ou avec. L'intérêt de tel ou tel penseur des Lumières françaises pour Bacon est un intérêt pour une science radicalement différente de celle de Descartes ou Newton (Descartes est plus proche de Newton que Newton de Bacon).

    *

    "Citoyen du monde", Bacon n'en est pas moins l'esprit le plus occidental qui soit, au sens le plus complet, c'est-à-dire cosmologique aussi. Bacon est en effet astrologue plutôt qu'astronome (comme des esprits attentifs bien que peu fonctionnaires ont remarqué que Hamlet, prince de ce pays septentrional qu'est le Danemark, l'est aussi ; et pour ceux que ça intéresse, on peut trouver facilement sur internet un bref extrait d'une thèse peu académique consacrée à l'astrologie d'Hamlet par Erwin Reed en 1905. J'ai relevé moi-même d'autres éléments que Reed n'a pas vu allant dans le même sens. C'est-à-dire que la thèse de Reed infirme assez efficacement la croyance universitaire selon laquelle le propos d'Hamlet relèverait d'une coïncidence banale, ou même qu'il serait secondaire pour comprendre la pièce).

    Seul un benêt italien tel que Stendhal peut croire que le principal souci de Shakespeare est de faire partager à son public des émotions, confondant ainsi Shakespeare avec le code civil ou le code pénal, principal ressort émotionnel du cinéma yanki.

    Non, pour dire mieux, il faut dire que Bacon est astrologue CONTRE l'astronomie. On saisira mieux le caractère occidental de Bacon si on comprend que l'astrologie est incompatible avec la science pyschologique. Ce sont les Romains, puis les Allemands à leur suite ("Heil Nero !"), qui ont ajouté de la psychologie à la mythologie grecque (en France on peut citer Versailles comme foyer d'irradiation psychologique, ville nouvelle où flotte d'ailleurs encore aujourd'hui un parfum d'inceste, exactement comme aux Etats-Unis ; d'où Stendhal tient-il que Racine est moins émouvant que Shakespeare ? Il y a dans Racine de quoi émouvoir des charrettes de jeunes filles en fleurs qui se tordront la gueule à condition qu'elles aient deux sous de jugeotte, en voyant le portrait que Shakespeare a peint d'elles en Ophélie).

    Helléniste beaucoup plus sérieux, Bacon accorde à la mythologie grecque une valeur scientifique et historique, politique à la rigueur, mais pas "psychologique". Derrière le duel entre Troyens et Grecs, il y a un duel entre Apollon et Athéna, dont celle-ci sort victorieuse. Bacon place le casque d'Athéna et la colombe de l'Esprit au frontispice de ses ouvrages savants. Shakespeare fait de Troie une place-forte païenne.

    L'esprit de Bacon mérite d'être qualifié d'"esprit universel", à l'opposé de l'esprit libre-échangiste ou capitaliste qui représente l'"esprit particulier élémentaire".

    En ne choisissant pas entre ces deux esprits antagonistes, le pape qui est en partie dépositaire des trésors intellectuels de l'Occident fait le diplomate. Autrement dit c'est un lâche.


  • Dreyfus l'a dit

    Entendu sur "Radio-Sarko n°1", dans une émission de Jacques Pradel (reconnu andouille d'utilité publique AAA) :

    "Il s'en est fallu de peu que l'abolition de la peine de mort ne soit décidée par un autre ministre que Robert Badinder." Pauline Dreyfus ; ça me conforte, vu que j'ai toujours trouvé que Badinder a une gueule de coïncidence et pas plus.

    L'abolition de la peine de mort, par Badinter ou un autre, marque surtout un progrès du pharisaïsme capitaliste plutôt que de l'humanisme. Sans quoi une bonne dizaine de détenus n'auraient pas pétitionné il y a deux ou trois ans pour réclamer l'application de la peine capitale, semblant indiquer leur préférence pour une amélioration des conditions de détention d'abord, et une abolition de la peine de mort ensuite seulement.

    C'est agaçant que l'on cite Beccaria en exemple à chaque fois dans ce genre d'émission à thème carcéral, plus encore que Badinter, car s'il y a bien un crétin exemplaire du byzantinisme juridique, c'est Beccaria, dont l'utopie carcérale est d'un totalitarisme à faire pâlir Hitler de jalousie, puisqu'il s'agit de faire travailler les prisonniers pour leur rachat ("Arbeit macht frei"), tout en les obligeant à se surveiller les uns des autres, ce qui est une version améliorée du système du kapo, le tout dans des conditions d'hygiènes irréprochables (si le nazisme n'est pas hygiénique...). Système de Beccaria dont on devine facilement qu'il entraînerait ses cobayes dans une folie plus grande encore que celle qui les a conduits en taule.

    Le mieux qu'on puisse faire pour améliorer le système carcéral, c'est d'y jeter un maximum d'escrocs capitalistes en cols blancs, politiciens, banquiers véreux, etc., afin qu'ils en sortent révoltés et qu'à l'aide de leurs réseaux de relation ils puissent ainsi apporter quelque remède à un système qui déshonore le plus haut degré de civilisation démocratique et scientifique jamais atteint (je veux parler du nôtre).

    Aussi un truc qui tire l'opinion publique et la justice vers le bas, c'est le jargon pyschologique. Comme il n'est plus très bien vu pour les familles des victimes de crier vengeance à l'entrée et à la sortie des tribunaux, on préfère dire que les familles ont besoin de "faire leur deuil" et de "comprendre" le mobile des criminels ?? Sachant que ceux qui pardonnent carrément, comme ça arrive parfois, semblent ne pas avoir une démarche citoyenne tout à fait convenable. Au bout d'un moment les personnes qu'on oblige à "comprendre" ou à "faire leur deuil" pour des motifs hypocrites ont par-dessus le marché l'impression que l'on se fout de leur gueule. Incontestablement c'est le cas lorsque leur détresse est exploitée dans des émissions de radio ou de télé putassières.



  • Vive l'astrologie !

    Le culte de la politique est typiquement oriental. C'est donc justement que Drieu La Rochelle traite Maurras de "métèque". Si on lit le "Journal" de Drieu, on verra qu'il a été séduit lui-même par l'orientalisme nazi avant de pencher en définitive pour une sorte de spiritualité façon derviche tourneur. Pas à une incohérence près, par conséquent. Mais ce qui rachète Drieu, c'est qu'il se place au centre des turpitudes qu'il dénonce et s'auto-flagelle allègrement. Comme Céline ou le Britannique Waugh. Et même Voltaire auparavant, dans ce qui a le mieux résisté au temps de son oeuvre : "Candide".

    C'est même ce qui évite à ces écrivains de sombrer dans la littérature bourgeoise comme il s'en produit désormais chaque année par dizaines de tonnes, toute cette merde surgie d'entre les pavés du Quartier latin comme d'un puits de pétrole sans fond : les Beigbeder, Moix, d'Ormesson et Cie, qu'il faudra bientôt songer à rendre obligatoire dans le cursus scolaire si on ne veut pas que même les jeunes dindes fraîchement émoulues de Janson de Sailly la repoussent avec dégoût comme un potage trop peu salé. Et dire qu'on songe seulement à rééditer maintenant, à côté de ça, les oeuvres complètes de Drieu (sur papier Bible de la Pléiade pour les culs bourgeois sensibles) !?

    Par exemple Waugh s'est entiché du mariage chrétien après avoir été fait cocu ; c'est même ce qui l'a poussé à changer de religion ; il n'en écrit pas moins le dialogue le plus démystifiant du répertoire romantique moderne (démystifiant cette putasserie qu'est l'amour courtois, bien entendu) (In: "Vile Bodies", à ne pas mettre entre les mains puériles de Yankees élevés dans le cinéma sans s'assurer qu'ils n'y comprendront que dalle.)

    Le romantisme, que le doux crétin Paul Valéry se refuse à définir, se résume donc bien à un mouvement orientaliste. Quitte à faire ensuite quelques exceptions et nuances. Le libéralisme n'est bien sûr absolument pas incompatible avec le romantisme, bien au contraire, pas plus que le nazisme ne se passa d'une politique économique keynésienne efficace jusqu'à la guerre.

    Si la République avait voulu se préoccuper honnêtement d'éduquer et d'instruire les jeunes immigrés d'origine musulmane, elle n'aurait à mon avis eu aucun mal à en faire des citoyens français exemplaires à sa botte. Chaque fois que je vois Tariq Ramadan à la télé, je suis bien obligé de constater qu'il est beaucoup plus "Français d'abord" que moi. Il parle français et connaît l'histoire de France comme Sarkozy ou Guaino n'osent pas rêver que les petits Français de souche la connaissent. Alors quoi ? Les immigrés d'origine musulmane ne doivent pas seulement tirer la conclusion que la République française a été malhonnête avec eux, ils doivent aussi comprendre que la République est une idiote, puisqu'elle avait les moyens de faire d'eux de bons petits soldats, et qu'elle n'a préféré le bavardage médiatique. D'ailleurs pour ce qui est de la "culture française", autant laisser ce machin de côté tout de suite, vu que c'est une idée allemande, à peu près ce qu'il faut de vernis pour animer une conversation à la table de Mme Bovary.

    La question des racines ou de l'enracinement n'a jamais passionné que les déracinés, qui peuvent fouailler, creuser tant qu'ils peuvent, ne rencontreront jamais que la merde froide, un grand trou noir. Tous les généalogistes ont du mal à cacher que, dans le fond, ils s'ennuient énormément.


  • Sentimentalisme

    Comme une fièvre au coeur de Paris. Chacun veut tirer son coup et est prêt à mettre le paquet pour ça. Grands banquiers et petits anarchistes réunis dans le même cuculte. A "Châtelet-les Halles" (où sont les plus beaux spécimens de la capitale), je croise des dizaines de dindes parées à s'offrir au premier venu pour l'occasion. Grise mine des couples fidèles enchaînés qui se rattrapent au rayon "disques" ou "foie gras".

    Je me souviens lors de mon dernier réveillon, il y a quelques années, un brave type était sur le point de me prêter sa femme, tu parles d'un cadeau, une féministe farouche dingue de la Bretagne (mieux que sa femme en fait, sa maîtresse !)

    La copulation n'est plus sacrée que pour le pape et quelques bandes de pucelles yankies qui croient encore dans la sécurité des contrats privés. La même fièvre que dans une prison ; il y a de l'assassinat dans l'air.


  • Jacques le Fataliste

    C'est parce qu'il est absurde que Jacques Attali incarne parfaitement l'identité française, mysticisme compris.

    D'ailleurs il me semble que ça ne doit pas être si déplaisant pour un polytechnicien d'être fondu tout entier dans "une démonstration par l'absurde".

    D'avoir lu Marx ou planché sur des équations à la con, je l'ignore, quoi qu'il en soit Attali sait que toute statique suppose un mouvement vers un centre. Autrement dit le nationalisme européen annule le nationalisme français, la métastase est supérieure au cancer.

    Nul nationaliste ne peut s'en prendre raisonnablement à Jacques Attali, qui maîtrise les règles de la mécanique nationaliste comme personne. D'ailleurs maître Attali est double major de promotion. Si les classements ne comptent plus et que le cancre Philippe de Villiers au fond se permet d'attaquer le premier de la classe, où vont le cartésianisme et la méritocratie ?

    (Si le nationalisme avait un quelconque rapport avec l'ordre et la hiérarchie et non avec le bordel, tous les cancres nationalistes laisseraient s'exprimer Jacques Attali en leur nom au lieu de lui couper la parole sans arrêt avec leurs blagues de potaches.)

    Le nationalisme comme tout système animiste tend vers le centralisme, la concentration. L'âme est de fait un principe agrégateur que la musique (étroitement liée à la polytechnique), essentiellement militaire, restitue parfaitement (Les tortionnaires qui utilisent la musique ne font que retourner le principe agrégateur en principe désagrégateur ; en tant que statique, la musique est parfaitement réversible.) Derrière tout grand manipulateur d'âmes -Hitler par exemple- se cache un maître de musique. A tel point que l'importance de la musique dans une culture donnée permet de calculer son coefficient d'imbécillité. Culture se dit d'ailleurs "musique" en grec : on peut ainsi définir la Kulture comme le savoir de l'imbécile dépourvu d'esprit critique. Ecouter "France-cuculture" pour avoir une idée assez exacte de la connerie française "made in Germany".

    Le paradoxe de la théorie géodésique (l'écologie n'est pas loin) est au stade terminal du gouvernement mondial. Vers où se mouvoir alors ? C'est "la fin de l'histoire", une théorie si stupide que son initiateur, Hegel, n'aurait même pas pu la cautionner sans rire (Hegel affecte à l'histoire un sens de rotation mathématique) ; d'ailleurs Hegel dans le domaine de l'art paraît avoir compris que l'art moderne et l'art primitif sont équivalents, et comme il est quand même moins con que Pompidou ou Malraux, il ne s'en satisfait pas.

    Cette contradiction dans son problème de robinet, maître Jacques Attali-le fataliste le règle de la façon suivante : le gouvernement mondial OU le chaos. Pangloss n'est pas plus "optimiste" qu'Attali, contrairement à ce que me disait un prof de lettres récemment. Pangloss, c'est le verre à moitié plein et à moitié vide en même temps, Pangloss est "fataliste", le meilleur moyen d'avoir toujours raison et de garder foi.

    Je lisais dernièrement que pour les Grecs, le foie est comme un miroir brillant, l'organe de la réflexion, d'où viennent la bile et la mélancolie. Quelle perspicacité. Marx et Simone Weil après Shakespeare ont raison : les Romains sont des chiens, des molosses comme celui qu'Albert Dürer dessine au pied de Lucifer, l'ange de la mélancolie.


  • Brave Old France

    La question de la remontée du "Front National" et de ses conséquences électorales pour la gauche aux prochaines régionales n'a d'intérêt que pour la clique des journalistes-boutiquiers qui fait la pluie et le beau temps, voudrait pour cette raison exercer un droit de censure sur les blogues, et valse-hésite à se positionner en termes de carrière (bobo de droite ou de gauche ?) ; cette question ne passionne que les vieillards qui -à 90 %-, vont bourrer pieusement les urnes à chaque fois de leurs petits voeux de papier blanc comme monsieur tronche bobonne : avec le sentiment du devoir accompli. L'impuissance politique est sur le mode de l'impuissance sexuelle. Pouvoir intense de séduction de la politique sur les femelles.

    Pavé de bonnes intentions, l'enfer ressemble à un bureau de vote. Mon dégoût de la religion (que je crois "100 % français"), m'a toujours fait éprouver le sentiment, chaque fois que j'ai pénétré dans un tel bureau, d'entrer dans une petite synagogue de Satan, vu les bobines de pharisiens ou de publicains que tirent généralement les bonnes femmes scrutatrices des deux sexes dans ces lieux d'aisance, gonflées de l'importance de leur jeu de rôle.

    Le "secret de l'urne", c'est typiquement l'hypocrisie bourgeoise badigeonnée de chaux. Liberté d'expression ? Ah, on peut tout dire en France selon cette tête de noeud de Jean-François Kahn ? Alors ne chions pas seulement sur les flics, au ras du caniveau, mais aussi sur la déesse Marianne, femme-tronc grotesque sortie du sac de farces et attrapes républicaines, qui n'est qu'une grosse vache à lait sacrée. Même les petits partis anarchistes en France (ainsi que "Charlie Hebdo" et "Siné Hebdo") ne font rien d'autre que sucer le lait de cette salope qui porte le Capital en bandoulière.

    Que Xavier Matthieu saccage une préfecture, et alors la République ressort ses espèces sacrées, qui sont exactement les mêmes que celle de n'importe quel banquier suisse capitaliste : l'or et l'argent.

    Est-ce que la jeunesse n'a pas mieux à faire que "d'emmerder le Front National" pour le compte de tel ou tel gouvernement de droite gaulliste ou de gauche soixante-huitarde ? Est-ce que Sartre, en qui sont réunis l'esprit soixante-huitard et l'esprit gaulliste ne trempe pas les mains dans la politique par pur goût de la merde, comme dit Céline ? Plus efficace encore que le gâtisme gaulliste pour maintenir dans un état de dépendance, le gagatisme sexuel de Cohn-Bendit. La révolution sexuelle est un produit capitaliste et les anars façon Siné sucent l'Oncle Sam non moins que Sarkozy. Et même : lui est payé pour ça.

    Les péripéties économiques font d'ailleurs que le vote FN profite désormais alternativement à la droite et à la gauche, et que ce parti est donc désormais parfaitement intégré à la mécanique horlogère électorale telle que la prônait déjà Maître Jacques Attali il y a quinze ans, dont les Etats-Unis fournissent le modèle : l'alternance pour ne rien changer.

    Les gazettes trompent leurs lecteurs quand elles prétendent que Sarkozy a fait perdre son pouvoir de provocation à Le Pen. C'est la conjoncture économique qui a démodé Le Pen. Sarkozy n'a fait que suivre le tempo.

    Quant à Le Pen lui-même, il est assez amusant de constater que c'est -en tant que provocateur- la même corrosion que les anarchistes façon Siné qu'il a subie, celle de l'argent. Au fil du temps, son idéologie de petit propriétaire, de politiquement incorrecte qu'elle était dans le contexte industriel est (re)devenue "bien portée".

    La planche à billets tourne à fond désormais, pendant que de la cathédrale capitaliste monte une prière pour que ce dérapage ne soit qu'une syncope et pas la Chute finale.



  • Z comme Zemmour

    Le pire n'est pas que Zemmour définisse (à peu près comme Sarkozy) la France comme les Etats-Unis, Israël ou l'Allemagne : le pire est que cette invraisemblable tapette hétérosexuelle ne semble même pas s'en apercevoir ! (A cet égard, Fillon ou Sarkozy sont moins crétins qui savent bien le fossé qui reste à combler avant de transformer la France en "nation politique" -dixit Zemmour.)

    Mais il ne sert à rien de se scandaliser du crétinisme d'Eric Zemmour : mieux vaut en profiter pour cerner mieux cette idéologie de droite BCBG dont l'aventure Le Pen a prouvé qu'elle ne touche pas seulement quelques vieillards gâteux de l'Académie française assez prudents pour ne pas l'exprimer publiquement, mais aussi de jeunes chômeurs issus de milieux populaires.

    - Je cite l'exemple des Etats-Unis, de l'Allemagne ou d'Israël où le fantasme de la nation est vivace (dans le cas d'Israël il ne s'agit pas seulement d'un fantasme mais d'un décret divin) ; on pourrait aussi bien citer le fantasme de la "nation musulmane", qui répond au même besoin de mobilisation militaire et religieux et fait fi de l'histoire et de la réalité d'intérêts nationaux divergents (comme chacun sait, "Le Figaro" de Zemmour est lui-même financé indirectement par l'islam le plus radical). Même si on prête le fantasme de Zemmour à tous les Français qui se déplacent pour voter, on constate que c'est une minorité et que le "goût du vote" est surtout répandu dans la frange la plus âgée de la population. Typiquement, "la mère de famille alsacienne périménopausée", pour reprendre la terminologie du publicitaire, est le type de Français qui fait le plus de rêves érotiques dans le même genre que ceux de Zemmour (Et sans doute quelques pucelles sentimentales, car la misogynie du pédé a le don de plaire aux gonzesses qui savent bien qu'elles ont barre sur les pédés. Les gonzesses veulent toujours plus : elles ne se satisfont pas du triomphe de la littérature pédérastique du type Houellebecq + BHL mais voudraient en plus rédiger elles-mêmes ce genre de trucs.)

    - Car c'est bien l'histoire que la politique refoule le plus. La doctrine marxiste représentait de fait un danger réel pour le ciment religieux yankee. A cet égard il paraît important de noter que ce n'est pas tant le folklore populaire que la doctrine marxiste menace que la religion des élites à base d'hypocrisie bourgeoise. L'URSS et les partis communistes européens ont eux-mêmes été contraints de purger la doctrine marxiste du vitriol qu'elle contient contre la religion de l'Etat (d'où vient la haine recuite des protestants et des jansénistes vis-à-vis de Marx qui dénonce le paganisme dans les religions théocratiques).

    Imbécile du même tonneau que Zemmour, le Russe Soljénitsyne qui croit que les Juifs russes ont été séduits par le caractère messianique (sic) du communisme, alors que c'est la fonction publique et le stalinisme qui les ont attirés - ou du moins ne les ont pas dégoûtés "a priori" (exactement comme Soljénitsyne lui-même !).

    Petite parenthèse pour dire pourquoi la religion des Hébreux (orthodoxes) est rebelle à l'histoire ; l'histoire ne commencera (ou ne commencerait) pour les Hébreux que lors de la venue du Messie : la statique s'impose en attendant, et la vertu de patience (Shakespeare qui est l'un des pères fondateurs de la science historique occidentale associe fort lucidement histoire et Epiphanie ; l'étoile, symbole de la connaissance, brille dans la nuit de l'histoire.)

    Pour montrer à quel point la femelle Zemmour refoule l'histoire du petit cabinet de curiosités que son âme habite, examinons le cas des deux veaux d'or qu'il idolâtre :

    - Napoléon Ier : il n'est pas besoin d'avoir fait beaucoup d'histoire pour savoir que Napoléon Ier, non seulement fut un dictateur sanglant, mais que le déclin définitif de la puissance française est une conséquence de son règne. Le culte de Napoléon est dépourvu non seulement de logique historique, mais même de raison. Il est d'ailleurs le fait d'énergumènes comme Max Gallo, Patrick Rambaud ou Dominique de Villepin, qui sont des imposteurs médiatiques, animés surtout dans le fond par le culte misanthropique d'eux-mêmes.

    - De Gaulle : seul le mépris de l'histoire autorise la franchouillardise qui consiste à adorer la baderne de Gaulle comme un homme politique de premier plan, alors qu'il ne tient même pas le rang dans sa catégorie d'un Franco ou d'un Pinochet, cela dans un siècle où la mécanique politique laisse peu de liberté aux politiciens. Le "gaullisme" en raison de sa disproportion est d'ailleurs une des idéologies qui justifie le mieux qu'on tienne parfois hors de France les Français pour des crétins arrogants. Les étrangers devraient savoir que la profession de foi gaulliste n'a jamais été en France que le fruit d'un rabâchage scolaire "a posteriori", et que la popularité de de Gaulle est aussi mythique que la "révolution de Mai 68" qui se résume en dehors de quelques slogans brillants à un conflit d'intérêt entre générations. Selon Marx lui-même le temps des conflits d'intérêt succède à celui des véritables révolutions dès l'élection de Napoléon III au milieu du XIXe siècle.

    *

    D'où vient le mépris de l'histoire exprimé par Zemmour, qui confond manifestement Balzac avec Proust (l'apologie du style et le déni de l'histoire sont chez Proust et non chez Balzac) ? Ce n'est pas assez de dire qu'il est pédérastique et sentimental. Il est lié au désir d'enracinement, qu'on rencontre plus fréquemment chez un déraciné que chez un Français "de souche". Les Anciens ont la sagesse de faire le lien entre la femme et la terre (mais ce n'est pas la seule raison pour laquelle ils croient la terre stable). Le rapprochement qui est fait dans certaines religions entre Dieu et une matrice (pour les catholiques c'est plutôt le diable qui s'approche de la matrice en raison de son caractère binaire), un néo-païen comme Zemmour le pose entre la patrie, la nation, et une matrice. Toute l'ambiguïté sexuelle des régimes patriarcaux est d'ailleurs contenue dans ce vocable de "patrie". Le dynamisme de l'histoire, c'est de la dynamite pour les principes bourgeois défendus par Zemmour. La conception statique de la nation a bel et bien pour but de rassurer.

    Le vieil argument athée contre la religion chrétienne comme quoi elle viserait d'abord à rassurer ses fidèles aurait un sens (celui-là même qu'il a chez Shakespeare) si l'athéisme ou le néo-paganisme qui est à peu près la religion de Zemmour n'était pas devenu LA religion primordiale, dont celui-ci se fait le prêtre avec une jubilation indécente.

    On peut ironiser sur le fait que Zemmour est un immigré de fraîche date, un déraciné qui a mal assimilé le sens de l'histoire de France et ses nombreux revirements, plus préoccupé de culte que d'intelligence (T. Ramadan est plus nuancé, même si lui aussi se trompe en croyant que le droit a un quelconque rapport avec l'histoire, ce qui est à peu près comme gober que la loi Hadopi a un rapport avec l'art. Marx a cette observation profondément chrétienne -et shakespearienne- que le droit est toujours "animal" et par conséquent qu'il tend toujours à faire le jeu du plus fort), mais il vaut mieux voir que le propos de Z. est tout ce qu'il y a de plus politiquement correct sur le fond, même si la franchise avec laquelle Z. exprime son idéal d'un citoyen formaté par la Nation ne l'est pas.

    Reste un hypocrisie que Zemmour feint de ne pas voir, à savoir qu'il fait office pour "Le Figaro" d'article promotionnel, comme ces petites mascottes qu'on distribue avant la Coupe du Monde de foot aux gosses. C'est le même pharisaïsme que celui de Patrice de Plunkett, qui feint de se désolidariser du "Figaro" et du Pacte atlantique tout en vantant, par exemple, les mérites du président colombien Uribe, pur produit de la politique étrangère yankie.

  • Bacon our Shakespeare

    I notice this concerning both Francis Bacon Verulam AND Shakespeare: they are translated by scholars as:

    -Shakespeare a Baroque author;

    -Bacon a Baroque scientist;

    Although they are obviously not Baroque at all. From the Holy Scriptures Shakespeare knows that 'time' is one fiendish operation. Roman or latin tradition of Montaigne can be qualified of Baroque style. Not Shakespeare against Roman principles and -first of them- the praise for the politics and the law.

    "Induction" of Bacon is not far away from Aristotle's 'ontology' (see 'Physics', first chapters) that consists in seeing things not throughout the prism of 'time' (Contrarily to Newton or Descartes, for instance).

    Even French Joseph de Maistre was smarter than today scholars are. De Maistre is a Christian Free-mason whose religious idea is very close to today U.S. theocratic idea ('First the State, then God': so can it be summarized). In this perspective de Maistre is the foe of both Shakespeare and Bacon, probably because he read them more acurately and noticed their common intention to pull out the sacred clothes of virtue and politics and show that 'the King is naked'. Due to his short experience in politics, Bacon knew everything about the impossible marriage between politics and science that recalls the impossible marriage of any Church with the Revelation.

    (It is rather funny to observe that Joseph de Maistre -not well loved in France because of his hate of Voltaire and the French Revolution- is praised up by Sarkozy's party again now, friends of the Atlantic Pact, BUT not too much because of de Maistre apology of torture and pain that is frightening those little kids who do prefer soft paederastic bourgeois sado-masochism.)