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    "Le temps nous sépare de dieu." Léon Bloy

    Plus nous aimons, moins le temps paraît long. L'ennui touche ceux qui ne savent pas aimer, comme un frôlement d'aile de Satan.

  • Conte de Noël

    Noël est un peu la vitrine de la société occidentale. C'est la fête du calendrier catholique romain dont le mobile païen réel est le moins bien caché, depuis que la fête des rogations ou les diverses cérémonies pour faire tomber la pluie sur les plantations sont tombées en désuétude.

    Tel qui connaît mal l'histoire de l'Occident et le christianisme, mettons un brahmane hindou pour prendre le culte satanique opposé, ne doit pas s'attendre à trouver le christianisme et les chrétiens en Occident autrement que sous la forme discrète. Le dieu des chrétiens est un dieu "caché", disent certains, pour traduire qu'il est étranger à l'ordre naturel et aux lois qui en découlent. A ce dieu caché correspond un culte discret, mais néanmoins tenace, résistant au temps et au tourbillon d'opinions qui forme la science moderne.

    Le christianisme véritable perce de temps en temps le verglas de la culture occidentale officielle, sous la plume d'un poète, dont la peinture de l'Occident comme une bête monstrueuse et sinistre choquera ses contemporains, en même temps que cette peinture paraîtra, avec le temps, d'un réalisme extra-lucide. On pourrait citer quelques-uns de ces poètes par siècle. Ou bien ce sera un saint, qui ne pratiquera pas la charité pour le besoin de la paix sociale, mais au contraire comme un défi à la nature et le meilleur moyen d'échapper au destin. Comme la charité échappe aux outils d'analyse modernes, là encore ses contemporains seront étonnés par cette disposition du chrétien à n'exister que dans le vide juridique, là où il ne devrait y avoir en principe personne.

    Je me souviens que lorsque j'étais lycéen, on parlait pas mal d'une secte chrétienne, d'origine américaine, qui prétendait revenir aux origines du christianisme, celui des catacombes, ce qui est aussi une façon de mettre toute la culture occidentale entre parenthèses. Cette secte ou cette petite Eglise a depuis été rattrapée par des histoires de moeurs et elle a échoué dans sa volonté de revenir aux sources, parfaitement théorique. Je n'en ai jamais fait partie, car les bonnes femmes y étaient trop nombreuses, et que la première préoccupation d'une bonne femme est de s'adapter à son époque, et de gober tous ses préjugés comme des vérités éternelles. On le voit bien dans les évangiles, et donc le christianisme originel : les bonnes femmes sont beaucoup trop concentrées sur les questions sociales pour comprendre le Messie qui dénonce la vanité des affaires et des doctrines sociales.

    Le christianisme "primitif" est donc marqué par la dissidence et le caractère antisocial des évangiles et des apôtres, d'une part. D'autre part, ce christianisme dit "primitif" n'a jamais cessé d'être, à côté d'apparences et d'illusions trompeuses. En effet l'Eglise chrétienne, contrairement aux institutions humaines, n'est pas régie par le temps ou la mort. Aucun comportement social particulier ne permet de distinguer le chrétien, et ce n'est pas en revenant aux moeurs supposés plus purs des proches du Messie que l'on rejoint cette Eglise, sans lien avec la terre que la parole divine.

    Ce qu'il est difficile pour un brahmane hindou de comprendre, c'est la fonction de cette culture occidentale officielle, dite judéo-chrétienne, qui insulte la culture de vie païenne et diffuse sa nécrophilie dangereuse à travers toute la terre : à quoi sert ce masque, en quoi consiste la culture occidentale au sens large, qu'elle soit confessionnelle ou non, dont la signification est historique, et que les évangiles désignent comme l'antéchrist ?

    Pourquoi l'Occident, qui ne témoigne d'aucun respect pour Satan, l'ignore et le maltraite contrairement aux brahmanes, a-t-il néanmoins hérité des attributs de sa puissance sidérante, qui n'aurait pas dû échoir à des peuplades hyperboréennes lunatiques et impies ? Cela le brahmane ne peut pas le comprendre, car l'histoire est comme une blessure profonde et énigmatique dans le système solaire, invisible au brahmane.


  • No Future

    "La femme est l'avenir de l'homme !" : on croirait entendre ce crétin de Don Quichotte.

    Il est vrai que rien ne justifie tant la femme que le point de vue abstrait de l'avenir et des promesses de lendemains qui chantent, et c'est toujours en agitant une représentation de la femme, vulgaire ou sublime, qu'on lève des armées de militants ou de dévots.

    Aragon n'a pas tort, l'homme qui se projette dans l'avenir est l'égal d'une femme, c'est-à-dire mû par la peur. 

    Si vous trouvez un homme agité, et les fous le sont tous plus ou moins, vous pouvez le dire "hystérique", c'est-à-dire incapable de se reposer sur la force physique, la dénigrant comme les aliénés et les femmes dénigrent tout ce dont ils ne sont pas capables, et cherchent à faire de leur faiblesse une vertu.

    C'est ce qui est épuisant dans une discussion avec une femme, et dissuade beaucoup d'hommes sensés d'entretenir avec les femmes d'autres rapports que des rapports érotiques, c'est qu'une femme cherche toujours et ne retient d'une conversation que ce qui la justifie. C'est très difficile de faire valoir l'intérêt de la critique, comparée à la flatterie auprès d'une femme, y compris lorsque celle-ci a la réputation d'être moins légère que ses semblables. L'égalité, par exemple, séduit bien plus la femme que l'homme du peuple, en tant qu'elle a un usage commun de flatterie grisante. L'homme du peuple se montrera plus ou moins impatient à l'égard des bourgeois qui lui ont fait la promesse d'une égalité de traitement, mais il se contentera rarement de cette seule fleur républicaine, épinglée à la boutonnière ; à la fin, impatient, il finira par trancher la gorge qui lui a fait cette promesse, mais ne peut pas la tenir faute de pouvoir payer ses propres dettes.

    Les femmes se laissent plus facilement convaincre par des plaidoyers d'avocats, c'est-à-dire des propos faussés par la défense d'une cause particulière, pareillement à leur propre tournure d'esprit.

    Un régime totalitaire dont la magistrature serait entièrement composée de femmes pousserait sans doute le totalitarisme et l'exaltation de la condition humaine à son degré suprême d'absurdité, tant la femme est capable de se persuader que sa vision partiale du monde est une vision parfaite ou absolue.

  • Dans la Matrice

    Le psychanalyste Carl Jung souligne à juste titre que le rejet de la mythologie par le monde moderne est une cause de trouble mental. De fait l'art moderne le plus débile se distingue par l'ignorance de la mythologie, vis-à-vis de laquelle il se croit émancipé. L'opinion particulière acquiert ainsi une valeur supérieure au raisonnement plus général, et l'individualisme est de cette façon réduit au narcissisme, à savoir son contraire, sous prétexte de "libération" de l'individu.

    Ce que Carl Jung ne dit pas, ou pas assez, c'est l'extraordinaire moyen de domination que la culture de masse ou l'art moderne, vecteurs de folie, constituent pour les élites capitalistes occidentales. A travers l'art et les prétendus artistes modernes, qui ne sont en réalité que des kapos pour la plupart, en charge d'une mystification culturelle dont le message essentiel est l'éloge sournois de la faiblesse.

    Ce que Carl Jung occulte en outre, et que le point de vue chrétien extérieur à la culture ou à l'anthropologie permet de voir, c'est qu'il n'y a pas une seule mythologie, mais deux.

    C. Jung est conforme au plan universitaire typique du XIXe siècle pour réduire l'art et la mythologie à leur vocation anthropologique, et tenter ainsi d'étouffer la mythologie juive ou chrétienne, qui porte en elle la condamnation à mort de l'art et de l'anthropologie.

    Ne cessons pas de le répéter jusqu'à la fin du monde : Shakespeare représente un désaveu radical et définitif pour les élites occidentales, apparemment chrétiennes, mais en réalité fondée sur une rhétorique anthropologique impossible, que le nouveau testament qualifie de fornication, c'est-à-dire le pire crime contre l'esprit, et le seul déclencheur de la colère du Christ.

    Le rhéteur démocrate-chrétien n'a d'ailleurs aujourd'hui l'argument anthropologique ronflant à la bouche qu'en raison de l'incapacité de l'Occident à produire autre chose que l'art le plus débile. Ainsi le commentaire philosophique est complémentaire de la culture de masse totalitaire, de même qu'une gnose scientifique se développe autour des systèmes d'exploitation technique afin de dissimuler leur nullité en termes scientifiques.

    La conjonction de l'art le plus abstrait (la musique) et de la plus grande superstition est un trait de caractère de la démocratie ou du totalitarisme, en même temps que le discours démocrate-chrétien est le moins critique à l'égard de la condition humaine moderne. Un esprit païen comme Jung, entraîné à l'être par son éducation catholique romaine, peut comprendre que Satan préside à l'art, c'est-à-dire que toute forme d'art n'est que le produit dérivé du nombre 666, qui définit la seule anthropologie en principe efficiente.

    Carl Jung pose convenablement le diagnostic de folie collective ; il perçoit à quel point la culture moderne libère dangereusement l'instinct, c'est-à-dire en dehors d'une perspective véritablement rationnelle. Mais il pose ce diagnostic en médecin, attaché à une culture de vie païenne, malgré ou à cause de son éducation catholique romaine, faisant complètement fi de l'histoire, et interprétant celle-ci comme un mouvement erratique, selon le pli du raisonnement de l'homme d'élite, qui traduit automatiquement l'histoire comme la condamnation de sa caste et de son rang. Par conséquent, s'il a bien une idée ou un aperçu du mal qui ronge l'homme moderne, Jung s'avère incapable de remédier à la déraison collective - d'assigner un objectif à l'art qui ne soit, comme l'objectif moderne, une sorte d'euthanasie inconsciente de l'art. Tout simplement la mort de l'art est pour Jung, comme pour Nitche, impensable.

    Contrairement au dire de Nitche, la colère de Hamlet ou Shakespeare contre la culture occidentale chrétienne ne s'appuie pas sur la mythologie païenne ou athée. Cette dernière est la plus totalement dépourvue de sens historique (hormis la mythologie de Homère). Shakespeare repose sur la proscription évangélique absolue du mobile anthropologique ou, pour parler le langage moderne, de "l'oedipisme chrétien". Le personnage d'Ophélie traduit le mieux ce type de conscience, et Shakespeare montre sa proximité avec la démence, avec une acuité qui peut paraître d'une cruauté extraordinaire, mais qui l'est surtout pour ceux qui ont condamné Ophélie à cette démence masochiste si particulière à l'Occident moderne.

    Qui voudrait l'aliénation de ses propres enfants ? Shakespeare répond : voyez les élites occidentales modernes s'organiser sur cette base suicidaire, les pères donner leurs enfants en pâture à l'avenir afin de gagner du temps. Shakespeare ne s'étonne ni ne s'indigne, contrairement à Nitche ou Jung, à tous les esprits réactionnaires, de la décadence du monde occidental, c'est-à-dire du triomphe de la ruse et de la folie modernes sur la sagesse antique démoniaque. Exit MacBeth ; exit la vieille mythologie démoniaque et la musique des sphères ; si Hitler avait lu et compris Shakespeare, il aurait pu y lire des présages d'écrasement rapide par les puissances de l'axe moderne "judéo-chrétien".

    L'enlisement du monde dans l'erreur n'est que l'expression du jugement dernier, inéluctable. La réponse de Shakespeare à l'aliénation du monde moderne n'est pas une réponse morale comme Nitche ou Jung, l'art ou la psychanalyse, miroirs anciens que Shakespeare sait condamnés à voler en éclats sous la pression moderne ; c'est une réponse métaphysique. Pour Shakespeare, l'amour et la vérité ne sont pas des idées étrangères au monde et à la nature, comme les idéaux modernes peuvent l'être, absolument hypothétiques et religieux par conséquent, mais l'amour et la vérité précèdent tout ce qui naît et meurt, comme une force étrangère ou un corps étranger au monde et à la nature. L'amour et la vérité sont choses aussi incompréhensibles à l'homme que dieu peut l'être, et susceptibles d'autant de formules idolâtres que celui-ci.

    Si l'homme était capable d'amour ou de science, autrement que par intermittence, dans ce cas il ne mourrait pas selon Shakespeare. Ainsi l'humanité est définitivement divisée selon Shakespeare, entre ceux qui, cherchant le bonheur font le malheur d'autrui, suivant la loi naturelle impitoyable, et démontrent ainsi que l'amour n'est qu'un vain mot ; et ceux qui, cherchant l'amour, sont dissuadés de le trouver dans l'homme ou dans le monde ici-bas, dont l'existence même est menacée par la vérité.

    Comment l'élitisme, qui fut le meilleur moyen de la vertu dans les temps antiques, incarne désormais l'irresponsabilité et la bêtise, le sacrifice du bien public au profit de chimères catastrophiques, cela qui parle au nom de l'antéchrist l'ignore, tandis que Shakespeare le sait.


  • Dialogue avec l'Antéchrist

    Avec les néo-païens, disciples plus ou moins courageux de Nitche, je suis bien d'accord : l'éthique judéo-chrétienne est une pure saloperie, la pire des drogues distribuées aux gosses pour les asservir.

    Mais sur la cause de ces discours merdiques, dont il faudrait s'oindre les yeux et la bouche, pourquoi l'Occident est-il aliéné mental ? - sur la cause de tout ça, les athées néo-païens ne savent pas grand chose, et la merde les engloutira eux aussi.

  • Art contre Vérité

    Le type qui vous parle "d'art chrétien" ignore certainement tout de la vérité chrétienne, et probablement beaucoup aussi de l'art.

    En principe libre, l'artiste chrétien n'appartient à aucune école, aucun mouvement, aucune tendance artistique, ne reçoit aucune commande, n'est ni moderne, ni attaché à une tradition, et il défie toutes les civilisations ensemble.

    Il s'agit avant tout pour l'artiste chrétien d'affronter Satan, qu'il se présente de face ou par la queue, sous la forme d'un soudard belliqueux ou d'un oncteux frère dominicain démocrate-chrétien.