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  • L'Anthropologie chrétienne

    L'anthropologie chrétienne est l'argument derrière lequel le paganisme des soi-disant "élites chrétiennes" s'avance masqué, c'est-à-dire la formule la plus efficace de l'antichristianisme. Cette rhétorique anthropologique subversive évoque la prophétie des apôtres concernant l'avènement de l'Antéchrist, c'est-à-dire une puissance apparemment sympathisante du Christ Jésus, et non pas hostile.

    Les Evangiles sont la parole de dieu, du point de vue chrétien, et par conséquent intangibles : nul ne peut y ajouter ou y retrancher, à moins de commettre le péché de fornication, c'est-à-dire non pas une faute du point de vue anthropologique, mais un péché contre l'esprit de dieu. L'inaltérabilité de la parole divine est indiquée par la mention qu'elle durera plus longtemps que la terre elle-même, c'est-à-dire que l'humanité.

    La difficulté de l'homme à comprendre la parole divine tient d'abord à la nature pécheresse de l'homme. L'anthropologie chrétienne semble hésiter entre la source divine de la vérité et la raison humaine commune. Or, comme on ne peut se satisfaire d'une demi-science, qui ménagerait une place au mensonge, on ne peut se satisfaire d'un demi-christianisme, trempé dans l'eau tiède du désir et des ambitions humains. Tandis que le Messie nous dit que le christianisme est à prendre ou à laisser, d'une certaine manière l'anthropologue chrétien nous dit le contraire.

    Où l'on discerne encore que l'anthropologie chrétienne est satanique, c'est sur le plan social ou mondain, puisque le Messie, poursuivant le but du salut de l'homme, méprise absolument le plan social ou mondain, tandis que le but sournois de l'anthropologie chrétienne est de le revaloriser.

    Le clergé chrétien, romain en particulier, prétend donc avoir inventé une méthode complémentaire de l'enseignement de la parole divine. Or cette méthode n'est ni plus efficace, ni complémentaire : elle contredit et occulte l'amour et l'esprit de vérité chrétiens, exactement pour la même raison qui incita le clergé juif à trahir l'esprit de la loi de la Moïse en se l'appropriant. Or cette opération de blanchiment du monde à l'aide de l'anthropologie chrétienne est à l'arrière-plan de tous les génocides de l'Occident moderne : elle a servi à battre le rappel des foules ivres de bonheur et de sang. Arrachez le masque de l'anthropologue athée ou moderne, et vous découvrirez au-dessous celui de l'anthropologie chrétienne, acharnée à traduire le message évangélique en propositions sociales impossibles.

    L'anthropologie chrétienne est également indissociable de l'élitisme ou de l'esprit de caste, car bien entendu les élites sont actionnaires du monde, bien plus que ne le sont les personnes du peuple, asservies aux chimères et aux utopies sociales. Si cela semble assez évident en ce qui concerne l'ancien régime et sa consolidation à l'aide de lois chrétiennes, ça n'est pas moins vrai en ce qui concerne la démocratie, régime plus sournois mis en place par les élites bourgeoises afin de tenir les peuples en haleine.

    - La médiocre encyclopédie Wikipédia traite dans un article de la notion confuse d'anthropologie chrétienne ; en préambule, l'article indique que l'anthropologie chrétienne doit surtout à trois noms (sic) : Aristote, Thomas d'Aquin et Jean-Paul II. Suivant le propos de cet article, destiné à justifier grossièrement la "cause sociale chrétienne", Aristote serait un précurseur du concile Vatican II. Il s'agit ici de l'interprétation d'Aristote par Thomas d'Aquin, représentatif de l'effort du clergé du moyen âge pour rendre la société civile compatible avec les exigences évangéliques - effort sournois et impossible, puisque la spiritualité chrétienne s'efforce de souligner l'assise sociale dans le mensonge, le péché et l'absence de spiritualité. Thomas d'Aquin fait en outre dire à Aristote le contraire de ce qu'affirme le savant naturaliste grec, à savoir qu'il est improbable physiquement que l'âme persiste au-delà de la mort, et que certainement l'âme n'est autre qu'un principe physique, et non divin ou métaphysique. Or la croyance dans la persistance de l'âme n'est pas plus requise du point de vue chrétien qu'elle est requise du point de vue d'Aristote : cette croyance répond à un besoin anthropologique ou social, éthique.

    - L'ancien évêque de Rome Jean-Paul II, quant à lui, ignore délibérément que les symboles chrétiens - les paraboles et l'apocalypse chrétiennes s'appuient largement sur des expressions symboliques - ces symboles et métaphores ont une signification opposée à celle des symboles et métaphores païens, qui ont, eux, bel et bien une valeur anthropologique, tandis que les symboles et les métaphores chrétiens ne peuvent produire d'effet sur le terrain anthropologique ou social, c'est-à-dire des choses temporelles. Les évangiles, notamment, démystifient l'érotisme, qui au contraire sur le plan anthropologique est systématiquement une denrée mystique.

    Même le vitriol déversé par Nitche au nom de Satan sur les évangiles et l'anthropologie chrétienne moderne qu'il accuse d'avoir inversé les valeurs bien plus réelles de l'anthropologie païenne, ce vitriol est moins néfaste, car il met à jour certaines parties authentiques du christianisme, notamment l'inaptitude de celui-ci à servir un quelconque art ou à justifier une quelconque société.

  • BHL, le Messie ?

    On a pu voir récemment Bernard-Henry Lévy garantir aux Ukrainiens, place Maïdan, l'appui de la société civile française. Qu'est-ce que la société civile ? L'ensemble des hommes et des femmes qui "comptent" dans une société, c'est-à-dire qui disposent d'un certain pouvoir.

    De cette société civile, BHL est en quelque sorte l'éminence grise ou le porte-parole, par-delà droite et gauche, c'est-à-dire le clivage qui régit un mode d'organisation interne subalterne.

    L'usage de l'argument démocratique comme un refrain, est similaire de l'usage de dieu par certains prêtres au service de sociétés civiles plus anciennes. La démocratie, le peuple, a une existence purement rhétorique et conforme aux attentes de BHL. A quoi bon le cheval, s'il n'y a pas de cavalier pour l'enfourcher ? BHL caresse le peuple, comme le cavalier flatte l'encolure de son cheval, mais nul mieux que lui ne sait se passer du mandat officiel du peuple. Il a parfaitement raison, puisque, en réalité, la scène internationale est un domaine, une zone de non-droit. La méthode pour faire passer l'arbitraire pour la justice internationale est on ne peut plus grossière ; elle relève de la propagande et du négationnisme de l'histoire. Un esprit rationnel ne peut y souscrire, car il faut pour cautionner cette matière accepter que soient introduits dans le droit un certain nombre de fantasmes judéo-chrétiens.

    Plus cynique encore la manière dont BHL s'adresse à la foule de la place Maïdan, comme si foule et démocratie coïncidaient. Or la foule est synonyme de bêtise et de violence, de force brute dépourvue de conscience. Il y a là l'application d'une méthode populiste par quelqu'un qui passe son temps à ternir le populisme en le qualifiant de nazisme. BHL se comporte d'ailleurs comme les démagogues se comportent dans ces cas-là : en chef- d'orchestre.

    - BHL a quelques détracteurs en France, pour la plupart extérieurs à la société civile ; ils se contentent pour la plupart du temps de dire que BHL est un imposteur. C'est tout le contraire ; ce qu'on peut dire de la rhétorique progressiste de BHL, c'est qu'elle est parfaitement rigoureuse. BHL prolonge d'une manière étonnante à travers les siècles le type de l'inquisiteur du moyen âge. Il a parfaitement raison, car le mouvement moderne est un mouvement médiéval.

    D'énormes efforts furent entrepris par le clergé catholique au moyen-âge pour inventer de toutes pièces une éthique judéo-chrétienne, une culture chrétienne, en contournant des textes saints et des symboles mythologiques qui ne le permettent pas, afin de restaurer le pouvoir du clergé et une formule théocratique chrétienne. De cet effort ancien, BHL est le continuateur ; il en propose une formule mieux adaptée que le catholicisme romain aux élites modernes qui dominent désormais le monde.

    De même que les anciens clercs catholiques prêchaient la croisade aux soudards en se gardant bien de se mêler directement aux combats, BHL agite un peu partout où les pouvoirs publics et la "société civile" le lui permettent, l'étendard de l'éthique judéo-chrétienne humaniste.

  • Guerre & cinoche

    Un acteur de cinoche allemand a jugé opportun de tourner un film dédié au général von Choltitz, qui aurait selon lui désobéi à l'ordre d'Hitler de faire sauter Paris.

    - Sans ça, la réconciliation entre les Français et les Allemands n'aurait pas été possible, commente avec gravité cet acteur. - T'as qu'à croire, Edgard, tant qu'il y a un intérêt en jeu, les bourgeois sont toujours prêts à se rabibocher. On aurait juste fait venir un peu plus de métèques d'Italie ou d'Afrique pour réparer les dégâts.

    Daniel Cohn-Bendit, après la défense de Vladimir Poutine par Jean-Luc Mélenchon, reproche à ce dernier de haïr les Allemands, les Américains, les journalistes et les femmes. Cohn-Bendit, lui, hait seulement les nazis et le Front national.

    V. Poutine vient de piger que les méchants, au cinéma, sont nécessairement antisémites. Du coup il accuse les putschistes ukrainiens d'être de sales antisémites. La presse française ne sait pas trop comment interpréter une telle déclaration.

    - Dans une série américaine, le méchant "serial killer", c'est-à-dire le type qui n'a pas le temps d'attendre que la guerre soit déclarée pour assouvir ses rêves, entre autres tares, est "créationniste" ; en même temps, c'est plutôt logique, vu que Satan est sacrément calé en sciences-nat. De même il est assez logique que les flics, qui ont un comportement grégaire, soient évolutionnistes.

     

  • L'Alliance franco-russe

    Les partis politiques extrémistes, en France défendent la position du tsar Poutine, tandis que le pouvoir central, médiatique et institutionnel, soutient la stratégie du Pacte atlantique.

    Après tout les Yankees aussi savent jouer aux échecs, et il n'est pas difficile de voir que la domination des Etats-Unis sur le reste du monde est le résultat des guerres civiles du XXe siècle entre Européens, profitables en termes de croissance. Preuve de la continuité du plan économique et du plan militaire, les pertes financières de la Russie, consécutives à l'invasion de la Crimée, sont comptabilisées par la presse capitaliste comme des victoires du Pacte atlantique.

    D'une manière générale la diplomatie, comme la féminité, consiste à savoir repérer le mâle dominant pour s'accoupler, Poutine ou Obama ?

    On ne peut s'empêcher de remarquer à quelle vitesse l'intelligentsia parisienne a basculé de l'alliance franco-russe à l'alliance franco-américaine. L'intelligentsia a donc la même constance qu'une girouette. Bernard-Henry Lévy a peint le tableau le moins noir possible des Etats-Unis, véritable asile d'aliénés selon ses citoyens les moins toqués, comme Aragon fit avec l'Union soviétique.

    C'est l'occasion de remarquer une nouvelle fois la connivence des intellectuels avec le totalitarisme, quelle que soit son étiquette. Dans le domaine artistique, l'absurdité extraordinaire de la politique occidentale depuis des siècles se traduit par cet intellectualisme. Les formes modernes de barbarie humaine revêtent sans doute elles aussi une forme plus intellectuelle et rhétorique.

    Caractéristique du monde totalitaire, la formidable incitation du peuple à se convertir à une culture qui, qu'elle soit industrielle ou élitiste-casuistique, n'est pas la sienne, est significatif de la ruse socialiste ou démocratique. De même l'expression de la vérité comme le "devoir d'information", motif totalitaire, passe par une justification intellectuelle. Non seulement la désinformation, mais l'information agit comme la rumeur, afin que la vérité soit plongée dans un épais brouillard. L'intellectuel paraît alors le mieux qualifié pour diriger le monde plongé dans le noir, comme un aveugle est le plus habile à se dépêtrer dans l'obscurité. En réalité entre la fausse lumière des intellectuels et l'obscurité, il n'y a pas de différence, et les penseurs humanistes ont toujours dénoncé la ruse qui se cache derrière le parti-pris intellectuel.

  • La Guerre mondiale

    Il faut envisager la guerre mondiale, non comme un accident, mais comme le terminus de la culture totalitaire moderne.

    La compétition économique entre les nations fait en effet partie du processus de guerre. L'histoire nationale-républicaine enseignée dans les collèges et lycées consiste à ôter la conscience historique, afin de maintenir l'éthique de la guerre intacte, sans laquelle il n'y a pas d'élites ni d'Etat. Où l'on perçoit que la culture de masse est un dispositif à la disposition des élites éthiques et politiques, c'est en raison de l'abrutissement qui est visé, et de la réduction de l'homme par le cinéma au stade du militant, c'est-à-dire de la chair à canons.

    La guerre fait suite à la paix comme la mort intervient dans un corps vivant, non pas comme un accident, mais comme son prolongement naturel.

    Autrefois, l'astrologie permettait aux meilleurs devins de prévoir la guerre, et sa durée ; aujourd'hui, un bon statisticien, disposant des outils de mesure des rapports de force mondiaux, en particulier des flux monétaires, devrait pouvoir prédire avec précision son début, et si ces forces sont suffisantes pour aboutir à l'extinction de l'espèce humaine. Le calcul statistique revient à peu près au même que la mathématique astrologique, bien que le type du statisticien-conseiller du prince moderne (Jacques Attali) soit plus proche du gourou que les savants astrologues n'étaient. On retrouve dans les théories statistiques dites "fondamentales" le même procédé que chez les mages de seconde zone.

    L'arbitraire particulier du droit moderne ("droits de l'homme" définis par les rentiers du capital) rend la prédiction un peu plus difficile ; il semble de ce fait qu'il y a une part d'initiative humaine dans la guerre, alors que ce n'est pas le cas. Bien sûr les chefs militaires de l'Antiquité connaissaient la ruse, mais elle ne faisait pas partie de l'adn de leur droit de la guerre, contrairement aux nations judéo-chrétiennes modernes.

    Les nazis sont comparables aux Troyens dans la dernière guerre mondiale, non seulement en raison de leur défaite, mais à cause de leur nostalgie naïve de la civilisation et du bonheur.

     

  • Guerre et rhétorique

    "Moderne" et "démocratique" se dit aussi de la guerre sans merci que l'homme se livre en ces temps avancés où nous sommes rendus. L'hypocrisie et le cynisme contemporains feraient presque passer la guerre de Troie pour un match de rugby courtois.

    Mais, derrière le tissu de rhétorique afin d'accommoder la guerre à l'idée de progrès, les caractères restent les mêmes : il faut encore des types avides de gloire et obéissant au destin comme Achille pour trucider. On reste toujours aussi sourd aux cassandres qui prévoient que la technocratie mène au pire. La femme demeure toujours symboliquement l'enjeu de la guerre, c'est-à-dire que les actes de guerre sont commis par des féministes, ou des imbéciles dont l'éloge du sexe dissimule un comportement prédateur.

    De mauvais critiques estiment qu'il y a de la part d'Homère dans l'Iliade une esthétique de la guerre. C'est ne pas voir qu'il y a au contraire dans la guerre moderne et démocratique une part de laideur rhétorique extraordinaire. Ce n'est donc pas parce que la guerre moderne est un bourbier infâme de mots et de justifications anthropologiques hypocrites que Homère fait briller la guerre.

    Le propos d'Homère est bien plutôt de souligner le fondement guerrier de la culture. De sorte qu'il n'est aucune culture qui ne prenne sa source dans la violence, non seulement la culture grecque : s'il en était une, Homère serait périmé depuis longtemps.

    Un homme de culture est fondamentalement bestial, voilà ce que veut dire Homère en substance dans "l'Iliade". C'est la raison pour laquelle les chrétiens sont tentés de voir en Homère un tragédien juif, en raison de son mépris pour la culture, caractéristique de Jésus-Christ et des prophètes. Comprenez qu'on ne peut fonder une culture sur l'interdiction absolue de tuer figurant dans les tables de Moïse. La meilleure preuve en est du saccage systématique par les hommes de cultures chrétiens ou juifs à travers les millénaires de la mythologie chrétienne ou juive qui recèle ce mépris de la culture.

    Ce que Homère entend "par-delà la culture", c'est-à-dire n'étant pas soumis à la loi du destin, il nous le dit dans "L'Odyssée".