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huxley

  • Bilan de la révolution du 17-Octobre

    Pourquoi la journée du 17-Octobre mérite-t-elle d'être qualifiée de "révolutionnaire" par les historiens ? Non pas tant en raison de la quantité de manifestants et révoltés, répandus par centaines de milliers principalement sur la rive droite de la capitale, que de la spontanéité populaire du mouvement.

    L'effort des médias de masse publics comme privés est logiquement d'effacer cette spontanéité. "Populaire" la journée du 17, comme les partis de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ne le sont pas, mais au contraire des brise-lames. La journée du 17-Octobre porte la marque des Gilets jaunes, qui ont le don depuis 2018 de faire ressortir la nature totalitaire de la 5e république. Pour les disciples de G. Orwell, d'A. Huxley, d'H. Arendt, de S. Weil, "totalitaire" est synonyme de "technocratique". La technocratie s'impose comme une nécessité, la république depuis l'Antiquité comme une liberté, a contrario.

    Les Français sont malheureusement incités par le roman national à croire que "révolutionnaire" veut dire "magique", et que la Raison est descendue du Ciel en 1789 sur les représentants de la bourgeoisie comme le Saint-Esprit sur les apôtres. Les Gilets jaunes encore conditionnés par le roman national bourgeois doivent se déconditionner au plus vite : si le système venait à s'écrouler sous l'impulsion populaire, la république ne ferait que commencer, affrontant l'incertitude qui pèse sur l'action politique et les remous créés par un demi-siècle de technocratie ubuesque.

    L'inconscience politique des MAGA, qui ont réussi à forcer les portes du système, réside dans la nostalgie de la constitution de 1776. Ils feraient mieux de se demander pourquoi cette constitution n'a nullement protégé les citoyens des Etats-Unis d'un pouvoir oligarchique ignoble ?

    Si l'on veut comprendre pourquoi la gouvernance technocratique procède en dépit du bon sens, il n'est que de lire A. Huxley ou G. Orwell pour être éclairé. De méthode, Huxley ou Orwell n'en proposent pas plus que Karl Marx. S'inscrivant dans la tradition grecque matérialiste, la politique n'est pas pour K. Marx une question de méthode, d'institutions ou de lois, mais d'émancipation de l'individu des lois de la nature, suivant le principe prométhéen ; le plus stupide capitaliste, s'il était honnête, reconnaîtrait que le capitalisme est conçu par des êtres cupides résolus à ce que la cupidité rencontre le moins d'obstacles possible, et ce dès le plus jeune âge. Le nom "d'Insoumis" que se donnent les partisans de J.-L. Mélenchon ne fait pas d'eux automatiquement des "anticapitalistes", mais il est certain qu'aucun capitaliste ne pourrait donner un tel nom à un parti capitaliste.

    La chute du pouvoir totalitaire, qui tient selon Orwell dans le désir de soumission d'une grande partie des citoyens à un "guide suprême", résulte selon Lénine de deux facteurs : la volonté ferme de la fraction insoumise du peuple de renverser ce pouvoir, d'une part, mais encore de la fragilité de l'Etat lui-même. La journée du 17-Octobre représente cette volonté forte ; la fragilité de l'Etat est plus difficile à jauger. On sait que l'effondrement de la dictature des Romanov a pris Lénine, le Russe le plus conscient de son temps, au dépourvu ; la répression brutale de Stolypine en 1905 l'avait illusionné. La révolution bolchévique après celle de 1789 contient une leçon supplémentaire : aucun peuple n'est parfaitement prêt, parfaitement conscient quand le pouvoir lui tombe entre les mains. La brutalité du régime léniniste est avérée, mais le chaos dont le parti bolchévique hérita ne l'était pas moins.

    Le déploiement des forces de répression le 17-Octobre, destiné AVANT TOUT à impressionner et à rouler des mécaniques, est un demi-succès. Au soir du 17-Octobre, le chef de l'Etat est toujours dans son palais. Cependant la fébrilité des services de répression a suscité l'inquiétude des actionnaires de l'Etat au sens large. La volonté de censure des réseaux sociaux, exprimée ouvertement, l'interdiction des manifestations spontanées, ce ne sont pas là des signes de force de l'appareil d'Etat.

    Les Gilets jaunes, bien plus que les étudiants ou les lycéens, les syndicalistes, les partisans de J.-L. Mélenchon ou de Marine Le Pen, sont conscients de l'étroitesse de la marge de manoeuvre d'E. Macron, F. Merz, G. Meloni et U. von der Leyen, dont la guerre sur le front ukrainien est le projet, par défaut. Les astuces comptables de J.-L. Mélenchon pour échapper à l'emprise allemande sont peu convaincantes, dans la mesure où elles sont comptables et non économiques. AVANT TOUTE CHOSE la jeune génération de Français réclame une politique économique.

     

  • L'imposture Jancovici

    L'imposture Jancovici mérite d'être disséquée car elle dévoile les ressorts de la technocratie. Tous les penseurs humanistes du XXe siècle ont mis en évidence que l'Etat totalitaire est fondamentalement technocratique. A. Huxley et G. Orwell vont un peu plus loin en montrant que la technocratie nazie, libérale ou soviétique, renonce à la science pour se contenter d'exploiter les données des découvertes empiriques à des fins technologiques ; la multiplication des inventions techniques donne l'illusion du progrès scientifique. Par ailleurs c'est dans ce contexte technocratique que la mécanique est devenue une science "dure", autrement dit fondamentale, quand bien même la mécanique n'est que la langue commune aux ingénieurs.

    On peut décrire J.-M. Jancovici comme un écologiste, un adepte de la décroissance compatible avec les centrales nucléaires. Celui-ci a transformé les centrales nucléaires en argument écologique. Cette apologie du nucléaire est-elle vraiment une coïncidence, au moment où les dirigeants européens, privés de gaz russe bon marché par la CiA, entendent relancer l'industrie de l'armement avec de l'électricité produite par des centrales françaises ? Soudain il n'y a pas un plateau télé qui n'offre une tribune à J.-M. Jancovici pour lui permettre de plaider les bienfaits de la relance du nucléaire.

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  • Pourquoi je suis "Gilets jaunes" en 2025

    Lorsqu'on me demande pourquoi je rédige un essai sur les Gilets jaunes, voici ce que je réponds : - C'est le mouvement politique le plus important depuis la Libération ; la jeune génération doit en prendre conscience, et tous les Français qui ne sont pas encore "cuits".

    Quand on lit les témoignages d'anciens meneurs ou simples participants aux émeutes de "Mai 68", il y a un demi-siècle, on s'aperçoit que peu d'entre eux sont conscients de la signification des événements qu'ils ont vécus. Les plus lucides expriment le sentiment d'échec, de ne pas avoir réussi à changer la donne politique. De fait, à la couleur de la carrosserie près, le gouvernement de la France est resté inchangé. Les effets de la société de consommation, comparables à ceux d'un produit stupéfiant, sont plus visibles au XXIe siècle en France qu'ils ne l'étaient en 1968.

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  • Orwell dérange toujours (2)

    Certains journalistes prétendent qu'il y a "des controverses à propos de l'interprétation de "1984" ; deux objections :

    - Il est évident que l'on ne doit pas tenir compte de la récupération d'Orwell par tel ou tel démagogue de gauche ou de droite ; ces citations opportunistes ne font qu'illustrer le propos d'Orwell sur les "faits alternatifs" ; idéologiquement, Trotski s'oppose à Goebbels ou Churchill, mais on tient là trois représentants des méthodes totalitaires d'oppression, sous des drapeaux différents. La dialectique gauche/droite est elle-même totalitaire, comme le mouvement des Gilets jaunes l'a montré en France en dévoilant le système.

    - La comparaison entre G. Orwell et A. Huxley, entre "1984" (1948) et "Brave New World" (1932) permet d'éviter la plupart des erreurs d'interprétation. Si Orwell était convaincu comme Huxley de l'impasse totalitaire dans laquelle les élites occidentales s'étaient fourvoyées, Huxley a écrit un roman d'anticipation (il anticipe de quelques années les méthodes de la médecine nazie, puis du régime soviétique et des Etats-Unis), au contraire d'Orwell qui fait la satire de la société de son temps, en proie à la Guerre froide, sans faire de science-fiction, mais en forçant le trait.

    Orwell ne décrit pas un pouvoir totalitaire hyper-puissant, comme Huxley, mais une sclérose de l'action politique, dont l'Etat oppressif actionné par quelques technocrates est la manifestation, un Etat que la nécessité du mensonge permanent affaiblit. Big Brother n'est pas effrayant en raison de sa puissance, mais en raison de son emprise sur l'âme humaine.

    A côté des quelques critiques que nous évoquions dans le chapitre précédent sur ce blog, le hors-série "Orwell dérange toujours" ("Le Monde", sous la direction de N. Truong) recense quelques hommages.

    Les éloges de Raymond Aron et Simon Leys se distinguent par leur rareté. Autant dire que "1984" était prédestiné à faire "flop" dans l'intelligentsia française. Il y a quelques (mauvaises) raisons à cela : la plus évidente est le culte de l'Etat qui sévit en France dans presque tous les milieux sociaux, à gauche comme à droite. Les moins fanatiques partisans de l'Etat sont capables de comprendre que "trop d'Etat tue l'Etat", mais ils sont une infime minorité incapable d'agir, dans un contexte totalitaire paradoxal (sponsorisé par quelques millionnaires pour tenter de réduire la voilure de l'Etat, E. Macron aura mené une politique de dépense publique extravagante).

    - Raymond Aron voyait dans "1984" une thèse sociologique plus large que la seule satire du stalinisme et de la ruse trotskiste complémentaire. Il est incontestable que le propos d'Orwell vise l'Occident en général, et non la Russie. Le régime soviétique représente une phase de modernisation de la Russie, selon la description de Lénine lui-même. L'extrême violence de la révolution russe s'explique en grande partie par cette modernisation à marche forcée.

    Cependant le qualificatif "sociologique" pose problème, car la sociologie est en France une "discipline" contrôlée par l'Etat - autrement dit universitaire. Tandis que G. Orwell est aussi indépendant qu'on peut l'être. Big Brother est parfaitement capable de rédiger et d'imprimer en quantité industrielle des ouvrages de sociologie rédigés par O'Brien. Quel sociologue du XXe siècle prête aux intellectuels, ainsi qu'Orwell le fait, un rôle essentiel dans l'élaboration du mensonge d'Etat ?

    Il va de soi, et R. Aron ne fait que le souligner : le totalitarisme n'est autre pour Orwell (contrairement à Huxley) que le produit de l'économie capitaliste. La classe laborieuse est soumise à l'Etat ; la "lutte des classes" a tourné court.

    - Pour le sinologue Simon Leys, "Orwell était un animal politique, un homme obsédé par la politique, et tous ceux qui l'ont connu n'ont pas manqué de souligner cet aspect central de sa personnalité."

    Cette description d'Orwell a le mérite de souligner que Orwell a pensé le XXe siècle comme un siècle fondamentalement antipolitique. La politique menée par les régimes totalitaires nazi, soviétiques et libéraux est une politique inadaptée à l'être humain, donc ce n'est pas une politique véritable. Ici on retombe sur la dénonciation de la médecine darwiniste protonazie par Huxley : ce n'est pas une véritable médecine, car elle revient à traiter l'homme comme si c'était une bête de somme.

    L'utopie politique est, d'après "1984", destructrice de la politique ; elle dissout l'action politique dans l'idéologie. Ce phénomène est encore plus nettement perceptible en 2023 qu'il n'était en 1950. Un "libéral" comme R. Aron serait obligé de reconnaître aujourd'hui que le libéralisme est un néofachisme, suivant ce pronostic d'Orwell : "Le fachisme ne renaîtra pas sous le nom du fachisme."