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staline

  • Orwell dérange toujours (2)

    Certains journalistes prétendent qu'il y a "des controverses à propos de l'interprétation de "1984" ; deux objections :

    - Il est évident que l'on ne doit pas tenir compte de la récupération d'Orwell par tel ou tel démagogue de gauche ou de droite ; ces citations opportunistes ne font qu'illustrer le propos d'Orwell sur les "faits alternatifs" ; idéologiquement, Trotski s'oppose à Goebbels ou Churchill, mais on tient là trois représentants des méthodes totalitaires d'oppression, sous des drapeaux différents. La dialectique gauche/droite est elle-même totalitaire, comme le mouvement des Gilets jaunes l'a montré en France en dévoilant le système.

    - La comparaison entre G. Orwell et A. Huxley, entre "1984" (1948) et "Brave New World" (1932) permet d'éviter la plupart des erreurs d'interprétation. Si Orwell était convaincu comme Huxley de l'impasse totalitaire dans laquelle les élites occidentales s'étaient fourvoyées, Huxley a écrit un roman d'anticipation (il anticipe de quelques années les méthodes de la médecine nazie, puis du régime soviétique et des Etats-Unis), au contraire d'Orwell qui fait la satire de la société de son temps, en proie à la Guerre froide, sans faire de science-fiction, mais en forçant le trait.

    Orwell ne décrit pas un pouvoir totalitaire hyper-puissant, comme Huxley, mais une sclérose de l'action politique, dont l'Etat oppressif actionné par quelques technocrates est la manifestation, un Etat que la nécessité du mensonge permanent affaiblit. Big Brother n'est pas effrayant en raison de sa puissance, mais en raison de son emprise sur l'âme humaine.

    A côté des quelques critiques que nous évoquions dans le chapitre précédent sur ce blog, le hors-série "Orwell dérange toujours" ("Le Monde", sous la direction de N. Truong) recense quelques hommages.

    Les éloges de Raymond Aron et Simon Leys se distinguent par leur rareté. Autant dire que "1984" était prédestiné à faire "flop" dans l'intelligentsia française. Il y a quelques (mauvaises) raisons à cela : la plus évidente est le culte de l'Etat qui sévit en France dans presque tous les milieux sociaux, à gauche comme à droite. Les moins fanatiques partisans de l'Etat sont capables de comprendre que "trop d'Etat tue l'Etat", mais ils sont une infime minorité incapable d'agir, dans un contexte totalitaire paradoxal (sponsorisé par quelques millionnaires pour tenter de réduire la voilure de l'Etat, E. Macron aura mené une politique de dépense publique extravagante).

    - Raymond Aron voyait dans "1984" une thèse sociologique plus large que la seule satire du stalinisme et de la ruse trotskiste complémentaire. Il est incontestable que le propos d'Orwell vise l'Occident en général, et non la Russie. Le régime soviétique représente une phase de modernisation de la Russie, selon la description de Lénine lui-même. L'extrême violence de la révolution russe s'explique en grande partie par cette modernisation à marche forcée.

    Cependant le qualificatif "sociologique" pose problème, car la sociologie est en France une "discipline" contrôlée par l'Etat - autrement dit universitaire. Tandis que G. Orwell est aussi indépendant qu'on peut l'être. Big Brother est parfaitement capable de rédiger et d'imprimer en quantité industrielle des ouvrages de sociologie rédigés par O'Brien. Quel sociologue du XXe siècle prête aux intellectuels, ainsi qu'Orwell le fait, un rôle essentiel dans l'élaboration du mensonge d'Etat ?

    Il va de soi, et R. Aron ne fait que le souligner : le totalitarisme n'est autre pour Orwell (contrairement à Huxley) que le produit de l'économie capitaliste. La classe laborieuse est soumise à l'Etat ; la "lutte des classes" a tourné court.

    - Pour le sinologue Simon Leys, "Orwell était un animal politique, un homme obsédé par la politique, et tous ceux qui l'ont connu n'ont pas manqué de souligner cet aspect central de sa personnalité."

    Cette description d'Orwell a le mérite de souligner que Orwell a pensé le XXe siècle comme un siècle fondamentalement antipolitique. La politique menée par les régimes totalitaires nazi, soviétiques et libéraux est une politique inadaptée à l'être humain, donc ce n'est pas une politique véritable. Ici on retombe sur la dénonciation de la médecine darwiniste protonazie par Huxley : ce n'est pas une véritable médecine, car elle revient à traiter l'homme comme si c'était une bête de somme.

    L'utopie politique est, d'après "1984", destructrice de la politique ; elle dissout l'action politique dans l'idéologie. Ce phénomène est encore plus nettement perceptible en 2023 qu'il n'était en 1950. Un "libéral" comme R. Aron serait obligé de reconnaître aujourd'hui que le libéralisme est un néofachisme, suivant ce pronostic d'Orwell : "Le fachisme ne renaîtra pas sous le nom du fachisme."

  • Napoléon = Hitler

    L'apologie de Napoléon est l'apologie licite de Hitler. Or, si le brigandage est illicite, les plus grands massacres perpétrés par le genre humain contre lui-même ont revêtu les formes légales.

    On trouve ici l'explication de la menace que l'histoire et Shakespeare représentent pour les élites et leurs opérations de blanchiment.

  • Exit la démocratie

    Le pouvoir réel ne consiste pas dans l'exercice du droit, dit Nitche. Celui-ci condamne l'idéal égalitaire moderne, non pas au nom de la justice et de l'équité comme K. Marx, mais au nom de la raison juridique. Si le droit n'enregistre pas un rapport de forces, ce n'est plus le droit mais une ruse.

    De la même manière, les mathématiques permettent de formuler des lois de force physique, à partir de postulats dépourvus de consistance physique, mais les lois mathématiques ne sont pas en elles-mêmes une force ou une puissance.

    On peut dire des modèles mathématiques de l'univers, comme du modèle juridique démocratique moderne, qu'ils sont purement virtuels. Ils sont probables, mais on ne peut pas en faire l'expérience. Ils sont du domaine de la science-fiction, mais non du domaine de la science. Du modèle juridique "Etats-Unis", porteur de l'idée de démocratie, on peut dire qu'il se définit comme une pure fiction juridique ; l'unité réelle des Etats-Unis est dans le mouvement, c'est-à-dire dans la croissance économique. L'entretien d'une telle fiction implique le négationnisme le plus rigoureux possible de l'histoire, tel qu'il fut pratiqué pendant longtemps par l'Eglise catholique romaine, afin de préserver la cohérence de l'institution et de son appareil judiciaire. Si Shakespeare est sans doute "universel", et donc catholique au sens étymologique du terme, le seul fait de son matérialisme historique est dissuasif de le croire attaché à l'Eglise romaine. 

    De même la Ve République française est une pure fiction juridique, et ses fonctionnaires délivrent un enseignement de l'histoire au niveau de l'instruction civique. Sans doute ce n'est pas entièrement nouveau. Pour manigancer une monarchie chrétienne de droit divin, il fut nécessaire de substituer à l'Etre divin chrétien un principe providentiel païen. Mais, aussi totalitaire et centralisé soit le régime de Louis XIV, il était beaucoup plus perméable à la critique, ne disposant pas pour le besoin de sa propagande d'un réseau aussi serré. D'une certaine manière, la Ve République dispose d'un pouvoir de censure équivalent de celui d'une nation en temps de guerre.

    La pensée matérialiste relègue la géométrie algébrique à un niveau subalterne, car elle promeut le raisonnement hypothétique ou spéculatif, c'est-à-dire le raisonnement le plus religieux, en lieu et place de l'expérience scientifique. L'activité technique, comme la religion, se nourrit d'un maximum d'hypothèses de travail afin de stimuler l'inventivité (ce qui, en soi, constitue une mauvaise méthode), au contraire de l'esprit scientifique qui se défie de l'invention. La science n'est pas, comme la musique, une récréation. Les peuples ingénieux, tels les Allemands, adorent la musique. L'esprit français, plus scientifique, a moins de temps à perdre avec la musique, qu'un verre de vin remplace d'ailleurs efficacement, et dont le bénéfice cardiaque est plus sûr. L'importation du goût barbare pour la musique en France n'a fait qu'accroître les ravages de l'alcoolisme et de la drogue dans les milieux populaires. Nitche serait sans doute plus français s'il avait écrit sur les mérites comparés du blanc et du rouge, plutôt que sur les mérites comparés de Wagner et de Bach. En quelque sorte il aurait mieux fait de laisser Dionysos à la cave, comme les Grecs. Un Français se demandera toujours, comme il se demande pour les femmes : où est l'humour là-dedans ? La suggestion de l'infini par la musique est très utile pour inciter les petits enfants à prendre la vie au sérieux - et donc à faire leurs devoirs.

    Les mathématiciens des XVIe et XVIIe siècles, jointes à leurs hypothèses scientifiques, émettent un grand nombre d'hypothèses religieuses coïncidentes ou opposées à partir de lectures de la Bible.

    De même le matérialisme historique ne concède aux constitutions juridiques que la propriété de refléter brillamment leurs époques, excluant qu'on puisse déduire de cette draperie le sens de l'histoire. Marx anéantit la prétention de Hegel à indiquer le sens de l'histoire, c'est-à-dire à relier les différents stades ou étapes de l'histoire occidentale entre eux, autrement que par un raisonnement purement spéculatif. Si Hegel théorise paradoxalement aussi bien le progrès de l'histoire que sa fin, c'est par la méthode qui consiste à réduire l'histoire à un mouvement cyclique ou sinusoïdal.

    Comme on peut dire la démonstration mathématique pure de toute matière, et le moins métaphorique des langages, l'homme est absent de la théorie hégélienne de l'histoire, qui consacre le point de vue élitiste, sous la forme d'une cinématographie de l'histoire, c'est-à-dire du moyen le plus propre à maintenir la conscience en-deçà d'un certain niveau par le brio et la séduction de la démonstration. On peut dire l'hégélianisme et le cinéma ensemble berceuses de l'esprit humain infantile. Hitler et Staline eux-mêmes ne méritent pas d'être condamnés autant que Hegel, n'ayant pas contribué aussi directement à accroître la bêtise humaine. La barbarie de Hitler et Staline est "banale", comme dit A. Arendt, seulement décuplée par les moyens techniques à leur disposition. Le maléfice de Hegel, lui, n'est pas banal, permettant le blanchiment de la barbarie technocratique "a posteriori".

    L'enseignement de l'histoire de la révolution française de 1789, mais aussi celle de la révolution soviétique de 1917, est dispensé en France selon l'idéologie hégélienne, en dépit de la critique matérialiste marxiste. L'idéologie hégélienne est si élitiste qu'elle permet d'ailleurs, selon les nations occidentales, des adaptations aux goûts particuliers de ces différentes élites. Même Lénine n'est pas aussi mensonger que la doctrine officielle de l'Education nationale française. Les universitaires communistes dans l'après-guerre ont joué aux Français le même tour pendable que les jésuites auparavant, substituant l'hégélianisme à la critique marxiste afin de pouvoir attribuer à la caste des intellectuels un rôle éminent dans la marche de l'histoire.

    *

    Pour revenir à l'introduction de ce développement, derrière la critique du droit moderne par Nitche ou Marx se profile la critique du "droit chrétien". Tout comme Nitche, Marx est parfaitement conscient de l'altération dangereuse que la "civilisation chrétienne" a fait subir au droit, et par conséquent qu'il est impossible d'envisager le monde moderne occidental séparément du ressort de la morale judéo-chrétienne.

    L'Eglise romaine n'est plus qu'une ruine, certes, mais l'art entreposé dans les musées continue de déterminer l'art moderne apparemment le plus scindé de la morale catholique, que l'on considère cet art sur le plan féminin le plus passif de l'existentialisme (Sartre), ou bien sur le plan de l'art viril le plus actif (Picasso).

    Mais Marx n'opère pas, contrairement à Nitche, le lien impossible entre la "civilisation chrétienne" d'une part, et les évangiles et le Messie d'autre part. Nitche tente d'établir que la culture de mort judéo-chrétienne se propage par le peuple et les mouvements populaires révolutionnaires ; Marx rapporte au contraire la preuve que le poison est versé dans l'oreille du peuple par ses élites dirigeantes. Les évangiles n'ouvrent pas droit à une morale du faible ou au féminisme, à toutes les manifestations compassionnelles hypocrites, ainsi que Nitche le leur reproche. En revanche ils réduisent la perspective politique infinie, c'est-à-dire la ligne d'horizon que l'homme d'élite se fixe, à une peau de chagrin. La sentence du Christ Jésus visant Judas Iscariote : "Il eût mieux valu qu'il ne fut pas né." - pratiquement s'applique à l'homme d'élite du point de vue chrétien. Les aristocrates sont contraints de faire un choix entre leur caste, ses intérêts, et dieu, un choix qu'ils n'avaient jamais été contraints de faire auparavant. Nitche a le courage de faire le choix de Satan que peu d'hommes d'élites occidentaux ont eu le courage de faire. Ce sont les tentatives de conciliation de l'éthique et du christianisme, aristocratiques, puis bourgeoises, qui rendent la civilisation occidentale aussi absurde et dangereuse. Mais le peuple, contrairement à l'élite, perçoit ses droits le plus souvent sous la forme d'illusions millénariste ou de miettes.

    On peut ajouter le nom de Nitche à la liste des philosophes qui ont perçu dans l'utopie millénariste démocratique-libérale une menace terrible ; à la suite de Marx, Baudelaire, Balzac, pratiquement tous les penseurs qui, au XIXe siècle, ont fait l'effort pour penser, au lieu d'entériner comme Hegel, et de faire pousser sur les charniers des fleurs d'éthique.

    Auparavant, Shakespeare a fait voir le caractère radicalement sinistre de la tentative d'associer le christianisme à la marche aveugle de l'Occident.

  • Psychanalyse et totalitarisme

    Au niveau conscient, la démocratie n'est pas possible, car elle n'est pas plausible. La démocratie ne fait pas moins appel à l'inconscient que la publicité.

    D'ailleurs il n'y a AUCUN homme politique, d'aucun parti, qui ne fasse appel aujourd'hui, exactement comme Hitler ou Staline firent, à l'érotomanie des foules qui les admirent. Un bon avocat plaiderait pour Hitler ou Staline selon la même défense que pour tout homme politique depuis Ponce-Pilate jusqu'à aujourd'hui : "Responsable mais pas coupable."

    Un certain niveau constant d'aliénation du personnel politique lui permet, alors qu'elles sont indéfiniment couvertes de sang, de garder les mains sales pures. C'est très pratique : je suggère à n'importe quel gangster de faire Sciences-po. pour éviter à sa mère de se faire un sang d'encre (Ce qui choque la plupart des mères, c'est le crime illégal. Le vol mais pas la propriété.)

    Un éminent psy se demande pourquoi la plupart de ses patients ne continuent pas de lutter contre l'inconscient après leur guérison, mais préfèrent se contenter d'une part de hasard ou d'inconscient, donc de déterminisme, au lieu d'aller vers une liberté pleine et entière ? La réponse est simple : c'en serait fini de la démocratie et de toutes les sortes d'idéaux totalitaires si l'homme était libre. Ce que la démocratie prétend vouloir, c'est cela même qui la nie. Moins un homme est aliéné, moins il subit le mirage de la démocratie.

  • (Muppet) Show must go on

    Il n'y a que dans le "Club de l'Economie" de Jean-Marc Sylvestre qu'on peut revoir cette "gueule cassée" de la politique qu'est Alain Madelin.

    La politique, cet ahuri de Madelin, espèce de ravi du casino, n'a jamais fait qu'en essuyer les plâtres ; depuis que je suis gosse, je le vois défendre les mêmes causes perdues d'avance avec le même enthousiasme. Me fait penser à ces maniaques qui, de façon récurrente, réclament la réouverture des maisons closes.

    Le plus invraisemblable c'est qu'on ressorte ce cocu de mécanisme horloger suisse précisément aujourd'hui quand le temps marque un recul dans les esprits, et les martingales se culbutent les unes les autres comme un château de Descartes sur lequel le Paraclet soufflerait.

    Madelin est aussi ce personnage d'ingénieur-fou dans "Mort à Crédit" qui rêve d'inventer la pomme de terre de trente livres où la montgolfière à pédalier double.

    Il croit que la polytechnique et l'invention de nouveaux gadgets sauveront les gangsters en cols blancs du Capital au dernier moment.

    Et personne pour rétorquer à Madelin qu'il n'y a JAMAIS eu dans l'histoire de science plus liée à l'Etat que la science polytechnique. Aux Etats-Unis comme en France, l'ingénieur en quête de nouveaux outils technologiques est d'abord un fonctionnaire. D'où est-ce que Madelin croit que les cinq cent millions de dollars qui ont servi à promouvoir Barack Obama viennent ?

    - La polytechnique est si liée à l'étatisme et si peu à l'imagination libre qu'elle a permis à Staline de venir concurrencer les Etats-Unis sur leur propre terrain alors que la Russie des tsars était aussi médiévale et agricole que la Bretagne à la fin du XIXe siècle (Je cite la Bretagne parce que j'y ai observé la même dévotion -féminine et hystérique- pour la polytechnique qu'en Allemagne).

    - La polytechnique est si liée à l'étatisme qu'elle fait partie à part entière de la religion de l'Etat.

    Son développement est parallèle à la substitution progressive de l'Etat à Dieu depuis le XVIIe siècle, selon le processus décrit par Karl Marx ou Simone Weil ; si cette dernière a pu voir l'absurdité de la science de Max Planck et des équations de Helmholtz, c'est certainement grâce aux études de Marx qui décrivent la métamorphose d'un judéo-christianisme à bout de souffle en religion de l'Etat laïc. Le délire de Helmholtz est bel et bien un délire religieux.

    - A. Soljénitsyne a fait partie en tant qu'ancien soldat de l'Armée Rouge avec son ami Dimitri Panine d'un groupe d'ingénieurs reclus dans un goulag spécial, et il fait lui-même la comparaison entre sa situation et celle d'un moine (S. était en outre ravi que le goulag le débarrasse d'une première épouse qu'il ne pouvait plus sacquer, à qui il devait reprocher de n'être pas assez maternelle vu le tempérament de "bonne du curé" de la remplaçante).

    Le rapport est plus étroit que Soljénitsyne lui-même ne croit entre la science de l'ingénieur et celle du moine. On pourrait dire qu'elles sont toutes les deux "cellulaires" et "spéculatives".

    On peut s'en rendre compte sous un autre angle, celui du fétichisme. L'objet, quel qu'il soit, simple cruche à eau ou "outil de défense nationale" odieux aux yeux d'un chrétien, a un rapport avec l'âme et la culture de l'âme. L'objet est aussi organique que l'âme. Il ne faut pas s'étonner de la part du fétichiste ou du collectionneur d'une véritable mystique de l'objet, par conséquent.

    L'objet fait plus que satisfaire un besoin naturel dans la religion capitaliste ; il a comme la gloire pour Achille effet de rassurer le capitaliste sur sa survie dans l'au-delà, le Nirvanâ de Nitche ou Dieu sait quelle breloque pour touriste sexuel.

  • Actualité de Lénine

    Les conclusions que les doctes experts mandatés près les chaînes de télévision publique pour causer de la Chine des généraux maoïstes (Jean-Marie Domenach) ou de la Russie de Staline, Lénine lui-même n'a pas attendu le déploiement ruineux d'un siècle de capitalisme pour les tirer :

    "(...) C'est précisément sur ce point, le plus important, le plus indiscutable peut-être de la question de l'Etat, que les leçons de Marx sont le plus oubliées ! Dans les innombrables commentaires populaires, pas un mot de tout cela ! Il est "d'usage" de se taire là-dessus, comme sur une "naïveté" surrannée, exactement comme les chrétiens, une fois leur culte devenu religion d'Etat, ont "oublié" les "naïvetés" du christianisme primitif et son esprit démocratique révolutionnaire. L'abaissement du traitement des hauts fonctionnaires semble la "simple" exigence d'un démocratisme naïf et primitif [démocratisme primitif dans lequel Lénine voit une étape par laquelle la Russie encore largement paysanne doit passer]."

    Petit extrait tiré de "L'Etat et la Révolution", nlle éd. 1925, chap. "Par quoi remplacer la mécanique d'Etat, une fois celle-ci brisée ?", extrait riche d'enseignements.

    D'abord on pige que ce bouquin est une lecture plus honnête que celle de tous les sociologues communistes actuels et passés, Daniel Bensaïd en tête, redevables pour leur part d'intelligence entièrement à Marx ou Lénine, exactement comme les branleurs Max Weber ou Durkheim, mais qui n'en réservent pas moins à Marx ou Lénine de petits sourires ironiques et blasés à l'évocation de leurs doctrines. Une fois la télé coupée, l'oeuvre de Marx écrase sous son poids de science les mimiques de la sociologie. La sociologie comme science autonome n'a pas d'autre usage, en définitive, que la tactique électorale. La sociologie accompagne le temps. L'histoire selon Marx est contre le temps et hors l'école ou l'académie, plus proche de Rabelais que de Mai 68.

    Crétin de la même trempe que les sociologues bourgeois, formé lui-même à l'école soviétique, A. Soljénitsyne a interprété l'attrait des Russes d'origine juive pour le communisme comme un attrait pour le "messianisme", alors que les Juifs russes n'ont pas été attirés par le communisme mais enrôlés, bon gré, mal gré, par l'appareil d'Etat soviétique, jusqu'à un retour de bâton identique à celui qui a frappé le garde rouge Soljénitsyne (Le cas de Trotski est non moins ambigu puisqu'il est une sorte de génie militaire avant tout, comme Hitler, Franco ou Napoléon, ce qui implique plutôt la science cartésienne que marxiste.)

    Pour dire que sociologies de droite et de gauche mènent au même genre de clichés historiques. Tous les sociologues et autres universitaires accrédités qui chapitrent les régimes communistes dans les médiats, Staline qui a aussi "bon dos" que Hitler désormais, tous ces fonctionnaires sont plus intéressés à la permanence de l'Etat que Lénine lui-même ; on peut même dire que, comme l'anarchie, la sociologie est une idéologie entièrement adossée à l'Etat. C'est bien pourquoi l'enseignement à "Sciences-po." ne dépasse jamais le stade du cliché sociologique : l'histoire de France par E. Zemmour ou Alain Minc. Y sera forcément passé sous silence le mobile industriel des guerres des XIXe et XXe siècles, avec l'aide du cinéma et des tas de cadavres de l'histoire-spectacle.

    *

    L'extrait recèle aussi que le communisme de Lénine repose presque aussi nettement que celui d'Engels sur une déception du christianisme, ou au moins le constat de sa subversion.
    En outre si Lénine peut prédire ce que nos experts se contentent de constater près d'un siècle plus tard, cela révèle le caractère non moins statique du capitalisme comparé au nazisme, animé par la même dynamique horlogère truquée. Et après l'histoire ? S'interroge le penseur radical-socialiste qui n'y est jamais entré, comme le bourgeois demande à sa bourgeoise si elle est heureuse après le coït dans les dessins de Forain.
    La qualification de "théocratie" est extensible aux Etats démocratiques dits "occidentaux" concurrents de la Chine et de la Russie, qui pourraient recevoir des leçons de censure par le divertissement médiatique de l'Occident - il est temps que la Chine se mette à la révolution sexuelle, au football, au cinoche et aux "Beatles" si elle veut parer tout risque de changement, surtout intellectuel, le plus dangereux pour l'industrie capitaliste en ce qu'il détourne de la soif de l'or et excite la peur du lendemain, sur quoi la matrice du Léviathan capitaliste repose. Quel est l'intérêt pour des Chinois dont les candidats français à l'investissement industriel en Chine nous disent qu'ils se sont considérablement enrichis au cours des dernières années, d'essayer d'imiter en tout leurs alliés yankis, pornocrates puritains fatigués ? D'autant plus qu'on prédit le tarissement de l'or noir. En réalité les Chinois n'ont plus le choix ; il ne leur reste plus que la mécanique, l'existentialisme en dernier recours, religion des esclaves du veau d'or.


    - Il est clair aussi dans ce passage que la dynamique de Marx va à l'encontre de la réflexion, de la spirale du temps qui courbe la tête de ses valets de plus en plus vers le sol, puis vers le centre froid de la terre où règne l'idée en maîtresse hideuse (la charogne de Baudelaire). L'autruche a déjà la tête dans le sable. L'Etat laïc totalitaire ne fait en effet qu'éradiquer la science comme auparavant, s'enracinant dans la terre, jusqu'à faire couler le sang païen dans toutes ses veines, l'Eglise a éradiqué la révélation, l'échangeant contre un culte des morts odieux, qui fait bien l'affaire des assassins en uniformes qui grouillent comme des insectes à la surface du globe.

  • Une France d'Epinal

    Dieu préserve bien sûr d'adorer une idole aussi ésotérique que la "nation", non pas seulement parce qu'on ne peut servir deux maîtres à la fois, mais parce que les slogans appelant à saigner des Prussiens indiquent même au crétin le plus farouche quel "maître" se cache derrière la nation. D'ailleurs du sang versé dans la terre ne naissent que de mauvaises idées.

    Pire encore que le nationalisme sur le plan intellectuel, il y a la franchouillardise gaulliste. Le football, l'affaire est entendue, vise à maintenir les employés du Capital dans un état d'abrutissement aussi complet que possible ; mais la franchouillardise gaulliste est plus grave, car enseignée à l'école aux gosses. Raisonnablement, on peut établir ce classement des chefs d'Etat occidentaux par ordre d'intelligence :

    - n° 1 : Lénine ; pour son rôle politique, mais aussi en raison de sa prescience des événements, prévision quasiment inédite dans l'histoire des Etats de type "jacobin" de la part d'un homme politique aux commandes (Lénine est si intelligent d'ailleurs, qu'il échappe presque à la définition de l'homme politique.)

    - n° 2 : Churchill, à égalité avec Staline, pour avoir contribué à tirer leurs pays de situations très délicates ; mention spéciale à Churchill, peut-être, qui parvint à dissimuler le rôle mobilisateur joué par l'Angleterre impérialiste dans le déclenchement de la 2nde Guerre mondiale, se jouant notamment du médiocre personnel politique français et de la naïveté d'Hitler.

    - n° 4 : Roosevelt : en engageant son pays dans la guerre après qu'elle fut déjà perdue par l'Allemagne, contre la tradition "girondine" des Etats-Unis, il a relancé l'industrie de son pays en plein marasme en procurant assez de commandes et d'emplois militaires, établissant les Etats-Unis première puissance impérialiste mondiale.

    - n° 5 : Franco, pour son extraordinaire aptitude - il est sans doute le plus grand stratège du XXe siècle devant Pétain et quelques maréchaux allemands - en partant de rien à conquérir tout, sorte de Don Quichotte sanglant absurdement triomphant.

    - n° 6 : Hitler - limité comme Robespierre par des idées républicaines latines trop étriquées, et jouet de la bourgeoisie qui ne lui a jamais pardonné son jusqu'au-boutisme (même s'il reste sans doute en Allemagne des nostalgiques du "panache" d'Hitler, comme il y a en France assez de nostalgiques du "panache" de Napoléon, trempé dans le sang.)

    - n° 7 : Mussolini : le même qu'Hitler en moins naïf et dans une nation sans doute plus intelligente et moins encline à se précipiter derrière le premier chef d'orchestre venu.

    Et, aussi peu sympathique soit la figure du chef de l'Armée rouge, Trotski, on est obligé de s'incliner devant son talent politique à réorganiser une armée russe complètement désorganisée en un laps de temps très court. Bref il n'y a aucune raison sauf la franchouillardise de faire figurer de Gaulle dans les dix ni même les vingt premières personnalités politiques, en incluant les représentants des autres continents - aucune raison militaire, politique ou autre ; il a été la baderne la plus habile à manoeuvrer politiquement au bon endroit et au bon moment, voilà tout.

    Il est vrai que je rédige aussi cette note pour me faire pardonner d'un péché de jeunesse : avoir dit du bien de de Gaulle dans une copie du baccalauréat pour être sûr d'obtenir une mention, alors que cet éléphant horrible et sa valetaille m'inspiraient déjà la plus vive aversion (on peut haïr de Gaulle aussi bien que Cohn-Bendit et trouver leur "réconciliation" post-mortem parfaitement logique) ; sur le fond ça ne change rien, de Gaulle reste un des symboles de la manière dont la bourgeoisie française s'auto-congratule depuis cinquante ans pour des bienfaits qu'elle n'a jamais commis et ne commettra jamais plus.

  • Devises capitalistes

    Condamner Hitler mais admirer la philosophie néo-gothique de Sartre ou Heidegger.

    Condamner Staline mais admirer l'art stalinien de Kandinsky.

  • Au cœur de la propagande

    Enquête dans l’hebdo démocrate-chrétien “Famille chrétienne” sur la "choa par balles", expression désignant l’élimination par l’armée allemande de "suspects" juifs dans des villages ukrainiens entre 1941 et 1944. Enquête en cours, mais conclusions déjà tirées, ainsi va l’histoire contemporaine en dépit de la démarche scientifique qui imposerait de vérifier les témoignages, d’effectuer un décompte précis avant de parler de ces crimes de guerre comme des crimes de guerre "extraordinaires".

    L’hebdo sous-titre : "Une enquête encouragée par Benoît XVI". C’est vrai que compte tenu de la liberté d’expression totale qui règne en Occident, au lendemain de la “Journée mondiale de la choa”, on aurait très bien pu imaginer que Benoît XVI déclarât :

    « Les prêtres et les évêques catholiques ont autre chose à faire que de participer à des enquêtes historiques sur des crimes de guerre vieux de plus de cinquante ans, alors que les crimes et les abominations commises dans le monde, “hic et nunc”, n’ont jamais été aussi nombreux, en Irak, au Tchad, en Palestine, au Liban, en Chine, sans oublier les néocolonialistes arrogants, qui vont jusqu’à donner des leçons de morale à des morts, pendant que la population occidentale est décimée par l’avortement, tous ces enfants qu’on sacrifie sur l’autel des conventions bourgeoises, de la société de consommation et du confort moderne, de l’écologie (!)… »

    On aurait pu imaginer le pape parlant vrai. Cette “Journée mondiale de la choa” évoque fortement l’évangile de la poutre et de la paille ou les “sépulcres blanchis” des pharisiens. Au plan métaphysique, et non plus du blabla démocrate-chrétien, le discours sur le génocide restera comme la plus vaste opération de blanchiment des consciences bourgeoises occidentales, avec l'appui, réticent mais quand même, de l'Eglise.

    *

    Certains milieux traditionnellement “anticommunistes” ont pu se réjouir de l’ouverture d’enquêtes sur les crimes du régime soviétique, longtemps passés sous silence, comme une sorte de rééquilibrage et d’équité historique nouvelle. Il n’en est rien. La diabolisation de Staline, comme celle d’Hitler auparavant, procède de la même démarche antihistorique, et derrière c’est le même mobile : détourner l’attention des politiques criminelles menées actuellement par les puissances néocolonialistes, au nom de la paix mondiale, de l’égalité entre les hommes, de la fraternité entre les peuples.

    Contrairement à ce que croit Sarkozy, archétype du bobo (qui se croit moderne), ce n’est pas le travail qui rend libre, mais la vérité.
    Compte tenu du fanatisme démocratique en Occident, par la force des politiques libérales de gauche et de droite conjuguées, des modes d’expression favoris du régime, à savoir le cinéma et la télévision, qui bafouent sans vergogne la vérité, la vérité est sortie du monde occidental, asservi à des superstitions païennes.
    À un moment ou à un autre, inévitablement, c'est le “tiers-monde” tout entier, pas seulement Amadinejah, qui viendra replacer l’Occident terroriste face à ses responsabilités, face à la vérité. À ce moment-là la démocratie-chrétienne, le libéralisme, le socialisme, le féminisme, toutes ces idéologies bourgeoises à la mode, pourront toujours essayer de se défausser sur le nazisme ou le communisme, les fantômes de Staline et d'Hitler, efficaces dans le domaine de la politique intérieure et des débats démocratiques ridicules, sur le plan mondial perdront tout leur pouvoir magique.