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  • Contre Dionysos

    Le suicide prouve Dieu, comme tous les actes qui ne concourent pas à l'ordre social. C'est bien d'un dieu qui ne concourt pas à l'ordre social dont se plaint le brave Job. Quant à Judas, l'incitation à trahir lui vient aussi de ce que le Messie se moque de l'ordre social, et avec lui tous les chrétiens séduits par les leçons d'éthique ou de politique.

    Il faut avoir du goût pour la charogne pour être attaché, à présent, à un ordre moral et politique en pleine décomposition. Y a-t-il des hommes francs qui le sont ? Je n'en vois pas ; je ne vois de cette sorte que des nostalgiques, comme Nitche, tournés vers une beauté antique révolue ; ou bien des hommes tournés vers l'avenir, qui gobent du vent et régurgitent une véritable aérophagie de promesses débiles. Maudits soient ceux qui font miroiter l'enrichissement aux pauvres. Même la promesse de la mort faite par les officiers à leurs subalternes est moins vile.

    L'art proscrit aux chrétiens est celui qui contribue à l'ordre social, pour finir par engloutir la vérité sous cette tonne de lisier que les curés nomment la culture. Cet art-là est la fornication. Si les cathédrales contribuent à l'ordre social, elles insultent la parole de Dieu, qui est son esprit.

  • Nazisme et pornographie

    Le fait de souligner le rapport du nazisme et de la pornographie, est certainement plus utile que toutes les lamentations et repentances posthumes, suprêmes tartufferies.

    Pour reprendre le leitmotiv de Pangloss-Anna Arendt sur la banalité du mal, on pourrait dire : de ce que la société ne parvient à se passer de pornographie, on peut déduire qu'elle est irrémédiablement barbare et condamnée à se maintenir au niveau de la nature. Si la philosophie allemande est aussi antichrétienne et athée, c'est parce qu'elle tente de faire passer les questions sociales pour des questions universelles.

    Mais le rapprochement du nazisme et de la pornographie, du sacrifice aveugle du soldat et de la putain, est encore une façon d'idéaliser la sexualité, ou de faire croire qu'il n'y pas derrière le nazisme des banquiers et des industriels, des notables ordinaires aux moeurs plus conventionnelles. Le soldat nazi et la prostituée offrent aux bourgeois de se sentir un peu moins coupables pour les crimes commis quotidiennement au nom de la société.

  • Anthropologie made in US

    "(...) On finit par se demander pourquoi les hommes ont fait de Dieu un être hostile à l'amour charnel ?" Jack Kerouac (Big Sur)

    D'abord dieu n'est pas hostile au coït ; il lui est indifférent. C'est ce qui le rend inhumain. Très souvent les hommes et les femmes hostiles au coït s'en font une idée beaucoup plus haute que ceux qui le pratiquent.

  • L'Occident est une femme

    La supercherie du démocrate-chrétien Jacques Ellul est dans l'assimilation de l'Eglise à l'Occident. Le luthéranisme d'Ellul l'a aidé à rejeter la théorie catholique romaine de "l'Eglise-institution humaine", c'est-à-dire plus largement l'invention de l'anthropologie chrétienne au sein d'une religion révélée, ce qui constitue le plus grand et le plus catastrophique mensonge de tous les temps.

    De la même façon, la débauche des papes romains inspira à Dante Alighieri une idée de l'Eglise comme "la philosophie", idée récusée par Shakespeare dans ses sonnets. Shakespeare est conscient que la philosophie naturelle de Platon dérive d'un culte égyptien rendu au système solaire, à quoi correspond le nombre de la bête 666.

    Science et charité coïncident parfaitement dans le christianisme : en cela il est l'opposé des religions sociales, comme l'épicurisme, fondées sur un mépris plus ou moins affiché de la science (on voit bien que la bourgeoisie libérale a principalement le souci de ses intérêts et du commerce, non pas celui de la science).

    La philosophie est une voie vers la vérité et la sainteté, pour Dante : d'où le nom de Béatrice et l'âge qu'il lui donne, coïncidant avec le moment où Dante a rejeté l'institution catholique romaine. Mais Francis Bacon, alias Shakespeare, a récusé la philosophie médiévale, et proposé de la remplacer par une science qui progresse contre l'idolâtrie, c'est-à-dire contre l'anthropologie, puisqu'elle celle-ci procède de la justification de l'homme par l'homme. Le millénarisme démocratique totalitaire n'a aucun fondement scientifique, mais c'est un opium réconfortant que les anthropologues injectent dans les veines du peuple afin de le tenir en haleine.

    L'évangile indique en effet que les obstacles au progrès de l'homme vers la vérité sont identiques aux obstacles à la charité, c'est-à-dire principalement les nécessités sociales et politiques, toujours fondées sur le droit naturel et l'iniquité.

    Après avoir dénoncé la subversion du christianisme par l'Eglise catholique romaine, J. Ellul accomplit la pirouette impossible de blanchir l'Occident, alors même que la détermination juridique de celui-ci est essentiellement catholique romaine. Et il décrète le message évangélique "féministe".

    On voit tout le profit que la démocratie-chrétienne peut tirer de cette pirouette d'Ellul, qui consiste à asperger d'eau bénite le mobile politique le plus païen. De plus Ellul rend l'islam responsable de la trahison de l'Eglise romaine, et cette théorie est aussi faite pour plaire dans une Europe de marchands vieillis et apeurés, craignant pour leurs monopoles et leurs arcanes juridiques.

    Cependant le caractère féminin de l'Occident est indiscutable. Aussi féminin que l'Orient est viril. Tous les philosophes et artistes modernes misogynes, ou presque (Baudelaire, Delacroix, Nitche), sont en même temps attirés par l'Orient. Les Allemands, souvent fiers d'être "hyperboréens", sont un peuple efféminé où les femmes dominent le plus souvent sur les hommes. L'Occident paraît correspondre à la notion de "nuit des temps", qui décrit aussi bien l'origine que la fin des temps.

    Shakespeare, dans son art apocalyptique, insiste d'ailleurs sur cette notion de pâleur nocturne de l'Occident, dont l'historien verra que c'est la duplicité qui lui permet avant tout de dominer sur le reste du monde. Pratiquement, l'art occidental est un intellectualisme, ce qui explique sa faiblesse inédite, en même temps que son arrogance extraordinaire. Il n'y a pratiquement que Shakespeare à affirmer que la musique est un divertissement féminin sans grande portée artistique.

    Il n'y a pratiquement d'hommes féministes que ceux qui ne peuvent s'en passer : les enfants par nécessité, les vieillards par nécessité, et les prêtres par affinité.

    La dévotion religieuse excessive de l'Occident s'explique aussi du fait qu'elle est une femme. Le calcul, qui est le b.a.-ba du fanatisme religieux - on peut dire que le fanatique est constamment à la recherche de repères -, a une place bien plus importante dans l'Occident néo-païen que dans l'Orient païen.

    Le camp des saint est cependant figuré dans l'apocalypse sous les traits d'une femme. Cette anti-Eve renverse l'ordre physique du raisonnement humain. L'épouse de Jésus-Christ correspond à ce que le Messie ordonne qu'elle soit, et qui est à l'opposé de la manière humaine, inconsciente et fondée sur l'illusion que l'homme a prise sur la nature.


  • Sacrée modernité

    L'argument de la modernité est entièrement soutenu par la technique. Le mot "technocratie" dissimule moins bien le caractère totalitaire de la démocratie libérale, aussi les thuriféraires du totalitarisme ont-ils inventé le gadget de la "modernité", qui permet mieux de berner les foules.

    Etre "moderne" est pour le bourgeois en 2013 comme d'être assuré du purgatoire pour son ancêtre de 1213.

    Le fondement technique de la "modernité" explique sans doute que les Français gobent assez peu cette religion inventée par l'élite pour son seul profit.

    Si l'on comprend la démonstration de Molière que la subversion de la charité chrétienne consiste surtout dans le détournement par l'élite d'un message spirituel qu'elle ne peut entendre, et que la hyène Joseph de Maistre prêche Satan sous l'apparence de prêcher Jésus-Christ, alors on comprendra que la religion moderne dérive de ce dérapage incontrôlé des élites.

    Il n'est pas inutile de comprendre, puisque c'est un rouage essentiel de la mécanique totalitaire dont les élites sont actionnaires, que la philosophie d'une élite, son art, reflète toujours le système d'exploitation en vigueur, en tous temps. La pensée de l'élite est gadget. Elle en possède le charme et l'inutilité, se déprécie rapidement. Plus les systèmes d'exploitation sont puissants, plus la pensée de l'élite est nullissime.

    C'est d'ailleurs ce qui explique le retentissement mondial de la littérature de Céline. D'autres l'ont fait, mais de façon moins manifeste et retentissante - tout d'un coup Céline décide, non seulement qu'il n'est pas né pour lécher des bottes, comme un intellectuel normal, mais il s'affranchit complètement des codes du langage, et accomplit ainsi ce qu'un intellectuel ne peut pas faire, en raison de la dévotion de l'élite vis-à-vis de ses propres dogmes. De même c'est la dévotion religieuse qui protège les sophismes d'Einstein d'être dénoncés comme des sophismes.

    L'intellectuel est comme l'ordinateur ou le joueur d'échecs, ignorant qu'il est un imbécile.

    Il convient de comprendre les meilleurs penseurs humanistes occidentaux comme des anti-intellectuels. Le rôle de l'intellectuel à l'intérieur du christianisme est d'ailleurs le plus ténébreux. Shakespeare exécute dans ses pièces des intellectuels chrétiens à bon escient.

    L'humanisme explique que la recherche technologique est le meilleur moyen de faire triompher le point de vue conservateur. Il n'y a aucun paradoxe dans le goût des Japonais, profondément conservateurs et efféminés, pour les gadgets technologiques modernes. Ceux-ci ne traduisent que l'imitation servile et dépourvue d'imagination de la nature. Si l'irresponsabilité des modernes est encore plus grande que celle des conservateurs ou des réactionnaires, c'est en raison de l'imbécillité et de l'arrogance de l'argument moderne, destiné à faire croire au progrès de l'humanité.

  • L'Art contre Dieu

    Je reviens souvent à Bernard Henri-Lévy, parce qu'il est le plaideur le plus habile en faveur du totalitarisme démocratique occidental. La tâche la plus difficile pour lui est certainement de faire le lien entre la démocratie libérale et le judaïsme.

    La véritable religion de BHL est le catholicisme romain, c'est-à-dire la subversion des Ecritures saintes à l'aide de sophismes philosophiques, afin d'inventer un plan politique ou moral qui ne peut pas être fondé sur les prophètes chrétiens ou juifs. On ne trouve aucune trace de la démocratie dans l'eschatologie juive ou chrétienne.

    BHL organise une exposition à la fondation Maeght sur le thème : "Art et philosophie/vérité." Les apparences de l'humanisme sont sauves, et c'est sans doute ce qui compte surtout dans cette exposition : démontrer que la démocratie libérale n'est pas exclusivement le culte du veau d'or, c'est-à-dire un régime dont la barbarie excède en puissance celle du régime nazi, dont la volonté s'est heurtée à d'autres régimes plus puissants encore.

    La nation juive sous le regard de Dieu, comme la théorie de la France chrétienne, sont des produits de l'art humain, sans consistance spirituelle. N'importe quel ennemi du christianisme ou du judaïsme démontrera facilement que le dieu qui légitime la propriété de tel ou tel peuple est une invention de l'élite afin de conforter sa position. La légitimité des institutions et des élites, ainsi que Shakespeare le montre, ne peut venir que du droit naturel, car il n'est aucune sorte de puissance qui ne soit issue de la nature.

    BHL dit : "On a tort d'accuser les juifs de mépriser l'art ou d'être iconoclastes ; le judaïsme ne condamne que l'idolâtrie." Soit. Mais dans ce cas il faut dire quel art est idolâtre, et quel art ne l'est pas, ce que BHL ne fait, occultant l'élucidation de Dürer que les arts libéraux, dont l'exercice engendre la mélancolie, sont idolâtres ou lucifériens. Ce sont des arts qui ont pour but de justifier l'homme ou de le conforter - de maîtriser le feu -, mais qui ne recèlent aucune vérité surnaturelle, vers quoi les prophètes veulent tourner l'homme, dans le sens contraire du monde ou du destin.

    Quant à la démocratie, c'est l'idéologie ou l'objet d'art le plus néfaste, étant donné qu'elle n'a pas de fonction pratique, mais une fonction religieuse. "Je ne suis pas venu apporter la paix dans le monde.", dit le Messie, contre les pendards démocrates-chrétiens et leur folklore aussi insipide qu'infernal. Il n'y a probablement pas d'espèce humaine plus hypocrite que l'espèce démocrate-chrétienne, et pourtant cette espèce domine le monde, sans doute parce que son hypocrisie fait qu'elle est la mieux adaptée.