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  • Catholicisme intransigeant

    Dans le quotidien "La Croix" (11-12 janvier), un clerc catholique romain, Gaston Piétri, pose la question : "Où est la véritable intransigeance ?".

    Utilement celui-ci rappelle que Jésus-Christ n'est pas un modèle de composition, mais bien d'intransigeance. Il cite l'évangile : "Que votre oui soit oui." ; "Nul ne peut servir deux maîtres, Dieu et l'argent." ; "Tout arbre qui ne produit pas un bon fruit, on le coupe et on le jette au feu."

    Je précise que l'intransigeance du Messie est manifeste au cours de sa vie publique, non pas à l'égard de pécheurs que la société condamne : criminel, femme adultère, etc., mais à l'égard du clergé juif principalement. A ce clergé le Messie reproche de ne pas avoir saisi la portée universelle du judaïsme ou de la loi de Moïse, et d'en avoir restreint le bénéfice au seul peuple hébreu, méprisant ainsi l'esprit de la loi.

    Or le clergé catholique romain n'accomplit-il pas le même détournement de la parole divine dont les pharisiens se rendirent coupables il y a un peu plus de deux mille ans ? La doctrine catholique romaine est-elle véritablement "universelle", ou bien n'a-t-elle pas été réduite à une doctrine anthropologique, et par conséquent nécessairement relative ? L'intransigeance exige que l'on se pose cette question, d'autant plus que les derniers évêques de Rome, Joseph Ratzinger en particulier, affirment la nature anthropologique du message évangélique, ce qui est IMPOSSIBLE, notamment en raison de l'intransigeance de la parole divine à l'égard de l'ordre social humain.

    Joseph Ratzinger tente ici de justifier la vocation du clergé romain à décréter dans le domaine moral, ou comme on dit aujourd'hui, dans le domaine social. Derrière l'argument de l'anthropologie se dissimule en réalité le cléricalisme romain.

    Gaston Piétri ne pose pas de cette manière le problème de l'intransigeance chrétienne vis-à-vis de la vérité, c'est-à-dire de l'amour. Son but est de priver d'une base évangélique les catholiques réactionnaires qui manifestent leur désapprobation vis-à-vis de la politique et de la morale modernes. Il n'a pas tort, car il n'est pas difficile de montrer que ce type de réaction est fondé juridiquement contre l'histoire. Poussant le raisonnement juridique jusqu'au bout, l'antéchrist Nitche est amené à nier la résurrection du Messie, c'est-à-dire le triomphe de la vérité et de l'amour sur la logique juridique, essentiellement relativiste. Pour autant ce clerc romain n'a pas raison. L'évangile moderne ne cautionne pas plus l'attitude moderne qu'elle ne justifie le retour à un ordre ancien. D'ailleurs le flou juridique moderne est facteur d'une iniquité non moins terrible que l'ordre tyrannique ancien. Dans la mesure où l'éthique occidentale moderne assume un prétendu héritage judéo-chrétien (Hegel), à travers l'idéal démocratique égalitaire, notamment, et les droits de l'homme, elle expose les peuples opprimés par les nations occidentales à rejeter en bloc les évangiles et l'éthique hypocrite dont le "clergé laïc" occidental prétend qu'elle découle. Par conséquent, l'éthique moderne est un motif de scandale extraordinaire pour les chrétiens ; l'intransigeance doit les inciter à dénoncer cette subversion moderne, non pas au profit d'un ordre ancien somme toute à peine moins abstrait que la perspective moderne totalitaire, mais parce que le triomphe de l'Eglise, invisible, n'est pas fonction du temps.

    "Il n'y a pas de droits de la vérité à faire inscrire à tout prix dans les institutions. Il y a le droit des personnes à entendre un message dont les ondes de choc devraient aller loin dans le jeu social. A condition que les témoins du Message eux-mêmes respectent ce jeu social et ne s'installent pas en surplomb." : cette casuistique, typiquement moderne en l'occurrence, de Gaston Piétri, n'est pas fondée sur les évangiles ; c'est au contraire le refus de composer avec la nécessité sociale qui est le sens des paraboles et de l'amour chrétien. Où est-il écrit que le christianisme a pour but de féconder le "jeu social" ? Le Messie n'a de cesse de répéter que son royaume n'est pas de ce monde, et que le "jeu social" n'est qu'un jeu macabre, c'est-à-dire entérinant la mort comme un réalité éternelle. Gaston Piétri se fait ici l'apôtre d'une idéologie laïque moderne qui n'a rien de chrétien, mais qui ressemble beaucoup à un luthéranisme dévoyé, ayant renoncé à l'intransigeance de Luther, sans doute peu nostalgique du moyen-âge, mais réduit du fait de l'évolution à un conformisme social plus grand encore que celui du petit parti catholique réactionnaire nostalgique. La dialectique du conservatisme et de la modernité n'est d'ailleurs pas une dialectique chrétienne : c'est une dialectique culturelle, et il n'y a pas de culture chrétienne.

    Plus concrètement, on peut s'interroger sur le bénéfice de ces doctrines sociales chrétiennes ? En quoi n'ont-elles pas fait le jeu du capitalisme moderne, depuis le début, suivant l'argument de leurs détracteurs athées ou anticléricaux ? N'y a-t-il pas rien de plus désespérant pour les apôtres sincères de la justice sociale, persuadés du mérite des papes à faire entendre un tel discours abstrait, que l'échec systématique et catastrophique de ce type d'entreprise que le message évangélique ne cautionne pas ? N'est-ce pas ce type de désespéré qui, confronté à la désillusion, finit par être acculé à l'égoïsme ou à la vengeance ?

    Enfin, s'il n'est pas permis de servir l'argent comme un second maître, quel est le sens du consentement à un Etat, une personnalité morale temporelle, dont l'existence est entièrement dépendante d'une problématique économique aliénante, au point que les élites dirigeantes ne peuvent même plus prétendre à la responsabilité, et ne disposent plus, comme solution ultime, que de diviser pour se maintenir ? Traduit en acte dans le fachisme néo-païen ("Dieu, famille, patrie"), où dieu n'est autre que Satan, comme dans le communisme prolétarien, le discours de la justice sociale n'a rien fait qu'assurer le triomphe de la détermination humaine la plus basse, économique, dans les faits voire dans les consciences. Comme l'argument de la justice sociale est indissociable de cette prétendue "éthique judéo-chrétienne", les chrétiens fidèles à la parole divine sont amenés à voir dans la formule moderne sur laquelle l'Occident s'appuie la manifestation de l'antéchrist.

     

     

     

     

     

     

  • Titanic

    Aucun chrétien ne saurait se porter au secours de la civilisation, puisque la civilisation et le christianisme poursuivent deux buts strictement opposés, comme le Christ et Satan.

    Il y a de quoi être sarcastique à propos des "défenseurs chrétiens de la civilisation", brave bourgeois abonnés au "Figaro" ou à quelque gazette capitaliste similaire.

    L'effondrement de la civilisation et des nations sur elles-mêmes a d'ailleurs du point de vue chrétien sa logique. Le principe conservateur de la civilisation est battu en brèche par une idée de progrès, social ou juridique, abstraite et artificieuse ; celui-ci entraîne un relativisme moral toujours plus grand. Contrairement à ce que prétend la philosophe nazie Hannah Arendt, l'éthique moderne n'est pas vectrice d'une criminalité banale ; celle-ci est au contraire marquée par l'irresponsabilité extraordinaire des élites technocratiques modernes, à qui l'argument du progrès sert de blanc-seing.

    Autrement dit, l'éthique païenne est marquée par le principe de responsabilité, tandis que ce n'est pas le cas de l'éthique moderne.

    Du point de vue évangélique, spirituellement opposé à la détermination éthique ou psychologique, bien qu'il soit plus rationnel que l'art moderne ubuesque, l'art païen antique n'a pas le caractère universel. Il exclut l'amour, ce qui est préférable que d'en procurer l'illusion, au profit d'une philosophie naturelle qui exclut la révélation à l'homme de l'amour au profit du moindre malheur social.

    Exiger l'amour sur le plan social est la calamité dont le monde moderne souffre ; cette quête amoureuse jusqu'à l'abaissement des valeurs au plan sentimental paraît une invention typiquement chrétienne, alors que paradoxalement les évangiles et les apôtres sont les plus dissuasifs de voir dans le mariage de Roméo et Juliette autre chose qu'un mécanisme naturel de consommation.

    "Chrétien" ou "juif" est devenu synonyme de "capitaliste", ne serait-ce que parce que les nations qui exercent leur domination militaire sur le reste du monde sont des nations qui arborent des insignes chrétiens ou juif. Ce n'est autre que la manifestation de l'antéchrist dans l'histoire, selon sa description évangélique. Qu'il en soit conscient ou non, peu importe, un suppôt de Satan tel que Nitche n'est que l'auteur d'une charge destinée à faire diversion. Mais le satanisme ne peut se nourrir des seules valeurs politiques traditionnelles, ni de la formule égyptienne de la civilisation, la plus pure.

    Quelle que soit la furie du monde, les chrétiens fidèles à Dieu et qui ne propagent par intérêt des mensonges sur la religion chrétienne sont sous sa protection. Nul ne sait mieux qu'un chrétien quel dieu bénit les nations et la civilisation.

     

  • L'Odeur du Danemark

    "Jusqu'à ces derniers temps, les enfants prodigues disaient merde à leurs pères et passaient à la Gauche, avec armes et bagages ; le révolté, c'était classique, se changeait en militant. Mais si les pères sont à gauche ? Que faire ? Un jeune homme est venu me voir : il aimait ses parents mais, dit-il avec sévérité : "Ce sont des réactionnaires !" J'ai vieilli et les mots avec moi : dans ma tête, ils ont mon âge ; je m'égarai, je crus avoir affaire au rejeton d'une famille aisée, un peu bigote, libérale peut-être et votant pour Pinay. Il me désabusa : "Mon père est communiste depuis le congrès de Tours." Un autre, fils de socialiste, condamnait à la fois la SFIO et le PC : "Les uns trahissent, les autres s'encroûtent." Et quand les pères seraient conservateurs, quand ils soutiendraient Bidault ? Croit-on qu'elle puisse attirer les fils, la Gauche, ce grand cadavre à la renverse, où les vers se sont mis ? Elle pue, cette charogne ; les pouvoirs des militaires, la dictature et le fascisme naissent ou naîtront de sa décomposition. ; pour ne pas se détourner d'elle, il faut avoir le coeur bien accroché. Nous les grands-pères, elles nous a faits : nous avons vécu par elle ; c'est en elle et par elle que nous allons décéder. Mais nous n'avons plus rien à dire aux jeunes gens : cinquante ans de vie en cette province attardée qu'est devenue la France, c'est dégradant. Nous avons crié, protesté, signé, contresigné ; nous avons, selon nos habitudes de pensée, déclaré : "Il n'est pas admissible..." ou : "Le prolétariat n'admettra pas..." Et puis finalement nous sommes là : donc nous avons tout accepté. Communiquer à ces jeunes inconnus notre sagesse et les beaux fruits de notre expérience ? De démission en démission, nous n'avons appris qu'une chose : notre radicale impuissance."

    J.-P. Sartre (Situations)

    - Gauche-droite-gauche : le pas de l'oie.

     

  • Nabe contre Dieudonné

    ...et Finkielkraut contre Soral.

    C'est une belle affiche pour un pugilat télévisé, n'est-ce pas ? Qu'on ne dise pas que les responsables de programmation n'aiment pas ça, les débats animés. Or rien que le communiqué de presse de Nabe pour la parution de son bouquin a battu des records d'audience.

    Bien sûr ça poserait quelques problèmes protocolaires, A. Finkielkraut refuserait sans doute de se ranger du même côté de Nabe, à cause de l'odeur. Mais bon, on trouverait bien une solution protocolaire. Finkielkraut porterait une tenue de décontamination, ou Nabe ferait comme les papes sa contrition.

    C'est un peu vache de coller Finkielkraut dans le camp des "justes" : il est tellement nul ; Finkielkraut aime la rhétorique comme un perroquet éprouve le besoin de parler, ça ne veut pas dire qu'il y arrive.

    Mettons plutôt BHL ; mais BHL est trop malin pour se compromettre dans un pugilat avec le bas-clergé.

    Les politiciens ont de quoi être jaloux : leurs joutes verbales et leurs compétitions électorales n'intéressent plus que les journalistes, payés pour s'y intéresser. Le vaudeville avec des actrices ou des chanteuses est leur dernier atout pour faire de l'audimat.

    Mais ce débat n'aura pas lieu. Pas à la télé, qui est un sanctuaire. Il y a dans la nef des recoins obscurs où tel ou tel paria peut se faufiler grâce à un chanoine complaisant (F. Taddéi), et lapper ainsi quelques gouttes de la lumière glorieuse des saints...

    Mais pas question de débattre de l'existence de dieu au beau milieu de la nef, en plein sur le maître-autel. Le diable doit symboliquement rester à l'extérieur. Je dis "symboliquement", car il n'est aucune institution qui peut résister à Satan.

    Plus encore que par Soral & Dieudonné, c'est par les faux espoirs qu'elle entretient qu'une élite se fait désarçonner, c'est-à-dire par une puissance implacable et incontrôlable.

  • Mort de l'Art

    La mort de l'art est une catastrophe bien pire pour les grands de ce monde que la mort de dieu.

    Le peuple, lui, au contraire, est plus attaché à dieu qu'il ne l'est à l'art. L'iconoclasme populaire vise le catholicisme romain seulement dans la mesure où celui-ci, quand il était encore vivant, mélangeait art et spiritualité, trahissant l'esprit et la lettre des évangiles. Autrement dit le catholicisme romain avait transformé dieu en oeuvre d'art, c'est-à-dire en idole.

    Précisons, en idole "moderne", car l'idolâtrie moderne est issue de la doctrine catholique romaine - la philosophie de Hegel est la plus révélatrice de cet aspect de transmission de l'idolâtrie catholique romaine aux institutions modernes (à condition de lire Hegel dans des versions qui n'ont pas été expurgées par des universitaires staliniens ou républicains afin de gommer cet aspect confessionnel).

    La haine de Nitche à l'égard du peuple est un aspect de sa doctrine artistique ; non seulement l'art élève au-dessus du peuple, mais il est aussi souvent destiné à maintenir à distance le peuple, à creuser un fossé entre les élites et celui-ci. Ici se loge le secret de l'égalité, toujours promise et jamais accomplie, et qui n'est qu'une manière de tenir en haleine le peuple.

    L'art égalitaire ou démocratique n'existe pas. Shakespeare ne vise pas telle ou telle catégorie de personnes, suivant le temps et l'espace, comme la musique. Mais Shakespeare, contrairement à la musique, n'a aucune utilité sociale.

  • Avorter c'est tuer

    Avorter c'est tuer... légalement. J'ai pendant quelques années été un militant résolu contre la loi Veil et son application, avant de perdre peu à peu au fil de mes lectures scientifiques et chrétiennes toute conviction d'ordre moral ou politique.

    Mon anarchisme avait beau être assez primaire et révolté contre un Etat ploutocratique qui broie des nourrissons surnuméraires avant de les jeter à la poubelle, il ne m'a pas empêché de comprendre que, si je voulais lutter contre l'assassinat légal, je devais aussi manifester devant les casernes pour leur fermeture, car les médecins ne sont pas les seuls à qui l'Etat délivre un blanc-seing afin d'ôter la vie si nécessaire.

    Or manifester devant les casernes n'est pas plus efficace que manifester devant les hôpitaux. Les bidasses n'ont d'ailleurs pas beaucoup plus de jugeotte que les femmes enceintes. C'est un peu le même élan qui fait la femme enceinte et l'homme soldat. Les militants ne valent pas mieux, puisque leur combat se situe à un niveau intellectuel plus propice à une mort moins brutale. La mort du militant n'est même pas toujours consécutive à la mort de ses idées.

     

    Néanmoins j'ai pas mal appris sur l'anarchie et son état, après Trente Glorieuses de France qui s'empiffre. "L'avenir de nos enfants" : laissez-moi rire ! De voir des "anarchistes", par exemple, du côté de la police, de l'Etat et de la loi Veil, par exemple, ça ouvre les yeux sur les méthodes étatiques de lavage de cerveau.

    Du côté des "pro" comme des "anti", dans l'ensemble, il n'y a que des tocards ou des ratés, comme dit Nitche. Du côté des "anti", il n'y a personne ou quasiment, et il n'y aura jamais personne tant que cette cause comportera un "risque social". Jamais je n'ai vu un évêque, par exemple, s'associer physiquement à une telle cause ; pourtant le diable sait que les évêques sont capables de s'associer aux causes sociales les plus sordides ou stupides. Du côté des "pro", on a l'Etat et toute la moraline féministe derrière. Ne militent donc que ceux qui sont persuadés que le militantisme fait avancer les "questions sociales".

    De surcroît, j'avais le sentiment que les militants "pro", comme les militants "anti", étaient manipulés. Autrement dit, pour militer démocratiquement, il faut croire dans la démocratie, et ma culture française sceptique ne m'a pas préparé à une telle foi débordante dans ce qui n'est pas mais sera peut-être demain. Toutes ces manifs, c'est du cinoche, et on le sent bien. Comme le cinoche, ça ne mène nulle part.

    Plus tard j'ai découvert combien les laboratoires pharmaceutiques sont intéressés à la cause féministe et la cause politique. C'est dingue comme de grands professeurs de médecine gynécologique, qui testent de nouvelles molécules, ont le désir de venir en aide aux femmes chevillé au corps. Mieux vaut s'assurer que celui qui prêche le progrès social n'est pas sous l'emprise d'une drogue quelconque.

    A trop regarder la société et les mouvements sociaux de près, on finirait par croire que l'amour n'est qu'une pure distraction inventée par un artiste aveugle. La société peut bien aller en enfer si elle veut - c'est le sens du courant.