mardi, 29 avril 2008

Collabos d'hier et d'aujourd'hui

Ce qui rend la compromission avec les autorités chinoises particulièrement scandaleuse, c'est les leçons de morale laïque continuelles sur les vilains nazis, les méchants staliniens, l'horrible Le Pen, les immondes Talibans, ce salaud de George Bush, etc., dans tous les médias officiels.

Parmi les Français qui collaborèrent avec les autorités nazies, certains justifièrent leurs actes par la volonté d'obtenir en échange le retour de prisonniers, une plus grande clémence des autorités allemandes, certains avantages matériels pour la population...

La collaboration du gouvernement Sarkozy, elle, est légitimée par la volonté d'implanter quelques hypermarchés "Carrefour" de plus sur le territoire chinois, l'achat d'une centrale nucléaire ou deux par la Chine, un renvoi d'ascenseur aux sponsors.

Les "collabos" d'hier ne sont pas allés à l'Allemagne, c'est l'Allemagne qui est venue à eux. La prostitution, aujourd'hui, est complète ; la France fait la démarche positive d'aller se vendre en Chine. Faut-il recouvrir cette politique d'une couche de marketing, Guy Sorman est là, pour faire rimer "libération" avec "société de consommation" : plus néocolonialiste, tu meurs.

L'esclavage industriel, tel qu'il se perpétue en Chine, a provoqué en Europe tout au long du XIXe siècle des révolutions et des guerres civiles sanglantes. Mais l'aplomb de Sorman et de ses semblables est celui d'un chef de rayon "gadgets idéologiques" méprisant de l'histoire.

Et la fiction morale de l'esprit sportif et de l'esprit olympique... Laure Manaudou, qui fait quinze kilomètres par jour dans un bassin d'eau chlorée, une vraie mutante, qui peut croire une seconde qu'il s'agit-là d'une "amatrice" qui travaille à entretenir l'amitié entre les peuples ? Qui peut avaler ça en dehors d'un militant sarkozyste qui entretient son patriotisme en regardant les JO sur TF1 ou France 2 ?

La bêtise viscérale de la droite libérale nuit gravement à la politique. Et la gauche, par son hypocrisie, elle, bafoue la morale. Tous ces discours moraux, ces cours d'éducation civique, pour, lorsque l'occasion se présente de passer du discours aux actes, se vautrer dans le cynisme et le double langage libéral. Bravo ! Belle victoire en tandem.

Il n'y aura probablement aucun athlète professionnel à boycotter les JO pour une question d'honneur, à refuser d'apporter sa caution à un régime totalitaire. En revanche tous ces athlètes professionnels seraient probablement d'accord pour fustiger comme un seul homme la collaboration de certains Français avec l'Allemagne nazie. On peut s'attendre aussi à des pleurnicheries en cas de concurrence déloyale de la part d'athlètes chinois dopés jusqu'aux yeux. Une morale laïque de cochons élevés en batterie.

 

vendredi, 22 février 2008

Le dernier des humanistes

Simon Leys est un des derniers humanistes, ou du moins il essaie de l’être au milieu du chiendent. Humaniste, c’est-à-dire qu’il se distingue des intellectuels “à la solde de”, les BHL, Finkielkraut, Jean d’Ormesson, Guy Sorman, plagiaires agréés par le système. Leys fait observer que la “spécialisation” est une caractéristique de notre époque (décadente). C’est vrai à condition d’ajouter que la “polytechnique” résulte du même mouvement anarchique, dont le principal ressort est la division du travail à l’échelle mondiale. Une dislocation s’est produite, d’abord de l’économie, ensuite de la science et des arts, sous le régime bourgeois démocratique. Par conséquent il n’y a qu’un crétin de philosophe existentialiste pour croire que les “temps modernes” coïncident avec l’avènement de la technique et de la science, alors que notre époque est une époque d’amateurs, de dilettantes, d’hommes soumis à la machine, d’esclaves, d’irresponsables, d’impuissants, d’ignares. Cela fait cinquante ans au moins que les Etats-Unis vivent sur les acquis de la science nazie, et les Allemands n’étaient eux-mêmes que des bricoleurs adroits, pas des scientifiques. La caractérisation en “société du spectacle” est aussi stupide, si ce n’est plus. L’Antiquité grecque, par définition, est la société du spectacle, et nous sommes aux antipodes, comme l’affirme Benoît XVI, de la société grecque. Notre époque a même inventé la fête triste et le cinéma, ce théâtre glacé, cette pornographie, elle aussi aux antipodes de l’érotisme grec. Et vive Fidel Castro ! Aujourd’hui que les bobos de gauche ont lâché Fidel Castro derrière lequel ils planquaient leur égotisme bourgeois, je me sens à l’aise pour saluer la résistance de Castro face à la racaille libérale. J’entends dire que Raul Castro est plus communiste que son frère, qu’il l’était avant lui ; pourvu que ça soit vrai ! Lorsqu’on voit l’anarchie qui règne à Neuilly, où les vieilles idées bourgeoises et les nouvelles idées bobo cohabitent, lorsqu’on voit cette chienlit impudente se déchirer pour la gestion d’un carré d’immeubles haussmaniens, comment ne serait-on pas communiste ?

mardi, 13 février 2007

La putain bourgeoise

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On s'est longtemps figuré le capitalisme d'après les caricatures de Forain ou d'Hermann-Paul, comme un gros industriel qui fume le cigare en se frottant le ventre dans l'antichambre d'une grisette. Hélas, cette caricature est périmée ! Ainsi, dans le cas de BHL et de sa moitié, par exemple - je choisis exprès un exemple de capitaliste-philosophe -, dans ce cas on est bien obligé de constater les effets des régimes minceur, les efforts du capitalisme pour soigner sa télégénie. Même, pour éviter le cliché de la bourgeoise replète, Arielle Dombasle n'hésite pas à se déguiser en pute. En pute virtuelle, ça va de soi. Arielle nous fait le coup de la Goulue ; et BHL est son Lautrec, toutes proportions gardées. On mesure mieux le rôle précurseur de BHL maintenant que les petits sophistes de son espèce, toujours prêts à plaider la cause du système, se sont multipliés au point qu'il faut élargir les plateaux de télé pour leur faire de la place à tous et qu'ils se bouffent le verbiage philosophique sur le dos. Sans conteste, BHL, forcément un peu usé après toutes ces années de bons et loyaux services, BHL les dominait tous de la tête et des épaulettes ! De tous les avatars de BHL, Guy Sorman est sans doute celui qui m'évoque le plus Pangloss, avec son faciès de saumon d'élevage surgelé et son petit sourire content. Il a trouvé la formule philosophique magique ; à qui ose critiquer le capitalisme américain, invariablement il réplique, et c'est comme une explosion de raison raisonnante : « Certes, mais qu'est-ce que vous proposez d'autre que le capitalisme ? » L'oligarchie capitaliste nous a poussés au bord d'un déficit profond ; économique, bien sûr, en orientant délibérément l'économie vers la production de gadgets et de services superflus de mauvaise qualité ; moral ensuite, en morcellant l'intérêt européen, notamment, en une multitude de petites revendications de consommateurs mesquins ; politique ensuite, en substituant au colonialisme brutal un néo-colonialisme beaucoup plus vicieux, dont il est difficile de distinguer les responsables, dissimulés derrière des raisons sociales abstraites, quand ce n'est pas derrière un discours humanitaire cynique ; au bord d'un déficit artistique enfin : où sont passés les poètes ? où sont passés les peintres ? Il ne reste plus que des philosophes binaires ou existentialistes… Alors, à question idiote réponse idiote : « À quoi bon vouloir changer un système qui a si bien réussi à Guy Sorman ? » D'ailleurs Guy Sorman revient d'un séjour d'un an en Chine. Il y a constaté la sévérité du régime communiste, malgré la conversion des dirigeants chinois au libéralisme économique. « Certes, mais que proposer d'autre que la Chine ? », voilà la conclusion de Guy Sorman. Les Yankis ont mis le poète Ezra Pound en cage, comme un singe. Tout un symbole… Puisque Sorman réclame des contre-propositions, je suggère qu'on flanque Guy Sorman et ses congénères, non pas dans des cages, il n'est pas question de s'abaisser au niveau des principes qu'ils défendent, mais dans un grand couvent vide, aux murs épais, afin que leurs points de vue philosophiques n'en sortent plus et que l'horizon soit ainsi un peu dégagé.