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  • Dans la Matrice

    "Le jeune aime le monde tel qu'il est, il s'y adapte. Et pour cause, il n'a rien qui lui permette de penser qu'il pourrait être autre. Des mauvaises langues rappelleront que c'est pour cette raison que les régimes totalitaires se sont toujours appuyés sur la jeunesse pour faire advenir l'Homme nouveau."

    Natacha Polony, gérontophile.

    Les vieillards ont toujours su flatter les jeunes gens et le peuple afin de détourner leur force à leur profit. Le totalitarisme n'innove nullement de ce point de vue par rapport à la vieille tyrannie classique "oedipienne".

    La caractéristique du totalitarisme n'est nullement le jeunisme, mais l'intellectualisme, comme le relève par exemple Georges Orwell. La justification de l'Etat totalitaire est en effet l'activité principale des "intellectuels", qui s'efforcent de le diviniser. L'Etat totalitaire entretient par conséquent pléthore d'universitaires ou d'intellectuels à grand frais, dont la caractéristique n'est pas le jeune âge.

    Le féminisme est bien plus caractéristique du totalitarisme que le jeunisme. Les régimes totalitaires et les femmes ont en commun la nécrophilie.

    C'est parce que les régimes totalitaires sont mus par des vieillards que le culture totalitaire est aussi pédophile (Proust). La pédophilie n'est pas caractéristique des jeunes gens mais des esprits et des Etats en état de décomposition.

     

     

  • De l'intellectualisme

    Les intellectuels et l'intellectualisme ne sont pas toujours combattus au nom de valeurs archaïques, comme ceux-ci le prétendent parfois pour leur défense. Promoteur du progrès, décisif dans la mesure où il cerne dans quels domaines l'homme n'est pas soumis à la nécessité ou au hasard, Francis Bacon a combattu l'intellectualisme d'une manière qui n'est pas sans rapport avec celle de notre Rabelais. Du point de vue de Bacon, c'est l'intellectualisme qui est un archaïsme, puisqu'il le rapproche de la scolastique médiévale.

    De plus, l'Angleterre a longtemps incarné le progrès aux yeux des élites des autres nations européennes. Or c'est certainement en Angleterre que l'on peut trouver le plus de détracteurs de l'intellectualisme et des intellectuels. George Orwell relie ainsi la cause des intellectuels au totalitarisme.

    De fait il existe une conception intellectuelle du progrès, médiévale ou cléricale dans la mesure où elle revient à ériger le progrès en religion. Au contraire Bacon s'emploie à démontrer qu'il ne peut y avoir de progrès humain dans le domaine éthique ou politique, c'est-à-dire à démolir une idéologie qui fera ultérieurement des centaines de millions de victimes, sacrifiées sur l'autel d'un progrès qui n'en est pas un, mais une pure illusion entretenue par des intellectuels - une méthode de gouvernement.

    Voici ce que Bacon écrit au chapitre consacré aux "Etudes" de ses "Essais" :

    "Les hommes pratiques méprisent les études ; les naïfs les admirent, et les sages en tirent parti : car elles n'enseignent pas leur propre fin, qui est une sagesse en dehors et au dessus d'elles, fournie par l'observation."

    On voit à quel point Bacon n'est pas moderne, puisqu'il place les hommes pratiques qui méprisent les études au-dessus des naïfs qui les admirent. Comme l'intellectualisme consiste à trouver dans les études sa propre fin, et que les intellectuels bénéficient d'un monopole dans le monde moderne totalitaire, il n'y plus de sages selon Bacon.

    "Etudier l'histoire rend sage ; la poésie, fin ; les mathématiques, subtil ; la philosophie naturelle, profond ; la morale, grave ; la logique et la rhétorique, habile à disputer. L'étude passe dans le caractère. Même il n'y a point d'obstacle ou d'entrave dans l'intelligence qui ne puisse être supprimé par des études bien choisies."

    Ici, dans le lien établi entre la sagesse et l'histoire, on peut encore reconnaître Shakespeare et son effort pour doter l'Angleterre d'une histoire véritable, contre la culture médiévale visant à maintenir l'homme au niveau inconscient de la culture. L'intellectuel descend du clerc catholique, dans la mesure où l'histoire prive le clergé et les intellectuels du rôle d'éminences grises qu'ils entendent jouer.

    On trouve par Shakespeare la représentation mythologique de l'intellectuel dans le personnage de Polonius-Copernic (responsable d'une définition intellectuelle de l'univers, dommageable pour la conscience). A moins qu'il ne sache pas lire du tout, un intellectuel se sentira forcément épinglé en lisant "Hamlet". 

     

  • Dans la Matrice

    Ceux qui tentent de penser le monde sont d'abord frappés par son aspect énigmatique. Un esprit rationnel, cherchant un objet d'étude rationnel, se tournera plus volontiers vers les castors ou les conifères que vers l'espèce humaine, dont le comportement semble parfaitement erratique.

    "Penser le monde" est d'ailleurs un luxe : le plus grand nombre se contente d'essayer de parer la violence du monde et les conséquences de cette violence pour soi. Toutes les sortes de drogues dont l'homme moderne est entiché remplissent cette fonction. L'option de défense de la culture moderne à l'égard du monde est la fuite.

    Les hommages à "l'humanité" viennent de personnes comateuses, dont l'oppression explique qu'elles s'accommodent de l'énigme et de l'absurdité du monde. De la même façon, certains vieillards ne luttent plus, non pas parce que la cause de la lutte a disparu, mais parce qu'ils n'ont plus la force de lutter, et que l'indignation ne sert à rien.

    En se modernisant, le monde est devenu plus complexe, plus énigmatique encore, en quoi quelque crétin tire parfois prétexte pour s'enorgueillir d'appartenir à l'espèce humaine, qui ne sait où elle va, ni pourquoi, ni comment.

    Le journalisme et la presse semblent faits pour empêcher de penser le monde, c'est-à-dire pour accommoder l'homme aux intentions et mouvements absurdes de l'humanité. Nitche aurait pu tirer de cela un argument supplémentaire afin de démontrer la supériorité de la culture antique sur la culture moderne : l'Antiquité n'a pas connu le journalisme, pour l'empêcher d'y voir clair, mais des philosophes pour tenter d'élucider le monde et son rapport avec l'univers.

     

     

  • Confession

    Je dois à mon éducation catholique romaine un minimum de bon sens, c'est-à-dire de satanisme.

  • Dans la matrice

    La différence entre l'information et la désinformation est la même que la différence entre l'ordre et le chaos.

  • Benoît XVI illuminati

    Au coeur de la foi et de la raison "illuminati" se trouve un culte de la lumière solaire, érigé en science fondamentale. La méconnaissance généralisée de l'histoire de la science occidentale contraint l'Eglise catholique à se défendre de l'accusation de représenter un obstacle à la science, alors même que de nombreux savants catholiques romains ont contribué à faire de la lumière solaire un principe universel, notamment aux XVIe et XVIIe siècles. Cette science - en réalité une "philosophie naturelle" païenne - est assortie d'un propos abscons sur la Genèse. Rien n'indique dans la Genèse que Satan n'a pas créé l'homme, puisque tout indique au contraire selon cette mythologie qu'il est cause du cycle naturel de la vie (Satan est représenté comme un serpent, symbole de vie).

    On peut citer la gnose (fausse science) de Dante Alighieri, comme l'exemple le plus fameux de ce culte illuminati, mélange de christianisme et de philosophie païenne. La cosmologie à laquelle Dante fait référence dans sa "Divine comédie" est celle de Platon, influencé par Pythagore, à laquelle les chrétiens n'accordent pas le caractère de science universelle. La théologie poétique de Dante ouvre droit à un volet politique, en quoi on reconnaît aisément qu'elle n'est pas chrétienne, car les évangiles ne permettent pas un usage politique de la parole divine. Celle-ci ne peut appuyer une théocratie quelconque, pas plus la monarchie idéale rêvée par Dante que la démocratie, régime théocratique hypocrite.

    Quelques extraits d'un discours du pape Benoît XVI (2006) :

    - Le grand Galilée a dit que Dieu a écrit le livre de la nature sous la forme du langage mathématique. Il était convaincu que Dieu nous a donné deux livres : celui de l'Ecriture sainte et celui de la nature. Et le langage de la nature - telle était sa conviction - sont les mathématiques, celles-ci sont donc un langage de Dieu, du Créateur.

    Qui a dit que Galilée était "grand" en dehors de quelques truqueurs, qui ont inventé de toutes pièces la figure d'un Galilée émancipé de la censure de l'Eglise, héraut d'une science moderne "indépendante" ? Qui peut croire à la fable d'une science moderne "indépendante", c'est-à-dire émancipée du financement des gouvernements ? Le principal défaut de Galilée fut d'être arrogant et excessivement confiant dans ses appuis au sein de l'Eglise. Les mathématiques (au sens de la géométrie algébrique) sont plus sûrement le langage du "grand architecte de l'univers". Au contraire de Leibnitz, les chrétiens n'estiment pas vivre dans le "meilleur des mondes possibles" : à cela s'oppose l'exégèse de saint Paul, selon laquelle la mort est la somme des péchés, c'est-à-dire que l'homme est soumis à Satan comme il l'est à la mort.

    L'Eglise romaine a jadis canonisé Robert Bellarmin pour le remercier de s'être opposé à Galilée. Elle est sans doute capable de canoniser un autre homme, qui se ferait aujourd'hui l'artisan de l'apologie du même homme. "Souvent femme varie, bien fol est qui s'y fie", dit un proverbe utile en cette espèce.

    "Réfléchissons à présent sur ce que sont les mathématiques : en soi, il s'agit d'un système abstrait, d'une invention de l'esprit humain, qui comme tel, dans sa pureté, n'existe pas. Il est toujours réalisé de manière approximative, mais - comme tel - c'est un système intellectuel, c'est une grande, géniale invention de l'esprit humain.

    La chose surprenante est que cette invention de notre esprit humain, est vraiment la clef pour comprendre la nature, que la nature est réellement structurée de façon mathématique et que nos mathématiques, inventées par notre esprit, sont réellement l'instrument pour pouvoir travailler avec la nature, pour la mettre à notre service, pour l'instrumentaliser à travers la technique."

    Benoît XVI fait ici la démonstration du lien entre l'anthropologie moderne et le raisonnement mathématique, afin de justifier ensuite la technique comme une activité chrétienne. Mais un philosophe païen observerait plus justement, à propos du même art mathématique, que les nombres sont dans la nature avant d'être dans l'homme. Par conséquent, en fait de "géniale invention de l'esprit humain" (toute l'anthropologie moderne est contenue dans ce dithyrambe), il n'y a dans la géométrie qu'imitation de la nature. Le néant et l'infini sont représentatifs de l'apport humain à la nature, et cet apport est purement rhétorique ; on peut s'en servir surtout, ainsi que du hasard, pour étalonner l'ignorance humaine.

    Le discours de Benoît XVI est d'ailleurs assez confus pour justifier aussi bien l'invention de la roue, que celle de la bombe atomique ou des balles enrichies à l'uranium. Le discours de Benoît XVI n'explique pas non plus cette étrange variation dans la philosophie naturelle au cours des siècles, jusqu'au point où l'Occident est rendu, non plus de maîtrise des éléments naturels, mais d'exploitation sans limite et irresponsable, persuadé sans doute par son "génie" qu'il est capable de tout.

    Quoi qu'il en soit, un chrétien observera que J. Ratzinger s'exprime à propos de "philosophie naturelle", c'est-à-dire d'un domaine qui forme le socle des religions païennes, et auquel le monde moderne n'a donné qu'un tour de clef rhétorique supplémentaire.

    Un chrétien observera que la vérité chrétienne - dieu -, est métaphysique, et non d'ordre physique, et s'étonnera que les mathématiques, langage de la physique, puisse concurrencer la théologie, alors même que l'on peut déduire de celle-ci la relativité des vérités d'ordre physique et leur subordination à une vérité universelle supérieure. L'homme n'a pas accès à cette vérité universelle par la grâce de son propre esprit. Affirmer que "les mathématiques sont un langage de dieu", c'est parler comme un prêtre égyptien et avouer que Satan est le dieu qui préside au destin de l'Eglise romaine.

    Les artisans du culte illuminati ont pour vocation d'instaurer un culte solaire à l'échelle de la planète (les mathématiques peuvent passer aussi pour le seul "langage universel", alors qu'elles sont mondaines avant tout), sous couvert du christianisme.

    (A SUIVRE)

  • Pourquoi Montaigne ?

    Montaigne accouche d'une souris, c'est pourquoi il a beaucoup de succès dans le monde moderne, qui peut s'identifier facilement.

    L'homme moderne apprécie particulièrement les oeuvres du passé qui paraissent le justifier. La mauvaise peinture, par exemple, la peinture virtuose, qui lui semble annoncer le cinéma, et l'annonce effectivement. De tous les philosophes des Lumières, Diderot est le plus apprécié, car c'est le plus moderne ; c'est en effet celui qui s'est le moins émancipé de son éducation catholique. C'est un jésuite qui a senti le vent tourner ; on ne peut pas le lui reprocher, mais la manière dont Diderot raisonne est celle du clergé qui l'a formé.

    J'aime bien ce passage de Montaigne qui affirme que, se connaissant parfaitement lui-même, il connaît ainsi tous les hommes ; en principe cela met un terme au genre du drame psychologique.

  • Saint Francis Bacon

    Je lis quelque part que Francis Bacon détestait le droit, qu'il fut cependant contraint d'étudier, ainsi que les mathématiques (géométrie algébrique). N'est-ce pas suffisant pour soupçonner un saint homme chrétien ?

    Je note par ailleurs que les Américains vouent une sorte de culte à F. Bacon, comparable au culte rendu en France par l'institution à Montesquieu ou Descartes, quand bien même l'horizon des Américains ne dépasse pas les limites du droit et de l'algèbre, ce qui les rend aussi prévisibles que les personnes sentimentales.

     

     

  • De l'Impiété

    "L'impiété n'est pas de nier les dieux du vulgaire, mais de prêter aux Dieux les sentiments du vulgaire."

    Epicure

  • Pessimisme français

    Si la presse fustige régulièrement le pessimisme des Français, voire leur "cynisme", c'est parce que les journalistes se font un devoir d'incliner à l'esclavage.

    Les esclaves ne se doivent-ils pas d'être optimistes et d'avoir toujours espoir dans l'avenir ? L'espoir fausse autant la réalité que la perspective, cet art du mensonge.

  • De l'Athéisme

    "J'aimerais mieux croire à toutes les légendes de la mythologie, du Talmud et du Coran, que de penser qu'il n'y a point d'esprit dans cet édifice de l'Univers ; et si Dieu n'a jamais fait de miracle pour réfuter l'athéisme, c'est qu'il est réfuté par ses oeuvres normales. Il est exact qu'un peu de philosophie incline la pensée vers l'athéisme, mais que la profondeur philosophique la ramène à la religion. (...)" (Francis Bacon Verulam, "Essais")

    Dans ses essais, Bacon réfute la thèse moderne prêtant à certains philosophes de l'Antiquité des convictions athées. Il n'y a pas d'humanisme athée, d'une manière générale. Il est également abusif de qualifier la philosophie des Lumières d'athée.

    La culture bourgeoise moderne est un anti-humanisme. L'Eglise romaine porte la responsabilité de l'anthropologie moderne athée. Confiez le soin à quelques universitaires issus de l'université bourgeoise laïque de traduire Bacon, et ils s'empresseront d'en faire un précurseur de la conscience moderne dévouée à l'Etat, seule divinité devant laquelle le bourgeois s'incline respectueusement.

     

  • Mort de l'Art

    Comparé au constat de la mort de dieu, celui de la mort de l'art est bien plus alarmant pour la société, car la plupart des représentations de dieu ne sont en réalité que des représentations artistiques où l'homme entre plus en compte que dieu lui-même.

    De toutes les théologies assorties d'une doctrine sociale, on peut dire qu'elles ne sont pas des théologies véritables mais des idolâtries. L'interdit juif ou chrétien de l'art peut se comprendre comme la prohibition d'une représentation artistique de dieu, dont l'utilité est exclusivement sur le plan social. De plus la politique s'organise nécessairement autour de l'idôlatrie, qu'il s'agisse de l'idolâtrie de dieu, ou celle plus moderne de l'Etat. Napoléon a déploré la mort de dieu et de son usage politique afin de méduser les foules, selon la vieille théorie mystique de la monarchie de droit divin ; mais, au stade du déploiement de l'Etat bourgeois, la foi en un dieu omnipotent s'avère superflue.

    Nitche a conscience que ce qui fait la fragilité de l'art moderne est lié à la confusion entre le mobile scientifique et le mobile artistique. On peut ajouter à cela que la technique et son essor sont sans liés à cette confusion, car d'un ouvrage technique on ne peut clairement dire s'il relève de l'art ou de la science. La confusion de l'artiste moderne s'explique par le fait qu'il ne peut pas dire dans quel sens il exerce son art, ni la signification du "progrès" dont la société le fait le représentant de commerce. Il n'y a sans doute pas seulement chez un artiste comme Dali de l'ironie à ironiser sur sa vénalité, mais aussi un doute profond quant à la nature de son activité de thanatopracteur de la civilisation, à laquelle Freud n'a lui-même rien compris. L'ironie, c'est-à-dire le doute, reste le meilleur dans l'art de Dali, nonobstant sa mission de thuriféraire de la modernité.

    Nitche a su reconnaître dans la culture moderne une culture macabre - en cela c'est une culture féminine (les cultures décadentes le sont toutes).

    Le décret que Nitche prononce, non seulement à l'encontre du dieu des juifs et des chrétiens, mais aussi à l'encontre de la science métaphysique, est tout ce qu'il y a de plus logique, car l'art consacre le lien de l'homme avec la nature (c'est en cela qu'il peut être dit "satanique"), tandis que le christianisme, d'une part, comme la science, introduisent la critique du lien de subordination de l'homme à la nature. Seul le savant chrétien Francis Bacon Verulam (déchristianisé avec soin en France par la censure républicaine) a véritablement pris la mesure de cet enjeu, et qu'il n'y a pas de science véritable qui ne se donne pour but de triompher de la nature. Comme elle se contente d'opposer à la nature l'architecture, la musique ou les modèles mathématiques, c'est-à-dire l'artifice, en une sorte de tour de prestidigitation qui consiste à poser le primat du temps sur la matière, la science technocratique expose l'humanité à la catastrophe du retour de la nature au galop, épisode que les siècles passés illustrent déjà tragiquement.