H. Arendt tente de trouver un remède politique au totalitarisme. C'est la part la plus médiocre de son analyse, et en quoi elle n'est pas chrétienne. Un chrétien analysera le totalitarisme globalement comme une radicalisation de la politique. De même l'antichrist C. Maurras fait fausse route avec son slogan "Politique d'abord !" : la logique démocratique est plus politique encore que ne l'est la logique monarchique, c'est-à-dire plus hermétique à la métaphysique ; c'est au stade bourgeois ou démocratique que l'Etat acquiert la qualité de divinité supérieure.
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Sens de l'Histoire
L'éthique judéo-chrétienne pharisienne et l'usage de cette éthique par les élites démocrates-chrétiennes afin de subjuguer le reste du monde, est assez dissuasif de croire que l'histoire n'a aucun sens, ainsi que le prétendent quelques philosophes néo-païens.
Comment cette morale des faibles, judéo-chrétienne, nihiliste, peut-elle être l'éthique en vigueur dans les castes et les nations qui dominent le monde et l'ont asservi à ses besoins futiles, voilà ce que Nitche n'explique pas.
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Déclin et Chute
Les sages ont quelque chose d'inhumain, tandis que les fous au contraire sont trop humains. D'où vient que les cultes excessivement anthropocentriques comme la démocratie ou la théorie de la relativité tournent rapidement à la barbarie.
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Le nombre d'homme 666
Dans les temps modernes, la notion de "philosophie naturelle" s'est perdue au profit de concepts éthiques plus flous et arbitraires, dans lesquels les hommes vertueux n'ont pas de peine à reconnaître un signe de corruption ou de décadence.
Qu'est-ce donc que la philosophie naturelle ? Pour simplifier, disons que la philosophie naturelle est un cercle. Cette figure majeure de la géométrie, pour ainsi dire "divine", symbolise en effet au mieux la notion de philosophie naturelle, c'est-à-dire de sagesse issue de la Nature. Platon avait fait inscrire au fronton de son académie : "Que nul n'entre s'il n'est géomètre." Il aurait aussi bien pu écrire "666", car le cercle est le nombre géométrique, le nombre d'homme suprême - toutes les autres représentations abstraite de la puissance naturelle en dérivent.
L'anneau ou le cercle est donc le signe satanique par excellence. Il est humainement impossible de sortir du cercle, et jamais aucune institution humaine, politique ou morale, ne parviendra à le briser. Les temps modernes se moquent de Satan, comme le crétin qui a construit une digue élevée croit qu'elle pourra résister à une lame de fond.
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Du Totalitarisme
Hannah Arendt a tenté dans divers essais d'élucider le phénomène du totalitarisme, c'est-à-dire de la tyrannie moderne, qui au contraire de l'ancienne sait se faire aimer.
Shakespeare a fait mieux et plus tôt que tous les analystes ou adversaires du totalitarisme, puisqu'il a conçu une mythologie propice à faire tomber les écailles des yeux de celui ou celle qui le veut. Notamment Shakespeare montre comment une idée falsifiée de l'amour est au coeur de la tyrannie totalitaire.
Il y a à boire et à manger dans l'analyse d'Hannah Arendt. Shakespeare, lui, est on ne peut plus synthétique. Il faut dire que, pour un chrétien, la capacité de synthèse est surhumaine, c'est-à-dire qu'elle prend sa source dans le divin, exactement comme la loi naturelle émane du point de vue païen de Satan. L'anthropocentrisme débordant de la culture moderne nihiliste n'est donc ni satanique, ni chrétien. Le caractère indéfinissable du totalitarisme est précisément ce qui le rend insaisissable, tandis qu'il est beaucoup plus facile d'appréhender la tyrannie classique oedipienne, comme Moïse fit il y a plusieurs millénaires, identifiant à jamais celle-ci avec l'Egypte des pharaons.
Dans le passage ci-dessous, Hannah Arendt soulève le problème de l'histoire, du christianisme et de la civilisation moderne, d'une façon plutôt utile puisqu'elle décèle à peu près la ruse qui consiste pour l'Occident à prétendre incarner une sorte d'avant-garde historique. Cette ruse est une invention de l'Eglise romaine et des papes, reprise ensuite par des institutions laïques, qui tout en s'étant séparées de l'Eglise, ont prolongé la méthode et la ruse de leur matrice. Ainsi les "valeurs républicaines" revendiquées aujourd'hui par certains moralistes doivent beaucoup plus à l'Eglise romaine qu'elles ne doivent aux théoriciens et politiciens antiques.
"A cause de cette insistance moderne sur le temps et la succession temporelle, on a souvent soutenu que l'origine de notre conscience historique réside dans la tradition judéo-chrétienne [concept frauduleux en soi], avec son concept de temps rectiligne et son idée d'une divine providence [l'idée de "temps rectiligne" n'a aucun fondement chrétien, et la "divine providence" coïncide avec la "monarchie chrétienne de droit divin"] donnant à la totalité du temps historique de l'homme l'unité d'un plan de salut - idée qui contraste en effet aussi bien avec l'insistance de l'antiquité classique sur les événements et faits singuliers qu'avec les spéculations de l'antiquité tardive sur un temps cyclique [c'est l'idée de temps rectiligne qui est excessivement spéculative et fonctionnelle, comparée à celle de temps cyclique]. On a cité beaucoup de preuves à l'appui de la thèse selon laquelle la conscience historique moderne a une origine religieuse chrétienne et est née de la sécularisation de catégories originellement théologiques. Seule notre tradition, religieuse, dit-on, connaît un commencement et, dans la version chrétienne, une fin du monde : si la vie humaine sur la terre suit un plan divin de salut [une telle description, anthropocentrique et contredisant la Genèse, n'est pas authentiquement chrétienne - autrement dit, la vie humaine n'est pas plus sacrée du point de vue chrétien que du point de vue païen antique - elle l'est moins], alors son seul déroulement doit receler une signification indépendante de tous les événements singuliers et les transcendant tous. Par conséquent on en conclut qu'un "tracé bien défini de l'histoire du monde" n'est pas apparu avant le christianisme, et que la première philosophie de l'histoire est présentée dans le "De Civitate Dei" de saint Augustin. Et il est vrai que chez Augustin nous trouvons l'idée que l'histoire elle-même, c'est-à-dire ce qui a un sens et est intelligible, peut être séparée des événements historiques singuliers rapportés dans la narration chronologique. Il affirme explicitement que "bien que les institutions passées des hommes soient rapportées dans le récit historique, l'histoire elle-même n'a pas à être comptée parmi les institutions humaines." [le problème du totalitarisme réside très largement dans le fait qu'il est impossible d'accorder le plan politique à l'exigence historique du salut autrement que sous la forme de l'illusionnisme, dont la philosophie de Hegel est emblématique et le concept de temps historique rectiligne].
Cette similitude entre le concept chrétien et le concept moderne de l'histoire est cependant trompeuse. Elle repose sur une comparaison avec les spéculations de l'antiquité tardive sur l'histoire cyclique, et néglige les concepts d'histoire classiques de la Grèce et de Rome. La comparaison est encouragée par le fait qu'Augustin lui-même, lorsqu'il réfutait les spéculations païennes sur le temps, avait essentiellement en vue les théories cycliques de sa propre ère, qu'aucun chrétien en effet ne pouvait accepter à cause du caractère absolument unique de la vie et de la mort du Christ sur terre : "Une fois Christ est mort pour nos péchés ; et renaissant d'entre les morts il ne meurt plus." Ce que les interprètes modernes sont enclins à oublier est que saint Augustin a proclamé ce caractère unique d'un événement, qui sonne si familier à nos oreilles, pour cet événement seulement [on devine combien cet "oubli" est propice aux élites et aux mouvements politiques et culturels qui s'avancent derrière la bannière chrétienne] - l'événement suprême de l'histoire humaine, où l'éternité, pour ainsi dire, fait irruption dans le cours de la mortalité terrestre ; il n'a jamais prophétisé ce caractère unique, comme nous le faisons, pour des événements séculiers ordinaires. Le simple fait que le problème de l'histoire n'a fait apparition dans la pensée chrétienne qu'avec saint Augustin devrait nous faire douter de son origine chrétienne, et cela d'autant plus qu'il est apparu, selon les termes mêmes de la philosophie et de la théologie d'Augustin, du fait d'un accident.(...) [contrairement à la théologie démocrate-chrétienne des papes modernes, la "Cité de Dieu" d'Augustin fait référence pour étayer la notion d'histoire chrétienne à l'eschatologie évangélique. Augustin n'est ni premier ni principal dans l'explication de la conscience chrétienne, mais il est vrai que la scolastique médiévale constitue un recul par rapport à Augustin.]."
H. Arendt (In : "La Crise de la culture")
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Le prophète Adam ?
Je sursaute à chaque fois quand j'entends dire que, pour les mahométans, Adam est une sorte de prophète. Pour les chrétiens, Adam est plutôt un imbécile. Pour les Grecs, Adam c'est le benêt Epiméthée, qui tombe dans le piège de la vie.
Je ne comprends pas, à quoi bon se méfier des femmes si c'est pour honorer Adam qui ne s'en est pas méfié ? Les mahométans sont comme les catholiques romains, ils n'ont aucun sens du péché.
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Déphilosopher
J.-P. Sartre est curé en diable. Il a joué le rôle de prêcheur pour les ouvriers en manque de prêtres. Même quand il est athée, l'homme est indécrottablement religieux (surtout quand il a été élevé sous la mère).
Bernard-Henry Lévy poursuit l'oeuvre de Sartre en direction des téléspectateurs. Ceux-ci ne sont pas moins crédules que les ouvriers, mais ils sont plus mous ; c'est pourquoi BHL n'aura pas sa statue en bronze érigée dans un haut lieu symbolique de la foi et de l'espoir.
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Nietzsche et la Musique
La musique est un art allemand. Je parviendrai beaucoup plus facilement à démontrer à un Français que la musique, étant un art intellectuel, est un art mineur. Au contraire des Allemands et de leurs cousins américains, les Français ont beaucoup moins d'admiration pour les choses intellectuelles. En un mot, ils sont plus prudents ; de fait les grandes catastrophes modernes ont une dimension intellectuelle : la démocratie, pour ne citer qu'elle, est un concept entièrement forgé par des intellectuels au service de régimes totalitaires rouges, bleus ou noirs.
Bien qu'il lutte contre sa décadence, Nitche n'en est pas moins attaché à la musique. C'est ici la limite du discours de Nitche sur l'Antiquité, qui est assez largement théorique. La tragédie se situe en effet aux antipodes de la musique. De l'aptitude de l'Antiquité à écrire des tragédies découle son relatif mépris pour la musique, art beaucoup trop social, beaucoup trop religieux, beaucoup trop féminin, en un mot beaucoup trop allemand. A l'inverse il faudra à l'amateur de musique un effort pour se tourner vers l'art de la tragédie, dépourvu de la rassurante perfection de la musique.
On ne peut donc faire de la culture grecque ainsi que Nitche une culture païenne en harmonie la plus parfaite possible avec la nature. On observe que la limite d'Orphée, aussi héroïque soit-il, est montrée. Orphée ne parvient pas à relever le défi de ramener Eurydice du royaume des morts. Et Orphée est un musicien "positif", le contraire de notre cinéma moderne "négatif", qui exploite les émotions les plus basses, part du principe de la mort et non du principe de la vie comme Orphée ou Nietzsche. Nietzsche fait donc comme Freud : il accommode la mythologie antique à sa doctrine, tous les deux selon un axe "antisémite", c'est-à-dire qui consiste à occulter l'influence du judaïsme sur certains mythes grecs.
Nitche reproche au judaïsme et au christianisme d'être excessivement "anthropocentriques", souhaitant restaurer une anthropologie plus rationnelle - en réalité le judaïsme et le christianisme sont moins anthropocentriques que la culture de vie satanique ou païenne prônée par Nitche. Il n'y a pas d'anthropologie juive ou chrétienne possible - il y a seulement des pharisiens pour tenter de faire croire le contraire. Cette anthropologie judéo-chrétienne visée par Nitche comme un nihilisme ou un mouvement suicidaire de la culture occidentale, n'est en réalité qu'un platonisme déguisé en culte chrétien.
La synthèse impossible du christianisme et du bouddhisme n'est nullement le fait de Schopenhauer -cet amateur de musique-, mais de l'Eglise romaine bien avant lui, et peut-être même de l'islam encore auparavant.
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Procès de Céline
Un gouvernement un tant soit peu populaire ou révolutionnaire aurait tôt fait de réhabiliter Céline. C'est le caillou populaire dans la botte de la culture élitiste. S'attaquer au langage ou à la rhétorique, c'est forcément s'attaquer aux prêtres et à l'administration, pour qui les mots sont sacrés, car ils représentent un premier mur d'enceinte contre la plèbe, et sans doute le plus élevé. La culture n'est rien du point de vue scientifique, mais elle est tout du point de vue social. L'idée de "culture scientifique" indique un élitisme au stade démentiel.
On peut bien réhabiliter Céline, quoi qu'il en soit pour un esprit scientifique ni la censure publique ni l'éloge public n'ont de signification au-delà des circonstances du moment. Il suffit que le mot "socialisme" soit prononcé, pour qu'un esprit scientifique soit averti que l'on va parler de tout sauf de science, comme autrefois les esprits indépendants faisaient la grimace quand on parlait de religion.
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Dieu est mort
Extrait du chapitre de mon "Dialogue avec l'Antéchrist" consacré à l'athéisme de F. Nitche.
«Dieu est mort» : tout en contribuant à la renommée de son auteur, ce constat a donné lieu à une interprétation erronée de la doctrine de Nietzsche. Celle-ci n'est pas athée au sens moderne le plus courant, mais païenne ou antiquisante. Or l'Antiquité païenne n'a pas connu l'athéisme, mais tout au plus une certaine indifférence à l'égard de la théologie de la part de rares philosophes.
Nietzsche avance la thèse d'un escamotage de dieu imputable au christianisme. La "mort de dieu" indique le terme de cette évolution, au détriment d'une notion païenne authentique de dieu ou du divin. Paradoxalement cette translation de dieu de la Nature à la rhétorique a entraîné une tension religieuse plus forte. N. juge cette évolution néfaste, car excessivement aliénante et conduisant au nihilisme. La mort de dieu n’a donc pas pour conséquence l’irréligion, bien au contraire.
A l'opposé de Nietzsche se situe l'athéisme de Ludwig Feuerbach, dont l'influence sur la culture moderne est plus marquée, comme l'art moderne atteste, plus rhétorique (démonstratif) que l'art antique pris par Nietzsche pour modèle.
L'analyse par L. Feuerbach des rituels chrétiens («L'Essence du Christianisme»), d’où celui-ci déduit que la métamorphose de la théologie en anthropologie constitue un progrès de la conscience, contredit l'interprétation morale de Nietzsche. Cependant elle confirme sa thèse selon laquelle la culture moderne est comme «suspendue à la question de dieu». Le dieu chrétien hante la culture moderne comme un fantôme ; il a remplacé les dieux concrets, identifiables à la Nature, auxquels l’Antiquité rendait un culte plus sain.
Par ailleurs la démonstration de Hegel d'un progrès historique indexé sur les valeurs chrétiennes concorde avec l'élucidation par Feuerbach d'une religion chrétienne propice à l'émancipation de la raison humaine de la chrysalide de la théologie. Or la démonstration de Hegel tend à réduire dieu à un "concept historique". Perspectives et projets humains reçoivent grâce à Hegel l’onction chrétienne. Mais, que la référence chrétienne soit conservée (Hegel), ou bien qu’elle soit jugée démodée (Feuerbach), l’homme s’est hissé au rang des dieux sur la foi de sermons apparemment chrétiens.
C'est contre cette anthropologie chrétienne que l'athéisme de Nietzsche se dresse, afin de restaurer un culte moins fanatique.
Il reste à examiner dans un autre chapitre si la théologie chrétienne ouvre bien droit à un développement anthropologique, et si la suggestion d’un accomplissement du salut chrétien dans le temps a un quelconque fondement évangélique. La validité de la psychologie de l'histoire moderne selon Nietzsche, en dépend.