mardi, 04 décembre 2007
La Révolution contre L'Evolution
Mon pote H. insiste pour que nous allions visiter la Grande galerie de l'Evolution. Jusque-là j'avais dit non, comme un païen qui hésite sur le seuil d'une cathédrale gothique. Mais mon tempérament d'enquêteur a repris le dessus. Crachons par terre tout de même avant d'entrer.
Je suppose que c'est le buste de Lamarck qui trône au milieu. C'est toujours mieux que celui de Darwin. Lamarck aurait-il approuvé cette mise en scène macabre, ces squelettes d'enfants, ces foetus humains exposés à côté de ceux des singes et des lézards ? J'en doute. Lamarck n'est pas un homme du XIXe, c'est un moderne.
Tout ça est cousu de fil blanc. Même les dinosaures ont l'air truqués. Mélange de reconstitution et de fragments, les gros sabots de Kant, de Darwin, de Nitche. Où sont passés le naturalisme, l'esprit critique, la science de l'Occident ?
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Lévi-Strauss exprime au nom de l'ethnologie ses réticences vis-à-vis de l'évolutionnisme. Mais il en reste au stade du constat de fait. On ne peut pas demander plus à un libéral.
Les Etats-Unis ont subsisté sur les acquis de la science nationale-socialiste allemande pendant quarante ans. Ils croient qu'avec leurs dollars ils pourront débaucher en Inde, en Asie ou en Russie les meilleurs savants et entretenir l'illusion. Ils se trompent, seuls les médiocres trahiront. La science et l'humanisme authentiques se moquent de l'Argent.
A l'avenir les grandes découvertes scientifiques seront le fait des musulmans ou des orthodoxes. Crétins mélancoliques libéraux qui pensent que l'Histoire s'est arrêtée : Philippe Muray ou Tilinac.
05:10 Publié dans Journal intime | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : creationnisme, lamarck, darwin, levi-strauss
mercredi, 21 mars 2007
En rase campagne
Un des rares côtés amusants de cette campagne présidentielle, à laquelle les blogues ne font que donner encore plus d'épaisseur démagogique, c'est les citations des candidats. La démocratie exige quand même un vernis culturel minimum. Sarkozy déclare à Ségolène qu'elle n'a pas le monopole de Jaurès. Mais il hésite encore à citer Maurras pour piquer des voix à Le Pen. Frédéric Mistral serait une solution intermédiaire, d'autant plus que le régionalisme est à la mode. Le Pen, lui, frime en citant La Fontaine en vieux français. Il pourrait aussi citer Engels, qui a fait de beaux compliments à la France, mais les journalistes risqueraient d'insinuer que Engels était un officier SS. Le Monde a bien attribué un jour une citation de saint Jean à Adolf Hitler - deux abonnés avaient protesté. Besancenot évite de citer Marx, sa culture c'est plutôt "Pif gadget", pas facile à assumer en public - ou Tintin, mais Tintin est beaucoup trop facho… Bayrou, lui, c'est le successeur de Chirac, il évite de faire des citations, c'est déjà assez difficile de maîtriser son élocution comme ça. Il préfère laisser dire qu'il a écrit un bouquin sur Henri IV, qui prouve qu'on peut retourner sa veste avec panache. Bayrou c'est le candidat "poule au pot", il devrait se faire photographier la bouche pleine sur ses affiches, en train de banqueter avec des potes. C'est peut-être le carême qui le retient ? Pour défendre son slogan d'identité française, Sarkozy cite Lévi-Strauss. Ça c'est classieux, Lévi-Strauss, voilà que Sarkozy drague les bobos maintenant ? Il sait vraiment plus où il en est, notre "Candide à la présidentielle". J'entends parfois Ségolène se faire traiter de Bécassine. Même moi je n'oserais pas causer à une femme comme ça, surtout une femme qui porte le tailleur comme Ségolène, misogyne mais pas goujat. Se méfier de Bécassine - elle a les pieds sur terre, elle. Bien sûr l'identité française ça ne veut rien dire, c'est indéfinissable, un sujet de querelle infini. Jettez cet os à deux ontologistes, sûr qu'un an après ils le remâchent encore. Sarkozy veut draguer les électeurs de Le Pen, mais il les connaît mal, il se goure, il ne sait faire que du Mégret, c'est peu. Lévi-Strauss s'intéresse à des tribus primitives, sans archives historiques, circonscrites, homogènes racialement, qu'il est plus facile de saisir globalement qu'une grande nation "historique", et malgré ça les comparaisons et les conclusions de Lévi-Strauss restent schématiques. La preuve que l'identité française est un gadget de publicitaire, c'est que je n'adhère a priori à aucune des valeurs prétendûment françaises dont Sarkozy se réclame. Pourtant, dans la réalité, on est tous les deux Français, nos mœurs, nos goûts, ne diffèrent certainement pas beaucoup. Peut-être même préfère-t-il le cassoulet au goulash, comme moi ? Les avocats et les énarques ont vraiment le don d'inventer de ces bidules complètement inutiles ! Si Ségolène promet un peu de rigueur féminine, un peu moins de philosophie, je suis prêt à voter pour elle au second tour.
17:25 Publié dans Anti-journalisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : levi-strauss


