lundi, 21 avril 2008

Finissons-en !

Pour en finir avec Dieu, c'est le titre du dernier ouvrage de référence signé Richard Dawkins. Vu que ce pavé s'est déjà vendu à des millions d'exemplaires dans le monde, Flammarion s'est dit que ça ne pouvait être qu'une bonne chose de publier les derniers travaux de Dawkins en français, en évitant un titre trop raccoleur, comme il se doit dès qu'on quitte le terrain du journalisme pour entrer sur le territoire de la Science.

Les éditeurs français ne reculent devant rien pour faire bénéficier au grand public des derniers progrès de la Recherche scientifique où qu'ils se logent, la recherche en général, sur les origines de l'humanité en particulier, où c'est qu'il y a plein d'animaux, c'est plus rigolo. On est en démocratie oui ou crotte de bique ? On est dans un Etat laïc et républicain qui essaie de préserver les enfants de la superstition et du voile islamique, bordel, ou pas ?

 Dawkins est une sorte de Michel Onfray grand-breton. Si je les compare sur le plan scientifique, à vue de nez je donne un léger avantage au Britannique. "A vue de nez" parce que c'est encore la meilleure technique pour jauger les truffes.

Avantage léger, vu que Dawkins gratifie ses lecteurs tout au long de son bouquin d'arguments de ce niveau : "Newton se disait effectivement croyant. Comme pratiquement tout le monde jusqu'au XIXe siècle (ce qui en dit long à mon avis)." Avec des arguments comme ça, entre parenthèses, la science est VRAIMENT à la portée de tous (à mon avis).

Assassiner Dieu dans un bouquin tous les dix ans, ça semble le meilleur moyen que la bourgeoisie ait trouvé pour se rassurer sur sa toute-puissance.

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 Blague à part, deux remarques sérieuses à propos de Dawkins. D'abord la parenté entre les théologiens qui démontrent par A+B l'existence de Dieu et les athéologiens qui cherchent à établir par A-B qu'il n'existe pas, saute aux yeux. Comme dit Simone Weil, le pari de Pascal relève de l'autosuggestion et pas de la science expérimentale. Pascal = Nitche ; Dawkins = Thomas d'Aquin ; Onfray = mon curé démocrate-chrétien.

En même temps ce qu'il faut bien voir c'est que malgré sa légèreté dans le domaine des sciences humaines, Richard Dawkins est quand même moins crétin que son homologue évolutionniste yanki Stephen Gould, archétype du kantien inepte, de l'épistémologue forcené, que Dawkins ne peut s'empêcher d'égratigner au passage, respectant ainsi une vieille tradition anglaise de mépris de la science et de l'art étatsuniens, dissimulée derrière des gentlemen agreements commerciaux.

Car Dawkins postule que si Dieu n'a pas de réalité, si c'est juste une invention humaine, alors la recherche scientifique ne peut pas ne pas en tenir compte. Bravo ! A l'inverse, le scientifique qui croit dans l'objectivité de Dieu, comme Poincaré, ne peut se satisfaire de la théorie du hasard ou de celle du chaos, de la physique quantique mathématique "empruntée" aux nazis par les Yankis. Dawkins n'est pas un scientifique qui fait abstraction, volontairement, comme Gould, de la nature (à l'exception notable du panda).

C'est-à-dire qu'on doit au moins savoir gré à Dawkins de n'être pas un faux-cul de première comme Gould. Un faux-cul viscéral.

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Et puis j'ai quand même appris un truc dans le bouquin de Dawkins, qui s'est cogné de lire Mein Kampf dans le cadre de ses travaux, ce qui est au-dessus de mes forces.

Comme Drieu la Rochelle, Hitler relève la convergence entre Karl Marx et saint Paul. Je me dis que si Hitler a été capable de voir cette convergence, il y a une chance pour que Benoît XVI finisse lui aussi par s'en rendre compte et arrête de nous bercer avec saint Augustin, produit de la décadence de l'empire romain.

 

 

vendredi, 28 mars 2008

Triste Tropisme

Deux manières de comprendre le roman populaire de Pierre Boulle, La Planète des singes. Au premier degré, on peut le prendre pour un roman de science-fiction évolutionniste. Dans ce cas il faut plutôt le rattacher à Lamarck qu’à Darwin, étant donné que Lamarck postule le premier l’hérédité des caractères acquis, c’est-à-dire une évolution dépendante de critères sociaux ou politiques, qui amène chez Boulle les singes à se raffiner. L’hérédité des caractères acquis est aussi chez Darwin, pour la simple raison qu’il emprunte largement le principal de sa théorie à Lamarck ; mais les néo-darwiniens, en revanche, ont abandonné l’hypothèse lamarckienne d’hérédité des caractères acquis. Et ce n’est pas un hasard. À y regarder de plus près, Pierre Boulle, lui, contrairement à Darwin, postule plutôt l’idée d’une régression de l’homme vers le singe. Une hypothèse plus séduisante de mon point de vue créationniste. Je tiens Finkielkraut ou François de Closets, par exemple, pour des prototypes d’hommes-primates. Ils gesticulent, leurs jambes s’agitent, leurs mains tournoient, fouillent à la recherche d’un pou ; Surtout, ils émettent des sons mais ils ne disent rien. Si la fonction crée l’organe, comme croient certains, bientôt ils ne parleront plus. Plus rationnellement, il faut faire le distinguo entre la politique-fiction d’un côté - Pierre Boulle -, et la science-fiction - Darwin, de l’autre. La vertu de ce roman, La Planète des Singes, c’est qu’il révèle le caractère anthropomorphique de la prétendue “science” darwinienne. Quand un créationniste yanki attaque l’évolutionnisme, il le fait au nom de la religion, de la Bible. Un créationniste français, lui, c’est au nom de la SCIENCE qu’il attaque les superstitions néo-darwiniennes (Le démocrate-chrétien, lui, ne dit rien, il subit, se contentant de vagues discours moraux.)

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Pour comprendre que le néo-darwinisme n’est pas une science mais une religion, pour être plus précis un “moralisme”, ça demande juste un peu de bonne foi et un peu de liberté. Un effort pas si bénin par les temps qui courent. Un moyen de preuve simple, c’est de feuilleter un bouquin de l’évolutionniste Pascal Picq : on constatera qu’il n’est pas question de science mais de morale laïque. En gros l'évolutionnisme néo-darwinien remplit dans la religion laïque la fonction des mythes grecs, de L’Illiade et de L’Odyssée dans la religion païenne gréco-romaine. La preuve ? La preuve c’est que les créationnistes yankis et les évolutionnistes du monde entier se livrent une guerre de religions. Sur l’hypothèse scientifique, les créationnistes yankis et les évolutionnistes sont d’accord. C’est sur le mythe qu’ils divergent. Pour les néo-darwiniens, il n’y a pas de finalité, tandis que pour les créationnistes protestants, il y en a une, mais les uns comme les autres sont incapables d’apporter la preuve de ce qu’ils avancent. Même l’hypothèse de l’hérédité des caractères acquis de la science lamarckienne n’est pas infirmée par les hypothèses néo-darwiniennes. Il n’est pas prouvé que l’ARN-messager “encode” l’ADN de façon illogique. Le rejet de la science lamarckienne par les religieux néo-darwiniens est également probant. Pour le néo-darwinien F. Jacob, la Bible est entachée de lamarckisme (!?). On peut même distinguer la religion laïque “jacobine”, son grand-prêtre Richard Dawkins (ou F. Jacob, J. Monod), de la religion laïque “réformée” et son grand-prêtre Stephen J. Gould. Si Lamarck est l’héritier du matérialiste Francis Bacon, Darwin est l’héritier de l’idéaliste E. Kant, et les néo-darwiniens de Karl Popper. Si l’on prend le cancer au stade de la métastase, c’est-à-dire au “stade Popper”, on touche du doigt le néant scientifique ; à force de superposer des syllogismes, Popper parvient à postuler l’idée de causalité et à nier l’idée de but simultanément, ce qui en fait sans doute un des esprits scientifiques les plus bêtes que l’Occident ait connu. La recherche scientifique, avec Popper, se résout à une morale. “L’important c’est de participer”. Karl Popper est le Pierre de Coubertin de la science.
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Je me permets de faire observer aux esprits vifs qui m’ont suivi jusque-là que la faille de l’épistémologie de Popper, on la retrouve chez le fondateur de la religion laïque, à savoir l’athéologien Ludwig Feuerbach, qui, en même temps qu’il détruit systématiquement la religion protestante réformée, détruit la nouvelle religion laïque athée qu’il pense fonder sur le roc. On peut appeler ça “l’effet-miroir”. De mon raisonnement simple découle la supériorité du mythe grec païen sur le mythe néo-païen. Et découle aussi la supériorité de la politique-fiction de Pierre Boulle sur la science-fiction de Darwin. On peut même dire que le boullisme est un humanisme. Bien sûr, si vous dites que vous êtes “boulliste” plutôt qu’évolutionniste, ça fera ricaner les bobos autour de vous. Mais, comme on dit, “les singes hurlent, la science passe.”

lundi, 16 avril 2007

Un singe au Vatican

Beaucoup de bruit autour de Charles Darwin ces derniers temps à l’intérieur de publications assez sérieuses pour demeurer "confidentielles". Les nombreux bouquins de Stephen J. Gould (1941-2002) - le chaînon manquant pouvait dormir peinard pendant qu'il les écrivait -, continuent de faire débat ; Claude Allègre trouve le temps, en plus de nous prévenir contre les gesticulations de ce grand chimpanzé de Nicolas Hulot, de donner des cours d’histoire et de dégraisser la théorie de Darwin des préjugés que l’Éducation nationale a laissé croître autour négligemment ; et il y a même le pape qui vient de délivrer quelques phrases-clefs sur l’évolutionnisme et la Genèse à l’attention des dernières bigotes qui le lisent - environ cinquante personnes en France, dont votre serviteur. Et je viens de lire dans un mensuel plein d’ambition intitulé Reconquête un long entretien entre le Dr Xavier Dor et Cécile Montmirail - un patronyme plutôt "girond", mais c’est surtout le titre de l’article qui a capturé mon attention : Évolutionnistes contre créationnistes, la fausse opposition. Cette opposition est exploitée par des journaux à scandale comme Le Monde ou Présent ; mais il est si vrai que cette querelle est complètement artificielle, fabriquée, que l'"évolutionniste" S. Gould, dont personne n’oserait nier les titres et les compétences en paléontologie et en zoologie, notamment, accorde du crédit au discours créationniste. Car la conviction que certains mettent parfois à croire au singe est inquiétante ; si on leur dit un jour que nous serions plutôt issus de la moule ou de l'oursin que du bonobo, ne se sentiront-ils pas d'un seul coup orphelins ? Tous les discours raisonnables sont les bienvenus, et certains "créationnistes" sont raisonnables, dit en substance S. Gould ; ajoutons que Gould est très proche dans la démarche épistémologique de Benoît XVI ou de Claude Allègre ; lorsque Claude Allègre explique le danger que le consensus démocratique peut représenter pour le progrès, il se fait l’écho de Baudelaire (pas le Baudelaire au programme du baccalauréat, évidemment), esprit moderne et d’avant-garde s’il en est, honni pour ses jugements sociaux sévères et ses critères intellectuels cinglants.

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Quant au Dr X. Dor, dont il m’est arrivé d’éprouver la grande capacité d’écoute, d’être surpris qu’il ne s’irrite pas de mes boutades quelquefois impertinentes, je trouve son propos à la fois trop scientifique… et trop peu. Un peu "décalé", en fait. Pour synthétiser l’opinion du Dr Dor, il reprend en gros à son compte l’idée développée par Bergson d'évolution consciente ; "la conscience est consubstantielle à la vie" dit l’humaniste Bergson, pour qui la plus petite pâquerette est dotée d’une conscience ; ça paraît idiot comme ça, mais ça ne l’est pas plus que les "animaux-machines" de Descartes, auquel Bergson s’oppose ouvertement ; c’est amusant de le signaler vu que Descartes est un parangon de la raison, dont on a un peu tendance à nous rebattre les oreilles en démocratie. Le Dr Dor n'hésite donc pas de se dire catholique et "évolutionniste". Dans le détail, le premier de ses arguments à l’appui de ce credo, c’est l'"unité du monde vivant" - le fait que tous les êtres vivants ont un point commun, une signature commune, l'ADN. Je ne sais pas si X. Dor le fait exprès, mais cet argument est plutôt un argument "créationniste", car la ressemblance n’implique pas forcément l’évolution, le dynamisme. Dire, en présence d’êtres complexes et d’êtres plus simples qui ont des ressemblances, que les uns descendent des autres, c’est justement ce que les savants s’efforcent de démontrer à partir d’indices qui PARAISSENT significatifs, mais sans être parvenus encore à un taux d’indices suffisant. Il ne faut pas se hâter de conclure, surtout lorsque la réponse n’a pas un caractère urgent. Toute l’ambiguïté de la démarche scientifique, qui échappe au saucissonnage kantien, c’est que le chercheur fait simultanément un raisonnement intuitif complet, à cet égard l’imagination, le goût, l’éducation, le savoir historique sont utiles, et un raisonnement déductif, progressif et qui exige confirmation. Ne sont-ce pas l'évidence et la hâte qui ont entraîné Lamarck à cette erreur que le cou des girafes avait poussé pour leur permettre d’atteindre les feuilles des arbres et de paître plus à leur aise ? Une déduction trop rapide que Darwin n’hésita pas à reprendre à son compte, tant le désir de Darwin d'arriver était grand. L’erreur n’est pas seulement humaine, elle est scientifique, mais il ne faut pas en abuser. Ce n’est pas un hasard si tous ces gobemouches des médias, ces journalistes arrogants et vaniteux, ont emboîté le pas à Nicolas Hulot, comme les gamins de Hamelin se ruèrent à la suite d’un joueur de pipeau, tandis que des têtes un peu plus froides, scientifiques, au contraire, se montrent réfractaires à glisser sur la peau de banane écologiste.
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D’ailleurs, si cela était prouvé, que tous les êtres vivants sont issus successivement d’une même "matrice", en quelque sorte, il faut bien voir qu’il serait alors beaucoup plus difficile de faire un classement chronologique que, par exemple, de classer rétrospectivement dans l'ordre les cinquantes tableaux miraculeusement retrouvés, de la main d’un même peintre décédé sans laisser de testament. Xavier Dor comme Benoît XVI entendent démontrer que le créationnisme et l’évolutionnisme sont deux idées que l’on peut conjuguer fructueusement, ou, si l’on préfère, qui ne se nuisent pas l’une l’autre. C’est un discours d'apaisement. Le Dr Dor est pur, TROP pur ; ce n’est pas la première fois que je me fais cette réflexion à son sujet. En vérité, aucun des grands savants qui collectionnent les indices permettant de prouver un jour quelque chose n’est gêné en quoi que ce soit par le discours "créationniste". Ceux qui accusent les "créationnistes" de manipuler l’opinion ne sont pas de bonne foi. Il n’y a pas QU’UN SEUL discours de propagande, un seul mysticisme, celui des musulmans ou des sectes protestantes yankies - cqfd. Il y a d’autre part et d’abord la propagande de Darwin lui-même, son mysticisme, sa foi aveugle dans le singe. « La religion est l’un des plus grands fléaux du monde, comparable à la variole mais plus difficile à éradiquer. » : ce propos est de Richard Dawkins, un autre grand savant évolutionniste en pointe. Si ça ce n’est pas aussi un discours mystico-religieux, je ne sais pas ce que c’est… Se pencher sur la genèse ne doit pas faire oublier la Chute. Il n’y a plus d’homme qui s’avance avec des intentions complètement pures depuis cet événement. On n’est pas forcé de croire à cette histoire, mais dès lors qu’on y consent, la présomption d’innocence est contrebalancée par la présomption de culpabilité, surtout vis-à-vis des innocents aux mains pleines, des vertueux citoyens, toujours prompts à dénoncer les ténèbres de l’islam ou du Moyen-âge. Mieux encore que de cette vague "raison" dont personne ne peut dire exactement en quoi elle consiste, c’est de méfiance que le chrétien doit s’armer contre la prétendue neutralité laïque, que je n'ai pour ma part jamais rencontrée hors de pompeux traités de droit ou dans la bouche de braves crétins qui en étaient eux-mêmes les victimes inconscientes. Si les chrétiens persistent à tenir des discours de pandas naïfs, ils seront parqués dans des zoos et éliminés lentement mais sûrement par ceux qui les traquent. Je préfère être un chrétien méfiant, libre et sauvage !