Nue
(Ill. de H.)
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Je ne sais plus quel vieux raseur pontifiant, Edgar Morin je crois, un de ces sages comme l'Université en produit en série chaque année, s'inquiétait l'autre jour sur un plateau télé qu'il n'y ait plus aucun dissident aujourd'hui en France. Ce consensus général était pour lui signe de quelque chose.
Encore un qui doit lire "Le Monde", "Le Figaro" et "Libé" le matin entre deux croissants et qui s'imaginent que ces canards publicitaires retranscrivent fidèlement la réalité. T'as qu'à croire, Edgar !
Une amie me fait cette remarque impertinente que j’aurais tendance à me prendre pour le pape. Ça vaut toujours mieux que de se prendre pour le président de la République !
Elle réplique que je me prends AUSSI pour le président de la République !
Tant que les femmes vivront plus longtemps que nous, elles auront le dernier mot.
Du reste, je suis théoriquement éligible au trône de Pierre, qui n’est pas réservé à un cardinal ni même un ecclésiastique. La date du prochain scrutin et ses conditions sont entre les mains de Dieu, mais je ne vois pas ce qui pourrait m’empêcher de dévoiler les grandes lignes de mon programme à l’avance, pour ne pas être pris au dépourvu.
J.M. Keynes sur le plan de l'économie d'une part, et Max Weber sur le plan de la sociologie d'autre part, ont opéré un démantèlement de la synthèse marxiste. Ce démantèlement, qu'on peut qualifier de "récupération par la bourgeoisie libérale des principes marxistes", ôtent à Marx toute sa cohérence et par conséquent sa force. Ce n'est pas un hasard si Alain Minc, représentant de l'oligarchie libérale, a fait rédiger une biographie de Keynes, qui marque l'attachement de la classe dominante à des idées rétrogrades.
Les principes sociologiques de Weber et les principes économiques de Keynes, qui imprègnent toutes les politiques libérales, de gauche comme de droite, sont caducs ; ils ont pu faire illusion au début, alors que la mondialisation décrite et anticipée par Marx n'en était qu'à ses balbutiements. Marx, lui, a conservé toute sa modernité.
Pour donner la réplique à Finkielkraut, Frédéric Taddéi avait invité un universitaire communiste, Yves Quiniou. Celui-ci ne déshonore pas la pensée occidentale comme Finkielkraut, mais de là à dire que c’est une lumière…
J’ai moi même recommandé sur mon blogue le petit ouvrage de Quiniou qui combat quelques idées reçues sur Marx ; comme initiation, pourquoi pas. Mais Yves Quiniou est resté figé dans le marxisme des origines, il n’a pas évolué, ce qui pour un marxiste est impardonnable.
Yves Quiniou persiste contre la réalité à voir dans les religions, musulmane, chrétienne, une menace, une force d’oppression. Il est incapable de voir la réalité des faits. La plus grande religion aujourd’hui, c’est la démocratie, le républicanisme, et il l’a en face de lui : c'est Finkielkraut, imam démocratique qui diffuse ses principes décadents par tous les canaux médiatiques mis à sa disposition. Marx, vivant, n’aurait jamais fait preuve d’un tel aveuglement !
On observe également qu’Yves Quiniou défend ses principes avec une ferveur religieuse dont bien peu de prêtres catholiques sont capables dorénavant.
Yves Quiniou, en outre, se réclame de Marx ET des “Lumières” de la Révolution française. Ce n’est pas si simple. Marx considère Voltaire comme le sommet de la littérature… mais de la littérature bourgeoise. Un marxisme qui ignore les évolutions de l’histoire est un marxisme momifié.
Pour l’anecdote il y avait aussi Marcel Gauchet sur le plateau. Ce Gauchet est encore pire que Finkielkraut ; à la nullité il ajoute l’insignifiance. Tout au plus il est significatif de ce que la pensée démocrate-chrétienne n’est qu’un accessoire, un sous-produit de la pensée démocratique.
Je ne serais pas marxiste si je ne confessais pas ce vice que j'ai en commun avec Finkielkraut. J'aime bien m'écouter parler. De là à cultiver ce vice, il y a un pas que je ne franchirai pas.
Petit retour en arrière sur ma conversion au marxisme qui date d’il y a deux ans tout au plus. A dire vrai, j’ai toujours eu une conception marxiste de l’art, sans le savoir. J’ai toujours tenu les artistes contemporains pour des valets du capitalisme et l’artiste, au sens noble du terme, comme un artisan politique.
Mon retard à découvrir Marx, à trente ans passés (!), a plusieurs causes ; un préjugé religieux, d’abord : je croyais que Marx était un de ces athées stupides comme Nitche, à cause des idées assez fausses que le parti communiste propage sur Marx ; alors que Marx et Nitche divergent complètement ! C’est la mort de la philosophie que Marx décrète ou appelle de ses vœux.
Ce qu’il y a de séduisant au premier abord dans le marxisme pour quiconque a une « disposition artistique », c’est sa cohérence, comparé aux billevesées libérales.
Les artistes sont amoureux de l’ordre. Il n’y a qu’à regarder une eau-forte de Rembrandt pour le comprendre. Je suis persuadé que ce qui a dégoûté Baudelaire de la révolution, alors qu’il était proche de son principe, c’est l’anarchie qui en découla. Idem pour Delacroix.
Quand je tombe sur Finkielkraut à la télé, pas plus tard qu’hier soir, j’ai une réaction quasiment épidermique de rejet. Finkielkraut tient à la fois du caméléon, ses vues s’adaptent à celles de son interlocuteur ou aux circonstances, et de l’anguille pour sa façon d’éviter de se mouiller en faveur de tel ou tel, et de la volaille pour son arrogance et sa superficialité. En dernier ressort, lorsqu’il se sent acculé, et n’importe quel sous-réthoricien a les moyens d’engluer Finkielkraut dans sa propre toile, en dernier ressort Finkielkraut n’a qu’un seul argument, racial : « Oui, mais je suis Juif ! ». Au plan ethnologique un cas d’espèce intéressant à condition de surmonter son dégoût. BHL fait figure de Philistin « classique » à côté.
Mais une telle hybridation, si elle a un côté burlesque « médiéval », est trop révélatrice du degré de médiocrité de l’élite bourgeoise pour prêter à sourire franchement.
Le rapprochement s’impose entre Benoît XVI et Karl Marx. Peu ou prou ils sont nés dans le même berceau politique. Ils ont décidé tous les deux de sacrifier leur existence à un dessein supérieur, renoncé à une vie facile. Intérêt commun pour la philosophie, religieuse, politique. Deux hommes libres isolés au milieu les esclaves.
Comme Benoît XVI, Marx prône la raison, c’est-à-dire l’Occident. Or, raison et foi sont indissociables. C’est une évidence pour Benoît XVI, ça l'est également pour Marx : celui-ci était trop bien éduqué pour ignorer le rapport étroit qu’il y a entre la foi et la raison. J’ose dire qu’il le sait même mieux que Benoît XVI, car il y a moins d’angélisme chez Marx, qui eût de meilleurs maîtres que Joseph Ratzinger !
Le matérialisme politique que Marx apporte à la pensée de Hegel et qui lui confère toute sa force n’exclut pas la spiritualité authentique, à ne pas confondre avec l'idéalisme de pacotille que les libéraux introduisent dans le moindre discours, de l'inauguration de la piscine municipale au énième meeting de gynécologie bio, il n'est jusqu'aux pornocrates aujourd'hui qui ne justifient leur maquereautage par le combat en faveur de la liberté, des droits de l'homme et de la femme !
Dialectiquement, Marx a été forcé de mettre l’accent sur le matérialisme afin de combattre les "néo-hégéliens", comme un général est contraint de dégarnir son aile gauche lorsqu’il est attaqué par la droite.
Mais, de la pensée de Hegel, infectée d’angélisme kantien, ou de celle de Marx, durcie dans les forges d’Ephaïstos, c’est la pensée de Marx qui est la plus spirituelle. L’histoire l’a prouvé.
Aristote est le penseur grec le plus universel ; Marx le penseur européen le plus universel. Le catholicisme ne peut ignorer ces deux outils et continuer de se vautrer plus longtemps dans l’existentialisme, le maurrassisme ou le rousseauisme.
Bien que Benoît XVI s'exprime de façon ambiguë, certains indices laissent penser qu’il n’ignore pas complètement cet enjeu.
On comprend mieux maintenant l’engagement politique de Raphaël Enthoven contre Nicolas Sarkozy ; entre la droite saumon et la gauche caviar, il y a une brindille : Carla Bruni.
Après Cécilia et Laurence Ferrari, le goût du président pour les peaux de vache, les matrones, se confirme. Un masochiste ?
Au-delà de cette remarque existentialiste, on voit que Sarkozy est un petit malin. Il n’y a pas de carrière politique durable sous la Ve République, sans le support d’une classe sociale ou d’un bloc électoral à peu près stable. Mitterrand avait choisi intelligemment de s’appuyer sur les fonctionnaires ; et Chirac plutôt sur les agriculteurs “fonctionnarisés”.
Sarkozy, lui, a choisi la ménagère de plus de cinquante ans. Entre “Dallas” et “Les Feux de l’Amour”, il est à peu près sûr de la faire jouir.
Après tout, les ménagères de plus de cinquante ans valent bien les bobos que François Bayrou et Ségolène Royal se disputent. Elles ont le goût plus sûr et sont plus fidèles.
En plein Avent, le bon saint Nicolas Sarkozy s’est avisé qu’Ingrid Bettancourt ferait une dinde de Noël parfaite. Il faut faire vite car quelques cocktails au Fouquet’s et au Café de Flore seront nécessaires pour la remplumer.
Si au moins pour le Nouvel An païen elle pouvait être à point… Prions, mes frères !
La querelle entre BHL et Sarkozy, c’est :
« - Vas te faire voir au Café de Flore !
- Et toi, vas te faire voir au Fouquet’s ! »
BHL et Sarko sont les Gault et Millau de la politique ; même pas la classe, comme Proust, de fréquenter le Ritz. Décadents ET dépourvus de style.