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  • Le Retour d'Alain

    Au programme cette semaine à la télé : le retour d'Alain Juppé ; ça ressemble à une mauvaise blague, je me frotte les yeux, mais non, pas de doute, cette hyridation de la mâchoire de Chirac avec les locutions de Giscard, pas de doute, c'est le modèle Juppé, "tête de promo".

    Alain Juppé pense qu'il a un problème de communication ?! Du coup il se lance dans des demi-confidences sur les scènes de ménage entre ses parents, les bons conseils et les petits plats de sa légitime, en pensant que ça va nous intéresser et le rendre plus humain. C'est là qu'on voit que Juppé est à peu près dépourvu d'intelligence. Ce genre de truc ne marche réellement qu'à condition de s'épancher en détails réellement sordides, comme l'ont fait Yann Moix, Franz-Olivier Giesbert, et, le meilleur d'entre tous, Houellebecq, la bagarre animée avec sa daronne :

    - "Ma mère n'est qu'une pute, une gauchiste irresponsable..."

    - "Approche-toi un peu petit con que je t'en mette une bonne au coin de la gueule, pour t'apprendre à vivre !"

    Là ça fonctionne. Les confidences à moitié crapuleuses seulement, c'est crétin. Est-ce que Juppé s'imagine qu'une pute BCBG va raccoler comme raccole un pute normale ? Quant au registre du délayage d'une vie de fonctionnaire ou de rentier dépourvue de faits saillants, on peut penser qu'il restera à jamais l'apanage de Marcel Proust, et que ses fans ne le lâcheront pas pour Alain Juppé.

    Juppé n'a aucun problème de communication ; les Français sont juste parfaitement au courant désormais que l'élite politicienne est une élite autoproclamée ; que la "prospective" des experts-comptables est à peu près aussi foireuse que celle des cartomanciennes ; de ce point de vue, on ne peut pas en vouloir à Mitterrand d'avoir fait plus confiance à Elisabeth Tessier qu'à Jacques Attali ou Jean Guitton. Si Juppé arrivait à nous persuader qu'il n'est pas complètement dépassé par les événements comme ses collègues de travail, c'est là qu'il aurait un problème de communication ! 

     

  • De Jaurès à Le Pen

    - Si le Parti socialiste avait voté CONTRE l'envoi de troupes françaises en Afghanistan pour assister les Etats-Unis dans leur stratégie d'acheminement des "tankers" remplis de pétrole du tiers-monde pauvre vers le tiers-monde gavé, alors il pourrait reprocher à Le Pen de "récupérer" le pacifiste Jean Jaurès. Mais il a voté POUR.

    - Si le Parti socialiste avait un électorat populaire, et non un électorat composé en grande partie de fonctionnaires intéressés à la survie de l'Etat jacobin, et donc du capitalisme, alors il pourrait reprocher à Le Pen de comparer son parti à celui de Jaurès.

    - S'il est vrai que les "200 familles", pour reprendre l'expression de Jean Galtier-Boissière, manipulent indirectement le parti de Le Pen, comme elles manipulent indirectement le parti de Besancenot, quant au Parti socialiste, lui, c'est DIRECTEMENT qu'il est actionné par ces "200 familles".

    Qu'est-ce que le conseiller économique du PS, Jacques Généreux, trouve à dire à l'occasion de la crise ? Que "C'est la faute à Sarkozy" et que "Les courtiers en banque n'ont pas une morale très reluisante".

    1. "Exit" le constat que la crise correspond au schéma marxiste décrivant une concentration du capital entre trop peu de mains, cause que les banques sont CONTRAINTES de jouer à la loterie et gaspillent l'argent comme aucun service public n'oserait le faire, c'est-à-dire par paquets de cinq ou dix milliards d'euros d'un coup.

    2. "Exit" le constat que le capitalisme a été préservé jusqu'ici de l'absurdité totale et de la paralysie générale par la manne pétrolière et l'arme nucléaire, celle-ci étant un moyen pour tenir en respect le tiers-monde ouvrier - deux "faits extérieurs" que Marx n'avait pas prévus.

    3. "Exit" cette vérité que le PS a mené une politique capitaliste active, probablement encore plus efficace que celle des gaullistes, car plus rusée (Fabius et Rocard, par exemple, se sont montré des dirigeants capitalistes extrêmement habiles si on les compare à Alain Juppé ou Dominique de Villepin, François Fillon).

    Maintenant, ce que Le Pen comme le PS occultent carrément, et ce n'est pas le moins important, c'est l'Histoire : le fait que depuis Jaurès la division du travail à l'échelle internationale, mouvement centrifuge décrit par Marx et qui finit par arracher les rênes des mains des industriels capitalistes eux-mêmes ("Le pire ennemi du Capital c'est le Capital lui-même."), ce mouvement a mis fin à la lutte des classes en Europe. A vrai dire la fin de la lutte des classes en France remonte même avant Jaurès : elle remonte selon Marx à 1850, c'est-à-dire à l'élection par la France rurale de Napoléon III, représentant de la bourgeoisie industrielle ; on verra ce type d'élection bizarre se répéter ensuite : c'est le cas notamment de l'élection d'Adolf Hitler en Allemagne dans des circonstances qui rappellent celles de l'élection de Napoléon III. C'est le cas de toutes les élections à la présidence de la République sous la Ve. Il y a selon Marx, de la "classe sociale" au simple "sentiment d'appartenance à une classe sociale", un fossé historique.

    La crise mondiale qui replace Marx "sous les feux de la rampe" est-elle l'occasion de redécouvrir ou de découvrir Marx ? On voit bien que non. Les médiats, la presse, font tout pour que cela n'arrive pas. J'ai dû entendre au total à la télévision et à la radio depuis le début de la crise deux personnes qui tenaient un discours marxiste cohérent.

    L'Etat laïc n'a jamais eu d'ennemis plus acharnés que Marx et Engels puisqu'il n'est à leurs yeux en quelque sorte rien d'autre que la structure religieuse du capitalisme. On peut même voir qu'il y a deux structures religieuses successives ; celle qui correspond au capitalisme industriel, phase au cours de laquelle le discours religieux est tenu par les instituteurs et les professeurs, que Péguy (le vrai, pas celui de Finkielkraut) appelle "hussards noirs" ; et celle que nous connaissons actuellement, depuis que les "services" se sont substitués à l'industrie, phase où les hussards noirs ont été destitués de leur rôle moral au profit des journalistes et des médiats, le cinéma y compris. Pourquoi les hussards noirs ont-ils été destitués au profit de ceux qu'on appelle "journalistes", mais qui ne sont en réalités que des mercenaires. Tout simplement parce que vendre des services plutôt qu'une production industrielle, étant donné la nature subtile de beaucoup de services, impose de la part des médiats une ruse et des accommodements avec la morale et la vérité plus grands encore.

    Pour quelle raison le marxisme est-il donc malvenu jusque dans le parti d'Olivier Besancenot ? Parce que la science marxiste est extrêmement dérangeante pour une grande majorité de Français qui préfère largement se vautrer dans des petits discours existentialistes à deux balles. Qu'est-ce qu'un ouvrier français syndiqué aux yeux d'un esclave chinois ? Un privilégié, comme le patron de cet ouvrier. On ne pas demander à un esclave chinois d'entrer dans des nuances trop subtiles. Parmi les aristocrates privilégiés qui furent exécutés au cours de la Terreur déjà, certains étaient beaucoup moins privilégiés que d'autres. Quand la misère explose, elle ne fait pas dans le détail.

    Le combat marxiste ou même "jaurèsien" n'a donc plus de sens désormais qu'en faveur du "haschich-prolétariat" de banlieue et des esclaves qui, dans le tiers-monde, fabriquent pour les privilégiés des gadgets en plastique et alu.

  • Pourvu qu'elle soit une putain

    Comme Paul Lafargue le souligne, "amour vénal" rime avec "Capital" ; seul Tartuffe peut d'ailleurs feindre de l'ignorer désormais. Non que la prostitution soit inconcevable sans le Capital, mais le Capital est inconcevable, lui, sans la prostitution et la convention matrimoniale.

    "L'amour, la passion sauvage et brutale, qui trouble le cerveau, pousse l'homme à l'oubli et au sacrifice de ses intérêts, la courtisane le remplace par la facile, la bourgeoise, la commode galanterie vénale, qui pétille comme l'eau de Seltz et n'enivre pas.

    La courtisane est le présent du Dieu-Capital, elle initie ses élus aux savants raffinements du luxe et de la luxure ; elle les console de leurs légitimes, ennuyeuses comme les longues pluies d'automne." (In : "La Religion du Capital")

    Quoi de plus logique, dans cette voie de garage à bites, que l'idéalisation de la pute par la télévision publique ? Un reportage diffusé récemment renseigne sur l'évolution de la prostitution :

    - une pute "à l'ancienne" fait l'éloge de son métier, du contact avec le client, de l'évasion de métiers abrutissants qu'il permet, de l'incompréhension des "légitimes" qui ont d'autres chats à fouetter... bref, le discours du petit épicier contre la grande distribution. On en deviendrait presque poujadiste tellement la putain à l'ancienne est attendrissante et rappelle les descriptions amoureuses de putes par Drieu La Rochelle ou Picasso ;

    - la pute nouvelle, elle, travaille plutôt dans le porno, qui permet un meilleur rendement et une hygiène sans taches, de ne pas mourir étouffée sous le client ; la pute nouvelle génération est plus jeune, semi-professionnelle, parfois une étudiante qui se prostitue pour payer ses études et s'orienter ensuite vers un autre job. Elle tient un discours plus "froid", plus "marketing", celui d'un chef de rayon, avec des mots anglais pour bien montrer que la prostitution n'est pas en retard sur la technologie. D'ici qu'elle ponde un "mémo" avec des diagrammes et des courbes pour expliquer les parts de marché et les grandes tendances du plaisir, il n'y a qu'un pas.

    "Il est difficile pour un homme de demander à sa femme de lui pisser dessus, si tel est son bon plaisir." explique la pute traditionnelle dans le langage d'une pute qui n'a pas bac+3 et doit avoir du mal à rivaliser dans le domaine du sado-masochisme "high tech" avec ses consoeurs plus jeunes. La tendance à vouloir souffrir encore un peu plus au sortir du boulot ou du conjuguo, et non plus à prendre du plaisir comme au bon vieux temps, est elle aussi caractéristique du capitalisme. Si l'on réouvrait les camps de concentration, il y aurait pas mal de volontaires aujourd'hui, à en croire les putes.

    *

    Ce qui est frappant, et confirmerait encore si c'était nécessaire les vues de Charles Fourier*, Karl Marx ou Paul Lafargue, c'est l'évolution concomittante de la prostitution et du mariage depuis la fin du XIXe siècle. Ces deux institutions éminement sociales et fondées sur l'argent, le pouvoir, ont été peu à peu, depuis le XIXe siècle, recouvertes d'une épaisse couche de guimauve et de sentimentalisme. La prostitution et le mariage bourgeois ou petit-bourgeois, qui ont de toute évidence été modifiés juridiquement par les bouleversements économiques importants au cours du siècle et demi écoulé avant tout, -évolution vers le salariat "grosso modo"-, le mariage et la prostitution sont maquillés par la propagande capitaliste comme une voiture volée ou une mariée le jour de son mariage : le mariage est déguisé en "projet sentimental" ou "existentiel" ; et la prostitution qui en découle en "service social".

    L'éloge de la prostitution n'est donc rien d'autre en définitive que l'éloge discret du mariage. Le capitalisme ne détruit pas l'idéologie du mariage en réalité, mais la renforce bel et bien toujours plus, exactement comme il renforce la prostitution, même si les deux institutions ont de plus en plus tendance à se confondre dans le même sentimentalisme, et pas seulement dans les "parties carrées" qui permettent de faire des économies.

    Il est juste difficile de savoir ce qui est le plus grotesque, du "mariage-divorce" laïc, sorte de polygamie successive à l'usage des bourgeois, qui voudraient donner par-dessus le marché des leçons de morale sexuelle à l'Afrique (!), ou de sa version chrétienne, sorte de "mariage de droit divin" inspiré de la "monarchie de droit divin", qui se présente comme la muséographie ou l'archéologie du mariage ? Choix cornélien.

    On n'hésite pas dans la version démocrate-chrétienne à se référer, pour les plus ignares, à... l'"amour courtois", comme pour prouver que question mensonge et ignorance, le chrétien rivalise sans peine avec le capitaliste lambda.

    Le médiéviste Georges Duby a émis l'hypothèse ("Dames du XIIe siècle") que "l'amour courtois" n'était qu'une forme d'hommage indirect d'un chevalier à un autre, un témoignage (poétique) de vassalité. En somme, en tant que "manipulation politique", l'amour courtois ne serait autre que l'ancêtre du PACS. C'est plutôt cocasse. Ou encore il serait comparable aux éloges incessants de la presse à l'endroit de Carla Bruni. Comme si Sarkozy pouvait avoir un doute sur la servilité du corps journalistique.

    Certitude en revanche, et qui confirme l'hypothèse de Duby, rappelée par l'historien Denis de Rougemont cette fois : l'"amour courtois", qu'il soit réel ou du domaine exclusif de la propagande politique, se présente comme un éloge de l'adultère. Donc "grotesque", le mot est faible pour désigner le fétichisme démocrate-crétin.

    *

    C'est aussi ici l'occasion de rappeler que Karl Marx démontre dans la "Sainte Famille" que l'idéologie allemande, cristallisée dans la philosophie du droit totalitaire de Hegel, est en grande partie inspirée d'une idéologie de la famille et du mariage chrétien. Cette inspiration, qu'on peut résumer à la "génitalité" en réalité, trahit le caractère statique et fixe de l'idéologie de Hegel. Le fameux "progrès laïc" n'est qu'un point mort. Hegel ne se distingue qu'apparemment de Maurras ou Montesquieu ; il ne s'en distingue pas fondamentalement.

    C'est d'ailleurs faute de pouvoir expliquer l'évolution politique autrement que par un mécanisme, que Hegel invente son fameux "sein-dasein", mécanique ET ésotérique. Cet ésotérisme a produit la morale existentialiste capitaliste, aussi sûrement que l'algèbre mène à la spirale et n'appartient plus au domaine de la science dès lors qu'elle n'est plus un simple outil mais commence à engendrer des théories (c'est le cas dès Kopernik).

    La morale existentialiste, divisée en autant de chapelles et de curés qu'il faut pour satisfaire la demande, allant du plus stupide, l'existentialiste nazi d'Heidegger et sa poule Hannah Arendt, au plus ambigu et au plus profond, l'existentialiste Louis-Ferdinand Céline, qui n'est pas un simple touriste et dont la profondeur passe par les bas-fonds, à qui il doit plus qu'aux gratte-ciel, et qui "rachètent" sa poésie ; Céline qui ne se paye pas que de mots.

    L'analyse poussée de Marx permet de comprendre que cet existentialisme n'est autre que la morale totalitaire par excellence. Il permet de comprendre son paradoxe fondateur et son caractère binaire et successif. Et pourquoi même l'épicurisme est une philosophie plus raffinée, puisque l'existentialisme s'efforce de ramener Hegel au niveau moral, au niveau du figuier, l'arbre de la connaissance du bien et du mal dont le sado-masochisme est l'ultime fruit, alors que ce niveau moral, Hegel, malgré toute sa bonne volonté, ne l'a jamais dépassé. Jamais Hegel n'a compris la forme. Il a juste anticipé le cinématographe.

    Epicure procède de la même façon avec Démocrite, mais il le fait sciemment. Marx a donc appliqué l'analyse aux analystes et il en est sorti de l'eau de boudin, baptisée pompeusement par l'université "Philosophie".

    Dans l'idéologie totalitaire de Hegel, je précise que c'est l'Etat qui joue le rôle de la femelle, et l'"homme de la Providence", pour reprendre la terminologie de Hegel, Napoléon, Bismarck, Napoléon III ou Hitler, joue le rôle du mâle fécondant. C'est à ce niveau qu'il faut d'ailleurs situer le mythe d'Oedipe, et non au niveau du drame bourgeois, étant donné qu'on voit bien que l'Etat totalitaire est non seulement une femelle, mais qu'il est aussi une matrice. Louis XIV a beau dire : "L'Etat, c'est moi", on voit bien qu'il n'en est rien et que cette mante religieuse a fini par le bouffer.

    *A propos de Charles Fourier, il faut se défier des inepties à son sujet de l'écrivaillon bourgeois Pascal Bruckner, qui fait pratiquement dire l'inverse de ce qu'il dit à Charles Fourier. Ce bourgeois "rive-gauche" qui n'a cessé de déverser pendant vingt ans ses idioties dans les médiats a d'ailleurs bâti sa réputation de romancier sur l'éloge de la prostitution.

     

     

  • Internet et la censure

    Internet commence à poser des problèmes au gouvernement  de Sarkozy. D'une situation où l'UMP s'était adjoint les services du crétin blogueur-vedette Loïc Le Meur, on est passé assez rapidement à une situation de "dissidence larvée" des blogues qui commence à poser un problème institutionnel, ne serait-ce qu'à cause des millions qu'un gouvernement démocratiquement élu, quel qu'il soit, au moins depuis Goebbels, est obligé de dépenser dans la propagande, rebaptisée "communication".

    Autrement dit à quoi sert "Le Point", à quoi sert "Le Monde", si les blogues contredisent pour pas un rond des journalistes grassement payés à bourrer le mou de l'opinion publique dans TOUS les domaines.

    Et la situation de la France est plus "avancée", dans la mesure où le nombre de blogueurs est très supérieur à celui de tous les autres pays, compte tenu de l'individualisme des Français et de leur niveau élevé d'équipement (tous les services gouvernementaux répètent en boucle depuis cinq ans que les gamins qui n'apprennent pas à se servir d'un ordinateur sont voués à l'arriération mentale, contre la plus élémentaire vérité que l'humanisme vrai se passe aussi bien d'ordinateurs que de la machine à calculer de Blaise Pascal.)

    On avait prévu les profits de la pornographie en ligne (l'essai du "Minitel rose" aidant), ceux des services marchands, même s'ils s'avèrent beaucoup moins juteux que la traite des Hongroises ou des Slovaques par dizaines de milliers, mais on ne se doutait pas qu'il y aurait des blogueurs, autant de blogueurs.

    Surtout on ne se doutait pas qu'ils ne se contenteraient pas tous de recopier les articles de "Libé" ou du "Figaro" tels quels, ou de commenter le dernier épisode de "Plus Belle la Vie". On ne s'attendait qu'à des blogueurs dans le style de Jean d'Ormesson ou de Laurent Joffrin.

    Bien sûr les blogues sont "a priori" beaucoup moins dangereux que des radios ou des télévisions libres, susceptibles d'ameuter rapidement des foules d'auditeurs. Mais on peut poser l'axiome suivant que, dès l'instant où la vérité sera publiée sur internet et que cette vérité sera accessible facilement à travers le dédale de "sites" (la "Propaganda Staffel" en est réduite, paraît-il, à acheter des mots-clé dans "Google" pour tenter d'étouffer la contradiction !), un groupe de députés réclamera alors qu'une forme de censure efficace soit mise en place sur le ouaibe, car les blogueurs ne vérifient pas leurs informations, tandis que les baveux officiels, eux, disent la vérité, toute la vérité et rien que la vérité que le ministère de l'Intérieur leur livre gratuitement. Jamais un bobard dans la presse officielle. Ou très peu. Si peu que les lecteurs ne s'en rendent même pas compte.

    Il y a un an ou deux, la journaliste de télé Marie Drucker s'inquiétait qu'on puisse parler librement sur internet de la choa, jusqu'à débattre de ses modalités ou de ses mobiles, auprès de Serge Klarsfeld, célèbre chasseur international de nazis. Comment pouvait-il laisser s'ébattre tous ces petits Le Pen librement sans rien faire ?

    Celui-ci lui fit cette réponse tolérante que les discussions sur le ouaibe peuvent être assimilées à des correspondances privées. Je signale de nouveau cette "jurisprudence" à l'attention de quiconque serait attaqué en justice pour des propos tenus sur internet et "passant la mesure" de ce qu'on peut écrire dans un pays démocratique, libéré de son passé clérical et monarchique, où brille le soleil de la liberté d'expression.

    Serge Klarsfeld n'est pas magistrat, ni rabbin, ni curé, certes, mais sans conteste il fait partie des plus hautes autorités morales du pays et il est un des défenseurs de la communauté des Français la plus sensible aux attaques et à l'humour noir. Faut bien sûr pas se faire trop d'illusions. Un chasseur de nazis qui ne changerait pas d'avis ne serait qu'un imbécile comme tout le monde.

    Comment elle fait cette phrase de Voltaire, au fait. Ah oui : "Je ne suis pas d'accord avec vous, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ?" Une référence un peu dépassée. On venait alors à peine de sortir du Moyen-âge.

  • Printemps des antipoètes

    Minorité impuissante et asservie de mon pays ! Artistes brisés par lui, hors-la-loi, égarés dans les villages, on ne vous croit pas, on parle contre vous.

    Amoureux de la beauté, affamés, contrariés par les systèmes, impuissants contre le Pouvoir, vous qui ne pouvez pas vous épuiser à trouver le succès, vous qui ne pouvez que parler, qui ne pouvez vous astreindre à la réitération ;

    Vous les trop subtils, brisés par le faux Savoir, vous qui savez par instinct, on vous hait, on vous écarte, on ne vous croit pas :

    Apprenez ceci :

    J'ai affronté la tempête, j'ai fait taire mon exil.

    (Ezra Pound, antipoète maudit.)