C’est seulement rendu aux trois-quarts de ce roman de Félicien Marceau que je saisis enfin qu’il est censé se dérouler aujourd’hui, lorsque le téléphone portable de François sonne dans sa poche, le trahissant. Je croyais que nous étions en 1960. C’est cette politesse dans les manières et le langage des protagonistes qui m’avait abusé. Il y a comme un hiatus.
Dans le même genre de roman futile, je préfère celui de Patrick Besson : Lettre à un ami disparu.
Besson s’embarrasse sans doute un peu trop de considérations psychologiques, mais certaines, à mon goût, ne manquent pas de saveur : « Il était paresseux. Il avait beaucoup de mal à se lever le matin et le chocolat, surtout quand il le préparait, lourd, sucré et crémeux, n’a jamais donné à personne le désir de conquérir le monde. Il donne plutôt celui de se recoucher. »
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Lourd, sucré et crémeux
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Plateau ciné
J’irai pas voir La Chute de Hirschbiegel au cinoche. À mon âge, on préfère peloter les filles en pleine lumière plutôt que dans une salle obscure puant le pop-corn. Et puis j’aurais trop peur de me raser. Ferdinand Céline ne manquait pas de discernement en général, mais, question cinéma, il s’est sacrément gourré, lui qui prédisait un avenir mirobolant au “septième art” ; cinquante ans plus tard, un bon bouquin reste cent fois plus concentré en émotions et en images qu’un bon film, dès lors qu’on a un peu d’imagination.
N’empêche, sommes-nous meilleurs que les Allemands qui ont élu Hitler ? Si les films de Claude Zidi, de Gérard Oury ou de Steven Spielberg ont éclairé votre enfance, alors il y a des chances que vous trouviez cette question un peu incongrue… Pourtant, c’est J.-J. Goldman en personne qui l’a posée le premier ! Et ce faisant, même s’il ne répond pas à la question - après tout un philosophe peut-il faire mieux que poser les bonnes questions ? -, Jean-Jacques ouvre une brèche dangereuse dans le Dogme. Le Dogme, c’est : on n’a jamais et on ne pourra faire pires salauds, pires monstres, pire nazis que les Allemands.
« Si j’étais né en 17 à Leidenstadt,
Sur les ruines d'un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j'avais été Allemand ?… »
Le doute n’était pas permis jusque-là.
Sommes nous meilleurs, même, que nos grands-parents ? Qui s’illustrèrent par leur lâcheté pendant l’Occupation. Nos grands-mères surtout, qui, au lieu de se révolter contre toute la barbarie contenue dans un seul peuple, le peuple allemand, et d’aider les Juifs à fuir en Amérique, n’ont rien trouvé de mieux que de collaborer à blouses rabattues avec les forces du Mal.
Autrement dit, si un génocide avait lieu en ce moment, comment réagirions-nous ? Les films de Claude Lanzmann, les promenades scolaires à Auschwitz nous ont-ils fait mûrir un peu ? Si pour des raisons économiques et sociales, par exemple, car la barbarie s’avance souvent masquée derrière des raisons économiques et sociales, on décidait de nier le statut d’être humain à une catégorie de la population, voire de s’en débarrasser, nous élèverions-nous contre ce crime abominable ?
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Vague à lames
Ce raz-de-marée indien, c’était vraiment de l’extrait d’apocalypse !
J’avoue, j’ai guetté le signe de Jonas, mais il ne s’est pas passé trois jours avant que Kouchner ne débarque sur les ondes radio pour aider ses concitoyens à prendre la mesure du cataclysme – avec sa gueule d’acteur politique poudrée de riz, préparant les prochaines élections.
Parions qu’à l’heure de la parousie, plus difficile à prévoir par nos satellites modernes qu’un cyclone, un tremblement de terre ou une journée ensoleillée à Brest, il y aura des bobos pour se saisir de leurs caméscopes et zoomer sur les quatre cavaliers de saint Jean. Comme ces touristes en slips vautrés sur les plages de Thaïlande et d’ailleurs, filmant la déferlante qui va les engloutir. Sous hypnose.
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Scène de ménage
Percutante, la campagne du Secours populaire contre la violence “maritale” ! Quel esprit ne sera pas frappé par ces affiches, dans le métro, qui disent en un ou deux dessins toute la haine d’un mari pour sa femme (ou d’un mec pour sa meuf, à la rigueur, mais c’est surtout les femmes mariées qui trinquent avec leurs moitiés alcooliques, si l'on s'en tient aux statistiques). Les dessins sont d’un certain Davis, pas de Vuillemin, comme c’est dommage…
Je me demande si le Secours populaire vient aussi en aide aux bourgeoises battues par leurs maris, sans distinction de classe, malgré leurs sacs Hermès et leurs talons-aiguilles (qui peuvent servir à se défendre) ? Paraît-il aussi que la violence conjugale n’est pas l’apanage de la femme pauvre. Eh oui, qu’on se le dise, histoire de mettre un poing sur des cris, tous les hommes sont des salauds en puissance ! Depuis la nuit des temps, ils préfèrent la bagarre aux persiflages, c’est plus fort qu’eux, sans qu’on parvienne tout à fait à les refaire à l’image de leurs faibles femmes.
Alors que faire, Mesdames, Mesdemoiselles ? Épouser une tapette ? Aïe, non, c’est impossible, car si cette espèce rare est aimable, cultivée et élégante, dans son immense minorité respectable, vous le savez bien, hélas, vous n’avez pas l’heur de lui plaire… Reste plus que le close-combat… ou le célibat.
Si j’avais mis un coup de castagnettes à Isabelle le jour de son anniversaire, c’est sûr je serais passé pour un beau salaud, d’autant qu’elle n’a rien fait ce jour-là de septembre pour me déplaire, au contraire. De toute façon, comme les vraies brutes, je sais bien que c’est au ventre qu’il faut frapper – c’est très efficace et ça ne laisse pas de trace, comme une bonne lessive.
Une fois n’est pas coutume, je prends le risque de vous choquer ; en effet, je crois qu’il y a pire qu’une femme battue, c’est, je vous le donne en mille… un homme battu ! Eh oui, car aux bleus vient s’ajouter l’humiliation de se faire tabasser chroniquement par une femme. Un homme battu, on en ricane dans les chaumières et même dans les appartements en ville, voyez-vous. Pas question d’avouer ça. L’homme battu reste seul avec sa plainte.
J’ai longtemps douté de l’existence des hommes battus ; plus maintenant, puisqu’il en est au moins un, autour de la bibliothèque que je fréquente (le moins souvent possible), un qui placarde des affichettes poignantes sur les murs, depuis des mois sans se lasser, témoignant de son cas douloureux. Ce pauvre bougre me fait vraiment pitié et je l’inviterais bien à noyer son chagrin dans un verre en ma compagnie si je le surprenais en train de coller, mais il doit faire ça la nuit, je suppose, pour pas se faire poisser. -
Scène de douche
Ah, les Parisiennes sont enfin de retour ! Il était temps ! Les jolies femmes fêtent Noël en province mais le Jour de l’An à Paname, apparemment.
Mon frère m’a offert un joli slip de bain à Noël, aux couleurs de l’Empire prussien, car l’ancien commençait à être usé sur la raie des fesses. C’est toujours là que les slips de bains s’usent d’abord. Paradoxe qui m’interpelle.
Je l’ai étrenné hier à la piscine de la Porte Dauphine. Où j’ai été témoin, dans les douches mixtes, d’une scène qui m’a ému.
J’observe la fillette de quatorze ans en bikini qui se savonne en face de moi, avec son approbation muette - un grand sourire mutin -, et je m’apprête à lui adresser un clin d’œil admiratif alors qu’elle n’est pas tout à fait à mon goût, en fait, pas assez formée, mais pour étoffer un peu son capital confiance, quand je remarque que son voisin, un tout petit Hindou, bande très dur. Sous son caleçon élastique qui ne masque rien de son état, je vois sa bite se tendre à l’horizontale. Il n’éprouve aucune gêne. Il vient même quémander un peu de savon liquide, que la fillette lui verse au creux de la main, en se gardant tout de même de toucher du doigt l’intouchable, puis l’Hindou retourne sous son jet, toujours raide comme l’envie. C’est peut-être son état normal ?
La fillette pouffe un peu en me regardant, me prenant à témoin. De quoi ? De son innocence ? L’Hindou aussi a un petit rire aigu. Je suis bien obligé de m’esclaffer à mon tour. C’était charmant. Et si la piscine était le dernier havre de liberté ? -
Cause toujours
Moi qui pensais être débarrassé d’Alain Juppé pendant quelques semaines… Il n’y a guère en effet de politicien qui me dégoûte plus que cet homme de fer qui plia comme du carton, que ce Sancho Pança maigre droit dans ses bottes. À part Michel Noir, peut-être.
Dès ce matin, je déchante en entendant la radio annoncer la création du blogue d’Alain Juppé. Et merde. Juppé est adoubé par un certain Loïc Le Meur, présenté comme une sorte de pionnier, ou comme le pape de la blogosphère, qui m’a l’air de n’être en fait qu’un bobo pontifiant de plus. Ce gugusse-là, qui a “rendu service” à Jean-François Coppé et Dominique Strauss-Kahn en les introduisant dans la blogosphère - merci bien - oublie volontairement l’essentiel sur les blogues dans son petit topo à la radio. Il oublie de dire que tout l’intérêt de ces petites tribunes, c’est qu’elles sont ouvertes à d’autres “citoyens” que ceux qui sont invités tous les quinze jours à la télévision, à la radio ou dans Le Monde, à rabâcher les vérités officielles.
Les blogues d’Alain Juppé, de Strauss Kahn et tutti quanti, ne sont que de vulgaires tracts. Quel intérêt y a-t-il à entendre Juppé dire toute l’empathie qu’il a pour les handicapés, exprimer toute sa compassion pour les victimes des raz-de-marée, etc. ???
Le seul intérêt de ces blogues politiques, c’est qu’ils font faire des économies de papier au contribuable. Bien sûr, je blague, car ces économies pèsent peu au regard des dépenses électorales démentielles engagées par Alain Juppé au cours de sa carrière.
Profitons-en pour botter le cul à la casuistique éthico-juridique que les journalistes-auxiliaires du pouvoir nous resservent régulièrement sur l’absence d’enrichissement personnel. Distinguer les affaires privées des affaires publiques n’a guère de sens en général, encore moins quand il s’agit des affaires d’un politicien. Si Chirac tient la télécommande aujourd’hui, c’est grâce à son parti, doté illégalement. Toute l’ambition personnelle de Chirac depuis sa plus tendre enfance, devenir Président, ainsi l'a-t-il satisfaite.
La corruption a toujours existé, dans tous les régimes, sous toutes les latitudes. Mais jamais auparavant on avait autant pris les Français pour des cons. Flattez le peuple et bientôt vous le méprisez. -
Propos "comme si"
Comme si de rien n’était, comme si les clochards ne crevaient pas de froid aux coins des rues, refusant de se faire embarquer par la milice du SAMU social.
J’étais décidé à dire du mal du Père Noël, cet ignoble saint laïc, mais je dois avouer que le rituel des cadeaux m’amuse plutôt. Cette année, par exemple, j’ai interverti par mégarde les cadeaux de mes deux copines en les postant. Ce qui a posé un problème… de taille. Au point qu'elles m'en ont voulu, ces idiotes, refusant même de faire l'échange. Tant pis pour elles. D'ailleurs, je n'aime pas les jalouses… Adolescent, j’étais moi-même très jaloux. Au point de démolir à coups de tatane la porte d'une copine, fermée à clef, que je soupçonnais de fricoter avec un autre type à l’intérieur. En fait, il n’y avait personne, et je me suis trouvé con. D’un seul coup je me suis retrouvé vacciné contre la jalousie.
Moi, un cadeau qui m’aurait fait très très plaisir dans ma chaussure, en dehors d’une jolie vierge bien disposée à mon égard, mais comme le Père Noël n’existe pas, je ne m’y attendais guère, c’est un dévédé des meilleurs épisodes de Strip-Tease, l’émission belge “qui déshabille ses contemporains”. Mais, la maison de production MK2, qui s’est avisée que ce serait un bon coup commercial de mettre ça sur le marché, a sélectionné les épisodes les plus mauvais, les plus politiquement corrects, alors que l’intérêt de ces reportages, c’est qu’ils bouleversent drôlement les idées reçues, le plus souvent. Surtout les premiers, de Marco Lamensch.
Bref, au lieu d’une anthologie, c’est une vraie coprologie que ces crétins de MK2 ont déversée dans les bacs (du grec copros, le caca, et lalein, choisir).
Pour éviter d’être tué par un tsounami, emportez toujours une planche de surf avec vous à la plage, comme moi. Et j'aimerais bien qu'on arrête de dire tsounami pour parler d’un raz-de-marée, l’exotisme a déjà fait suffisamment de morts comme ça !
Quant à Houellebecq, s’il est en panne d’inspiration, faut qu’il se dépêche de prendre un avion pour Phuket pour récolter là-bas matière à un nouveau roman. Avant Yann Moix et Adrien Zeller, qui prendront le vol suivant.
Quelle leçon pour Hollywood et ses films catastrophes, ce raz-de-marée indien. Je ne pourrai plus jamais regarder un de ces divertissements sans le trouver complètement bidon.
Il y a beaucoup moins de jolies femmes dans Paris entre Noël et le jour de l’an. J’en tirerais bien des conclusions, mais je n’ai pas le cœur à ça.
Sinon, je suis d’accord avec Patrick Besson, Brad Pitt, quarante et un ans, aurait mieux fait de s’abstenir de se faire lifter. Les chirurgiens savent peut-être retendre les tissus, mais pas sans bousiller les expressions. Avant, Pitt ressemblait à un chimpanzé (un beau chimpanzé, si vous voulez, mesdemoiselles) ; maintenant, on dirait qu’il porte un masque de chimpanzé.
Mes propos manquent un peu de liant. Je l’impute à tous ces grands crus que je viens de boire et qui m’imprègnent encore. À moins que ça ne soit le froid ? Car le froid, c’est pas bon pour les sauces. -
Concours d'hypocrisie
J’ai enregistré la dernière émission d’Ardisson. Elle n’a pas lieu en direct, de toutes façons. Je la regarde hier soir en rentrant du boulot, après m’être servi un verre de Sauterne. Isabelle m’a demandé de couper la télé vendredi alors que je m’apprêtais à regarder Tout le monde en parle. Elle ne supporte tout simplement pas le public [de bobos] qui applaudit, rit et chante sur commande derrière Ardisson. Complètement bobotomisés. On leur demanderait de montrer leur cul, ils le feraient volontiers pour passer à la télé. Elle a raison, c’est vrai qu’ils font pitié à voir.
Concours d’hypocrisie entre Dieudonné et Ardisson, qui revient sur le sketche antisémite de “Dieudo” chez Fogiel. Ardisson, lui, choisit le camp du génocide juif bien sûr, c’est le plus sûr pour un animateur télé. Il dit “chambre à gaz” distinctement pour que tout le monde comprenne bien qu’il n’est pas révisionniste et qu’il ne ferait pas de mal à un Juif. Il fait semblant de pousser “Dieudo” à regretter. Mais on sent bien que le plus regrettable dans tout ça, pour Ardisson, c’est que Dieudonné ait fait ça CHEZ FOGIEL.
Dieudonné, lui, va se mettre à l’abri dans le camp des gentils esclaves noirs exploités par les méchants esclavagistes blancs. Voilà nos deux compères mutuellement anihilés. Ils ne se départissent pas vraiment de leurs sourires cyniques. Dieudonné, qu’on le compare à Le Pen, il trouve ça même plutôt comique. Ce petit duel à fleurets mouchettés, ce match de catch sur fond de génocide juif et de traite des nègres devrait contribuer à faire grimper l’audimat de l’un et à remplir les salles où se produit l’autre. -
Une pure militante
Je fréquente le blogue d’Yris, 15 ans, qui raconte sa première sodomie : «J'aime tester, oh oui. Lick it out Honey, mhh I like it. Ooohh Sodomy how cool it is. Maintenant je fais tout ce qui se fait à deux. Je connais personne à 15 ans qui fait tout ça par choix. Ouuuhhh j’suis fière, fière. C'est tellement bien le sexe avec lui.»
La sodomie, en soi, c'est très banal, même si c’est une pénétration marginale (parce qu’elle peut être salissante et laisser des séquelles). Bref, rien de bien nouveau sous le soleil du stupre. Et, à quinze ans, c’est normal d’être curieux, les mecs surtout le sont, mais Yrys a justement un côté garçon manqué.
Ce qui me fascine plutôt, c’est la manière dont cette fille parle de tout ça, la sodomie en particulier et la baise en général. Je ne parle pas de cette façon un peu puérile de nous faire profiter de ses cours d’anglais. C’est une pure militante de la baise certifiée conforme par l'Éducation nationale et agréée par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Je verrais bien cette devise en lettres d’or brodée sur sa culotte rouge : «Capote, Sodomie, Orgasme.» Je crois qu’elle ressemble beaucoup à ses parents communistes, dans le fond.
Son mec - il s’appelle Vivien -, elle l'adore ! Plus exactement, elle pratique le culte de sa personnalité, c'est pas tout à fait pareil. Il est beau, intelligent, et, surtout : il baise comme un Dieu. Ça revient plusieurs fois, comme une antienne. D’ici qu’elle écrive une Ode à Vivien, comme Eluard pour Staline, il n’y a pas loin. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes quand elle enfourche son sexe.
Le hic, c'est que ce militantisme sexuel est très égoïste. Les idéaux marxistes se sont retirés et il ne reste plus que la dialectique progressiste égalitaire et manichéenne, vieux préservatif percé. J’ai peur qu’Yrys ne finisse par piétiner son veau d'Or dès qu'il aura fini de bander pour elle.
À part ça, je remarque qu’Yrys se distingue quand même un peu de ses semblables puisqu’elle est capable d’écrire plusieurs pages d’affilée sans faire de fautes d’orthographe. -
L'esprit de famille
L’esprit de famille, moi, c’est un truc qui m’épate. Il faut dire qu’à la maison, entre frères et sœurs, avec mes parents, on s’est toujours étripés sauvagement les uns les autres, pour un oui ou pour un non, pour avoir un peu plus de petit salé aux lentilles, pour savoir si Proust c’est vraiment chiant comme un goûter au Ritz ou pas, etc.
Xavier Cantat, par exemple, même si c’est vraiment le type du petit-bourgeois très con qui connaît toutes les ritournelles de “Noir Désir” par cœur, eh bien je le trouve touchant quand il défend son frère. C’est touchant de l’entendre dire «Bertrand, il faut surtout pas que tu te suicides, d’abord parce que t’as deux enfants, en plus parce que ça servirait à rien, tu reverrais même pas Marie (Trintignant) de toute façon, parce que t’es pas croyant…»
Cependant, c’est la famille Jospin qui décroche le pompon. Question esprit de famille, ils en connaissent un rayon. À part Monsieur Jospin père, bien sûr, nommé maire de son bled pendant l’Occupation, mais bon, il pouvait pas savoir, et Lionel a su pardonner.
Inutile de redire l’abnégation du frère de Lionel, qui accepta d’endosser le passé lambertiste de son aîné, ni l’abnégation de Sylviane, qui sacrifia carrément quelques années de réflexion pour rédiger des tracts politiques et poser dans Match.
Lionel, aujourd’hui, aimerait bien réintégrer le championnat ; face à Hollande et Sarkozy, ces béjaunes, il se dit qu’il a toutes ses chances. Pour une fois, on aurait une première dame de France capable de citer Derrida… Mais encore faut-il faire parler de soi ! Eh bien qu’à cela ne tienne, Madame Jospin mère se dévoue et met en scène sa “Fin de vie”, avec l’aide de sa fille. Noëlle Châtelet fait une piètre romancière de gauche, mais c’est une mélodramaturge tout à fait à la hauteur de l’enjeu. Un sketche très efficace, j’ai trouvé, reléguant la “fin de vie” de Madame Roger Quilliot au rang d’un suicide raté. Très sobre, très classe, très huguenot, très progressiste, vraiment les adjectifs ne manquent pas. Lionel peut se féliciter d’avoir eu une telle mère.
Avec le physique qu’ils ont, je verrais bien Lionel et Noëlle incarner un couple de vampires modernes dans une comédie atroce et déjantée, comme les frères Coen savaient faire. C’est d’ailleurs très branché de faire tourner des hommes politiques. Mais le cinéma français n’a pas d’imagination. Et Lelouch de pleurnicher parce qu’il n’arrive plus à payer les pensions alimentaires de ses actrices fétiches… Lamentable ! -
Impossible métissage
Je viens de me prendre un râteau. Un vrai.
Quand on demande à une parfaite inconnue repérée dans la rue, dans une soirée, à la piscine, ou au Luxembourg, tout de go si elle peut pas vous faire une petite place dans son pieu pour la nuit, et qu’elle répond : «Non !», ça ne compte pas comme un râteau. Parce qu’il fallait s’y attendre.
Petite parenthèse : c’est un truc d’ancien timide d’aborder les filles comme ça. Au début, c’était pour me soigner. Comme escalader la Tour Eiffel pour vaincre le vertige (jusqu’au premier étage seulement, après j’ai craqué).
Le VRAI râteau, on ne le voit pas venir, on se promène dans l’herbe grasse à souhait, on fait la course avec les papillons, euphorique, et puis… bing ! on se prend le manche en pleine figure au moment où on s’y attend le moins.
La fille, je l’ai repérée dans les douches à la piscine. Joli maillot bordeaux, et surtout, une paire de fesses et de jambes harmonieuses (un grain de beauté sur la fesse droite). Ressemblant à la Pandora d’Hugo Pratt, dans La balade de la Mer salée. La référence est un peu triviale, mais j’ai pas trouvé mieux. On se frôle dans le bassin, puis on cause un brasse coulée, papillon, crôle, tout ça. C’est ELLE qui m’invite à boire un verre après. Je biche. Facile… Trop ? Non, c’est jamais trop facile.
Devant les mousses, la partie se complique. Car Pandora est ressortie sapée comme une bobo branchée de sa cabine. Et malgré ma tenue de camouflage, j’ai peur qu’elle me démasque : adieu galipettes, cochonneries, couvée, je pourrai aller fourrer mon nez ailleurs, ça ne fait pas un pli. Elle me pose beaucoup de questions. J’ai l’impression d’être le nègre blanc dans ce polar de Boris Vian que ma prof de français m’avait fait étudier en quatrième : J’irai cracher sur vos tombes. Le nègre qui séduit des poules blanches pour les sauter, les humilier, puis les buter. Y faut surtout pas qu’elles se rendent compte qu’il est noir, sinon la vengeance tombe à l’eau. Tout ce mic-mac rocambolesque afin de venger son frère assassiné par de sales blancs.
Sauf que moi, j’ai pas tant de haine raciste, je veux juste baiser avec cette fille, la palper au chaud. Sa peau satinée m’excite. Elle doit sentir bon.
On se quitte en bons termes. J’aurais dû la raccompagner. Aujourd’hui, je reçois ce courriel en réponse à une relance un peu audacieuse : «T'emballe pas Bonhomme, je ne suis pas en mesure d'être draguée, même si mon comportement pourrait faire penser le contraire.»
Il sonne le glas du métissage entre une bobo et un lapinos. -
J'accuse !
Au sortir de ma migraine, je me suis plongé dans le feuilleton Raphaël Juldé. Celui-ci vient en effet de connaître un rebondissement spectaculaire à l’échelle des pannes d’ordinateur et autres excursions à la Médiapole de notre héros. Evidemment, je me sens concerné, je n’oublie pas que c’est à Juldé que je dois mon propre Journal, exutoire commode à ma haine des bobos, qui m’évite de devoir leur régler leur compte un par un.
Juldé a donc été convoqué au commissariat de Laval, quelques petits commerçants cités dans son Journal en ligne n’ayant guère apprécié les portraits réalistes qu’il peint d’eux et déposé réclamation. Aucune diffamation ni atteinte sérieuse à la vie privée là-dedans, non, ce n’est pas le genre de Juldé, simplement les petits commerçants ont dans notre pays un pouvoir de nuisance invraisemblable, presque égal à celui des profs et des journalistes.
Je suis déçu. Car Raphaël Juldé me paraît tout de même avoir manqué dans cette affaire d’un minimum de présence d’esprit. S’il m’avait consulté, je lui aurais conseillé de saisir la perche qu’on lui tendait, bien sûr. De transformer l’audition chez les flics en interpellation. Pour percer la croûte lavalloise et paraître enfin dans le monde des lettres, il pourrait payer un peu de sa personne ! Qu’on songe seulement au temps perdu tous les jours par Adrien Zeller à se coiffer ! On ne débarque pas comme ça un jour sur le plateau d’Ardisson à la seule force de son talent. Même Houellebecq, qui n’en n’est pas complètement dépourvu, sait faire le guignol quand il faut. Il me semble que quelques jours de cabane n’auraient pas été trop cher payer un peu de publicité.
Et puis quelle erreur d’accepter de masquer les noms des plaignants. Ce qui est génial dans le Journal de Nabe, Juldé le sait bien, c’est son index pléthorique.
Le moyen de se faire flanquer au trou quelques semaines, quelques mois ? Facile : d’abord Juldé aurait dû s’abstenir de répondre à la convocation des poulets. Mieux, les traiter tous sans distinction de «Sales SS !». C’est pas très original, j’en conviens, mais sacrément efficace. Combien de carrières artistiques ne seraient pas ce qu’elles sont, encore aujourd’hui, sans l’insulte aux flics ? D’autant que Juldé a toutes les qualités requises pour supporter la captivité. Il est érémiste, écrivain, et il peut se passer des femmes. Sûr que ses fans se seraient volontiers cotisés pour lui offrir un ordinateur portable afin qu'il puisse continuer la rédaction de son Journal en prison (la prison peut être une chance pour un écrivain, c'est Soljénitsyne lui-même qui l'affirme).
J'accuse ! J'accuse donc Joseph Vebret, le conseiller littéraire de Juldé, bien au fait des mœurs "germanopratines", comme il dit, d'avoir fait preuve dans cette Affaire du plus pur amateurisme, voire de l'incompétence la plus totale. Je l'accuse même, et je pèse mes mots… de sabotage ! -
C'était une migraine !
Ça me prend presque d’un coup en regardant Noëlle Châtelet l’autre soir à la télé. Des maux de tête. Je me masse les tempes comme un con en appuyant trop fort, et, dix minutes plus tard, la douleur devient difficile à supporter. C’est comme si ma cervelle s’était mise à mijoter doucement dans mon crâne-cocotte minute. Je coupe la télé, l’ordinateur, le téléphone, la lumière. Avec des gestes lents, très lents, les plus lents possibles, en fait, car le moindre mouvement, le moindre effort, et c’est une goutte supplémentaire dans ce lac de douleur, là-haut, dans ma tête.
J’avale un cachet d’aspirine, sans conviction : j’aurais dû en mettre un peu plus, car le résultat est nul.
Me traîne jusqu’à mon lit. J’y reste collé trois jours. Sans parler, sans manger.
Je me lève quand même deux ou trois fois pour boire puis pour pisser. J’aimerais bien gueuler un peu de temps en temps pour me soulager, mais je sens bien que ça ne ferait qu’aggraver les choses.
Envie de rien, ni de lire, ni de manger, ni de baiser, ni de prier. L’enfer, c’est de n’avoir plus envie de rien, même pas de mourir.
C’était une migraine. Avec internet, plus besoin de toubib, on tape la liste des symptômes dans Google, et hop, le tour est joué. Ce qui m’a cloué sur place pendant trois jours, mon “affection”, comme ils disent, c’était une migraine ! J’aurais bien aimé un truc plus sophistiqué, mais ça sert à rien de se mentir… La migraine, ben mince, je pensais pas que ça pouvait durer aussi longtemps sans répit ! Jusqu’à 72 heures, lis-je sur internet. Suit la liste des “facteurs de risque” : je les avais tous ! Un sommeil décalé : ça faisait au moins deux ans que j’avais pas fait la grasse matinée. Le chocolat : je venais de m’en taper une demi-tablette. Le sevrage brutal du café : ça faisait trois jours que j’avais pété ma cafetière. Le stress : Noëlle Châtelet.
La migraine, c’est vraiment “Aux petits écarts la grosse punition”. Et il n’y a pas de remède vraiment efficace. -
L'enfance d'un sexe
Ma vie sexuelle a commencé lorsque j’avais huit ans. J’ai gardé un point de repère précis. Mes parents m’avaient permis d’inviter trois copains, dont deux des quatre frères Chaland, Wilfried et Baudoin, à jouer autour du château. On pourchassait une bande d’Indiens imaginaire lorsqu’on est tombés en arrêt devant cette fille, derrière une grosse souche. C’était dans la pente raide plantée de sapins, sur le flanc ouest du château. Stoppés net dans notre élan, on s’est rattrapés les uns aux autres pour pas déraper sur les aiguilles glissantes.
Assise, la fille, qui devait être Russe ou Tchèque, ouvrait les cuisses, pas du tout gênée d’exposer comme ça sa jolie motte frisée châtain clair en plein milieu de Penthouse magazine. Complètement à poil dans un manteau de fourrure moelleux de la même couleur, mais coiffée quand même d'un bonnet… Silence quasi-religieux des moutards babas.
Après un examen balistique sommaire, nous conclûmes que quelqu’un avait dû se débarrasser en catastrophe de l'illustré conpromettant en le balançant par-dessus le grillage ceignant la propriété. Un chemin étroit en surplomb descendait en pente douce du bourg jusqu’à la plage. En tombant, le magazine s’était ouvert sur cette fille slave de joie.
Le premier réflexe de Wilfried, il avait repris sa respiration le premier, fut de bouter le feu à la poupée russe avec son zippo. Il venait juste de repérer l’étoile rouge sur la chapka noire et n'était pas décidé à laisser passer un truc pareil ! À son âge, il connaissait les meilleurs pamphlets d’Hergé par cœur, bien sûr, à commencer par les "Soviets" !
Son prénom exotique et sa pyromanie étaient ce que je préférais chez Wilfried, mais j’eus le réflexe, ce coup-là, de le dissuader d’aller au bout de son idée :
« - T’es fou, Will, je lui dis, si ça fume mes parents vont radiner ! » Je suis désolé de donner ici de moi l’image d’un rabat-joie, mais c’est comme ça que les choses se passèrent. Nous enfouîmes délicatement sur place, sous une couche d’humus, la fille à poil.
De ce jour, je ne fus plus tout à fait le même. Jamais j’avais croisé une fille d’une telle prestance - ni offrant de telles prestations. Mon mépris pour la gent féminine se nuança donc.
Mais, en me refilant des goûts de luxe, elle retarda pas mal l’éclosion de mon sexe. Ce n’est qu’à dix-sept ans, en effet, que, désespéré de croiser un jour la Russe de Penthouse en chair et en os, je me décidai enfin à franchir le pas avec une Normande. Certes, elle avait aussi de longues jambes, mais elle ne les écartait pas avec autant de naturel. Déception. Je ne lui offris pas de manteau en vison.
Le lendemain, je revins vérifier, seul, que la fille à scandale n’avait pas été découverte. Il n’avait pas plu et elle n’était pas souillée. Et le surlendemain encore jusqu’à la fin de l’été. Je ne tournai pas la page. -
Le seul qui a du talent
Impossible de faire comprendre à un collègue de travail (qui achète Le Monde), espèce de brute positiviste, qu’un logiciel de traduction ça ne sert à rien, que c’est un PUR ATTRAPE-COUILLON. C’est le genre de crétin à croire que Kasparoff a VRAIMENT été battu par une machine. «Certes, me dit-il, c’est pas encore tout à fait au point, mais c’est qu’une question de temps…».
À force de traverser les saisons sans attraper une de ces grippes, bronchites ou autres courantes qui sèment l’apathie dans le métro parisien, je commence à me prendre pour le surhomme Nietzschéen. Je trouve même là un prétexte à mes tendances polygames, car cette immunité coïncide avec une activité sexuelle assez intense. Quand un frisson me parcourt l’échine. De mauvais augure, vu qu’il fait 35 degrés à l’ombre dans mon bureau, rapport aux bécanes qui pédalent dans la semoule. Je me mets à claquer des dents et ça me ramène à la précarité de ma condition de Lapinos.
Heureuse inspiration ! Grâce au site de Vebret, je découvre le site de Nabe et ses deux galeries de portraits, les renégats d’un côté, Vebret en tête, et les amis de l’autre. C’est très drôle, très potache, ce truc. En un mot, nabien. Ça serait encore plus chouette si on pouvait passer d’une catégorie à l’autre. Dès que Juldé dirait du bien d’un bouquin de Nabe, hop, il marquerait des points et changerait de catégorie. Pour l’instant, Juldé fait partie des renégats. Et il a raison de dire que ça vaut mieux que de faire partie des amis. Dans un jeu comme ça, les “amis”, ça fait un peu lèche-cul, non ? D’autant que dans le lot des amis, il y a Sollers, face de rénégat s’il en est ! Normal aussi, quand on fait le grand écart comme Nabe entre les Prs Arveiller et Choron, d’avoir besoin de faire des listes pour s’y retrouver (ce serait faire de l’humour facile que de prétendre que ces deux-là se ressemblent beaucoup plus qu’il y paraît).
Un petit regret quand même, lorsque je vois le nombre de potes que Nabe s’est fait à Charlie-Hebdo, que n’y figure pas le seul qui a du talent, je veux parler de Cabu bien sûr.
Charlie-Hebdo, la dernière fois que je l’ai ouvert, je me suis rendu compte que c’était devenu l’organe officiel du parti bobo. Sous l’impulsion de Philippe Val, champion pour mener sa barque dans le vent. Il en vend environ 60000 exemplaires par semaine, chapeau bas ! Récemment, Johan Sfar et Riad Sattouf ont été enrôlés, y manque plus que Titeuf et Trondheim ! Riad Sattouf, il est Syrien. C’est pratique, ça lui permet de dire leurs quatre vérités aux Arabes sans qu’on puisse le traiter de nazi. D’où des bédés nettement moins politiquement correctes que celles de ses comparses. J’ai bien aimé Le Pays de la soif, par exemple.
Avec cette fièvre, je ne sais pas si je vais aller à la piscine ce soir relever mes filets. -
Le cœur au bord des lèvres
Loin de moi l’idée, en feuilletant l’Abécédaire Schopenhauer, d’apporter de l’eau au moulin de la germanophobie ambiante. Non, je ne mange pas de ce pain-là, mais il est certain que quelqu’un qui bâtirait toute une théorie sur l’épaisseur de l'esprit germanique trouverait dans ce bouquin matière à l’étayer.
Certaines “entrées” ont en effet de quoi faire ricaner :
PHILOSOPHER : «Pour philosopher, les deux premières conditions sont celles-ci : premièrement, qu’on aie le courage de se poser toutes les questions ; et deuxièmement, qu’on prenne clairement conscience de tout ce qui va sans dire pour en faire un problème (P II, par. 3,4)»
Ça en dit long sur la hauteur de vues de Schopenhauer. Je ne m’y connais guère, mais je comprendrais qu’on prenne Bergson à côté pour un extra-lucide.
Celle-ci n’est pas mal non plus, sur KANT :
«Kant est peut-être l’esprit le plus original que la nature ait jamais produit (PI, 181)», quand on la rapproche avec : «Nous connaissons les choses non pas comme elles sont en soi, mais seulement comme elles apparaissent. Voilà la grande leçon du philosophe Kant (PII, par. 30,47).» Bigre.
Et je referme l’Abécédaire, sans regretter de m’être contenté, pour toute formation philosophique, de lire les Fables de La Fontaine.
Jongler avec des concepts, c’est plutôt lassant à la longue, quand il y en a pas un qui vient choir lamentablement, entraînant tous les autres. Tandis que l’Histoire, ça c’est une école de précision ! C’est plein de détails avec lesquels on ne triche pas impunément. Aussi Simone Veil a-t-elle su capter mon attention. Avec un petit livre-interviou, dans lequel Madame le Ministre revient sur son engagement féministe en faveur de la libéralisation de l’avortement. La loi Veil fut votée en 1975, sous Giscard, elle raconte dans quel contexte. Prenant son témoignage à la barre de l’Histoire contemporaine au sérieux, je relève quelques lignes assez édifiantes.
A la question : « L’Eglise a-t-elle constitué un obstacle majeur ? », Simone Veil répond : « Beaucoup moins qu’on aurait pu le craindre. Elle aurait pu être beaucoup plus agressive, mais sans doute a-t-elle senti qu’une réforme était inévitable et que, plutôt que de s’y opposer par principe, il valait mieux insister sur quelques points qui lui tenaient à cœur. Il est vraisemblable qu’un pape comme Jean-Paul II, qui intervient très souvent sur cette question, aurait montré plus d’intransigeance que Paul VI et fait davantage pression sur les catholiques français (…) quant aux rabbins, ils étaient je pense plutôt hostiles, mais ils ne sont pas intervenus et je n’ai jamais eu aucune démarche de leur part. »
De toute évidence, Simone Veil fournit là à l’Eglise de France un motif de repentance en béton, lorsque celle-ci aura épuisé les autres. 200000 avortements par an en France, cela fait qu’on approchera les six millions en 2005. Ces calculs vertigineux peuvent peut-être laisser insensible quelqu’un qui n’aurait pas vu un “amas de cellules” de quelques semaines se tordre de douleur pendant qu’on s’acharne à lui broyer le crâne avec une pince. Moi pas, je suis sans doute trop émotif.
A part ça, la ministre se souvient d’avoir été chahutée à l’époque par deux ou trois députés forts en gueule, oublieux de la plus élémentaire galanterie. Les députés Feit et Hammel ont ainsi sorti chacun un magnétophone pour faire entendre dans l’hémicycle les battements de cœur d’un fœtus, dénonçant un “génocide légal”.
Mais la question la plus insolente fut posée par Jean-Marie Daillet, qui lui demanda si elle accepterait de jeter les embryons au four crématoire. Là-dessus, indignation de Simone Veil, qui rappelle à ceux qui ne le sauraient pas qu’elle est d’origine juive et tout ça… Justement, elle va quand même pas nier l’existence des fours crématoires !?
Bon, j’espère ne pas avoir trop perturbé votre digestion. Pour ma part, j’ai le cœur au bord des lèvres. -
Le Palindrome divers
Il n’y a pas de discipline plus noble que le pastiche. On s’y exerçait au lycée du temps où celui-ci n’engendrait pas que de moroses paraphraseurs voués au Prix Interallié, pour prendre un exemple récent (Beigbeder, lui, au moins, a une “gueule” - et c’est important quand on fait de la figuration, curieuse erreur de casting du jury que ce Zeller qui ne ressemble à rien…).
Peut-on vraiment comprendre Gréco tant qu'on n'a pas copié un des ses tableaux ? Vous me pardonnerez ce ton de professeur de littérature à Sciences-po pour parler pastiche, mais on aurait tort de prendre cet art à la légère.
Les règles en sont strictes. La recette exige avant tout d'assaisonner un écrivain de talent. Inutile de s’attaquer à Chloé Delaume, Amélie Nothomb, Yann Moix, ou autre Jean-Christophe Grangé, ils ne résisteraient pas à ce traitement : comment ferait-on la différence entre l’original et la caricature ? Jourde et Naulleau, faute de pouvoir pasticher Sollers, Angot ou BHL, ont dû se contenter de s’amuser avec leurs tics et leurs trucs.
Je reviens juste du Palindrome, ubuesque mais téméraire blogue qui publie des pamphlets de L.-F. Céline en faisant fi de l’indifférence générale pour la littérature (et de Lucette), où Raphaël Juldé et ses amis s’amusent aussi à pasticher Dantec (le mérite-t-il ?).
J'espère au moins qu’avant de s'atteler à la tâche, ces lascars ont invoqué les mânes du grand, du sublime Georges Fourest.
«Moi je voudrais que tout le monde,
connût sa "Négresse blonde"
et malheureusement (je le sais) il est encore
des tas de gens qui l’ignorent.
Il n’est pas de ces littérateurs
qui encaissèrent de forts droits d’auteurs.» -
Passage des troupes en revue
Il y a les hussards, Nimier, Déon, Laurent, Blondin, écrivant debout, j’ai envie de dire “droit dans leurs bottes”, mais l’expression a été galvaudée, impatients d’en finir avec les charmes chancelants d’une époque scélérate.
Il y a ceux qui préféreraient être des spahis dans le désert, comme Patrick Besson.
Et puis il y a les zouaves. Hier soir, n’ayant plus après une journée harassante d’autre désir que celui d’allumer la télé et de m’affaler devant, j’ai pu admirer la belle charge du zouave Tillinac dans la petite arène de Franck-Olivier Giesbert. Pontifical, le zouave, ça va de soi. On le sentait piaffer à la seule évocation des fumées de Mai 68, et, dès que le signal fut donné, il n’attendit pas pour fondre sur Wolinski, Philippe Val et François Hollande, bousculant cézigues comme un possédé. Surpris par tant de hargne sur un plateau de télévision, par ce piétinement sauvage d’éthique médiatique, les trois compères se débandèrent, rougissant et balbutiant ; oubliant même de traiter de nazi ce zouave. C'était quand même la moindre des choses de la part d’un dialecticien de la trempe de Philippe Val ! Excitée par l’odeur de poudre, Elisabeth Lévy, flanquée d’une blonde dont je n’ai pas bien compris l’usage, portait ensuite le coup de grâce aux ex-révolutionnaires.
Comme Jacques Chirac son maître, Tillinac a des idées simples, des goûts contestables et des idéaux à la portée de tout le monde, mais mâtin quel cador ! -
L'effet Goncourt
L’effet Goncourt, c’est que je n’aurais jamais eu envie d’ouvrir Le Soleil des Scorta s’il n’avait eu le Prix Goncourt, Laurent Gaudé.
Ça ne change pas grand-chose puisque je l’ai vite refermé. « C’était bien lui. Elle l’observait comme on fixe le destin dans les yeux. Elle lui appartenait déjà. Il n’y avait pas à lutter. Elle lui appartenait. Puisque après quinze ans il était revenu et avait frappé à la porte, peu importe ce qu’il lui demanderait, elle donnerait. Elle consentirait, là, sur le pas de sa porte, elle consentirait à tout. » Que voulez-vous, convenez que quand on lit ça, on croit avoir affaire à un pastiche (de Guy des Cars).
Quand on lit ça, on n’a rien lu, et pourtant, c’est comme si on avait tout lu de Laurent Gaudé.
Mais peu importe le Gaudé, car c’est de critique et de Goncourt que je veux parler.
C’est la mode de dire que la critique est facile. Si on le répète autant, c’est que justement c’est pas vrai. La critique, c’est un art en péril aujourd’hui. Elle est mourante, la critique, même s’il reste des critiques bien nourris et en bonne santé, des tas.
Tenez, Assouline, par exemple, capable parfois de touchants élans de sincérité, eh bien lui aussi se sent obligé de nous seriner l’antienne des jurés Goncourt repentis (sur son blogue). Mais ça ne prend pas. Les jurés Goncourt font plutôt penser à de vieilles putes ratatinées qui essaient de s’acheter une conduite. Leur influence s’est réduite ces dernières années, comme peau de chagrin. Le Goncourt, qui n’a jamais été un gage de qualité, n’est même plus un gage de quantité ! En élisant Gaudé, qui a déjà vendu 80000 exemplaires de son roman de gare, ils se sont mis à l’abri de ce genre de remarque ironique, voilà tout. C'est qu'il y a de la concurrence entre les jurys, on digère moins peinard chez Drouant qu'autrefois.
Quant à Patrick Besson, dont je gage, avant même de l’avoir parcouru, que le dernier recueil de chroniques paru (Solderie) est un meilleur remède pour l’esprit que tous les Goncourt - mettons de ces cinquantes dernières années -, c'est presque le dernier à tenter de jouer le jeu de la critique.
Regardez-le bien, c’est un mec costaud et habile, Patrick Besson. À mon avis, il préfigure ce que devra être le critique post-moderne s’il veut survivre dans cette jungle, trancher la tête au crotale Savigneau d’un revers de plume, écraser du talon l’aspic Nourrissier, fendre le crâne du bœuf Durand : un mec costaud, du ciboulot comme du biceps, un vrai Rambo des lettres, d’origine yougoslave si possible, ça impressionne l’adversaire. -
Pour qui sonnent ces gars ?
Sans tambours ni journalistes, c’est au son de la trompette que le cercueil d’Alain Fournier remonte la très gothique nef de St-Eugène. Un ange passe entre les poteaux d’ADG, un peu intimidés par toutes ces fleurs de lys, et que l’encens saoule visiblement. Coquetèle détonnant de baccantes patibulaires et de veuves éplorées, de costards-cravates et de blousons noirs de circonstance. Ici quelque kangourou se cache sous une casquette et des ray-bans yanquis, et là un vieux dur-à-cuire médite au garde-à-vous, près d’un chouan de Paname, portant une bannière frappée du Sacré-Cœur. «Rillettes et rillons, ne rions plus». Un de la Noire, représentant la boutique Gallimard, en manteau d’alpaga crème, se pince pour y croire.
Même le curé, ancien de la Royale, met de l’argot dans son latin pour mieux se faire entendre de ses ouailles endeuillées ; il prêche que «La Providence et la Vierge Marie sont de mèche toutes les deux». «Alain Fournier est nu à l’entrée de la salle du trône. Nous avons le pouvoir, nous, les vivants, de prendre la défense des morts par nos prières !»
Des chœurs plutôt couillus prennent le relais : «Plus près de toi, Mon Dieu, Quand sous l'effort je ploie, Quand sombre toute joie, J'espère en Toi, mon Dieu…»
Retour d’ADG à Véretz l’après-midi, pour y reposer en paix près de son pépère. Les aminches partageront le pain et le fromage, arrosés d’un petit verre de Montlouis.