Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Lapinos - Page 156

  • Ma drague

    Je ne voudrais pas vous ennuyer avec mes conseils de drague, certains écrivent des blogues entiers sur le sujet.

    Ni vous paraître prétentieux. Dans le domaine de la drague, je n’ai aucun titre à faire valoir, au demeurant, m’attachant de préférence à des femmes faciles ou à qui je plais sans efforts.

    Bien sûr, je ne nie pas d’avoir essayé de retenir telle féline blonde par des lettres enflammées et des poèmes qui n’étaient pas de moi. Mais je n’étais pas de taille à chasser le brillant Italien de son cœur.

    Ce conseil, tout de même, me paraît bon. Il consiste à partager l’existence de trois femmes simultanément pour devenir ensuite irrésistible (deux peuvent suffire). Car il n’est pas bon de draguer dans un état de frustration trop grand.
    Sans envie pressante, vous pèserez vos mots, éviterez les gaffes. Bref, vous n’aurez pas ce petit tremblement dans la voix et dans le geste dû au trop-plein de testostérone dans l’organisme et qu’on tente de calmer en allumant un clope. Ce tremblement que les femmes guettent, bien sûr. Car rien ne plaît tant à une femme d’une certaine féminité que de se faire désirer aussi longtemps que possible, que voulez-vous, c’est une façon de prolonger son règne.

    Votre sang-froid hâtera la chute. Une autre façon de garder son sang-froid, c’est de draguer une femme très laide.

  • Dédoublement

    Depuis que j’ai été démasqué il y a quelques mois par une amie proche -qui trouve mon pseudo vulgaire-, Lapinos est un peu mort, pris au collet. Parce que je suis moins libre d’étaler ma vie privée. Je n’ai ni la foi ni les prétentions de M.-E. Nabe ou de Raphaël Juldé.

    Mais comme cette reconstitution de ma geste infime me distrait en m’instruisant (sur moi-même), je me suis dépêché d’ouvrir un autre blogue bien caché derrière un autre pseudo non moins vulgaire. Je m’amuse d’y avoir attiré déjà quelques-uns des lecteurs d’ici, surtout lorsqu’on m’encourage vivement à me lire moi-même…

  • Entre snobs

    Au début des vacances, un certain Ariel Wizman, face de criquet, corps de batracien (qui doit officier sur Canal +, je ne le connais pas) est invité par cette tête de veau de Guillaume Durand à dévoiler aux téléspectateurs ses “lectures de plage” :
    « Des auteurs anglais que je connais pas bien, Bienvenue à Blandings, de Wodehouse ; Retour à Brideshead, d’Evelyn Waugh… »

    Je sursaute. Qui sait, peut-être le snobisme sauvera-t-il la littérature ?

    Bon, mais quitte à être snob, autant l’être jusqu’au bout, Monsieur Wizman. On ne prononce pas Evelyn “Vogue”, mais Evelyn “Ouauf”. Et “Veaudehousse”.

  • Au-delà du réseau

    medium_forumhippo.jpg
    Si je me suis exilé aussi loin de Paris, dans une contrée reculée, au-delà du réseau, là où le portable ne passe plus – c’est pour soigner, entre prime et none, mon hérésie. Tant qu'il reste encore des territoires vierges, dépêchons-nous d'en profiter.

    Car, comme dirait ce bon Dr Knock, nulle foi n’est complètement saine de tout germe d’hérésie, en cherchant bien. M’auscultant, je crois déceler chez moi tantôt les symptômes d’un dangereux pélagisme, tantôt ceux, au contraire, d’un jansénisme pernicieux. J’ai voulu en avoir le cœur net et je me suis plongé dans les “Confessions” de saint Augustin, en poche, chez Garnier-Flammarion.

    Pélage, moine breton, “professait la bonté de la nature et l’inutilité de la grâce pour le salut”, résume Joseph Trabucco, le préfacier ; “Le souvenir qu’Augustin gardait de son enfance et de sa jeunesse pécheresse, celui de ses durs combats, l’assurance du secours divin qui seul avait pu les terminer, toute son expérience devait lui représenter comme monstrueux un tel optimisme (…)”.

    La théologie d’Augustin est comme un costume bien taillé à la mesure de son intempérance. À propos des nourrissons, je trouve qu’il charrie un peu : convoiter le sein en pleurant, un péché ? Sous prétexte que les adultes s’y prennent autrement pour réclamer leur pitance ?

  • Lézarder

    Je contemple cette hérésie d’arêtes qui me transperce l’âme. En silence, pour ne pas troubler la quiétude de ces lieux sanctifiés par la prière. Moi qui ne me tiens coi qu’entre minuit et sept heures du matin et qui déblatère tout le restant, comment diable vais-je faire ?

    À travers cette nef de fous, le grégorien me parvient désintégré, dispersé par le béton. Je me demande bien comment ces braves bénédictins font pour psalmodier là-dedans. On se sentirait plus à l’aise dans le ventre d’une baleine… Quelle croix. Toutes les erreurs qu’un architecte ne doit pas commettre, angles par trop obtus, perspective bouchée, on dirait qu’on s’est obstiné à les commettre ici. On peut vraiment faire n’importe quoi avec le béton.

    Le monastère n’a pas quarante ans, pourtant déjà il se lézarde. Pas besoin d’être prophète pour prédire que, bientôt, la gorge profonde qu’il surplombe l’avalera.

    Je me dirige ensuite, courbant l’échine au soleil, légèrement pensif, vers un hameau à quelques encâblures de là. Randol, son nom claque comme une bannière dans le vent. Je débusque un gros lézard vert fluo qui se met à l’abri en moins de deux ; plutôt inattendue, une telle célérité, dans ce paysage !

    Le hameau est tourné lui aussi vers le précipice, le vert val de la Monne. Abandonné depuis longtemps, mais ses pierres polies semblent attendre patiemment le retour de quelques enfants prodigues, sait-on jamais.

  • Le goût des femmes

    Pffuiou ! Fait chaud… Et cette chaleur excessive ne favorise pas la réflexion… Mon projet de Club des Misogynes s’en ressent ; j’ai même pas encore rédigé le premier article de la charte. Un club des misogynes, il y en a déjà eu un à Oxford, dans les années vingt, à Balliol ou Hertford, je crois, vraisemblablement pas à Corpus Christi.

    Un club d’esthètes raffinés qui cultivaient l’homosexualité, à une époque où ça faisait encore partie de l’attirail d’un jeune étudiant snob de préférer les garçons. Ils ne pouvaient pas prévoir, les pauvres mignons, qu’un jour Noël Mamère se mettrait en tête de les marier entre eux. Si on le leur avait dit, ils se seraient tapés sur les cuisses comme des folles, car ces gens-là avaient de l’humour, beaucoup plus que leurs descendants.

    Notre misogynie à nous -les quelques membres de ce club forcément restreint- serait différente, plus exigeante, volontaire !
    Pitié pour les femmes : je vous le demande, quel est le mérite de Montherlant ? Il a ça dans le sang, il ne les aime pas. D’autant moins qu’il est obligé de faire semblant de les apprécier.
    Tandis que moi, pour peu qu’une femme ait de belles jambes, de beaux pieds, de beaux genoux et de belles fesses, je suis à sa merci, désarmé. Or, je dois me prémunir contre cette nouvelle espèce de femmes redoutables qui voudraient les transformer en animaux de compagnie dociles. En se prévalant de supposés sévices que leurs aïeules auraient subis de la part de mâles assoiffés de coïts brutaux. Sans se demander une seconde si elles ne sont pas les dindes de cette fable, si, au contraire, leurs aïeules n’étaient pas plus heureuses qu’elles, à ne pas faire caissières chez Franprix.

    Ma cousine Sophie, qui ne sait jamais si je plaisante ou pas, mais qui reconnaît qu’au fond c’est justement ce qui lui plaît en moi, bien que légèrement choquée par mon projet, m’a néanmoins fourni une belle pensée de Marie Bashkirsteff à calligraphier en belles anglaises au fronton du Club :

    «Il y a quelque chose de vraiment bien, d’antique : cet anéantissement de la femme devant la supériorité de l’homme aimé doit être la plus grande jouissance d’amour-propre que puisse éprouver une femme suérieure.»

    Ou bien j’aurais vexé Sophie en ne lui proposant pas de faire partie de mon club ? Certes, il est des femmes conséquentes, beaucoup plus misogynes que certains hommes hypocrites qui ne savent pas quoi inventer de plus original pour attirer les femmes dans leur lit (des brutes qui ne pensent qu’à niquer, si on leur ôtait le masque, c’est ça qu’on verrait).

    Mais nous ne pouvons admettre la moindre présence féminine au Club des Misogynes, aussi féminine soit-elle, question de principe, faute de passer pour des rigolos. Je serai très ferme sur ce point quoi qu'il m'en coûte.

    medium_cartemiso.2.gif

  • Une bombe

    Le Luxembourg n’a rien perdu de son charme, ni le Sénat de sa flicaille. Mais lorsqu’il y fait frais comme ça, en plein été, on se croirait un peu à Dinard l’hiver. Une fine pluie ne tombe pas, elle pétille plutôt entre les rares badauds. Sûrement c’est meilleur pour la peau que les ultraviolets. Le bassin aux canards paraît plus profond. Les abeilles se sont envolées.

    Quelque chose pourtant bourdonne en moi que le froid ne parvient pas à anesthésier ; des sentiments contradictoires dont la friction m’électrise.

    Et si une bombe explosait aujourd’hui, en plein Paris, fauchant, mettons, trente bobos, ou quinze députés, secouerait-elle cette torpeur spirituelle qui semble devoir durer mille ans ? Ou, au contraire, raserait-elle complètement notre ruine soigneusement entretenue ?

    Je ne suis pas à la recherche du temps perdu, mais de Sunsiaré. Je trouve le bouquin de Lucien d’Azay chez Gibert. Depuis le temps que j’entends parler d’elle, je ne l’ai jamais vue en photo, rien sur internet. Ces enquêtes sur Nimier, puis sur Sunsiaré, est-ce que la jeunesse et l’élégance sont devenus des fossiles ?

    Mais, à sonder l’éphémère messagère et son non moins éphémère message, d’Azay touche vite le fond. Reste cette observation, parmi d’autres, que les belles étrangères, pas les ASTON MARTIN, Triumph et autres Jaguar, non, les femmes, ont une démarche différente de celle de nos belles indigènes. Elles lancent la cuisse d’abord, comme des panthères, contrairement aux Françaises qui jettent le pied en avant, comme “des petits soldats”.

    En repassant par le Luxembourg, je m’efforce de vérifier ce trait qui m’avait échappé, et, forcément, je repense à Véronika, ma chatte.

  • Le choc des barbaries

    Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs de la Résistance islamique,

    C’est humblement que nous vous demandons de ne pas frapper à l’aveuglette. Humblement, car vous n’avez pas le privilège de la barbarie. En effet, nous avons fait pleuvoir la mort sur vos frères au petit malheur la chance, du haut de nos bombardiers inaccessibles, pilotés par de jeunes aviateurs bac+5 en blousons de cuir fourrés, bien au chaud. À peine un petit vent glacé a-t-il soufflé sur leurs consciences, et encore, ce n’est même pas sûr. Vous n’avez pas le monopole du fanatisme non plus.

    Nous ne nous livrerons pas à un calcul mesquin pour savoir de quel côté les cadavres sont les plus nombreux, qui a tué le plus d’enfants innocents. Il nous en reste si peu à nous, des enfants, que ça nous choque beaucoup d’en voir périr, ne serait-ce qu’un seul, dans un attentat.

    Les autres, nous les avons supprimés par millions depuis trente ans dans le ventre de leurs mères, au nom du bien-être et de la libération de la femme… Comment respecteriez-vous notre abject matérialisme démocratique ?

    Donc, si vous venez à Paris après Londres, écœurés, inspirés par votre dieu vengeur, tâchez de faire preuve de discernement. Ne frappez pas les vestiges de notre civilisation, mais les symboles de notre barbarie. Visez l’usine à gaz de Beaubourg, par exemple, ou la petite pyramide vitrifiée du Louvre (dans ce cas, faites gaffe quand même de pas bousiller en même temps la Madeleine de la salle des sculptures médiévales que j'aime tant), ou la Tour Eiffel, dénoncée par Léon Bloy, ou l’étron géant de Montparnasse, ou les Champs-Élysées, enfers de la consommation…

  • Inde primum veritas retro abiit

    Jusqu’au moment où la vérité a cessé de pouvoir être dite (Sénèque)

    L’ignorance et la propagande ont pu ériger une statue d’airain orgueilleuse à la mémoire de Pablo Picasso, que les bobos astiquent soigneusement en crachant dans leurs petits torchons poisseux.

    Mais ne perdons pas trop de temps à réfuter leur dialectique sommaire. D’ailleurs, comment leur donner tort puisqu’au fond ils ne disent RIEN. Écoutons plutôt les explications du Maître :

    «(…) Dans un mètre carré des “Noces de Cana”, il y a beaucoup plus d’abstraction que dans tous les cubistes et les abstraits réunis !

    «(…) Ce que je veux dire, c’est que toute cette époque a péché d’abord par la base, par l’ignorance. Si les cubistes avaient vraiment étudié, et modestement, tous ces Maîtres d’autrefois, ils auraient compris que c’étaient ces grands Anciens qui avaient le secret des abstractions, qu’ils ont eux, cubistes, recherché sans le trouver. Il suffit de les renvoyer aux œuvres des très grands maîtres, que ce soit “Les femmes d’Alger" de Delacroix, “Les Noces de Cana" de Véronèse, “La mort de saint Bonaventure” de Zurbaran. Je vous parle de ces toiles, je vous parlerai aussi bien d’un Rubens dont l’exemple serait trop facile. J’irai plutôt prendre une toile d’un Maître qui est un praticien étonnant, qui n’est pas susceptible d’être pris facilement pour une tête métaphysique ou abstraite, et qui pourra cependant, admirablement, me servir d’exemple : il s’agit de “La fécondité” de Jordaens.

    «Ce portrait de femme, je crois que beaucoup de critiques, même complaisants, même trouvant dans la grande époque flamande quelque chose d’admirable, de très beau, un tempérament étonnant, je crois qu’il ne viendrait pas à l’idée de beaucoup de ces gens-là de penser qu’une telle œuvre, un portrait pareil représente au point de vue de la puissance d’abstraction quelque chose d’étonnant. Pour moi, il y a beaucoup plus d’abstraction dans ce simple portrait que dans tout Fernand Léger. Car Jordaens se propose là quelque chose qui est tout de même très difficile : arriver à donner à une image d’une puissance d’expression qui touche à l’éternel avec un personnage qui est bien de chair, bien limité dans l’espace et dans le temps, qui est là avec son fauteuil ; et y arriver avec une pareille donnée qui est très près des choses matérielles en somme, c’est une gageure.
    Or, à l’analyse, je parle là du regard d’analyse d’un dessinateur, de quelqu’un qui est dans l’élément depuis très longtemps et qui sait ce que c’est que la forme et le dessin ; eh bien, en regardant la tête de cette femme j’ai été étonné, stupéfait des audaces extraordinaires dans la déformation du masque, dans les asymétries extrêmes et multiples de tout le visage, dans les changements d’axes (…)

    «(…) Voilà pour moi ce qu’est la peinture, moi qui suis du bâtiment, qui ne pense pas que la peinture est un assemblage heureux et équilibré, et, ma foi, parfois très bien accordé, qui peut faire naître un certain sentiment d’harmonie, ce n’est pas cela la peinture ; c’est, étant donné la la sensation totale du monde extérieur qu’a un véritable artiste, cette sensation-là, de la réduire à une grande économie qui est dans une tradition du langage et, quand il sent qu’il a une personnalité, de respecter ce qui a été fait avant lui, mais de sentir qu’il a quelque chose de tout à fait à part à dire (…).

    «(…) En regard de cela, notre triste époque n’a fait depuis des années que s’enfoncer dans les ténèbres, par facilité, par ignorance, par orgueil, et je laisse de côté la question “galette”, la corruption, bien entendu, c’est terrible. C’est trop gros, ce sont des choses qui, dès qu’on les remue, puent.»


    M. Mazo, “La leçon des maîtres et la rupture cubiste” In : “L’art face à sa destruction”, e/dite, 2005.

  • Éthologie (2)

    Et la réaction du mari, du concubin, du mec ? On peut s’en inquiéter aussi. Ça me rappelle une anecdote. Lors de la fête de la musique à Nantes, un gros balèze de nègre de près de deux mètres, genre basketteur à la retraite, je dis ça à cause des kilos en trop, accompagné d’un pote du même tonnage, barre la route à une jolie fille et son jules. Et là, il fait plus que la dévisager, il lui décerne un compliment du genre : « Tu sais que t’es rudement bonne, toi, poulette ! Tourne-toi un peu que je voie ton cul, etc. », comme si le pauvre jules n'était pas là, n'existait pas. Vu ses babines tremblantes, vu qu'il tient une canette de bière à la main, et vu qu’il leur barre la route avec son pote, on peut même facilement en déduire qu’il y goûterait bien sur le champ.

    Les occasions étant assez rares à Nantes de se distraire, je m’arrêtai net de baguenauder. Quelle allait être la réaction du jules à cette offense ? Allait-il obliger le blasphémateur à rendre gorge ? Ou lui pardonner sans chipoter ? Freluquet comme il était, c’était même pas évident qu’en prenant son élan il puisse parvenir à atteindre la gorge.

    Suspense… Viser les couilles était sans doute la meilleure stratégie, elles étaient presque à la hauteur de ses yeux, il ne pouvait pas les rater ; et puis rien de tel pour prévenir une récidive ultérieure.

    Mais le bonhomme avait à peine eu le temps de protester courageusement qu’une main noire, démesurée, s’abattait sur lui et le soulevait dans les airs par le cou. Il ne restait plus qu’au nègre à serrer, puis à s’emparer de la veuve du héros. Le freluquet devait voir toute sa vie et toutes ses femmes défiler dans sa tête, comme il se doit dans ces circonstances…
    Mais on n’entendit pas le “couic” caractéristique, grâce au pote aussi balèze du balèze qui s’interposa pour ramener l’excité, non sans mal, à des sentiments plus doux. Il était le seul de toute la ville probablement à pouvoir le faire efficacement…

  • Éthologie

    Il faut s’attendre à trois sortes de réactions lorsqu’on dévisage une femme escortée de son mari ou de son concubin. Les deux cas, mariage et concubinage, étant de moins en moins distincts, d’ailleurs ; à peine les concubins sont-ils plus fidèles sexuellement de crainte de briser un lien plus fragile.

    Cette femme que vous dévisagez ainsi et qui pense que c’est forcément parce que vous l’envisagez dans une autre position, même si votre regard ne renferme que de la curiosité pour son couple, l'assortiment de celui-ci, etc., peut vous signifier que son cœur est complet en se pendant subitement au cou de son homme, par exemple, ou en le gratifiant ostensiblement d’un baiser, d’une quelconque marque d’attachement dans ce goût-là, inattendue de lui. Voire inexplicable, si l’homme en place est naïf et ne sait comment interpréter ce flot de tendresse - d’autant moins qu’elle a ses règles !?
    L’affectation d’un tel mouvement d’affection est criante ; c’est un code féminin pour vous avertir qu’il est inutile d’espérer momentanément. Repassez dans quelques jours, quelques mois ou quelques années.

    Vous pouvez tout aussi bien déclencher le réflexe inverse, surtout chez de jeunes spécimens, tant il est vrai que les femmes sont généralement fidèles jusqu’à ce qu’elles trouvent mieux, grâce à leur sixième sens.
    Alors, son compagnon d’infortune ne comprendra pas davantage pourquoi l’objet de tous ses désirs, qui se tenait jusque-là collé à lui pour le surveiller ou bénéficier de ses conseils avisés en matière de muséographie (si la scène se déroule dans un musée), s’écarte de lui comme d’un pestiféré, voire pourquoi il se fait tancer soudain sous un prétexte bidon. Ou, s’il se croit malin, il attribuera ça à ses règles.

    La troisième réaction est plus rare, même si c’est celle que je rencontrai la dernière fois en pleine lumière de Paris : le sourire radieux et triomphant de celle qui a l’habitude de recueillir constamment des hommages à sa beauté éclatante. Il faut dire que cette créature avait un châssis qui enfoncait celui de toute la chair à photographe de métropole et des colonies. Peu importe la manière dont de tels dons étaient mis en valeur, j’ai seulement retenu qu’elle portait une mini-jupe, sinon comment aurais-je pu voir aussi haut ses cuisses ?

    L’impression fut forte au point que pendant l’heure qui suivit je ne parvins à décoller de ma rétine son image en relief, malgré mes efforts, car ma concentration était requise par une autre tâche.

    Mais jamais, vous m’entendez bien, jamais une femme ne vous fera, de ce côté-ci de l’Atlantique, cette sommation : « Voulez-vous bien, Monsieur, cesser immédiatement de me désirer ! »

  • Les habits neufs

    Maurice Mazo en peintre expérimenté entend faire connaître son opinion sur la production picturale de son époque. C’est vrai, dit-il en substance, et ce bon sens est d’une effronterie “hénaurme”, qui mieux qu’un peintre peut causer peinture ?

    Parce qu’ils ont le verbe haut, le caquet bloqué en position ouverte, les littérateurs et les journalistes de tous poils ne peuvent s’empêcher de déblatérer, y compris sur des sujets qu’ils ne possèdent que bien peu intimement.

    Mazo, lui, parle rouge, tranchant sur le bistre des critiques officiels, qui cachent dans les circonvolutions de leur prose obscure -plus c’est abscon plus c’est profond-, l’absence d’éclat de leurs lumières.

    Mais je laisse la parole au maître :

    «(…) Tous nos fabriquants d’arabesques irresponsables, de petits décors, courts bien qu’ambitieux, se refusant à représenter ce que, par leurs yeux, tout leur être pourrait voir, tous ces peintres fort à plaindre en somme, car ils se privent de la joie de communion avec le monde, et, joints à eux, leurs éxégètes myopes qu’ont engendré tous les milieux, des moines aux grands fonctionnaires des Beaux-arts, avec comme base, les stipendiés de toutes les grandes “galeries” d’Europe et d’Outre-Mer…, tous ces gens qui servent et chantent l’art non-figuratif n’ont pas compris cette vérité profonde et qui d’un coup anéantirait leur position, s’ils pouvaient la percevoir : il n’est de véritable “abstraction” plastique que dans la grande représentation.(…)

    «(…) Celui qui se prétend créateur, mais qui, impuissant à ajouter un mot nouveau au langage de libération de l’homme, à monter d’un degré vers l’esprit pur, refuse comme vaines les données du monde extérieur, fonde sur le mensonge et s’oppose au devenir humain.

    Ces stériles raillent ceux qui ont engendré hier, et nient d’avance celui qui a la force de créer, et créera demain. Haine horrible de tout ce qui est vie ! »


    Extrait d’une longue lettre à Malraux réfutant ses thèses, en date du 9 avril 1951.
    (In : “L’art face à sa destruction” Édition e/dite 2005)

    medium_mazo.jpg

  • Misogynes de tous les pays…

    Ouf, je ne suis pas fâché de redevenir moi-même après cette semaine passée dans la peau de Frédéric Beigbeder. Je commençais à me sentir un peu à l’étroit. Et puis ces mèches dans les yeux, ces accroche-cœurs, ces frisottis dans le cou, ça donne un genre qui attire surtout les filles à pédés, c’est un petit peu gênant.

    J’ai profité du temps libre que mon activité (peu intense) de Beigbeder me laissait pour flâner de-ci de-là sur des blogues encore inconnus.

    J’ai découvert un nouveau philosophe de la misogynie, en lutte contre la désaltérité, qui tient blog ouvert sur http://atropcourberlechine.hautetfort.com. Son nom m’échappe, appelons-le donc “Monsieur XY”. Voici ce qu’il écrit dans un billet récent :

    « Les belles femmes, à la condition impérieuse que l'on se contente de les contempler de loin, permettent d'échapper un peu à la hideur d'une modernité qui ne flatte que ce qui est bas, putassier et sordide.
    Voir une jolie fille et imaginer qu'elle puisse avoir une intelligence, une profondeur, une douceur et une finesse à la mesure de sa beauté donne à la fois une idée de Dieu et la certitude de son inexistence [??].
    (…) Depuis que les femmes revendiquent hystériquement l'égalité avec les hommes et qu'à force de mimétisme elles ont fini par les dépasser en bassesse et en vulgarité (ce qui n’est pas peu dire), l'idée même d'une telle recherche est devenue grotesque.
    (…) La misogynie qui hier encore était un luxe est devenue un impératif de survie mentale. »


    Contrairement à Monsieur XY, l’intelligence, la profondeur et la finesse ne me paraissent guère indispensables à une femme, en sus de la beauté. Elles s'en dispensent d'ailleurs elles-mêmes très bien généralement. Il vaut mieux espérer pour elle que de bonnes fées leur aient donné bonté, obéissance et délicatesse. À mon humble avis.

    N'empêche que je suis d'accord avec la conclusion de Monsieur XY, “c’est un impératif de survie mentale”. Il suffit pour s'en convaincre de séjourner un peu aux Etats-Unis (pas à New York, qui rassemble l'élite intellectuelle, ça fausse l'observation) : les femmes y sont devenues des sortes d'androïdes dopés à la testostérone de synthèse assez terrifiants. Je sais que c’est un cliché de dire que les Nord-Américains nous précèdent d’une dizaine d’années dans la course à la barbarie, mais c'est un cliché assez net et bien cadré. Je plains sincèrement nos petits frères qui auront à choisir une femme dans une dizaine d’années.

    Tout ça me fait penser à Houellebecq*, bien sûr, dont Monsieur XY n’est que le disciple. Houellebecq va trouver refuge en Thaïlande où les filles savent encore ce qui fait plaisir aux hommes, des remerciements quand on leur offre une jolie robe qu’elles ne pourraient pas s’offrir, des cris d’amour réels ou au moins bien simulés pendant le coït.

    D’abord, j’ai raillé Houellebecq, son inconséquence, puisqu’il finit par rentrer au pays et tomber dans les griffes d’une jolie Bretonne, lâchant la proie pour l’ombre. Mais, en réalité, cette chute sonne juste, je m’en aperçois aujourd'hui. Car si les femmes, à quelques exceptions près, je le dis dans une tentative un peu gauche d'être galant, ont perdu toute leur dignité, nous les hommes sommes aussi abrutis. À peine capable d’en faire des mères, incapable de les soumettre par notre force de caractère…

    Et je suis tenté de lancer ce cri de ralliement : « Misogynes de tous les pays, unissons-nous ! »


    *Je n’évoque ici que “Plateforme”, les précédents romans de Houellebecq n’étant à mon avis que des brouillons assez indigestes.

  • La chute

    Frissons égotistes de Beigbeder parce que ses œuvres sont traduites all over the World, even in islamic countries like Turkey !!!

    Parce qu’il a fourgué son manuscrit à un éditeur, qui en a tiré 400000 ex. et l’a fait traduire dans trente-six langues, il s’imagine que des tas de gens ont lu son bouquin ?! Mmmmh, m’étonnerait que Beigbeder ait VRAIMENT bossé dans la pub. Il m’a l’air beaucoup trop naïf pour ça. Aujourd’hui, les livres sont conçus comme des accessoires, pour déborder intellectuellement du sac de plage, pas pour être lus.

    À la fin du Journal de Frédéric, sa copine le largue pour une autre fille et ça lui fout les boules. Ça manque un peu d’originalité, je trouve, c’est un peu soft. Moi je croyais que la chute serait que Françoise, en fin de compte, était un transsexuel (MtF, of course). J’étais pas si loin.

    S’ils s’étaient mariés et qu’ils avaient eu BEAUCOUP d’enfants ou, mieux, qu’elle était entrée chez les Petites Sœurs des pauvres, le public de Beigbeder, essentiellement féminin, en aurait été tout retourné sur la plage de Deauville où il se dore le nombril* ! Mais, s’il y a bien un truc que les publicitaires préfèrent éviter, c’est de décontenancer la ménagère de moins de cinquante ans…

    Ça me rappelle que j'ai un pote qui a réellement été largué par une fille qui a préféré entrer au couvent, finalement. Un truc comme ça me serait arrivé, franchement, je ne sais pas si j'aurais pu m'en remettre - contrairement à lui qui en tire une certaine fierté.

    *ou de Biarritz, ou de Collioure, ou de La Baule, etc.

  • L'homme nouveau

    Ce matin, en me levant, j’ai pris une décision. Plus de capotes. Aux chiottes le stérilet. Fini la pilule. Marre du SS (sexe sécurisé), à bas les CRS (coïts réduits au stupre) !!! Mai 68 n’était qu’une révolution bourgeoise (de plus)…

    Je veux prendre des risques, moi, en commençant par accorder ma confiance à la fille que je tringle, la baiser sans la baiser. Si c’est cette pouffiasse qui n’a pas confiance en moi, eh bien qu’elle prenne ses clips et ses tongues et qu’elle aille se faire troufignoner ailleurs, la goujate ! Ou si je crèche chez elle - c’est plus probable -, ben j’irai finir ma nuit à l’hôtel.

    L’étoffe d’un héros ? Faut quand même pas exagérer, vu que je me tape que des bourgeoises bien propres sur elles. Et puis dans ce pays, le moindre smicard peut s’abonner à Canal+ et payer les traites de sa Logan GTI, alors un mioche, combien ça coûte ? que dalle…

    Tel que je me connais, je vais relancer la mode des mecs qu’ont des couilles et qui les vident pour de bon. Je parie que d’ici un an, la cote du petit maquereau en costard-cravate avec le larfeuille bourré de biffetons et de capotes va dégringoler de 50 %…

  • Mon va-tout

    Je suis bien conscient que si je ne raconte pas au moins un de mes tête-à-queue® égoïstes avec Isabelle ou un de mes tête-à-tête romantiques avec Véronika, mon imitation de Beigbeder ne sera pas très crédible et je vais me faire siffler par mes lecteurs.
    Mais si je me fais pincer par Isabelle ou Véronika - ou les deux -, je vais passer un sale quart d’heure fois deux qui font une demi-heure, et la satisfaction d’avoir été Beigbeder pendant quelques jours ne compensera pas tout à fait. Car ce ne sont pas des filles faciles.

    Aussi avant-hier ai-je décidé d’entamer une relation avec une commerçante du VIIe arrondissement. Par une lettre, glissée discrètement dans sa boîte, comme je le faisais lorsque j’avais quinze ans et que j’étais timide :

    Mademoiselle,

    Hier vous portiez une jupe beige fendue devant et j’ai marché derrière vous quelque cent cinquante mètres dans l’espoir d’apercevoir votre string à contre-jour. “Vanité des vanités, tout est vanité”, certes, cependant j’ai du mal à me remettre de cette poursuite émouvante (bien que vous ne soyez pas la seule femme élégante dans le quartier !).
    La glace de vos yeux m’a carrément figé les sens. Puis ils se sont mis à tourner à toute vitesse, de droite à gauche puis de gauche à droite. Vous voyez le genre.

    Que dois-je faire ? Me contenter de quelques pompes, trois fois le tour du Bois de Boulogne en courant pour vous oublier, ou franchir le seuil de votre boutique sous n’importe quel prétexte, jouer mon va-tout et me mettre à poil devant vous ?

    Je vous prie au moins d’agréer, Mademoiselle, l’expression de mon admiration sincère pour votre silhouette,


    Et j’ai signé : Frédéric Beigbeder (lapinos@hotmail.com/06.77.22.XX.XX).
    À ce jour je n’ai pas reçu de réponse, et je me demande si je n’aurais pas mieux fait de la jouer classique, de lui faire un clin d’œil dans la rue, comme d’habitude. L'originalité ne paie que très rarement avec une femme.

  • Renoncer ?

    Beigbeder est capable d’un peu d’esprit tous les jours, voilà pourquoi je ne serai jamais lui ; moi je claque tout en une seule journée, généralement le vendredi. Ou le mercredi.

    Hier soir j’ai bien cru que l’expérience allait tourner court. J’ai mesuré le fossé qui me séparait de mon modèle. J’ai comme lui une tête à claque, mais à part ça les discothèques, très peu pour moi car j’ai les tympans hyper sensibles, et l’équipe de France de foot, je m’en tamponne le coquillard, et je peux me vanter de n’avoir aucun pote aussi prévisible qu’Edouard Baer, et Dantec, j’en parle même pas… Quant à la célébrité, je n’ai jamais goûté à ce fruit trop sucré…

    Un lecteur assez sournois m’écrit en outre qu’il croit que j’ai dû me glisser dans la peau de Yann Moix plutôt que dans celle de Frédéric Beigbeder. Le doute et les relents sonores de la “fête de la Musique” (?) m’ont fait me retourner et me retourner longtemps dans mon pieu avant de trouver le sommeil. Si c’est pour m’écrire des idioties pareilles, autant vous abstenir.

  • La critique est facile

    La critique est un art difficile au point qu’il ne se trouve à ma connaissance dans ce pays plus aucun type assez sérieux pour l’exercer dignement et enrayer ainsi les épidémies galopantes d'éric-emmanuelschmitterie (très grave), de paulaustérisme (très chiant), de chloédelaumisme (très con), aso (and so one)…

    Un critique sérieux par exemple, ça serait un critique qui, dans le souci de faciliter la vie aux lecteurs amateurs, fournirait des conseils pratiques précis.
    Par exemple : dans “La Conscience de Zeno” (La Coscienza di Zeno), ne pas se laisser rebuter par le titre du chapitre intitulé : “Histoire d’une association commerciale” ; lire en priorité les passages suivants, les plus savoureux : pp. 30-33, 98-102, 195-197, 321-23, etc.
    Euh, le hic, c’est que j’ai acheté “Zeno” dans la collection “Livre de Poche”, truffée de fautes d’orthographe et qu’il vaut mieux donc éviter. Tout le boulot est à refaire. Un critique sérieux n’hésiterait pas à se remettre au travail. Moi j’ai un peu chaud.

    Au lieu de ça, il faut se farcir la critique homosexuelle d’Angelo Rinaldi ou de Dominique Fernandez -un bon bouquin est un bouquin de pédé-, ou la critique hétérosexuelle de Patrick Besson -un bon bouquin est un bouquin qui a des couilles.

  • Too complicated

    Beigbeder cite volontier les œuvres de ses auteurs (décédés) favoris. Moi, je citerais bien Frédéric Beigbeder citant Valéry Larbaud citant Le Prince de Ligne et sa femme, dont la réplique (« Souvent »), lorsqu’il lui demande si elle lui a été fidèle en son absence, ne manque pas d’humour anglais… mais ça risque de s’avérer un peu compliqué pour le calcul des droits d’auteurs.

  • Ma semaine Beigbeder

    Cette semaine, pour me reposer un peu avant des vacances qui s’annoncent éreintantes (quel lapin dans la force de l’âge s’en plaindrait), j’ai décidé d’entrer dans la peau de Frédéric Beigbeder (Being Frederic Beigbeder), d’endosser son style léger de saison.

    Ça ne m’empêche pas d’assister à la messe ce matin – qui plus est dans un quartier complètement “out”.