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Lapinos - Page 161

  • Traduire "kapo"

    Dans le calendrier laïc, la rentrée des classes occupe une place prépondérante. Hanifa Chérifi répond sur Europe 1 ce matin aux questions vicelardes de Stéphane Soumier. C’est son métier, elle est officiellement “Médiatrice de l’Éducation nationale”, traduisez “kapo”. Que vont dire les profs aux jeunes femmes qui se présenteront le visage voilé en cours ce matin ? Et est-ce que chaque prof ne doit pas se sentir un peu responsable de la vie des otages français ? La pauvre Chérifi est au bord de la gaffe, la patate est beaucoup trop chaude pour elle… Crime de lèse-laïcité, crime de lèse-journalisme, crime de lèse-islam, ça fait beaucoup à la fois. Kapo, c’est vraiment pas un boulot facile.

    Il faudrait vraiment être une brute pour ne pas être ému par la ferveur qui guide tous ces parents ce matin, la main dans la main de leur enfant, sur le chemin de l’école, sous un soleil déjà haut, brillant comme la Raison. Je m’écarte respectueusement pour laisser passer cette digne procession sans bannières ni cantiques. Ce petit garçon blond a des yeux bleus très sérieux qui reflètent la gravité de l’événement. Reflux de quelques souvenirs d’enfance qui ont peu à voir avec l’iconographie sulpicienne de Robert Doisneau.

    Au début, j’avais à peine trois ans, et je n’ai pas souvenir d’avoir été trop effrayé lors de ma première rentrée. Juste un petit frisson d’horreur esthétique en pénétrant dans des bâtiments, puis ma classe, décorés dans le goût soixante-huitard de mes instits – que les restaurants MacDonald s’efforcent d’imiter aujourd’hui pour des raisons commerciales évidentes. Ma sensibilité encore mal dégrossie, je dois l’avouer, s’accommoda assez facilement du orange vif et du vert fluo. Je pris l’école comme une échappatoire aux débords de tendresse de ma chère mère, qui mettaient en péril ma virilité. J’appréciais aussi beaucoup mes nouveaux camarades de jeux qui ne se faisaient pas violence, comme mon père, pour jouer aux petites voitures avec moi, et riaient de bon cœur. Combien de temps me maintins-je dans de tels sentiments, je ne sais plus, je dirais deux ou trois ans, pas plus. Cette trêve écoulée, la dimension carcérale de l’institution scolaire m’apparut enfin. Sauf que dans les prisons on se contente de faire semblant de vous réformer ; les instits, eux, s’appliquent vraiment à vous éduquer et prennent leur sacerdoce au sérieux.

    Au total, je garde un goût amer de ces longues années passées à l’école de la propagande. Après une phase d’hébétement, je me mis à résister tant que je pouvais, résistance tantôt passive, tantôt active, mais je n’étais pas assez mauvais élève pour être définitivement exclu. Je me réfugiai alors dans la lecture enivrante d’ouvrages peu recommandés, pour ne pas dire mis à l’index, et dans la contemplation concupiscente des formes adorables de certaines de mes voisines de pupitre.
    Comment n’en voudrais-je pas à l’école d’avoir fait de moi l’être infirme que je suis devenu à ce régime, à moitié cultivé, à moitié nostalgique, à moitié chrétien, bref à moitié achevé…

  • Croque-mitaine ou Croque-minou ?

    Par moments, ça ressemble aux mémoires d’un bobo tartinant sur ses états d’âme :

    « Ma fille venait d’atteindre ses quatre ans et allait maintenant à l’école maternelle de la rue d’Orsel. Elle m’avait fait passer, le jour de la rentrée, pour un abominable père indigne, ne cessant de hurler à mort tout le long du chemin et ameutant les passants avec ses gueulantes inhumaines.
    Anik, qui se levait très tôt pour aller au boulot, dans l’impossibilité de se farcir la corvée, m’avait refilé le bébé. Un vrai chemin de croix, nom de Dieu ! J’aurais de loin préféré le rôle du martyr à celui du bourreau. Je m’étais senti ulcéré d’avoir dû, à mon tour, me conduire comme un enculé d’officier. »


    Pourtant, c’est les souvenirs de Siné, tome troisième, réédités par Casterman, enluminés de petits mickeys de l’auteur : Ma vie, mon œuvre, mon cul.
    Siné, le dernier des anarchistes ! Le seul à oser encore se réjouir publiquement lorsqu’un gendarme se fait buter dans l’exercice de son sacerdoce. Sauf que lorsque sa villa en Corse fut cambriolée, notre croque-minou appela nonobstant les forces de l’ordre à la rescousse, faut pas pousser pépé dans le ravin, quand même…

    L’épisode où il va taper Céline d’une préface à l’adresse que Nimier lui a refilée est assez édifiant. C’est ce qui me décide à chouraver cet album à 15 euros la pièce, excusez du peu. Chuis pas un anar embourgeoisé, moi.

    Le flic de service en costard et lunettes noires près du portail antivol électronique n’y voit que du feu.
    Dans mes chiottes où il fait bon lire, je termine peinard.

    Rendu devant chez Céline – anar aussi, mais pas le genre à agiter un drapeau -, Siné recule, son culot énorme se dégonfle un tantinet. Mais il lui en reste assez pour demander à Marcel Aymé… Qui s’exécute ! Brave Marcel, ami des bêtes au point de caresser un chien enragé…
    Édifiante aussi, l’ascension sociale à la force du crayon, grâce au Banania, au Viandox, au chewing-gum Hollywood, aux laboratoires Sandoz, etc., qui payent grassement les dessins publicitaires de Siné.

    Pépé Siné aujourd'hui, sauf son manque de respect, est certes perclus de contradictions, mais pas de complexes, et continue à signer de son écriture rondouillarde des billets d’humeur peu vagabonde dans un canard à la demi-solde du parti socialiste : Charlie Hebdo. J’allais oublier de tirer la chasse d’eau.

  • Qu'ils aillent se faire pendre !

    Ce sont les risques du métier, Messieurs Chesnot et Malbrunot… Lorsque meurt un maçon sous son faix, on n’en fait pas un drame. Certains n’applaudissent-ils pas, même, lorsque le toréador se fait embrocher ?
    Les risques d’un métier de vautour, c’est de se faire tordre le cou par une charogne pas encore complètement refroidie. Vous pensiez être de bons citoyens au service de l’information, pas des charognards ? Cette blague ! Vous croyez que les Irakiens ne savent pas que les Français relèvent les troupes américaines en Afghanistan pour leur permettre de mieux se déployer en Irak ?

    Mais vous pouvez compter sur Chirac pour faire pleurer les amateurs de western sur votre sort en imitant les trémolos de John Wayne. Les otages, c’est sa spécialité, il sait les accommoder, depuis le temps ! D’ici qu’on sorte Marchiani de prison pour vous le parachuter…

  • Lapinos se dévoile…

    Jardin du Luxembourg, quinze heures trente. Un vent à faire chavirer les petits voiliers. Chloé arrive dans mon dos alors que je m’apprêtais à repartir. Surpris, je fais choir le Journal de la Culture dans le bassin en me retournant brusquement. Flûte, je ne l’avais même pas encore lu (fidèle à ma promesse) ! Je le regarde couler maintenant, impuissant. Un col-vert femelle donne un ou deux coups de bec, intrigué, agacé ?

    Avec mon admiratrice qui s’excuse, j’échange un baiser comme l’exige la coutume dans ce pays de Judas.

    Chloé n’a même pas Le Voyage dans les mains, comme je le lui avais commandé. Bon sang, ce n’est tout de même pas les Lettres à Roger Nimier ! Ça commence mal… Tandis que nous nous dirigeons vers la buvette, je ne peux m’empêcher d’allumer un clope pour dissimuler ma nervosité. Chloé n’est pas vraiment belle, non, elle a ce qu’on appelle du “charme”. Elle, Marie-Claire ou Cosmo peuvent toujours essayer de faire gober à leurs lectrices que c’est encore mieux, le charme, rien ne remplace vraiment la Beauté avec un grand B.
    Je suis pas nerveux parce que c’est ma première interviou, non, mais parce que ça risque d’être la dernière. Je commande deux cafés et un ballon de blanc. Chloé réclame un grand verre d’eau en plus…

    Chloé : Quel âge as-tu exactement, Lapinos ?
    Lapinos : Non, je préfère que tu m’appelles par mon vrai nom : mon prénom c’est Xavier. Et toi, tu t’appelles vraiment Chloé ?
    Chloé : Oui, pourquoi, y’a un problème ?
    Lapinos : Mmmh, oui, je croyais, mais t’as pas l’air d’en vouloir à tes parents, alors…
    Chloé : Mon père est mort !
    Lapinos : Je l’ignorais… C’est le…
    Chloé : Stop ! Stop ! C’est moi qui te pose des questions, oké ?
    Lapinos : Je…
    Chloé : Oké ?
    Lapinos : Tout ce que tu voudras, à condition que t’arrêtes de dire oké, d’accord ?
    Chloé : Pffff… Je te trouve agressif comme mec, je pensais pas que…
    Lapinos : C’est que ça fait plusieurs jours que je n’ai pas… tu comprends ?

    Le serveur rapplique avec les cafés et mon jaja. Pas trop tôt, je commençais à avoir la gorge sèche.

    Chloé : Que tu n’as pas… ?
    Lapinos : Tu m’intimides.
    Chloé : Normal, c’est ta première interviou, non ?
    Lapinos : Oui, tu veux un clope ?
    Chloé : Non merci, je fume pas.
    Lapinos : T’as tort. Vraiment, j’insiste…
    Chloé : O… D’accord, file-moi-z’en une…
    Critch… critch… critch… (ma pierre est presque morte)
    Chloé : Kof ! Kof ! Kof ! Putain, c’est fort !
    Lapinos : Tu crois quand même pas que j’vais fumer des BHL !
    Chloé : Des quoi ?
    Lapinos : Des BHL : ça veut dire Benson et Hedl… et Hedi… ah, merde ! Benson et Hedges lights, voilà ! Mais ça veut dire aussi…
    Chloé : Ah oui, oui, ça y est, je me rappelle, j’ai lu ça dans un de tes posts…
    Lapinos : Hem…

    Un blanc. Chloé consulte une petite fiche.

    Chloé : Ah, oui… Quelle est ton ambition en écrivant ce blogue, Xavier… ?

    Je fais la grimace.

    Lapinos : Le café est dégueulasse !! Tu trouves pas ?
    Chloé : S’il-te-plaît, réponds à mes questions sinon ça va ressembler à rien cette interviou !
    Lapinos : Ouais, ouais, attends… Ambition, ambition, est-ce que j’ai une gueule d’ambition !?
    Chloé : Oui, pourquoi pas ?
    Lapinos : Hein !? Ça alors, on ne me l’avait jamais faite celle-là, ça… C’est peut-être ma nouvelle coiffure ?
    Chloé : Ça te va bien, je trouve, mais je sais pas à quoi tu ressemblais avant. Tu sais à qui tu me fais penser, au type qui joue…
    Lapinos : Chloé, Chloé, chhht ! Je préfère ne pas le savoir, ça ne me ferait pas forcément plaisir tu sais…
    Chloé : Pfff !! Bon, et sinon, ce que tu racontes sur ton blogue c’est vrai à 20, 30, 80 ou 100 % ?
    Lapinos : Tu sais, Chloé, il n’existe pas de grand caractère qui ne tende à quelque exagération… Je préfère qu’on arrête maintenant, parce que ça va être vachement trop long à retranscrire, sinon. D’accord ?

  • Haro sur la baudruche !

    Hier soir, tandis que Paris était une fête à neu-neu, je dégustais un pigeon en sarcophage chez ma cousine Sophie, en compagnie de quelques convives, cinq en comptant Jean qui est arrivé très tard, ayant tenté imprudemment la traversée de Paris.

    Cinq hommes célibataires, parce que Sophie vient d’avoir trente ans et veut désormais se marier. Elle m’a laissé un sursis assez bref d’un an. Passé ce délai, je devrai l’épouser. Car j’ai beau me réfugier derrière l’interdit de l’inceste, Sophie n’est pas dupe ; elle n’a pas oublié que, quand j’avais quinze ans, j’ai tenté de la violer dans une soupente. Elle s’est abstenue alors de me dénoncer à mes grands-parents, mais elle croit depuis me “tenir” avec ça.

    Je me souviens que mon confesseur, un jeune prêtre en vacances dans ce petit village proche de la côte normande, me navra profondément en m'enjoignant en guise de pénitence d’offrir un bouquet de fleurs à Sophie (!!!). Je n’avais pas osé lui avouer que c’était ma cousine, mais tout de même, ça m'a dégoûté ensuite d’aller à confesse pendant plusieurs années (!!!).

    Quant à Sophie, j’ai cessé de la désirer depuis cet instant où elle s’est refusée à moi en poussant des cris stridents, avec une constance qui n’est pas dans ma nature, pendant près de quinze ans. En revanche, elle, s'est entichée de moi dès le lendemain de cette aventure, et je lui cache depuis pour préserver sa pudeur le refroidissement aussi bizarre que subit de mes sentiments. Elle pourrait deviner la vérité, mais les femmes qui ne sont pas mariées à trente ans restent généralement éloignées de la vérité le restant de leur vie.

    Ne fallait-il pas qu’elle soit un peu bargeot pour accepter ma proposition d’organiser un salon littéraire dans son loft de la Place des Ternes ?

    « - C’est complètement démodé, plus personne ne lit aujourd’hui… surtout pas les mecs ! », a-t-elle fait mine de se défendre. J’ai convenu que c’était un peu démodé comme idée, c’est la télé qui est désormais au centre des conversations, mais « Il faut être ferme sur les principes, Sophie : quand bien même on ne parlerait que des derniers exploits télévisés de Beigbeder ou de Koh Lanta, je t’assure que c'est un salon li-té-raire que tu dois tenir… Tu peux compter sur mon vernis de culture pour citer un ou deux noms d’écrivains au cours de la soirée.»

    Je me suis engagé aussi, un peu à la légère, à fournir les célibataires. Or, nous n’en sommes qu’au troisième dîner et je commence déjà à être à court…

    La difficulté à déguster proprement les pigeons de Sophie nous a bien tenus en haleine jusqu’à dix heures, beaucoup plus longtemps que le dernier bouquin de la fille du hussard bleu, Marie Nimier, sur lequel j’ai cru bon d’aiguiller la conversation ensuite. Je crois que personne ne l’avait vraiment lu et qu’en plus on commençait à en avoir ras-le-bol de ronger des os. Flop…
    « Et Virginie Despentes, quelqu’un peut me dire ?… » On a vraiment dû faire tous une sale gueule, parce que Sophie n’a même pas terminé sa phrase. Là, un blanc.
    Très vaine soirée, puisque tous les célibataires ont été éliminés par Sophie.

    Tiens, puisque je suis au rayon des vieilles baudruches dans le vent, disons un mot d’Alexandre Adler. N’écoutant que le conseil d’un blogueur voisin, j’ai parcouru son édito du 25 août à la Une du Figaro. Manifestement, cette outre passe le concours pour devenir nègre de Sarkozy. Je vous laisse juger sur pièce :

    « Soixante ans plus tard, la libération de Paris, tel le Napoléon de Mallarmé, commence à être changée par l'éternité qui s'approche », ou :
    « De Gaulle, tel Christophe Colomb, avait cru découvrir ses Indes à lui au soir de la libération de la capitale, c'est-à-dire la grandeur restaurée de la France républicaine. » Difficile de faire plus stupide et je pense qu’il sera recalé.

  • A force de mâcher du chewing-gum

    Léger malaise en me réveillant ce matin. Y’a de la commémoration dans l’air, je le sens dans mes articulations…
    Aujourd’hui, nous célébrons la gloire des jeunes héros français qui, après des années d’une Résistance sublime, pour ne pas dire subliminale, prirent leur courage à deux mains pour aller botter le cul des nazis, devançant ainsi des soldats américains, certes forts sympathiques, mais un peu longs à la détente à force de mâcher du chewing-gum.
    Je me rappelle cette leçon de mon institutrice du cours moyen, assenée plusieurs fois, et son parfum d’ennui mortel, avec un vif déplaisir. À côté de cette Histoire cousue de fil tricolore, les contes de Perrault me paraissaient beaucoup moins manichéens. Et le chemin des écoliers un vrai chemin de croix.

    Il vaut mieux que j’évite d’allumer la télé aujourd’hui, me dis-je, et, abruti, j’allume la radio. L’invité de Pierre Thivolet ce matin sur Europe 1 s’appelle Philippe Castetbon. Il a écrit un bouquin sur les plaques commémoratives dont les murs de Paris sont parsemés. “Ici est tombé Untel, poussé par une botte nazie…” Une sorte d’enquête, si je comprends bien, pour tâcher de savoir qui étaient vraiment ces martyrs inconnus qui donnèrent leur vie pour que cesse de résonner le bruit des bottes allemandes sur le pavé parisien mouillé… Et c’est au moment où je m’y attends le moins, donc, que je recouvre ma bonne humeur, grâce à la franchise de ce type, Castetbon, manifestement peu préparé à parler au micro d’Europe 1 à une heure de grande écoute. Car ne voila-t-il pas qu’il se met à raconter benoîtement sa surprise d’avoir découvert que la plupart de ces martyrs n’étaient en fait que des “résistants de la dernière heure”, des gars qui s’étaient juste trouvés là au mauvais moment, écopant d’une balle perdue…

    Mais Pierre Thivolet, qui commence à trouver qu’il fait chaud dans le studio, interrompt avec professionnalisme ce bel élan de sincérité pour nous rappeler que Philippe Castetbon est encore très jeune et que la préface de son bouquin est signée Bertrand Delanoë.

    Après j’éteins la radio et j’allume l’ordinateur pour lire mes messages. Faut que je change de boîte aux lettres, celle-ci marche mal. Une admiratrice m’écrit : « Lapinos, pourrais-tu te dévoiler davantage, on ne sait presque rien sur toi ? », dans un courriel proprement dithyrambique. Mais j’ai lu la plupart des fables de La Fontaine et il en faut plus pour m’attraper. Cette admiratrice se propose ensuite de m’interviouver, puis de jeter ça en pâture sur internet. Bof… Finalement, comme elle n’a pas joint sa photo, la curiosité l’emporte et je me ravise vite. D’accord, mais à une condition : je ferai les questions et les réponses. “On n’est jamais si bien servi que par soi-même”. Ça ne devrait pas trop la gêner, vu que cette interviou n’est qu’un prétexte pour me rencontrer.
    Mon ami Jacques P., après la parution tant attendue de son bouquin, s’est vu proposer par un journaliste une auto-interviou. Celui-ci mourrait d’envie de dire tout le bien qu’il pensait de son livre, d’une rare érudition, dans son canard, mais le temps pour le lire lui faisait défaut, hélas, et, ce qui est plus gênant, pour rédiger la critique. Bien sûr, le subterfuge ne fut pas divulgué au lecteur qui crut lire une “vraie” interviou. Résultat : des questions pertinentes et entrant d’emblée dans le vif du sujet, et point de ces quiproquos qui surviennent inévitablement entre un écrivain et un journaliste qui n’a pas lu le livre, ni même de livres du tout, souvent.

    Rendez-vous est donc pris avec Chloé vendredi prochain à quinze heures près du bassin du Luxembourg. Va-t-elle se dégonfler ? Je lui demande de tenir ostensiblement Le Voyage de Céline dans la main pour que je puisse la reconnaître. J’ose espérer que ce prénom, Chloé, c’est un pseudo !

  • La nausée

    Dans son uniforme vert improbable, un vendeur de la Fnac m’empêche de picorer tranquillement dans Kamikaze à force de vérifier l’alignement des bouquins sur lesquels, justement, j’ai appuyé le pavé de Nabe, difficile à feuilleter dans le vide. Il m’oblige à me décaler pour le laisser s’affairer. Je lui cède deux mètres, mais, très vite, il les regagne. Le fait-il exprès ? Dire qu’il m’agace prodigieusement, c’est peu. J’ai envie de foutre le bordel dans son rangement aussi maniaque qu’absurde. D’ouvrir la fenêtre et de balourder dans la rue son Beigbeder en promotion, sa Lolita Pille primeur, son BHL étouffe-chrétien, son Dan Frank laxatif, son Gracq périmé…

    J’ai la nausée, mais je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Ma conscience me dit que je ne suis qu’un collabo à chaque fois que je pénètre dans ce décor minimaliste, pose le pied sur cet escalator stalinien, dépasse la cafétéria qui ressemble à une salle des profs… complice d’un système communiste, additionné d’une dose de capitalisme, le plus abject qui soit. Je me dégoûte ! C’est rare, quand même, que j'ai la nausée comme aujourd’hui, au point de battre en retraite, d’abandonner Nabe au milieu de tous ces détritus matérialistes.

    Je monte dans un bus bondé pour rentrer chez moi. Le temps aussi est maussade. Je force mon attention à se concentrer sur le profil d’une jolie vierge qui minaude à peine, coincée dans un angle contre moi. Très belle chevelure ondulée. Quand elle change de position et que sa main effleure mon bras nu, ça me fait du bien aussi. Putain, qu’est-ce qu’il fait chaud ! Je voudrais bander, mais mon envie de gerber reprend le dessus tout d’un coup. Il faut que je sorte de ce bus en vitesse ! Il est bloqué dans la circulation, merde, de l’air, j’étouffe !! Il redémarre brutalement et parvient à semer ses poursuivants. À l’arrêt je m'extrait le premier. Pfffuiouh, pas trop tôt ! Je regarde à droite, à gauche. En voilà une… Je me dirige vers elle d’un pas mal assuré. Me penche soigneusement au-dessus et commence à dégueuler, proprement, en visant. Entre deux renvois, je n’en mène pas large, mais je fais un effort pour me tenir droit. Les passants qui débouchent au coin de la rue sont un peu étonné par ma position vi-à-vis de cette poubelle de rue.

    Maintenant, je suis complètement vidé et m’allongerais volontiers sur le trottoir pour reprendre des forces, mais la place des Ternes n’est pas assez hospitalière. Pfuiitt ! Quel soulagement de ne pas avoir aspergé la fille du bus. Et tous ces passagers entassés. Quel bazard ça aurait été ! Mais de quelle pittoresque description mon respect humain et mon sang froid privent ce journal. J'imagine des cris d'effroi, des larmes, des insultes !
    Je crois que c’est surtout ce gratin de coquilles St-Jacques que j’ai mangé à midi qui m’a bouleversé, plus que mon détour par la Fnac, faut être honnête.

  • Coming out & flash back

    Question piège n° 1 - Êtes-vous raciste ? - Non merci, sans façon !… Hop, hop, hop, pas si vite ! Qu’est-ce qu’un raciste, d’abord ? Un con ! Affirmatif. C’est un des signes distinctifs. Or, un con qui déclare qu’il ne l’est pas, vous le croyez, vous ? Non, hein, vaut mieux se méfier… C’est pas si simple, donc. Ça se complique, même, car si quelqu’un avoue qu’il est un gros con, on va se méfier encore plus. Ferait pas une petite dépression, lui ?

    Question piège n° 2 : - Êtes-vous homophobe ? - Homo… quoi ? Ah, non merci, ça non plus !… Oui, mais là, c’est beaucoup plus compliqué, un vrai casse-tête. C’est quoi un homophobe ? C’est une autre espèce de con, un con qui n’aime pas les homosexuels, ce coup-ci. Et ça, c’est pas facile, de savoir si on aime ou pas les homosexuels, sexuellement je veux dire - car c’est une question éminement sexuelle, l’homosexualité.

    Comme Socrate, je vais illustrer mon propos par un exemple. J’avais 18 ans. David aussi. On avait pas mal bu. Je devrais dire : il m’avait beaucoup resservi (c’est pas trop difficile de me faire picoler). La tête me tournait un peu et je m’allongeai sur la pelouse. Jusque-là, j’ignorais qu’il en pinçait pour moi. Quand il m’embrassa sur la bouche, ce fut le déclic, je compris enfin : ce foulard Hermès qu’il nouait délicatement autour de son cou, ces eaux de toilette coûteuses dont il s’aspergeait… Mais, comme je ne fermai pas les yeux, que je ne soupirai pas d’aise, David devina ma réticence. Sans se vexer, il s’enhardit alors à m’attraper les couilles, gentiment, à travers mon jean, pour essayer de me séduire par là. Bon réflexe, je m’abstins de m’énerver bêtement, genre : “Lâche-moi la grappe, gros pédé !”. Je dis “réflexe”, mais à vrai dire j’étais médusé. Comme une fille à qui tu mets la main dans la culotte sans crier gare, alors qu’elle te trouve sympa, certes, mais qu’elle n’apprécie pas particulièrement ton physique. J’étais très gêné, surtout pour lui. Il s’acharna deux minutes sur mes parties génitales, me sussurrant à l’oreille des flatteries sur mon anatomie, puis, voyant que je ne bandais pas d’un chouïa, lâcha prise. Je refoulais peut-être mes désirs homosexuels, mais tellement bien que c’était pas la peine d’insister. Un peu plus tard dans la soirée, il a pleuré, je crois que c’était parce qu’il avait un peu honte, il voulait pas que sa mère l’apprenne, et puis il s’était mis à écluser à son tour le Bordeaux. Moi, j’étais fixé sur mon compte, je savais désormais que j’étais homophobe, confusément, parce qu’à l’époque le mot n’existait pas encore, c’était il y a un peu plus de dix ans.

  • Boycott

    Dans “Le Monde” d’hier, je lis : « Ces prêcheurs [musulmans] attisent l'idée selon laquelle ils sont "victimes de discrimination et de racisme", générant un racisme antifrançais en retour. » Et je sursaute. J’écarquille bien les yeux et je relis ces mots incongrus : “un racisme antifrançais” (!?). Ça y est, les riches aussi commencent à flipper ! Ça fait vingt ans que Le Pen use de cette expression, et, un beau matin, vous la retrouvez recyclée dans “Le Monde”, comme si de rien n’était.
    D’accord, “Le Monde” est une usine à recycler les vieux matériaux idéologiques, mais quand même, il y a certains signes qui ne trompent pas ! La banlieue déborde. Neuilly se sent menacé et appelle St-Cloud à la rescousse… À moins que notre quotidien de référence, après avoir soutenu Mitterrand, puis Balladur, puis Jospin, ne se prépare à soutenir Sarkozy. Rester du côté du manche, c’est la ligne du “Monde”.

    La ligne du “Journal de la Culture”, elle, je la pige moins bien. Mais, de toute façon, j’ai décidé de ne pas le lire. Non, je ne lirai pas la dissection du corps de Bloy par Juan Asensio (de toute façon, je l’ai déjà lue sur son blogue) ; non, je ne lirai pas le “Loft des écrivains” (déjà lu aussi) ; non, je ne lirai pas l’interview de Dan Franck (de toute façon, il n’a rien à dire ni à écrire). Pourquoi ? Parce que Juldé n’a pas été payé ! Bien sûr, il peut y avoir un certain réconfort pour lui à lire son nom dans l’ours d’une revue, mais au point où il en est, j’estime que ce n’est pas suffisant. Au noir, en liquide, au prorata des ventes ou en nature, payez Monsieur Vebret ! Pour délivrer Juldé du cancer qui le ronge, qui l’empêche de déployer ses ailes et de s’envoler enfin vers Paris et le succès : le RMI.

  • Le Prince charmant avec une grosse bite

    J’ai reçu deux courriels de lecteurs de mon blogue ce matin. De Virginie, qui se dit surprise que je puisse apprécier Houellebecq, qu’elle considère comme un romancier médiocre…

    Virginie, d’abord Houellebecq n’est pas un romancier, c’est un philosophe. Un moraliste, plus exactement. Une sorte de Cioran, en plus “fleur bleue” (ça commence par des partouzes avec des petites putes exotiques, mais ça finit par une love story avec une jolie Quinocéenne bien de chez nous). C’est déjà pas si mal d'être le dernier penseur français. Le roman, c’est une couverture, ses personnages n’existent pas, c'est des stéréotypes. Il est bien obligé de faire semblant de pas être sérieux, Houellebecq, sinon il passerait son temps au tribunal. En réalité, y'a pas plus sincère, plus naïf, plus grave que Houellebecq.

    Il est informaticien au départ, et j'ai remarqué que ces gens-là sont généralement peu portés sur la gaudriole. Leur passe-temps favori, c’est de refaire le monde. Tu vas m’objecter son succès médiatique. C’est quand même un peu arrivé par hasard, tout ce pognon, toutes ces gonzesses, même s’il les a accueillis à bras ouverts (le jour où il ne vendra plus, il en aura bien besoin de cet argent pour se protéger, l'exil ça coûte cher).

    Cette blonde, chez Monoprix, qui fait la queue, porte une jupe écrue qui dévoile par transparence un joli cul. Charnu, mais pas seulement : charismatique ! À part ça, elle est assez commune. Voilà pourquoi elle montre ses fesses. Pourtant, je suis sûr qu’elle aussi rêve du Prince charmant, mais d'un prince charmant avec une grosse bite. Elle vit avec son temps, je le sens bien. Mademoiselle finit par se retourner pour relever ses filets - je la regarde, elle rougit. Et pourtant je vous jure que son string noir se détache nettement, pas seulement à contre-jour ! Prince charmant ou satyre ? That is the question… Houellebecq a raison, les femmes se compliquent de plus en plus.

    À mon deuxième correspondant, affublons-le du surnom de Popol puisqu’il ne veut pas que je mentionne son nom, je répondrai demain. Je suis vanné. Si ça continue, il va falloir que j'embauche une secrétaire.

  • La banane des droits de l'Homme

    L’autre jour, j’allume la radio et j’entends Hervé Gaymard qui dit à Elkkabach qu’il est bien décidé à se battre, à se battre pour la banane des Antilles, “parce que c’est la banane des droits de l’Homme !” Estomaqué, je reste un instant la tartine en suspens. Je ne l’avais pas sentie venir, celle-là ! D’habitude, il se passe jamais rien chez Elkkabach, c’est même pour ça que je l’écoute en prenant mon petit-déjeuner, pour éviter de me tacher. Eh bien, depuis, cette “Banane des droits de l’Homme” ne cesse de me hanter. Pire que le Concombre masqué quand j’étais petit. C’est pour m’ôter ces conneries du ciboulot que je décide d’aller à la piscine. Près du Bois de Boulogne. L’hydrothérapie, y’a pas mieux, j’oublie tout pendant une heure. Dans l’eau froide, je dois nager pour me réchauffer, je fais travailler mes muscles et mon cerveau tourne au ralenti. Ne comptent plus que ma respiration, la précision de mes mouvements et, bien sûr, quelques nageuses entre deux eaux. Sublimées par l’onde. Leur peau brille, leurs chairs sont raffermies. Dommage que le bonnet réglementaire me prive de leurs chevelures gonflées d’eau. Celle-ci, par exemple, doit être rousse, sa peau est tellement blanche. Je la reconnais. Elle vient régulièrement. On a déjà échangé quelques banalités, elle s’appelle Virginie, mais je n’ai pas osé lui dire tout le bien que je pense de sa peau blanche, de sa taille de guêpe, ses deux atouts majeurs. Je devrais aussi lui conseiller de nager moins. Elle risque de s’assécher ; ses épaules, son dos, déjà, sont un peu trop larges. Avec son gros cul couleur pain d’épice, cette autre que je vois pour la première fois est une variété différente. N’empêche qu’elle me plaît beaucoup aussi. Son bikini à fleurs retient péniblement une paire de seins comme des obus. Elle pousse un petit cri en entrant dans l’eau, surprise par sa fraîcheur. Ou pour attirer l’attention des mâles alentour. Fin psychologue, je penche pour la deuxième hypothèse. Peut-être que je regarde trop de documentaires animaliers. Les douches et les vestiaires sont mixtes et on peut continuer à s’y rincer l’œil. Je suis le joli morceau de pain d’épice sous la douche. Pour se changer, elle ne prend pas la peine de s’enfermer dans une cabine. Son stratagème - pour épargner les âmes sensibles - consiste à se vêtir par-dessus son maillot, puis retirer ensuite celui-ci subrepticement. Cet anti-strip-tease me bouleverse plus que je ne le laisse paraître. C’est con : elle se serait peut-être proposée de me soulager si j’avais été plus sincère. On peut toujours rêver.

  • La presse à l'œil

    Quel pied de pouvoir lire la presse française à l’œil sur internet, presque toute. Quand je pense qu’il y a dix ans je disais pis-que-pendre du ouaibe, du surf et des seurfeurs. Désormais, je lis "Le Monde", du moins les deux articles et demi par mois qui m’intéressent, sans verser la plus petite obole au triumvirat Plenel-Colombani-Minc. Idem pour "Le Point", "l’Obs", "L’Express", etc. Un clic vers le "Plateau télé" de Patrick Besson, dans le "Figaro Magazine" : la semaine dernière, il se contentait de faire de la lèche à Fogiel. La querelle des pro-Ardisson et des pro-Fogiel a plus d’importance aujourd’hui que celle des Anciens et des Modernes jadis. Et tout porte à croire que Besson est fâché contre Ardisson, qu’il enrage de ne pas être invité plus souvent à la télé. Il a tort, il n'est pas télégénique du tout, avec sa tête de prof de maths serbe. En revanche, je n’apprécie guère les écailles de ce vieux crotale de François Nourrissier, déguisé en grand-père à barbe blanche fumant la pipe. Pourtant, la semaine dernière, j’avais archivé son portrait de BHL. Et aujourd’hui, je sors ces restes de mon disque dur : « (…) Autrement plus excitant me paraît le cursus de ce jeune homme Lévy : de Pasteur à Louis-le-Grand, de Neuilly à Normale et à l'agrégation de philo, voilà le passionnant. Pour BHL, une exploration. Un voyage. En général, il se fait de bas en haut, en se hissant à la seule force du muscle Ambition, tétanisé par l'effort du grimpion. BHL, divers privilèges - beauté et richesse en tête - le dispensent de sueur et d'huile de coude. Il semble n'avoir jamais été animé par un ressentiment. Il dispose à la fois des grands diplômes mythologiques qui rassurent l'angoisse bourgeoise et des dons (du ciel, de la nature) qui donnent du coulant, du lié aux gesticulations d'une vie. Dans ce passage au galop sur le front des troupes, comment distinguer un détail ? Au plus, des réflexions. Par exemple, ne jamais oublier que le judaïsme qui a formé BHL connaissait en Algérie des vexations, une désobligeante mise à l'écart, mais pas la hantise de l'extermination. Et puis, BHL est né six ans après le débarquement des Américains au Maghreb. Considérez les portraits de famille de BHL et des siens, et les terribles photos d'enfants juifs au ghetto de Varsovie : la puissante organisation d'une communauté, son énergie à peu près intacte se lisent sur les visages. La misère absolue, sur les autres. » Ce soir, je suis invité chez mes voisins. Je leur ai rendu un service un jour. Je leur ai prêté un kilo de farine. Depuis, ils ne cessent de m’inviter à dîner. Ils me trouvent sympa, c’est gênant. D’autant plus que je n’arrive pas à savoir pourquoi. C’est sûrement pas pour la farine. Je les soupçonne même d’avoir inventé cette histoire de farine pour lier connaissance. J'ai pensé à une partouze, un truc comme ça, mais rien du tout. Je me suis déjà débiné une ou deux fois, mais je peux pas dire non tout le temps. Sophia est Serbe, et elle fait des efforts pour apprendre la cuisine française, c’est déjà ça ; quant à Eric, une fois le repas avalé, il aime bien refaire le monde. La barbe ! Qu'il fasse comme tout le monde, qu'il écrive son journal intime !

  • Le baby-boum d'après-guerre

    Tours et détours dans Toulouse avec mes amis. Assisté à la communion de leur fils, Jérôme, dans une paroisse bourgeoise. Le curé s’efforçait dans son prêche d’être aussi démagogique que possible. Se présenterait-il à des élections ? Ouf, le 18 juin a été commémoré discrètement. On nous avait suffisamment gavés comme ça de flonflons, de cocardes, de discours et de Drucker pour l’anniversaire du Débarquement. 50 ans ! Il paraît que les Français sont patriotes : ce qu’on savait moins, c’est qu’ils savent garder un secret. En effet, on apprend seulement maintenant que 200000 “enfants de la honte” (de père allemand et de mère française) sont nés pendant l’Occupation. Après tout, que l’une ou l’autre de nos grands-mères, un peu esseulées, se soit laissée tenter par une partie (ou deux) de jambe en l’air avec un soldat allemand, n’est guère étonnant. L’uniforme a toujours stimulé la libido des jeunes filles. Non, la révélation, c’est ce chiffre de 200000 ! Soit 1 enfant sur 10, et encore, sans compter les nombreux bébés abandonnés. Ce qui fait dire à un démographe interviewé par Mireille Dumas que le terme de Baby-boum d’après-guerre ne colle pas avec la courbe. Baby-boum-boum-crac-crac-pan-pan conviendrait mieux.

  • La télé ment toujours

    Pas moyen de me faire une idée sur "La Bible pour les Nuls" à la Fnac Montparnasse. Rupture momentanée du stock.

    En attendant, glanons quelques tuyaux sur internet. L’auteur, Eric Denimal est pasteur protestant, membre de la Ligue pour la lecture de la Bible ou quelque chose comme ça. C'est lui qui a eu l'idée de ce manuel. L’éditeur, conquis, a préféré toutefois - abusivement - substituer la qualité de théologien à celle de pasteur. Pour ne pas affoler le chaland !? Résultat : 5000 ex. vendus en cinq semaines ! La "Passion" de Mel Gibson y est sans doute pour quelque chose. Je propose à Denimal d’utiliser le bénéfice pour offrir cette Bible à de PAUVRES Nuls.

    Cette fois, c’est une ravissante brune assise sagement près de moi dans la rame qui retient mon attention pendant de longues minutes. Je la détaille des pieds à la tête pour m’imprégner de sa beauté. Des dessins indiens sont tracés sur chacun des doigts de ses pieds. Ses jambes et ses bras sont fuselés, ses épaules frêles mais bien droites.
    À croquer, pour ne pas dire à dévorer. Espagnole ? Quel âge peut-elle bien avoir ? Je dirais seize… ou trente. Sa peau est fraîche mais ses traits sont nets. Je louche sur ses seins hâlés qui naissent un peu au-dessus d’une robe crème lacée par devant. Elle se trouble très légèrement. Ne peut s'empêcher de réajuster un peu son décolleté. Une fille aussi belle a l’habitude des regards insistants. Va-t-elle sourire ou froncer les sourcils ? Je suis trop près, je pourrais la toucher si je voulais. Elle, feint de m’ignorer. Un détail cloche cependant. Elle est trop soignée, trop bien coiffée pour ce tricot ajouré et cette robe lacée par devant de gitane.

    Nous descendons tous les deux à "Palais du Louvre". J'aurais juré qu’elle était étrangère, pourtant elle n’hésite pas sur la direction à prendre. Je devrais l’aborder. Lui proposer de faire son portrait.

    J’allume la télé et prends le "Vol de Nuit" en route. L'émission de Poivre manque toujours autant de sel. Invités aussi lisses que les galets de Perros-Guirec. Je ne connaissais pas cette Jennifer Kouassi : encore une jolie brune, qui n'a pas l'air trop hystérique. Mais la télé ment toujours.

  • Echauffement

    Fait très chaud aujourd’hui. Comme hier. À Paris, ça devient vite désagréable. Le bon côté, c’est que les filles en tirent prétexte pour exposer certains détails de leur anatomie qu’elles dissimulent le reste du temps. Ça m’oblige à rester concentré pour ne pas en rater une miette. Demain, il pleuvra peut-être, qui sait ? Ou je serai mort, écrasé par une voiture. Morceau choisi : cette menue blonde qui sort du métro et que j’évite au dernier moment alors que je m’enfonçai dans la bouche, dans un réflexe malheureux. Elle laisse deviner ses formes juvéniles sous un corsage de mousseline transparent. Le soleil va brûler sa peau très fine, très blanche, mais elle n’y prend pas garde. Émouvante comme une agnelle. En 2003, il était de bon ton pour les jeunes filles de se découvrir une épaule. Comme en 2002. Ça ne pouvait pas durer plus longtemps. J’ai beau plisser les yeux, j’avoue avoir du mal à discerner la tendance de cet été. Je remarque juste que même les saintes nitouches ont adopté le string désormais. Naguère, c’était l’apanage des “salopes”. Il va falloir trouver autre chose. Histoire de débander, je feuillette le dernier BHL. Récidives : logique comme titre pour un procureur. Un bouquin de deux kilos au moins, sans une once d’humour, même involontaire. En ce sens, BHL est meilleur cinéaste. J’ai perdu un peu plus de temps avec le roman vengeur de sa fille ; elle se venge de son mec (Raphaël Enthoven, philosophe-play boy) qui l’a larguée pour une autre, plus jolie, Carla Bruni (bof). A part ça, Justine révère son papa. Il faut dire que c’est une mère pour elle.

  • Journal d'un Homme ordinaire

    Ce Raphaël Juldé qui tient son journal sur le ouaibe me donne envie d’en faire autant. C’est un jeune chômeur mayennais de 27 ans qui rêve d’être écrivain, ou plutôt d’être un écrivain reconnu. Nous avons quelques points communs. Bloy, Paraz, entre autre. Je reconnais qu’il a plus de mérite que moi ; je suis un enfant gâté. Essayons-nous donc à ce petit exercice régulier d’écriture.