Comme Attali et Allègre avant lui, Villepin publie. Gros tirage. La collection pourrait s’appeler : Eminences grisonnantes, ou : Ce Qu’il Faut Penser. Le titre, La Mouette et le Requin, est évocateur d’une certaine idée de la dissertation de culture générale au concours d’entrée à l’ENA. Défense de rire : « Nous voici à ce point crucial ou s’entrevoit la possibilité d’une réconciliation entre la puissance et la grâce, entre le ciel et la mer, entre le requin et la mouette. » Voilà pour la petite citation placée dans l’introduction (de René Char, poète à l’usage des étudiants à Sciences-Po).
« Les peintres jouent des harmonies entre tradition chrétienne et antiquité classique, campant des scènes religieuses dans des décors d’arcades et de colonnades, n’hésitant plus à afficher une distance critique, parfois jusqu’à l’irrévérence. Dans l’étonnante Annonciation de Lorenzo Lotto, la Vierge tourne le dos à Dieu et à son livre de prières, tandis que l’apparition de l’ange au visage halluciné fait s’enfuir un chat terrorisé. Voici aussi Erasme, Montaigne, Rabelais, Léonard, Dürer, illustrant par la connaissance des arts et des savoirs, etc., etc. »
Érasme, Montaigne, Rabelais, Léonard, Dürer, voilà pour les références qui montrent qu’on est un bon élève qui fait des fiches de lecture. Villepin a tout lu mais n'a rien pigé. Surtout au chat du Lotto.
Vous les auriez vu l’autre jour, Villepin et Depardieu, chez Guillaume Durand, en tournée de propagande : le requin et la mouette ! (le butor, même).
«- Villepin : Tu reprendras bien un peu de cirage, Gérard ! Guillaume, mon brave, passez donc le cirage à Monsieur Depardieu, vous voyez bien qu’il ne brille pas assez…
- Depardieu : Et la vaseline Dominique, vous oubliez la vaseline, oh, oh, oh… Si vous saviez comme Dominique est un type drôôle en privé, Guillaume…
(Tu parles ! Il a l’air sympa comme un chacal, ce mec. Le chacal et le butor, donc, plutôt.)
Le seul des trois à ne pas avoir été nommé ministre, c’est Attali. Et il s’est vengé en mordant la main de son maître, en accusant Mitterrand d’être antisémite.
Isabelle me dit que c’est pas une raison pour me mettre dans cet état. Le Gloupier, si tu m’entends…
Lapinos - Page 161
-
Le Gloupier a disparu
-
Des perles aux pédés
« C’est là que je découvris que les médecins étaient les rois et les malades de la merde, que les hôpitaux existaient pour assurer la fortune de médecins imbus de leur supériorité immaculée, amidonnée. En plus, ils ne s’emmerdaient pas avec les infirmières.
- Docteur, docteur, docteur, pincez-moi le cul dans l’ascenseur, oubliez la puanteur du cancer, oubliez la puanteur de la vie. Les crétins, c’est les autres, nous ne mourrons jamais ; nous buvons notre jus de carotte, et quand nous avons du vague à l’âme, nous prenons une pilule, une seringue, toute la défonce que nous voulons. Cui, cui, cui, on se la coule douce, nous sommes les gagnants. J’entrais, je m’asseyais, et ils enfonçaient leur mèche dans ma chair. ZIRRRR, ZIRRRR, ZIRRRR, ZIR, pendant que le soleil faisait pousser dahlias et oranges, se glissait sous les blouses des infirmières, ce qui affolait les pauvres cinglés.
(…) Sacré hôpital, mais je ne doutais pas que j’y retournerais vingt ans après, dans cette même salle des miséreux. Les hôpitaux, les prisons et les putes : telles sont les universités de la vie. J’ai passé plusieurs licences. Vous pouvez me donner du Monsieur. »
Bukowski a raison de détester les toubibs, c’est une engeance pire encore que les profs. Cette haine du médecin, je crois qu’elle est génétique, chez moi. Tout petit déjà, j’avais mordu jusqu’au sang le Dr Le Coz, un pédiatre qui prétendait planter une grosse seringue dans le cul de mon petit frère. Et de tous les bouquins qu’on m’a demandé d’étudier en classe, celui que j’ai préféré, c’est Knock. Je crois même que j’en veux à L.-F. Céline d’avoir été médecin.
Je suis convoqué à la médecine du travail ce matin et ça me fout les glandes. Isabelle propose de me déposer en voiture, le cabinet est près de son boulot. À la radio, l’annonce d’une chute de 9% des ventes du Monde (16000 ex. en moins pas jour) vient à point pour me redonner un peu confiance en l’avenir.
Pas ragoûtante, la littérature qui traîne dans la salle d’attente d’un médecin. Une couverture grise fait tâche claire au milieu de magazines raccoleurs. Sexualité magazine, un truc comme ça, c’est pas un bouquin de cul, mais la revue officielle de la Fédération européenne des sexologues, pas moins. Apparemment une bande d’obsédés sexuels qui se prennent très au sérieux : Analyse rétrospective de 418 patients présentant une impuissance de la lune de miel, Existe-t-il un instinct sexuel ?, Les microperversions. Les titres sont plus ineptes les uns que les autres. Je laisse très vite tomber le papier sur l’instinct sexuel. Son auteur, un certain Brenot, écrit dans un jargon imbitable.
Ah, en revanche, s’il y a des pédés qui lisent mon blogue, ces petites perles vont peut-être les faire rire. Elles sont signées d’un éminent chef de service du Charing Cross Hospital de Londre. Le Pr R. Green écrit, sans rire, ceci :
«On a démontré que l’ordre de naissance chez les sujets masculins avait une forte corrélation avec l’orientation sexuelle. Plusieurs études ont montré que plus le sujet garçon a de frères plus âgés, plus il a de risque d’être homosexuel. L’une des explications est que le chromosome Y du fœtus mâle produit un anticorps chez la mère pendant chaque grossesse successive. L’augmentation du niveau de l’anticorps perturbe le développement normal du cerveau.»
Ou, encore plus fortiche : «La littérature montre que les homosexuels masculins ont un déficit dans le nombre d’oncles du côté de la mère (les mères avaient trop peu de frères par rapport au nombre de sœurs). Nous avons évalué les profils d’arbre généalogique de 400 transsexuels masculins et 100 féminins. Les masculins avaient moins d’oncles maternels que prévu. Ceci peut s’expliquer par l’empreinte génomique. Un gène est exprimé ou non suivant qu’il vient du côté de la mère ou du père. Ainsi, un gène passé par la grand-mère maternelle peut être létal pour les mâles de la génération de la mère, et, lorsqu’il vient de la mère, peut perturber le processus de différenciation cérébrale pour les mâles de la génération suivante quand il s’agit d’un fils homosexuel ou transsexuel».
Le Dr Lombroso, qui vient me chercher pour m’ausculter, est une femme d’une cinquantaine d’année, la même que l’année dernière, très laide et qui s’efforce de dissimuler que son travail n’en est pas un. Elle me repose les mêmes questions vaines que l’année dernière : «Est-ce que vous fumez ? Est-ce que vous avez des douleurs quelque part ? Est-ce que votre travail vous plaît ?, etc. Je réponds au pifomètre, par monosyllabes, si possible, pour écourter l’entretien. Pendant qu’elle note dans son registre mes réponses et qu’elle me fait remarquer sur un ton aigre-doux que ça ne concorde pas avec ce que je disais l’année dernière, je repense à Bukowski. À ce morceau de bravoure :
«Jamais vu personne supporter l’aiguille comme ça ! - Regarde-le, aussi impassible qu’un rat mort !» Nouveau rassemblement de baiseurs d’infirmières, d’hommes nantis de grandes villas, ayant le temps de rire, de lire, de s’intéresser au sport, d’acheter des toiles de maîtres, et d’oublier de penser, d’oublier de ressentir quoi que ce soit. Amidon immaculé, ma défaite. Le rassemblement.
- Comment vous sentez-vous ?
- En pleine forme.
- L’aiguille ne vous fait pas mal ?
- Va te faire enculer.
- Quoi ?
- J’ai dit : va te faire enculer.
- Ce n’est qu’un gamin. Un gamin désespéré. On peut pas le lui reprocher. Quel âge avez-vous ?
- Quatorze ans.
- Je vous félicitais pour votre courage, le courage avec lequel vous supportiez l’aiguille. Vous êtes un dur.
- Va te faire enculer.
- Vous ne pouvez pas me parler comme ça.
- Va te faire enculer, Va te faire enculer, Va te faire enculer.
- Allez, ne vous laissez pas abattre. Vous pourriez être aveugle, après tout !
- Ça m’éviterait de voir votre sale gueule.
- Ce gamin est cinglé.
- Complètement, laisse-le tranquille.» -
La crème de l'élite
Quand je ferme les yeux dans le métro, ligne 4 à 8h30 du matin - inutile de s’accrocher -, je revois en rêve le déhanchement sensuel de Julie de Gouy, arpentant le Ritz avec le manque de naturel qui sied sur un podium. Julie, que les courbes fragiles de ta jeune croupe soient jetées ainsi en pâture à des dizaines de journalistes, à travers une robe de Jean-Paul Lacroix en mousseline, rose ou amande, je ne sais plus, ce n’est pas grave, car je ne suis pas jaloux. Prends quand même garde de ne pas tomber dans la fosse aux lions, chérie. De chez moi au Ritz, il n’y a pas loin, mais le temps que j’accoure ces vampires t’auront déjà toute sucée.
Samedi après-midi je suis tombé amoureux de cette créature, la gagnante du concours “Elite Modèle 2004”, diffusé en différé sur France 3 et présenté par un gland, forcément (qui ressemblait à Yann Moix ; il n’y a pas de hasard mais il y a quand même des coïncidences !). Je voulais juste régler mon magnétoscope, mais un seul coup d’œil sur l’écran a suffi. Mon cœur a fait boum-boum. La victoire de Julie quelques minutes après mon coup de foudre n’a pas douché mon enthousiasme, malgré mon net penchant pour les perdants en général.
On est beaucoup plus sérieux à trente et un ans qu’à dix-sept et, à mon âge, tomber amoureux ne devrait pas trop m’empêcher d’être attentif aux autres, et je ne vais pas vous bassiner davantage avec les qualités de la nouvelle élue de mon cœur d’artichaut. Un détail quand même, Julie est complètement sourde. Exactement mon genre.
-
Pitié pour les bobos !
Qu’est-ce qu’un bobo, au juste, me demande un mec l’autre jour, parce que j’ai parlé de “bobos de droite” dans un billet ?? La colle. Ce mec cherche en fait à me coincer parce que j’ai donné une connotation politique à mes propos et que la politique, droite-gauche, tout ça, les jeunes ils aiment pas beaucoup qu’on en parle, beurk, ça pue la politique, j’en veux pas de ton ragoût, je préfère le coca avec de la vache-qui-rit, na !
Autant je pourrais facilement trouver des exemples, des adresses de blogues tenus par des bobos, pas de problème, autant donner une définition bien balancée et concise du bobo, comme dans le Larousse, eh bien je sèche. Le concept n’est pas si facile que ça à cerner. Il faut dire qu’il a vachement été galvaudé depuis son apparition il y a quelques années dans le champ lexical des sociologues. C’est bien des sociologues, ça, de balancer des mots bizarres à la va que je te bourre ta petite cervelle d’étudiant de Paris X-Nanterre, et démmerde-toi pour la définition !
Je crois qu’il faut commencer en posant des jalons, délimiter en quelque sorte le territoire géographique, culturel, spirituel, sexuel, social, etc. du bobo. Y’a que comme ça qu’on parviendra à l’acculer dans un coin et à lui faire sa fête. Vous me trouvez agressif ? C’est que je viens de passer une heure chez Gibert-Jeune. En moins d’une demi heure, tac, trois gonzesses successivement - dont une bien roulée !- s’emparent du dernier bouquin d’Eric-Emmanuel Schmitt et repartent avec, sans même l’avoir ouvert. Puis relaps de temps de vingt minutes, et tac, encore deux ! La dernière est même obligée de demander de l’aide à un vendeur, forcément, pour qu’il aille puiser dans le stock, y’en a plus sur l’étalage…
Quand on dit bourgeois-bohême, on n’a encore rien dit. Surtout quand on dit bohême, d’ailleurs, car c’est pas de la bohême à moins de 3000 euros par mois dont on cause ici. Non, on peut pas être rangé dans la catégorie des bobos sans avoir des revenus d’au moins 3000 euros par mois, ça me paraît un minimum. Car la bobohême, c’est des frais, l’air de rien. Pas moyen d’attendre la sortie en format de poche du dernier Amélie Nothomb, du dernier Chloé Delaume, du dernier Delerm ou du dernier Beigbeder. Beigbeder, surtout, c’est tellement excitant de lire un auteur qui a lu les pamphlets de Louis-Ferdinand Céline… Se peigner comme Biolay, s’attifer comme Keren Anne, se casser la voix comme Brigitte Fontaine, c’est plus coûteux qu’il n’y paraît. En tapinois, tout doucement, je crois m’être approché du cœur existentialiste du bobo. Claquer du fric, oui, mais en douce.
Ah, un détail qui a son importance : oui, le bobo est jeune, forcément. L’âge venant, il mue, il accepte d’endosser peu à peu la carapace du banal bourgeois qu’il est dans le fond ; à quarante ans, il craque pour un 4x4 Land Rover - ou Mercedes, selon ses origines ethniques (comme il dit) -, et la partie de cache-cache est finie. Oui, mais pourquoi forcément de gauche ? C’est tout simple, je vais vous expliquer : le bourgeois n’aime pas perdre. Et, en votant à gauche, à tous les coups l’on gagne. Eh bien oui, Jospin est élu, et c’est la victoire des idéaux de justice, de paix et de démocratie du bobo. Et si Chirac gagne ? eh bien, mais les impôts baissent, c’est toujours ça de gagné.
À ceux que ma démonstration laisse sceptiques, je demande : avez-vous entendu la longue plainte qui s’est élevée au dessus de la place des Abbesses le 21 avril 2002 vers neuf heures du soir, puis qui est retombée en pleurs, cris et grincements de dents ? Moi, oui ; j’y étais. C’est le beauf qui est de droite. -
Dans un ghetto d'ivoire
Quelqu’un a laissé un vieux “Figaro littéraire” daté du 2 septembre traîner à la station Notre-Dame de Lorette, sur un banc à baquets. Profitons-en ! Je vais rester un peu. Quand je dis profitons-en, c’est pas rapport au “Figaro littéraire”, dans lequel y’a jamais rien à racler, pire que le “Le Monde des Livres”, non, c’est rapport à Notre-Dame de Lorette, une de mes stations préférées. Dans mon “Guide du Métro sexy”, je la place sans hésitations dans le Top 10 des stations les mieux fréquentées. Z’êtes toujours à peu près sûr d’y trouver une ou deux jolies gonzesses à reluquer. Et vu que c’est une petite station, l’ambiance est assez intime, pas comme à Franklin-Roosevelt ou La Motte-Piquet Grenelle, où l’on croise aussi de jolies gazelles. Bon, bien sûr, c’est le genre bobo-métro-boulot-dodo, ces filles, on peut pas tout avoir non plus, mais je n’ai parlé que de reluquer, voire de peloter un petit peu, et puis s’en va.
Menue de partout, un souffle de ventre et de tous petits tétons qui pointent sous une sorte de pyjama de jour blanc, l’atout majeur de cette poupée c’est sa cambrure, qui soulève à hauteur d’homme une mignardise de petit cul arrondi… Mon “Figaro” baissé au maximum, je laisse cette miniature me filer sous le nez avec un petit sourire au coin des lèvres… Quatre heures, c’est l’heure creuse, Notre-Dame de Lorette réprime un bâillement. Faute de mieux, j’entame la chronique d’Angelo Rinaldi (Angelo, quel prénom bandant !).
Ça commence par cette sentence absurde : « Où Francis Bacon – encore plus intelligent que Picasso – déclare-t-il à un ami, et peut-être davantage : “Et maintenant je voudrais vous demander de partir car je veux peindre votre absence” ? (…)» Il me faut deux minutes pour comprendre la phrase et puis je me marre. Tout seul dans la station, ça résonne. Ça y est, Rinaldi est touché par le syndrome de Dominique Fernandez : tout ce que font les pédés est mieux, ce sont les plus beaux, les plus intelligents, etc. Pourquoi Francis est-il plus intelligent que Pablo, ce qui au fond ne veut rien dire, à votre avis ? Eh bien mais c’est parce qu’il est pédé, bien sûr, tandis que Pablo, lui, n’est qu’un banal hétéro. Mmmouais, moi je préfère dire que Picasso, ça n’est que du talent gâché, et Bacon de la peinture gâchée, carrément…
Notez que souvent c’est comme ça que ça se passe : voyez les Bretons, les Juifs, le complexe d’infériorité se transforme souvent en complexe de supériorité. Le genre de complexe insupportable chez un minus habens, qu’il aime se faire enculer ou pas.
-
Ma conversion à l'islam
Sur un blogue voisin, quelques versets du Coran sont cités, tel celui-ci : «Tuez les infidèles où que vous les trouvez, capturez-les et assiégez-les et préparez pour eux chaque genre d'embuscade.» (Sourate 9, verset 5) - Pour dénoncer le discours hypocrite des hommes politiques français sur l’islam.
C’est plutôt louable de jeter un petit coup d’œil sur le Coran, de ne pas se contenter des exégèses vaseuses qu’on nous sert à la télé, c’est sûr. Moi, il m’est arrivé un truc bizarre lorsque j’ai voulu m’en procurer un exemplaire, du Coran, en librairie. Le rayon propose un choix relativement restreint, je veux un exemplaire tout simple, parce que je ne suis pas sûr que je dépasserai les deux premières sourates, alors je choisis ce petit volume noir peu encombrant, une édition libanaise. Bon, je passe ensuite à la caisse, et là, étonnement de la caissière :
«- Ben vous avez trouvé ça où, Monsieur ?
- Ben au rayon “Religions-Spiritualité”, Mademoiselle ! (j’ai tendance à m’imprégner très vite des tics de langage de mes interlocuteurs, c’est très agaçant).
- Ah non, Monsieur, ça je peux vous garantir que ça vient pas de chez nous, y’a même pas de code barre, regardez…
- Ah oui, en effet. Tiens, comme c’est curieux…»
Je repars donc avec mon petit Coran sous le bras, sans avoir bourse déliée.
Abordons maintenant le problème des citations tronquées, extraites de leur contexte. On ne peut nier que le Coran est, dans l’ensemble, une harangue assez violente à l’encontre des Juifs et des chrétiens, doublée d’un catalogue de prescriptions assez obtuses. Cela dit, on a commis bien plus de meurtres dans le monde jusqu’ici au nom de la République, du communisme et du national-socialisme, que de l’islam. Bien que toutes ces thèses homicides soient beaucoup plus mesurées que le Coran. Les colonnes infernales de Tureau se cachent bien derrière la Déclaration des Droits de l’Homme.
L’Imam Lapinos vous livre donc en toute simplicité ses conclusions : le Coran est sans doute un amalgame assez hétéroclite de sourates, plus mesurées lorsqu’il est encore envisageable de transformer les Juifs et les chrétiens en bons mahométans :
«S’ils avaient appliqué la Thora et l’Evangile et ce qui est descendu sur eux de la part de la part de leur Seigneur, ils auraient certainement joui de ce qui est au-dessus d’eux et de ce qui est sous leurs pieds. IL Y A PARMI EUX UN GROUPE QUI AGIT AVEC DROITURE ; mais pour beaucoup d’entre eux, comme est mauvais ce qu’ils font !» dit par exemple la sourate Al-Ma’idah, ou :
«Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, ALORS LAISSEZ-LEUR LA VOIE LIBRE, CAR ALLAH EST MISÉRICORDIEUX.» ; sourates qui se font plus vindicatives lorsque l’espoir de convertir rapidement ces “infidèles” s’évanouit.
De là à parler de la poésie qui émanerait des sourates du Coran, il y a un pas qu’on laisse ce snobinard lèche-cul de Yann Moix franchir seul. Moi, je suis plutôt d’accord avec Houellebecq pour dire que tout ça est très chiant à lire. Ma conversion à l’islam n’est donc pas à l’ordre du jour. -
Avis de recherche
Elle ressemble à une actrice américaine. Le genre qu’on voit dans des films de cascades. Me fait penser à Natacha Henstridge, pour être plus précis, avec une paire de nibards extra mûrs qui la tirent vers l’avant. Blonde, avec des yeux bleus durs. Elle a le don d’apparaître toujours au moment où le souvenir de sa plastique et de son regard de tueuse commençait à s’estomper dans ma mémoire.
Un coup je la croise sous terre, dans la fourmilière de St-Lazare, reconnaissable entre mille. Une autre fois sur la passerelle qui franchit le cimetière de Montmartre. Sa démarche est sportive et très rapide, elle fixe un point devant elle. Pas facile de l’aborder, elle fonce toujours ! Bien sûr qu’elle m’excite, cette tigresse, malgré des sapes pas très classes : baskets, jogging, marcel kaki, casquette de baise-baul, même, la dernière fois. Mais surtout, qu’est-ce qu’elle peut bien fabriquer avec un corps pareil, à grandes enjambées sur la rive droite, comme si elle était toujours en retard à ses rendez-vous ?
Agent du KGB, du Mossad ? Pas assez discrète pour ça. Qu’est-ce qu’elle fuit ainsi, le regard des hommes et leurs vannes vaseuses ? Lesbienne ? C’est pas trop le quartier… Son mystère et sa dureté ajoutent à son érotisme.
Ma seule chance jusqu’ici de lui mettre le grappin dessus, j’avoue avoir été incapable de la saisir : Elle débouche soudain devant moi sur la gauche, venue du trottoir d’en face à travers les bagnoles pour s’engouffrer dans le Monoprix à deux pas des Champs-Élysées. Refus de la porte vitrée automatique de s’effacer, mon héroïne est stoppée net dans son élan. Onomatopée, coup de pied rageur dans la vitre, elle bat en retraite rapidement, cherche une autre issue. J’aurais dû me précipiter pour l’aider. La rattraper à l’intérieur. Bien sûr que j’étais à la bourre et que j’avais déjà fait mes courses, Et alors ?
Ça ne peut pas durer. Marre de me perdre en conjectures sur cette fille. Donc, si quelqu’un a un tuyau sur cette beauté fatale, son nom, où elle crèche, pour qui elle bosse, qu’il m’écrive sans hésiter. Je saurai le récompenser. Bien sûr je m’attends pas à ce qu’on me dise : « Ben justement c’est ma grande sœur et elle crèche au 21, boulevard de Rochechouard, et elle cherche un mec en ce moment pour la rassurer ». Non, je ne m'attends pas vraiment à ça, mais sait-on jamais, Paris est un village… -
Much Ado About Nothing
Quand on n’a rien à dire, on ferme sa gueule… ou bien on cause télé. Nouvelle saison pour “Tout le monde en parle”, l’émission branchée d’Ardisson, qui pourrait aussi bien s’appeler “Beaucoup de bruit pour rien”. Malgré la médiocrité des invités, une ribambelle de seconds couteaux, la femme d’Alfred Sirven, Yvan Attal, Mathilde Seigner, Smaïn, Yann Moix, la fille de Choron, etc., je m’amuse quand même un peu. C’est peut-être bien parce qu’ils sont médiocres, justement, qu’Ardisson peut les manipuler ainsi à sa guise. En tirer tout le ridicule. A commencer par Agathe de La Fontaine, jolie fille à dénuder, bien qu’un peu usée, déjà – elle a été mariée six ans au joueur de foot Emmanuel Petit. Figurez-vous que la pauvre pomme a dû éventrer cinq cents ballons de foot dans une chambre d’hôtel pour dénicher sa bague de fiançaille ! Bien sûr, c’est facile de se moquer d’une actrice, mais qu’est-ce qu’Ardisson pouvait bien faire d’autre avec ? D’ailleurs, Agathe et fâchée et fronce les sourcils, ce qui lui donne l’air un peu moins con.
Yvan Attal, lui, est venu vendre son dernier film : Ils se marièrent, etc. Il a préféré emmener sur le plateau Angie David, sa maîtresse à l’écran, plutôt que Charlotte Gainsbourg, sa femme partout. Comme je le comprends… D’ailleurs, si on voit Angie à poil dans ce film, je ferai peut-être une exception, j’irai voir ce film à l’usage des bobos.
Et puis je découvre la tronche de puceau attardé de Yann Moix. En fait, je l’avais peut-être déjà vu une fois à la télé, mais j’y avais pas fait attention. C’est un adepte de la “littérature au culot”. Persuadé qu’il reste encore quelques pépites à gagner, il gratte tant qu’il peut ce qui reste du filon de Houellebecq, du cul et des attentats – difficile de faire plus putassier que Partouz, comme titre de bouquin, lui fait remarquer la fille de Choron.
Et cet ingrat de Moix n’hésite pas à s’en prendre à… Houellebecq lui-même, l’accusant presque de racisme. Je sais pas si Moix connaît mieux le coran que Houellebecq, ainsi qu’il le prétend, mais en tout cas c’est difficile de faire plus tarte que son reportage dans des boîtes à partouzes parisiennes. -
Aimer Nimier
J’ai beau faire, je ne parviens pas aimer Nimier. Roger, pas Marie-Antoinette, bien sûr. Il a tout pour plaire, pourtant. De belles femmes, de belles saillies, de belles voitures, de belles lettres, une belle gueule, un bel uniforme (de hussard), usw. Je suis même disposé à lui pardonner son seul défaut, sa fille, Marie-Antoinette, cet écrivain gnan-gnan poussée sur le trottoir des lettres par Françoise Verny.
Pour la troisième fois, j’ouvre Les Épées, je veux au moins essayer de comprendre ce qui ne va pas avec Roger.
Et ça recommence, il y a des phrases qui me déplaisent, comme celle-ci : «Les abstractions ne saignent pas, du point de vue hygiénique qui ne me quitte pas, quel avantage !» ou pire, cette autre : «Adieu le monde poisseux et raffiné des autres. Il est doux de sentir sa destinée à côté de soi, comme une respiration inconnue.» Qu’est-ce que c’est que cette affectation, ce style résolument moderne, je fronce les sourcils. Peut-on attendre quelque chose de bien d’un type qui lit l’Auto-Journal ? Ou alors c’est le monologue intérieur trop plein d’ironie de Sanders le milicien-résistant qui m’agace. «C’est difficile de se faire lire, dit Chardonne. «Si on a de l’esprit, l’éteindre ; et une “pensée”, tout de suite la pulvériser ; cela craque sous la dent. Pas trop de nerfs dans la phrase. Et il condamne Nimier au silence pendant dix ans. Pas assez rassis. C’est une blague ! Evidemment, Nimier prend Chardonne au mot…
L’air de rien je viens de dépasser la page 90. Je suis sûr que je vais parvenir à l’aimer enfin, Roger, peut-être pas autant que j’aime le Jacques Chardonne des Lettres à Roger Nimier, mais tout de même un peu. -
Traduire "kapo"
Dans le calendrier laïc, la rentrée des classes occupe une place prépondérante. Hanifa Chérifi répond sur Europe 1 ce matin aux questions vicelardes de Stéphane Soumier. C’est son métier, elle est officiellement “Médiatrice de l’Éducation nationale”, traduisez “kapo”. Que vont dire les profs aux jeunes femmes qui se présenteront le visage voilé en cours ce matin ? Et est-ce que chaque prof ne doit pas se sentir un peu responsable de la vie des otages français ? La pauvre Chérifi est au bord de la gaffe, la patate est beaucoup trop chaude pour elle… Crime de lèse-laïcité, crime de lèse-journalisme, crime de lèse-islam, ça fait beaucoup à la fois. Kapo, c’est vraiment pas un boulot facile.
Il faudrait vraiment être une brute pour ne pas être ému par la ferveur qui guide tous ces parents ce matin, la main dans la main de leur enfant, sur le chemin de l’école, sous un soleil déjà haut, brillant comme la Raison. Je m’écarte respectueusement pour laisser passer cette digne procession sans bannières ni cantiques. Ce petit garçon blond a des yeux bleus très sérieux qui reflètent la gravité de l’événement. Reflux de quelques souvenirs d’enfance qui ont peu à voir avec l’iconographie sulpicienne de Robert Doisneau.
Au début, j’avais à peine trois ans, et je n’ai pas souvenir d’avoir été trop effrayé lors de ma première rentrée. Juste un petit frisson d’horreur esthétique en pénétrant dans des bâtiments, puis ma classe, décorés dans le goût soixante-huitard de mes instits – que les restaurants MacDonald s’efforcent d’imiter aujourd’hui pour des raisons commerciales évidentes. Ma sensibilité encore mal dégrossie, je dois l’avouer, s’accommoda assez facilement du orange vif et du vert fluo. Je pris l’école comme une échappatoire aux débords de tendresse de ma chère mère, qui mettaient en péril ma virilité. J’appréciais aussi beaucoup mes nouveaux camarades de jeux qui ne se faisaient pas violence, comme mon père, pour jouer aux petites voitures avec moi, et riaient de bon cœur. Combien de temps me maintins-je dans de tels sentiments, je ne sais plus, je dirais deux ou trois ans, pas plus. Cette trêve écoulée, la dimension carcérale de l’institution scolaire m’apparut enfin. Sauf que dans les prisons on se contente de faire semblant de vous réformer ; les instits, eux, s’appliquent vraiment à vous éduquer et prennent leur sacerdoce au sérieux.
Au total, je garde un goût amer de ces longues années passées à l’école de la propagande. Après une phase d’hébétement, je me mis à résister tant que je pouvais, résistance tantôt passive, tantôt active, mais je n’étais pas assez mauvais élève pour être définitivement exclu. Je me réfugiai alors dans la lecture enivrante d’ouvrages peu recommandés, pour ne pas dire mis à l’index, et dans la contemplation concupiscente des formes adorables de certaines de mes voisines de pupitre.
Comment n’en voudrais-je pas à l’école d’avoir fait de moi l’être infirme que je suis devenu à ce régime, à moitié cultivé, à moitié nostalgique, à moitié chrétien, bref à moitié achevé… -
Croque-mitaine ou Croque-minou ?
Par moments, ça ressemble aux mémoires d’un bobo tartinant sur ses états d’âme :
« Ma fille venait d’atteindre ses quatre ans et allait maintenant à l’école maternelle de la rue d’Orsel. Elle m’avait fait passer, le jour de la rentrée, pour un abominable père indigne, ne cessant de hurler à mort tout le long du chemin et ameutant les passants avec ses gueulantes inhumaines.
Anik, qui se levait très tôt pour aller au boulot, dans l’impossibilité de se farcir la corvée, m’avait refilé le bébé. Un vrai chemin de croix, nom de Dieu ! J’aurais de loin préféré le rôle du martyr à celui du bourreau. Je m’étais senti ulcéré d’avoir dû, à mon tour, me conduire comme un enculé d’officier. »
Pourtant, c’est les souvenirs de Siné, tome troisième, réédités par Casterman, enluminés de petits mickeys de l’auteur : Ma vie, mon œuvre, mon cul.
Siné, le dernier des anarchistes ! Le seul à oser encore se réjouir publiquement lorsqu’un gendarme se fait buter dans l’exercice de son sacerdoce. Sauf que lorsque sa villa en Corse fut cambriolée, notre croque-minou appela nonobstant les forces de l’ordre à la rescousse, faut pas pousser pépé dans le ravin, quand même…
L’épisode où il va taper Céline d’une préface à l’adresse que Nimier lui a refilée est assez édifiant. C’est ce qui me décide à chouraver cet album à 15 euros la pièce, excusez du peu. Chuis pas un anar embourgeoisé, moi.
Le flic de service en costard et lunettes noires près du portail antivol électronique n’y voit que du feu.
Dans mes chiottes où il fait bon lire, je termine peinard.
Rendu devant chez Céline – anar aussi, mais pas le genre à agiter un drapeau -, Siné recule, son culot énorme se dégonfle un tantinet. Mais il lui en reste assez pour demander à Marcel Aymé… Qui s’exécute ! Brave Marcel, ami des bêtes au point de caresser un chien enragé…
Édifiante aussi, l’ascension sociale à la force du crayon, grâce au Banania, au Viandox, au chewing-gum Hollywood, aux laboratoires Sandoz, etc., qui payent grassement les dessins publicitaires de Siné.
Pépé Siné aujourd'hui, sauf son manque de respect, est certes perclus de contradictions, mais pas de complexes, et continue à signer de son écriture rondouillarde des billets d’humeur peu vagabonde dans un canard à la demi-solde du parti socialiste : Charlie Hebdo. J’allais oublier de tirer la chasse d’eau. -
Qu'ils aillent se faire pendre !
Ce sont les risques du métier, Messieurs Chesnot et Malbrunot… Lorsque meurt un maçon sous son faix, on n’en fait pas un drame. Certains n’applaudissent-ils pas, même, lorsque le toréador se fait embrocher ?
Les risques d’un métier de vautour, c’est de se faire tordre le cou par une charogne pas encore complètement refroidie. Vous pensiez être de bons citoyens au service de l’information, pas des charognards ? Cette blague ! Vous croyez que les Irakiens ne savent pas que les Français relèvent les troupes américaines en Afghanistan pour leur permettre de mieux se déployer en Irak ?
Mais vous pouvez compter sur Chirac pour faire pleurer les amateurs de western sur votre sort en imitant les trémolos de John Wayne. Les otages, c’est sa spécialité, il sait les accommoder, depuis le temps ! D’ici qu’on sorte Marchiani de prison pour vous le parachuter… -
Lapinos se dévoile…
Jardin du Luxembourg, quinze heures trente. Un vent à faire chavirer les petits voiliers. Chloé arrive dans mon dos alors que je m’apprêtais à repartir. Surpris, je fais choir le Journal de la Culture dans le bassin en me retournant brusquement. Flûte, je ne l’avais même pas encore lu (fidèle à ma promesse) ! Je le regarde couler maintenant, impuissant. Un col-vert femelle donne un ou deux coups de bec, intrigué, agacé ?
Avec mon admiratrice qui s’excuse, j’échange un baiser comme l’exige la coutume dans ce pays de Judas.
Chloé n’a même pas Le Voyage dans les mains, comme je le lui avais commandé. Bon sang, ce n’est tout de même pas les Lettres à Roger Nimier ! Ça commence mal… Tandis que nous nous dirigeons vers la buvette, je ne peux m’empêcher d’allumer un clope pour dissimuler ma nervosité. Chloé n’est pas vraiment belle, non, elle a ce qu’on appelle du “charme”. Elle, Marie-Claire ou Cosmo peuvent toujours essayer de faire gober à leurs lectrices que c’est encore mieux, le charme, rien ne remplace vraiment la Beauté avec un grand B.
Je suis pas nerveux parce que c’est ma première interviou, non, mais parce que ça risque d’être la dernière. Je commande deux cafés et un ballon de blanc. Chloé réclame un grand verre d’eau en plus…
Chloé : Quel âge as-tu exactement, Lapinos ?
Lapinos : Non, je préfère que tu m’appelles par mon vrai nom : mon prénom c’est Xavier. Et toi, tu t’appelles vraiment Chloé ?
Chloé : Oui, pourquoi, y’a un problème ?
Lapinos : Mmmh, oui, je croyais, mais t’as pas l’air d’en vouloir à tes parents, alors…
Chloé : Mon père est mort !
Lapinos : Je l’ignorais… C’est le…
Chloé : Stop ! Stop ! C’est moi qui te pose des questions, oké ?
Lapinos : Je…
Chloé : Oké ?
Lapinos : Tout ce que tu voudras, à condition que t’arrêtes de dire oké, d’accord ?
Chloé : Pffff… Je te trouve agressif comme mec, je pensais pas que…
Lapinos : C’est que ça fait plusieurs jours que je n’ai pas… tu comprends ?
Le serveur rapplique avec les cafés et mon jaja. Pas trop tôt, je commençais à avoir la gorge sèche.
Chloé : Que tu n’as pas… ?
Lapinos : Tu m’intimides.
Chloé : Normal, c’est ta première interviou, non ?
Lapinos : Oui, tu veux un clope ?
Chloé : Non merci, je fume pas.
Lapinos : T’as tort. Vraiment, j’insiste…
Chloé : O… D’accord, file-moi-z’en une…
Critch… critch… critch… (ma pierre est presque morte)
Chloé : Kof ! Kof ! Kof ! Putain, c’est fort !
Lapinos : Tu crois quand même pas que j’vais fumer des BHL !
Chloé : Des quoi ?
Lapinos : Des BHL : ça veut dire Benson et Hedl… et Hedi… ah, merde ! Benson et Hedges lights, voilà ! Mais ça veut dire aussi…
Chloé : Ah oui, oui, ça y est, je me rappelle, j’ai lu ça dans un de tes posts…
Lapinos : Hem…
Un blanc. Chloé consulte une petite fiche.
Chloé : Ah, oui… Quelle est ton ambition en écrivant ce blogue, Xavier… ?
Je fais la grimace.
Lapinos : Le café est dégueulasse !! Tu trouves pas ?
Chloé : S’il-te-plaît, réponds à mes questions sinon ça va ressembler à rien cette interviou !
Lapinos : Ouais, ouais, attends… Ambition, ambition, est-ce que j’ai une gueule d’ambition !?
Chloé : Oui, pourquoi pas ?
Lapinos : Hein !? Ça alors, on ne me l’avait jamais faite celle-là, ça… C’est peut-être ma nouvelle coiffure ?
Chloé : Ça te va bien, je trouve, mais je sais pas à quoi tu ressemblais avant. Tu sais à qui tu me fais penser, au type qui joue…
Lapinos : Chloé, Chloé, chhht ! Je préfère ne pas le savoir, ça ne me ferait pas forcément plaisir tu sais…
Chloé : Pfff !! Bon, et sinon, ce que tu racontes sur ton blogue c’est vrai à 20, 30, 80 ou 100 % ?
Lapinos : Tu sais, Chloé, il n’existe pas de grand caractère qui ne tende à quelque exagération… Je préfère qu’on arrête maintenant, parce que ça va être vachement trop long à retranscrire, sinon. D’accord ? -
Haro sur la baudruche !
Hier soir, tandis que Paris était une fête à neu-neu, je dégustais un pigeon en sarcophage chez ma cousine Sophie, en compagnie de quelques convives, cinq en comptant Jean qui est arrivé très tard, ayant tenté imprudemment la traversée de Paris.
Cinq hommes célibataires, parce que Sophie vient d’avoir trente ans et veut désormais se marier. Elle m’a laissé un sursis assez bref d’un an. Passé ce délai, je devrai l’épouser. Car j’ai beau me réfugier derrière l’interdit de l’inceste, Sophie n’est pas dupe ; elle n’a pas oublié que, quand j’avais quinze ans, j’ai tenté de la violer dans une soupente. Elle s’est abstenue alors de me dénoncer à mes grands-parents, mais elle croit depuis me “tenir” avec ça.
Je me souviens que mon confesseur, un jeune prêtre en vacances dans ce petit village proche de la côte normande, me navra profondément en m'enjoignant en guise de pénitence d’offrir un bouquet de fleurs à Sophie (!!!). Je n’avais pas osé lui avouer que c’était ma cousine, mais tout de même, ça m'a dégoûté ensuite d’aller à confesse pendant plusieurs années (!!!).
Quant à Sophie, j’ai cessé de la désirer depuis cet instant où elle s’est refusée à moi en poussant des cris stridents, avec une constance qui n’est pas dans ma nature, pendant près de quinze ans. En revanche, elle, s'est entichée de moi dès le lendemain de cette aventure, et je lui cache depuis pour préserver sa pudeur le refroidissement aussi bizarre que subit de mes sentiments. Elle pourrait deviner la vérité, mais les femmes qui ne sont pas mariées à trente ans restent généralement éloignées de la vérité le restant de leur vie.
Ne fallait-il pas qu’elle soit un peu bargeot pour accepter ma proposition d’organiser un salon littéraire dans son loft de la Place des Ternes ?
« - C’est complètement démodé, plus personne ne lit aujourd’hui… surtout pas les mecs ! », a-t-elle fait mine de se défendre. J’ai convenu que c’était un peu démodé comme idée, c’est la télé qui est désormais au centre des conversations, mais « Il faut être ferme sur les principes, Sophie : quand bien même on ne parlerait que des derniers exploits télévisés de Beigbeder ou de Koh Lanta, je t’assure que c'est un salon li-té-raire que tu dois tenir… Tu peux compter sur mon vernis de culture pour citer un ou deux noms d’écrivains au cours de la soirée.»
Je me suis engagé aussi, un peu à la légère, à fournir les célibataires. Or, nous n’en sommes qu’au troisième dîner et je commence déjà à être à court…
La difficulté à déguster proprement les pigeons de Sophie nous a bien tenus en haleine jusqu’à dix heures, beaucoup plus longtemps que le dernier bouquin de la fille du hussard bleu, Marie Nimier, sur lequel j’ai cru bon d’aiguiller la conversation ensuite. Je crois que personne ne l’avait vraiment lu et qu’en plus on commençait à en avoir ras-le-bol de ronger des os. Flop…
« Et Virginie Despentes, quelqu’un peut me dire ?… » On a vraiment dû faire tous une sale gueule, parce que Sophie n’a même pas terminé sa phrase. Là, un blanc.
Très vaine soirée, puisque tous les célibataires ont été éliminés par Sophie.
Tiens, puisque je suis au rayon des vieilles baudruches dans le vent, disons un mot d’Alexandre Adler. N’écoutant que le conseil d’un blogueur voisin, j’ai parcouru son édito du 25 août à la Une du Figaro. Manifestement, cette outre passe le concours pour devenir nègre de Sarkozy. Je vous laisse juger sur pièce :
« Soixante ans plus tard, la libération de Paris, tel le Napoléon de Mallarmé, commence à être changée par l'éternité qui s'approche », ou :
« De Gaulle, tel Christophe Colomb, avait cru découvrir ses Indes à lui au soir de la libération de la capitale, c'est-à-dire la grandeur restaurée de la France républicaine. » Difficile de faire plus stupide et je pense qu’il sera recalé. -
A force de mâcher du chewing-gum
Léger malaise en me réveillant ce matin. Y’a de la commémoration dans l’air, je le sens dans mes articulations…
Aujourd’hui, nous célébrons la gloire des jeunes héros français qui, après des années d’une Résistance sublime, pour ne pas dire subliminale, prirent leur courage à deux mains pour aller botter le cul des nazis, devançant ainsi des soldats américains, certes forts sympathiques, mais un peu longs à la détente à force de mâcher du chewing-gum.
Je me rappelle cette leçon de mon institutrice du cours moyen, assenée plusieurs fois, et son parfum d’ennui mortel, avec un vif déplaisir. À côté de cette Histoire cousue de fil tricolore, les contes de Perrault me paraissaient beaucoup moins manichéens. Et le chemin des écoliers un vrai chemin de croix.
Il vaut mieux que j’évite d’allumer la télé aujourd’hui, me dis-je, et, abruti, j’allume la radio. L’invité de Pierre Thivolet ce matin sur Europe 1 s’appelle Philippe Castetbon. Il a écrit un bouquin sur les plaques commémoratives dont les murs de Paris sont parsemés. “Ici est tombé Untel, poussé par une botte nazie…” Une sorte d’enquête, si je comprends bien, pour tâcher de savoir qui étaient vraiment ces martyrs inconnus qui donnèrent leur vie pour que cesse de résonner le bruit des bottes allemandes sur le pavé parisien mouillé… Et c’est au moment où je m’y attends le moins, donc, que je recouvre ma bonne humeur, grâce à la franchise de ce type, Castetbon, manifestement peu préparé à parler au micro d’Europe 1 à une heure de grande écoute. Car ne voila-t-il pas qu’il se met à raconter benoîtement sa surprise d’avoir découvert que la plupart de ces martyrs n’étaient en fait que des “résistants de la dernière heure”, des gars qui s’étaient juste trouvés là au mauvais moment, écopant d’une balle perdue…
Mais Pierre Thivolet, qui commence à trouver qu’il fait chaud dans le studio, interrompt avec professionnalisme ce bel élan de sincérité pour nous rappeler que Philippe Castetbon est encore très jeune et que la préface de son bouquin est signée Bertrand Delanoë.
Après j’éteins la radio et j’allume l’ordinateur pour lire mes messages. Faut que je change de boîte aux lettres, celle-ci marche mal. Une admiratrice m’écrit : « Lapinos, pourrais-tu te dévoiler davantage, on ne sait presque rien sur toi ? », dans un courriel proprement dithyrambique. Mais j’ai lu la plupart des fables de La Fontaine et il en faut plus pour m’attraper. Cette admiratrice se propose ensuite de m’interviouver, puis de jeter ça en pâture sur internet. Bof… Finalement, comme elle n’a pas joint sa photo, la curiosité l’emporte et je me ravise vite. D’accord, mais à une condition : je ferai les questions et les réponses. “On n’est jamais si bien servi que par soi-même”. Ça ne devrait pas trop la gêner, vu que cette interviou n’est qu’un prétexte pour me rencontrer.
Mon ami Jacques P., après la parution tant attendue de son bouquin, s’est vu proposer par un journaliste une auto-interviou. Celui-ci mourrait d’envie de dire tout le bien qu’il pensait de son livre, d’une rare érudition, dans son canard, mais le temps pour le lire lui faisait défaut, hélas, et, ce qui est plus gênant, pour rédiger la critique. Bien sûr, le subterfuge ne fut pas divulgué au lecteur qui crut lire une “vraie” interviou. Résultat : des questions pertinentes et entrant d’emblée dans le vif du sujet, et point de ces quiproquos qui surviennent inévitablement entre un écrivain et un journaliste qui n’a pas lu le livre, ni même de livres du tout, souvent.
Rendez-vous est donc pris avec Chloé vendredi prochain à quinze heures près du bassin du Luxembourg. Va-t-elle se dégonfler ? Je lui demande de tenir ostensiblement Le Voyage de Céline dans la main pour que je puisse la reconnaître. J’ose espérer que ce prénom, Chloé, c’est un pseudo ! -
La nausée
Dans son uniforme vert improbable, un vendeur de la Fnac m’empêche de picorer tranquillement dans Kamikaze à force de vérifier l’alignement des bouquins sur lesquels, justement, j’ai appuyé le pavé de Nabe, difficile à feuilleter dans le vide. Il m’oblige à me décaler pour le laisser s’affairer. Je lui cède deux mètres, mais, très vite, il les regagne. Le fait-il exprès ? Dire qu’il m’agace prodigieusement, c’est peu. J’ai envie de foutre le bordel dans son rangement aussi maniaque qu’absurde. D’ouvrir la fenêtre et de balourder dans la rue son Beigbeder en promotion, sa Lolita Pille primeur, son BHL étouffe-chrétien, son Dan Frank laxatif, son Gracq périmé…
J’ai la nausée, mais je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Ma conscience me dit que je ne suis qu’un collabo à chaque fois que je pénètre dans ce décor minimaliste, pose le pied sur cet escalator stalinien, dépasse la cafétéria qui ressemble à une salle des profs… complice d’un système communiste, additionné d’une dose de capitalisme, le plus abject qui soit. Je me dégoûte ! C’est rare, quand même, que j'ai la nausée comme aujourd’hui, au point de battre en retraite, d’abandonner Nabe au milieu de tous ces détritus matérialistes.
Je monte dans un bus bondé pour rentrer chez moi. Le temps aussi est maussade. Je force mon attention à se concentrer sur le profil d’une jolie vierge qui minaude à peine, coincée dans un angle contre moi. Très belle chevelure ondulée. Quand elle change de position et que sa main effleure mon bras nu, ça me fait du bien aussi. Putain, qu’est-ce qu’il fait chaud ! Je voudrais bander, mais mon envie de gerber reprend le dessus tout d’un coup. Il faut que je sorte de ce bus en vitesse ! Il est bloqué dans la circulation, merde, de l’air, j’étouffe !! Il redémarre brutalement et parvient à semer ses poursuivants. À l’arrêt je m'extrait le premier. Pfffuiouh, pas trop tôt ! Je regarde à droite, à gauche. En voilà une… Je me dirige vers elle d’un pas mal assuré. Me penche soigneusement au-dessus et commence à dégueuler, proprement, en visant. Entre deux renvois, je n’en mène pas large, mais je fais un effort pour me tenir droit. Les passants qui débouchent au coin de la rue sont un peu étonné par ma position vi-à-vis de cette poubelle de rue.
Maintenant, je suis complètement vidé et m’allongerais volontiers sur le trottoir pour reprendre des forces, mais la place des Ternes n’est pas assez hospitalière. Pfuiitt ! Quel soulagement de ne pas avoir aspergé la fille du bus. Et tous ces passagers entassés. Quel bazard ça aurait été ! Mais de quelle pittoresque description mon respect humain et mon sang froid privent ce journal. J'imagine des cris d'effroi, des larmes, des insultes !
Je crois que c’est surtout ce gratin de coquilles St-Jacques que j’ai mangé à midi qui m’a bouleversé, plus que mon détour par la Fnac, faut être honnête. -
Coming out & flash back
Question piège n° 1 - Êtes-vous raciste ? - Non merci, sans façon !… Hop, hop, hop, pas si vite ! Qu’est-ce qu’un raciste, d’abord ? Un con ! Affirmatif. C’est un des signes distinctifs. Or, un con qui déclare qu’il ne l’est pas, vous le croyez, vous ? Non, hein, vaut mieux se méfier… C’est pas si simple, donc. Ça se complique, même, car si quelqu’un avoue qu’il est un gros con, on va se méfier encore plus. Ferait pas une petite dépression, lui ?
Question piège n° 2 : - Êtes-vous homophobe ? - Homo… quoi ? Ah, non merci, ça non plus !… Oui, mais là, c’est beaucoup plus compliqué, un vrai casse-tête. C’est quoi un homophobe ? C’est une autre espèce de con, un con qui n’aime pas les homosexuels, ce coup-ci. Et ça, c’est pas facile, de savoir si on aime ou pas les homosexuels, sexuellement je veux dire - car c’est une question éminement sexuelle, l’homosexualité.
Comme Socrate, je vais illustrer mon propos par un exemple. J’avais 18 ans. David aussi. On avait pas mal bu. Je devrais dire : il m’avait beaucoup resservi (c’est pas trop difficile de me faire picoler). La tête me tournait un peu et je m’allongeai sur la pelouse. Jusque-là, j’ignorais qu’il en pinçait pour moi. Quand il m’embrassa sur la bouche, ce fut le déclic, je compris enfin : ce foulard Hermès qu’il nouait délicatement autour de son cou, ces eaux de toilette coûteuses dont il s’aspergeait… Mais, comme je ne fermai pas les yeux, que je ne soupirai pas d’aise, David devina ma réticence. Sans se vexer, il s’enhardit alors à m’attraper les couilles, gentiment, à travers mon jean, pour essayer de me séduire par là. Bon réflexe, je m’abstins de m’énerver bêtement, genre : “Lâche-moi la grappe, gros pédé !”. Je dis “réflexe”, mais à vrai dire j’étais médusé. Comme une fille à qui tu mets la main dans la culotte sans crier gare, alors qu’elle te trouve sympa, certes, mais qu’elle n’apprécie pas particulièrement ton physique. J’étais très gêné, surtout pour lui. Il s’acharna deux minutes sur mes parties génitales, me sussurrant à l’oreille des flatteries sur mon anatomie, puis, voyant que je ne bandais pas d’un chouïa, lâcha prise. Je refoulais peut-être mes désirs homosexuels, mais tellement bien que c’était pas la peine d’insister. Un peu plus tard dans la soirée, il a pleuré, je crois que c’était parce qu’il avait un peu honte, il voulait pas que sa mère l’apprenne, et puis il s’était mis à écluser à son tour le Bordeaux. Moi, j’étais fixé sur mon compte, je savais désormais que j’étais homophobe, confusément, parce qu’à l’époque le mot n’existait pas encore, c’était il y a un peu plus de dix ans.
-
Boycott
Dans “Le Monde” d’hier, je lis : « Ces prêcheurs [musulmans] attisent l'idée selon laquelle ils sont "victimes de discrimination et de racisme", générant un racisme antifrançais en retour. » Et je sursaute. J’écarquille bien les yeux et je relis ces mots incongrus : “un racisme antifrançais” (!?). Ça y est, les riches aussi commencent à flipper ! Ça fait vingt ans que Le Pen use de cette expression, et, un beau matin, vous la retrouvez recyclée dans “Le Monde”, comme si de rien n’était.
D’accord, “Le Monde” est une usine à recycler les vieux matériaux idéologiques, mais quand même, il y a certains signes qui ne trompent pas ! La banlieue déborde. Neuilly se sent menacé et appelle St-Cloud à la rescousse… À moins que notre quotidien de référence, après avoir soutenu Mitterrand, puis Balladur, puis Jospin, ne se prépare à soutenir Sarkozy. Rester du côté du manche, c’est la ligne du “Monde”.
La ligne du “Journal de la Culture”, elle, je la pige moins bien. Mais, de toute façon, j’ai décidé de ne pas le lire. Non, je ne lirai pas la dissection du corps de Bloy par Juan Asensio (de toute façon, je l’ai déjà lue sur son blogue) ; non, je ne lirai pas le “Loft des écrivains” (déjà lu aussi) ; non, je ne lirai pas l’interview de Dan Franck (de toute façon, il n’a rien à dire ni à écrire). Pourquoi ? Parce que Juldé n’a pas été payé ! Bien sûr, il peut y avoir un certain réconfort pour lui à lire son nom dans l’ours d’une revue, mais au point où il en est, j’estime que ce n’est pas suffisant. Au noir, en liquide, au prorata des ventes ou en nature, payez Monsieur Vebret ! Pour délivrer Juldé du cancer qui le ronge, qui l’empêche de déployer ses ailes et de s’envoler enfin vers Paris et le succès : le RMI. -
Le Prince charmant avec une grosse bite
J’ai reçu deux courriels de lecteurs de mon blogue ce matin. De Virginie, qui se dit surprise que je puisse apprécier Houellebecq, qu’elle considère comme un romancier médiocre…
Virginie, d’abord Houellebecq n’est pas un romancier, c’est un philosophe. Un moraliste, plus exactement. Une sorte de Cioran, en plus “fleur bleue” (ça commence par des partouzes avec des petites putes exotiques, mais ça finit par une love story avec une jolie Quinocéenne bien de chez nous). C’est déjà pas si mal d'être le dernier penseur français. Le roman, c’est une couverture, ses personnages n’existent pas, c'est des stéréotypes. Il est bien obligé de faire semblant de pas être sérieux, Houellebecq, sinon il passerait son temps au tribunal. En réalité, y'a pas plus sincère, plus naïf, plus grave que Houellebecq.
Il est informaticien au départ, et j'ai remarqué que ces gens-là sont généralement peu portés sur la gaudriole. Leur passe-temps favori, c’est de refaire le monde. Tu vas m’objecter son succès médiatique. C’est quand même un peu arrivé par hasard, tout ce pognon, toutes ces gonzesses, même s’il les a accueillis à bras ouverts (le jour où il ne vendra plus, il en aura bien besoin de cet argent pour se protéger, l'exil ça coûte cher).
Cette blonde, chez Monoprix, qui fait la queue, porte une jupe écrue qui dévoile par transparence un joli cul. Charnu, mais pas seulement : charismatique ! À part ça, elle est assez commune. Voilà pourquoi elle montre ses fesses. Pourtant, je suis sûr qu’elle aussi rêve du Prince charmant, mais d'un prince charmant avec une grosse bite. Elle vit avec son temps, je le sens bien. Mademoiselle finit par se retourner pour relever ses filets - je la regarde, elle rougit. Et pourtant je vous jure que son string noir se détache nettement, pas seulement à contre-jour ! Prince charmant ou satyre ? That is the question… Houellebecq a raison, les femmes se compliquent de plus en plus.
À mon deuxième correspondant, affublons-le du surnom de Popol puisqu’il ne veut pas que je mentionne son nom, je répondrai demain. Je suis vanné. Si ça continue, il va falloir que j'embauche une secrétaire. -
La banane des droits de l'Homme
L’autre jour, j’allume la radio et j’entends Hervé Gaymard qui dit à Elkkabach qu’il est bien décidé à se battre, à se battre pour la banane des Antilles, “parce que c’est la banane des droits de l’Homme !” Estomaqué, je reste un instant la tartine en suspens. Je ne l’avais pas sentie venir, celle-là ! D’habitude, il se passe jamais rien chez Elkkabach, c’est même pour ça que je l’écoute en prenant mon petit-déjeuner, pour éviter de me tacher. Eh bien, depuis, cette “Banane des droits de l’Homme” ne cesse de me hanter. Pire que le Concombre masqué quand j’étais petit. C’est pour m’ôter ces conneries du ciboulot que je décide d’aller à la piscine. Près du Bois de Boulogne. L’hydrothérapie, y’a pas mieux, j’oublie tout pendant une heure. Dans l’eau froide, je dois nager pour me réchauffer, je fais travailler mes muscles et mon cerveau tourne au ralenti. Ne comptent plus que ma respiration, la précision de mes mouvements et, bien sûr, quelques nageuses entre deux eaux. Sublimées par l’onde. Leur peau brille, leurs chairs sont raffermies. Dommage que le bonnet réglementaire me prive de leurs chevelures gonflées d’eau. Celle-ci, par exemple, doit être rousse, sa peau est tellement blanche. Je la reconnais. Elle vient régulièrement. On a déjà échangé quelques banalités, elle s’appelle Virginie, mais je n’ai pas osé lui dire tout le bien que je pense de sa peau blanche, de sa taille de guêpe, ses deux atouts majeurs. Je devrais aussi lui conseiller de nager moins. Elle risque de s’assécher ; ses épaules, son dos, déjà, sont un peu trop larges. Avec son gros cul couleur pain d’épice, cette autre que je vois pour la première fois est une variété différente. N’empêche qu’elle me plaît beaucoup aussi. Son bikini à fleurs retient péniblement une paire de seins comme des obus. Elle pousse un petit cri en entrant dans l’eau, surprise par sa fraîcheur. Ou pour attirer l’attention des mâles alentour. Fin psychologue, je penche pour la deuxième hypothèse. Peut-être que je regarde trop de documentaires animaliers. Les douches et les vestiaires sont mixtes et on peut continuer à s’y rincer l’œil. Je suis le joli morceau de pain d’épice sous la douche. Pour se changer, elle ne prend pas la peine de s’enfermer dans une cabine. Son stratagème - pour épargner les âmes sensibles - consiste à se vêtir par-dessus son maillot, puis retirer ensuite celui-ci subrepticement. Cet anti-strip-tease me bouleverse plus que je ne le laisse paraître. C’est con : elle se serait peut-être proposée de me soulager si j’avais été plus sincère. On peut toujours rêver.