mercredi, 16 avril 2008
Entre Ben et Benoît
Ce que le politologue yanki Samuel Huntington a vaguement discerné, c’est que la société yankie est à peu près dépourvue de conscience politique. Ce qu’on peut résumer ainsi : elle ignore d’où elle vient et elle ignore où elle va. Derrière les slogans positivistes nazis se cachait à peu près la même inconscience, le même angélisme triomphant.
En revanche l’expression de “choc des civilisations” est un abus de langage ; pour qu’il y ait choc des civilisations, encore faut-il qu’il y ait “civilisations” ; or si l’islam est une civilisation, elle est archaïsante ; et la démocratie yankie n’est pas une civilisation mais la négation de ce qui fait la civilisation, la négation de l’élan. Examinons la flèche de l’art, plus visible encore que celle de la science. Ce n’est que de façon marginale que l’art émerge aux Etats-Unis. Ezra Pound, isolé dans cette nef de fous, réfugié poétique en Italie, eh bien les Yankis n’ont rien trouvé de mieux que de le traiter comme un alien.
Mais le cinéma, l’architecture, l’art contemporain yankis, sont d’abord mûs par la volonté de propagande commerciale ou morale. Le procédé cinématographique n’a pas été inventé par les Yankis, mais ils en ont fait la plus grande entreprise iconoclaste, la plus légère industrie de destruction de l’imagination jamais conçue.
Pour emprunter à la cinétique, il n’y a pas téléscopage mais simple friction entre l’islam et le capitalisme, entre deux modèles sociaux inertes. La concurrence se joue au-dessous de la ceinture.
L’islam est un moralisme qui nie la valeur morale du régime démocratique yanki ; et le régime démocratique yanki se fonde sur un moralisme tout aussi fanatique pour dénier toute valeur morale (actuelle) à l’islam.
Pour prolonger le parallélisme : idéologiquement l’islam nie toute forme d’évolution, politique autant que biologique ; mais le capitalisme nie aussi l’évolution, de façon plus sournoise, en s’affirmant comme le terminus de l’évolution politique ; pour ce qui est de l’évolution biologique, la société civile yankie l’affirme, mais elle n’a pas de sens, elle n’est anticipatrice de rien en dehors des films de science-fiction de S. Spielberg. Fatalisme contre relativisme, refus d’embrayer contre débrayage.
Quel régime illustre mieux l’harmonie entre le capitalisme et l’islam que le régime saoudien, qui superpose le capitalisme le plus radical à l’islamisme le plus fanatique et qui a produit Ben Laden ? Pour viser Manhattan et le Pentagone, pour comprendre aussi bien les Etats-Unis, il fallait être Saoudien. La foi dans les mathématiques et la géométrie des musulmans et des Yankis, c’est le point de tangence. On peut anticiper l’absorption de l'islam dans le capitalisme (Houellebecq), aussi bien qu'on peut prévoir l'absorption des Etats-Unis par l’islam.
Bien sûr il y a des électrons libres, des personnalités intermédiaires. Ainsi Tariq Ramadan.
Ce que je vais dire est sans doute excessivement théorique pour une fois, mais tant pis. Après tout l’intuition est le sixième sens de l’Occident.
Je postule l’amour de Tariq Ramadan pour Voltaire. Dans ce cas ce théologien comprend mieux Voltaire que la Sorbonne nouvelle ne l’explique.
Car Voltaire se situe exactement à la charnière, entre le fanatisme exprimé par Pangloss et la honte du fanatisme exprimée par Candide. Voltaire oscille entre ces deux pôles. On pourrait presque dire : c’est un fanatique, un positiviste honteux, ou un faux fataliste. Du voyage initiatique de Voltaire à celui de Céline, il n’y a d’ailleurs qu’un style qui tient à quelques bains de sang.
Céline est un faux nihiliste lui aussi, nul besoin d’être un grand psychologue pour le deviner. Le Voyage de Céline est une transposition populaire de voyage de Candide. Bien au-dessus des guides touristiques Chateaubriand ou Proust. Si Ramadan était vraiment byzantin, c’est la littérature de Proust qu’il devrait citer, pas celle de Voltaire.
Comme l’oscillation de Voltaire est aussi un branle, un mouvement libre, aspiré par cette pente occidentale, vers quoi Tariq Ramadan peut-il évoluer sinon vers un islamisme radicalement différent de l’islamisme fondamental ? Mais ceci est une autre histoire.
15:10 Publié dans Critique littéraire | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : ben laden, tariq ramadan, samuel huntington, voltaire, louis-ferdinand celine, litterature, politique
mercredi, 26 mars 2008
Téléscopage
La théologie de Benoît XVI me fait penser à ces canards à qui on a coupé la tête et qui continuent sur leur lancée. La morale janséniste de Benoît XVI a une conséquence bizarre : le téléscopage des démocrates-chrétiens supporteurs du pape et de l’islam. Le "djihad" de Tariq Ramadan, par exemple, est très proche du jansénisme de Benoît XVI. Tariq Ramadan ne cache pas sa sympathie pour Voltaire, qu’il semble d’ailleurs apprécier à sa juste valeur, contrairement à beaucoup de laïcs imbéciles ; et l’influence de l’idéalisme allemand rapproche beaucoup Benoît XVI de Jean-Paul Sartre et de sa morale hybride. Il y a aussi chez Benoît XVI une sorte de fascination (très allemande elle aussi) pour l’ingéniosité, qui le pousse à méconnaître la vraie science ; et incontestablement une partie du monde musulman est fasciné par la technologie nord-américaine d’inspiration nazie. Autrement dit, je crois qu’un musulman qui lirait l’encyclique “Spe salvi” de Benoît XVI n’y trouverait rien à redire, au contraire. Probablement le seul grief que Tariq Ramadan pourrait faire à Benoît XVI serait de ne pas être assez “scolastique”, quelque chose dans ce genre. Il est évident qu’il y a une “concurrence” entre Benoît XVI et ses partisans d’une part (en France le renouveau charismatique, une bonne partie des “vieux catholiques” dits “traditionnalistes”, et les démocrates-chrétiens “gaullistes”), et les musulmans d’autre part. Comment expliquer autrement le fait qu’on vive d’un côté comme de l’autre coupé d’une réalité première, à savoir que la religion athée et ses ministres occupent une place dominante et qu’ils exercent une répression assez nette des autres cultes.
11:21 Publié dans Critique littéraire | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : benoit xvi, tariq ramadan, voltaire, jean-paul sartre
vendredi, 19 janvier 2007
Le Salut par l'Islam ?
Dans mon empressement à ensevelir Robert Redeker sous une double couche de mépris opaque, je n'avais même pas remarqué qu'il était démocrate-chrétien, cette triple andouille vénale… C'est le bouquet ! Vu son niveau intellectuel, je l'avais situé machinalement dans la clique des laïcards bornés. Il manquait plus que ça, que ce bouffon se réclame du christianisme ! (Je me suis bien rendu compte que P. de Villiers tient un discours à peine moins idiot, mais P. de Villiers est chef d'entreprise de formation, pas professeur, et homme politique de surcroît, ce qui n'est pas un gage d'objectivité supplémentaire. Deux petites excuses que Redeker n'a pas.) Maintenant, quand je vais croiser un musulman, je vais devoir m'excuser à cause des âneries débitées par mon corréligionnaire Redeker en campagne de promotion sur les plateaux de France et de Navarre !? Franchement je la digère mal, celle-là. Idem quand je constate que Tariq Ramadan connaît mieux l'histoire de France et sa littérature, y compris Voltaire, que ce genre de crétin produit par les médias à une cadence de plus en plus soutenue. (J'avais décidé d'assassiner aussi en quelques lignes le Grand Inquisiteur de la laïcité H. Pena-Ruiz, mais tout compte fait j'ai ma dose de grossièreté et de haine pour la journée.)
10:50 Publié dans Anti-journalisme | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note | Tags : redekker, tariq ramadan, pena-ruiz

