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  • Valeur du rêve

    Le progrès personnel, en art, entraîne à considérer la valeur de l'onirisme ou du rêve comme nulle ; ça m'intéresse moins de savoir comment un cinéaste fabrique son cinéma qu'un pâtissier ses gâteaux. Comme les intellectuels, les cinéastes ne savent rien faire seuls, et tout leur art consiste à se rendre indispensables aux pires entreprises humaines.

    La vie des trafiquants de drogue est sûrement plus palpitante que celle des cinéastes, suppôts de Satan, mais de 3e classe seulement.

    Moins débile que le cinéma, l'art égyptien est fait pour fasciner, donc pour faire rêver. Mais ses planificateurs eux-mêmes font preuve d'un esprit diablement raisonnable et discipliné. Ils font rêver le quidam par leur grande maîtrise, tandis que le cinéma se base le plus souvent sur le bluff et quelques gadgets. Une poignée d'écrivains, au XIXe siècle, a déjà épuisé toute la matière que le cinéma mâche et remâche. Ces écrivains mettaient plus d'humour, et n'éprouvaient pas le besoin de se pavaner comme des paons.

    Aux Etats-Unis, on arrête parfois la circulation des voitures et des piétons pour tourner des scènes de cinéma. Peut-on faire plus barbare ? Mon pote américain, sans doute l'Américain le moins prêt à assassiner son voisin pour quelque problème de libido sous-jacent, éprouvait d'ailleurs une certaine honte de ce cirque indécent : emmerder les gens pour un film.

    Les animaux domestiques rêvent. Ils rêvent qu'ils sont des animaux sauvages.

  • Le Nouvel Ordre Ethique

    Pourquoi le nouvel ordre moral est-il "de gauche" ? Parce que l'argent est une valeur droite. Pas de zig-zag entre celui qui possède l'argent et celui qui n'en a pas. Inutile de se tordre le cou pour savoir lequel a le pouvoir.

    Le président Hollande a parfaitement compris le sens de son sacerdoce en plaidant contre l'argent devant ses fidèles. La détermination au gain est un mobile carnassier beaucoup trop transparent pour que ceux qui n'ont pas de biens puissent avoir foi dans l'éthique de ceux qui les gouvernent. L'usage du mot grec est pour ne pas trop faire voir la filiation avec la morale d'ancien régime.

    La gauche est donc là pour faire tampon entre les élites et ceux qui turbinent ou attendent impatiemment un nouvel emploi ou une nouvelle donne.

     Toutes les ruses modernes pour méduser le peuple et l'inciter au devoir vaille que vaille, peuvent être dites "de gauche".

    Marx, qui n'est ni de gauche, ni de droite, sans quoi il ne serait pas historien, savait parfaitement que les docteurs de la nouvelle Eglise socialiste seraient ses pires ennemis, la droite ayant tout simplement perdu prise sur les nouvelles réalités industrielles, et donc politiques. La doctrine réactionnaire antilibérale, anticommuniste et antidémocratique de Nitche ne fait, sur le terrain politique, qu'exprimer la nostalgie d'un ordre social révolu.

    Les ruses de la gauche coïncident à peu près avec ce qu'on appelle l'intellectualisme. C'est ce qui explique que les Français penchent très peu à gauche, et qu'il faut tout un arsenal médiatique à la gauche pour se faire élire, depuis qu'il n'y a plus ni parti communiste, ni ouvrier en France ; à l'exception des femmes, persuadées que les intellectuels sont des savants, alors que ce sont surtout des bêtes à concours d'une grande servilité. Les intellectuels de droite en sont réduits à écrire des petits romans parfaitement lisibles et tout à fait simplets, qui les conduisent à l'Académie française et poser en costumes de polichinelles, sans se douter de rien.

    Si 100% des intellectuels français s'exilaient aux Etats-Unis, où ce type d'individu trouve plus facilement du crédit, notamment parce que les Américains savent à peine lire et écrire, personne ne ferait la différence. On serait débarrassé, faute de spécialistes, de tas de sciences inutiles. Tandis que si vous divisez le nombre des éboueurs de Paris par deux, là ça fait une différence.

  • Quitter la terre

    Sans Molière et quelques autres types valeureux de son espèce, je crois qu'il me faudrait rayer la France de mon vocabulaire.

  • Exit la culture

    Entre la culture et le peuple, Marx interpose la critique. Plus largement, aucun détracteur de la propriété et de l'argent ne cautionne la culture, dans la mesure où celle-ci comporte la justification de la propriété et de l'argent.

    Marx a du reste anticipé la métamorphose du culte néo-païen catholique romain en culture républicaine, et fait du motif de se plonger dans la culture moderne un motif semblable à celui de plonger dans l'opium.

    Il ne faut pas chercher plus loin l'extraordinaire gaspillage de ressources humaines pratiqués par les élites républicaines, plaçant ainsi une cloche à fromage étanche sur les gosses de ce pays, sous le couvert d'un cartésianisme si étriqué que Descartes lui-même ne le reconnaîtrait pas.

    L'appétit spirituel des gosses a été coupé à l'aide du néant de l'existentialisme, au point que le satanisme ou l'écologie peuvent passer légitimement pour des axes plus sûrs que la foi dans l'argent.

  • L'Occident et la Mort

    Une erreur de jugement commune, c'est de croire que l'Occident néo-païen ne veut pas entendre parler de la mort, contrairement à l'Orient païen, où la mort possède les droits d'une divinité majeure, devant laquelle on se prosterne - la pyramide des Egyptiens est un hymne funèbre inégalable selon moi. Et si l'on avait placé des officiers de la SS à côté de ces pyramides, on les aurait vu s'incliner avec respect. Par principe, les nazis s'inclinent devant tout ce qui est architectural, même les cathédrales gothiques mal foutues, ou les cubes de Picasso, tellement le Boche craint que le ciel ne lui tombe sur la tête, ce qui finit par lui arriver, en raison de sa frayeur atavique d'homme de caserne.

    C'est la fragilité de l'art moderne occidental qui explique l'attitude de la race de fer vis-à-vis de la mort. Cette "fuite en avant", qu'il nomme "progrès" ou "modernité", et que son activité économique traduit le mieux, assimilable à la plus vaine "recherche du temps perdu", est caractéristique de l'homme occidental, privé d'un art assez solide pour se défendre, efféminé comme pas deux. Oui, vraiment, Satan a du souci à se faire.

    L'affolement de l'homme moderne signifie bien que la mort est là, omniprésente. Dans sa fuite, il ne peut pas se retourner. Affolement et fuite devant la mort sont bien la clef des génocides modernes particulièrement vastes commis par les Occidentaux, gestionnaires du monde. Si l'économie occidentale est aussi chaotique, par exemple, c'est parce qu'elle est infectée de psychologie : son fétichisme dépasse tout ce qui a été inventé avant.

    L'excès de puissance de l'Occident sur le reste du monde lui vient principalement de son effroi constant. Comme s'il ne portait pas des vêtements assez chauds. C'est cette panique qui détermine l'Occident à une activité aussi intense, et qui le fait ressembler à un insecte, son art à des pattes de mouches.

  • Du Gay savoir

    L'essayiste français Pascal Bruckner impute dans l'un de ses essais le sentimentalisme débordant de la société occidentale au christianisme. C'est un truc récurrent chez les philosophes républicains modernes, et non seulement Nitche, d'imputer au christianisme la décadence des institutions.

    Un peu plus d'honnêteté intellectuelle ou de professionalisme obligerait à accuser l'Eglise catholique, et non le christianisme, de ce mysticisme sexuel débordant et dangereux, dont la demande d'institutionnalisation des relations lesbiennes ou sodomites dérive. Si le mariage gay est bien égal au mariage catholique romain, c'est sur un point : celui des sentiments, exclu des rituels d'union païens. Les militants gays n'ont pas introduit le débordement sentimental, mais l'Eglise romaine elle-même précédemment.

    Pourquoi l'Eglise romaine, et non le christianisme ? Parce que les évangiles ne permettent de fonder AUCUNE DOCTRINE SOCIALE. Le Messie traite les juifs pharisiens de "chiens", parce qu'ils ont commis cette faute contre l'Esprit de dieu.

    Les démocrates-chrétiens commettent une imposture et un blasphème majeur : en effet, rien ne leur permet de décréter à la place de Jésus-Christ dans un domaine où celui-ci n'a jamais cru bon de décréter.

    Si cette nuance majeure entre la docrine sociale catholique romaine d'une part, et la parole de dieu d'autre part, doit être faite, c'est parce qu'elle permet de comprendre la fragilité particulière du néo-paganisme catholique romain. On pourrait quasiment parler de néo-paganisme "schizophrène". Quelques érudits seulement en ont conscience ; il est difficile de croire, par exemple, que Galilée ou Joseph de Maistre ignorent qu'ils proposent des doctrines antichrétiennes, tellement elles sont inspirées par des principes "maçonniques" ou platoniciens contraires au christianisme (l'évangile de Judas Iscariote révèle qu'il était adepte de la philosophie morale de Platon).

    La divagation juridique est donc une marque particulière de l'Occident, qui trouve son origine dans la doctrine sociale de l'Eglise catholique. L'imprécision des philosophes voltairiens, la raison pour laquelle ils ne veulent pas ou ne peuvent pas viser juste, est assez facile à comprendre : les institutions républicaines dérivent des institutions catholiques romaines. La principale différence entre les institutions monarchiques catholiques romaines et les institutions républicaines modernes est d'ordre économique, non pas juridique. La théorie nationale-socialiste ou hégélienne du progrès serait mise à mal si la solution de continuité était mise à jour entre tradition catholique romaine et modernité technocratique républicaine.

    Pour le combat contre la subversion de l'Esprit, il n'est pas inutile de comprendre que Shakespeare, avant même qu'elle ne prenne l'aspect tentaculaire et métastatique qu'on lui connaît, a tranché la gorge à la doctrine sociale de l'Eglise romaine. C'est le sens sans équivoque de la mythologie de Shakespeare. Sous l'apparence païenne ou séculière, Shakespeare met le feu au Capharnaüm catholique romain, véritable paganisme recouvert des oripeaux de la foi chrétienne. Si les universitaires voulaient bien se donner la peine d'être intelligents, ils comprendraient que Shakespeare le fait d'une manière plus complète et qui excède largement en force la manière de Luther. Shakespeare est le découvreur du globe, de sa lâche médiocrité, et il ne faut pas s'attendre à l'éternel retour de Fortinbras. Si les meilleures choses ont une fin, les pires aussi, par bonheur.


  • Saint Molière

    Le culte des saints légendaires dans l'Eglise romaine est un scandale, vu la coïncidence de la propagande et du mensonge. Le témoignage chrétien est l'inverse de la propagande patriotique. Le blanchiment de religieux ayant trempé dans le crime ou la politique n'est pas un scandale moins grand; le cas du sinistre Bernard de Clairvaux est le plus frappant, complice d'assassinats et de manigances politiques.

    Quant aux saints "théologiens", quant ils écrivent n'importe quoi, ce qui est fréquent dans les ordres religieux conventuels, leur canonisation signale la bêtise extrême de ceux qui les ont "canonisés", procédure en soi démentielle, et irrecevable sur le plan spirituel chrétien, car elle relève de l'idolâtrie et du culte de la personnalité.

    L'imbécillité est fréquente chez les moines, à cause des règles de vie qu'ils édictent, et qui vont chez les plus fous se substituer à la parole de dieu. Une caractéristique des évangiles, c'est qu'ils ne fournissent pratiquement aucun règlement de vie. Le point de vue existentiel condamne le christianisme ; le mérite de l'antichrist Nitche est plus grand que de très nombreux prétendus "saints" de le préciser : le Messie des chrétiens n'a aucune considération pour les valeurs sociales, mais ne se soucie que de la vérité.

    Je dois beaucoup à Molière. Il m'a gardé de devenir un intellectuel ou d'avoir du style, ce que j'aurais pu devenir à cause de mon héritage familial et du goût décadent pour l'intellectualisme, qui fait la littérature contemporaine aussi médiocre et fière de l'être que les romans de M. Houellebecq.

    La faiblesse du monde et sa chute imminente probable sont liées au fait qu'il est dirigé actuellement par des intellectuels, c'est-à-dire ceux-là que le Français élevé par Molière voit comme des parasites dans l'ordre de l'esprit, premiers responsables de la bestialité humaine et des génocides. Hitler ? Un irresponsable, mais pas plus que n'importe quel homme politique ; et quelle pureté, à côté de l'extraordinaire duplicité de la haute société britannique.

    Voyez comme les polytechniciens sont blanchis, combien en ce domaine la doctrine nazie de la banalité du mal a plein effet.

    Les intellectuels constituent en quelque sorte l'âme du monde, réalité qu'ils inventent et qui n'existe pas. Rien d'étonnant à ce que Sartre déduise le néant: c'est le territoire de prédilection des intellectuels. L'abstraction fournit un refuge plus sûr aux intellectuels que les postes avancés ou se tiennent les politiciens. Que Marx ait cru bon de démissionner de l'Université afin de pouvoir dire la vérité, c'est quelque chose qu'un esprit français peut assez facilement comprendre.

    L'abstraction ou le langage: on perçoit chez saint Molière qu'il est une chose impure. C'est une notion que les artistes chrétiens authentiques ont toujours tenu à préserver. Ce qui sort de la bouche de l'homme est cause d'impureté, affirme Jésus-Christ, ce qui constitue une condamnation sans appel de l'anthropologie, c'est-à-dire de la foi et de la raison égyptienne ou romaine.

    Aussi peu chrétien en apparence soit L.-F. Céline, cette notion l'explique largement. Si, comme la brute nazie, Céline avait pris le langage pour une chose sacrée, il ne se serait pas permis de le réorganiser. Et d'ailleurs Céline a conscience que la justification du génocide du peuple par les élites, dans les moments où celles-ci se sentent menacées, passe d'abord par le langage, qui sert toujours de caution à la violence. L'ignominie de Bernard de Clairvaux est d'abord d'être un rhéteur, quand la parole de dieu ne fait pas de place à la rhétorique. Et déjà auparavant le combat de Moïse fut celui du mythe contre la rhétorique égyptienne.

     

  • Résistance active

    Pour contribuer à l'esprit de résistance active des Français, en particulier les plus jeunes, à la corruption extrême de leurs élites politiques, religieuses, morales, artistiques et scientifiques, cet article dans le fanzine "Au Trou" sur l'Argent et l'Etat - en quoi ils se complètent et constituent un pan incliné vers la barbarie.