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  • L'existentialisme en chaire

    Voilà presqu'une dizaine d'années maintenant que je refuse de serrer la pogne à un membre du clergé catholique, comme certains réclament parfois à la sortie de la messe.

    C'est pas exactement que j'ai peur de me salir les mains, mais plutôt que ça m'affaiblisse, que ne passe par là un fluide tiède.

    Nul chrétien ne peut se passer des bienfaits de la messe, c'est une chose, mais on n'est pas tenu de se cogner les imbitables sermons du clergé démocrate-chrétien qui entend montrer ainsi qu'il n'a pas fait Kant+7 pour des prunes.

    Je fréquente une paroisse où des clercs étrangers sont assez souvent invités à prêcher, notamment des prêtres d'Europe de l'Est, d'Amérique du Sud et d'Afrique, et je relève ce fait plutôt encourageant que lorsque le prêcheur vient de ces contrées lointaines, son sermon est environ cinq fois moins hérétiques en moyenne, pour causer comme un cartésien, cinq fois moins que lorsque le curé est français.

  • Témoin n°1

    Tout le monde ou presque a déjà vu un de ces feuilletons yankis débiles où les flics doivent à tout prix empêcher le témoin de se faire flinguer par les gansgsters avant d'avoir pu déposer à la barre.

    Eh bien c'est à ça que me fait penser la biographie de Simone Weil par Laure Adler, féministe en minijupe bombardée intellectuelle de premier plan depuis que Mitterrand daigna jeter un jour un regard approbateur sur ses gambettes libérées.

    (Simone Weil : l'édudiante déchaînée, est-il utile de préciser, pas son homonyme la sufragette encombrante qui se fait servir dans son hôtel du VIIe arr. par un nègre à plastron dans de la porcelaine de Saxe.)

    Il faut buter le témoin Simone Weil ! Même morte, elle témoigne encore beaucoup trop contre la mafia capitalistico-gaulliste.

    Songez qu'elle a attesté de la médiocrité de la petite clique gaulliste réfugiée à Londre, qu'elle côtoya de près. Et même pris la défense de Pétain contre de Gaulle d'après son frère André Weil. Elle a aussi estimé stupide qu'on puisse rendre hommage aux victimes de la seconde guerre mondiale en fonction de leur race, et que ce genre d'hommage qui ne mange pas de pain en général était plutôt immoral. Les origines juives de Simone Weil ne lui ont même pas rendu la franchise plus facile, par rapport à Le Pen je veux dire, étant donné qu'elle dédaigna son judaïsme au point de se convertir au communisme puis au christianisme. Je n'ose pas dire 'catholicisme' étant donné la clique d'imbéciles jansénistes à laquelle Simone Weil a été confrontée. On ne sait rien encore de la rencontre entre Simone Weil et Léon Bloy qui s'est faite au Ciel.

    Bref la liste de ses crimes contre la bourgeoisie est assez longue pour qu'on essaie de faire passer Simone pour une étourdie, ou encore pour une emmerdeuse à tendance suicidaire, voire pour une petite dinde philosophique sur le modèle de Jeanne Arendt ou d'Edith Stein dont la banalité éclate à chaque phrase et fascine ainsi les cons.

    On a même mobilisé contre Simone une de ses 'amies d'enfance', Simone Pétrement, probablement verte de jalousie, qui prétend ici ou là que Simone Weil n'était pas très équilibrée et autres détails aussi peu scientifiques que lâches vu qu'aucun journaliste de la presse officielle n'osera dire le contraire.

    La presse profite du bouquin pour répandre ce propos de Simone Weil selon lequel elle se serait jointe volontiers à une bande de joyeux membres de la 'hitlerjugend' en goguette (le genre Joseph Ratzinger avant d'entrer en religion), le cas échéant, par simple goût pour la communion (Ma grand-mère maternelle se vantait parfois d'avoir brûlé la politesse à un sous-off allemand qui l'extirpait d'un fossé où sa monture l'avait projetée. Voilà au contraire le crétinisme et le conformisme.)

    Un propos sur les jeunes nazis qui témoigne au contraire de la parfaite santé mentale de Simone, pas disposée à faire porter sur une bande de pseudos boy-scouts le poids de la responsabilité d'un massacre à l'échelle capitaliste, dont on voit bien que les véritables coupables, industriels démocrates-chrétiens ou laïcs allemands, français et britanniques au premier chef, ne seront jamais jugés que par Dieu.

     

  • La Docte ignorance

    La 'docte ignorance' prônée par le déplorable cardinal Nicolas de Cues définit on ne peut mieux le registre de ce qu'on appelle aujourd'hui pompeusement 'un intellectuel'.

    - Le cinéaste Jean-Michel Ribes fait la promotion d'un film où la connerie du public qui fréquente les musées est tournée en dérision. Etant donné que le mépris général à l'égard de la peinture est précisément le résultat de l'effort de doctes ignorants laïcs comme Jean-Michel Ribes, il faut pour produire ce genre de merde cinématographique une sacrée dose d'hypocrisie. Mention spéciale au mélancolique crétin Jean Clair, ex-directeur du musée Picasso et imposteur de première classe, qui bat des records d'orthographie.

    - Publication d'un bouquin reproduisant deux cent dessins commentés par Jean-Louis Chalumeau. Encore un docte ignorant. Mystérieuse est selon lui l'absence de dessins de Vermeer. Mystérieux est selon moi qu'on puisse classer Vermeer parmi les peintres. Si Proust ne l'avait pas fait, il n'est pas certain que quelqu'un d'autre y aurait songé tant Vermeer pue la photographie et le procédé industriel. On remplacera avantageusement les coûteuses niaiseries de ce Chalumeau, qui n'hésite pas non plus à qualifier Albert Dürer d''autodidacte' (sic) par la consultation de la base de dessins du Louvre qui contient des milliers, si ce n'est des dizaines de milliers de dessins heureusement non commentés.

    - L'exposition Picasso qui se tient en ce moment permet de constater le caractère didactique de la peinture de Picasso. L'amertume de Picasso est la même que celle de tous les communistes de cette époque-là, car Picasso est un professeur sans élèves ou presque. Elle permet de vérifier aussi que Picasso était plutôt un communiste 'tendance Staline' que Lénine ou Marx. Le goût de Picasso pour Vélasquez, notamment, l'atteste. Faites cette expérience au Louvre de parcourir la galerie 'Renaissance' puis celle des peintres du XVIIe siècle. Vous verrez ainsi quelle différence il y a entre l'aristocratie et la bourgeoisie et pourquoi Saint-Simon (l'aîné) a tout lieu de se lamenter.

    En ce qui me concerne je préfère Lautrec à Picasso étant donné que les portraits de putains et de danseuses de Lautrec donnent moins de prise à la récupération par les bataillons de doctes ignorants rôdés par l'université pour semer à tous vents la superstition cartésienne et le cinéma.

  • La Vertu médiatique

    Soeur Emmanuelle, déjà canonisée par le gratin de la télé, a trouvé le temps d'écrire un bouquin de souvenirs où elle raconte comme elle trouvait de la félicité à se branler l'entrecuisse de temps à autre. Le sermon sur la motte plutôt que sur la Montagne, voilà le tour démocrate-chrétien.

    Sans doute cela vaut-il mieux que les branlettes théologiques de feu Mgr Lustiger, mais j'observe que jamais Soeur Emmanuelle, pas plus que son concélébrant l'abbé de La Morandais, ou encore le lugubre Mgr Di Falco, n'ont profité de leurs fréquentes apparitions à la télé pour dénoncer les lois d'avortement capitaliste immondes qui font des centaines de milliers de morts chaque année en Europe, lois réclamées et obtenues 'au nom des pauvres' par les riches (Autant que les statistiques énigmatiques disponibles permettent d'en juger, les départements les moins riches de France sont ceux où l'avortement est le moins perpétré.)

  • En hommage à la critique

    Parce qu'à cause des grimaces de Beigbeder ou Daniel Picouly, Philippe Sollers, on pourrait finir par croire que la critique est une affaire de chimpanzés accrochés aux branches de la littérature, j'ai jugé bon de recopier ici un exemple de jugement honnête, d'avant le parasitisme, en hommage à la Critique :

    "Victor Hugo vint, Alexandre Dumas vint, et avec eux le troupeau de leurs imitateurs ; la monstruosité des Iphigénie et des Athalie céda la place à la monstruosité d'une Lucrèce Borgia, à l'engourdissement succéda une fièvre chaude ; on prouva que les classiques français avaient plagié les anciens, - et voici qu'apparaît Mlle Rachel et tout est oublié, Hugo et Dumas, Lucrèce Borgia et les plagiats ; Phèdre et le Cid se promènent à pas comptés sur la scène, en débitant des alexandrins bien tournés, Achille parade avec ses allusions à Louis le Grand, et Ruy Blas et Mademoiselle de Belle-Isle ne sortent plus des coulisses que pour se réfugier aussitôt dans des fabriques allemandes de traduction et sur des scènes nationales allemandes.

    Ce doit être un sentiment bienheureux pour un légitimiste, en écoutant les pièces de Racine, de pouvoir oublier la Révolution, Napoléon et la grande semaine ; la gloire de l'ancien régime surgit du sol, le monde se couvre de tapisseries de haute lice, Louis l'absolu se promène en veste de brocart et en perruque à queue à travers les allées taillées de Versailles, et l'éventail tout-puissant d'une maîtresse régit la cour heureuse et la France malheureuse."

    Avouez que si on tombait là-dessus dans "Le Figaro" ou "Le Monde", au milieu des pitreries habituelles de je ne sais quel mercenaire, on sursauterait. Le critique résume ici magistralement les trois-quart de la littérature allemande dans sa formule : "une fabrique de traduction". Et parmi les traducteurs, un sacré paquet de traîtres.

    (Qui devine l'auteur recevra mes félicitations immédiates et mon propre ouvrage dédicacé un peu plus tard.) 

  • Crétin ultime

    Lu dans une gazette soi-disant littéraire ce remède du grand dadais Beigbeder pour soigner le capitalisme : obliger les étudiants de l'ESSEC à lire Proust. C'est partir du postulat qu'un étudiant de l'ESSEC SAIT lire, postulat démenti par les faits ; un étudiant de l'ESSEC n'est pas de ce point de vue plus avantagé qu'un polytechnicien ou un étudiant à Sciences-po.

    A l'appui cette citation extraite de "Le Temps retrouvé" : "La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie, par conséquent réellement vécue, c'est la littérature."

    Mais c'est précisément le capitalisme, l'économie virtuelle qui est enfermé dans cette formule de Proust ! Une idéologie femelle de l'expert-comptable pour qui rien n'est chair, tout n'est qu'écriture.

    Entre la vraie vie de Jérôme Kerviel et celle de Proust, celle de Beigbeder, quelle différence ? Ici on voit que Sartre est quand même un peu moins con que Proust, Sartre qui à la fin de "Les Mots" finit par reconnaître tardivement que la poésie est parfaitement réversible (BHL rend hommage à Sartre en retournant sa veste à intervalles réguliers.)

     

     

  • Hybride

    Lu dans "Le Monde diplomatique" un article dont l'auteur propose de chercher des solutions à la crise à la fois chez J.M. Keynes et Karl Marx. C'est complètement absurde ; autant que le rapprochement que font certains universitaires gâteux entre Marx et Hegel (Ce genre de "pondérations" de Marx par Hegel ou Keynes vise bien sûr avant tout à préserver l'honorabilité des carrières des profs qui la suggèrent. Si le slogan des chrétiens est désormais : "Surtout pas l'Apocalypse !", celui du PCF depuis la Libération c'est : "Surtout pas la Révolution !".

    Marx n'a rien à voir avec des crétins comme Keynes ou François Fillon ; le marxisme n'est pas une trousse à outils ; c'est une vision complète de l'homme-artiste telle qu'on n'en avait plus proposé depuis Averroès, saint Thomas d'Aquin ou Raphaël.

    La tentative de réforme du capitalisme par Keynes est à peu près la même que celle qui fut tentée avec le succès qu'on sait par Hitler à partir de 1933 en Allemagne. Elle consiste à essayer de fixer la richesse nationale et à lutter contre la force capitaliste centripète. Toujours ce rythme binaire du capitalisme : sadisme Et masochisme, anorexie ET boulimie, consommation ET épargne, étatisme ET laxisme, Keynes ET Friedman.

    Sans une organisation totalitaire telle que le FMI ou le Congrès yanki, les tours de passe-passe monétaires façon Friedman seraient impossibles. La politique de dépenses contrôlées par l'Etat, non seulement n'a pas sorti l'Allemagne nazie ni les Etats-Unis complètement du marasme dans les années 30, mais elle a entraîné ces nations à développer leurs industries militaires.

    Par conséquent on peut dire que Keynes, autant que Hegel, c'est la guerre.