Lapinos - Page 146
-
Dans la chaleur de l'hiver
Ayant connu des déboires avec plusieurs femmes intelligentes successives, j’étais bien décidé désormais à ne m’accoupler qu’avec une sotte. Je me mis à fréquenter plus assidûment le rayon "Développement personnel" de la Fnac des Ternes.
Chercher une sotte dans une librairie peut sembler un paradoxe, mais le rayon “Disques” ou “Dévédés” était au-dessus de mes forces, de toute façon.
« Connais-toi toi-même. », dit la sagesse grecque : c’est d’abord être conscient de ses limites !
Ledit rayon grouillait et j’eus bientôt dans le collimateur le specimen désiré : une gonzesse très bien roulée, mais surtout très sotte ; aucun doute possible là-dessus, elle était en train d'éplucher un bouquin publié chez Odile Jacob, je ne sais plus trop lequel, un essai de Boris Cybernik, quelque chose dans ce goût-là.
Je m’étais coiffé ce jour-là en arrière, pour découvrir le plus largement possible mon front, partant du principe que les grands fronts séduisent forcément les sottes, et j’avais enfilé, une fois n’est pas coutume, un pantalon en laine repassé ; les sottes aiment le repassage aussi.
Je ne doutais pas dans ces conditions de faire mouche ; plein d’assurance, j’adressai donc à cette créature idéale un sourire aussi américain que possible, en m’inspirant du style un peu niais de Gary Cooper, par-dessus le bord d’un livre pris au hasard. Comme prévu, la réaction de la donzelle ne se fit pas attendre, elle se mordilla la lèvre. C'est à partir de là que les choses ont mal tourné… J’ai voulu faire une pause, changer un peu de regard, j'ai baissé les yeux et, machinalement, j'ai lu dans le bouquin qui me servait d'alibi :
Mordillement des lèvres : Ce geste illustre un malaise évident. Elle a peur d’être dépossédée, s’il s’agit de sa lèvre inférieure. Elle est débordée ou surmenée si elle mordille sa lèvre supérieure.
Quelle coïncidence ! Le nom de l'auteur : Joseph Messinger, un analyste du comportement corporel humain. La quatrième de couverture m'informa qu'il s'était déjà vendu deux cent mille exemplaires de ce traité des gestes et tics dans tous les rayons "Développement personnel" de France. Et, pour une fois, c'était mérité, Messinger y développait une vraie science, basée sur l'observation attentive, à mille lieues des supputations fumeuses de Freud ou de Boris Cytronchik.
Mais lorsque j’ai relevé la tête, ma gonzesse n'était plus là, dame, elle en avait profité pour s’échapper. Vaguement dépité, je renonçai à la poursuivre dans les escalators. -
Confessions intimes
J'ai fait un curieux rêve hier soir après avoir éteint la télé, feuilleté quelques pages d'un des cinq bouquins que je lis en alternance en ce moment, et m'être endormi sans effort. J'étais dans un vaste bureau en compagnie de Jean-Marie Le Pen. Il y avait un très beau Bouguereau accroché au mur. Tout indiquait dans ma posture, je me tenais assez raide sur une chaise, sur les genoux une serviette en cuir et sur l'oreille un crayon de bois, que j'avais été embauché comme secrétaire particulier par le Président du Front National. Pas depuis longtemps, parce que j'essayais de deviner en plissant les yeux les titres des bouquins dans les vitrines en attendant que le Président, penché sur une lettre, daigne m'adresser la parole.
Je sais d'où vient ce rêve. Outre la confidence de Le Pen, l'autre jour, sur son manque de foi dans la construction européenne, j'ai retenu aussi qu'il s'apprête à écrire ses mémoires, pour régler des comptes personnels. Eh, eh, voilà qui est intéressant et qui nous change des bilans comptables et des estimations habituels. Déjà que je n'aime pas les chiffres, si en plus de ça ils sont bidonnés, je ne vois vraiment pas l'intérêt de se prendre la tête avec.
Le Pen s'est raclé la gorge et m'a demandé quel titre je pouvais lui suggérer pour ses mémoires ? J'ai un peu bredouillé, vu que je m'attendais pas à cette question : « Pourquoi pas Les Confessions… comme saint Augustin et Jean-Jacques Rousseau ? »
Il n'a pas eu l'air convaincu, ou alors c'est ma précision sur saint Augustin et J.-J. Rousseau qu'il a trouvée un peu impertinente ? J'ai essayé de me rattraper en disant que le coup de Rousseau, de faire planer la menace de révélations fracassantes et de ne publier ses mémoires qu'à titre posthume était génial, qu'il devait absolument l'imiter - qu'on pouvait même perfectionner l'idée…
À ce moment-là, Marine est entrée en coup de vent, elle a traversé le bureau en trombe, elle a pris un dossier sur le bureau de son paternel, et elle est repartie aussi sec sans même m'accorder un regard… La suite du rêve m'échappe. La seule chose dont je sois sûr, c'est que ça se terminait pas en cauchemar. -
A Handful of Dust
Des cérémonies religieuses de mon enfance je ne garde pas un souvenir aussi ému que Chateaubriand ou Brassens. Il est vrai qu'il est difficile d'avoir un souvenir plus ému de soi-même enfant qu'un inverti (léger) comme Chateaubriand !
Et puis je n'ai pas connu le faste des cérémonies, aboli déjà depuis un laps, et qu'une nef sombre seule rappelait, et quelques ciboires massifs relégués dans un coffre ouvert à tous les voleurs. "Donner l'argent des autres", "Demander le pardon des péchés de son grand-père", "Prier aussi Bouddha", j'ai été élevé dans les nouveaux dogmes.
Pas d'enthousiasme, mais pas de dégoût non plus, sauf pour la cérémonie du Vendredi saint. S'agenouiller devant une statue et lui baiser les pieds, je trouvais ça déshonorant et indécent. Je renâclais. Un fond de puritanisme ? Peut-être bien. Aujourd'hui, je m'agenouille sans effort, mais ce que je trouve ridicule, c'est le petit coup de chiffon de l'acolyte pour essuyer les pieds de Jésus crucifié, après chaque baiser ; ça me rappelle que l'Église n'a pas encore fini d'être hygiénique et démocratique. On peut prévoir un petit sursaut esthétique, dans un réflexe de survie, vers la fin, et puis plus rien, le désert ou la jungle.
Mais n'anticipons pas ; aujourd'hui, mercredi des Cendres, le premier vicaire rappelle le règlement en vigueur : « Pour les personnes âgées de dix-huit ans au moins et en bonne santé, le jeûne est obligatoire, pas plus d'un "vrai" repas par jour ! »
À ce régime-là, qui est le meilleur régime pour rester éveillé, si les catholiques étaient plus nombreux, on entrerait en récession économique ! -
Parallèle cubiste
C'est le hasard si je lis en ce moment en parallèle deux biographies, celle de Roger Nimier (1925-1962) et celle de Pablo Picasso (1881-1973). À première vue, tout semble séparer ces deux types. Pas de risque de confusion, j'ai pensé d'abord : autant Nimier est grand, autant Picasso est petit, autant Nimier est large, autant Picasso est pingre, autant Nimier est fidèle, autant Picasso est lâche, autant Nimier doute, autant Picasso est sûr, autant Nimier est anticonformiste, autant Picasso est communiste.
Le hasard car je ne m'attendais pas à ce qu'on m'offre la biographie de Nimier par Marc Dambre le jour où j'ai acheté celle de Picasso par Arianna Huffington. J'étais prévenu contre la biographie d'Huffington ; elle est Américaine et je ne devais donc pas espérer beaucoup de subtilité psychologique de sa part. De fait, A. Huffington ne peut s'empêcher de réitérer sa désapprobation féministe dès qu'il est question des conquêtes de Picasso, à chaque nouveau chapitre par conséquent, alors que personnellement je trouve que c'est un des aspects les plus sympathiques du personnage. Néanmoins l'aspect documentaire de cette biographie m'attirait. A. Huffington a en effet compulsé bon nombre de bouquins et d'articles sur son sujet, avant de composer son ouvrage, et elle n'a pas "poussé les mégots sous le tapis".
Même si A. Huffington préfère s'en prendre à la statue de Don Juan plutôt qu'à celle du Commandeur, on sent que déjà la gloire de Picasso entre dans l'ombre. Après tout Picasso appartient au moins autant aux Amerloques qu'à nous, ils peuvent bien jouer avec sa cote si ça les amuse.
Plus sérieusement, ne peut pas se poser des questions sur l'art spéculatif - et je m'en pose quelques-unes -, sans se pencher un minimum sur les spéculations de Picasso, largement inspiré par un rhéteur plus habile que lui, à savoir Apollinaire. Madame Huffington les cite l'un et l'autre assez souvent. Un exemple comique de jugement de Picasso sur Pollock, par exemple :
« Je suis contre ce genre de peinture : je crois que c’est une erreur de se laisser complètement aller, et de se perdre dans un geste, cette foi en l’acte pur me déplaît énormément. Ce n’est pas que je m’accroche à une conception rationnelle de la peinture. Je n’ai rien de commun avec un homme comme Poussin, par exemple. De toute façon, notre inconscient est si fort qu’il s’exprime toujours d’une manière ou d’une autre, en dépit de nous. »
Il y a dans cet arrêt toute l'impudence naïve de Picasso, sa foi dans les idoles du moment. Il ne voit pas qu'il tend des verges pour se faire fouetter, ou plutôt il s'en moque, ses bêtises n'ont-elles pas toujours été couronnées de succès ? Quel besoin a-t-il lui-même, Picasso, de rajouter des arêtes, des angles et des saillies dans sa peinture ? N'y en a-t-il pas assez dans la nature ? Et puis, surtout, on ne peut pas jouer sur la spéculation et en même temps vouloir la stopper lorsqu'on le désire.
À la réflexion, il y a quand même ce point commun entre Nimier et Picasso qu'ils sont tous les deux des génies précoces, gâtés par leurs mères. La spéculation non plus n'est pas étrangère à Nimier, elle est même sans doute plus spontanée chez lui. Et la vitesse, bien sûr, qui n'aura pas été fatale qu'à Nimier. Comme quoi on n'échappe jamais complètement à son époque. -
Campagne profonde (2)
Le piment de Le Pen, c'est qu'il chahute l'"establishment". La partie de tennis démocratique qui se joue, si Le Pen n'était pas là pour ruer dans les plates-bandes et chiper la balle de temps en temps, serait d'un ennui mortel ! Ou alors il faudrait deux femmes, et non pas une seule, qui se crêperaient le chignon sans retenue sous nos yeux.
L'ennui mortel, en revanche, est typique de la littérature démocrate-chrétienne, de Paul Bourget (qu'on réédite !) à Éric-Emmanuel Schmitt ; en toute logique les démocrates-chrétiens haïssent donc Le Pen - du bout des lèvres, comme tout ce qu'ils font. S'ils n'avaient pas enterré le diable, ils penseraient : « Ce Le Pen est diabolique ! ».
Aussi le spectacle de la métamorphose de Bayrou - qui essaie de "s'hybrider" pour les besoins de son élection -, est-il assez étrange. Il peine à trouver son style. Appliquer la recette de Le Pen ne suffit pas, encore faut-il avoir le tournemain… On dirait que Bayrou drague un type d'électeur qui n'existe pas, un électeur théorique (En dehors de fournir un nouveau sujet de conversation aux journalistes, je lui vois un autre point commun avec Chevènement, à Bayrou : un orgueil disproportionné.)
Bon, mais j'ai du mal à rester concentré plus de deux minutes sur ce que dit Bayrou ; qu'il soit dans son costard de démocrate-chrétien ou dans son nouveau déguisement de Zorro, il me fait bâiller.
Retour, donc, à Le Pen, tangent à l'hémicycle, pour reprendre une des ces comparaisons géométriques que les philosophes affectionnent tant. Il m'a fait sursauter l'autre jour lorsqu'il a avoué qu'il avait perdu sa foi dans l'Europe après être allé reconstruire des digues effondrées sur la côte hollandaise, lorsqu'il était encore étudiant. Il aurait de ce jour-là compris que le désir d'un destin commun n'existait pas dans la tête des citoyens des différentes nations européennes… En voilà une triste idée ! Aller chercher le sentiment européen en Hollande, primo, ça n'a pas de sens, les Bataves ont toujours combattu tout ce qui est latin, à l'exception de la monnaie latine.
Deuxio, Le Pen a une curieuse conception de l'Histoire s'il croit qu'elle ne peut pas se passer des desideratas du peuple. Qui peut dire ce que désire le peuple ? Lui-même ne le sait pas.
S'il avait fallu attendre le désir des Bretons d'être Français, les Bretons en seraient encore à échanger des fables dans leur dialecte et Le Pen ne saurait pas se servir de La Fontaine pour railler ses adversaires. Finalement il n'y a pas que Bayrou qui soit hybride.
Je crains que ce sentiment de Le Pen, qui existait aussi chez Mitterrand et chez Chirac, ne trahisse en fait le vieux préjugé persistant des Français vis-à-vis des Allemands, entretenu par la République française depuis plus d'un siècle. Qui sait si dans quelques lustres, à cause de notre orgueil et de notre philosophie, nous ne serons pas obligés d'accepter de nouveau sans discuter toutes les conditions que l'Allemagne, réformée, nous dictera ? -
Kirche, Küche und… Kapital !
Ce coup-ci, ça y est, avec la célébration de la Saint-Valentin cette semaine dans les églises du diocèse de Paris, je crois qu'on a touché le fond. Pas le fond du mauvais goût, non, ça ça ne date pas d'aujourd'hui, et l'Église peut sans doute survivre longtemps au ridicule. Là c'est plutôt le summum du MARKETING qui est atteint. Et c'est sans doute plus grave.
Il ne faut pas se raconter de blagues mystiques, de tout temps les évêques se sont majoritairement soumis aux diktats contraires des autorités politiques, y compris dans le domaine de la morale. Les martyrs, les Thomas More, sont plutôt rares. Je ne nie pas leur courage, mais même les prêtres réfractaires, pour beaucoup d'entre eux ont été soutenus par tout un corps social, un corps social menacé, certes, mais un corps social quand même.
Mais la soumission empêche-t-elle le rappel des principes catholiques aux ouailles catholiques ?
À propos du mariage, qu'en est-il, quel est le modèle que l'Église propose désormais, en quoi est-il différent du modèle laïc ? J'écoutais l'abbé de La Morandais l'autre jour, invité à la télé pour y défendre le mariage chrétien, et pourtant La Morandais n'est pas le plus soumis des prêtres, eh bien pas une seule fois en une heure de plateau il n'a parlé de la famille, des enfants ! Pas une fois : « Le couple, le couple, le couple… »
Le Père La Morandais s'est contenté d'une morale, disons… stoïcienne, ce qui est toujours mieux que la morale petite-bourgeoise, dans un régime démago-capitaliste, je ne dis pas, mais que restera-t-il du catholicisme en Europe lorsque le clergé l'aura converti entièrement en une morale stoïcienne ?
Contre la philosophie contemporaine de la morale sexuelle catholique, un peu d'Histoire : la question de la limitation des naissances obsède les féministes depuis au moins un siècle aux États-Unis, dans cette grande nation entièrement dévouée à l'accumulation des richesses. Y compris les féministes catholiques, suffisamment organisées pour faire pression sur les cardinaux réunis au Concile de Vatican II et les obliger à théoriser sur la limitation des naissances, ce qu'ils n'étaient pas disposés à faire a priori (Pour plus de détails sur les circonstances de ces pressions féministes, on se référera au théologien J.-M. Paupert.)
Ces pressions féministes ont abouti à forger de toutes pièces ce que certains démocrates-chrétiens appellent sans rire "la contraception naturelle" ; et tout un un blabla proprement écœurant sur le fonctionnement des ovaires que l'homme catholique moderne serait censé connaître par cœur. Pincez-vous, vous ne rêvez pas, vous êtes dans un presbytère et Monsieur le Curé vous donne un cours de morale sexuelle. Ah, ah, comme d'habitude, j'exagère, les prêtres ont tous désormais au moins bac+5, ça ne veut pas dire pour autant qu'ils parlent latin ni même hébreu couramment, mais ils sont capables de discerner en quoi cette prétendue méthode "naturelle" est en réalité la plus technique et la plus sophistiquée des méthodes de contraception disponible sur le marché occidental.
Donc ce cours de morale sexuelle est confié dans les faits à quelque bigote de la paroisse, aussi fanatique que dévouée. Attention : si vous lui faites remarquer qu'elle débloque complètement, elle vous coupera les couilles, avec une demande d'excommunication envoyée à Rome subito presto.
J'ai l'air de plaisanter comme ça, mais d'ici quelques années les catholiques n'auront presque plus affaire qu'à des gargouilles de ce genre. Et les bonnes sœurs ? il y aurait beaucoup à dire sur les bonnes sœurs, le nombre de martyrs parmi les prêtres qu'elles ont pu faire dans les années quatre-vingt, les obligeant à voter pour Georges Marchais, les poussant véritablement à l'alcoolisme ou à la démence. Je n'étais qu'un petit lapereau à l'époque, mais j'ai bonne mémoire.
Au-delà des principes, qu'est-ce que ça change ? Un dialecticien futé pourrait me rétorquer : pas grand-chose. Les statistiques montrent que les familles chrétiennes ont plus d'enfants que les autres, et donc que la méthode Billings, ils l'appliquent par-dessus la jambe, ils ne connaissent pas le fonctionnement des ovaires par cœur, ils ne font que simuler. Heureusement d'ailleurs, ça serait quand même un comble que la plupart des catholiques ne connaissent plus leur catéchisme par cœur mais qu'ils possèdent la mécanique des ovaires sur le bout des doigts !
Non, c'est plutôt la chasteté qui se trouve modifiée par ces laïus improbables, la chasteté si pénible à saint Louis (selon Jacques Le Goff).
Dans la morale traditionnelle catholique, qu'on peut qualifier d'augustinienne, la chasteté est entre les mains du clergé. C'est le clergé qui décide des périodes d'abstinences, de les réduire pour faire plaisir aux hommes, de les étendre pour faire plaisir aux femmes. Dans cette morale sexuelle contemporaine de bigotes fanatiques, la chasteté, on l'a compris, est entre les mains des femmes elles-mêmes, désormais. Au fond, tout ces pouvoirs qu'elles n'avaient pas auparavant, d'où le tirent-elles ? Eh bien mais de la division du travail dans le mode de production capitaliste, pardi ! -
Deux clowns
Deux clowns médiatiques : je ne sais pas par lequel commencer, le clown triste ou le gai clown ? Dantec ou Sollers ?
Prenons-les dans l'ordre alphabétique. Faut être honnête, d'abord, et avouer que Dantec me fait beaucoup plus marrer que Véronique Olmi, Laurent Gaudé ou Éric-Emmanuel Schmitt (Si toutes les gonzesses qui lisent Éric-Emmanuel Schmitt votent pour Bayrou, il va être en tête au premier tour…).
Sur un "forum de discussion catholique", parce qu'aujourd'hui tout est possible, j'apprends que Dantec est en train de lire un essai récent de Madiran (Une civilisation blessée au cœur), pour parfaire sa foi. Ben mince. C'est assez cocasse. Avec un peu de chance, il va peut-être enfin laisser tomber son refrain à la gloire de la démocratie en Amérique et arrêter de jouer au cow-boy et aux indiens virtuels avec les terroristes musulmans ? Ah, pardon, c'est pas des six-coups mais des carabines superbioniques, j'ai confondu. Si je l'ai bien lu, Madiran n'est pas spécialement un admirateur de Benjamin Franklin, Thomas Jefferson ou Abraham Lincoln. Si je l'ai bien lu, Madiran n'est pas un anticommuniste primaire, c'est pas parce que Le Monde a défendu la cause soviétique qu'il s'est jeté sur Le Figaro pour autant.
Bref, on va enfin savoir si Maurice Dantec comprend les bouquins qu'il lit. L'étape suivante sera pour lui de piger les bouquins qu'il écrit.
Du côté de Sollers, rien de nouveau, il continue de jeter de vagues rayons de culture nitchéenne par-ci, par-là. Il refuse d'abdiquer : « Non, l'époque où les écrivains tentent de faire oublier l'ennui mortel qui s'exhale de leurs romans en faisant les mariolles sur des plateaux de télé n'est pas terminée !! Pas tant que je vivrai ! » -
Le pétrole et les idées
Il y a un autre aspect de la civilisation yankie dont j'ai oublié de parler. Non pas la question de la politique étrangère néocolonialiste des États-Unis : je crois que quiconque compare avec honnêteté les méthodes coloniales françaises en Algérie aux méthodes néo-coloniales yankies en Irak est capable de tirer les conclusions qui s'imposent dans ce domaine.
La question du melting pot yanki me revient en feuilletant un magazine pro-américain, papier de luxe, maquette soignée, avec beaucoup de photographies en quadrichromie ; Le Spectacle du Monde, ça s'appelle ; on nous promet du recul.
On pourrait dire aussi de ce canard que c'est un canard "libéral de droite". Comment peut-on être libéral et de droite ? Mystère. C'est comme comment peut-on être démocrate et chrétien ? Remystère… La partition démocratique de la société en clans rivaux a produit des formules idéologiques assez bizarres, il faut bien dire.
Peut-être Patrice de Plunkette - avec sa bonne tête de GI yanki -, a-t-il la réponse, lui qui incarne toutes ces contradictions ?
Donc d'après un article dans le Spectacle du Monde, le melting pot est en voie de réussir aux États-Unis où les populations de races différentes se mélangent de plus en plus. Et de souligner le bénéfice de la politique de discrimination positive dans ce domaine, dont Sarkozy entend s'inspirer. Les gros sabots, quoi…
La société yankie est à peu près stable, malgré les ghettos - ghetto homosexuel, ghetto noir, ghetto latino, ghetto chinois -, c'est vrai. Mais ce que l'auteur de cet article flatteur pour le melting pot oublie de dire, c'est que les bons sentiments, la morale démocratique ne sont pour rien dans cette stabilité. En fait d'amitié entre les races, c'est de manne en dollars dont il s'agit. Ce qui entretient la bonne humeur au États-Unis, c'est la croissance, la fameuse bulle spéculative. Qu'elle éclate et on verra ce qu'il reste des bons sentiments. Que les GI, en majorité des "blacks", contrairement à Patrice de Plunkette, se fassent massacrer en Irak, en Iran ou ailleurs, et on verra ce qu'il en est de la cohésion yankie. Il y a un autre pays métissé, plus au sud, et beaucoup moins riche, c'est le Brésil, et c'est un des pays les plus racistes au monde. -
Campagne profonde
Je ne sais pas si vous avez observé comme moi, c'est un phénomène typiquement démocratique, dès lors qu'un candidat est condamné à obtenir un score dérisoire, à partir de ce moment-là seulement on peut s'attendre à ce qu'il dise des choses sensées et qu'il s'élève ainsi au-dessus de la démagogie la plus grossière.
C'est le cas de Dominique Voynet, qui se condamne elle-même à obtenir un score dérisoire, de peur de faire perdre Ségolène Royal. L'autre jour D. Voynet - beaucoup plus jolie à la télévision qu'en vrai, c'est la réflexion que je me faisais après avoir failli la percuter au sortir d'une bouche de métro avant-hier -, D. Voynet disait publiquement que la France est dirigée par les cinquante plus grosses sociétés capitalistes, et que c'est un obstacle politique majeur.
Dominique Voynet nous fait partager ainsi le fruit de son expérience gouvernementale.
J'ajoute tout de suite que je me tamponne du programme de Mme Voynet comme de ma première layette, les programmes politiques, c'est comme les constitutions, c'est fait pour les cons, les "blogueurs-citoyens", mais son diagnostic a le mérite d'être juste.
Bien sûr que ça pose un problème d'être gouverné par Pinault, Arnault, Lagardère & Cie ! Il suffit de voir leurs goûts de chiotte !
Je sais bien que cet argument-là n'est pas de nature à pénétrer ceux qui n'entravent que dalle à l'art, eh bien dans ce cas qu'ils fassent l'effort de se pencher sur la structure de l'économie yankie, qui nous sert de modèle de civilisation, c'est pas moi qui vais dissuader quiconque d'une analyse marxiste, évidemment…
Je mets de côté l'industrie automobile, qui a fait la fortune de l'Empire américain et qui est en cours de délocalisation désormais. Non pas qu'il n'y a rien à dire là-dessus, ce phénomène de délocalisation est passionnant, comment un Empire peut abandonner pour des raisons économiques son industrie aux mains d'une puissance étrangère, ça n'est pas anodin ! On ne peut s'empêcher ici de penser encore à Marx pour qui le principal ennemi du capital, c'est le capital lui-même ; mais il faudrait analyser le phénomène de délocalisation de l'industrie américaine dans le détail, car le fait que cette industrie soit délocalisée en Chine ou en Amérique du Sud, par exemple, n'a pas la même incidence du tout.
Je préfère prendre deux exemples plus simples et emblématiques. D'abord celui de la production de pilules. Comme chacun sait (il suffit d'avoir lu les premiers tomes de Lucky Luke), c'est un commerce florissant aux États-Unis, où on peut se procurer à peu près n'importe quelle poudre de perlimpinpin au drugstore d'à-côté, des cinq variétés de Viagra jusqu'à la créatine, les emphétamines, bref tous les produits dopants dont les papys et les mamies yankis adorent se gaver en regardant la télé. Sans les retraités yankis, on carburerait encore au Pernod-Ricard sur le Tour de France et Blondin continuerait de rédiger ses chroniques sportives…
Lors du dernier banc d'essai de la revue Prescrire, la seule revue médicale indépendante de l'industrie, sur cent nouvelles spécialités médicales introduites sur le marché français, Prescrire concluait que trois d'entre elles, pas plus, représentaient une amélioration par rapport aux formules plus anciennes.
Caractéristiques aussi de la structure de la fameuse "croissance des États-Unis" sont les bénéfices générés par internet et les services informatiques. Il est utile de rappeler comment s'est développé l'internet. Au cours des premières années, c'est la pornographie qui a généré l'essentiel des bénéfices. Sans la pornographie, internet n'aurait pas connu un développement aussi rapide. Je me rappelle cette étude il y a dix ans sur un campus français qui venait d'être connecté à internet : 80 % des connexions se faisaient vers des sites pronographiques.
Le vernis moral dont internet essaie de se recouvrir aujourd'hui, avec des entreprises comme Google ou Wikipédia, a de quoi déclencher le sourire sarcastique de quiconque se situe au-dessus du niveau moral et intellectuel d'un gugusse comme Loïc Le Meur. Tout l'esprit de l'américanisme est là : une entreprise crapuleuse recouverte de bons sentiments à l'usage des gogos.
La propagande consommatrice a pris le relais. On voit bien ici le cynisme d'un Guy Sorman, qui essaie de nous faire croire que le capitalisme est inévitable, alors que les gouvernements soutiennent la croissance en offrant des ordinateurs à un euro aux étudiants, et qu'on remplace l'apprentissage du latin par l'apprentissage de l'informatique avec la bénédiction des syndicats enseignants qui ne tiennent qu'à une seule chose : être augmentés - alors que la publicité matraque du matin au soir la nécessité de passer au haut débit lorsqu'on est un ringard qui n'a que de tout petits bits… Pour Sorman, la publicité est un truc naturel, probablement, qui sourd des murs et des caméras… Il faut dire qu'il en vit, du capitalisme, alors pourquoi le dénoncerait-il ? Là où Sorman a raison, c'est que les parasites dans son genre ne sont pas faciles à déloger.
Mais le terme de "bulle spéculative" pour caractériser la tendance de l'économie yankie est très bien choisi, rien n'est plus gonflé de vent, plus brillant, ni en même temps plus fragile, qu'une bulle. Au fait, quelle mouche a piqué les Yankis de rompre avec leur politique de non-ingérence ? Après la catastrophe évitée de justesse du débarquement en Normandie, après le Vietnam, qu'est-ce qui leur a pris d'aller s'aventurer en Irak ? -
La putain bourgeoise
On s'est longtemps figuré le capitalisme d'après les caricatures de Forain ou d'Hermann-Paul, comme un gros industriel qui fume le cigare en se frottant le ventre dans l'antichambre d'une grisette. Hélas, cette caricature est périmée ! Ainsi, dans le cas de BHL et de sa moitié, par exemple - je choisis exprès un exemple de capitaliste-philosophe -, dans ce cas on est bien obligé de constater les effets des régimes minceur, les efforts du capitalisme pour soigner sa télégénie. Même, pour éviter le cliché de la bourgeoise replète, Arielle Dombasle n'hésite pas à se déguiser en pute. En pute virtuelle, ça va de soi. Arielle nous fait le coup de la Goulue ; et BHL est son Lautrec, toutes proportions gardées.
On mesure mieux le rôle précurseur de BHL maintenant que les petits sophistes de son espèce, toujours prêts à plaider la cause du système, se sont multipliés au point qu'il faut élargir les plateaux de télé pour leur faire de la place à tous et qu'ils se bouffent le verbiage philosophique sur le dos. Sans conteste, BHL, forcément un peu usé après toutes ces années de bons et loyaux services, BHL les dominait tous de la tête et des épaulettes !
De tous les avatars de BHL, Guy Sorman est sans doute celui qui m'évoque le plus Pangloss, avec son faciès de saumon d'élevage surgelé et son petit sourire content. Il a trouvé la formule philosophique magique ; à qui ose critiquer le capitalisme américain, invariablement il réplique, et c'est comme une explosion de raison raisonnante : « Certes, mais qu'est-ce que vous proposez d'autre que le capitalisme ? »
L'oligarchie capitaliste nous a poussés au bord d'un déficit profond ; économique, bien sûr, en orientant délibérément l'économie vers la production de gadgets et de services superflus de mauvaise qualité ; moral ensuite, en morcellant l'intérêt européen, notamment, en une multitude de petites revendications de consommateurs mesquins ; politique ensuite, en substituant au colonialisme brutal un néo-colonialisme beaucoup plus vicieux, dont il est difficile de distinguer les responsables, dissimulés derrière des raisons sociales abstraites, quand ce n'est pas derrière un discours humanitaire cynique ; au bord d'un déficit artistique enfin : où sont passés les poètes ? où sont passés les peintres ? Il ne reste plus que des philosophes binaires ou existentialistes… Alors, à question idiote réponse idiote : « À quoi bon vouloir changer un système qui a si bien réussi à Guy Sorman ? »
D'ailleurs Guy Sorman revient d'un séjour d'un an en Chine. Il y a constaté la sévérité du régime communiste, malgré la conversion des dirigeants chinois au libéralisme économique. « Certes, mais que proposer d'autre que la Chine ? », voilà la conclusion de Guy Sorman.
Les Yankis ont mis le poète Ezra Pound en cage, comme un singe. Tout un symbole… Puisque Sorman réclame des contre-propositions, je suggère qu'on flanque Guy Sorman et ses congénères, non pas dans des cages, il n'est pas question de s'abaisser au niveau des principes qu'ils défendent, mais dans un grand couvent vide, aux murs épais, afin que leurs points de vue philosophiques n'en sortent plus et que l'horizon soit ainsi un peu dégagé. -
Con comme un blogueur
La dernière mode dans les médias, c'est de flatter les blogueurs. Ils seraient plus attentifs, plus lucides que la moyenne. Moi je trouve au contraire les blogueurs très représentatifs de la connerie des Français, connerie qui les a poussés récemment à voter en majorité contre la constitution européenne, connerie qui les pousse à voir majoritairement dans le racisme et l'antisémitisme la cause de tous les maux, à se faire peur avec le cléricalisme catholique ou musulman, avec le réchauffement climatique, connerie encore qui les pousse à approuver deux cent ou trois cent mille avortements par an au nom de la liberté et des droits de la femme, afin que notre pays soit transformé le plus vite possible en asile de vieillards, etc., etc.
Les journalistes officiels n'ont pas un discours plus relevé en moyenne que le discours officieux des blogueurs, mais au moins les journalistes se font payer, eux, poour écrire leurs bafouilles. Ils seraient donc plutôt moins cons, même si au plan moral tout ça n'est pas très reluisant. Quoi de plus logique de leur part, à partir de l'exemple de quelques blogueurs insignifiants dans le genre de Loïc Le Meur, que de flatter la "blogosphère" ? La flatterie n'est pas une ruse réservée aux politiciens…
Certains de ces "blogueurs-citoyens" de mes deux se plaignent, paraît-il, du "niveau de la campagne présidentielle". Ils le trouvent bien bas. C'est un comble ! Il faut en tenir une sacrée couche pour ne pas voir que ce concours de démagogie auquel on assiste de la part des hommes politiques est exactement proportionnel à l'appétit des Français pour les promesses électorales bidons, les discours ronflants sur la laïcité, le drapeau français, le mariage homosexuel ou la sauvegarde des pandas.
Si les politiciens sont démagogues, c'est parce qu'ils briguent les suffrages des gogos - gogos en ligne ou gogos déconnectés.
La démagogie n'est pas un phénomène nouveau, mais elle se renforce de plus en plus, elle s'institutionnalise, au point qu'il devient presque impossible de régler le moindre problème concret désormais, même un problème simple comme celui de l'insécurité dans les banlieues.
Un homme politique qui veut entreprendre une réforme aujourd'hui doit s'efforcer de le faire à l'abri du regard des citoyens, faute de quoi il est condamné à échouer. Le marketing d'une réforme demande plus d'efforts que la réforme elle-même.
Prenons l'exemple des accidents de la route. C'est le seul domaine où Chirac, lors de son dernier mandat, a obtenu un résultat net, abaissant sensiblement le nombre de morts, malgré la pression du lobby de l'industrie automobile.
Bien sûr, s'il avait fallu demander leur avis aux Français, ils auraient été contre les nouvelles limitations de vitesse, puisque ce que les Français réclament ESSENTIELLEMENT, du PDG sarkozyste au facteur trotskiste, les cochons, c'est l'augmentation du pouvoir d'achat pour pouvoir rouler plus vite !
Depuis que la campagne présidentielle a commencé, pour ne pas mécontenter les automobilistes, qui, non content de conduire votent aussi, on a levé le pied sur les contredanses, diminué le nombre des patrouilles, et le nombre des accidents de la route a augmenté de nouveau. -
Help !
J'ai perdu une expression. Cette perte remonte bien à deux semaines déjà. Depuis l'automne dernier aux Puces de Saint-Ouen, elle ne m'avait pas servi une seule fois, et je me réjouissais à l'idée d'en faire de nouveau usage au sens figuré dans un courriel, quand ma mémoire m'a trahi.
J'ai pris la chose calmement au début, pensant qu'après un petit verre et un clope ça irait mieux. Rien à faire, j'ai dû expédier mon courriel sans, après avoir gâché presque toute une bouteille de Côtes-de-Bourg. Forcément, c'est un peu vexant… Sur ces entrefaites je me suis pieuté, mais ça n'a rien changé vu qu'au petit matin, toujours rien.
Quelques recherches sur internet ensuite n'ont fait que me mettre en rage et me conforter un peu plus dans l'idée que, décidément, internet est un outil conçu en priorité pour les jean-foutres !
Que faire ? Je pourrais aussi bien poser la question à un antiquaire, vu que c'est une expression d'artisan, mais il n'y en a pas dans mon quartier, juste des brocanteurs.
Téléphoner à ma mère, j'y ai pensé aussi, c'est le genre de personne qui a la réponse à coup sûr, mais elle risquerait d'en profiter pour me poser quelque question indiscrète, alors je préfère éviter de l'appeler.
Il ne me reste plus, après un dernier effort de concentration infructueux, qu'à jeter cette bouteille à la mer. Quelqu'un sait-il quelle expression simple on emploie dans le métier de sculpteur, de menuisier ou de fondeur, pour désigner une pièce taillée dans un seul morceau, fondue d'un seul bloc, qui n'est pas le résultat d'un assemblage quelconque ? -
Idylle contemporaine
C'était à la Poste de la Rue des Saints-Pères, mardi, vers onze heures ; j'examinais avec attention une jeune femme - à peine, une fillette ! -, dans la queue : une brune un peu joufflue, l’air sensuel d'une gourmande au régime qui se retient de toutes ses forces de grossir et ses yeux brillent ; avec ça une paire de jambes bien droites, sculpturales, de loin le meilleur morceau.
Et je faisais complètement abstraction du fait que cette fillette était dotée de la capacité de raisonner et de s'exprimer, quand elle a rompu la file, s'est approchée de moi et m'a dit en face :
« - Hey, ça fait bien dix minutes que tu me dévisages, toi… T'as qu'à m’épouser maintenant ! »
Malgré tout le sang-froid qu'on m'a inculqué (chez les boy-scouts, notamment), je crois que j'ai quand même eu l'air surpris. Ces derniers temps, la presse n'a pas manqué de se faire l'écho d'un regain d'enthousiasme pour le mariage, mais comme je prends tout ce que disent les journalistes pour du bluff, j'avais négligé cette information.
L'effet de surprise passé, j'ai donné mon consentement, sans même m'enquérir du pedigree de cette demoiselle, putain ou pucelle ?, grande noblesse ou petite bourgeoisie ?, rien, pas même son prénom.
Je n'ai pas voulu passer pour une mauviette à la Poste. Pour reprendre l'initiative, j'ai même suggéré qu'on passe à l'acte sans plus tarder ; le temps de poster ma lettre, trouver un hôtel, et je serais à elle !
Tout se passait bien suivant ce plan dont la simplicité me séduisait de plus en plus, hormis l'intervention d'un nain grincheux derrière moi, le sosie de Pascal Sevran, qui, trouvant que je ne me précipitais pas assez vite vers le guichet qui venait de se libérer, m'a houspillé en zozotant. Je m'apprêtais donc à entamer ma lune de miel, pas la toute première mais presque, lorsque j'ai commis une gaffe… La guichetière était une jolie blonde un peu frisée. Elles ne sont pas toutes comme ça. Je lui ai rendu son sourire un peu triste (On le serait à moins, affronter de vieux luths comme Pascal Sevran toute la journée, ça ne doit pas être une sinécure !).
J'en ai trop fait, peut-être ? Difficile à dire… Toujours est-il que lorque j'ai voulu tirer ma nouvelle fiancée par la manche en direction de l'Hôtel du Pas-de-Calais, elle s'est dégagée vivement :
« Tu crois que j'ai pas vu le clin-d'œil que tu viens de lancer à cette pétasse ? Puique c'est comme ça, je préfère casser tout de suite ! »
En la regardant s'éloigner, d'un pas qui mettait en valeur ses jambes que je n'ai pas oubliées, j'étais déçu, bien sûr. Mais pour me réconforter je me disais qu'avec ces jeunes filles modernes, c'est fou ce qu'on économise comme argent et comme temps, quand même…
NDLA : Cette demi-nouvelle est une sorte d'hommage maladroit à au moins quatre écrivains à la fois, si vous n'avez que ça à faire, retrouvez lesquels. Un indice : ils sont tous morts. -
Aristogiton
En principe je préfère m'abstenir de rompre le pain avec un libéral ; cette espèce de gauchisme-là n'est pas moins rasoir que l'autre.
Pour le Vicomte de V., cependant, je fais une exception car c'est un marginal charmant. C'est sa façon de se croire intégré dans la société française qui est touchante ; en réalité il y est juste toléré.
Il fait partie de ces pédés raffinés qui fréquentent assidûment les musées, les livres d'histoire, arpentent le centre de Paris la fleur au fusil, et, est-ce l'effet de son intelligence ou de son raffinement, je ne sais, mais la vulgarité du milieu homosexuel est devenue telle qu'il préfère ne pas entendre du tout parler des "gays", et pousse même le "vice" jusqu'à ne pas avoir d'amant.
J'accepte de me faire payer à dîner, quitte à passer pour une jeune personne entretenue aux yeux des serveurs, mais pas question de me laisser marcher sur les pieds. Aussi quand mon ami le vicomte commença à m'entreprendre sur les mérites de Sarkozy, je l'arrête net. Qu'il vote pour Sarkozy parce qu'il a en commun avec lui d'être d'assez vieille noblesse, fort bien, mais je ne vais pas me laisser enfumer comme ça par des arguments plus irrationnels.
Immanquablement, on en vient ensuite à parler de la politique des États-Unis, que Sarkozy est bel et bien censé représenter en France dans l'esprit de certains, même si tout ça ne rime à rien. Elle est idiote, cette foi aveugle dans l'Empire américain !
Pour le débouter définitivement, je lui demande de me citer un nom, ne serait-ce qu'un nom, d'écrivain nord-américain qui a un tant soit peu de hauteur… Sa réponse : Truman Capote !?
Ça me rappelle une citation d'Edgard Poe, à ce propos, sur une jaquette, pour élever un peu le niveau :
« Dans les lettres comme dans la politique, nous avons besoin d'une Déclaration d'Indépendance, et surtout - ce qui serait mieux - d'une déclaration de guerre ! »
Cette guerre il semblerait que les Yankis l'aient perdue bien avant celle d'Irak. -
Petit traité d'art contemporain (4)
Dans la vulgate ou le jargon sur l'art contemporain, Jean-Philippe Domecq croit nettement distinguer l'influence d'une tournure d'esprit marxiste. C'est marrant, moi j'aurais plutôt vu l'influence de toute cette philosophie importée de Pologne, de Prusse ou du Danemark, les Kant, Kierkegaard, Heidegger, tous ces "boulets" que la pensée occidentale charrie - jusqu'à quand ?
La preuve de notre désaccord sur ce point, c'est que Domecq cite Finkielkraut dans son essai, alors que selon moi on ne peut pas prétendre au sérieux ET citer Finkielkraut, c'est incompatible ! La pensée de Finkielkraut est en effet l'exemple typique d'une pensée qui s'adapte en permanence aux circonstances. Ou bien ce sont les circonstances qui sont adaptées à Finkielkraut ? J'hésite…
Bon, mais sans doute Domecq n'a-t-il pas lu attentivement Finkielkraut… Peu importe. Qui de nous deux a raison ? Marxisme-hégélianisme ou existentialisme ? Un mélange des deux ? Le fait est qu'il n'y a aucune cohérence dans la vulgate de la critique d'art contemporaine. Qu'il s'agisse de Jean Clair, de Jacques Thuillier, de Catherine Millet, d'Yves Michaud ou d'Apollinaire (« Si la peinture de Matisse devait ressembler à un fruit, ça serait à une orange. »), chacun a ses petits trucs, joue sa petite partition personnelle. C'est un sabir en plus d'être une vulgate.
Que faut-il en déduire ? Que Domecq se trompe ? Que je me trompe ? Ou que la critique d'art n'a pas beaucoup d'importance ? Dans ce cas-là je ferais mieux de me taire et d'aller nager un peu… -
Climat démocratique
Le réchauffement du pôle, la grippe aviaire, la bombe atomique iranienne, Le Pen au second tour, tous ces périls finissent par s'annuler les uns les autres et les bons citoyens continuent stoïquement de faire leurs courses et d'arrêter de fumer.
Ce qui ne s'annule pas en revanche, et ça m'inquiète beaucoup plus que la disparition des ours blancs et l'immersion des plaines bataves, c'est tous ces débats démocratiques, toute cette sous-littérature de circonstance, en très très nette inflation.
Affiches géantes dans le métro pour des films désolants, pour le dernier bouquin de Jean-Christophe Ruffin… Les publicitaires feront-ils faillite, au moins, si la grippe aviaire contraint les Français à rester cloîtrés chez eux pendant un mois ? Dans ce cas, vite, une prière pour la grippe aviaire !
Ce Ruffin, c'est une vraie catastrophe culturelle à lui tout seul. Je peux pas supporter sa tronche de furet. À partir de maintenant, le premier qui me parle du désintéressement des French doctors, je le mords.
Pourtant l'autre jour Ruffin râlait contre les écolos qui ont remis à la mode les théories malthusiennes, j'aurais dû être content… mais c'est complètement dément, Ruffin lui-même est un des représentants les plus médiatiques de la politique malthusienne menée en Afrique par les ONG et les organisations internationales… avec le résultat qu'on sait.
De Malthus, Ruffin est passé à Darwin ; « Touche pas à mon Darwin ! », c'est tout ce qu'il a su dire sur ce sujet. Étonnante, la fortune médiatique de Malthus et de Darwin, contre le cours de la science ? Non, rien de plus logique ; c'est quand même plus facile d'expliquer la théorie de Darwin à la télé que celle de Gould, celle de Dawkins, ou même celle de Mendel.
Si on m'avait dit quand j'avais quinze ans et que je pestais contre ma prof de sciences nat. qui m'obligeait à torturer tout un tas de pauvres bestioles qu'un jour je défendrais les scientifiques contre les barbares, je ne l'aurais pas cru. -
Bloy à la télé
Un débat à la télé pour essayer de faire le point sur le niveau de la critique littéraire en France. Pour représenter la critique : Jérôme Garcin et Arnaud Viviant. Vu le niveau de ces deux argousinets de la pensée, je pourrais aussi bien aller me coucher…
Quelques "images d'archives" sont rediffusées, montrant Edern-Hallier flanquant à la poubelle un bouquin de Labro par-dessus son épaule, avec dandysme. Et Viviant, petit critiquelard démocratique sur France-Inter, de s'offusquer devant ce qu'il prend pour de la désinvolture de la part d'Edern-Hallier. Pour se faire bien voir, il ironise sur le fait qu'E.-H. était aveugle, et que par conséquent comme critique littéraire… Comme s'il était besoin de lunettes pour deviner que la littérature de Labro n'a que deux fonctions complémentaires, la première laxative, la seconde hygiénique. "La littérature sans estomac", c'est encore trop gentil pour parler de la littérature de cabinets.
C'est Marc Dambre dans sa grosse bio. de Nimier qui observe que celui-ci avait la "religion de la chose écrite" - à ne pas confondre avec la religion de la chose imprimée vendue sous le nom de "livre".
Viviant s'enfonce encore un peu plus, concluant l'émission en disant qu'il adore David Lynche. -
Petit traité d'art contemporain (3)
On peut être tenté parfois de recueillir l'absurdité à laquelle on est désormais quasi-quotidiennement confonté pour esquisser un portrait de notre époque au ras des pâquerettes.
Ce ne sont pas les exemples qui manquent, de phrases, de gestes, de politiques, d'objets, d'ouvrages, de personnages ou de situations, comme ces gens qui éteignirent tous la lumière hier soir au même moment pendant cinq minutes en pensant ainsi accomplir un acte moral, une B.-A. démocratique, avant de s'en retourner à leur petite "existence" bourgeoise bien éclairée et bien chauffée, sans oublier de se brosser les dents avant de se coucher.
Un pour cent seulement de nos concitoyens, me direz-vous, mais le problème c'est qu'ils sont censés incarner l'élite, la crème du pays !
On peut être tenté, oui, mais qui un telle collection de petits bobards civiques ou philosophiques intéressera-t-elle dans cinquante, cent, ou cent-cinquante ans ? Personne. Les historiens du futur se pencheront sur quelques exemples saillants, la littérature de Robbe-Grillet, le musée Pompidou, la philosophie de Derrida, le cinéma français, et puis basta, ils passeront à une époque plus intéressante. Ah, j'allais oublier, un petit détour par les écrivains ayant prophétisé et tourné cette absurdité en dérision, Allais, Jarry, etc., ne leur fera pas de mal ; il soulagera le malaise qu'ils ne manqueront pas d'éprouver en remuant toute cette poussière. Mais les détails qui font l'air du temps ? On ne peut pas tout conserver, d'autant plus que notre civilisation produit énormément de déchets.
En attendant, il me revient une anecdote, lorsque j'apprenais le dessin, une réflexion d'un professeur respectable. Il observait dans mon dos ma méthode, tout à fait capable de distinguer la syntaxe de chacun des élèves de son atelier, quand il me dit, l'air mi-inquiet mi-amusé : « Si vous continuez comme ça vous allez finir par peindre comme Fragonard ! ». L'incongruité de son propos me choqua au point que je ne pus ensuite faire autre chose pendant tout le restant de la séance que du barbouillage. Ce prof avait mis dans ma tête à la fois l'idée que j'avais effleuré le bas du manteau de Fragonard de mon pinceau, et l'idée que le manteau de Fragonard n'avait plus désormais que la valeur d'une vieille défroque. La vanité et la colère s'entrechoquaient dans mon esprit et me déconcentraient.
Si je me permets de vous ennuyer avec cette petite histoire banale, c'est parce que je la crois significative. Certes, ce professeur n'était qu'un professeur et pas un maître, mais c'était loin d'être un imbécile. Il avait étudié aux Beaux-Arts de Paris mais en avait retenu des choses concrètes, précises, aussi surprenant que ça puisse paraître. Il était même possible avec lui de causer de peinture et d'art. Il comprenait ça de l'intérieur, ce qui est forcément plus intéressant que le point de vue de celui qui cherche à expliquer les choses de l'extérieur, aussi "sérieux" soit-il.
Hélas la philosophie qu'on lui avait inculquée aux Beaux-Arts lui avait fait perdre le sens de la peinture. Disons le sens "grec", pour synthétiser. Il était incapable de penser les choses en termes de destin commun et ne voyait qu'une addition de petites justifications, de petits projets, de petites existences individuelles comme désolidarisées les unes des autres.
On comprend ainsi l'importance de Picasso, philosophe-peintre. L'importance, non pas dans le sens où Picasso est décisif, je ne le pense pas, mais dans le sens où Picasso est la clef de voûte. L'existentialisme repose sur lui, il est le maillon le plus solide, parce qu'il est le plus complexe, plus complexe que la peinture de Cézanne par exemple, dont l'architecture est trop voyante, pas très maligne à côté.
Picasso n'a aucune descendance artistique ou presque - qui s'intéresse encore à Lhote ou Friesz ? Mais il a une descendance philosophique. Dans le domaine de l'existentialisme, Heidegger ou même Sartre sont des avortons à côté de Picasso ! Parce qu'un petit schéma vaut mieux qu'un long discours… -
À l'école de Madiran
Marie Drücker, qui présente l'actualité tardivement sur France 3, faisait son devoir de journaliste il y a quelques jours en dénonçant à Serge Klarsfeld l'existence de blogues "négationnistes" (Ah bon, où ça ? Et suis-je moi même un "négationniste" si j'ose dire que de tels blogues n'existent pas ?).
Mademoiselle Drücker suggérait ainsi à Serge Klarsfeld d'aller à la chasse aux nazis sur internet… Quand elle sera enfin purifiée de toute trace de nazisme, la France se portera mieux, semble penser cette petite dinde médiatique hors prompteur. S'il n'y a pas un fond de protestantisme hygiénique dans cette idée-là…
Mais Klarsfeld, de l'air magnanime de celui qui a d'autres chats à fouetter, de répondre à la novice qu'on peut assimiler ce qui se dit sur les blogues à de la correspondance privée, et donc laisser pisser.
Ce décret de Klarsfeld résume bien l'esprit de la censure démocratique. Ce qui caractérise les blogues, ce n'est pas leur caractère privé. Ne nous répercute-t-on pas les lapalissades de Loïc Le Meur à longueur de semaine dans tous les médias officiels ? Non, ce qui caractérise la plupart des blogues, c'est la confidentialité.
Le critère de Klarsfeld, ce n'est pas le respect de la vie privée ni même opinions privées, ce qui compte c'est que ce qui se dit sur la plupart des blogues, "a fortiori" s'ils sont anticonformes, ne rencontre pas d'écho. Pour renforcer ce système, il conviendra de faire l'apologie du journaliste officiel, qui, lui, en professionnel, contrôle ses sources (Et Timisoara ?).
Tandis que sous Louis XV, pour prendre un exemple sur lequel je me suis aussi documenté, le souci d'être efficace est déjà là, bien sûr, mais ce n'est pas le seul souci. Lorsque Louis XV fait arrêter Diderot à cause d'un petit conte érotico-philosophique, Diderot n'est pas très connu ; c'est aussi pour le principe qu'on lui met le grappin dessus. Il suffira ensuite à Diderot de faire ses plus plates excuses et de jurer de ne pas recommencer pour être libéré assez rapidement. L'affaire est presque un bon coup de pub pour le philosophe qui n'a pas souffert, loin s'en faut, de ses conditions de détention à Vincennes, accédant même à la bibliothèque du Gouverneur de la prison, et faisant le mur pour aller surveiller sa maîtresse au bal. Tout ça ne fait pas très sérieux, n'est-ce pas ? En démocratie, on est beaucoup plus efficace - sans être à l'abri de la gaffe d'un fonctionnaire zélé pour autant, nul n'est parfait. Tel David Irving qui lorsqu'il fut arrêté l'année dernière et jeté en prison en Autriche, était quasiment inconnu et a ainsi accédé à une petite notoriété qu'il n'aurait pas récoltée si on l'avait laissé circuler librement.
La "déontologie journalistique", comme disent les démagogues qui parlent de morale en termes techniques comme s'ils parlaient de lavements, la déontologie devrait bientôt nous priver de l'air de chien de race battu que prend Marie Drücker pour égrener le chapelet des bonnes et des mauvaises nouvelles, entre deux débats truqués organisés par le cocker Taddéi. On a en effet découvert que la Drücker était la maîtresse de François Baroin, l'ex-jeune premier chiraquien, maire de Troyes, l'andouillette la plus triste qu'on ait jamais servi depuis longtemps en politique…
Scandale médiatique ! Non que la République soit prude, certes pas, elle est tolérante, c'est leur affaire à Marie et François s'ils veulent coucher ensemble dans leur Sphère privée***, mais l'électeur, ont-ils seulement pensé à l'électeur dans leur élan ? C'est qu'il est si sensible, l'électeur, un rien le fait foncer comme un mouton affolé d'un extrême à l'autre du champ !
Il y a bien des juristes, des messieurs en apparence très sérieux, donc, qui planchent sur une solution constitutionnelle pour éviter à l'électeur ces funestes écarts de conduite et pour l'aider à voter comme il faut. Le modèle américain séduit beaucoup. Mais tant qu'on n'a pas trouvé la recette miracle, il convient d'être prudent. Après ça, il y aura grande partouze filmée entre ministres et animateurs du JT, entre élus locaux et correspondants de la presse locale ! Il y aura du champagne, de l'andouillette et du caviar pour plaire à tout le monde ! Parole d'homme politique/journaliste ! -
Les Sept Samouraïs
Il y a un dissident français que je respecte depuis longtemps, c'est Jean Madiran, que je me garderais de qualifier de "philosophe". Son combat pour la liberté de la presse force le respect. Je le range parmi les "Sept Samouraïs", même s'il est moins japonais que Nabe ou D. Venner.
La vindicte de Colombani, le directeur du Monde, qui tenta en vain de le faire taire en réclamant des centaines de milliers de francs de dommages et intérêts devant les tribunaux, est un signe qui ne trompe pas. Il n'y a pas d'arrangement possible avec Madiran, pas comme avec Pierre Péan.
Cela posé, je dois dire que la démonstration antimarxiste de Madiran ne me convainc pas. Madiran est maurrassien, ça veut dire qu'il a forcément un peu la tête dans les nuages - Maurras, c'est "trente ans d'inaction française", comme a dit un railleur.
Le reproche que Madiran fait à la dialectique marxiste de nuire à la vérité, en lui substituant la notion de progrès, n'est pas justifié. Il ne faut pas confondre les marxistes imbéciles, dans le domaine de l'histoire de l'art ceux qui voient en Lautrec une préfiguration de Picasso, par exemple, ou en Géricault une préfiguration de l'artiste contemporain "expérimental", et Marx lui-même. Il ne faut pas confondre l'original et la caricature. D'ailleurs le "sens de l'histoire", c'est une notion plutôt hégélienne, et Marx se démarque nettement de Hegel.
En quoi la dialectique marxiste est-elle un outil très différent de la dialectique grecque ? Thèse, antithèse, synthèse ; sauf que chez Marx la synthèse n'est pas définitive. Marx juge qu'on ne peut atteindre l'objectivité absolue par la pensée, mais il ne dit pas que la vérité n'existe pas. C'est au contraire un passionné de la vérité, un anticommuniste en somme.
Il y a bien des cacouacs qui collent sur Baudelaire l'étiquette d'"antimoderne", d'autres sur Bloy ou Claudel celle d'écrivains "philosémites", d'autres encore qui font de Péguy un philosophe existentialiste, tout ça pour se faire mousser eux-mêmes… Faut-il rendre Baudelaire, Bloy, Claudel et Péguy, responsables de ces billevesées ?
Madiran, il me semble, fait abstraction de l'intention des caricaturistes. Si Dagen, critique d'art officiel au Monde, s'efforce de faire de Géricault un peintre expérimental, c'est pour pomper un peu de sa force à Géricault et tenter de la réinjecter dans le bordel de l'art moderne dont il est un des tenanciers. Dagen n'est pas si con, il sait parfaitement que Géricault est avant tout un peintre expérimenté. Le dindon de ce discours, c'est le lecteur du Monde. Il y a bien au départ une intention de tromper son monde et le "sens de l'Histoire" n'est pas en cause ici.