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Lapinos - Page 145

  • Le haschish du peuple

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    On peut penser que l'"identité française", le mieux placé pour la définir, ça serait un étranger ayant vécu dans son pays assez longtemps, puis en France. Cela suppose une certaine curiosité de sa part, évidemment, et aussi de la sincérité, sans être trop naïf. En effet, on voit bien qu'un Français de souche comme moi, ou un fils de métèque comme Sarkozy - au sens de la démocratie athénienne -, manquent forcément de recul pour juger de ce que c'est qu'un Français, au plan ontologique.
    Il vaudrait mieux donc interroger un immigré malien (à condition qu'il ne soit pas manipulé par "SOS-Racisme"), ou encore le Roi du Maroc (à condition qu'il ne soit pas manipulé par Chirac), par exemple. On pourrait aussi demander à des Bruxellois ou des Wallons, généralement ils connaissent bien la France.
    Peut-être que le portrait que ces gens brosseraient de nous nous déplairait ? Forcément, les critiques de l'étranger ne sont pas toujours bien accueillies par les indigènes, même dans un pays tel que le nôtre où on pousse l'antiracisme assez loin. La susceptibilité est-elle un élément typique de l'identité française ?

    *

    Trêve de plaisanterie. D'un concept bénin, comme celui de l'identité française - l'avenir dira si c'était un bon slogan -, rien n'empêche d'obliquer vers des notions objectives.
    Il est bien plus intéressant de se demander quelle est la RELIGION française, la nouvelle, celle qui a remplacé l'ancienne petit à petit. Car il n'est pas besoin d'être un grand "sociologue" comme Marx ou comme Simone Weil, comme Balzac ou Evelyn Waugh, pour voir qu'un pays ne peut se passer d'une religion. Sans cet opium, la souffrance morale de la population serait insupportable, la cohésion sociale véritablement menacée.

    Mettons de côté l'islam, très minoritaire en France, même s'il est de mieux en mieux vu dans la population d'origine africaine de se réclamer du Coran, mais c'est en partie pour faire de la provoc' ; mettons aussi le catholicisme de côté, puisque 3 % seulement des Français d'origine catholique se disent "pratiquants" désormais.

    Concentrons-nous plutôt sur la religion dominante qui unit les 90 % de Français qui restent.
    Évidemment, le terme même de "religion" est rejeté par une partie de ces Français, athées ou agnostiques, vu qu'il n'appartient pas à leur vocabulaire. Objection de pure forme. On retrouve bien :
    - les prêcheurs de la démocratie (Tous les philosophes de la télé, les présentateurs des actualités, les éditorialistes du Monde, les instituteurs, etc.) ;
    - les dogmes démocratiques intangibles ("L'homme descend du singe", "La femme est l'égale de l'homme", "Les Américains ont sauvé la démocratie", etc.) ;
    - les célébrations démocratiques (Le "14 juillet", les scrutins avec tout le rituel des sondages, le journal de 20 h, la coupe du monde de foot, etc.) ;
    - les saints démocratiques (Dreyfus, Zola, Jaurès, Che Guevara, Zidane, Jean Moulin, etc.) ;
    - les mythes démocratiques, comme dirait Lévi-Strauss ("La Prise de la Bastille", "La Résistance française au nazisme", etc.) ;
    - la morale démocratique ("Ne fume pas", "Mets une capote", "Verse de l'argent au sidaction et aux Restaus du cœur", "Brosse-toi bien les dents", "Mange cinq légumes pas jour", etc.) ;
    - les docteurs de l'Église démocratique (Voltaire, Rousseau, Zola, Michelet, Sartre, Littell, etc.)…
    La religion démocratique a même ses hérétiques, qu'on aimerait bien faire griller à petit feu, mais on doit se contenter de leur faire des procès en sorcellerie. Houellebecq est un de ces hérétiques - une sorte de Galilée du XXIe siècle.

    *

    Bien sûr, les athées de gauche diront qu'ils n'ont pas le même credo que les athées de droite ou les déistes du centre, mais quelle religion ne connaît pas des schismes et des chapelles ? On pourrait aisément définir un PGCD, mais la dialectique marxiste me paraît plus intéressante.
    Prolongeons cependant encore la symétrie entre les religions de nos aïeux et la nouvelle religion démocratique/athée/laïque. Sur le plan psychologique, un catholique éprouve de la pitié pour un athée, privé de Dieu, poursuivant des idées chimériques. C'est mon cas, lorsque je suis en présence d'un athée sincère/véritable, ce qui je dois dire ne m'est arrivé que très rarement en France, plus souvent aux États-Unis, sans doute c'est dû à l'organisation différente de la religion d'État yankie, une organisation plus "protestante", moins jacobine.
    Chez le fidèle athée, on retrouve la même pitié, en théorie, pour le musulman ou le catholique pratiquant : « Pauvres gens, pensent-ils, ils sont si persuadés que lorsqu'ils mourront et seront déversés directement dans le Néant, ils seront immanquablement très désappointés ! » ; ou, vis-à-vis des musulmans : « Pauvres gens, ils ont l'air si convaincus de trouver de jeunes vierges au Paradis d'Allah que lorsqu'ils ne verront qu'un grand trou sans fond, ils regretteront de ne pas avoir construit une vie de couple adulte et responsable, d'égal à égal, et souscrit à un crédit immobilier sur trente ans ! De jeunes vierges, tss, tss, ça n'est vraiment pas sérieux… »

    Il est parfaitement logique que les fidèles de la religion dominante soient moins bien informés des religions minoritaires et que leurs remarques soient un peu plus… naïves. De même que l'esprit critique et la dialectique sont beaucoup moins à leur portée, beaucoup plus "dérangeantes".
    Après la thèse, il faut passer à l'antithèse, puis faire la synthèse. J'ai parlé de la morale, des dogmes, des mythes, des prêtres, mais pas de Dieu lui-même (ni de l'art). C'est volontaire, je gardais Dieu pour la synthèse. Qui joue le rôle de Dieu dans la religion démocratique ? Ça manque peut-être un peu de rigueur comme méthode, mais je préfère vous laisser deviner.

  • En rase campagne

    Un des rares côtés amusants de cette campagne présidentielle, à laquelle les blogues ne font que donner encore plus d'épaisseur démagogique, c'est les citations des candidats. La démocratie exige quand même un vernis culturel minimum.
    Sarkozy déclare à Ségolène qu'elle n'a pas le monopole de Jaurès. Mais il hésite encore à citer Maurras pour piquer des voix à Le Pen. Frédéric Mistral serait une solution intermédiaire, d'autant plus que le régionalisme est à la mode.
    Le Pen, lui, frime en citant La Fontaine en vieux français. Il pourrait aussi citer Engels, qui a fait de beaux compliments à la France, mais les journalistes risqueraient d'insinuer que Engels était un officier SS. Le Monde a bien attribué un jour une citation de saint Jean à Adolf Hitler - deux abonnés avaient protesté.

    Besancenot évite de citer Marx, sa culture c'est plutôt "Pif gadget", pas facile à assumer en public - ou Tintin, mais Tintin est beaucoup trop facho…
    Bayrou, lui, c'est le successeur de Chirac, il évite de faire des citations, c'est déjà assez difficile de maîtriser son élocution comme ça. Il préfère laisser dire qu'il a écrit un bouquin sur Henri IV, qui prouve qu'on peut retourner sa veste avec panache. Bayrou c'est le candidat "poule au pot", il devrait se faire photographier la bouche pleine sur ses affiches, en train de banqueter avec des potes. C'est peut-être le carême qui le retient ?

    Pour défendre son slogan d'identité française, Sarkozy cite Lévi-Strauss. Ça c'est classieux, Lévi-Strauss, voilà que Sarkozy drague les bobos maintenant ? Il sait vraiment plus où il en est, notre "Candide à la présidentielle". J'entends parfois Ségolène se faire traiter de Bécassine. Même moi je n'oserais pas causer à une femme comme ça, surtout une femme qui porte le tailleur comme Ségolène, misogyne mais pas goujat. Se méfier de Bécassine - elle a les pieds sur terre, elle.

    Bien sûr l'identité française ça ne veut rien dire, c'est indéfinissable, un sujet de querelle infini. Jettez cet os à deux ontologistes, sûr qu'un an après ils le remâchent encore. Sarkozy veut draguer les électeurs de Le Pen, mais il les connaît mal, il se goure, il ne sait faire que du Mégret, c'est peu.
    Lévi-Strauss s'intéresse à des tribus primitives, sans archives historiques, circonscrites, homogènes racialement, qu'il est plus facile de saisir globalement qu'une grande nation "historique", et malgré ça les comparaisons et les conclusions de Lévi-Strauss restent schématiques.

    La preuve que l'identité française est un gadget de publicitaire, c'est que je n'adhère a priori à aucune des valeurs prétendûment françaises dont Sarkozy se réclame. Pourtant, dans la réalité, on est tous les deux Français, nos mœurs, nos goûts, ne diffèrent certainement pas beaucoup. Peut-être même préfère-t-il le cassoulet au goulash, comme moi ?
    Les avocats et les énarques ont vraiment le don d'inventer de ces bidules complètement inutiles ! Si Ségolène promet un peu de rigueur féminine, un peu moins de philosophie, je suis prêt à voter pour elle au second tour.

  • À la passoire

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    À côté de la production de petits romans rédigés par des avatars d'Anna Gavalda, destinés à satisfaire le marché des midinettes qui lisent la presse féminine, comme aucun mec ne veut lire ce genre de truc, il y a la production d'essais sérieux pour les cadres dynamiques de trente à cinquante piges. Les mecs aiment les trucs sérieux. Il y a ce côté-là dans le marketing de Johnatan Littell, un côté « Tout ce que vous voulez savoir sur la Choa et que vous n'osez pas demander à votre prof. ou à votre grand-père résistant », ou : Les Camps d'extermination pour les Nuls.

    L'empilement d'essais politiques, économiques, philosophiques, est donc vertigineux. Mais si on pouvait passer toutes ces spéculations à la moulinette, puis à la passoire, combien d'idées originales resterait-il ? L'"UFC-Que Choisir" se contente de dénoncer les arnaques dans les paniers à provisions, les excédents de colorants, conservateurs et arômes artificiels divers dans les yahourts et les confitures, les étiquettes mensongères. Qui ne vit pas seulement de yahourts et de confitures peut s'en plaindre… Toute cette "littérature" est excessivement fadasse quand elle n'est pas toxique.

    Prenons tout de même l'exemple, pris au hasard ou presque, de la thèse de Jacques Généreux. Généreux est prof à Sciences-po. et fabiusien. D'où le titre chiant et orgueilleux de sa thèse : La Dissociété. Bon, c'est toujours moins bénin que La Société du spectacle, comme slogan. Il n'y a plus que ce guignol de Sollers à se réclamer encore de Guy Debord à ma connaissance, et quelques journalistes soixante-huitards attardés dans Libé.

    Jacques Généreux, aussi paradoxal que ça puisse paraître pour un fabiusien, est "antilibéral". Tâchons de voir quand même s'il y a moyen de tirer parti d'un essai aussi casse-couilles (Ne serais-je pas finalement un de ces mecs qui aiment qu'une gonzesse ou un essai qui a toutes les apparences du "sérieux" leur casse les couilles ? J'ai un doute existentiel tout à coup.)

    Bien qu'il ne s'agisse pas à proprement parler d'une "révélation", J. Généreux s'attache longuement à démontrer que le libéralisme ne repose sur aucune pensée cohérente, solide. Le substrat de l'idéologie libérale, l'idée de responsabilité individuelle ne rime à rien, qu'elle soit teintée de poésie chez Rousseau ou carrément délirante chez Nitche. Sans la société l'homme n'est rien. Le plus abstrait des philosophes existentialistes, concentré de toutes ses forces sur son égotisme, a un besoin criant des autres. Pas plus que l'égalité, la liberté ou la fraternité, la "responsabilité individuelle" n'a de sens précis.
    On peut le dire autrement : les analyses micro-économiques de Ricardo ou de Smith, sans les corrections et la synthèse macro-économique de Marx, ne sont qu'un outillage abstrait. C’est volontairement que j'introduis Marx, car Généreux a tendance à l’écarter arbitrairement, or la pensée de Marx inclut la sienne et va bien au-delà dans la démonstration de l'oppression moderne.

    *

    Là où Généreux est peut-être utile, c’est lorsqu'il décortique la propagande libérale, qui impose comme des évidences ou des principes certaines tartes à la crème comme la progression constante du progrès technique, le caractère immanent des "lois du marché", le caractère inéluctable de la mondialisation, etc., tartes à la crème qu'on balancerait volontiers dans la poire des libre-échangistes Sorman ou Plunkett, s'ils étaient à portée de tir.
    Le procédé, qu'il soit conscient ou non, consiste à faire passer des lois économiques secondaires pour des principes de portée universelle. C'est l'idée de "liberté des échanges commerciaux", défendue par les Yankis, COMME UN PRINCIPE MORAL, liberté des échanges que les Yankis n'appliquent pas eux-mêmes.
    Comme la France baigne un peu moins dans le jus de l'américanisme que l'Allemagne ou le Royaume-Uni, Sarkozy a compris qu'il valait mieux adapter son discours de campagne. On ne se fait pas élire Président de la République comme on se fait élire Président du Medef. Mais globalement l'idéologie libérale a vaincu l'idéologie communiste, c'est un fait.
    Là où Généreux est malhonnête, c'est qu'il tente d'exonérer le PS de cette victoire de la propagande libérale, alors que le PS en est largement responsable, à commencer par Fabius, avant Strauss-Kahn.

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    Et puis ce que Jacques Généreux ne dit pas, c'est que ce combat idéologique a évidemment promu toutes les philosophies kantiennes ou existentialistes, athées ou chrétiennes, de la plus stupide à la plus raffinée, non pas MALGRÉ leur inanité, quel usage peut-on faire d'Heidegger ou de Kant, je vous le demande ?, mais justement À CAUSE de cette inanité même. En des termes plus crus : y'a pas plus facile à enculer qu'un existentialiste ; les philosophes existentialistes ont inventé la "philosophie pour s'accomoder de toutes les infâmies morales." Triomphe de Nitche, de Kant, de Heidegger (Alors même qu'il était encarté au parti national-socialiste !), de Sartre, de Freud, de Picasso - bref de tous les Grands Nuls. Leurs actions valent même plus cher désormais que celles de Voltaire, Diderot ou Rousseau, c'est dire…

    Simultanément, on tente de discréditer toutes les formes de pensées religieuse, politique, sociale, depuis cinquante ans ; l'acharnement est évident contre le catholicisme (Effacé le syllabus de Pie IX, par les catholiques eux-mêmes, sous la pression), mais aussi l'islam (Caricaturé par des philosophes à la solde des médias, tel Redeker, au nom de la liberté), et même Marx, dont le discours politique et social représente aussi un danger pour l'idéologie libérale. On tente même dans l'Université d'enfiler à Bloy ou Claudel des costards de dreyfusards, de transformer Baudelaire en antimoderne ou en proto-punk, de faire passer Péguy pour un hussard de la République. Tout ce qui unit ou dépasse doit être aplani. La moindre des choses de la part d'un socialiste comme Jacques Généreux, ça serait d'admettre que les socialistes ont été en France LES PREMIERS à ouvrir la route à l'idéologie libérale.

  • L'exemple musulman

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    En voyant la minorité musulmane protester avec vigueur il y a quelques mois contre les insultes de Robert Redeker, ce catholique rénégat, aussi dégoûtant, aussi vindicatif qu'un athée, j'ai été jaloux, j'avoue… Quand les évêques français osent-il s'élever contre les insultes contre la religion catholique, qui reviennent régulièrement dans les médias, la presse, la télévision, le cinéma ? Quand ? Pratiquement jamais !
    Au contraire, les évêques défendent le principe de la "liberté d'expression" - on croit rêver, dans un pays où la publicité contrôle la presse à 90 % et où les médias n'ont jamais été aussi inféodés à un groupe restreint de grosses sociétés, quand on entend dire que la liberté d'expression est menacée par les musulmans ! On a ainsi pu observer récemment que Le Monde, qui soutenait Lionel Jospin lors des dernières élections, a complètement changé de ligne politique pour se mettre en conformité avec le discours de Sarkozy, sans changer de direction ! Un tel revirement aurait été impensable au XIXe siècle où il ne s'agissait pas seulement pour les journalistes de faire du remplissage entre deux encarts publicitaires.
    Honneur donc aux musulmans qui montrent l'exemple aux catholiques, très minoritaires eux aussi désormais, et généralement plus lâches.

    J'ai encore été jaloux ce week-end en apprenant l'ouverture de la première banque islamique au Royaume-Uni ! Pendant que les musulmans ouvrent une banque conforme à leurs principes, avec prohibition des taux usuraires, du découvert, des crédits immobiliers à très court terme, pas de comptes rémunérés, pas de thésaurisation, des investissements limités dans des entreprises respectant la morale musulmane… bref, pendant que les musulmans agissent sur le terrain social, que font les cathos ? Que dalle, ils se gargarisent de blabla théologique, ils n'hésitent pas à financer avec leur propre argent des chaînes de télévision ou des groupes de presse ennemis. Qu'ils l'ignorent ou qu'ils s'en foutent, ça revient au même.

  • Le code Rousseau

    Sur la mentalité des femmes de la toute fin du XVIIIe, la correspondance entre Beaumarchais et sa jeune maîtresse Amélie Houret de La Morinaie est éclairante (Maurice Lever et sa femme Évelyne se sont occupés de sa publication après qu’elle fut exhumée dans une vente aux enchères publiques en 2005.)

    Certes, chez Amélie, ce n’est pas encore le féminisme qui imprègne les rapports du couple bourgeois moderne, mais c’est une étape. Il me semble que les idées féministes ont transité par cette sorte d'amour courtois exprimé dans le discours de la maîtresse de Beaumarchais, courtoisie un peu différente de celle du Moyen-âge. À ces calembredaines, Beaumarchais réplique presque invariablement, lorsqu'il réplique, par des propos "épicés" - pas de temps à perdre en vaines homélies.
    De cet amour courtois il reste quelque résidu dans la doctrine de l’Église moderne sur le couple ou dans certains films d'Hollywood qui exploitent la nostalgie du public. Comme cet amour courtois suppose forcément que la femme et l'homme assument des rôles un peu contrastés, les vrais féministes en avance sur leur époque ont relégué ces oripeaux romantiques au grenier ; ils se réclament plutôt de l’hédonisme, cet hédonisme que Michel Onfray veut mettre à la portée des classes populaires, ce qui implique une juste baisse des tarifs de la capote anglaise et des SMS.

    Pour apprécier à sa juste valeur morale le petit extrait que j’ai recopié ci-dessous d’une lettre d’Amélie, il faut savoir que la Comtesse de la Morinaie était une sorte de putain de luxe, une séduisante petite brune aux yeux bleus, pas très richement mariée, qui avait dragué Beaumarchais afin d’augmenter son revenu et celui de sa mère, à sa charge, en passant sous le joug d’une célébrité. Quand la sécurité sociale n’existait pas, il fallait bien trouver moyen de tirer jouissance des rapports humains…

    « (…) Vous avez connu tant d'honnêtes femmes [c’est-à-dire de braves gourdes] qu'elles vous ont donné des préventions terribles contre le sexe entier. Hélas ! à force de me méconnaître, vous m'avez rendue à moi-même, mais en cessant d'avoir de l'amour pour vous, je n'ai pas cessé de vous aimer.

    Il a succédé à cet amour effréné une amitié forte et généreuse qui ne vous quittera jamais. Et pour vous prouver que j'ai plus de sensibilité que d'orgueil, si ma possession pouvait réellement faire votre bonheur, je vous l'offrirais encore
    [Toute l’essence féminine est dans cette phrase, Beaumarchais a dû bien se poiler en la lisant.] Persuadée, mon bon ami, que votre santé a besoin du plus grand repos, que vous vous tuez toutes les fois que vous faites usage de vos facultés physiques, je vous engage à calmer votre tête sur cet objet [Le vieux B. devait mettre encore pas mal de “verdeur” dans ses assauts pour que sa (com)promise les redoute autant, même à distance.]

    Vous êtes blasé, Beaumarchais, parce que vous fûtes trop avide de jouissances matérielles. Quand les gens s'exaltent à ce point, ils absorbent les nobles, les douces affections de l'âme. Ces lettres dont je me suis toujours plainte, et qui vous ont tant de fois fait m'appeler "bégueule" sont le dernier terme de la débauche et la première marque de la dépravation de l'âme
    [Un prêtre moderne ne dirait pas mieux !]
    Ce bon J.J. Rousseau, tant persécuté, tant calomnié, sensible jusqu'à l'épiderme, ce Jean-Jacques qui sera éternellement le dieu des cœurs tendres avait en horreur tous les écrits qui peignaient ce désordre des sens.

    « J'ignorais vous dit-il, que rien n'est moins tendre qu'un libertin, que l'amour n'est pas plus connu d'un débauché que des femmes de mauvaise vie, que la crapule endurcit le cœur, rend ceux qui s'y livrent impudents, grossiers, brutaux, cruels, que leur sang appauvri, dépouillé de cet esprit de vie, qui du cœur porte au cerveau ces charmantes images d'où naît l'ivresse de l'amour, ne leur donne par l'habitude que les âcres picotements du besoin, sans y joindre ces douces impressions qui rendent la sensualité aussi tendre que vive. Qu'on me montre une lettre d'amour d'une main inconnue, je suis assuré de connaître à la lecture si celui qui l'a écrite a des mœurs. Ce n'est qu'aux yeux de ceux qui en ont que les femmes peuvent briller de ces charmes touchants et chastes qui seuls font le délire des cœurs vraiment amoureux. Les débauchés ne voient en elles que des instruments de plaisir qui leur sont aussi méprisables que nécessaires. »

    Comme c’est bien dit de la part de Jean-Jacques, lui qui n’avait pas même besoin de toucher les femmes pour s’enflammer, que sa grandeur d’âme inclinait plutôt vers de jolies paroissiennes aristocrates, mais qui n’hésitait pas à exhiber ses attributs virils devant des lavandières lorsque la pression dans sa culotte était trop forte.
    On voit que la morale de Rousseau, aussi bien que sa politique, bien qu’elles fussent toutes deux assez inimitables, ont nonobstant largement fait école dans les classes bourgeoises.

  • Philosophie à la jarretière

    Surmontant mon dégoût, je poursuis mon exploration de la planète féministe contemporaine. Après Caroline Fourest, faible rhétoricienne qui doit tout à son physique de playmate androgyne - Christine Ockrent, trop proche du pouvoir pour prêter une attention sincère à des peccadilles, qui s'attache surtout à brosser le costard de gentleman frimeur de son "compagnon” (de fortune), en regrettant seulement que celui-ci ait la dégaine de John Kerry et pas celle de Bill Clinton (Christine, tu t'es gourée de "partner", voilà où mènent les sentiments)… j'en viens tout naturellement à aborder le rivage de la docte Sylviane Agacinski.

    Celle-ci a été la compagne de route d'un des philosophes les plus emmerdants et les plus vains de toute la philosophie, auprès de qui Sartre peut passer pour un joyeux farceur (ce qu'il était), puis d'un des hommes politiques les plus emmerdants et les plus vains de toute la politique : c'est dire le parfum de sérieux qui flotte autour d'elle.
    D'ailleurs la philosophe a intitulé son ouvrage majeur La métaphysique des sexes, pas moins. Apprêtez-vous à échapper à l'attraction des frustes instincts terriens et virils, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs - par ordre de préséance alphabétique -, et à décoller pour de hautes sphères. Il se pourrait même qu'on frôle l'exhaustivité, ne vous étonnez pas si un "voile noir" vous aveugle à un moment où à un autre.

    J'espère que les misogynes "ultras" me pardonneront cette remarque que, de toute évidence, sur le plan théorique Mademoiselle Agacinski est nettement plus intéressante que ses deux mentors successifs. Sa compilation de la théologie et de la morale chrétiennes ne manque pas de rigueur et d'honnêteté. Ainsi Sylviane avoue être tombée sous le charme de Tertullien ; la jolie féministe qui tombe amoureuse du vilain machiste, c'est un grand classique ; en pratique Sartre était on ne peut plus phallocrate et le dévouement de Simone exceptionnel, allant jusqu'à torcher son monstre incontinent alors que son style de vie bourgeois aurait très bien pu l'en dispenser. Je suis même tenté de croire que Simone était une meilleure épouse que sainte Monique, essentiellement dévouée à son fils, elle, ce qui n’est pas exactement pareil.

    *


    C'est la thèse de Sylviane Agacinski qui est beaucoup plus "téléphonée", mais elle a le mérite de ne pas polluer toutes ses recherches antérieures, de venir juste en conclusion de sa Métaphysique. En effet, lorsque Sylviane A. parle de "la nature androcentrée de l'imaginaire chrétien", elle s'enfonce dans l'arbitraire, ce qui n'est pas tellement compatible, autant que je sache, avec un projet "philosophique" moderne.
    Il est bien évident que pour un chrétien, ce sont surtout les athées comme Sylviane A. qui ont l'imagination fertile. C'est comme si Sylviane A., elle, entendait s'ancrer plus profondément dans la réalité. Or qu'en est-il de la réalité athée et féministe ? Pour ce qui est des régimes communistes, bien qu'Arte ou d'autres organes continuent d'en donner une image nostalgique, avec un minimum d'histoire on se rend bien compte que l'égalité communiste, le divorce et l'avortement entièrement libres, n'ont pas élevé l'ouvrière soviétique à une dignité supérieure à celle des autres femmes.
    Pour ce qui est des régimes capitalistes, ils voudraient se parer de vertu en brandissant la bannière du combat contre les deux ou trois cent machos qui brutalisent leurs femmes, mais il n'y a pas besoin de gratter très fort le vernis démocratique de ces régimes pour voir qu'une seule loi morale y est en vigueur, la loi du marché. Et pour le "marché", comme ils disent, il n'y a pas de sexes ni de races, l'argent n'a pas d'odeur. Jospin ou Kouchner auraient-ils agi contre les "lois du marché" qui font de la femme de plus en plus de la chair à publicité, quand ce n'est pas un pur produit de consommation pornographique ?

    L'idée centrale de la thèse, bien qu'exprimée de façon sophistiquée, est simplissime à piger : l'“androcentrisme chrétien” serait une peur de la différence, qui entraînerait un refus de cette différence ; assortie d'un parallèle audacieux (ou foireux) avec l'universalisme des Lumières qui serait aussi une peur de la différence (culturelle). Femmes et noirs, même combat !
    L'inconvénient d'une thèse philosophique, c'est qu'on peut la retourner comme un bas à jarretière. Et si c'était l'égalitarisme athée, plutôt, qui était un refus de la science qui démontre les différences, un nivellement qui fait les affaires des entreprises capitalistes ?

    C'est dommage, Mlle Agacinski aurait pu se montrer encore un peu plus virile, se contenter de remarques historiques pertinentes, et nous dispenser de son bavardage philosophique.

  • La femme modèle

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    C'est sans doute pas une coïncidence si j'ai presque toujours eu le béguin pour des nageuses, rencontrées à la piscine, dans les rouleaux de l'Atlantique ou au bord d'un lac. Les femmes de tête ne me séduisent pas, je m'obstine à préférer les femmes de cuisses, de chevilles ou de tétons.

    À ce propos, on ne peut éviter la question épineuse de la symétrie, épineuse sur le plan des canons de beauté. En ce qui me concerne, j'ai l'œil exercé à remarquer le plus léger déséquilibre. Celui des tétons n'est pas le plus choquant, il est assez répandu. Mais un mollet plus gros que l'autre, cela rompt inévitablement l'harmonie, c'est gênant, quelles que soient par ailleurs les qualités de la femme observée, une épaisse chevelure dorée ou des chairs très fermes. L'admiration et le désir diminuent d'autant. Combien de fois j'ai été tenté d'aborder une femme dans la rue, puis, m'apercevant qu'elle avait un bras plus épais que l'autre, j'ai renoncé à mon projet ? Une fois que j'ai fait ce type d'annotation, je ne peux plus me l'ôter de l'esprit : « Cette fille a un bras plus gros que l'autre, cette fille a un bras plus gros que l'autre… », et cela signifie que je préférerai causer avec elle toute la nuit plutôt que de la croquer, ne serait-ce qu'une poignée de minutes.

    Ce désir de perfection n'est pas très original, on le retrouve dans l'art grec, bien sûr, qui marque les esprits, que de dépit on veuille le saccager, ou d'amour on veuille l'imiter. Mais ce désir de perfection, en ce qui me concerne, n'est pas aussi poussé s'agissant du visage ; à cet étage un peu de déséquilibre ne nuit pas, un nez tordu n'est pas forcément rédhibitoire. Qu'est-ce qui explique cette distorsion entre le visage et le corps ? Est-ce que le visage n'est qu'une partie du tout, une partie secondaire, ou est-ce que le visage est le lieu où se disent les idées, domaine superficiel où un peu de fantaisie est permis ?

    Un mathématicien pourrait être tenté de faire cette objection bénigne que la symétrie n'existe pas dans la nature, mais les mathématiques ne sont qu'une approximation naïve.
    La fierté des peintres véritables de savoir rendre les mains et les visages n'est pas contradictoire avec le propos précédent sur la symétrie. C'est que les mains et le visage s'écartent des schémas et sont d'autant plus difficiles à traduire en signes. Les mains et le visage pour les peintres, ça correspond un peu à l'imparfait du subjonctif des poètes.

  • La symétrie rêvée des femmes

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    Mon avis n'est pas celui d'un "expert en anatomie féminine", ça serait un peu prétentieux de ma part, néanmoins je crois que j'ai assez croqué de gonzesses pour pouvoir me permettre quelques observations.

    Le modèle idéal, c'est celui qui pose simplement, sans chichis, fier d'exhiber ses abattis, sans plus. Ça fait du bien de se sentir admiré, pas de doute, c'est le moteur de tous les modèles au service de la peinture ou de ce qu'il en reste, le fric vient après. Car comment ferait-on pour dessiner un objet, même une cruche, qu'on n'admirerait pas ?

    Souvent ces filles souffrent d'une certaine injustice. Dans la vie de tous les jours, elles passent parfois inaperçues. Telle cette Marion, dont je ne soupçonnai pas la valeur exacte lorsqu'elle se présenta à la grille l'autre jour, jusqu'à ce qu'elle se tienne nue, debout, en pleine lumière. À quoi tenait cette transfiguration ? Au caractère sculptural de son anatomie, la solidité des épaules et des jambes n'excluant pas la finesse de ses terminaisons, pieds, mains, oreilles ; quelque chose dans la texture de la peau aussi qui améliorait son modelé - tout à coup c'était une princesse inca et plus une fille banale sapée à la mords-moi-le nœud. Il faut dire aussi que le regard du peintre est forcément un regard qui rêve. Il y a des modèles sans grâce qui se tortillent, c'est même la majorité, on a envie de les casser en morceaux, d'en faire du petit bois. Souvent ces modèles sont maigres, ils ne tiennent pas en place.

    Les filles des photographes, de K. Lagerfeld par exemple, c'est tout l'inverse, les hommes se retournent sur elles dans la rue, parce qu'elles sont en couverture des magazines, sur les affiches du métro, et les chiens mangent ce qu'on met dans leur gamelle, ils voient rarement plus loin que le bout de leur instinct ; mais lorsque ces "top" modèles se foutent à poil, psschitt, circulez, y'a plus rien à voir. C'est le genre de filles qu'un mec veut surtout pour se faire mousser auprès de ses potes. Et il y a de pauvres filles pour se fixer cet idéal de beauté ! Dont certaines par-dessus le marché qui n'hésitent pas à se dire "féministes", ça fait partie de la panoplie.

    Il y a le cas aussi des peintres qui demandent à leurs proches de poser nu pour eux. C'est assez délicat. Dans l'absolu il vaut sans doute mieux coucher avec son modèle après qu'avoir couché avec avant, si on est capable de se retenir. Il me revient un exemple un peu différent : un vieux peintre que j'ai connu, pas franchement laid mais très ridé, raviné, et qui avait l'habitude de prendre pour modèle sa ravissante jeune fille de seize ou dix-sept ans. Je ne sais pas s'il le faisait pour ça ou par économie, mais toujours est-il que ça "épatait la galerie" ; il aurait pu faire une petite carrière rien qu'avec ce truc, dans le genre de Balthus, s'il n'avait pas été franchement trop nul. Je trouvais ça plutôt amusant, la dévotion de cette fille pour son vieux papa peintre ; si ç'avait été un photographe, je crois que ça m'aurait écœuré.

  • La fin d'un préjugé

    Mon pote Henri qui m'hébergeait pour la nuit a comme voisin un fils de millionnaire d'origine juive-méditerranéenne. Assez conforme à la caricature du fils de millionnaire, il se déplace en Porsche ZB12 - ou je ne sais quoi du même calibre -, porte des lunettes de soleil y compris par temps couvert, et s'asperge d'une eau de toilette à forte odeur de loukoum ; en revanche, très bien élevé, il me tient la porte pour m'aider à passer avec mon bardas, ce qui n'était pas une obligation, d'autant plus qu'il avait intercepté le regard indiscret que j'avais jeté sur sa femme.

    Les murs ont beau être d'une épaisseur rassurante, on peut les entendre Henri et moi à l'heure de l'apéro s'engueuler tous les deux comme des clébards, le raffût qu'ils font couvrirait pour un peu les pronostics et les paris que nous échangeons sur les prochaines élections… Elle hurle presque aussi fort que lui ! Merde, moi qui n'ai jamais rêvé d'être millionnaire, au contraire, sauf pour une chose, vivre à l'abri des récriminations d'une gonzesse, je suis désillusionné d'un seul coup. Je pensais qu'un collier de perles, une bague sertie de diamants par-ci par-là, et hop, on était assuré d'une paix royale… Apparemment ce n'est plus le cas, même les millionnaires aujourd'hui se font traiter par leurs femmes comme des prolétaires !

  • La fracture mentale

    Entre l'idéologie de l'égalité, idéologie qui se veut le comble du raffinement philosophique, et la réalité sociale, plus brutale, le décalage est flagrant.

    On se souvient de ce bouquin ubuesque, paru il y a un an environ, soutenant la thèse selon laquelle les noirs n’ont pas une bite plus grande que celle des blancs ou des jaunes, en moyenne, contrairement aux idées reçues. Et de l'interdiction d'en rire sur la place publique, étant donné que l'auteur de l'ouvrage était lui-même noir, ça c’est une certitude, et sans doute pas très bien pourvu, hypothèse plus personnelle. Je n'en jurerais pas, mais il est tout à fait plausible que ce théoricien de couleur ait même été invité à témoigner dans l'émission "littéraire" de Guillaume Durand.

    Dans le même genre de discours en faveur d'une plus grande justice sociale, on est habitué à entendre la doctrine selon laquelle les femmes ne se satisfont pas plus des grosses bites que des petites, sexuellement parlant ; les petits zizis n'ont donc pas de mouron à se faire, au contraire, leur modestie est prise pour une marque de tact par la gent féminine.
    Étant donné le désir refoulé d'une majorité de femmes occidentales de s'"accoupler" pour la vie de préférence à un homosexuel bien manucuré et bien peigné (et abstinent, si possible), il n'est pas étonnant que les nanas soient aussi nombreuses à défendre un tel parti-pris, sans réfléchir.
    Sur cette question de société, l'avis des hommes n'est pas recevable, étant entendu que le plaisir féminin leur échappe encore largement et qu'il faut plusieurs minutes à un homme moyen pour retrouver un clitoris en érection dans une chatte bien épilée.

    Un message publicitaire indésirable (mpi) parmi tant d’autres dans ma boîte, en provenance des États-Unis, me ramène à la réalité - ainsi formulé : « Hey, don't be the "littell guy" in the club! » On devine qu’il s’agit de fourguer un procédé quelconque pour se muscler l'"appendice à donner du plaisir aux femmes".
    La fréquence de ce genre de réclames pour des produits dopants indique deux faits ; le premier, c’est l’importance du marché des produits dopants aux États-Unis. Un marché de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Mais lorsque tout le monde sera dopé, tout le monde sera à égalité, non ? C'est ça qui est pratique avec l'idée d'égalité, elle retombe toujours sur ses pieds.

    La deuxième évidence c'est que le public yanki est d'une naïveté hors du commun. De cette naïveté on peut tantôt s'effrayer, tantôt se moquer. Aujourd'hui comme il fait beau et que je suis de bonne humeur, après le retrait de "facho-Chirac" de la vie politique (Et un fachiste de moins !), je choisis de m'en moquer.

  • L'air démocratique

    La démocratie, ça fait un peu penser à ces "parfums d'ambiance" que les bonnes ménagères des films publicitaires - le seul, le vrai cinéma sincère -, vaporisent dans les recoins nauséabonds de leur intimité/appartement/sphère privée (Si l'on ne zappe pas les longs métrages pour regarder la pub à la télé, on a peu de chance de comprendre dans quel monde on vit, et on perd un temps précieux, de façon générale.)

    Il suffit d'ouvrir en grand les fenêtres et le courant d'air emportera cette ambiance frelatée aussi vite qu'elle s'est installée, dira-t-on. Certes, mais il n'est pas prévu qu'on puisse ouvrir les fenêtres ni même la porte, et en attendant l'atmosphère est de plus en plus irrespirable.
    On a beau savoir cette idéologie démocratique assez volatile, n'empêche c'est étonnant de voir à quel point elle imprègne le quidam.

    J'en viens à mon exemple. Prenons un militant du Front national, par exemple, le type même d'individu peu suspect de se gargariser de principes démocratiques. Pourtant, à propos des signatures de Le Pen, sur un blogue militant, je lis qu'on se réjouit au Front national de la promesse de Sarkozy de venir en aide aux candidats à qui il manque quelques précieuses signatures, y compris Le Pen. Quelle confiance dans le système démocratique et les promesses d'un candidat !? Et si Sarkozy ne faisait que se garder du reproche qui pourrait lui être fait ultérieurement, au cours de la compétition, d'avoir fait obstacle à la candidature de Le Pen ?
    Un article du Monde a été enterré, et pour cause, c'était du temps où Le Monde misait sur Jospin, avant de miser sur Sarkozy. À cet époque, pas si lointaine, pour emmerder Chirac, Le Monde avait révélé que le Président avait fourni au grand méchant Le Pen les dernières signatures qui lui manquaient pour se présenter. Toute comptabilité effectuée, Chirac craignait que les électeurs de droite lui imputent l'absence de Le Pen et le lui fassent "payer" au second tour en s'abstenant. Question de tactique. Ce qui n'était que de tactique de la part de Chirac s'avéra être un coup de génie involontaire ensuite.
    L'hypothèse selon laquelle Sarko volerait au secours de Besancenot et de Le Pen uniquement par altruisme ou idéal démocratique paraît peu plausible…

    Dans la même veine, un autre militant de Le Pen me dit :
    « Ils n'oseront pas faire ça, empêcher Le Pen, le scandale serait trop grand !
    - Ben voyons,
    je lui réponds, qu'est-ce que vous croyez, que les citoyens vont descendre dans la rue pour défendre les droits démocratiques de Le Pen ? Hi, hi, quelle drôle d'idée ! De Gaulle s'est emparé du pouvoir par un coup d'État, comme Pinochet ou Castro, ça ne l'empêche pas aujourd'hui de passer pour un des pères fondateurs de la "démocratie" française… »

    Simone Veil, drapée dans sa vertu féministe et sa cote de popularité, apportant sa caution morale à Sarkozy, est à la démocratie ce que la mère Denis est à la société de consommation.

    NB : En réaction à la démagogie et au cynisme de "La Journée internationale des femmes", célébrée dans des pays qui collaborent en toute connaissance de cause au trafic de chair humaine sur Internet, sans distinction de sexe, de race ou de religion, le seul outrage à la féminité auquel les Occidentaux pourraient s'opposer avec efficacité, aucun commentaire de ce billet de mauvaise humeur par une femme n'est autorisé symboliquement aujourd'hui jusqu'à minuit.
    D'ailleurs malgré tous les efforts de la propagande pour faire porter des pantalons aux femmes, si elles sont de plus en plus nombreuses à regarder des matchs de foot, en revanche dès qu'on parle de politique ou d'histoire, elles ont encore beaucoup de mal à réprimer un bâillement.

  • La Guerre des sexes

    Aussi loin que ma mémoire remonte, j'ai toujours été misogyne. Je suis donc habitué aux sarcasmes à l'égard des gens de mon espèce et je dois dire qu'ils ne me font ni chaud ni froid, à force. « Les chiennes aboient, la caravane passe… ».
    Cet instinct premier s'est transmué petit à petit, au fil des années, en idéal politique et social, et il m'arrive de me documenter sur le sujet de temps en temps. À ceux qui voudraient se renseigner sur le "parti misogyne" avant d'y adhérer, je ne saurais trop conseiller la lecture de quelques ouvrages "éclairants" (en partant du principe qu'on a déjà vu ou lu, bien sûr, certaines pièces importantes d'Aristophane ou de Molière, deux "joyeux réactionnaires" incontournables).

    Au risque de me mettre une ancienne maîtresse à dos, Isabelle, qui brûle d'une vaine passion pour Éric Zemmour, chroniqueur politique au Figaro et chez Laurent Ruquier - pas plus tard que la semaine dernière elle me confiait au téléphone : « Zemmour est si courageux de défendre ses idées, seul face à la meute médiatique ! Il me fait vibrer ! S'il n'était pas aussi laid je coucherais bien avec lui… » - réflexion typiquement féminine - eh bien je dois dire que j'ai feuilleté l'essai à succès d'E. Zemmour mais qu'il ne m'a pas paru très sérieux (Le Premier sexe).

    Zemmour se perd en conjectures pour tenter d'expliquer la perte de virilité des hommes en Occident, concomittante à l'accroissement du pouvoir des femmes. Ces explications diverses ne sont pas très cohérentes. Il est vrai par exemple que l'Église catholique "drague" les femmes depuis longtemps et néglige de s'adresser aux hommes, mais l'Église catholique a perdu toute influence morale réelle sur la société depuis longtemps. En outre, peut-on dire que les deux pour cent d'hommes catholiques pratiquants restants en France sont moins virils que les autres ? En ce qui concerne les démocrates-chrétiens, c'est incontestable, ils sont à la limite de l'impuissance, mais si on fait une moyenne, je ne crois pas qu'il y ait une différence importante avec les païens, que les catholiques pratiquants soient plus "féminisés" que les païens. Le rôle joué par l'Église dans la promotion des idées féministes semble assez marginal.

    Zemmour signale par ailleurs la misogynie de certains auteurs dits "des Lumières", Voltaire ou Rousseau, en réaction à l'influence politique de la Pompadour. Je ne vois pas où il veut en venir ? Et puis c'est du bidon, la marquise de Pompadour les ménageait en tant que littérateurs de premier plan ; d'ailleurs il serait naïf de croire que Voltaire ou Rousseau ont eu de l'influence sur le cours de l'Histoire.

    Encore une explication foireuse : la terrible guerre de 1914-18 aurait durablement dégoûté les hommes de remplir leur devoir d'hommes !? Tout ça ne tient pas debout. Du reste on voit bien en quoi cette idée de "dévirilisation" des hommes est de nature à séduire les femmes d'aujourd'hui. Je suis persuadé que la majorité des lecteurs de Zemmour sont des lectrices de Elle ou de Madame Figaro. Peut-être pas les plus connes, mais quand même.

    Non, il vaut mieux lire un auteur plus sérieux que Z. lorsqu'on est un homme, un vrai ; même s'il n'est pas lui-même misogyne, l'historien Georges Duby, à travers une étude approfondie de la condition féminine dès le XIIe siècle, en arrive à la conclusion que la "guerre des sexes" n'est pas une nouveauté. Même lorsque le destin de la femme était entièrement entre les mains rudes et calleuses de leur père ou de leur mari, déjà leur tempérament les incitait à guigner un pouvoir plus grand, à s'émanciper, à la faveur de circonstances favorables telles que le décès de leur mari, ou son absence prolongée.

    À celles qui, sarcastiques, la ramènent avec le mythe "nitchéen" de la superfemme ("Überfrau") - l'homme ayant cédé une part de sa virilité à la femme en échange d'un peu de grâce féminine, main dans la main ces deux humanoïdes nouveaux atteindront ensemble le nirvana de l'accumulation maximum de biens de consommation courante et de loisirs culturels - à ces femmes inconséquentes, on doit cet avertissement : l'histoire des guerres montre qu'elles ne sont jamais plus violentes, plus longues, que lorsque les adversaires disposent de forces à peu près égales…

  • Le Rose et le Noir

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    De toutes ces femmes proches du pouvoir, Anne Sinclair, Marie Drucker, Béatrice Schönberg, etc., qui prennent les Français pour des veaux avec leur prétendue “impartialité”, celle qui m’est le moins antipathique, c’est Christine Ockent, la "Reine Christine". Rien à voir avec sa pomme d'Adam, qui faisait marrer mon paternel quand j’étais petit, non, je suppose que c’est parce qu’elle est belge - elle fait montre d’une arrogance inférieure à la moyenne de ses consœurs, ou, disons, d'une arrogance teintée d'ironie, ce qui la rend beaucoup plus supportable.

    En revanche elle ne se gêne pas pour faire de la propagande féministe, Madame Christine, profitant de sa position pour ça. Au fait de quoi se plaint-elle, n’a-t-elle pas un concubin célèbre, élancé, galant, "de gauche" et épargné par la calvitie ?
    Mme Ockrent apporte sa caution à un ouvrage intitulé Le livre noir de la condition féminine. Je suis bien obligé de le dire, en tant que "misogyne éclairé", je trouve ce bouquin scandaleux !
    D’abord le procédé éditorial : on se souvient qu'il y a tout juste quelques années un collectif d’historiens avait brisé la résistance et fait paraître un bouquin intitulé Le livre noir du communisme, afin de mettre un terme à des années d’omerta autour des crimes de Lénine, Trotski et Staline, et de tenter de faire savoir à l'opinion publique que les crimes communistes avaient été encore plus barbares et cruels que les crimes nazis - aussi difficile à imaginer que ça peut paraître.
    Le bouquin "marrainé" par C. Ockrent imite à dessein le titre et la maquette de la couverture de ce bouquin d'histoire. Faire un parallèle entre l’oppression dont sont victimes les femmes aujourd'hui dans le monde et les millions de morts en Ukraine, affamés par le régime soviétique, c’est faire un amalgame malhonnête ; si dans certaines parties du monde les femmes peuvent se plaindre d’être opprimées par les hommes, de n'être pas sur un pied d'égalité, elles ne meurent pas par dizaines de millions !

    En outre, cet épais cahier de doléances de mille pages s’intéresse à 99 % à la situation des femmes en Afrique, au Moyen-Orient, dans les pays musulmans en général… En Occident, la légende dorée du féminisme veut que la femme ait été libérée du joug de l'Église catholique par la contraception et le travail. Quid des femmes qu'on vend sur internet ? Le bouquin donne quand même un chiffre ; ce business, typique des démocraties occidentales, génère sept milliards de dollars par an environ. Quelques pages seulement lui sont consacrées dans ce dossier féministe. D'ailleurs jamais je n’ai entendu B. Kouchner lorsqu’il était au pouvoir suggérer qu’on tente de mettre un terme, au moins en France, à ce commerce juteux, à cette exploitation de la femme par l’homme (ou par la femme).

    Et si on s’élève d’un cran, c’est tout le système publicitaire - dont dépendent les médias et Mme Ockrent ! - qui est pourri. Utiliser le cul des gonzesses pour appâter le consommateur de sexe masculin, ça en dit long sur le niveau moral des démocrates capitalistes et leur mépris profond pour l'humanité tout entière, hommes et femmes confondus. La propagande féministe ne fait que dissimuler cette médiocrité.

    De grandes bourgeoises ont voulu cette guerre des sexes. Elles l’ont déclarée, maintenant elles l’attisent ; demain ce seront les plus isolées qui paieront le prix de leurs caprices de grandes bourgeoises, car il est à peu près certain que les femmes la perdront, cette guerre. Le Livre noir du féminisme reste à écrire.

  • La valse des étiquettes

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    L'éditorialiste de Charlie Hebdo, Philippe Val, fait un distinguo entre l'"homme de droite" d'une part, gouverné par ses instincts naturels, l’appât du gain, la violence, etc., porté par conséquent à dominer et à opprimer son prochain, et d’autre part l'"homme de gauche", poli par la culture, patiné par les "Lumières", enclin du coup à la générosité et à la solidarité. Manière sophistiquée de traiter son adversaire de droite d'imbécile.

    Au-delà de cette boutade destinée à divertir les happy few du show-biz, dont Val fait un peu partie désormais, ce que Val cherche à prouver, c’est qu'il mérite bien une place de philosophe, non pas au soleil comme Diogène, mais à la télé ou à la radio. C’est pas moi qui vais dire le contraire, après tout Val n’est pas plus inapte que Finkielkraut ou Onfray à manier des syllogismes propres à épater l’auditoire clairsemé de France-Culture. Et comme P. Val est aussi chansonnier, il peut même fredonner ses idées reçues, c’est encore mieux.

    N’empêche qu’il y a un fond de vérité ; depuis une cinquantaine d’année, c'est bien la "gauche" qui se charge de définir la "droite", et cette définition a quasi force de loi. Et le pauvre imbécile de droite de s’efforcer tant bien que mal d’échapper à ces humiliantes stigmates, en se démarquant de Le Pen, par exemple, ou encore en essayant d'avoir l'air aussi branché et cultivé qu'un "homme de gauche"…
    Voyez BHL ou Finkielkraut, ils adhèrent grosso modo à la politique libérale et vaguement conservatrice de Sarkozy, mais ils tiennent à préciser dans le champ de la caméra qu'ils sont restés des hommes de gauche, attention, ne vous méprenez surtout pas !… au cas où Sarkozy perdrait, et parce que dans le milieu des profs de philo on ne peut pas vraiment se permettre d’être un "homme de droite", ça fait désordre.

    Cette valse des étiquettes, dans le grand supermarché des idées reçues que la France est devenue, elle est assez logique. On compare juste les prix. Si on gratte un peu, on voit bien qu'en réalité il n’y a que des libéraux. Sur les trente-cinq heures par exemple, sujet qui passionne - ô combien -, ces pauvres tartes de gauche comme de droite, il n’est question que de la quantité de travail et de sa rémunération. Les libéraux de gauche ont foi dans la division (?), les libéraux de droite, eux, dans la multiplication (?). Insoutenable légèreté de ces êtres… Nul ne s’intéresse à la qualité du travail. Vaut-il mieux vendre des téléphones portables ou du pain Poîlane ? Vaut-il mieux être réassortisseur à la Fnac ou bouquiniste ? Le problème c'est qu'on ne peut pas répondre à ces questions de façon binaire.

    Pas difficile de deviner pourquoi, de Philippe Val à Nicolas Sarkozy, on est incapable d’un quelconque jugement moral. Une "éthique de langage", à la rigueur, mais des jugements moraux, surtout pas, c’est bon pour les curés intégristes ou les musulmans, la morale.

  • Tête de veau sauce vinaigre

    Une tête de veau endurcie d’une paire de cornes, celle des "muses" cocufiées sur la place publique, c’est le portrait de Guillaume Durand. Significative brochette de starlettes convoquées sur son plateau pour nous abreuver de laïus démocratique : Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy, Alain Minc, Michel Onfray - le carré des hyperténus.
    Aucune des quatre tares cardinales ne manque à l’appel : le sectarisme (Onfray et BHL), le libéralisme (BHL et Minc), l’existentialisme (Finkielkraut et Onfray), et le journalisme (Minc et Finkielkraut).

    Je philosophe à peine, car Guillaume Durand aurait très bien pu imaginer, si j’ose dire, de réunir sur le même thème permutable, “Tu votes Sarko ou Ségo ?”, d’autres professionnels du débat-citoyen : Sollers, Luc Ferry, Enthoven Jr, d’Ormesson, Sorman, qui sais-je encore ? C’est pas les volontaires qui manquent. Mais non, ceux-ci ne sont pas aussi exemplaires. Il fallait aussi que l'humour soit totalement absent pour que la démonstration soit parfaite. À la réflexion le débat a bien été émaillé par un ou deux sourires carnassiers de BHL et Minc, tout de même… mais pas un éclat de rire. Durand a un talent quand même, il sait mettre les pieds dans le plat avec ses gros sabots…

    (Admettons, hypothèse peu orthodoxe, que la charité m’impose, parmi ces quatre sinistres évangélistes, d’en sauver tout de même un ; c’est Minc que je choisirais. Le "petit mobile économique personnel", de la bande c’est encore lui qui l'incarne avec le plus de franchise et de naturel. Mais ça c’est "une question d’appréciation personnelle", chacun ses goûts comme on dit.)

  • Au moins Sunsiaré

    Misère de l'édition française. Au rayon "Fruits et légumes", il n'y a peut-être plus de saisons, mais je vous garantis que dans les supermarchés culturels il en va autrement. Après la rentrée littéraire, la saison des prix, voici venue la morte-saison des petites vendanges. Eva Kristina, Stéphanie Pollack, Fanny Carel, Camille de Peretti, Élise Fontenaille, Colombe Schneck, Cypora Petitjean-Cerf, Karine Tuil, Blandine Le Callet, elles me font penser à ces grosses pommes granny vertes, tellement dures qu'il est impossible de mordre dedans, mais que les ménagères achètent quand même parce qu'elles brillent.

    Elles ont un principe commun ces romancières, je regrette si j'en oublie : un style quelconque, imité d'un imitateur de Céline ou de Proust, pas trop de pages, pas trop de vagues, et surtout un bandeau avec la photo de leur frimousse presque jeune dessus ; c'est important que la consommatrice puisse s'identifier. Espoir de "jackpot"… Une chance sur dix ? Une chance sur cent ? Une chance sur mille ? N'importe, ça serait vraiment trop con de ne pas tenter sa chance, même si elle est infime, d'être un jour cotée au Salon du Livre, comme Amélie Nothomb.
    Sur ce segment de marché, les publicitaires ont l'imagination particulièrement frileuse, comme une ménagère qui attend la ménopause en bouquinant. Aucun éditeur ne tente le coup du jeune écrivain musclé exhibant une bite avantageuse en couverture. Je note tout juste un : « La critique et le public l'ont déjà épousée. » un peu vulgaire, mais qui suffira peut-être, qui sait, à distinguer la jeune mariée ?

    Au moins Sunsiaré était jolie.

    Sur la couverture du premier bouquin de Raphaël Enthoven, il n'y a pas sa photo avec un sourire ou un regard. C'est sans doute, pense-t-on, qu'on est dans le domaine de la littérature.

  • Marx au pays des menhirs

    Un peu plus et j'oubliais ce que j'étais venu faire dans ce rayon. Les bouquins de Marx et les bouquins sur Marx sont malheureusement classés au rayon "Philo" : contre le poids des préjugés, il est difficile de lutter.

    Yves Quiniou, ça tombe à pic, se propose de bousculer quelques-unes des idées reçues sur Marx. Décidément, après le Père Le Calvez, encore un Breton… On peut dire que la Bretagne participe à l'exégèse marxiste ! Il est vrai que Marx a été exilé dans le Morbihan, je crois - mais ceci est une autre histoire.

    Et puis des bouquins autour de Marx, il y en a des centaines, des milliers, une vraie jungle. Autant éliminer Jacques Ellul tout de suite, obscur penseur démocrate-chrétien qu'on réédite parce qu'il ne mange pas de pain ; fatras incohérent, même pas sûr qu'Ellul ait vraiment pigé le propos de Marx…
    R. Aron est plus intéressant, mais un peu trop "pontifiant" à mon goût, pas assez dynamique, un centriste de plus. Althusser n'est pas mal non plus, le cas d'un professeur qui étrangle sa femme, c'est forcément plus pittoresque que le cas d'un travailleur de force qui étrangle sa femme. Sur la différence entre la vision de Hegel et le regard critique de Marx, Althusser dit des choses intéressantes ; le seul problème c'est qu'il s'exprime sous le contrôle du PCF et que ça l'oblige à alambiquer son propos au maximum pour que les cadres du Parti ne le comprennent pas.

    Le livre de poche de Quiniou est assez clair. Sur Marx et la démocratie, par exemple : l'égalitarisme démocratique ne coïncide pas avec l'idée d'égalité qu'il y a chez Marx. L'idée du partage "équitable" des richesses, défendue par les terroristes de la Convention française, ou plus "médiatiquement" par Besancenot aujourd'hui, cette idée qui s'appuie concrètement sur la jalousie des moins riches vis-à-vis des plus riches, elle n'appartient pas à Marx. Ce que Marx explique et voulait combattre, c'est l'oppression du Capital, une oppression dont les capitalistes eux-mêmes sont les victimes. Un raisonnement "qualitatif", pas "quantitatif". D'ailleurs Marx méprise l'argent.
    S'il ne se trouve aucun homme politique pour répliquer à Besancenot qu'il est écœurant et ridicule à force de pédaler derrière la cassette du CAC 40 en prenant des airs de moujik joufflu opprimé, c'est parce que ce sont tous des libéraux - de droite ou de gauche. Au fond ils partagent le même idéal que Besancenot.

    De l'athéisme de Marx aussi Quiniou est précis. Peut-être ne va-t-il pas assez loin ? Sur les questions religieuses, j'ai tendance à me méfier des Bretons, des païens christianisés en surface, à l'image des menhirs christianisés qu'on voit parfois en plein champ de maïs génétiquement modifié.
    Bref, voici la citation de Marx que Quiniou commente en disant qu'elle n'est pas vraiment athée : « C'est l'homme qui fait la religion, ce n'est pas la religion qui fait l'homme. » Je dirais même plus, non seulement cette manière de présenter les choses n'est pas athée, mais elle est conforme au récit évangélique, puisque Jésus bâtit son Église sur les épaules d'un homme, Simon-Pierre. Cette citation peut choquer un protestant à la limite, mais pas un catholique. Maurras, par exemple, est plus choquant lorsqu'il réduit le christianisme à un mythe - sans parler des démocrates-chrétiens qui admettent la relégation de Dieu dans une sphère privée fictive en se fondant sur une interprétation truquée de l'Évangile de Matthieu.

  • Au rayon "Jouets"

    J'ai trois points communs avouables ici avec Raphaël Enthoven - Raphaël Enthoven de chez « Enthoven et Cie, Philosophes médiatiques de père en fils ». Le premier c'est que j'ai désiré coucher avec Carla Bruni. Quand j'avais seize ou dix-sept ans, un soir, devant le poste de télé, elle a même incarné pour moi brièvement l'idéal féminin. Au plan spirituel s'entend, car c'est son élocution qui m'a mystifié, l'Italie qui sortait d'elle, pas ses miches de rat. J'ai revu Carla Bruni récemment, pistonnée par son mari, dans une émission littéraire. Le charme s'est rompu. Je dois dire que les visages modifiés par la chirurgie esthétique me mettent très mal à l'aise. Il y a quelque chose de démoniaque dans ces faces à moitié momifiées.

    Le deuxième point commun, c'est que si j'avais couché avec Justine Lévy, je l'aurais certainement abandonnée aussi, comme Raphaël Enthoven. Si mon propos paraît obscur, c'est sans doute qu'il est philosophique.

    Troisième point : comme le titre du premier bouquin d'une longue série que Raphaël E. vient de publier l'indique, celui-ci considère la philosophie comme un jeu d'enfant. Là encore je dis : "banco" ! Dans le cas de Raphaël, j'ajouterais même : un jeu d'enfant gâté. Voyons un peu quels auteurs il cite dans son "premier bouquin" : Nitche, Cioran, Bergson, Schopenhauer, Montaigne… Ouf ! Non parce qu'à côté des pirouettes de Cioran, des galipettes de Montaigne ou des numéros de clown de Nitche, il y a des jeux d'enfants gâtés beaucoup plus chiants - comme Heidegger, Lévinas, Jeanne Arendt, voire Finkielkraut ou Steiner pour les enfants de la classe moyenne.
    Le cas de Raphaël E. n'est donc pas désespéré.

  • Petite mise à jour

    Chose promise, chose due, voici la mise à jour 2007 du Dictionnaire des idées reçues. Elle s'imposait vu que depuis Flaubert le climat a un peu changé. Si je ne m'abuse il y a une sorte d'accélération et les préjugés eux-mêmes ont tendance à s'user plus vite. Voyez la pédérastie par exemple : remise à la mode dans les années soixante-dix, trente ans plus tard la société la fustige unanimement, jusqu'aux sites ouaibe où l'on fait commerce de films et de matériel pornographiques ! Même les préjugés sont fragiles désormais…

    Mise à jour 2007

    - A -

    ACHILLE : Ajouter "le talon de”, ça donne à croire qu'on a lu Homère.

    ATHÉE : Personne peu influençable. Un peuple d'athées ne saurait périr.

    - B -

    BACCALAURÉAT : Graal moderne.

    BLONDES : Plus bêtes que les brunes.

    BONNE : Le repos du curé de campagne avant le Concile. Dire "Nounou" est plus correct.

    - C -

    CAPOTE (anglaise) : Dans le sac-à-main des jeunes filles rangées.

    CÉLIBATAIRE : Une vocation comme une autre. Le célibataire est surtaxé. Exige un héritier.

    CENSURE : Enfin abolie.

    CÉRUMEN : "Cire humaine", se l'ôter régulièrement pour mieux profiter des programmes télé.

    CHASSE : Réservée au brutes sanguinaires en voie de disparition. « Un lapin a tué un chasseur, pan ! »

    CHRISTIANISME : Une secte pas plus prospère que les autres, en définitive.

    CYNISME : Diogène était devenu un peu fou à force de s'exposer aux rayons du soleil.

    CLASSIQUES (les) : Ringards célèbres.

    COCU : S'accorde au féminin aussi. Tend à disparaître comme le mariage.

    COLONIES (nos) : S'indigner quand on en parle.

    CONCESSIONS : Le ciment du couple.

    CONVERSATION : Le sexe en est le sel.

    - D -

    DESSERT : Meilleur sans sucre.

    DICTIONNAIRE : Un volume rassurant. Larousse ou Robert ?

    DICTIONNAIRE DES SYNONYMES : Pourquoi tant de mots ? Pourquoi tant de dictionnaires ?

    DIEU : Confort intellectuel. Quelques personnes âgées y croient encore - inutile de les détromper.

    DIVORCE : Privilégier la formule dite "à l'amiable". Blesse moins les enfants que les bris d'assiettes.

    DOULEUR : Perversion des sens. La morphine n’a pas été inventée pour les chiens.

    DRAPEAU NATIONAL : En vente dans les stades de foot.

    DROITS : Nul n'est censé ignoré les siens.

    DOUTE : Est nécessaire pour croire.

    - E -

    ÉGOÏSME : Revers de la médaille.

    EMAIL : Pester contre les "spams". Seuls les snobs disent "courriel".

    ÉTÉ : Canicule. Il n’y a plus de saisons.

    - F -

    FAISCEAUX : À l'origine du fascisme. Ne pas oublier d’éteindre ses phares.

    FEUILLETONS : Principal sujet de conversation (Voir "conversation").

    FŒTUS : Terme technique. Amas de cellules vivantes potentiellement appelé à remplir la condition humaine. Intéresse l’industrie pharmaceutique.

    FONCTIONNAIRE : Juron répandu. Idéal répandu.

    FONDS SECRETS : Servent à acheter des petits fours.

    FOULARD : Remis à la mode par les musulmans. Cause d’hécatombes dans les cours de récréation. Hantise des instituteurs.

    FRANC-MAÇONNERIE : Dépassée par la Scientologie.

    - G -

    GRAMMAIRE : Vieilli. Mère Fouettard. Fait peur aux enfants et à leurs parents.

    GRAS : Matière bourgeoise. Ne pas dépasser 40 %.

    - H -

    HALEINE : La garder fraîche est un véritable sacerdoce.

    HUILE D'OLIVES : Vierge. Pressée à froid. L'italienne est la meilleure. Aphrodisiaque.

    HYSTÉRIE : Sans rapport avec l’utérus. Pas d'automédication ni de gifles. Consulter un psy.

    - I -

    IMPRIMERIE : Menacée de disparaître.

    IMAGINATION : Les enfants et Jacques Séguéla en ont beaucoup.

    INFANTICIDE : Pas de confusion possible avec l'avortement.

    INHUMATION : En chansons. La crémation permet d'éviter les vers.

    INNOVATION : Leitmotiv. Exemples marquants : le fil à couper le beurre, le string.

    INQUISITION : Peut revenir. Rester vigilant.

    - J -

    JÉSUITE : Sorte de prêtre particulièrement pervers. Porte un uniforme.

    JOUIR : Bruyamment.

    - L -

    LITTÉRATURE : Intimidante. Ni entr'acte ni pop-corn.

    LATIN : Déclin des déclinaisons : un scénario, des scénarii. Même l’allemand est plus utile.

    - M -

    MACHIAVEL : Ne pas l'avoir lu, mais le regarder comme un génie.

    MAHOMET : Misogyne ET polygame.

    MALADE : Ne pas dire qu'on est "en bonne santé" mais "hypocondriaque" si on veut être remboursé.

    MALTHUS : Incompris pendant deux siècles.

    MARSEILLAIS : Plus sympathiques que les Parisiens. Accent chantant (la "Marseillaise").

    MISSIONNAIRES : Ont inventé une méthode d'accouplement fastidieuse.

    - N -

    NÈGRES : Vocabulaire primitif.

    - O -

    OPTIMISTE : Citoyen vertueux.

    - P -

    PARADOXE : Se dit toujours sur le bd St-Germain, entre deux bouffées de cigarette light.

    PAUVRETÉ : Faible pouvoir d'achat. Épée de Damoclès. Investir dans la pierre.

    PÉDÉRASTIE : Amalgame utilisé pour flétrir les homosexuels.

    PHILOSOPHIE : La recette du bonheur. Existe en plusieurs parfums.

    POÉSIE : Elle est partout, surtout dans les aires d’autoroute.

    PRÉJUGÉS : Notre époque en a peu.

    PUCEAU/PUCELLE : Se percer l’hymen ou ronger son frein de toute urgence pour échapper aux quolibets.

    - R -

    RELIGION (La) : Le haschisch est la religion du peuple.

    RÉPUBLICAIN : Ça va de soi, mais ça va encore mieux en le disant.

    ROMAN : Peut rapporter gros.

    - S -

    SAINT-BARTHÉLÉMY : Prémices de la Choa.

    SUICIDE : Geste républicain. Jospin y a songé. Carence en vitamines et en fer.

    - T -

    TEMPS : Subjectif au début, de moins en moins vers la fin. Un temps peut en cacher un autre.

    - V -

    VOLTAIRE : Valeur sûre.

  • Pourquoi pas Flaubert ?

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    Pourquoi Flaubert ne figure-t-il pas au programme de mes lectures futures, pas plus que Balzac, au contraire de Villiers, Saint-Simon, Pound, Loti ou Gobineau, que je connais mal et que je désire approfondir ?
    Est-ce d’avoir été contraint d'apprendre Madame Bovary à l’école, parmi tant de matières oiseuses, qui explique cette allergie ?
    Ou ne serait-ce pas plutôt une adaptation filmée, profondément ennuyeuse, avec une actrice rouquine plate et laide, à contresens de surcroît, de Madame Bovary ? Ou est-ce encore de n’avoir pu dépasser les dix premières pages de Salammbô ni de Bouvard et Pécuchet ?

    Le Dictionnaire des idées reçues, ouvrage léger, a néanmoins retenu mon attention quelques instants - dans un souci d’analyse politique et sociale. Flaubert y raille les préjugés de son époque. J’ai d’abord été vexé de voir que je partageais quelques-unes des idées reçues des contemporains de Flaubert. Celle-ci en particulier :
    « MOUSTIQUES : Plus dangereux que n'importe quelle bête féroce. »
    (L'occasion de remarquer que, comme le reste, les préjugés s'héritent, car celui-ci est dans ma famille depuis longtemps et j'entends bien le transmettre à mes enfants potentiels.)

    Au terme de cette lecture, plusieurs constats sociologiques s’imposent :
    - Une courte majorité des préjugés contemporains de Flaubert a résisté à l’usure du temps. Voilà pour la continuité, mais concernant tous les préjugés qui touchent à ce qu’il est convenu d'appeler "la culture générale", elle-même toujours un peu "conventionnelle", on observe qu’ils ont disparu en même temps que cette culture générale-là. C'est rassurant : il n'est pas en définitive si ridicule de partager certains des préjugés de la deuxième moitié du XIXe siècle !
    - Incidemment j’ai noté un certain nombre d’idées reçues dont le postulat s'est inversé et qui creusent donc aussi un fossé entre notre époque et celle de Flaubert, et je me suis attelé aussitôt à une petite mise à jour - bientôt disponible sur ce blogue.