Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • No future!

    medium_byhanging.gif


    « L'Amérique tout entière est un asile d'aliénés. » (E. Pound)

  • Encore des petites phrases

    Les petites phrases de la semaine :

    • Deux chalands quadragénaires à la Fnac :
    - L'un : « Eh, t'as vu le titre de ce bouquin : Les femmes qui lisent sont dangereuses… Ah, ah ! »
    - L'autre : « Ah, ah, ouais… Mais regarde, il est écrit par une femme ! »

    • Une femme russe de la "jet set" : « Si tu te débarrasses de l'homme, tu te débarrasses du problème. »

    • Une chalande à la Fnac qui cause fort dans son téléphone transportable : « Ouais, là je suis au bureau en ce moment… (elle jette un regard autour d'elle) Enfin, c'est-à-dire que je suis à la Fnac en train de regarder un peu les bouquins, tu vois… »

    • Un pote qui a lu Céline à moitié, faute de temps, et un centième de Tocqueville, faute de temps aussi : « À chaque nouvelle élection, les Français font preuve exactement de la même bêtise qu'à la précédente. »

    • Un comique noir : « Ras-le-bol de tout cet humour blanc ! »

    • Alphonse Allais : « Pour la chasse aux lions : vous achetez un tamis et vous allez dans le désert. Là, vous passez tout le désert au tamis. Quand le sable est passé, il reste les lions. »

  • Salut les "copains" !

    Pierre Delanoë est décédé. Il paraît que ce monsieur était "chansonnier". Quoi qu'il en soit, sa mort ajoute une énigme de plus à la déjà longue liste des "Grandes énigmes du XXIe siècle". Après :
    • "Comment peut-on ne pas être élu quand on est socialiste ?" ;
    • "Comment peut-on être noir et serrer la main de Le Pen ?" ;
    • "Comment dire du mal de Chirac qu'on a élu avec 80 % des voix ?" ;
    • "Comment peut-on s'inviter chez les pauvres quand on est riche ?" ;
    • "Comment peut-on encore se cailler les miches alors que les pôles fondent à plein tube ?", voici maintenant la dernière : "COMMENT PEUT-ON ÊTRE RÉAC ET AVOIR DU TALENT ?"

    Selon son interprète Georges Moustaki, Pierre Delanoë n'était pas "réac" mais plutôt "gâteux". Selon moi, si Moustaki était "métèque" autrefois, tout indique qu'il est désormais complètement "affranchi".

  • Parti des SDF

    On s'était tous réunis au Chat-qui-pisse-de-travers, rue Oberkampf, autour de Julien. C'est ce cadre ô combien non-conformiste qui avait été retenu pour présenter le programme du nouveau "Parti socialiste de figuration", autrement dit le "Parti SdF", à la presse.

    Après quelques picon-bières dégueulasses, Julien se racla la gorge bruyamment car le journaliste de "Libé", Laurent Temouillepas, du service politique, était visiblement ailleurs… sans doute préoccupé par la revente du quotidien au groupe Lagarde & Publicains ? Si Arnault Ledur-Delabranche, son PDG, était connu pour être incapable de la moindre opinion politique ou religieuse, ce qui faisait bien les affaires de Temouillepas, en revanche il s'était taillé la réputation de n'accorder à ses cadres que des augmentations de salaire très parcimonieuses…

    Le programme du "Parti SdF" pouvait se résumer à ce slogan : "Quelques jours de bohême dans une vie bourgeoise". Concrètement il s'agissait d'aller camper entre des SDF et de partager leur existence d'exclus pendant quelques nuits - de vrais SDF bien entendu, hors de question de payer des figurants et de retomber dans les vieux travers d'autrefois.

    « D'une, argumenta Julien, les Français raffolent du camping ! Deuxio, j'ai choisi l'emplacement du canal St-Martin : en cette saison, lorsque le soleil s'éteint sur les reflets d'inox du canal, on dirait une aquarelle d'Henri Harpignies… ou d'Utrillo si vous préférez ; tertio, nous respecterons la "trêve des confiseurs" pour que tout le monde puisse passer les fêtes de fin d'année en couple… » (La dialectique marxiste avait donné le goût à Julien des plans en trois points.)

    C'est alors que la voix suraiguë et éraillée d'un mauvais esprit s'éleva dans l'assemblée, près du bar, suggérant qu'on devrait peut-être inverser la tendance et abandonner complètement la vie bourgeoise pour opter pour la vie de bohême !
    Malgré la discipline républicaine qui règne généralement chez les socialistes, cette "sortie" prouvait qu'il y avait de la marge : des citoyens qui buvaient et qui fumaient encore au sein des "forces de Progrès"…
    Sans l'avoir formellement identifiée, Julien aurait pu jurer que c'était cette chieuse de Julie Vallès, l'arrière-arrière petite-fille de l'écrivain, qui venait de lui couper la parole. Qu'importe, il avait même prévu ce coup-là et il reprit le fil de son raisonnement :
    « Non, en faire plus pour les SDF pourrait effrayer nos électeurs. Ça ressemblerait à une révolution, une révolution avec un grand "r". Nous devons leur prouver au contraire que le parti est capable de gouverner ! La révolution, oui, naturellement, mais le pouvoir d'abord, pour faire cette révolution ensuite, voilà l'idée moderne ! En outre, nous ne devons en aucun cas nous prêter à des actions qui pourraient ressembler à de la charité ou à des soupes populaires… Nous sommes des progressistes, oui ou merde ?! Ou des vieilles bigotes ? »
    C'était dit sans trop de convictions, bien sûr, mais il s'agissait juste de faire taire cette conne de Julie… pour le reste, on était entre copains.

    Pour conclure cette soirée, Julien qui avait hésité entre entonner L'Internationale ou Le Temps des cerises opta finalement pour Le Temps des cerises.

    Deux heures plus tard il quittait le chauffeur de taxi (un G7, par superstition) qui l'avait raccompagné devant son domicile situé un peu plus dans le centre, en lui laissant une pièce de deux euros. Il était de bonne humeur. Il sentait qu'il tenait enfin sa revanche. Son physique un peu ingrat avait toujours privé Julien d'une victoire dans un scrutin majeur. Mais là, on ne pourrait faire moins que lui accorder un gros ministère dans le prochain gouvernement d'union de la gauche, si tout se passait bien. Et vu la bande de bras cassés, pas un pour rattraper l'autre, qui défendait le candidat d'en face, sûr que ça allait bien se passer !

  • Conte de Noël

    Il n’est certes pas permis à tout le monde, par les temps qui courent, de jouir le soir même de Noël de la quiétude et de la solitude propices au recueillement. Mon propre degré d’exclusion sociale n’est pas tel, hélas, que j’ai pu avant-hier, 24 décembre, me dispenser des agapes obligatoires du réveillon : une invitation de dernière minute…

    J’en suis donc à l’apéritif, servi après la messe de Minuit vers dix heures, à dissimuler mon dépit de n’être pas au plumard avec un bon bouquin dans un verre de porto médiocre. Comme la conversation tourne autour du sermon du curé, lui-même assez vague, je songe à l’astuce de mon pote Émeric qui consiste à planquer un roman policier dans les chiottes de son hôte dès son arrivée, sous le prétexte d’une envie pressante ; plus tard dans la soirée, sous le même prétexte déjà utilisé plus tôt mais que personne ne songe sérieusement à discuter, mon pote rejoint son bouquin dans les lieux d’aisance et n’en ressort plus guère avant les adieux traditionnels. Que n’ai-je l’audace d’Émeric dans la muflerie au lieu de n’être qu’un petit goujat sans envergure !

    Je suis placé à table à côté d’une jeune personne que je découvre pour la première fois. Il m’est arrivé ainsi de parvenir à tromper l’ennui dans un dîner pendant deux heures d’affilé rien qu’en contemplant le profil d’une femme bien pourvue sous cet angle, assise à quelques mètres de moi, à mille lieux de se savoir ainsi épiée…
    Mais mon voisin n’est pas si bien fait que je consacre plus de cinq minutes à son examen. Celui-ci a vingt-trois ans depuis trois jours et poursuit des études poussées dans le domaine des sciences exactes, et, tandis qu’il avoue sans qu’on le force trop ses brillantes capacités intellectuelles et ses solides diplômes, je me frotte les mains intérieurement. Après les philosophes, les scientifiques sont en effet les gens les plus involontairement comiques que je connaisse !

    Petit à petit je pousse Alain, c’est ainsi que se prénomme mon jeune voisin, à s’aventurer en dehors des généralités, seul terrain sur lequel les "hommes de sciences" sont à l’aise hormis celui des nombres comportant une virgule :
    « - Fort bien, fort bien, mais ça ne nous dit pas quel plaisir particulier vous tirez de l’observation de ces minuscules particules ? À la longue ne risquez-vous pas de trouver tout ce bazar bien futile ?
    "Futile", Dieu sait que les scientifiques ne peuvent pas blairer cet adjectif et qu’il les fait sursauter. J’ai visé juste vu la tête d’Alain…
    - Hein ? futile ? ça m’étonnerait… Je peux même dire que c’est ça justement, oui, c’est ça qui me me motive le plus, de savoir que je participe au progrès de la science, depuis que je suis tout petit ça m’a toujours…
    - Au PROGRÈS de la science ? Mais la science est en plein RECUL au contraire, Alain, depuis cent-quarante et un ans au moins !
    - En plein recul !?
    - Eh bien oui : tous les progrès formidables accomplis dans un premier temps par les scientifiques ne les ont amenés qu’à mieux apprécier la distance qui leur reste à parcourir jusqu’à la connaissance complète de l’Univers en définitive. Toutes les énigmes qui paraissaient jusque-là à peine plus compliquées qu’un problème de sudoku aux “chercheurs” : le cerveau humain, la vie extra-terrestre, l’usure des tissus et des organes, l'origine de l'homme, toutes ces énigmes sont désormais comme des trous noirs encore plus insondables… Et, si elle s’éloigne de son but, je vous mets au défi de nier que la science ne recule pas, mon jeune ami ! »


    Je ne jetai pas mon défi à la légère tant les lacunes des scientifiques d'aujourd'hui dans le domaine de la rhétorique sont grandes.
    On peut trouver peu "charitable" ma façon d’abuser de la crédulité d’autrui, particulièrement le soir de Noël… Une petite explication psychologique s'impose, je crois : mes études à moi, le moins qu'on puisse dire est qu'elles ne furent pas très brillantes. Aurais-je eu ne serait-ce que le baccalauréat si je n'avais pas flagorné certains de mes examinateurs, brossé leurs idées dans le sens du poil ? C'est peu vraisemblable. De là à dire que je me venge de mon échec scolaire sur les têtes pensantes lorsqu'il en passe une à ma portée, en profitant de l'effet de surprise, il n'y a qu'un pas que je dois franchir, pour être honnête.
    Mais après tout la Nativité n'est-elle pas aussi la revanche des humbles sur les puissants, des bergers sur les Rois mages ?

  • Pourquoi pas ?

    Après tout pourquoi les enfants ne croiraient-ils pas au Père Noël ?... Il y a bien des adultes qui croient en Nicolas Sarkozy.

  • Shocking!

    Pris dans l'empressement des Parisiens à célébrer avec tout le faste démocratique le fameux "solstice d'hiver", je me surprends à souhaiter un réchauffement vraiment significatif et brutal de la planète.

  • Le lit du capitalisme

    medium_finkielkraut.gif

    En réalité, quand on est vraiment marxiste, honnêtement on ne peut pas se permettre de dissocier l'idéal démocratique du capitalisme bourgeois.
    Un minimum d'esprit scientifique suffit pour faire le constat que les idées démocratiques ont fait le lit du capitalisme. Pour être plus marxiste, donc plus précis, il faut que je tourne ma phrase à l'envers, car c'est le capitalisme bourgeois qui a fait le lit de l'idéologie démocratique.

    Démocratie et capitalisme coïncident harmonieusement pour la plus grande fortune des capitaines d'industrie. Les États-Unis d'Amérique sont l'exemple contemporain le plus flagrant d'avènement de la société marchande en même temps que des fameux slogans d'égalité, de liberté, de suffrage universel, de droit international, de paix universelle, etc.
    De nombreux autres exemples, capitalistes ou non, permettent d'ailleurs de vérifier que plus un pays bafoue la liberté, l'égalité, le droit de vote, la justice, plus ses représentants truffent leurs discours de ces slogans.
    Sur un autre plan, le protectionnisme étatsunien, le plus puissant du monde, aime à se parer du joli nom de "libre-échangisme". Et la France, ou l'Europe, qui n'est pas si protectionniste que ça, abhorre cette idée-là.
    Les intellectuels anglo-saxons au service des marchands ont forgé un autre joli nom, le "libéralisme", à l'usage de leurs maîtres. En quelque sorte l'expression de libéralisme englobe le système ET l'idéologie, en insistant surtout sur l'emballage. Mais parler d'une forme évoluée, globale, de mercantilisme, est plus exact.

    Si Voltaire revenait, il serait sans doute horrifié par les effets du libéralisme anglais qu'il admirait tant mais dont il ne pouvait estimer toutes les conséquences, sur les arts et les lettres. La peinture, la poésie, la musique, qui en son temps étaient encore au sommet de l'activité humaine, au-dessus de l'artisanat, ont été reléguées au rang de vulgaires artifices, quasi des arguments commerciaux.
    Quel usage des individus transformés en consommateurs pourraient bien faire d'une conscience ? À quoi bon enseigner à un futur vendeur de téléphone portable le latin ou le grec ?

    Et quel déficit de la pensée chez Finkielkraut lorsqu'on le compare à Diderot ! Derrière les jeux de mots de Diderot, on sent un esprit subtil, critique, facétieux. Tandis que chez Finkielkraut, rien, aucun recul, juste un vague cercle d'idées, accompagné d'un vague geste circulaire de la main, même pas une rhétorique stable ! Il est ce qu'il dit, Finkielkraut, il se confond complètement avec sa subjectivité. J'aime citer Finkielkraut parce c'est l'exemple le plus caricatural que je connaisse, en attendant d'en trouver un autre. Même Christine Clerc, assise à côté de lui l'autre jour sur un plateau de télé ne pouvait s'empêcher de le trouver bête et d'avoir pitié. Même Christine Clerc !

    Si on veut bien se pencher sur Marx sans préjugés idéologiques, de droite ou de gauche, plus radicalement encore que Burke, on constate que Marx démonte les contes philosophiques dont on nous rebat les oreilles dans notre démocratie prématurément vieillie.
    Certains catholiques reprochent à Marx d'être athée. La belle affaire ! Encore un raisonnement très subjectif. Doit-on se préoccuper de savoir de quelle religion est le jardinier qui a planté l'arbre dont on prélève une poire pour se désaltérer ?

  • La vie dure

    medium_malthus.2.gif

    La sottise et le ridicule du personnage de Pascal Sevran ne doivent pas occulter que les idées malthusiennes qu’il exprime ne se sont jamais aussi bien portées en France. C’est en leur nom que des associations “humanitaires” sont allées dans le tiers-monde causer des catastrophes démographiques.
    Malthus ne se cache pas seulement derrière l’idéologie humanitaire, mais aussi derrière l’idéologie écologiste, qui suggère de venir en aide aux pandas et toutes sortes de quadrupèdes en voie de disparition, de préférence photogéniques, cependant que dans certaines régions du globe, la corne de l’Afrique en particulier, la sécheresse tue… des êtres humains.

    Il n’a pourtant pas fallu bien longtemps pour qu’on se rende compte que le malthusianisme n’avait que les apparences du bon sens, que ce n’était en réalité qu’une idiotie mathématique. Malthus (1766-1834) prévoit à la fin du XVIIIe que la population va doubler tous les vingt-cinq ans, tandis que les récoltes n’augmenteront pas dans les mêmes proportions, d’où, immanquablement, la famine à venir des plus démunis.
    L’oubli par Malthus de tout un tas de paramètres est frappant aujourd’hui, mais, à la décharge de Malthus, il ne disposait pas de données démographiques fiables ; on se contentait alors de supputer le nombre de Français, par exemple, et beaucoup se trompaient à des dizaines de millions près ; et, même si c’est “à l’envers”, Malthus a au moins le mérite d’être un des premiers économistes à souligner l’importance du facteur démographique.
    Tout ça pour dire que la comparaison avec Pascal Sevran n’est quand même pas très flatteuse pour Malthus.

    Quant aux préjugés racistes de Sevran, le fait qu’ils soient aussi vigoureusement dénoncés par les médias est assez cocasse, non ? sachant le rôle primordial de ces médias, la télévision en tête, dans la diffusion des préjugés de toutes sortes aux quatre coins de l'Hexagone.

  • La Madone du Planning

    medium_carolinefourest.gif

    Jusqu'à la voir, j'imaginais Caroline Fourest en bonne femme acariâtre, desséchée comme ses idées. Elle devait forcément être atteinte de frigidité.

    Quand je la vis pour la première fois, non pas en vrai mais à la télé, ce fut une révélation ! Tout d'un coup je compris pourquoi le microcosme médiatique bruissait du nom croustillant de Caroline Fourest. Car si cette gonzesse n'apporte rien de neuf aux vieilles idées malthusiennes et féministes cent fois récusées par la science mais sacrément coriaces - en revanche sa télégénie frappe d'emblée. Ainsi le secret de sa rhétorique était là !

    "La Madone du Planning", c'est pour faire un jeu de mot : en réalité la comparaison avec Jeanne d'Arc s'impose. Caroline Fourest s'habille en mec et on lit dans ses yeux clairs la détermination d'une nana affranchie. S'ils ne manquaient pas désespérément d'imagination, les fiers pédés de la "Gay pride" devraient la faire défiler en tête de leur carnaval, déguisée en Jeanne d'Arc, à califourchon sur une jument rose (ou verte). Elle serait parfaite dans le rôle.

    Pas question d'apparition divine pour Caroline, bien sûr, en revanche je me suis laissé dire que le diable lui est apparu une fois en songe : grand, blond, avec un œil de verre. De sa voix caverneuse, il faisait capoter les idéaux d'égalité des sexes et de fraternité au plumard ; comme dans les dessins de Cabu, il portait des bottes allemandes bien cirées et piétinait la liberté d'avorter, crrritch, avec une impavidité tout bonnement effrayante !
    Des diablotins portant qui des mitres, qui des képis, l'escortaient, agitant des sonnettes de curé, des crécelles, faisant un vacarme de tous les dieux monothéistes, à faire abjurer la saine laïcité à un instituteur de la FEN !!
    Et Caroline se réveillait, car elle ne croit pas aux apparitions, en nage : inquiète, à peine vêtue d'un blouson de cuir, prête à en découdre, elle se rendait sans plus attendre à l'Assemblée nationale pour l'avertir du danger et lui apporter son aide. Là Jean-Louis Debré lui remettait le "Prix du Livre politique" et la confortait dans son courageux combat à venir contre la calotte et le bandeau noir de Le Pen, le pirate de la politique française.

    Je suis convaincu que les petites fantassines des plannings de France doivent lui emboîter le pas, à Caroline, sans se poser de questions, avec une ferveur toute religieuse, et que leur combat est complètement fanatique et désintéressé.

  • Pour l'exemple

    Il paraît qu'il faut donner des exemples du rôle néfaste des journalistes et de leur impunité… La chappe médiatique est si épaisse que certains ne pigent même pas en quoi les médias ne font pas leur "devoir d'information", en quoi ce devoir ne sert qu'à couvrir des pratiques journalistiques calamiteuses. Pourquoi il est urgent d'encadrer cette corporation comme les autres, qui ne constitue pas un contre-pouvoir mais un véritable pouvoir autonome mû par ses propres intérêts économiques.

    C'est pas les exemples qui manquent. Il y en a des tout frais, de plus anciens, des révoltants, des politiques, des crapuleux. Évidemment, je laisse de côté les procès bidons pour "atteinte à la vie privée" ou à l'image intentés à Voici par des starlettes. Comment les magistrats peuvent-ils se prêter à une telle comédie ? Il est bien entendu beaucoup plus grave de la part de Jean-Luc Delarue d'exploiter la misère morale de madame tout-le-monde que d'exploiter les photos du cul de Depardieu - défendu par une escouade d'avocat ; quand la télé ne s'en prend pas carrément à des mineurs…

    • Commençons par l'affaire Clearstream, parce que les médias s'en servent justement pour orienter la rancœur de l'opinion publique vers les politiciens.
    Si on y regarde de plus près, avant d'être une affaire politique, l'affaire Clearstream est une affaire médiatique, en ce sens qu'elle repose sur un dysfonctionnement des médias. Il s'agit en effet au départ d'un règlement de compte entre industriels de l'armement. Comme cette affaire intéresse bien peu les médias, qu'elle n'est pas "vendeuse", un de ces industriels imagine d'impliquer des hommes politiques de premier plan en manipulant un journaliste, ce Tartuffe de Denis Robert. Celui-ci invoque bien sûr maintenant la "liberté d'information" pour justifier des pratiques d'investigation contestables ; auprès des gogos, ce slogan a beaucoup de succès. En réalité, pour un journaliste "d'investigation", je préfère dire "un fouille-merde", c'est plus descriptif, se faire manipuler est une faute professionnelle, comme pour un espion.
    Les dégâts politiques de cette affaire, un gouvernement a été déstabilisé, les médias en sont en grande partie responsables. Qui en est informé ?

    • L'affaire Grégory, l'affaire d'Outreaux, etc. : on ne compte plus les faits divers dont les instructions sont faussées par les prétendus "scoops" des médias, qui ne font qu'exciter la haine de la foule qui crie « À mort ! » lorsque les prévenus d'Outreaux gravissent les marches du Tribunal. Les médias n'ont pas inventé la bêtise humaine, mais ils ne font que la renforcer. Peu importe que les infos soient bidons, ce qui compte c'est de vendre de l'espace publicitaire, pour Le Monde comme pour "TF1".
    D'ailleurs dans ces affaires judiciaires, les journalistes participent directement aux "fuites", une autre manière de fausser le cours des procès et de faire pression sur les protagonistes.
    Pourquoi le procureur Montgolfier a-t-il autant de succès auprès des médias ? Parce qu'il justifie le système. Parce qu'il a su jusqu'ici se défendre, organiser des contre-fuites, rendre coup pour coup médiatique à Bernard Tapie, cette façon de rendre la justice ne serait pas malsaine ? Montgolfier en réalité est une exception. Ce qui tend à se généraliser, c'est le procès des petits juges par les médias. Là encore les journalistes échappent habilement à leurs responsabilités, en braquant les caméras à côté.

    • Même si elle est un peu ancienne, elle remonte au début des années cinquante, l'"affaire du faux Fechteler" est caractéristique, parce qu'elle éclabousse Le Monde, et que, comme on ne peut pas l'ignorer, les pantins de la télé, les Chazal, les Pujadas, les Drucker, les Ockrent, calquent leurs opinions sur celles du Monde, et pas seulement parce que pour la plupart d'entre eux ils sont incapables de formuler une opinion personnelle.
    Cette affaire a été révélée par Jean Madiran, un journaliste indépendant que Le Monde a tenté de faire taire par des procès parce qu'on savait qu'il était impossible de négocier avec, comme la direction du Monde est parvenu à le faire avec Pierre Péan après la publication de son enquête dérangeante sur "le quotidien de référence".

    Les faits sont simples : Le Monde, manipulé par le KGB, a publié en 1952 un faux rapport de l'amiral yanki Fechteler, rapport indiquant qu'en cas d'attaque de l'Europe de l'Ouest par les Soviétiques, les Yankis resteraient "les bras croisés". De quoi faire frémir l'opinion publique à l'Ouest. Jusqu'ici on peut croire qu'il s'agit d'une erreur. Ça n'en est plus une à partir du moment où, la manipulation reconnue par la direction du Monde, celle-ci n'a pas rectifiée dans ses colonnes son "erreur" ! Ce faisant, Le Monde a dévoilé sa malhonnêteté, et probablement la raison pour laquelle on s'était empressé de publier une info de cette importance sans la vérifier.

    Dans la même veine, plus récemment, l'affaire du naufrage du sous-marin nucléaire russe Koursk révèle le peu d'empressement des médias à informer l'opinion publique, à courir après la vérité comme ils prétendent afin de passer pour des héros des temps modernes. Les journalistes spécialisés dans les affaires internationales ont su assez vite que le naufrage du Koursk avait été maquillé en accident par les autorités russes et étasuniennes ; la télé n'a raconté la collision avec un navire de guerre yanki qu'une fois l'affaire oubliée par l'opinion publique internationale. Ce que ça prouve ? Tout simplement qu'une crise politique et militaire peut avoir lieu entre les deux premières puissances mondiales sans que l'opinion en soit informée, qu'on prend les téléspectateurs pour des cons.
    Lorsque les bobos de gauche s'offusquent de la gaffe de Patrick Le Lay décrivant en privé le but poursuivi par sa chaîne de télé, ils prennent aussi les gens pour des cons. Tout les médias fonctionnent de cette façon, de Télérama à TF1 en passant par Le Monde.


    (À SUIVRE…)

  • Que fait la police ?

    Les propos du Dr de Mondenard à la radio ou à la télé sont toujours précédés d'un blanc. C'est le silence que fait le journaliste de la station ou de la chaîne, inquiet devant le bon sens et la vérité qui vont jaillir de la bouche de ce fanatique de Mondenard.

    Celui-ci démontre inlassablement dans le vide depuis des années que la lutte contre le dopage est une vaste plaisanterie, que Marie-Georges Buffet, Jean-François Lamour et L'Équipe, bien sûr, se paient la tête de leurs clientèles respectives. Mondenard balance froidement que Zidane se dope comme tous ses confrères, même que c'est Johnny Halliday qui l'a dit, ce vieux gaffeur. Les cyclistes sont que des lampistes.

    Il faut bien comprendre que les journalistes se contrefichent de la réaction de leurs auditeurs devant ces révélations. C'est pas ça qui les inquiète, non, ils savent que les Français sont comme eux, le plus souvent ils se foutent pas mal du dopage. Quoi qu'il arrive, les prolos continueront d'applaudir les buts et les coups de tête arrêtés de Zidane, et les bobos continueront de les imiter en se récriant devant le "style" de Zizou, qu'ils aiment eux aussi parce qu'ils ne sont pas racistes et qu'ils ont les mêmes goûts simples que leur concierge.
    Non, le risque c'est de mécontenter les sponsors en disant pis que pendre du foot, pas seulement les sponsors du foot, bien sûr, mais aussi ceux de France 2 ou Europe 1.

    Il ne s'agit que de dopage. Si Mondenard s'occupait de sujets plus politiques, l'éducation, les prisons, le vieillissement de la population européenne… comment les journalistes réagiraient devant la vérité et le bon sens ? Eh bien je crois que la réponse est simple, dans ce cas le bon sens et la vérité ne sont pas invités à s'exprimer (À la place de Mondenard, d'ailleurs, je me demanderais dans quelle mesure je ne sers pas de couverture aux baveux : « Mais si, mais si, nous sommes capables d'inviter quelqu'un qui tient des propos incorrects, la preuve, le Dr de Mondenard ! »)

    Le bon sens de Mondenard, c'est de dire : la lutte contre le dopage qui ruine la santé des sportifs mais remplit la caisse de Danone ou de Peugeot ne peut pas être efficace car elle est conduite par les fédérations sportives elles-mêmes.
    C'est exactement la même histoire pour les journalistes. Comment instruire le procès de leurs bidonnages, de leurs erreurs, de leurs mensonges, de leur cynisme, de leur collusion avec le pouvoir politique et économique, de leur irresponsabilité ? Les médias font la pluie et le beau temps ! En période de crise, alors que leur rôle dans cette crise est déterminant - plus de la moitié de son temps le ministre de l'Intérieur le passe à faire la marionnette devant les caméras -, les médias pointent du doigt la responsabilité des politiciens.

  • La cuisine marxiste authentique

    medium_arabecouche.gif

    « Hé, C'est pour un tajine marocain ou algérien ? »

    Mon teint pâlichon me vaut cette vanne du boucher qui découpe mon épaule à la scie électrique. Il y a de la barbaque partout, des tas d'un mètre de haut bien serrés.
    En fait c'est pour un tajine franchouillard, puisque j'ai décidé d'essayer avec des topinambours, un légume sensass que les hasards de la guerre nous ont permis de rédécouvrir en France, avec une consistance de navet et un goût d'artichaut.

    Je commence par faire dorer les morceaux de chèvre dans de l'huile d'olive et du beurre. Ma recette c'est pour huit personnes. Un kilo de chèvre environ. Puisque mon tajine est franchouillard - ou cosmopolite, comme on veut -, une grosse casserole peut très bien faire l'affaire, à condition qu'elle ait un fond épais.

    Comme c'est à feu vif au début, faut faire gaffe à pas brûler le beurre et les trois oignons qu'on ajoute grossièrement découpés. Les légumes doivent être déjà prêts. Quand la chèvre est saisie de tous les côtés - tiens, je pourrais appeler ça la "Tajine du légionnaire" encore -, on ajoute les carottes en rondelles, une livre, les topinambours en gros morceaux, une livre aussi. En plus deux bananes. Pas des bananes de pédé, des grosses bananes bien dures à la peau noire, du Ghana par exemple, qui résistent à la cuisson. Trois ou quatre poignées de raisins de Corinthe. On sale, on rajoute deux ou trois clous de girofle, un ou deux grains de poivre noir, des graines de coriandre, du gingembre… On mêle tout le bazard ensuite jusqu'à ce que ça reluise, quatre ou cinq minutes, on jette un petit verre de rouge pour la coloration, pschhht, et puis on recouvre de flotte à ras de la chèvre.

    Laissez mijoter à tous petits bouillons pendant une heure, une heure et demie, suivant la force de votre feu. Ah, j'allais oublier, deux cubes de bouillon de poule dans la flotte, à moins que vous n'ayez une vieille carcasse qui reste dans votre frigo ou sur votre balcon (Par ce temps, un frigo ne sert à rien).

    La fine graine de couscous, faut la faire avec la sauce du tajine, ça va sans dire.

    Pour le pinard, je conseille un Château Millegrand 2004 (Minervois), à faire rougir certains Bordelais - pour son arôme de pruneaux qui se marie bien avec la chèvre.

    Si c'est pas de la cuisine marxiste authentique, ça ! À vue de nez, étant donné le prix de la chèvre en Afrique, y'en a pour moins de cinq euros par personne, pinard compris. Le reste de la semaine, on se nourrira sainement de soupe de poireau avec des tranches de lard, de sardines ou de maquereaux grillés.

    Il faut dénoncer l'imposture des soi-disant communistes dans le genre d'Olivier Besancenot. Sous couvert de la défense des travailleurs opprimés, ils réclament en fait des augmentations de salaires. Non seulement la classe ouvrière française n'est pas dans le besoin, le luxe d'un tajine aux topinambours est à la portée de tout le monde, mais les augmentations de salaires ne font qu'augmenter sa dépendance vis-à-vis du grand capital, que transformer encore plus les ouvriers et les employés en consommateurs de gadgets inutiles. Les communistes devraient plutôt nous parler des travailleurs chinois, réellement pressés comme des citrons, eux.

    La misère en France, elle est morale. Mais comment espérer de Besancenot, mû par l'envie, qui jalouse le pognon des bourgeois à qui il distribue le courrier à Neuilly, comment espérer d'un type comme ça qu'il s'élève jusqu'à émettre des jugements moraux ?

  • Le goût démocratique

    medium_rubens.2.gif

    Je suis dégoûté. En finale de l'élection de Miss France 2007, il y avait cinq brunes… Cinq sur cinq ! Pourtant, d'Artois, de Flandre, du Dauphiné, il y avait de jolies blondes. Et toutes ces brunes étaient décharnées, de véritables épouvantails à bites.

    Je vois qu'une explication : ça doit être surtout des gonzesses qui participent au vote. Les mecs doivent pas oser, ça foutrait trop le bordel dans leur couple. Et une gonzesse vote pour celle qui lui ressemble le plus, ou pour celle à qui elle aurait aimé ressembler. D'où cette sélection de physiques de cadres entremetteuses chez Total ou à la concession Peugeot de Bormes-les-Mimosas.

    Sinon je me demande si Madame de Fontenay est toujours une fervente supportrice d'Arlette Laguiller, dont elle manquait rarement de faire l'éloge naguère (au plan moral) ? Cette idée d'"Internationale des coincées du cul" était pourtant très très prometteuse.

  • Le goût des femmes virtuelles

    medium_mathemperesse.gif

    Transport en commun forcé avec une jeune Eurasienne ce matin. Ça pousse et ça tremble de toute part et la pucelle ne peut faire autrement que de se caler au creux de mon épaule.

    À mon hommage discret à sa beauté, ses yeux vitraux, ses lèvres rouge vif, ses chevilles graciles et arquées, elle répond poliment par un sourire à peine perceptible, rosit sous son métissage original. Ah, le charme spécial des étrangères ! Quoi qu'elles fassent, quoi qu'elles pensent, quoi qu'elles disent, d'où qu'elles viennent, sauf d'Amsterdam, bien entendu, un peu du nécessaire mystère subsiste. Pareil pour les femmes virtuelles. Et les filles ordinaires, françaises et abonnées à Marie-Claire, ne font pas le poids.
    Surtout ne pas communiquer avec elle verbalement. Tout doit passer par le regard pour que l'illusion de l'amour dure. Tout s'achève à "La Motte-Piquet". C'était bon…

    « S'ajoute une force plus ténébreuse. Pour les guerriers de ce temps, bardés de fer et de cuir et qui vivaient entre eux, les femmes qu'ils croisaient étaient des êtres étranges. Ils les supposaient reliées par de sensibles attaches aux puissances invisibles, capables d'attirer le mal - pour cela ils les redoutaient -, mais aussi le bien - pour cela ils les vénéraient. Ils attribuaient en effet au féminin un pouvoir secret, très précieux, le pouvoir d'intercéder en leur faveur auprès du Père, du juge. (…) »

    Curieux mélange de science historique marxiste et de simplicité médiévale, le style de Duby. Dames du XIIe siècle… Je me dis que je devrais lire ça dans le métro, dans un souci de provocation permanente.

  • Marxiste et chrétienne

    medium_weil.gif

    Vous ne m'en voudrez pas de vous avoir fait attendre, Henri, j'espère.

    Le premier exemple que je veux développer un peu, autant qu'il est possible ici, quitte à en recauser autour d'un verre de votre Montlouis, c'est celui de Simone Weil (1909-1943), la petite emmerdeuse juive qui se fit catholique en passant par Marx. Je vous entends d'ici, Henri, bougonner : « Ça vous ressemble pas, Lapinos, de vous fier à une gonzesse, z'avez bien changé… À moins que ça soit encore une de vos blagues en plusieurs épisodes ? »

    En réalité Simone Weil n'est pas vraiment une femme, Henri, mais peu importe sa biographie. Marx l'a persuadée que le mode de production capitaliste est une menace pour l'humanité entière, que derrière la transformation de l'objet utile en fétiche, aussi de la monnaie en fétiche, se prépare la transformation des rapports sociaux en choses, une forme évoluée de barbarie.

    Au contraire de Marx qui a tendance à oublier le rôle de l'État, Simone Weil propose pour sortir de la spirale du profit et échapper à la barbarie finale, une constitution de type monarchiste. Simone Weil substitue à la solution finale "par le bas", la lutte des classes de Marx, une solution finale "par le haut", la réforme institutionnelle de l'État.

    Il y a cet effort chez Simone Weil comme chez Marx pour "déphilosopher", toucher la réalité du doigt. Hélas Simone Weil demeure une idéaliste. Elle croit qu'on peut changer les choses avec une constitution… Fût-elle monarchiste, cette constitution, c'est-à-dire à l'opposé de la démocratie actuelle, du gouvernement alterné des partis financés par le grand capital, je crains que ça ne soit pas le bon bout par où révolutionner les choses. Les débats institutionnels sont stériles en eux-mêmes. On retombe dans Aristote, en quelque sorte.

    Mais, dans le détail des propositions de Simone Weil, il y en a une plus restreinte qui n'est pas purement théorique et pour laquelle il me paraît raisonnable de militer, Henri : c'est la possibilité pour le ministère public d'attaquer les journalistes en justice, de mettre fin à leur immunité, en réclamant bien entendu des dommages-intérêts conséquents, dès l'instant qu'ils portent atteinte à la vérité dans quelque domaine que ce soit, sciemment ou non. Les cas sont nombreux au cours des décennies passées, pour s'en tenir à la France, de mensonges par action ou par omission, d'erreurs, de bidonnages de la presse écrite ou audiovisuelle, qui ont entraîné des catastrophes à l'échelon individuel ou collectif parfois, sans que cette presse ait eu à assumer ses responsabilités.

    Simone Weil a raison, si le devoir d'information n'est pas sanctionné par la loi, il n'existe pas, c'est une vaste supercherie.

    Pas de risque que je porte un tee-shirt à l'effigie de ce minable Che Guevara, Henri, ni du dictateur Chavez.

  • A conversation piece

    Un ami qui lit mon blogue de temps en temps m’écrit : « Je ne comprends pas bien comment un catholique peut se dire marxiste. Vous passez complètement sous silence, Lapinos, l’athéisme de Marx, comme s’il n’était pas un athée convaincu (…). Pouvez-vous me donner quelques exemples de l’utilité d’être marxiste pour un catholique ? »

    Je vais vous répondre, Henri, parce que je sais que vous êtes de bonne foi et ne me cherchez pas querelle gratuitement. D’abord, une vanne : vous admirez Aristote, Maurras, Caravage, je crois me souvenir, Henri, et ces gens-là ne sont pas très catholiques non plus…

    Plus sérieusement, croyez bien que l’athéisme de Marx est secondaire. Marx épouse la thèse très subjective de Feuerbach selon laquelle Dieu n’est qu’une création intellectuelle de l’homme. C’est quand même curieux, Marx qui veut généralement aller au fond des choses, au contraire, qui a le souci de l’objectivité, Marx prend la thèse subjective de Feuerbach pour argent comptant, sans la discuter !? En réalité, Marx ne s’intéresse pas à l’existence de Dieu. Comme Feuerbach, qui met dans le même panier la théologie et la philosophie et balance tout ça aux orties.

    Suivez-moi bien, Henri, car c’est là que ça commence à devenir intéressant. Ce qui intéresse Marx, c’est une chose concrète, c’est la religion, le fait religieux (Ici je ne peux pas m’empêcher de vous faire remarquer que Bloy, ou Claudel, de leur côté non plus ne s’intéressent pas à cette question de l’existence de Dieu.)
    Marx ne dit pas : « Dieu est mort », ce qui est probablement une des phrases les plus stupides que l’on puisse prononcer, il dit plutôt, et c’est différent : « La religion est morte ». Or, pour ce qui est de l’Occident (Les États-Unis sont en dehors de l’Occident), Henri, on ne peut pas dire que ce soit complètement faux, la religion, si elle n’est pas morte, est bien lâche.
    Bien sûr, lorsque Marx fait de la religion une idéologie au service des capitalistes ("L'opium du peuple"), il exagère. Mais cette idée n’est pas complètement fausse. Henri, que les démocrates-chrétiens cherchent tout particulièrement à dissimuler cet aspect ne devrait pas vous avoir échappé !
    Évidemment, ce qui est étonnant, c’est que Marx-le révolutionnaire n’ait pas remarqué que Jésus aussi est un révolutionnaire. Je me permets de vous rappeler Matthieu 10, 34-36 : « Croyez-vous que je sois venu apporter la paix dans ce monde ? Non. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le poignard. Je suis venu diviser le fils et le père, la fille et la mère, la bru et la belle-mère. Et l’homme verra les siens se retourner contre lui. »

    Il y a cette idée porteuse d’espérance chez Marx, cette idée dont Shakespeare exploite les ressorts dramatiques et comiques, c’est que l’argent, le pouvoir et le sexe expliquent tout le branle humain. Porteuse d’espérance, cette idée, car elle signifie qu’en une génération on peut tout reconstruire.

    Mais je dois aller m’acheter des pommes, des bananes et du raisin pour manger avec le boudin que j’ai acheté hier. Vous devrez attendre demain pour les exemples, Henri.

  • Tirer le portrait

    medium_burke.gif

    D'avoir pu admirer en passant deux ou trois portraits magistraux du Titien et de Vélasquez dans le nouveau temple japonais de la Joconde, à une heure silencieuse, m'a fait changer d'avis. Tant pis pour Clarisse Strozzi, j'ai choisi plutôt le Grand Palais et les "portraits XVIIIe et XIXe". Une expo plus didactique, limite intello, mais les bobos devant les Titien au Luxembourg… leurs réflexions étranges et cocasses m'auraient déconcentré et auraient gâché ma joie à coup sûr – des perles pour les cochons du Marais ou de Saint-Germain-des-Près.

    Comme on sait, la fin du XVIIIe est une période de grand chambardement, la période où l'art aristocratique jette encore quelques flammes : David, Ingres, Géricault, et puis la nuit.

    « En vérité, écrit Gautier en 1837, il faut une grande puissance d'idéalisation pour parvenir à faire quelque chose de beau et de poétique au milieu de toute cette laideur et de toute cette pauvreté de forme où nous sommes arrivés. » Il en a de bonnes, Gautier ! C'est à pleurer… Nous autres, citoyens de la Ve, on tire la langue jusque par terre de soif, on a pas Delacroix, pas même Daumier, Guys ou Decamps, Chenavard, rien, on a plus qu'à lécher les murs du Louvre. Un Winterhalter surgirait aujourd'hui, on le prendrait pour un géant ! C'est dire si nous sommes nabots… Baudelaire n'aurait certes plus la candeur d'interpeller le bon sens du bourgeois…

    Dans cet ensemble hétéroclite de figures peintes ou sculptées, on peut faire le tri. On passe du pur-sang au baudet. Girodet peut-il aider le profane à piger pourquoi Goya est grand ? Encore une fois, il est permis d'en douter.
    Il y a d'autres angles de réflexion, les commissaires des musées en fourbissent quelques-uns dans leur gros catalogue. Guilhem Scherf est celui d'entre eux qui galvaude le moins l'intelligence de l'art avec des notices qui ne sacrifient pas à la mode du flou philosophique.

    L'avènement de la bourgeoisie, écrit Scherf, dont je traduis quand même le langage de fonctionnaire un peu guindé, explique cette prolifération de portraits d'inégale qualité. Les bourgeois se prennent pour des maîtres et voudraient tous être aussi immortels que les aristocrates qu'ils ont renversés. La demande augmente, il faut y répondre en proportion, mais cette proportion implique une baisse de la qualité.

    Par leurs idées bizarres aussi, les bourgeois font du tort au portrait. Ils n'hésitent pas à se faire portraiturer en couple, quand ce n'est pas carrément en famille, au milieu du salon ; surtout ils ont du mal à contenir leur sentimentalisme. Beaucoup de ces tableaux peuvent être regardés, au second degré, comme des tableaux comiques, tant certaines poses des nouveaux maîtres sont ridicules. La caque sent toujours le hareng. Est-ce Monsieur Bertin qui est immortel ou bien sa dégaine de patron de presse ?

    On débouche ensuite sur de petites controverses amusantes, qui n'ont pas grand-chose à voir avec la peinture, mais il est difficile d'empêcher les didacticiens de l'art, même les meilleurs, de spéculer. Par exemple : le modèle a-t-il quelque part dans la réussite d'un portrait ? En ce qui me concerne, j'ai l'intime conviction que l'abstraction, ou l'idéalisation si on préfère, a des limites. Une intime conviction fondée sur des évidences.
    Ou encore ce point d'interrogation : la ressemblance avec le modèle est-elle importante ?
    Ce sont des questions qui feraient sourire un peintre s'il n'était agacé de voir qu'elles ont relégué la peinture au second plan. Elle ne fait plus partie de la vie, ce n'est plus qu'une toile de fond.

  • Enfoiré de cassoulet

    medium_cassouletmarly.jpg

    Merde, c'est pas la première fois que je me fais avoir avec ces lingots secs ! Ils sont destinés à être cuits dans un autocuiseur. J'ai pas d'autocuiseur. L'autocuisson ça vaut rien, c'est bon pour les mégères.

    Résultat, alors que j'ai allumé à neuf heures, à onze heures les haricots croquent encore sous la dent. Mon cassoulet sera pas prêt avant trois heures de l'après-midi ! et tout l'escalier parfumé avec. Bien obligé d'improviser une omelette… Des champignons, un reste de crème de lentilles au frigo, je prélève quelques bouts de lard dans mon cassoulet, sans oublier une échalotte, ça devrait aller.

    Dommage, quand il est moelleux comme il faut, mon cassoulet est du tonnerre, et j'aime bien que mes convives soient transformés en petits volcans péteurs les deux jours qui suivent, surtout les plus coincés.

    Je reçois de moins en moins. Je ne supporte pas cette sorte de manie démocratique qu'ont les gens, de plus en plus, de ne pas aimer certains plats et de se permettre de l'afficher devant leur hôte au moment de passer à table. J'ai le souvenir cuisant d'une amie, Gaëlle, qui osa faire la fine bouche devant une de mes spécialités à base de tripes et réclamer un "bout de fromage" à la place. Nom de Dieu, je l'aurais éviscérée ! Et pas moyen de récriminer contre son éducation déplorable, c'était la fille d'une sorte de héros, un plongeur-démineur mort quand elle avait que deux ans.

    Jadis, j'avais même dressé une sorte de mémento, affiché dans la cuisine :
    - Tanguy est allergique à la choucroute.
    - Henri n'aime pas les moules au safran.
    - Marie digère mal la lotte (?) (Encore une qui s'est foutu de ma gueule.)
    Mais j'ai vite déchiré cette liste ridicule.

    Peux pas trop lâcher cet enfoiré de cassoulet qui mijote très sensuellement mais trop doucement, et j'aime pas beaucoup lire dans la cuisine, alors j'allume la radio. Je tombe sur Valérie-Anne Giscard-d'Estaing, qui fait justement la promo de son dernier bouquin de cuisine. Quand elle se met à détailler une recette de boulettes de foie gras enrobées de chapelure de pain d'épice passé au grille-pain, je me dis que cette citoyenne-là est à la cuisine ce que son père fut à la politique, le roi du gadget.

  • La macédoine de Lapinos

    Modernité

    "Nostalgie, piège à cons…" L.-F. Céline

    "Pour lire de bons livres, la condition préalable est de ne pas perdre son temps à en lire de mauvais, car la vie est courte." A. Schopenhauer

    "Ne sait-on pas que la morale est pour les prêtres ce que l'hygiène est pour les médecins ?" Rivarol

    "Peu importe l'éléphant pourvu qu'on ait l'ivoire." Lapinos

    Écriture

    "Le style n'est rien, mais rien n'est sans le style." Rivarol

    "Le style, c'est le sacrifice." Lapinos

    "La peur est la plus terrible des passions parce qu'elle fait ses premiers effets contre la raison ; elle paralyse le cœur et l'esprit." Rivarol

    Célinisme

    "Et merrda pour les monopolistes, c'te bande de bâtards." E. Pound

    "La grammaire est l'art de lever les difficultés d'une langue ; mais il ne faut pas que le levier soit plus lourd que le fardeau." Rivarol

    "Quand vous dites quelque chose, si vous ne le dites pas d’une façon qui irrite, vous pourriez aussi bien vous taire." B. Shaw

    "Lorsqu'on veut empêcher les horreurs d'une révolution, il faut la vouloir et la faire soi-même." Rivarol

    "L’humilité n’est pas une vertu propice à l’artiste. Bien souvent c’est l’orgueil, l’esprit de compétition, la cupidité, la méchanceté - toutes les qualités odieuses - qui poussent un homme à poursuivre, élaborer, raffiner, détruire, recommencer son ouvrage jusqu’à ce qu’il en ait fait quelque chose qui satisfasse sa vanité, son envie et sa rapacité. Et ce faisant, il enrichit le monde plus que ne peut le faire un homme bon et généreux - bien qu’il risque de perdre son âme en cours de route." E. Waugh

    Philosophie

    "Il y aura toujours deux mondes soumis aux spéculations des philosophes : celui de leur imagination, où tout est vraisemblable et rien n'est vrai, et celui de la nature où tout est vrai sans que rien paraisse vraisemblable." Rivarol

    "Quand un homme cesse de croire en Dieu, ce n’est pas pour croire à rien mais pour croire à n’importe quoi." J.K. Chesterton

    "Humain, en effet, est l'être qui peut fermer la porte derrière lui." A. Finkielkraut

    Démocratie

    "Aucun des prétendus droits de l'homme ne s'étend au-delà de l'homme égoïste." K. Marx

    "Un vieil exemple de décision démocratique : la décision de grâcier Barrabas." S. Weil