mardi, 08 avril 2008

Crever la bulle

Je feuillette un petit ouvrage théorique sur le jansénisme. Contresens complet de l’auteur qui prétend que le jansénisme s’éteint au XIXe siècle alors qu’il triomphe pour la première fois sur le parti adverse. La France cesse d’être catholique peu à peu dès lors, jusqu’à en arriver à ce pays de démocrates-crétins sarkozystes aujourd’hui, qui lisent Proust, Heidegger ou Nitche et osent par-dessus le marché se dire “Français”, ces foutus bâtards apatrides ! Tariq Ramadan est plus Français qu’eux qui préfère Voltaire. Et Nabe-Zanini est un des derniers Français, alors qu’il est Italien !

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C’est un tel triomphe des idées jansénistes au XIXe siècle qu’il n’est plus besoin de parti janséniste pour les défendre. Lorsqu’on étudie l’essence du jansénisme, ou l’essence du christianisme, ou l’essence de la religion laïque, on n’a qu’une vue partielle de ces phénomènes religieux.
Qui oserait prétendre qu’en se rangeant du côté d’Horkheimer, d’Adorno, de l’idéalisme allemand, et même de saint Augustin, Benoît XVI va à contrecourant des idées mondaines ? Les derniers séminaristes en France étudient Kant et Heidegger, Pascal, non pas Joseph de Maistre ou Francis Bacon, Claudel.

Lucien Jerphagnon raconte qu’en inaugurant son cours sur saint Augustin dans les années soixante, dans une faculté fréquentée par de nombreux “marxistes”, il s’attendait à des réactions hostiles. Jerphagnon a raison, un marxiste a en théorie autant de raisons de s’opposer à saint Augustin qu’un catholique orthodoxe au jansénisme ou au calvinisme (Tandis que Marx, en revanche, n’hésite pas à rendre un hommage discret à un théologien comme Duns Scot - attaqué par Benoît XVI au contraire -, ou à inviter Lamennais, traducteur de L’Imitation de Jésus-Christ, à collaborer aux Annales franco-allemandes.)
Il n’y eût pas de réaction marxiste au cours de Jerphagnon. Y a-t-il eu jamais réellement des communistes en France ? Très peu, des communistes “instinctifs” comme Picasso ; ou des communistes “pascaliens” comme Mitterrand ou Drieu La Rochelle, c’est-à-dire des mutants.
La totale indécision de la France en 1940, signalée par Drieu, s’explique en partie de cette façon. Un côté penche pour les Russes, l’autre pour l’Allemagne.
On en est resté là d’une certaine façon. La faille entre les deux plaques tectoniques idéologiques traverse la France, ce qui explique son “immobilisme” ou sa “résistance”, suivant le côté où on se place. La faille traverse parfois le Français lui-même. Cette faille on la retrouve chez Drieu et Mitterrand, Français “exemplaires”.
Aujourd’hui il y a Nabe, d’une part (plus anti-américain que les communistes ou que Le Pen), et BHL à l’opposé (dont la furia pro-américaine ne va pas, hélas, jusqu’à le pousser à émigrer à New York), mais la grande majorité des Français est partagée.

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L’hérésie du parti communiste français, c’est d’avoir rapproché Marx de l’athéologie de Feuerbach. Contre la vérité, cette vérité que dès les premières lignes des thèses sur Feuerbach (Ad Feuerbach), Marx et Engels caractérisent l’hérésie de ce théologien allemand nénamoins CRUCIAL, et condamnent son matérialisme.
Feuerbach est d’ailleurs “Ionien”, il le dit lui-même ; ce qui le rapproche de saint Augustin. Tandis que je mets quiconque au défi de démontrer que Marx et Engels sont des penseurs “néo-païens”.

Le parti communiste français, en réalité, n’a fait que répéter cette erreur de l’Eglise catholique qui consiste à s’approprier Dieu, la Vérité, alors que pour Marx la Vérité est transcendante, objective, comme Dieu l’est pour un catholique, et non pas immanente. Pour un démocrate-chrétien comme pour un laïc athée, Dieu et la vérité sont “intérieurs”. Aussi sont-ils comme des bouddhas, remplis de certitudes indigestes.
La vérité, le démocrate-chrétien s’asseoit dessus.

mardi, 16 octobre 2007

Conversion avec Drieu

À force de voir BHL à la télé, aussi arrogant et sûr de lui qu’il est nul et borné sous son masque de démocrate éclairé, le parfait petit intello "collabo" en quelque sorte, qu’Ardisson ou Guillaume Durand ne risquent pas de déstabiliser, j’ai rêvé d’une conversation avec Drieu, l’antithèse de BHL. - Lapinos : Merci de m’accueillir dans votre garçonnière, Maître. Vu qu’il est très tard, je n’irai pas par quatre chemins avec vous. Laissons la littérature de côté, j’aimerais parler avec vous de religion et de politique, de Jésus et de Marx. - Drieu : Ça me fait drôle d’être appelé "Maître" ! Même mes maîtresses… - Lapinos : Excusez-moi, je connais mal vos romans ; lorsque j’ai fait votre connaissance, j’avais un peu passé l’âge de lire des romans. Dans votre Journal, j’ai relevé cette phrase… attendez, je sors mon calepin, voici : « Je rêve toujours d’écrire un parallèle entre saint Paul et Marx. Mais je ne suis pas assez savant. » Vous êtes irritant : vous donnez l’impression de toujours toucher du doigt la réalité sans jamais vouloir la saisir ! Qu’est-ce qui vous retient, bon sang ? Gombrowicz aussi a pigé la compatibilité profonde du marxisme avec le christianisme… - Drieu : Qui ça ? - Lapinos : Gombrowicz, un junker polonais. Mais il reste prisonnier de ses préjugés bourgeois, de tout le bric-à-brac existentialiste, cette philosophie décadente qu’il a ingurgitée. - Drieu : Tiens, c’est bien la première fois que j’entends dire qu’il peut sortir quelque chose de raisonnable de la Pologne… - Lapinos : Je n’ai pas tout à fait dit ça ! Cela dit Lech Walesa incarne une forme de révolution prolétarienne chrétienne. On peut le voir comme un précurseur de la révolution que j'espère comme vous. - Drieu : Lech quoi ? - Lapinos : Laissez tomber. Savez-vous qu’aujourd’hui il y a de soi-disant réactionnaires qui n’hésitent pas à invoquer ce crétin d’Ozanam, voire Tocqueville ? Incroyable, non ? - Drieu : Parfaitement logique au contraire, camarade. Ce sont des crétins qui ont appris à raisonner avec Maurras. Au lieu de prendre Maurras pour ce qu’il est : un orateur brillant, point à la ligne. Fascination de la foule pour les forts en gueule. Idem pour Jaurès, Daudet… - Lapinos : Vous vous êtes fait avoir vous-même avec votre pote Malraux. Quelle baudruche ce type ! - Drieu : Sans doute. L’amitié fait commettre des erreurs. C’est la plus violente des passions. Ainsi vous êtes catholique ? Il en reste ? - Lapinos : Oui, catholique de père en fils depuis une dizaine de générations au moins. - Drieu : Ah, ah, impressionnant ! - Lapinos : Ce que je veux dire, c’est que même mes ancêtres qui vécurent dans des régions soumises par les huguenots restèrent fidèles à l’unique, sainte et catholique Église romaine. Simple remarque d'ordre historique. - Drieu : Oui, c’est très net que le marxisme et le christianisme sont deux réalismes. Mais que faites-vous de cette objection : la réalité de Marx est une, c’est la matière, tandis que pour les chrétiens ce sont plusieurs réalités distinctes : le corps, mais aussi l’âme, Dieu… - Lapinos : Vous oubliez les anges, satan… pourtant vous avez lu Baudelaire ! Plutôt que le christianisme, ce sont les chrétiens qui sont divisés. Je vous garantis que, question hérésie, la doctrine de Marx a été servie elle aussi ! Les hérétiques sont même plus nombreux que les vrais marxistes. Vous assimilez le christianisme au protestantisme, Maître. Vous savez ce que vous êtes ? Un janséniste ! Nous n'avons pas le temps ce soir, mais un jour je vous prouverai que Marx commet la même erreur que vous, en empruntant un biais différent. - Drieu : Vous vous êtes un véritable inquisiteur ! J’aime ça. - Lapinos : Votre mélancolie vous pousse vers Pascal, c’est dommage. Pourtant, vous le pressentez, Pascal n’est pas catholique. Personnellement, je vais vous dire, je parie que Pascal est plus athée que Diderot. Vous comprenez bien aussi que la résurrection des corps annule votre subdivision entre l’âme et le corps, qui n’est qu’un artifice de théologien ou de poète. Baudelaire n'agite cette idée que pour secouer la racaille libérale, ces cochons immondes sans âme qui se vautrent dans la philosophie. Votre obsession de la politique, qui vous dérange, c’est votre bon côté, Pierre - vos rêves bouddhistes, le mauvais, le côté "La Rochelle". La preuve : les démocrates que nous haïssons tous les deux, parce qu’ils ont bradé la civilisation en échange d’un peu de confort, ces salauds hypocrites qui ne valent pas les nazis, désormais, ils rêvent tous de devenir des bonzes. - Drieu : Je devine la suite. Vous allez me dire que les grands théologiens catholiques modernes, ce sont Bloy, Péguy, Claudel… - Lapinos : Bien sûr. Vous voyez bien que Claudel, de sa grosse main de paysan, pousse Pascal sur le bas-côté du chemin, d’un air de dire : « Les fous à l’asile ! ». Quelle sagesse. Un antibonze. Les monastères sont faits pour les idéologues, pour qu’il s’y anéantissent en paix ; rien ne devrait pouvoir en sortir sauf des fromages, du vin et des pâtes de fruits, et encore. Rabelais, par exemple, était beaucoup trop raisonnable pour demeurer dans un monastère. Oui, Bloy, Péguy et Claudel sont les grands modernes. Allez faire comprendre ça à un pape allemand, même un Bavarois, ce n’est pas facile !

vendredi, 31 août 2007

Créationnisme (10)

Pas de Bloy, en dehors d’une anthologie qui non seulement “tronque” les textes, mais encore ne présente pas les meilleurs - une anthologie de Jésuites ? Bloy ne se déguste pas par petits tronçons de phrases comme les grands moralistes français, La Bruyère ou La Rochefoucauld. L’Âme de Napoléon, cité notamment dans cette anthologie, ça n’a pas très bien vieilli. Si un Allemand aujourd’hui osait écrire un bouquin sur “l’âme d’Hitler”, dans un sens positif, ce n’est pas maudit qu’il serait, mais carrément jeté en taule ! À la décharge de Bloy, il ignorait le détail et le volume des exactions atroces commises par les troupes françaises d’invasion et d’occupation dans les populations civiles européennes. Plus encore qu’Hitler ou que les révolutionnaires français, Napoléon a saigné son propre pays, irrémédiablement. Après Napoléon, c’en est fini de la France en tant que puissance politique, même si l’empire colonial a pu donner l’illusion du contraire. Lorsqu’on est Espagnol, on peut en vouloir à Napoléon en tant que chef de guerre criminel ; lorsqu’on est Français, c’est à Napoléon assassin de la France qu’on peut en vouloir. Avec Louis XVI, c’est un des personnages politiques les plus détestables de notre histoire moderne - pour un catholique français, s’entend.

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Je me rabats sur Claudel, dont la beauté - trop formelle ? - ne m’a pas encore touché jusque maintenant. J’acquiers pour trois fois rien un numéro spécial de la NRF de septembre 1955, en hommage à Claudel, décédé cette année-là. Ce numéro de la NRF, c’est un gag ! En fait d’hommage, c’est à qui des thuriféraires convoqués par Paulhan flinguera Claudel le mieux, à coups d’encensoir. Ça confirme la méfiance de Drieu, et les insultes de Céline : ce Paulhan est un sournois, un grand sournois. Cette méthode des tueurs à gages est imparable. Le plus doué de cette bande d’assassins post-mortem, c’est incontestablement Francis Ponge : « Et voici mon Claudel comme et où je l’entends : Comme et où je l’entends c’est entre clame et claudique Mais comme clame et claudique un de ces gros dolmens branlants. Non tout à fait pierre-qui-vire : pierre branlante. » Il n’y a pas très longtemps j’ai lu un petit livre neuf mais néanmoins instructif de Michel Mohrt, témoignage sur ses années de collaboration à la NRF. Il y souligne l’influence néfaste de Paulhan sur la littérature française, son goût pour le gadget littéraire, pompeusement baptisé “surréalisme”. Au vu de ces strophes calamiteuses en “à la gloire de Claudel” (sic), moi je jette le Ponge avant de l’avoir lu ! Saligaud, va !
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Parmi les quelques textes inédits de Claudel publiés à la fin de la revue, je trouve un beau credo créationniste de Claudel, qu’on opposera à tous les credos évolutionnistes lourdingues qu’on peut entendre un peu partout dans les médias* : « 1/ Je ne crois qu’aux choses et aux êtres concrets : Dieu, la Vierge, les Anges, un homme, un chien, un arbre… et je refuse toute existence autre que la logique à ces idoles qu’on appelle la divinité, l’espace, le temps, l’élan vital, etc. Il ne faut pas réaliser les abstraits et leur attribuer un pouvoir quelconque. 2/ Je suis absolument étranger à l’idée du devenir dans la nature. Je crois que les formes ont une importance typique, sacrée, inaltérable, inépuisable. Je crois que ce que Dieu a fait n’est pas imparfait, mais fini, et qu’il a eu raison de trouver ses œuvres bonnes et très bonnes. Logiquement, l’idée d’un devenir, c’es-à-dire d’un être qui peut sauter en dehors de sa forme, me semble un véritable monstre et le dernier degré de l’absurdité. Il faut la déchéance intellectuelle du XIXe siècle pour avoir accepté une telle ineptie. (…) » Venu du terroir champenois, Claudel est un grand esprit intuitif et désintéressé, le genre d’esprit dont la science manque cruellement désormais. *À transmettre à l’évolutionniste X. Dor, nonobstant courageux militant pro-vie français, véritable écologiste comme Claudel.

lundi, 27 août 2007

L'invitation

L’été dernier, il avait fait très chaud et cela m’avait beaucoup gêné dans mon travail. Au bout de quelques minutes, je ruisselais de sueur et mes membres devenaient de plomb. Aussi ai-je prié cette année pour avoir le temps le plus froid possible.

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Depuis trois semaines, je résiste à l’invitation d’un pote à venir me reposer auprès de lui dans la montagne. Ce matin, je cède à la tentation et je pars prendre un train Gare de Lyon avec un mince bagage. Il faut dire que mon pote s’est montré particulièrement persuasif ces derniers jours : « On ne saurait concevoir lieu de villégiature moins démocratique, en dehors de quelques troupeaux de moutons qui paissent çà et là, rien ne rappelle la bêtise de nos contemporains, (…) l’endroit est quasi-désertique et la Nature a conservé la plupart de ses droits, les sources sont pures. » ; ou encore : « Fin août, les bobos sont déjà las de l’Ile de Ré, du Lubéron, de la Corse, de la Baule ou de la Côte basque, et ils rentrent tous à Paris ; c’est la fin de l’exode : il est préférable pour ton équilibre mental que tu n’assistes pas à ce reflux écœurant, qui ne manquera pas de se prolonger par une débauche de “shopping” indécent, cris hystériques des femelles bobos faisant leurs courses en compagnie de leurs “partenaires” efféminés. » Enfin, et c’est ce qui m’a décidé : « Non loin de mon home est une institution jésuite en pleine décadence, les derniers membres de cette société spéciale ont un pied dans la tombe. Nul doute que Xavier de Jassu doit se retourner dans la sienne en voyant ce petit tas de vieux démocrates-chrétiens échanger des sophismes à l’ombre des conifères en fleur, dans l’air parfumé. (…) Mais, car il y a un mais, ces vieux barbons marmottants, vêtus de grisaille, tous les ans bradent leur bibliothèque, ayant perdu toute notion de la valeur des livres prophétiques, plus enclins à lire La Vie, Pèlerin magazine, Le Monde des religions ou Famille chrétienne, toute cette presse avec laquelle je ne me torcherais même pas le cul (…). Dans cette braderie, on peut tomber sur des pépites, des éditions originales non coupées de Péguy ou de Claudel pour un ou deux euros ! Imagine, si tu tombes sur le brûlot antisémite et paradoxal de Bloy, Lapinos - Salus ex judaeis est -, NON COUPÉ !… Quelle tête feras-tu ? » Enfer et damnation ! Mon sang ne fait qu’un tour et je me rue vers cet Eldorado. Vingt-cinq minutes porte à porte entre mon terrier et ma place dans le Tégévé ! En espérant que l’air des montagnes me fera le même effet qu’à mon pote, car je me suis senti un peu émoussé, dernièrement.