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democratie

  • Tocqueville ou Marx ?

    "Tocqueville a eu raison contre Marx" : opinion assez répandue de nos jours... mais surtout par des journalistes ou des essayistes au service d'une oligarchie qui se proclame "libérale".

    Plus courant encore le préjugé selon lequel la Russie communiste serait le produit du marxisme, et les Etats-Unis une démocratie selon le voeu de Tocqueville.

    Marx est persuadé comme Tocqueville que l'histoire permet d'éclairer la politique, qui, sans cet éclairage, se conduit comme une voiture sans phares. Pour Marx c'est la classe ouvrière, surexploitée, dont l'aspiration à la liberté est la plus forte et qui mérite d'être aidée dans son effort, nécessairement conflictuel, pour s'émanciper.

    Pour Tocqueville c'est plutôt la classe moyenne qui concrétise le progrès démocratique, à savoir une sorte de nivellement positif allant à l'encontre des excès politiques de l'Ancien régime.

    Bien moins que de très nombreux économistes ou sociologues, M. et T. fournissent matière à une formule toute faite du progrès. Le conservatisme des classes dominantes rend, du point de vue marxiste, les conflits violents et les révolutions inévitables ; néanmoins T. n'excluait pas, pour ne pas dire qu'il envisageait, que la démocratie puisse devenir un despotisme, pire encore que l'ancien despotisme, en raison même du dispositif égalitaire de la démocratie.

    Ce n'est pas être déterministe que d'estimer, selon Marx, que l'Occident capitaliste n'a pas la maîtrise de son destin, contrairement aux prétentions affichées par certains intellectuels occidentaux (G.W.F. Hegel en particulier).

    La lecture de "De la Démocratie en Amérique" nous apprend que le libéralisme n'est plus, aujourd'hui, un mouvement de pensée reposant sur l'étude de l'histoire et des moeurs : le libéralisme est devenu un discours de propagande - de sorte qu'il a subi la même transformation que les intellectuels soviétiques ont fait subir à la critique marxiste de l'idéologie.

    Se dire "libéral", en 2023, c'est surtout manifester son adhésion à la caste dominante, politiquement et culturellement, que l'on en fasse partie ou que l'on s'y soumette. Un tel libéralisme n'a qu'un lointain rapport avec Tocqueville, que l'on imagine mal se satisfaire de l'état actuel de la société aux Etats-Unis ou en France - manifestement des régimes démagogiques et non démocratiques.

    On a tort d'opposer radicalement le libéral Tocqueville et le socialiste-révolutionnaire Marx, car tout deux étaient persuadés, non seulement de l'utilité de l'Histoire, mais que la démocratie conduirait à la liberté, après avoir surmonté les obstacles qu'ils désignent, l'un comme le capitalisme, l'autre de façon moins nette comme la survivance d'anciens réflexes aristocratiques, liée à un abus d'égalité.

    Marx et Tocqueville convergent encore pour penser la démocratie moderne comme étant essentiellement chrétienne (1). Ils divergent quant à la méthode ou au cheminement politique, et quant à l'évaluation des obstacles sur lesquels la démocratie achoppe.

    Aucun des deux ne prétend détenir la toute la vérité, étant conscients de la difficulté à décrire parfaitement le mouvement historique de démocratisation en cours. Aucun des deux ne s'inscrit non plus dans le sillage du relativisme bourgeois, c'est-à-dire de l'arbitraire totalitaire (cf. dénonciation de la physique quantique par S. Weil).

    Pour ma part j'estime que l'évolution politique du monde au XXe siècle donne plutôt raison à la critique marxiste.

    La lutte des classes n'a pas abouti à la victoire du prolétariat ; l'économie capitaliste continue de s'imposer comme l'âme de la démocratie ; la Chine n'a pas moins de raisons de se dire "démocratique" que la France, car la Chine contemporaine est tout aussi capitaliste, si ce n'est plus que la France.

    Ce sont là les deux arguments avancés par les journalistes ou les publicistes libéraux du XXe siècle (qui citent souvent F. Fukuyama en référence) afin de reléguer la critique marxiste au rang des vieilles lunes.

    Mais le second argument revient à poser l'équation de la démocratie et de la démagogie. La démocratie authentique selon Tocqueville s'oppose à la culture de masse, que l'on a vu se répandre au XXe siècle, en particulier aux Etats-Unis, terrain d'expérimentation de la démocratie, à l'initiative de la bourgeoisie industrielle.

    L'échec de la "lutte des classes" est une objection plus consistante. Cependant la guerre mondiale, qui occupe tout le XXe siècle et se prolonge par la Guerre froide, est un conflit d'une extrême violence, à l'instar de la lutte des classes. De plus la guerre mondiale (1870-2023) peut effectivement être résumée à une compétition économique capitaliste, engageant totalement les nations qui s'affrontent.

    La bourgeoisie occidentale n'a pas perdu le pouvoir selon le pronostic de Marx, mais elle continue d'exercer ce pouvoir dans un contexte conflictuel chaotique. L'idéologie nationaliste propagée par la bourgeoisie (culture de masse) est elle-même contre-révolutionnaire, de sorte que le conflit décrit par le schéma marxiste n'est pas conforme à ce schéma, mais persiste bien, exigeant de la bourgeoisie un effort politique constant.

    Tocqueville croyait, lui, dans l'adoucissement progressif des moeurs au gré de la démocratie. La mobilisation en masse de soldats et de civils, ainsi que le perfectionnement de l'armement, a largement compensé l'adoucissement des moeurs observé par Tocqueville (peut-être réel au plan individuel). Esprit critique, Tocqueville aurait certainement vu dans ce militarisme et ce militantisme nationalistes une sorte de fanatisme séculier, impulsé par un Etat centralisé, contrôlé par une petite élite se réclamant du communisme, du nationalisme ou de la démocratie, mais en fait technocratique ; autrement dit : le constat glaçant de G. Orwell ("1984") contredit Tocqueville, en même temps qu'il le confirme : en effet l'appareil d'Etat au XXe siècle a peu à peu acquis le monopole de la violence policière et militaire, qui lui a été cédé par des citoyens aux moeurs relativement placides.

    Le risque de centralisation excessive est un risque ou une déviance que T. avait bien envisagée, mais il n'a pas vu, comme Marx, l'effet puissamment centralisateur de l'économie capitaliste. Cet effet est d'autant plus net aux Etats-Unis au cours du XXe siècle, qu'il s'est produit au sein de la culture la plus hostile, en principe, à un tel Etat centralisé. Par conséquent un esprit libéral critique a toutes les raisons, en 2023, de prendre la démonstration de Marx au sérieux, suivant laquelle l'économie capitaliste, loin d'accompagner ou de soutenir la démocratie, engendre un Etat totalitaire.

    Tocqueville place l'égalité au coeur du processus démocratique. Mais (comme Rousseau) T. ne défend pas une conception juridico-mathématique de l'égalité, c'est-à-dire une conception totalitaire. L'égalité est pour T. une manière de nivellement de l'aristocratie, qu'il estime positive, tout en étant conscient du risque de "nivellement par le bas". L'égalitarisme totalitaire se présente en effet comme un nivellement pour le nivellement, exactement comme si le moyen de la démocratie en devenait le but (et non la conséquence).

    T. n'ignore pas que l'égalité est une notion équivoque, au moins autant que la liberté. A partir de Tocqueville, on peut déduire une conception du totalitarisme comme étant un dévoiement de la démocratie. Marx ne croit pas plus que T. ou J.-J. Rousseau dans le pouvoir de la norme juridique d'entraîner l'égalité. - Il est parfaitement inégalitaire, dit Marx, de verser le même salaire à un ouvrier, père d'une famille de cinq enfants, qu'à un ouvrier célibataire, bien qu'ils aient accompli le même travail.

    Le "droit pur" est sans doute une conception opposée au matérialisme historique. Sur ce point, Marx permet mieux de comprendre que la conception totalitaire du droit (L'Etat de droit est un tel concept juridique totalitaire) n'est que le reflet de l'économie capitaliste, conçue comme une économie parfaite.

    Tocqueville a justement analysé, peut-être mieux que Marx, le lien de subordination culturel entre les ouvriers et employés salariés et les industriels qui les emploient. Ce lien de subordination accru explique le succès de la culture de masse industrielle, notamment aux Etats-Unis ; la religion chrétienne privée n'oppose qu'une relative résistance à la culture de masse. La classe moyenne offre, selon T., une meilleure résistance à cette sous-culture industrielle.

    Il semble que Tocqueville, contrairement à Marx, ait entretenu un préjugé favorable à l'égard de la religion et des moeurs puritains des premiers Américains. T. témoigne ainsi de son admiration pour les femmes américaines, qu'il estime mieux éduquées (plus honnêtes) et moins niaises que les femmes françaises.

    Ce préjugé (2) a peut-être empêché T. de concevoir que l'Argent puisse se substituer à Dieu, et faire office de nouvelle transcendance dans le cadre démocratique, en remplacement de la religion catholique, non par le biais d'une révolution comme la laïcité (culte de l'Etat) s'est imposée en France, mais par glissement, pour compenser le manque d'Etat dans une nation hétéroclite.

    Cette transformation de la démocratie des pionniers nord-américains en ploutocratie ne correspond bien sûr pas au voeu de T. C'est un processus qui conduit à la généralisation de l'esclavage, sous une forme larvée, moins brutale, mais plus large (le citoyen-consommateur est esclave de ses désirs). En dévoilant "le mystère de l'argent", Marx met plus directement le doigt sur la dérive fanatique de l'Occident moderne.

    L'économie capitaliste crée l'illusion de la surpuissance du Capital (ou des Etats-Unis). Dieu, conçu comme une abstraction (le Dieu de Blaise Pascal) perd dans ce nouveau contexte théocratique son emploi. Le bourgeois libéral peut alors dire à son employé  : - Un dollar vaut mieux que Dieu, tu l'auras !

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    1. "La démocratie est à toutes les autres sortes de régimes ce que le christianisme est à toutes les autres religions." K. Marx

    2. Ce préjugé de Tocqueville en faveur des femmes américaines est assez typiquement "rousseauiste" ; la femme française ne désire pas, le plus souvent, une "égalité" qui lui ôte son pouvoir de séduction. Il y avait plus d'intimité entre les sexes en France, mais une incompréhension plus grande. Quoi qu'il en soit, Tocqueville parle des femmes américaines AVANT que le capitalisme ne bouleverse la culture et les moeurs des Américains.

  • Démocratie et Trous noirs

    Poursuivant l'ouvrage de Simone Weil ("La Science et nous", 1941) je mets ici en relation la démocratie et les "trous noirs", invention de la physique quantique dernier cri (trois techniciens de laboratoire américains viennent de se voir décerner le prix Nobel de physique, récompensant leur méthode de détection des ondes gravitationnelles produites par la fusion de deux "trous noirs").

    La mise en relation d'un système de valeurs politique et d'une théorie scientifique peut surprendre. Pourtant cette coïncidence est frappante, non seulement en ce qui concerne l'Egypte antique et sa formule politico-géométrique, mais aussi en ce qui concerne la démocratie moderne. De nombreux apôtres du régime démocratique prêchent simultanément sur les deux terrains, "scientifique" et "politique".

    Mes observations prolongent celles de Simone Weil puisque cette essayiste chrétienne a remis doublement en cause le fondement rationnel de la démocratie moderne et de ladite "physique quantique", élaboré en marge du développement de centrales nucléaires civiles et de bombes atomiques (censées garantir paix et démocratie).

    - Première observation : la démocratie se présente comme une "politique-fiction", de même que la physique quantique est une "science-fiction". Autrement dit, la démocratie est une politique en devenir, hypothétique, ce qui n'est pas le cas de toutes les doctrines politiques. La démocratie n'est pas l'égalité, mais elle tend vers l'égalité - du moins est-ce son objectif déclaré et officiel.

    De même la part de l'hypothèse dans la physique quantique est très grande. La place des modèles mathématiques permet de mesurer l'importance de l'hypothèse, étant donné la variabilité de ces modèles (le modèle de Copernic en partie périmé par le modèle suivant, etc.).

    Au demeurant la géométrie algébrique repose sur des postulats hypothétiques (infini, zéro), et non des preuves expérimentales. Autrement dit : le calcul mathématique EST antimatière. Il est donc logique que les savants qui recommandent une méthode scientifique fondée sur l'expérimentation recommandent de se méfier de l'abus de lois et de calculs algébriques.

    Le mathématicien Henri Poincaré fait ainsi la juste remarque qu'il est impossible de déduire des calculs de distances interstellaires effectués par Copernic la forme matérielle de l'univers. On pourrait en effet, sur la base d'une démonstration algébrique, postuler que la terre est plate : c'est ce que font les géographes lorsqu'ils dessinent des planisphères.

    En résumé : de même que la démocratie tend vers l'égalité, la physique quantique tend vers le trou noir (ou vers un point, en cas de modélisation bidimensionnelle).

    - Seconde observation : l'égalité (plus ou moins stricte) est un point de départ de la réflexion démocratique, en même temps qu'il est représentatif de son accomplissement. L'antimatière se retrouve de même aux deux bouts de l'enchaînement des démonstrations algébriques. On trouve déjà l'ébauche de "trous noirs" dans la mécanique de Descartes.

    La physique quantique ne tient pas compte des tentatives de réformer la science au début du XVIIe siècle en ménageant une part plus grande à l'expérimentation, afin de réduire la part de l'hypothèse et de la fiction, caractéristiques de la science médiévale. Cette dernière était fondée sur une méthode stérile, excessivement spéculative. 

    Dans le domaine de la physique quantique, les hypothèses sont formulées AVANT que ne soit procédé à des essais de vérification expérimentale, ce qui contredit le conseil de la méthode expérimentale inductive qui consiste, à l'aide d'expériences, à interpréter et classer tel ou tel phénomène apparent, aspect de la matière, transformations de celle-ci, etc.

    Ainsi on cherche à vérifier l'existence de trous noirs APRES en avoir formulé l'hypothèse. On va chercher dans l'espace apparemment infini, le moins adapté à l'expérimentation et à la confirmation de celle-ci, à des dizaines de millions d'années-lumière, la preuve de ce que l'on avance sur le papier.

    Pourquoi ne pas chercher à établir l'existence du rien dans la matière ici-bas ? On objectera que c'est le cas ; mais, là encore, c'est d'une façon la plus sujette à caution, compte tenu de la vitesse théorique accordée à la lumière. Alors qu'il reste tant à découvrir et à explorer, pourquoi se focaliser ainsi sur ce que la matière a de plus insaisissable ?

    De même on peut faire la réflexion de l'absence presque radicale de pragmatisme dans la démocratie moderne, où les problèmes économiques élémentaires sont délaissés au profit de discours abstraits sur le progrès.

    - Troisième observation : le cadre de la physique quantique semble moins irrationnel dès lors que l'on se situe dans le domaine technique ; sur le plan technique, on peut bien en effet se fixer pour objectif raisonnable d'améliorer les conditions de vie sur terre. Le progrès le plus probable sur le plan politique est, au demeurant, le progrès technique, non le progrès "démocratique" au sens idéal strict. Beaucoup ne réclament plus, en matière d'égalité, que l'accès au confort et au progrès technique pour tous.

    Déraisonnable serait de concevoir l'amélioration du monde "à l'infini" par le moyen du progrès technique. Un proverbe antique met à mal le perfectionnisme technique moderne : "Le mieux est l'ennemi du bien."

    Que la technique soit "un art en devenir", susceptible d'évoluer, ne doit pas pour autant conduire à une conception mécaniste de l'univers, dont le "trou noir" serait en quelque sorte l'âme fascinante.

    En conclusion : le darwinisme a accoutumé l'opinion publique à penser la science en termes de profit politique, dans la mesure où le darwinisme a inspiré pléthores de "doctrines sociales", que ce soit le nazisme, le capitalisme/démocratie-chrétienne, ou encore certaines variétés de socialisme. Néanmoins, d'un point de vue scientifique, l'usage politique de la science doit faire suspecter un biais anthropologique dans la science.

  • Exit la Démocratie

    J'ai déjà expliqué ici pourquoi les chrétiens doivent considérer la démocratie avec la plus grande méfiance. En résumé : parce qu'elle est un régime politique mystique, projeté vers l'avenir ; et que cette mystique-là, si elle est parfaitement étrangère à l'esprit évangélique, en prend curieusement souvent l'apparence.

    La démocratie-chrétienne n'est d'ailleurs qu'une adaptation aux circonstances économiques de la monarchie chrétienne, consistant dans le même détournement de la vérité évangélique à des fins politiciennes (détournement dont Shakespeare a fait le tableau saisissant dans quelques tragédies mémorables).

    On trouve curieux encore que les deux derniers évêques de Rome aient condamné ladite "théologie de la libération" encore à la mode en Amérique du Sud, et non la "démocratie-chrétienne", qui consiste dans la réalité en partis et groupes de pression divers, actifs dans la partie occidentale du monde et aux Etats-Unis. Si les affamés ne peuvent se prévaloir des évangiles pour renverser les riches, ces derniers ne peuvent pas non plus s'appuyer sur les évangiles pour soumettre le peuple, en quoi consiste de manière sournoise ladite "doctrine sociale de l'Eglise catholique", qui refuse de rendre à César ce qui est à César.

    Quand on l'examine attentivement, la rhétorique démocrate-chrétienne s'avère d'une extraordinaire duplicité (dévoilée par K. Marx quand il énonce que les "Droits de l'Homme" sont les droits de l'homme égoïste").

    Je feuilletais récemment l'ouvrage d'un certain Hubert Bourgin, "Cinquante ans d'expérience démocratique" (1925). Cet homme n'a rien de chrétien, puisque c'est un pur produit de l'école républicaine, passé au cours de sa carrière du socialisme dreyfusard à l'extrême-droite patriotique. La guerre de 14-18 n'est sans doute pas étrangère à son changement de bord politique (bien qu'il y a beaucoup moins de distance entre le socialisme dreyfusard et l'extrême-droite nationaliste qu'on veut bien le dire).

    Cet essai pointe notamment les dommages causés par les institutions démocratiques au principe d'autorité, et par conséquent au gouvernement efficace de la France, visant le "bien commun". Depuis cette étude, la part de la démagogie -à savoir la flatterie du peuple-, s'est considérablement accrue, qui ne passe plus seulement par la représentation parlementaire, mais par des tas de procédés dits "culturels" (l'organisation de divertissements à l'échelle nationale, par exemple). Le diagnostic de cet essai ne paraît donc pas périmé.

    Il mène son auteur à cette conclusion paradoxale que l'on ne peut contribuer à l'action politique sans contribuer à la démagogie, que la raison politique devrait pourtant conduire à restreindre le plus possible. La raison politique est ainsi écartée du gouvernement effectif.

    H. Bourgin, en produit de l'école républicaine élitiste, néglige une forme d'idéologie qui frappe directement les élites politiques, à savoir la soumission aux "données économiques" ; de nombreux signes montrent que l'économie n'est pas une science plus fiable que l'astrologie, néanmoins la plupart des projets politiques conçus par les élites reposent désormais entièrement sur des statistiques peu fiables. On ne peut scinder la formule démocratique de la formule technocratique.

    Je cite un passage significatif de cet essayiste : "La formule de Montesquieu, que le ressort du régime démocratique est la vertu, s'applique à ce régime idéal que le philosophe peut se plaire à définir, mais dont l'homme d'Etat patriote s'écarte avec horreur s'il peut supposer qu'on tentera de le réaliser sur son pays.

    Le ressort du régime démocratique réel, celui qui, en effet, s'essaye et s'éprouve au risque de tuer les Etats où il s'établit, ne serait-ce pas tout simplement la peur ?"

    Quant aux chrétiens, leur rôle n'est pas plus de se mêler de la démocratie que de lutter contre sa décadence supposée ou réelle. Ces deux registres, non seulement sont extérieurs à l'ambition chrétienne, mais en outre ils ont épuisé en vain l'énergie de beaucoup d'hommes, tantôt prêchant en vain une démocratie idéale, équitable, qui n'est jamais advenue, tantôt écopant cette démocratie-Titanic décrite par Hubert Bourgin, sans parvenir à l'empêcher de se noyer littéralement dans l'argent.

    D'autant plus grande est l'ambition chrétienne d'un chrétien, d'autant plus réduite sera son ambition terrestre, et l'on peut ainsi déduire que les prélats ou prêtres chrétiens qui se mêlent de questions politiques et sociales se fourvoient ou/et sont de ces imposteurs dont parlent les évangiles, qui parlent au nom du Christ et de son esprit mais le trahissent.

  • Voter pour qui ?

    Il n'y a pas de "vote chrétien", c'est une certitude au regard de la prohibition formelle du Messie faite à ses disciples de tenter d'établir le royaume de Dieu sur la terre.

    La compromission de certaines Eglises soi-disant chrétiennes, l'Eglise romaine en tête, avec telle ou telle culture nationaliste païenne, nous permet de mesurer la puissance du mensonge de Satan.

    Si la doctrine démocratique fait référence au christianisme, c'est bien sûr afin de manipuler des opprimés ; parce qu'elle contredit l'évangile et parce qu'elle a été utilisée afin de séduire, la démocratie-chrétienne se trouve être l'opinion politique la plus abjecte aux yeux des chrétiens fidèles à la parole de Dieu.

  • Moyens de Dieu pour le Salut

    Les moyens de Dieu pour le Salut de l'homme diffèrent radicalement des moyens inventés par l'homme pour son salut.

    Quels moyens l'homme a-t-il inventé pour son salut, demandera-t-on ? La démocratie, la technologie, le socialisme, la révolution, la gloire, etc. C'est-à-dire tous les moyens censés répondre aux besoins politiques et éthiques de l'humanité, mais qui leur fournissent une réponse inadaptée.

    Le monde oppose donc au Salut de Dieu une résistance, non pas principalement sous la forme d'une négation de ce salut, tel que le principe satanique du "droit naturel", mais sous la forme d'un "humanisme judéo-chrétien" arbitraire, dépourvu de référence physique comme de référence scripturaire.

    Cette résistance subtile et non frontale au Salut de Dieu est décrite par l'apôtre Paul comme l'Antéchrist ; cette résistance subtile correspond à peu près à la "démocratie chrétienne", dont la propagande contredit l'apôtre en suggérant à l'homme de faire son salut par ses oeuvres, c'est-à-dire sans tenir compte de la Révélation, qui donne à la charité un sens dont les oeuvres humaines sont dépourvues.

     

  • Illuminati - faits et science (2)

    La théorie du complot des Illuminatis a de quoi déranger tous ceux qui, individus ou institutions, sont sincèrement persuadés ou veulent convaincre que la démocratie est un régime qui échappe aux lois du machiavélisme politique - en d'autres termes qu'elle est un régime éclairé et transparent.

    Or la culture démocratique est moins développée en France qu'elle n'est dans les pays germaniques. On pourrait citer ici certains représentants de l'élite française républicaine, particulièrement méprisants pour la démocratie, en pratique et en théorie. Encore aujourd'hui, les élites bourgeoises s'accommodent d'une constitution gaulliste monarchique.

    L'illusion démocratique n'est guère que le fait, assez isolé, d'A. de Tocqueville ; encore faut-il dire que cet essayiste ne nourrissait qu'un espoir très mesuré. Deux caractéristiques expliquent la foi de Tocqueville dans la démocratie : 1/C'est un aristocrate ; 2/Il est catholique romain.

    Le catéchisme démocratique, au XXe siècle, a été renouvelé en France par les élites universitaires affiliées à l'URSS. Elles ont soigneusement censuré l'aveu de Lénine que son régime fut comparable, en termes de progrès social, au régime de Louis XIV et Colbert.

    Les "valeurs démocratiques" et leur entretien conviennent aux élites bancaires et industrielles françaises dans la mesure où celles-ci estiment que l'on ne peut pas diriger le peuple sans le secours de la religion et du catéchisme. La théorie du complot des Illuminatis représente une menace pour cette religion.

     

  • Démocratie

    - Définition (naïve) : "Tentative de partager le pouvoir."

    - Autre définition (populaire) : "Perfectionnement de la tyrannie."

  • Christianisme et politique

    La démocratie-chrétienne est, dans l'ordre des idéaux politiques, le plus facile à contester. Il l'est suivant le raisonnement politique : "On ne trouve nulle trace de démocratie dans la nature ; une fourmilière n'est pas une démocratie." ; il l'est suivant la logique chrétienne : "Mon Royaume n'est pas de ce monde."

    En dépit de cela, les nations et les élites les plus puissantes de ce monde sont "démocrates-chrétiennes" - puissantes non par le raisonnement, la constitution ou la science, mais par les armes, l'argent et la propagande.

    Méfiez-vous comme de la peste des "chrétiens en politique" : c'est une engeance de fous sincères, dépourvus du sens commun, dominés par des esprits fourbes.

  • Place du chrétien

    La mort de l'art est la rançon de la démocratie. Il n'y a que dans les "grandes démocraties modernes", régimes d'oppression sournoise, que l'expression de l'aliénation est justifiée comme l'art, ou encore l'expression du désir sexuel, de la peur, de l'angoisse.

    Il n'y a qu'en démocratie que l'on ne se pose pas la question : - si l'aliénation a sa part dans l'art, qu'en est-il du domaine de la science ? Est-ce que nous ne subissons pas les conséquences de l'aliénation de certains prétendus savants ? Pour être juste, certains esprits critiques se sont posé la question, tels que Simone Weil, Georges Bernanos, Hannah Arendt, Georges Orwell, de la fiabilité de la science moderne, mais aucun n'y a répondu comme Hamlet, de façon catégorique, en transperçant Polonius.

    La place du chrétien semble introuvable, puisque celui-ci ne se situe ni dans le camp, conservateur, de l'art, ni dans le camp de la démocratie, plus moderne ; ni dans la prison du passé, ni dans celle de l'avenir. Le chrétien voit dans l'art comme dans la démocratie, deux formes de satanisme, non pas opposées mais tributaires l'une de l'autre, opérant ensemble diversion. La première, l'art, plus pure, plus franchement hostile à l'idée de révélation chrétienne, posant le principe des limites de la nature vivante à l'aspiration chrétienne à connaître dieu et l'éternité. Le second antichristianisme, plus sournois, ne serait-ce que parce que portant le plus souvent l'étiquette "judéo-chrétienne", acharné à poser l'équation du temps et de l'éternité, à travers les trois discours de l'art, de la philosophie et de la science modernes.

    Le satanisme de l'art s'oppose au judaïsme et au christianisme sous la forme d'une philosophie naturelle. Le satanisme de la démocratie s'oppose au christianisme sous la forme de l'artifice. Artifice de la démocratie, assez facilement discernable et auquel l'esprit français, moins spéculatif, a le don de s'opposer (même Tocqueville n'est pas assez sot pour avoir une foi aveugle dans la démocratie), mais aussi artifice de l'art, de la philosophie et de la science qui justifient la démocratie, tous trois sous l'empire de la notion d'infini, la plus artificielle qui soit.

    Pourquoi la démocratie est condamnée à échouer ? Parce qu'elle est une perspective exclusivement humaine, par conséquent essentiellement athée, dépourvue de but anthropologique véritable. L'art vise lui, la jouissance, et la démocratie détruit l'art au profit de concepts religieux athées. Si la démocratie selon Marx est moins absurde, c'est à cause du but scientifique que Marx lui assigne, par-delà le motif strictement anthropologique du bonheur. La démocratie selon Marx n'est pas une fin en soi, mais un moyen d'accéder à la vérité. La démocratie selon Marx n'est pas un état de droit égalitaire - elle diffère en cela du principe démocratique totalitaire. Où le raisonnement démocratique de Marx est juste, c'est sur l'aspect de l'anti-élitisme, précisément le point où il a été trahi par la doctrine sociale léniniste. Marx observe justement, bibliquement, qu'une élite politique, quelles que soient les valeurs éthiques qu'elle défend, conservatrices ou modernes, poursuit nécessairement un but institutionnel et n'a pas intérêt à découvrir la vérité, à une vérité qui, si elle est métaphysique, a le don de dévaluer le plan institutionnel et social. Un homme de loi rationnel, désireux de consolider les lois humaines, est contraint de dire : il n'y a pas de vérité métaphysique, il n'y a que des vérités naturelles. Il est une manière, démocratique et moderne, de faire obstacle à la vérité, c'est de simuler un plan métaphysique dans le droit et les institutions, c'est-à-dire de promulguer des lois artificielles, pleines de promesses qui ne seront jamais tenues, des lois qui prétendent inclure l'amour et la liberté, mais ne visent en réalité qu'à les galvauder. 

     

  • Exit la démocratie

    A travers l'utopie démocratique, la bourgeoisie exprime une ambition plus radicalement et plus sournoisement antichrétienne que l'aristocratie et les institutions monarchiques auparavant. Tocqueville aussi bien que Nietzsche permettent de le comprendre.

    Le moins contestable de la part de Tocqueville, assez paradoxal et hypothétique par ailleurs, est sa démonstration que les valeurs démocratiques, portées par la bourgeoisie, sont représentatives du terme de l'évolution politique de l'Occident. En termes politiques rationnels, on pourrait dire que l'Occident débouche sur une utopie politique millénariste, et une caste dominante qui se caractérise par l'extrême dissimulation de sa position dominante, notamment à travers le principe populiste et extrêmement dangereux de la "souveraineté populaire".

    La démonstration de Tocqueville est confirmée par le constat de Nietzsche d'incapacité de l'Occident à s'élever au niveau de la civilisation aristocratique, à qui seule ce philosophe prête le sens de la vertu véritable. On sait d'ailleurs que Nitche voit dans le christianisme la principale cause de la barbarie occidentale, puisque seule l'éradication du judaïsme et du christianisme pourrait permettre à l'Occident de retrouver le sens des valeurs.

    La doctrine de Nietzsche, de même que les études de Freud et Jung tournant autour du mythe d'Oedipe et de l'orientation sexuelle incestueuse permettent facilement de mettre à jour le satanisme des valeurs et principes aristocratiques. Il n'y a aucun doute quant à l'incarnation par la sphinge de la puissance satanique. Nulle aristocratie véritable ne peut se couper de la nature providentielle et de la foi et de la raison du principe d'éternel retour. Qui naît aristocrate naît frappé du sceau de Satan. En choisissant l'aristocratie, Nitche fait volontairement le choix d'une doctrine qu'il sait la plus éloignée du christianisme (l'antichrist Maurras, lui, a dû composer avec la nécessité politique de séduire les catholiques français, et évité ainsi de clamer haut et fort son satanisme).

    La bourgeoisie, quant à elle, est une caste beaucoup plus indéfinissable - une caste dont les apologistes libéraux ne se revendiquent ni de Satan, ni de Dieu, mais seulement du progrès technique le plus vil, dissimulé derrière le slogan de la science. En réalité la science bourgeoise est aussi spéculative que l'art bourgeois, c'est-à-dire entièrement entre les mains de casuistes, assez débiles pour proclamer la recherche scientifique un principe plus fondamental que l'élucidation scientifique.

    Les origines aristocratiques de Tocqueville, mélangées à son catholicisme, ne sont certainement pas étrangères dans sa détermination à croire que la démocratie n'est pas seulement un voeu pieu. Cet amalgame entraîne l'altération simultanée de son jugement des affaires politiques - Tocqueville est étonnamment peu machiavélique, c'est-à-dire un idéologue d'abord. D'autre part le catholicisme se confond chez lui avec cette culture de sa caste, dont Molière et Shakespeare ont largement fait voir l'imposture en la brocardant.

  • Le plan de Satan

    L'Eglise (L.-F. Céline) ou la démocratie judéo-chrétienne détestée, en tant que discours religieux dominant, il ne fait aucun doute pour un chrétien que c'est là le plan de Satan, car c'est en tant que doctrine sociale que le christianisme est le plus haï ; or c'est à cause de son anarchisme que les pharisiens et les veuves ont comploté contre le christ Jésus et l'ont mis à mort.

     

  • Exit la démocratie

    "Le Peuple est un monstre qui dévore tous ses bienfaiteurs et ses libérateurs. Il n'y a pas, comme nous l'avions cru, de peuple révolutionnaire ; il n'y a qu'une élite d'hommes qui ont cru pouvoir, en passionnant le peuple, faire passer leurs idées de bien public en application. (...) Tout prouve bien que, désormais, prendre le peuple pour arbitre de son propre salut, c'est faire métier tout à la fois de dupe et de charlatan." P.-J. Proudhon (1851)

    Cette amère réflexion de Proudhon indique le retard du XIXe siècle en matière de pensée politique, puisque la philosophie antique situait déjà la politique au niveau insurmontable de l'animalité. Proudhon réagit à l'élection au suffrage universel de la baderne Napoléon III, faux chrétien et authentique bourgeois. Proudhon vient de comprendre la ruse de la bourgeoisie qui consiste à manier le peuple, après force flatteries, comme une arme de destruction massive.

    A vrai dire c'est un drôle d'anarchiste que Proudhon, car il faut pour croire dans la démocratie et la révolution bien plus de superstition que pour se prosterner devant Apollon ou la lune.

    Le peuple n'est jamais responsable, ni même coupable ; en l'occurrence le seul fautif, c'est Proudhon, victime de sa propre crédulité et non du peuple. Quand le peuple juif condamne Jésus-Christ à mort par un vote à main levée, c'est encore du fait de la manipulation de ses prêtres. Le peuple n'aime pas le cinéma ou le football : il est contraint à ce lavage de cerveau. Le peuple n'est responsable que parce la bourgeoisie l'a déclaré responsable afin d'échapper à sa propre responsabilité. Plus un régime politique, un système juridique est abstrait, plus les coulisses du pouvoir sont profondes afin de dissimuler les ficelles par lesquelles tient ce pouvoir.

    Aucun homme d'élite véritable n'accusera le peuple, car ce serait comme pour un cavalier d'accuser son cheval. La fausse connivence avec le peuple trahit forcément le bourgeois.

     

  • Satan et la démocratie

    La première chose à dire, c'est que le royalisme est sans doute la façon la plus stupide de s'opposer à la démocratie, c'est-à-dire en vantant les mérites du droit de l'Ancien régime comparés à ceux du nouveau, car ils sont essentiellement identiques. La bourgeoisie, en transférant au peuple la souveraineté pour mieux échapper à sa responsabilité politique n'a fait que perfectionner une tactique mise en place sous l'Ancien régime.

    En effet, la monarchie la plus totalitaire, disons celle qui correspond en France au règne de Louis XIV, est en marche vers la démocratie. Il est plus logique pour un démocrate d'admirer Louis XIV que pour un aristocrate ou quelqu'un qui se voudrait, à l'instar de Nitche, le parangon d'une telle culture aristocratique. Le Grand Siècle de Louis XIV constitue un bond en avant vers la culture bourgeoise.

    On ne peut pas opposer simplement l'objet de culte nouveau - l'Etat - à l'ancienne divinité surplombant la monarchie ; on ne le peut pas dans la mesure où l'ancienne divinité, déjà, était "providentielle", et opposable au peuple par les élites, comme l'Etat l'est aujourd'hui.

    Dans la période récente des cinquante dernières années, l'idéologie démocratique s'est d'ailleurs imposée en France à travers l'idéologie communiste ou stalinienne et selon des méthodes qui n'ont rien à envier à l'endoctrinement contre lequel la philosophie des Lumières s'insurgea.

    Le "monothéisme", sans doute la manière la plus bourgeoise et impropre de parler de dieu, a bien plus de rapport avec le culte de l'Etat moderne centralisé qu'avec une quelconque théologie.

    - Dans quelle mesure la culture bourgeoise, à quoi on peu assimiler le catéchisme démocratique, est-elle satanique du point de vue chrétien ? Elle n'est certes pas purement satanique comme l'est la culture aristocratique selon la démonstration de Nietzsche, c'est-à-dire ordonnée selon un principe naturel de conservation de la culture. Mais elle l'est dans la mesure où le mirage démocratique est un produit de substitution à l'histoire. Sous couvert d'aller dans le sens de l'histoire, la culture démocratique y met un terme, et les élites bourgeoises promettent au peuple, captif de la condition humaine, ce qu'il n'aura jamais : la libération. C'est une théorie du salut chrétien qui se dissimule derrière la démocratie, exactement comme la monarchie chrétienne est une théorie du royaume de dieu sur la terre.

  • BHL, le Messie ?

    On a pu voir récemment Bernard-Henry Lévy garantir aux Ukrainiens, place Maïdan, l'appui de la société civile française. Qu'est-ce que la société civile ? L'ensemble des hommes et des femmes qui "comptent" dans une société, c'est-à-dire qui disposent d'un certain pouvoir.

    De cette société civile, BHL est en quelque sorte l'éminence grise ou le porte-parole, par-delà droite et gauche, c'est-à-dire le clivage qui régit un mode d'organisation interne subalterne.

    L'usage de l'argument démocratique comme un refrain, est similaire de l'usage de dieu par certains prêtres au service de sociétés civiles plus anciennes. La démocratie, le peuple, a une existence purement rhétorique et conforme aux attentes de BHL. A quoi bon le cheval, s'il n'y a pas de cavalier pour l'enfourcher ? BHL caresse le peuple, comme le cavalier flatte l'encolure de son cheval, mais nul mieux que lui ne sait se passer du mandat officiel du peuple. Il a parfaitement raison, puisque, en réalité, la scène internationale est un domaine, une zone de non-droit. La méthode pour faire passer l'arbitraire pour la justice internationale est on ne peut plus grossière ; elle relève de la propagande et du négationnisme de l'histoire. Un esprit rationnel ne peut y souscrire, car il faut pour cautionner cette matière accepter que soient introduits dans le droit un certain nombre de fantasmes judéo-chrétiens.

    Plus cynique encore la manière dont BHL s'adresse à la foule de la place Maïdan, comme si foule et démocratie coïncidaient. Or la foule est synonyme de bêtise et de violence, de force brute dépourvue de conscience. Il y a là l'application d'une méthode populiste par quelqu'un qui passe son temps à ternir le populisme en le qualifiant de nazisme. BHL se comporte d'ailleurs comme les démagogues se comportent dans ces cas-là : en chef- d'orchestre.

    - BHL a quelques détracteurs en France, pour la plupart extérieurs à la société civile ; ils se contentent pour la plupart du temps de dire que BHL est un imposteur. C'est tout le contraire ; ce qu'on peut dire de la rhétorique progressiste de BHL, c'est qu'elle est parfaitement rigoureuse. BHL prolonge d'une manière étonnante à travers les siècles le type de l'inquisiteur du moyen âge. Il a parfaitement raison, car le mouvement moderne est un mouvement médiéval.

    D'énormes efforts furent entrepris par le clergé catholique au moyen-âge pour inventer de toutes pièces une éthique judéo-chrétienne, une culture chrétienne, en contournant des textes saints et des symboles mythologiques qui ne le permettent pas, afin de restaurer le pouvoir du clergé et une formule théocratique chrétienne. De cet effort ancien, BHL est le continuateur ; il en propose une formule mieux adaptée que le catholicisme romain aux élites modernes qui dominent désormais le monde.

    De même que les anciens clercs catholiques prêchaient la croisade aux soudards en se gardant bien de se mêler directement aux combats, BHL agite un peu partout où les pouvoirs publics et la "société civile" le lui permettent, l'étendard de l'éthique judéo-chrétienne humaniste.

  • L'étang de feu

    Une secrétaire du Congrès des Etats-Unis, Diane Reidy, a osé prendre la parole à la tribune pour dénoncer l'imposture de la sociale-démocratie américaine, manifestation de l'antéchrist dans l'histoire, comme l'est toute collusion du "sabre et du goupillon".

    - Cet incident est sans grande portée du point de vue de la presse française "laïcisée" et peu à même de le comprendre. Il pourrait avoir plus de portée dans une nation en guerre, où le pseudo-christianisme dénoncé par Diane Reidy est cyniquement mis au service du patriotisme pour recruter de la chair à canons.

    - Avec l'oligarchie américaine, on frise la caricature ; son masque démocrate-chrétien ne trompe pas grand-monde. Le mérite de cette Diane Reidy est donc d'avoir osé braver les oligarques américains alliés de la France.

    - Bien sûr semblable stratagème en Europe doit être dénoncé de la même façon, notamment Angela Merkel, chef-comptable de la nef européenne, et tous les agents de change judéo-chrétiens qui chantent ses louanges. A quoi bon ? On ne peut pas le savoir. Le complot des nations judéo-chrétiennes repose d'abord sur la peur de ses membres. La peur incline au mensonge. Et l'ignorance ne fait que renforcer la peur.

    - Les nations antichrétiennes (Inde, Chine, principalement, et la France dans une certaine mesure), s'inclinent devant Satan, certes (la grande Semeuse et la grande Faucheuse) ; mais nous, chrétiens, savons mieux qui il est, et pourquoi il délaisse apparemment ses fidèles pour favoriser des nations "judéo-chrétiennes".

  • Démocratie

    La "souveraineté populaire" signifie dans une démocratie libérale que le client est roi. Oedipe ne pratique plus directement le coït avec sa mère, mais avec des objets de consommation courante qui la lui rappellent.

  • Démocratie et darwinisme

    L'esprit français est, selon moi, le moins propice à accepter la science évolutionniste comme une science. Pourquoi ? Parce que l'esprit français est le plus apte à discerner le caractère religieux du mobile démocratique, appuyé sur l'intellect le plus subjectif.

    La démocratie n'a même pas une consistance républicaine, puisque le régime républicain est un régime élitiste - elle n'a qu'une consistance publicitaire. La démocratie n'est pas non plus populaire, puisqu'elle consiste dans la transposition sur le plan éthique de l'idée de monarchie de droit divin sur le plan politique. Le culte solaire en quoi consiste la philosophie naturelle tyrannique, est réduit dans la démocratie à un culte dématérialisé sous la forme de la vitesse de la lumière. "L'Etat, c'est moi." : le mot de Louis XIV est mal traduit comme l'étalage d'un pouvoir tyrannique sans partage. Plus justement il constitue l'acte de décès du culte solaire direct en Occident, dont le roi soleil s'est fait l'artisan le plus actif. Car après Louis XIV, le souverain, y compris sous la forme la moins désincarnée et largement symbolique de la magistrature suprême, n'est plus ou moins que le produit d'un calcul statistique. Le sursis dont a bénéficié Louis XV a probablement les mêmes causes que celui dont l'oligarchie bourgeoise parisienne bénéficie aujourd'hui. On peut filer la métaphore de Shakespeare selon laquelle les rois ne sont que les acteurs d'une tragédie dont ils ignorent le déroulement connu du seul metteur en scène (Satan), et dire que les états modernes sont le jouet d'une cinématographie, c'est-à-dire d'une pièce de théâtre dont le metteur en scène est mort. Le cinéma le moins débile - et qu'on me pince dès qu'on verra un film dans cette catégorie - est condamné à faire valoir l'ironie, non pas celle du destin mais de la statistique, à savoir que le cinéma est un art entièrement préfabriqué, qui en dehors du motif ironique qui a le don de le remettre en cause, ne consiste que dans la plus vaine recherche du temps perdu. Du point de vue vitaliste artistique, le cinéma est une nécromancie. Il est bien des artistes, comme Dali, à qui la mort procure une vague érection, mais ce motif de jouissance clitoridien est plus dans la mentalité d'une nonne espagnole que dans la mentalité française. Le cinéma français compte deux grands génies en la personne de Diderot ("Jacques le fataliste"), et surtout Alphonse Allais, le plus populaire et pur de cet élitisme, qui a tendance à raidir la mise en scène de Diderot.

    Qu'on me pardonne cette longue digression ; elle était afin de mieux faire valoir le point de vue anti-évolutionniste créationniste de Nitche, qui n'est pas chrétien puisqu'il est satanique, appuyé sur une science physique matérialiste. Tandis que la science évolutionniste jette un pont entre la science et la technocratie totalitaire moderne, la science physique matérialiste jette un pont entre la science et l'art. Ce qui fait soupçonner à Nitche que le darwinisme auquel il a affaire, plus rigoureux et rationaliste que celui auquel nous sommes confrontés aujourd'hui, n'est que la transposition sur le plan scientifique du préjugé de progrès social socialiste, c'est pour la raison que le mécanisme de l'évolution proposé par Darwin comme une hypothèse, est incompatible avec l'idée de Nitche selon laquelle l'accomplissement de l'homme n'est possible que selon le destin. En conséquence, du point de vue de la physique matérialiste, qui refuse à la statistique le statut de science, ce sont les espèces vivantes les plus douée de conscience qui sont les moins susceptibles de muter. La conscience supérieure attribuée par Nitche à l'homme, ne va pas sans le constat que l'homme est, de toutes les espèces la moins bien adaptée à la nature, quoique le sexe féminin soit doté d'un meilleur instinct naturel que le sexe masculin. La physique matérialiste ne situe pas l'homme au bout de la chaîne linéaire des espèces animales, mais généalogiquement au centre. Le transformisme est donc impossible selon le rationalisme matérialiste, dans lequel les espèces mutantes sont les plus éloignées de l'homme, dans lequel les mutations sociales humaines ne fournissent en rien la preuve d'un quelconque progrès de la conscience humaine, et dans laquelle, surtout, le mouvement hasardeux est le plus relatif, interdisant absolument le raisonnement scientifique qui ne peut lui accorder que le statut de marge d'erreur la plus insondable. Nitche témoigne d'un rationalisme qui part de l'ordonnancement naturel pour aller vers l'insondable. Pratiquement la démarche inverse rend toute forme de politique, d'art ou de science impossible. La science évolutionniste n'envisage pas ou peu que les mutations naturelles puissent être le résultat de bouleversements géologiques violents.

    La philosophie naturelle de Nitche lui permet de fonder d'ailleurs une morale naturelle objective, qui seule permet une hiérarchie sociale responsable ; de l'évolutionnisme on ne peut déduire qu'une morale relative et un principe de compétition illimité. Dans la doctrine de Nitche, la liberté est niée au profit de la responsabilité politique et de l'art ; dans le totalitarisme, la liberté est affirmée au profit de l'irresponsabilité politique et du commerce.

    L'artiste un tant soit peu conscient de ce qu'il fait, c'est-à-dire résolu à ne pas faire du moderne préfabriqué, comprendra d'ailleurs aisément le raisonnement anti-évolutionniste de Nitche. En effet l'activité artistique ne consiste pas dans la production d'objets plus consensuels ou mieux adaptés que ceux de la concurrence. C'est le jugement ou la conscience personnelle qui doit être, selon Nitche, sélective, afin d'échapper au conditionnement collectif le plus temporel. Si l'art ne permet pas, selon Nitche, d'échapper au temps, du moins est-il fait pour en desserrer le plus possible l'étau, et permettre ainsi la jouissance. Ainsi seulement l'art peut-il rayonner selon Nitche. L'animal, lui, ne tue, ne se bat, n'aime, ne construit que pour son profit personnel, celui de son espèce ou de sa progéniture ; le mâle dominant ne se retire du jeu social que lorsqu'il est frappé d'impuissance, tandis que c'est au contraire la puissance de l'artiste qui lui permet de s'extraire du mouvement social. Or la science évolutionniste réduit tous les actes à des comportements impersonnels ou identitaires. Ce que Nitche conçoit comme le plus indispensable à l'humanité, à savoir l'art, serait le plus nuisible aux autres espèces vivantes si elles en étaient capables. Ou bien on attribue à l'homme une conscience sans fondement dans la matière, suivant un raisonnement impossible à démontrer scientifiquement, ou bien la conscience de l'espèce humaine trouve comme celle des autres espèces vivantes son support dans la matière, et dans ce cas la science évolutionniste n'explique pas comment la matière peut susciter deux consciences aussi opposées que le combat de l'artiste contre lui-même, et la compétition sociale des animaux et des végétaux entre eux.

    L'erreur propre de Nitche est théologique ; aussi bien en ce qui concerne la théologie antique, d'ailleurs, qu'il résume à la théologie et à la cosmogonie brahmaniques, qu'en ce qui concerne la théologie chrétienne. Celle-ci n'est en aucun cas et ne peut pas être le postulat anthropologique de la liberté, n'en déplaise aux imbéciles philosophes-théologiens de l'école de Francfort. Nitche est fondé à qualifier une telle philosophie de totalitaire ; seulement aucune ligne des prophètes juifs ou chrétiens ne permet de déduire une telle philosophie.

    Etant donné que pas un seul promoteur du darwinisme ne peut s'empêcher de le promouvoir séparément d'incantations lyriques en faveur de la démocratie, on est fondé à en attendre la preuve dans les progrès futurs de la démocratie ou du socialisme, c'est-à-dire dans le sens inverse des ravages que ces politiques-fictions ont fait subir jusqu'ici à l'humanité. La remarque historique s'impose qu'aucune philosophie naturelle ne constitue une science à part entière. Il n'y a dans la correspondance de la morale et de la politique d'une part, et de la science physique d'autre part, qu'un simple renvoi d'ascenseur. Le rationalisme scientifique, aussi sérieux soit-il à l'exemple de Nitche, ne ferme pas la porte à la métaphysique parce qu'elle n'est pas scientifique, mais bien parce qu'elle l'est trop. 


     



  • Possibilité d'une île ?

    La démocratie est le paradis promis aux ouvriers. Il faut pour y croire être aussi confiant que les paysans furent dans le purgatoire promis par leurs maîtres.

    - Les paradis fiscaux fleurent moins bon l'humanisme, sans doute, mais ce sont des promesses un peu mieux garanties.

    - "Un 'tiens !' vaut mieux que deux 'tu l'auras'", se disent les curés assez haut perchés sur l'échelle du pouvoir pour apercevoir les limites de la démocratie. Français, nous pouvons témoigner de la gratitude à nos philosophes : aucun d'eux n'a tenté de nous verser le poison de la démocratie dans l'oreille ; les rares à l'avoir fait ne sont que des gauleiters allemands ; dans l'ensemble, la fable de Molière de l'aumône faite au pauvre a été peu trahie.

    - J.J. Rousseau ? Tout le mal vient de l'argent, dit-il.


  • Exit la démocratie

    La démocratie a encore ses prêtres. Tous n'ont pas pris encore leur retraite. Les Français ne sont pas assez athées, contrairement aux Allemands, pour croire sérieusement dans la démocratie.

    Toutes les sortes de millénarisme, ainsi que la drogue, sont plus faciles à greffer dans les peuples germaniques terre-à-terre, qui ne font guère la différence entre dieu et la musique.

  • Lotophages

    L'existence est aussi emmerdante qu'un problème de mathématiques ou une partie d'échecs, quand on la prend dans le sens normal de la vie. Qu'est-ce la démocratie serait ennuyeuse, si elle était possible. Mais les hommes les plus courageux et les plus entreprenants, seuls capables d'agir et non de passer leur temps à calculer et recalculer leur espérance de vie, ceux-là aiment encore mieux jouer et tricher plutôt que d'appliquer les règles.

    La démocratie appliquée me fait penser au pays des Lotophages où Ulysse s'enlise quelque temps avec ses compagnons, avant de s'extirper de cette torpeur trop humaine.

    C'est une riche idée de la part de Dürer d'avoir placé dans sa "Mélancolie" les instruments de la technocratie aux pieds de Lucifer. Il avait prévu la littérature de Proust ou Houellebecq, tous ces bouquins qu'on donne à lire dans les sanatoriums pour ne pas brusquer les malades, qui risqueraient l'apoplexie si on leur donnait à lire du Shakespeare ou du Molière.