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  • La Preuve de Satan

    Plus possédé que Baudelaire croit généralement que Satan n'est, de la part du "prince des poètes", qu'une figure de style. C'est situer Baudelaire au niveau du petit Rimbaud, ou du petit Proust, plagiaires talentueux sans doute, mais simples plagiaires, ressemblant au vin comme l'alcoolique lui ressemble, mais non pas comme le vigneron. Beaucoup de poètes modernes se contentent de faire l'éloge de leur mère, comme si elle était pour eux toute la nature. Baudelaire n'est pas aussi limité dans ses vues.

    Incontestablement, Satan est de tous les stylistes, le plus grand, et si Baudelaire se contentait exclusivement de tirer de ses cordes les plus rassurantes ou les plus effrayantes sonorités, il ne distinguerait pas Satan de Dieu. Il dirait "dieu", tout simplement, comme les poètes dévots.

    On retrouve, de la même façon, dans les questions que Baudelaire se pose à propos de ce qu'il fabrique en tant qu'artiste, tournure d'esprit assez stupéfiante pour notre temps, habitué à agir de façon inconsciente et sur ordonnance, on retrouve l'intelligence de Baudelaire de la double orientation de l'art. Non pas, bien sûr, la culture de vie d'une part, et la culture de mort d'autre part : un médecin ne sera pas assez bête pour les opposer, et la culture de vie thérapeutique de Proust est une sorte de tremblement face à la mort.

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    Pour le chrétien, c'est l'impossibilité de concilier éthique et vérité qui prouve Satan. La morale conforte, mais non la vérité.

    Curieusement, parmi les musulmans que je trouve aujourd'hui cette notion la mieux conservée, quand  ceux avec qui j'ai l'occasion de causer me disent : "Tu ne peux pas vouloir la vérité, Lapinos, car ce serait la fin du monde !" Exactement !, depuis le début les chrétiens veulent la fin du monde.

    L'effort des avocats de Satan -pratiquement toujours des hommes d'Eglise- pour faire paraître cette perspective effrayante, passe par la rhétorique de la foi et de la raison. J'ajoute à l'attention de mon pote musulman que, lorsqu'il s'éteindra, ce sera la fin du monde : s'il n'a jamais eu sur le monde qu'un point de vue personnel, le point de vue de l'imbécile ou du géomètre-expert, à travers un prisme, bien sûr le monde prendra fin pour lui, la mort ayant le pouvoir de rappeler à elle toutes les illusions morales et politiques qu'elle engendre.

    Et d'ailleurs, je me dois d'ajouter à mon pote musulman qu'il n'est pas moins mourant que vivant, au moment où nous parlons. Comme il n'est pas riche, ni propriétaire, je ne peux m'empêcher, en outre, de lui demander quel intérêt il peut avoir dans le prolongement théorique du monde ? Les musulmans n'y sont-ils pas le plus généralement opprimés ? Ou, pire encore, léchant le cul de régimes démocrates-chrétiens qui semblent avoir découvert le moyen de pousser l'abjection au-delà des limites atteintes précédemment par le nazisme ? Je crois que mon pote musulman possède un avantage, au plan de la conscience, sur le socialiste lambda : il ne croit pas que la métamorphose de l'animal en homme soit possible ; cette idée heurte sa conscience, et même l'expérience qu'il a des choses de la nature : il est par conséquent beaucoup mieux imperméabilisé contre le truc de la métempsycose ou celui du darwinisme social, dont la propagande démocratique fait un large usage pour méduser le plus grand nombre, pour introduire la culpabilité, la dette de l'homme à l'égard du monde.

    "Si Satan se montre aussi généreux avec l'homme, ajoute un autre pote, c'est parce que Satan a besoin de lui." On trouve la confirmation du rapport amoureux entre l'homme et Satan chez Baudelaire.

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    - Beaucoup plus difficile est la preuve de dieu pour un chrétien, tandis que celle de Satan est d'une simplicité biblique, Satan étant présent pratiquement dans chaque hypothèse. Sauf la paix dans le monde, je ne vois rien de plus improbable que le dieu des chrétiens, et on ne peut en vouloir trop aux théologiens chrétiens d'avoir convaincu aussi peu de monde, empêché la ruée vers des Eglises  prêchant un écologisme plus ou moins simplistes.

    Cette difficulté explique, déjà, dans le vieux testament des juifs, l'interdiction de représenter dieu. C'est une précaution scientifique, et non comme on le croit souvent une marque de respect. Ce que vous respectez, vous le craignez, mais ne pouvez l'aimer vraiment. L'effet de cette interdiction, dont je ne crois pas que l'art chrétien occidental s'est beaucoup écarté, empêche de se sacrifier à une vaine idole, de nature éthique ou politique. Même les cathédrales, architectures authentiquement païennes, au symbolisme démoniaque de a à z, que je regrette à titre personnel que l'aviation yankee, dans la foulée de son incompétence militaire, n'a pas entièrement démolies, ces cathédrales ne représentent pas dieu, mais l'espérance païenne, comme les pyramides d'Egypte (concernant Hitler, je serais étonné qu'il n'ait pas eu un faible pour ces cathédrales, étant donné le goût féminin atavique des Allemands pour tout ce qui touche de près ou de loin à l'architecture)

    Le dieu des chrétiens ne se démontre pas, contrairement à toutes les oeuvres d'art pieuses qui prouvent Satan, il s'expérimente. Or l'expérience est une chose pratiquement impossible à communiquer à autrui. Quel artiste chrétien a réussi à communiquer son expérience de dieu dans l'Occident moderne ? Je n'en vois pas deux comme Shakespeare. Bien sûr Shakespeare paraîtra étrange et énigmatique à celui qui part du principe que les cathédrales gothiques sont des édifices chrétiens, mais cela est une autre histoire, celle des imbéciles républicains, dont la sympathie ne manque jamais d'aller aux savants chrétiens les plus superstitieux : Galilée, Descartes, etc.

    Tout au plus l'expérience de dieu, si quelque chrétien parvient à vous la communiquer, peut vous donner envie de la partager. Mais ce n'est ni une preuve, ni une démonstration. De même si l'on vous dit que la science de Newton est vraie, tant que vous n'aurez pas expérimenté vous-même cette vérité, vous resterez au niveau de la religion, et non de la science. Je veux dire par là que la preuve de dieu ou la foi en dieu est une chose démodée pour les chrétiens depuis des millénaires, aussi stupide que l'idée de "culture scientifique" ou de "culture artistique", techniquement au niveau du catéchisme. N'importe qui a un peu d'esprit scientifique reconnaîtra qu'on ne peut pas, ou guère, faire de la science en groupe, mais que la démarche scientifique, contrairement aux soldats qui avancent avec méthode, est une démarche des plus individuelles. D'où l'importance de l'histoire dans le domaine scientifique, que les technocraties ou les théocraties tentent toujours d'empêcher, ou malmènent, imposent (cf. les grossières légendes à propos de Galilée).

    Voici pourquoi Jésus-Christ a retenu la Révélation, et qu'il a dit devant ses apôtres : "Heureux ceux qui croiront sans avoir vu." Parce que chaque homme doit faire lui-même l'expérience du salut, faute de quoi il restera statufié dans ses illusions.

  • L'Inquisition républicaine

    La traduction du théologien musulman Tariq Ramadan devant une commission d'enquête parlementaire française relève de l'inquisition.

    On enjoignit cet expert de démontrer la conformité de l'islam à un ordre public et des valeurs républicaines, dont on voit mal ce qui les distingue du mercantilisme. Pour prendre les valeurs républicaines au sérieux, désormais, il faut prendre au sérieux le premier magistrat de la France lorsqu'il déclare : "Je n'aime pas l'argent !". Il faudrait croire que le meilleur moyen de s'intégrer à la République pour un étranger n'est pas celui-ci : l'enrichissement.

    On peut déplorer que la procédure inquisitoriale à l'encontre de Tariq Ramadan n'a pas été préalable à l'incorporation croissante d'étrangers de confession musulmane dans les rangs de la police et de l'armée, afin de garantir mieux la sécurité des biens, propriétés et valeurs des actionnaires de la République française, à l'intérieur des frontières de la France et dans les colonies, que les valeurs républicaines proscrivent de continuer d'appeler ainsi.


  • Eve et les mathématiques

    Nul ne peut déterminer, et surtout pas le mathématicien, si l'ordre vient du chaos, ou bien si ce n'est pas, au contraire, le chaos qui vient de l'ordre.

    Il semble bien que le juif Moïse, ou qui que soit l'auteur du livre de la Genèse, a voulu renverser la culture de vie égyptienne. L'appat du fruit précipite dans la mort. Le goût d'Eve pour la vie, occulte le revers macabre. Le propos de Moïse est scientifique. Il place les juifs dans la position de se défier du droit naturel, et relègue la science égyptienne au niveau spéculatif de la morale. Francis Bacon Verulam situe justement la fable de la Genèse au niveau de la science, et non de l'éthique ou de la morale. Avec la mythologie juive, l'histoire et la science font irruption dans le monde païen, qui ne connaissait que l'éthique ou le négationnisme de l'histoire, suivant la formule suivante, qui peut passer pour une apologie de la théocratie : "Les peuples heureux n'ont pas d'histoire". En effet, la structure solide de l'Egypte antique repose sur les mathématiques ou la science-fiction, de même que la science-fiction de la démocratie fonde les technocraties occidentales modernes.

    D'ailleurs la double subversion du judaïsme et du christianisme, sur laquelle les chiens démocrates-chrétiens occidentaux s'appuient, est un négationnisme de l'histoire. L'amalgame de la loi de Moïse et de l'universalisme de Jésus et de ses apôtres a pour but ou effet de priver l'ancien comme le nouveau testament de leur signification historique et scientifique, instituant à la place et en son nom, un système de rapport éthique, autrement dit : un commerce d'offrandes dévotes en plein milieu du temple. L'effort de Karl Marx pour opposer l'histoire au totalitarisme judéo-chrétien est exactement celui de Moïse. Pas plus que Moïse ne fonde une éthique ou une identité juive, Marx n'a fondé une éthique ou une identité prolétarienne, de nature à servir à la science-fiction démocratique républicaine ou libérale. Marx est conscient comme Moïse que la liberté s'oppose à l'éthique, l'histoire au slogan de la guerre pour de justes motifs.

    La culture de vie ou l'inconscience d'Eve est caractéristique du mouvement institutionnel des personnes morales et des nations. Du point de vue historique ou scientifique, la responsabilité politique est un vain mot, précisément à cause de l'inconscience qui accompagne nécessairement la culture de vie institutionnelle. Comme dans l'Occident moderne, l'Eglise romaine est la matrice de toutes les institutions et nations, c'est elle qui incarne le mieux Eve, ou Pandore et son vase, dans la fable grecque imitée de la juive.

  • Dialogue avec l'Antéchrist

    Le Païen : - Le christianisme a tout gâché, il a volé notre bonheur !

    Le Chrétien : - Il n'y a pas moyen de faire prendre la sauce sociale à l'aide du christianisme, c'est juste. Mais n'est-ce pas plutôt le labeur et le commerce qui ont tout gâché ? Or labeur et commerce n'ont aucun sens dans le christianisme.

    Le Païen : - Le capitalisme a surgi dans l'Occident chrétien. Démocrite dit que les riches sont des imbéciles, parce qu'ils sont éternellement insatisfaits, et que l'homme, dès qu'il est moins bête, se satisfait mieux de peu.

    Le Chrétien : - Démocrite a raison, le moyen d'être heureux devrait être le minimum que la philosophie procure aux hommes, et les philosophes païens qui n'en donnent pas la recette devraient être reversés dans les services de la voirie. Cela dit, le christianisme ne justifie ni l'argent, ni le commerce, ni le labeur. Comment le pourrait-il, puisque le christianisme ne justifie même pas l'homme ?

    Le Païen : - L'Occident chrétien capitaliste ne savait donc pas lire ? Si ce que tu dis est vrai, et écrit.

    Le Chrétien : - Il faut croire en effet qu'il ne savait lire que les livres de médecine qui contribuent au bonheur. Maintenant, fais-moi une faveur, veux-tu ?

    Le Païen : - Laquelle ?

    Le Chrétien : - Cesse d'appeler "chrétiens" les peuples qui se cantonnent aux ouvrages de psychologie rassurants. Le christianisme concerne l'individualité, il n'est pas fait pour les peuples.

    Le Païen : - L'individu ? Peux-tu me rappeler, s'il-te-plaît, ce qu'est un individu ?

     

  • Feu le Bonheur

    - La quête du bonheur est la première cause, chez l'homme, de s'opposer à la vérité. Au bonheur, la vérité ne sert.

    - Les doctrines sociales visent le bonheur, mais aucune architecture sociale, si elle ne ménage une place à la douleur et au sacrifice, ne tient.

    - Les jouisseurs un peu mieux avisés que les autres observent qu'il n'y a pas de plaisir sans souffrance, et que, plus on court après le bonheur, plus il se dérobe, et moins on a de chance de le connaître.

    - Jamais il n'y a eu autant de doctrines sociales que dans le monde moderne, dont la précipitation suffit à indiquer la peine à jouir. L'existentialisme moderne est comparable à l'onanisme... dans le meilleur des cas.

  • Choc des cultures

    L'importance de la propagande, et donc des médias, dans la guerre moderne, est admise par tout le monde. D'une façon générale, depuis la nuit des temps, la culture est essentiellement militaire, faite pour mobiliser. Du point de vue culturel, la guerre est un événement majeur, et sans doute l'activité la plus féconde.

    C'est le sens de l'expression : "Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver."

    Un mouvement culturel ET pacifiste ne peut exister que sous la forme d'une poignée d'imbéciles manipulés. Homère peignait déjà les guerriers les moins subtils comme des hommes pétris de culture, et Shakespeare n'a pas eu à forcer beaucoup le trait pour faire du grand Ajax un crétin "hors pair".

    La culture moderne répond à un phénomène moderne : tandis que les guerres du passé se passaient assez largement d'un prétexte, ou se contentaient de déclarer les symboles de la propriété "sacrés", "divins", etc., la culture moderne passe par de très nombreuses figures de style pour en arriver au même point. Le bouquin dans lequel S. Hutington met en avant cette idée redondante et pour ainsi dire primitive de "choc des cultures" est un véritable traité juridique de haine. L'homme moderne ne sait plus haïr/aimer simplement. De là l'impression que la culture moderne est fabriquée par des Lilliputiens.

  • Le Siècle des Dévôts

    J'indique souvent Malraux comme le sommet de l'imbécillité en matière d'art. On peut facilement démontrer -d'autres que moi l'ont fait-, qu'il n'y a que la rhétorique et le sophisme qui intéressent vraiment Malraux. Quel genre d'artiste, je vous le demande, peut accepter un ministère du Culte, et consentir ainsi à aligner l'art sur la fonction publique ?

    Malraux est emblématique du jugement sans appel porté par Bernanos sur les factions qui ont pris le pouvoir à la Libération, et qui ont imposé l'idée de "modernité" dans le pays le moins prédisposé à accepter cette idéologie, constitutive du négationnisme de l'histoire.

    La haine du clergé à l'égard de l'art réaliste, et sa passion parallèle pour le cinéma en revanche, s'explique simplement par le fait que l'effort vers le réalisme, en art, a pour effet de dissoudre la propagande et la foi commune dans quelque paradis artificiel. Les historiens d'art qui s'attachent au style pour écrire l'histoire de l'art s'obligent à écrire l'histoire de la propagande et non de l'art ; il faut les requalifier en esthéticiens. Leur science se moque de l'ouvrage des artistes qui entendent au contraire se soustraire au style, à commencer par Shakespeare, le moins stylé ou dévot de tous les auteurs, pour qui la fiction a une odeur de merde.

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    Chaque changement de régime politique coïncide en art avec un retour au réalisme, et la modernité avec la folie, latente, dans l'uniformité. Cela ne veut pas dire que l'artiste réaliste souhaite nécessairement le changement de régime, puisque la foi dans le changement révolutionnaire, à elle seule, indique le manque de réalisme ; mais l'art réaliste a pour effet de soulever les jupes de la religion et de dévoiler ainsi ses varices, la privant ainsi de son principal argument : la séduction.

    L'éloge de la folie dans l'art -Nitche, par exemple- trahit le ministre du culte, si ce n'est le gauleiter, dont l'effort est pour couper le peuple de l'émancipation permise par l'art, jusqu'à faire de la gastronomie, comme c'est le cas aujourd'hui, un art premier.

    Statutairement, c'est-à-dire sur le plan de la fonction publique quand ils acceptent de s'y soumettre, les artistes se retrouvent désormais dans la position d'envier les grands pâtissiers de ce monde. On peut prendre la pratique contemporaine de l'entartage de courtisans comme l'un des derniers et rares manifestes d'art populaire, et observer combien le carnaval, aujourd'hui, est encadré, dès lors qu'il ne cible plus des idoles démodées. En décrétant le peuple souverain afin de le flatter, les Républiques bourgeoises ont sapé le carnaval pour lui substituer de grandes messes sportives, ce qui revient à priver la démagogie de limites et à encourager les pulsions criminelles dans le peuple. On peut donc poser l'équation du ministère du Culte et du populisme.

    Je sursaute en lisant la prose d'un type soi-disant anarchiste ; celui-ci s'interroge s'il n'y aurait pas un retour du phénomène religieux dans la société française en ce moment ? Un retour !? La réalité est qu'en lieu et place de la neutralité religieuse républicaine, c'est la méconnaissance du principe qui anime les religions qui a été inculquée. Les exemples de dévotion et d'attachement au ritualisme de la société abondent. A commencer, je le répète, par l'argument de la modernité sans cesse répété, qui ne fait qu'exprimer un sentiment religieux.

    A commencer par la musique, synonyme de religion, qui a désormais tous les droits. Et l'imagerie pieuse, c'est-à-dire les clichés ? Ils n'ont jamais été aussi envahissants. Qui ne possède un appareil photographique, lui permettant de se fabriquer ainsi autant d'images pour conforter son narcissime, quand le soupçon lui vient que son existence pourrait bien être parfaitement vaine ?

    Tous les gadgets technologiques activent une fonction religieuse essentielle, et sans laquelle il n'y a pratiquement pas de religion possible : la croyance dans une âme séparée du corps. Sondez l'âme d'un tueur en série ou d'un soldat, et vous y retrouverez cette dichotomie. Un charlatan moderne, qui se fait passer pour un "mage" auprès de ses fidèles, énonce à juste titre que le paradis est au coeur de l'inconscient. Ce qu'il oublie de dire, c'est que cet inconscient est entièrement hypothétique, d'une part, et d'autre part qu'il reflète chez ceux qui s'y soumettent une pulsion religieuse dans laquelle on reconnaît aisément l'effet secondaire de la technocratie. Un mécanicien ou un juriste sera le plus persuadé de l'autonomie de l'âme, puisqu'il fabrique des machineries ou des systèmes sur ce modèle.

    A ce niveau d'aliénation consentie, il est possible d'admettre les robots dans le genre humain. A ce niveau, le mage ou le programmateur a tout pouvoir de manipulation. C'est ce qui rend d'ailleurs les hommes plus réticents à la psychanalyse que les femmes : ceux-ci ont une meilleure conscience du caractère de viol, rituel dans le meilleur des cas, que l'intrusion du psychanalyste dans l'âme du patient constitue. On peut dire que la patiente du psychanalyste a raté ses noces avec la vie, et que le médecin de l'âme, s'il est honnête et efficace, lui permettra de faire de nouvelles épousailles.

    On se situe là encore, bien sûr, sur un terrain religieux. La raison qu'ont les hommes d'être réticents au mariage comme à la psychanalyse est même historique : à l'origine, le mariage n'est pas conçu principalement pour eux. L'Eglise catholique romaine est sans contestation possible l'institution qui a le plus oeuvré en faveur du féminisme, en "christianisant" cette institution païenne, ce qui a eu pour effet de soumettre les hommes à un principe auquel ils n'étaient pas soumis auparavant, dans la religion païenne. Achille, qui incarne chez Homère une religion existentialiste démodée selon cet historien, a le choix entre le mariage et le bonheur d'une part, ou la guerre et la gloire de l'autre ; sans hésiter il choisit la seconde alternative, qui lui permet de s'accomplir en tant qu'homme.

    L'idée que les femmes sont plus pures et chastes que les hommes, contredisant parfaitement la mentalité païenne voire juive, qui identifie les femmes au sexe, cette idée est le produit de l'idéologie catholique romaine, dans la continuité de laquelle s'inscrit l'éthique républicaine. Bien sûr il n'est plus question de vanter la chasteté des femmes, suivant la littérature cléricale la plus médiocre, mais plutôt l'indépendance sexuelle de la femme, aussi hypothétique que la chasteté féminine dans un monde régi par l'argent : ce changement ne tient qu'à des raisons économiques, et au fait qu'on ne capture pas les mouches avec du vinaigre.

    Enfin, à ceux qui ne sont pas convaincus par mon propos de la mise entre parenthèses de l'histoire au cours du XXe siècle (forcément provisoire), tous régimes politiques confondus, et l'aliénation religieuse que ce phénomène implique, j'aime bien en faire "la preuve par Cabu". En effet, je tiens ce caricaturiste pour le plus éloigné de la fabrique d'images pieuses, dites encore d'Epinal, à quoi l'art moderne s'applique au contraire, avec un scrupule religieux qui force parfois le rire, puisque Louis XIV en personne l'aurait trouvé beaucoup trop conventionnel pour l'agréer. Bien qu'abstraits et faits pour méduser le peuple, les jardins de Lenôtre sont une coupure moins grande entre la culture populaire et celle de l'élite que les colonnades tronquées de Buren.

    Bref, Cabu, tout en faisant une part bien moins grande à la religion et aux conventions, ne semble pas voir l'obscénité religieuse des valeurs républicaines qui l'environnent, un peu comme s'il ôtait ses oeillères pour dessiner, et faisait l'âne tout le reste du temps. Pire, il participe aux attaques contre l'islam, dont le principal objectif n'est pas d'attaquer l'islam, selon moi, mais d'affirmer la liberté d'expression, de la poser comme un dogme. Alors même qu'il est difficile de faire de la religion musulmane en France, autre chose qu'une contre-culture. Le besoin d'une contre-culture se fait sentir dans les jeunes générations, dès lors que le culte dominant ne donne plus satisfaction, c'est-à-dire qu'il ne joue plus son rôle rassurant. Comment peut-on faire passer les caricatures danoises de Mahomet pour une double manifestation de la liberté d'expression et de la critique religieuse ? La tactique ressemble à s'y méprendre à celle qui consiste pour les Etats-Unis à ménager la possibilité d'un "choc des cultures", manière moderne de prêcher la croisade, sous le couvert de l'étude sociologique. Il n'y a pas que la guerre qu'on prépare sous couvert de la paix, mais aussi la mobilisation générale, à quoi sert la culture.

    Si l'on veut comprendre pourquoi il n'y a pas de blasphème dans le christianisme, à tel point que Jésus et les apôtres sont traqués comme des blasphémateurs, la réponse est simple : il n'y a pas de culture chrétienne possible. Autrement dit le christianisme, contrairement à la plupart des religions ou des cultures, ne justifie pas le chrétien. Comme Job se plaignait à son dieu qu'il se montrait bien peu secourable et coopératif, comparé à d'autres dieux païens (sur le modèle desquels la Marianne du culte républicain est copiée), les chrétiens pourraient interroger leur dieu afin de savoir pourquoi il se manifeste aussi peu, par comparaison à la puissance nucléaire ou la sécurité sociale de tel ou tel Etat gigantesque, si la réponse n'était pas écrite noir sur blanc dans le nouveau testament, d'une manière qu'on peut résumer ainsi : ce qui nous rassure finit toujours par nous tuer.

    L'invincibilité de la religion et celle de la mort sont identiques. Défier la mort ou la religion revient au même. Le calme, le luxe et la volupté que promet la culture, n'ont jamais régné que dans les cimetières.

    Si le serpent figure la culture de vie païenne dans la Genèse, c'est-à-dire la religion, comme certains peintres de la Renaissance l'ont bien compris, c'est bien sûr qu'il ne peut pas exalter autre chose que l'éthique ou la vertu, principes les mieux faits pour éprouver la jouissance. Montrer le revers de la médaille (la rançon de la chute), aurait dissuadé Adam et Eve de se frotter à l'épreuve de l'incarnation. Quel médecin avouera à son patient qu'il ne fait que retarder le moment de sa mort, pour la raison la plus religieuse possible, c'est-à-dire parfaitement obscure.

    Si Samuel Johnson attribue l'invention du libéralisme au diable, c'est précisément parce que le libéralisme, sur le plan psychologique, inculque la culture de vie comme jamais auparavant aucune religion ne l'avait fait, persuadant ceux qui le subissent qu'ils sont déterminés par la vie, quand c'est dans un puissant mouvement macabre que l'économie libérale trouve son impulsion. Le libéralisme est con comme un toubib. Si le libéralisme a triomphé du nazisme et de l'empire soviétique, c'est pour la raison qu'il est un socialisme plus puissant, qui dissimule mieux les devoirs qu'il impose en échange des droits qu'il accorde. Mais Satan n'en demeure pas moins maître de ce genre de pacte.

  • Homosexualité

    Pour les femmes, tous les hommes sont homosexuels : ou bien par affinité d'esprit avec elles, ou bien parce qu'ils refusent de coucher avec.

    Le comble de l'homosexualité, c'est pour un homme féministe de coucher avec une femme. Le pire c'est que les femmes trouvent en général ce type d'hommes trop conventionnels, et les traitent comme des objets.

    C'est sans doute une grande part de plaisir que les femmes ont perdu quand les combats à mort pour départager deux galants ont cessé. Qu'elle a dû jouir, Hélène de Troie, à côté de cette pauvre idiote d'Ophélie qui, décidément, avait des raisonnements de nonne.

  • Ecologie, piège à cons

    Comme si l'écologie tout court n'était pas suffisamment imbécile, avec son idée de vouloir sauver la planète pour le bénéfice d'un homme qui passe son temps à la saccager, il faut en plus que de faux-témoins ajoutent au tas de préjugés des écologistes le label "chrétien".

    Le rapport primaire de l'homme à la nature, comme cela a déjà été illustré dans l'antiquité, c'est le narcissisme. Il se confirme que l'axe principal de réflexion de la démocratie-chrétienne est la pédérastie. Si l'on se penche sur le raisonnement écologiste, on verra qu'il est aussi absurde que celui de la pédagogie. Pourquoi une femme veut-elle un enfant ? Il n'y a que des réponses dogmatiques à cette question, et les écologistes se fient à leurs statistiques comme à des dogmes.

    La prétendue "pensée écologiste" se situe au niveau de l'instinct de conservation de l'espèce, et donc de la peur panique, puisqu'elle n'apporte aucune solution pratique à un phénomène à demi élucidé. Qui peut croire que l'écologie réparera en quelques années, ce que le libéralisme aurait mis des siècles à détruire ?

    La parenté entre l'écologie et la démocratie-chrétienne, c'est que ce sont les idéologies les plus favorables au commerce. Ce que signifie l'écologisme, c'est la débandade de la culture de vie libérale, rien de plus.

    La pauvreté, impératif chrétien, met fin à toute discussion écologiste parmi les chrétiens, ni conservateurs, ni recycleurs de vieilles idées conservatrice sous la bannière de la modernité, et de plus, pas attachés à la terre pour un sou.

  • Syndrome de Stockholm

    La patience des animaux domestiques vis-à-vis de cette salope de vie est un motif d'étonnement perpétuel. Elle les bouscule, elle les torture ; ils savent qu'un jour elle les mettra à mort, mais pourtant ils continuent de la subir. Tel père a vu la vie lui enlever son fils prématurément, mais pourtant il continue de coucher avec la ravisseuse, et quand elle le chatouille par inadvertance, trouve encore le moyen de sourire à la vie.

    L'homme qui insulte la vie s'élève au-dessus de la condition économique, et la publicité n'a pas de prise sur lui.

  • J.0. de Londres (3)

    Interrogée, Laure Manaudou déclare : "Demandez aux Français dans la rue s'il y en a un qui refuse une médaille d'or aux J.O., bien sûr personne ne dira non !" Suit un petit discours sur le plaisir et l'honneur qu'il y a à gagner une médaille pour son pays. Orgasmique. D'autant plus que notre sainte laïque porte déjà à moitié sa croix, de cette médaille gagnée jadis.

    Dans le même esprit : "Jette un os à moelle à une bande de chiens errants, sûr qu'il n'y en a pas un qui ne va pas se jeter dessus !"

    Je m'intéresse à Laure M., prédestinée à la gloire, à cause du problème de l'évolution. Plongée dans un milieu aquatique qui n'est pas le sien, plusieurs heures par jour, la nageuse évolue-t-elle afin de s'adapter à son nouveau milieu ? Je sais bien qu'il est interdit de faire ce genre d'expériences nazies sur les êtres humains, mais comme les entraîneurs sportifs ne peuvent pas s'en empêcher, observons les résultats... Je remarque bien une ou deux métamorphoses, mais pour ce qui est du patriotisme, c'est sûrement la chose la plus innée dans l'espèce humaine, comme sucer son pouce. Pratiquement, d'une personne qui est encore patriote à l'heure de mourir, on pourra dire qu'elle n'a jamais quitté le milieu aquatique. Bien sûr ça n'empêche pas Laure M. de vivre aux Etats-Unis. Comme le patriotisme se rapporte d'abord à soi, il est transportable partout.

    La condition indispensable pour faire un bon sportif de haut niveau, et établir ainsi un rapport fructueux entre le bourreau (l'entraîneur) et sa victime (le sportif au potentiel génétique exceptionnel), c'est le tempérament masochiste du cobaye, son endurance à la douleur et à des exercices physiques dont la stupidité n'est pas forcément l'aspect le plus facile à supporter. A priori, un gosse en bonne santé n'a aucune raison d'être masochiste et de se prêter aau jeu pervers de l'entraînement intensif. Sans de mauvais traitements préalables, ou la privation bien orchestrée d'un but sérieux dans la vie, on risque de manquer de sportifs de haut niveau potentiels.

    Il faut aussi parler d'une tierce personne, qui n'est ni le bourreau, ni la victime, mais le voyeur (le journaliste). Il est à chaque fois ému à péter son noeud de cravate, de telle ou telle performance, comme un puceau qui pénètre dans un lupanar pour la première fois. Bien sûr, il est payé pour être ému, sinon il le serait peut-être un peu moins. Et encore, ce n'est pas sûr, car le voyeur à une aptitude particulière à s'émouvoir de rien ; il est équipé d'une lunette qui transforme le moindre détail en fait historique ; comme le fétichiste qui jouit plusieurs fois, tandis que vous ne vous êtes rendu compte de rien à côté. Le journaliste sportif est toute peau, sans aucun muscle, ni os : il a sacrément de la chance que de jeunes types et de jeunes gonzesses rudement beaux et rudement forts triment comme des cons à sa place. Un maquereau a moins de raisons de se réjouir.

    Exactement comme la guerre au cinoche : dans la bouche d'un journaliste, le sport est toujours propre, beau, sain, encore mieux gaulé qu'un jeune blond aryen, puisqu'il est compatible avec les droits de l'homme.

  • Clergés

    - L'intellectuel qui va au FN a des sentiments pour le peuple. Il s'expose à être bousculé.

    - L'intellectuel qui va au PC a des sentiments pour le prêtre. Il s'expose à être mis à l'index.

    - L'intellectuel qui va au PS a des sentiments pour la femme. Il s'expose à être cocufié.

    - L'intellectuel qui va à l'UMP a des sentiments pour l'argent. Il s'expose à l'ennui.

    - L'intellectuel qui va à la télé a des sentiments pour lui-même. Il s'expose à rien.

    - L'intellectuel qui va au diable emprunte le chemin le plus court.

    - Tous ces intellectuels, et pas une définition de l'intelligence digne de ce nom (il n'y en a pas, bien sûr, puisque l'homme est bête, mais toute l'astuce des intellectuels consiste à faire croire qu'il y en a une, et qu'ils la trouveront un jour).

    Le boulanger a une obligation de résultat, le toubib une obligation de moyen ; quant à l'intellectuel, il est une obligation tout court. Faisons baisser la cote des intellectuels : n'achetons que des livres aux puces, tant que les intellectuels n'auront pas émis une idée neuve.

  • Les Oiseaux

    ...se cachent pour mourir. Ce titre de film, que je n'ai d'ailleurs pas vu à cause que le mélange du christianisme et du cinéma me donne la nausée, résume parfaitement le monachisme, c'est-à-dire le mouvement culturel le plus subversif à l'intérieur du christianisme -stigmatisé par Shakespeare pour cette raison.

    On peut mesurer facilement la distance entre la vie monastique et celle de Jésus-Christ et des apôtres, qui ne se retirèrent pas du monde, mais s'exposèrent à sa vindicte. Parfois François d'Assise est présenté comme un doctrinaire révolutionnaire, en raison de son idée de réduire le règlement des abbayes et les cloches à la charité. Plus simplement je pense que François d'Assise a lu les Evangiles, contrairement aux autres moines, dont la bêtise me paraît atteindre la sournoiserie dans l'ordre des dominicains (le permis de tuer au nom de la paix n'a pas été inventé par BHL mais par Thomas d'Aquin). Ou peut-être François d'Assise avait étanché sa soif de plaisir, tandis qu'on entre au monastère en espérant jouir un peu mieux de la nature.

    Je crains que si on interroge quelques-uns des moines qui subsistent en France - mettons ceux auprès de qui François Fillon va chercher des conseils fructeux à l'appui de son plan européen babylonien -, si on interroge ces moines sur la signification des paroles de Jésus à ses apôtres : "N'ayez pas peur !", ils ne soient tentés de répondre qu'elles veulent dire qu'il n'y a pas, pour être heureux, à hésiter à vivre caché, au son de la cloche.

    Le plus dur dans la vie monastique, c'est d'accepter la discipline, ce qui revient pour un Français à devenir Allemand ; sans compter la pédérastie inhérente aux systèmes carcéraux. Les systèmes de pensée qui idéalisent la société, ou se bercent de l'illusion de croire - espérance fatale - que la société peut être perfectionnée, sombrent très rapidement dans le ridicule en postulant de façon plus ou moins implicite que l'homosexualité est une condition nécessaire à l'accomplissement de la civilisation parfaite. Entièrement fondées sur le sexe, les doctrines sociales finissent par reléguer le sexe au niveau d'une théorie abstraite ou d'un rituel. Bien avant d'avoir été sacralisée par les marchands capitalistes, la sexualité le fut par les moines.

    Rien de plus naturel que ceux qui éprouvent vis-à-vis du christianisme la haine, conservent cependant un peu de sympathie pour la vie monastique et l'extraordinaire sagacité des moines dans l'invention des saintes espèces sociales, proportionnelle à la médiocrité de leurs sommes théologiques. Les moines ne sont pas chrétiens, ils sont "zens".

    On peut dire que le "moyen-âge" porte bien son nom, car la médiocrité s'accorde parfaitement avec la jouissance ou le plaisir. A l'heure actuelle, on peut dire que des nations comme le Japon ou les Etats-Unis sont très en retard sur le moyen-âge européen, en termes de philosophie, n'étant pas parvenues à mettre en place autre chose qu'un régime de frustration généralisée.

    Une culture se juge d'abord à partir de la gastronomie et des pratiques sexuelles en vigueur, qui forment le socle des doctrines sociales. Le régime alimentaire et la pornographie en vigueur aux Etats-Unis sont des indices suffisants du fanatisme religieux qui y règne, et de la facilité pour les élites yankees de manipuler la population à l'aide de trucages cinématographiques grossiers.

    On sait en outre que dans les sociétés où la femme domine, et c'est le cas des monastères d'hommes, bien qu'elle n'y soit pas présente physiquement, dans ces sociétés les hommes ont un penchant accru pour le vain sacrifice et la bestialité. Si les nazis avaient été misogynes, probablement ils n'auraient pas massacré autant de juifs, avant de se faire massacrer à leur tour. En effet, je ne connais aucun type misogyne que la doctrine "Le travail rend libre", ne fera pas ricaner spontanément, ou son équivalent parfait "Le sexe rend libre" ; pourquoi pas la prière ou le mariage, tant qu'on y est ?

  • L'Ethique-tac-tic-tac

    L'éthique n'est qu'un garde-fou. Quand le cordon sera rompu, malheur aux princes de ce monde, leurs thaumaturges, sociologues, alchimistes, statisticiens, etc.

    Le problème de concilier le glaive de la justice des hommes avec la démocratie, c'est que chacun peut s'en emparer.

  • Satyres

    On prêchera la culture de vie païenne dans une langue morte, de préférence, afin d'accroître le paradoxe de la civilisation.

  • La mythologie

    La mythologie est le véhicule privilégié de la pensée matérialiste, la moins compatible avec l'ordre social établi. Cela explique que les milieux populaires trouvent dans les contes et les fables une ressource pour se protéger contre l'irresponsabilité atavique des élites et la manipulation des clercs.

    Et cela explique aussi le sabotage systématique de la mythologie par le clergé depuis des millénaires, au profit de l'ésotérisme religieux, c'est-à-dire de la mise en place d'un inconscient ou d'une culture collective au niveau intellectuel sommaire de la médecine, dont ce clergé tire avantage pour consolider sa position dominante dans la hiérarchie sociale.

    On remarque que le nazisme, le bolchevisme ou le libéralisme sont des cléricalismes au fait que ces idéologies sont dépourvues de fondement mythologique. Il est probable que la querelle inepte qui vise à déterminer lequel de ces régimes est le plus néfaste n'oppose que des âmes religieuses.

    On peut me rétorquer que la pensée matérialiste de K. Marx ne possède pas de caractère mythologique. J'aime bien, pourtant, résumer le marxisme, quand on me le demande, à la fable du joueur de flûte de Hamelin, rare exemple de conte allemand qui dévalue la mentalité allemande et le pacte passé par cette nation avec le diable afin de ne rien faire, et s'enrichir sur le dos d'autrui. Je pense que même les Egyptiens n'étaient pas aussi dévôts que les Allemands pour faire de la musique un art majeur, et se laisser conduire par elle tout droit en enfer. Il faut bien voir que Marx est comme le type qui naît aujourd'hui aux Etats-Unis, dans une nation totalement dépourvue de culture scientifique et fondée sur le négationnisme de l'histoire. La simplicité biblique de la mythologie est extrêmement difficile à reconquérir dans des cultures où la sociologie et la psychanalyses passent pour des disciplines scientifiques sérieuses, alors que leur succès repose essentiellement sur la fainéantise.

    D'ailleurs Shakespeare sur lequel Marx s'appuie beaucoup, a doté le monde moderne en prévision de son esclavagisme croissant, d'une mythologie matérialiste chrétienne aussi solide que le roc d'Homère, que n'importe quel esprit curieux, ayant l'honnêteté intellectuelle minimum de ne pas prendre son désir pour la réalité, peut débarrasser de la mousse que le temps accumule sur la vérité afin de protéger le grand dragon de ses blessures.

  • L'imposture laïque

    La manière dont les préjugés racistes ont muté en préjugés anti-musulmans afin de contourner la censure ne m'étonne pas. A un militant de gauche laïc il y a plus de quinze ans, je me souviens d'avoir pronostiqué la contamination de milieux plus aisés par les slogans du FN, "dès lors que ces milieux sentiraient leurs propres biens ou propriétés en danger". De même l'antisémitisme, en soi, n'a pas posé de problème majeur avant que la crise ne permette de transformer les juifs en boucs émissaires, jouant un rôle équivalent à celui des koulaks en Union soviétique. Le nazisme a excité la propriété, tandis que le régime soviétique a excité le vol. Marx nous dit que ça revient au même.

    Le système démocratique est particulièrement pernicieux, dans la mesure où il fait croire pour des raisons machiavéliques à des minorités qu'elles sont respectées, quand les crises ramènent tooujours à la réalité sociale la plus brutale et véridique.

    En ce qui me concerne, en tant que chrétien, je n'ai pas d'attirance particulière pour l'islam, fondé sur l'éthique, comme la religion catholique romaine ou l'éthique républicaine, métamorphose de l'éthique chrétienne, inventée jadis pour le besoin d'une cause perdue depuis longtemps. L'enjeu de la propriété entre ces différentes religions est trop évident. L'effort pour inventer l'antisémitisme ou le racisme est beaucoup plus important de la part des élites d'après-guerre que de la part de Hitler lui-même. Le but est bien évidemment de dissimuler que la société est principalement divisée entre ceux qui ne possèdent rien et les possédants. Je me fais fort d'instaurer le dialogue inter-religieux entre un juif, un musulman, un chrétien, et un athée laïc -en moins de dix minutes-, à condition que ceux-ci ne possèdent rien et, cas de figure beaucoup plus rare chez les pauvres, ne soient possédés par rien ni personne.

    L'invocation de Jacques Ellul par certains militants de la cause laïque, afin de conforter leur anti-islamisme, est plutôt surprenante. Avant d'examiner si Ellul peut être récupéré pour le besoin de cette cause en principe la moins religieuse, je dois signaler un argument imparable pour les musulmans quand ils sont accusés de pratiques religieuses excessivement violentes : dans le domaine du crime et de l'élimination de masse, les régimes républicains laïcs sont imbattables. Qu'est-ce qui fait la férocité particulière des sectataires de l'éthique laïque ? L'attachement viscéral à la propriété, au point d'avoir mis en place des systèmes où le sentiment de la propriété a plus de valeur que la jouissance elle-même. Secundo, c'est sans doute parce qu'ils sont laïcs, et donc neutres sur le plan religieux, que les tenants de la "riposte laïque" (sic) (ils n'ont même pas été effleurés qu'ils ripostent déjà) se fondent sur l'opinion d'un chrétien pour juger l'islam.

    - Quant à Ellul, intéressé par le fait de savoir comment l'Eglise est devenue la synagogue de Satan dans le sillage des théologiens protestants, il attribue à l'islam une part de responsabilité, de façon assez évasive, sans nier qu'il soit possible à quiconque d'échapper à la synagogue de Satan ou ses succursales. D'une manière générale, et comme je le fais moi-même, Ellul dépeint l'institution ecclésiastique chrétienne comme une masse d'informations, prenant la forme des sociétés et religions par lesquelles cette institution fut environnée au cours de son histoire, en dépit de tout motif spirituel. J'ajoute qu'on peut le vérifier en faisant le constat de l'incohérence parfaite de la théologie catholique romaine, ou par le fait que les sociétés dites "protestantes" tranchent singulièrement avec la théologie de Luther.

    Il y a bien des catholiques romains qui citent Ellul à l'appui de leur cause ; dans ce cas, pourquoi pas des sectateurs de l'éthique laïque, bien qu'il y a tout chez Ellul pour voir dans l'éthique laïque républicaine le mobile le plus cynique ? Mais pour les chrétiens, tandis que l'éthique ne s'accorde pas avec la spiritualité, la logique, elle, n'en diffère pas. Du point de vue éthique, la fin justifie les moyens, et c'est l'optique de Satan.

  • Du crime républicain

    Je suis effrayé par l'omniprésence de la philosophie allemande dans les bibliothèques parisiennes, la place qu'elle y occupe. C'est là un crime contre l'esprit typiquement républicain. Le patriotisme ou l'amour de la France a dans l'éthique républicaine une fonction presque exclusive de mobilisation militaire du peuple au profit de ses élites - mobilisation militaire, ou économique, qui revient au même.

    Comment une éthique destinée à satisfaire les besoins de l'élite aurait-elle pu engendrer la démocratie véritable, au lieu des rituels religieux et culturels auxquels on assiste ?

    Ce fait témoigne de la rupture entre la République et la philosophie des Lumières, l'effort critique de cette dernière ayant été remplacé par des palinodies juridiques et mathématiques qui confinent au grotesque. Quelques exemples :

    - L'ignorance du christianisme : l'ignorance n'est pas le but poursuivi par les philosophes des lumières, en ce domaine comme dans les autres. C'est à la formule du socialisme catholique d'ancien régime que les philosophes des Lumières s'attaquent, en se fondant sur le texte et l'esprit du christianisme, suivant une méthode plus proche de celle de Martin Luther que de la méthode totalitaire moderne qui consiste à réduire la religion au cercle des affaires privées, solution qui expose quiconque, quelle que soit sa croyance particulière, au régime de l'inconscient collectif. La fameuse formule de Pangloss (Leibnitz) : "Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes." est typique de la marque imprimée par l'inconscient collectif sur ceux qui s'y soumettent. On sait l'axe de la critique de Voltaire contre ce leitmotiv emblématique du XVIIe siècle, que les doctrine libérale et éthique républicaine, ensemble, ont restauré dans ses droits. Il n'est pas anodin que cette philosophie naturelle provienne d'un mathématicien, car la géométrie, algébrique ou non, est avec l'art juridique la discipline qui s'accorde le mieux avec le totalitarisme. Son caractère thérapeutique, de placebo social, pourrait-on dire, explique la pénétration d'une doctrine aussi stupide ou musicale dans les mentalités, bien qu'elle soit mieux accordée à la dépense et au gaspillage qu'à la pensée. La convocation systématique de la médecine est, comme la formule mathématique de l'inconscient collectif, typique du totalitarisme et de la banalisation du mal par les agents du totalitarisme. Les crises de ces régimes interviennent dès lors qu'ils se trouvent dans l'incapacité d'assurer le bonheur ou le soin qu'ils promettent aux citoyens.

    Le cantonnement à la sphère privée est le fait de certaines religions païennes antiques, bien qu'on retrouve chez certaines un effort d'émancipation (la religion de Homère opère ainsi un renversement de l'ordre totalitaire égyptien logocratique et de ses symboles, au point que certains savants ont pu penser que Homère "avait lu Moïse".) Mais on ne retrouve pas dans les Lumières la vaine chimère de Nitche d'un retour à l'ordre idéal païen égyptien ou romain. D'abord parce que cet ordre ne peut se passer d'un système de castes clairement affiché, et non sournois comme dans la démocratie moderne, ensuite parce qu'il est incompatible avec la production industrielle et le monde ouvrier, éduqué par les élites républicaines dans une culture sado-masochiste et l'idée que le travail peut "rendre libre". Même le chrétien J.-J. Rousseau est beaucoup moins chimérique qu'on ne le dit, et sa philosophie part du constat que le motif de la propriété rend la société inique, c'est-à-dire atroce. En revanche il n'est pas plus logique, comme fait Rousseau, de chercher une solution dans l'avenir qu'il ne l'est, de la part de Nitche, d'en chercher une à la manière des pédérastes dans le passé ; mais Rousseau n'est pas le grand croyant dans l'avenir que l'on dit, et l'esclavage ouvrier terrible du XIXe siècle, doublé de l'impérialisme, aurait certainement ramené Rousseau à plus de réalisme. La solution est dans Marx et le recours à la science ou la spiritualité, si l'on veut bien voir qu'il n'y a nulle volonté chez Marx de justifier la polytechnique.

    - L'autre exemple de confusion entretenue volontairement par l'élite républicaine est dans le domaine scientifique, qui a laissé s'épanouir une philosophie et une épistémologie qui prônent ridiculement l'hypothèse, non pas seulement au plan de la méthode scientifique, mais aussi - et c'est là qu'un Français ne peut s'empêcher de rire - au plan du résultat ou du but de la science. Je ne peux m'empêcher de citer encore Karl Popper ici, épiphénomène du crétinisme scientifique moderne, qui fait prévaloir la méthode scientifique sur son but, et doit nécessairement conclure que la science est plutôt faite pour poser des questions que fournir des réponses, suivant le cadre abstrait de l'hypothèse qu'il s'est imposé. Le prédicat de Popper, loin d'être isolé, fonde un vériitable occultisme scientifique, et il s'appuie sur la malhonnêteté intellectuelle. L'occultisme, car une formule scientifique hypothétique garantit le monopole du clergé sur des vérités scientifiques présentées comme des dogmes. On retombe sur la veille formule religieuse pythagoricienne d'une connaissance magique, dont il convient que le peuple n'ait pas la notion ; de fait, pourquoi les classes laborieuses s'intéresseraient-elles à une science qui n'offre que des hypothèses, quand ces classes sont confrontées quotidiennement à des problèmes pratiques plus ou moins solubles ? Le soupçon est naturel ici d'une épistémologie scientifique destinée à répondre au premier chef aux questions existentielles du clergé, qui ne propose à ses ouailles qu'un existentialisme bas de gamme, pour ne pas dire une culture merdique inférieure au carnaval. Soupçon d'autant plus vif que cette philosophie naturelle, dont les Egyptiens fournissent la formule la plus nette, découle systématiquement sur le plan social sur la prédestination des élites morales ou politiques, ou la jouissance personnelle des mêmes classes sociales. La malhonnêteté intellectuelle de Karl Popper est dans le procès fait à Francis Bacon d'avoir ourdi une science favorisant le développement de la polytechnique. C'est bien sûr exactement le contraire, car s'il est bien un domaine qui se nourrit de l'hypothèse, et que l'absence de but scientifique ne prive pas de motivation, c'est précisément la science polytechnique, la mécanique et les mathématiques, dévaluées noir sur blanc par Bacon, maintes fois. Sur le plan de la polytechnique, ce n'est pas seulement le mal qui est banalisé, mais tout simplement l'horreur et les charniers de la polytechnique qui sont justifiés.

  • Les Etats-Unis ou l'Enfer

    De tous les grands empires ultra-modernes, ce sont les Etats-Unis qui ont suscité dans les lettres françaises le plus grand mépris, devant l'Union soviétique ou l'Allemagne nazie, avant que ne débute à la Libération une longue période indéfinie de pharisaïsme. Peut-être faut-il ajouter que c'est un mouvement de l'esprit français, que les étrangers comprennent mal, de commencer par se méfier de la France, ainsi que de tous les principes religieux abstraits, trop abstraits pour ne pas trahir leur caractère exclusif de méthode de gouvernement.

    N'était le mercantilisme extraordinaire qui soutient l'idéologie européenne néo-nazie, vieux rêve de boucher, les Français seraient plus difficile à duper.

    "Lamentable tragédie que la vie d'Edgar Poe ! Sa mort, dénoûment horrible dont l'horreur est accrue par la trivialité ! - De tous les documents que j'ai lus est résultée pour moi la conviction que les Etats-Unis ne furent pour Poe qu'une vaste prison qu'il parcourait avec l'agitation fiévreuse d'un être fait pour respirer dans un monde plus aromal, - qu'une grande barbarie éclairée au gaz, - et que sa vie intérieure, spirituelle de poète ou même d'ivrogne, n'était qu'un effort perpétuel pour échapper à l'influence de cette atmosphère antipathique.

    Impitoyable dictature que celle de l'opinion dans les sociétés démocratiques ; n'implorez d'elle ni charité, ni intelligence, ni élasticité quelconque dans l'application de ses lois aux cas multiples et complexes de la vie morale. On dirait que de l'amour impie de la liberté est née une tyrannie nouvelle, la tyrannie des bêtes, ou zoocratie, qui par son insensibilité féroce ressemble à l'idole de Jaggernaut. (...)"

    Charles Baudelaire

    On retrouve chez ce poète les mêmes préventions que celles des écrivains français séduits par le fachisme ou le nazisme avant guerre, principalement déterminés par la haine de la culture mercantile anglo-saxonne. Comme Nitche, Baudelaire ne supporte pas la culture libérale. Ces esthètes ne se résolvent pas au processus inéluctable de pourrissement de la culture ou de la religion, qui ne renferme aucun remède à la décomposition. Leur antisémitisme a permis aux publicitaires de la culture libérale de condamner ces penseurs réactionnaires et faciliter leurs propres entreprises ; mais la logocratie étatsunienne et son cinéma n'est pas moins hostile au judaïsme que l'Egypte fut hostile à Moïse.

  • Droits de l'Homme égoïste

    Dès le XIXe siècle, l'idéologie des droits de l'homme a été dénoncée comme une imposture ou un attrape-couillons. Il ne faut pas s'étonner de retrouver parmi les poètes ou les savants peu crédules vis-à-vis de l'utopie égalitaire, plusieurs chrétiens, en raison du fondement juridique de celle-ci.

    - Pour Karl Marx, l'égalitarisme républicain est tout simplement impossible, et la morale pure des droits de l'homme qui en découle n'est autre que l'opium du peuple. Cela explique la censure efficace par l'éducation civique républicaine de l'histoire marxiste, opposée aux spéculations juridiques. Le recul du temps n'a fait que confirmer que les droits de l'homme occupent dans le système juridique républicain la place qu'occupait l'idéologie de la monarchie de droit divin dans l'ancien régime.

    L'effort de Marx peut largement se résumer à un effort de destruction de la morale pure et de ses effets pervers. Le point de vue antagoniste de Nitche, qui veut au contraire restaurer la morale pure dans ses droits, s'appuie sur le négationnisme historique ; s'il y a bien un aspect qu'il est facile d'invalider dans la pensée de Nitche, c'est l'aspect historique. Ce moraliste allemand raisonne uniquement en termes de civilisation, or pour Marx la civilisation n'est qu'un masque, destiné à protéger la culture de vie païenne.

    Dans le christianisme, la destruction de la morale pure est une condition "sine qua non" pour accéder à la spiritualité. L'épisode de l'évacuation brutale des marchands du Temple par Jésus est dans cette logique. Cet épisode a trop souvent été réduit à un mouvement de colère contre le mercantilisme, afin parfois d'en occulter le caractère anticlérical. Pour traduire l'accès de colère de Jésus, plutôt que de "commerce", il vaudrait mieux parler de "publicité", puisque celle-ci réunit les dimensions religieuses et commerciales. On peut parler du fanatisme religieux de l'Occident moderne, précisément à cause de son repli économique de plus en plus grand dans les limites du discours publicitaire. Des sociologues ou des thérapeutes s'étonnent parfois hypocritement du penchant des jeunes générations pour l'alcool ou la drogue, alors que la conscience de ces générations baigne le plus souvent dès le plus jeune âge dans la morale pure, c'est-à-dire la religion la plus aliénante.

    - Révolté contre l'odeur de magasin des républiques modernes, à commencer par les Etats-Unis, d'une manière moins radicale que Marx, un autre Charles, Baudelaire, stigmatise aussi la débilité des droits de l'homme en démontrant de façon ironique que, si droits de l'homme il y avait, compte tenu de l'iniquité sans remède de la société, le droit au suicide devrait figurer au premier rang de ces droits. De fait il n'y a pas d'ignominie plus grande que, pour une nation, faire la guerre "au nom des droits de l'homme" et d'une liberté que ceux-ci n'ont jamais procuré qu'à quelques possédants égoïstes. Quels exemples et quel sentiment de supériorité les élites dirigeantes occidentales peuvent-elles retirer du sinistre fanion de la démocratie, quand la preuve est faite et visible par le monde, qu'elle n'a engendré que des esclaves du veau d'or ? Afin de compléter Marx et Baudelaire on peut dire que plus une société s'honore de ses bonnes intentions, plus elle se rapproche de l'enfer.