lundi, 11 août 2008

MON JOURNAL DE GUERRE

Tant le mauvais goût de l'abbé Mugnier est sûr (Proust, Chateaubriand, Barrès, Nitche...), je ne peux m'empêcher de le voir comme le précurseur de tout le clergé catholique actuel.

Ce genre de boussole inversée qui indique l'Enfer n'est pas absolument inutile contrairement à un type comme Sollers qui ne se trompe pas parfois (je n'ai pas d'exemple en tête).

FRENCH ATTACKS

THE TASTE OF FRENCH CRITICIST FATHER A. MUGNIER (1879-1939) IS SO DEPRAVED (HE LIKES PROUST, CHATEAUBRIAND, BARRES, NITCHE...) THAT I CANNOT SEE HIM OTHERWISE AS THE PRECURSOR OF ALL THE CATHOLIC PRIESTS OF TODAY!

THIS KIND OF INVERTED COMPASS THAT INDICATES INFERNO IS NOT ENTIRELY USELESS CONTRARY TO THE FRENCH CRITICIST P. SOLLERS (1936-) WHO IS NOT WRONG SOMETIMES (EVEN IF I DO NOT HAVE ANY EXAMPLE IN MIND).

vendredi, 27 juin 2008

T'as ton style ?

Du gouvernement moderne

"Le ministérialisme constitutionnel ne sortira jamais de ce dilemme cruel pour les résultats que certains esprits en attendent :

ou la nation sera soumise pendant longtemps au despotisme d'un homme de talent et retrouvera la Royauté sous une autre forme, sans les avantages de l'hérédité ; ce seront des fortunes inouïes qu'elle payera périodiquement.

Ou la nation changera souvent de ministres ; et, alors, sa prospérité sera physiquement impossible, parce que rien n'est plus funeste en administration que la mutation des systèmes. Or, chaque ministre a le sien ; et il est dans la nature que le plus médiocre ait la prétention d'en créer un, bon ou mauvais. Puis, un ministre éphémère ne saurait se livrer, tout à la fois, et aux intrigues nécessaires à son maintien, et aux affaires de l'Etat. Il arrive au pouvoir, en voyageur, se tire de peine par un emprunt, grossit la dette, et s'en va, souvent au moment où il sait quelque chose de la science gouvernementale.

Ainsi ou Napoléon moins l'épée, Napoléon sous forme d'avocat (...)."

H. de Balzac

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Balzac n'a peut-être pas de style, mais il a de la pré-science. Le style, c'est le bourgeois. Cela donne cette définition du romancier dans le lexique communiste : "Celui qui n'a pas de science, ni même de pré-science ; exemples : Chateaubriand, Eugène Sue, Anatole France, Proust, etc., etc."

En revanche Céline est un peu trop lucide pour être un vrai romancier, bien qu'il fabrique du style à tout rompre. Ne font pas partie du club non plus Drieu La Rochelle, Evelyn Waugh, Aldous Huxley, toujours en avance de deux, trois, cinq ou dix ans sur leur époque.

Dès qu'on sort un peu du Balzac des programmes scolaires on voit bien que c'est une sorte de Pic de la Mirandole, un humaniste de la Renaissance dans un siècle où l'archaïsme est roi. D'où le portrait un peu ridicule que la critique bourgeoise peint de Balzac. Cette soif de connaissance de Balzac, son appétit, ont quelque chose d'indécent pour les bourgeois pour qui l'Ignorance est mère de toutes les Vertus.

 

 

samedi, 10 mai 2008

Mai 68 pour les Nuls

En somme la commémoration de Mai 68 en 2008 réunit dans la même ferveur nostalgique gaullistes et antigaullistes. Fin de la dispute. Ce qu’il importe de comprendre, c’est à quoi tenait le différend et sur quelle base la réconciliation incarnée par Sarkozy peut avoir lieu. On doit pour ça examiner les opinions des uns et des autres. Pour ce qui est des gaullistes, force est de constater qu’en dehors de leur chef, ils n’ont jamais eu de métaphysique bien définie. Pompidou était favorable au principe d’enterrer la hache de guerre entre les poètes et les banquiers, mais Pompidou était-il particulièrement “gaulliste” ? Mauriac ? Mauriac est l’emblème de la bourgeoisie bordelaise qui ne dit jamais ouvertement ce qu’elle pense et qu’on ne peut percer à jour qu’à travers ses romans. Bernanos ? Il faut avoir le culot d’un Sébastien Laplanque, gros garçon joufflu journaliste au Figaro, pour attirer l’auteur de La France contre les robots dans les filets du gaullisme. Il s’agit sans doute d’un clin-d’œil à Dassault, fabricant d’armes de destruction massive ou chirurgicale. Les robots, on sait à quel point De Gaulle les aimait, si possible à son image, c’est-à-dire monstrueux. C’est d’ailleurs sans doute ça la véritable idéologie gaulliste : la robotique. Sinon De Gaulle tenta d’imiter Chateaubriand. Mais qu’est-ce que la pensée de Chateaubriand sinon une pierre qui roule sans amasser de mousse, l’ancêtre du “rock’n roll”…

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Le camp des soixante-huitards peut-il se prévaloir, lui, de pensées plus élevées ? Laissons de côté les acolytes, les thuriféraires Finkielkraut ou Glucksman, Alain Geismar, trop heureux de l’aubaine médiatique, pour aller directement aux grands-prêtres, Sartre, Lévinas ou Benny Lévy. Pour Lévinas, “grosso modo”, le summum de la modernité c’est… le Talmud, la tradition juive. On est encore à ressasser la vengeance contre l’Allemagne : “Œil pour œil…” ; difficile de ne pas prendre la philosophie de Lévinas pour autre chose que du tribalisme enveloppé dans des périphrases sophistiquées. Sartre est moins bénin, moins saisissable. Il mène une guerre de positions et ne cesse d’en changer. Il pisse sur la tombe de Chateaubriand pour mieux dissimuler qu’il n’est pas beaucoup moins futile. Un voltairien au XXe siècle, un voltairien attardé, voilà comment résumer Sartre. De Gaulle-Chateaubriand contre Sartre-Voltaire : on peut mesurer l'écart de cette façon.
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Ce qui fait que les raisons qui ont pu pousser ces deux partis antagonistes à se fondre plus ou moins l’un dans l’autre, quitte à se jetter quelques slogans à la figure lors des campagnes électorales, en souvenir du bon vieux temps, ces raisons paraissent assez évidentes, sans qu’il soit besoin d’épiloguer.

mercredi, 09 avril 2008

Contre Proust

Marx n'aimait pas Chateaubriand, qu'il situe justement entre Voltaire et le romantisme dégoulinant de sentiments. Il aurait détesté Proust.

Proust anticipe en effet cette véritable haine du bourgeois pour la critique et son adoration symétrique de la philosophie, véritable "procès" de justification. La seule fois de son existence bourgeoise où Proust a du nerf, il attaque Sainte-Beuve, qui incarne la critique.

L'archaïsme vendu pour de la modernité, le vieux vendu pour du neuf, c'est tout Proust et le régime bourgeois libéral à la fois.

En outre, la critique bourgeoise traduit le principe selon lequel "On ne fait pas d'art avec de bons sentiments", appliqué par Barbey, en : "Seul un menteur ou un hypocrite peut faire un bon artiste."

Je confesse ce péché de jeunesse qu'étant lycéen j'ai aimé lire Proust. Deux ou trois cent pages, pas plus. C'était pour moi alors comme de la "confiture de groseilles", preuve que j'avais quand même conscience du côté fade et écœurant de Proust. Et puis j'étais fasciné par l'habileté de Proust à dévider sa grosse pelote de phrases ; une dextérité de tapissier persan. Désormais, tant qu'à prendre, je préfère une belle carpette à Proust.

"Dante et Shakespeare sont soucieux, vraiment très soucieux de la morale et de la justice économique. Les écrivains purement sensuels et dilettantes ne s'en soucient pas du tout. Tout ce souci de la morale donne une dimension à l'oeuvre des premiers. Dimension qui distingue la grande littérature, la littérature profonde, de la décadence."

Ce critère n'est pas de Marx mais de Pound (In : "Broletto", n°36), qui perpétue miraculeusement le combat humaniste de Marx. "Miraculeusement" vu qu'Ezra Pound est natif de l'Idaho.

vendredi, 18 janvier 2008

L'existentialisme est un naturisme

Quelle petite dinde Rive-gauche n’a pas un jour ou l’autre trimballé au tréfond d’un sac Vuitton ou Prada contenant toute sa personnalité un bouquin de Simone de Beauvoir ? Si je peux me permettre cette remarque féministe (l’influence de Nabe sans doute), en ça la petite dinde se montre supérieure aux crétins du même bord mais de sexe opposé qui achètent la camelote de BHL ou qui vont voir au “Crazy Horse” la Dombasle exhiber sa plastique chirurgicale. Le néant ne peut mourir !

Quel point commun entre le couple Dombasle-Lévy et le couple Beauvoir-Sartre, si ne n’est la notion de “couple” même ? la dévotion de la “femelle” Dombasle au “mâle” BHL n’est qu’un avatar de la dévotion du “castor” pour son intello hybride, mi-carpe mi-lapin.

S’il y a bien une évolution qui ne manque pas de preuves, c’est l’évolution politique. Le néant de BHL fait ressortir le peu de sincérité et d’humanisme chez Sartre naguère. Ce qu’il y a de contradictoire également chez Sartre, vu que les mobiles de BHL, eux, sont parfaitement homogènes.
Pisser sur la tombe de Chateaubriand, fort bien, évidemment je ne trouve rien à redire à ça ; “Quand on s’expose aux embruns, il ne faut pas s’étonner d’être mouillé”, dit un proverbe breton. Mais Chateaubriand n’est-il pas un existentialiste formidable, un existentialiste sans existentialisme, un menteur invétéré qui relègue Rousseau au rang de boy-scout et Kierkegaard à celui de morne imbécile exotique ?

C’est un junker polonais, Gombrowicz, qui a le mieux formulé son concurrent Jean-Paul : “le prophète de l’égotisme bourgeois”. Cette définition s’applique très bien à François-René aussi.
Je parierais qu’avant de mettre en scène sa petite plaisanterie pour choquer le bourgeois, qui relève du terrorisme de cour d’école, Sartre a lu cette critique de Marx :
« En étudiant le cloaque espagnol, je suis tombé sur les manœuvres du digne Chateaubriand, ce fabriquant de belle littérature qui allie de la façon la plus répugnante le scepticisme distingué et le voltairianisme du dix-huitième siècle au sentimentalisme distingué et au romantisme du dix-neuvième. Cet alliage ne pouvait manquer de faire époque en France au point de vue du style, bien que, même dans le style, le faux saute souvent aux yeux, malgré tous les artifices (…) » [Lettre à Engels, 1854]
Convergence de Marx, de Hegel, de Sainte-Beuve et de Baudelaire, Baudelaire qui n’est PAS romantique, ou qui ne l’est qu’à son cœur défendant.

Pisser sur la tombe de Chateaubriand, c’était donc une manière pour Sartre de se pisser dessus ; tant qu’on dispose d’une bonne dévote pour essuyer…

mercredi, 21 février 2007

A Handful of Dust

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Des cérémonies religieuses de mon enfance je ne garde pas un souvenir aussi ému que Chateaubriand ou Brassens. Il est vrai qu'il est difficile d'avoir un souvenir plus ému de soi-même enfant qu'un inverti (léger) comme Chateaubriand ! Et puis je n'ai pas connu le faste des cérémonies, aboli déjà depuis un laps, et qu'une nef sombre seule rappelait, et quelques ciboires massifs relégués dans un coffre ouvert à tous les voleurs. "Donner l'argent des autres", "Demander le pardon des péchés de son grand-père", "Prier aussi Bouddha", j'ai été élevé dans les nouveaux dogmes. Pas d'enthousiasme, mais pas de dégoût non plus, sauf pour la cérémonie du Vendredi saint. S'agenouiller devant une statue et lui baiser les pieds, je trouvais ça déshonorant et indécent. Je renâclais. Un fond de puritanisme ? Peut-être bien. Aujourd'hui, je m'agenouille sans effort, mais ce que je trouve ridicule, c'est le petit coup de chiffon de l'acolyte pour essuyer les pieds de Jésus crucifié, après chaque baiser ; ça me rappelle que l'Église n'a pas encore fini d'être hygiénique et démocratique. On peut prévoir un petit sursaut esthétique, dans un réflexe de survie, vers la fin, et puis plus rien, le désert ou la jungle. Mais n'anticipons pas ; aujourd'hui, mercredi des Cendres, le premier vicaire rappelle le règlement en vigueur : « Pour les personnes âgées de dix-huit ans au moins et en bonne santé, le jeûne est obligatoire, pas plus d'un "vrai" repas par jour ! » À ce régime-là, qui est le meilleur régime pour rester éveillé, si les catholiques étaient plus nombreux, on entrerait en récession économique !