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Lapinos - Page 136

  • De Goebbels à Sarkozy

    Comparer Sarkozy aux nazis, à Hitler, peut paraître exagéré. Le fait est que les circonstances historiques sont très différentes. Hitler se situe plus près de l’apogée du capitalisme, Sarkozy, lui, est plus près de sa décomposition.
    Reste que ma comparaison n’est pas plus absurde que celle que les médias ont osée entre Sarkozy et Napoléon. Entre l’empereur et le führer, les points communs sont d’ailleurs nombreux. La principale différence, c’est que Napoléon est censé incarner la France, ce qui conduit l’Education nationale où règne le chauvinisme, le nationalisme le plus étriqué, à opposer deux figures historiques pourtant proches, qui ont modifié nettement leurs nations avant de les conduire à la catastrophe en passant par des victoires éclatantes.

    *

    Le goût prononcé des Français pour les gendarmes, pour l’uniforme, “Le prêtre, le poète ET le soldat” dit encore Baudelaire au XIXe, ce goût les Allemands en ont sans doute hérité de Napoléon et des Français. Indiscutablement, au XVIIIe, et jusqu’au début du XIXe siècle, la France a exercé une forte influence sur l’Allemagne, la Prusse notamment. Aujourd’hui encore, l’ouvrage de Mme de Staël, De l’Allemagne, est célèbre dans les milieux intellectuels allemands malgré la faiblesse de son argument.
    Ce qui a probablement séduit une partie des artistes et des intellectuels français les plus brillants dans l’Allemagne hitlérienne, de Céline à Brasillach en passant par Drieu La Rochelle, c’est l’effet de miroir. Ça n’a pas duré, car comme le reconnaît vite Drieu avec dépit, Hitler n’est qu’un bourgeois comme les autres. Le seul point commun idéologique entre Drieu, qui a touché un peu à tout, et les nazis, c’est le paganisme bouddhiste - Nitche, pour simplifier. Mais quel bourgeois ne s’entiche pas, à un moment ou à un autre, de Nitche ? Drieu est d’ailleurs assez lucide pour reconnaître que ce qui lui plaît le plus dans le bouddhisme, c’est sa nouveauté (cinquante ans plus tard Houellebecq fait figure d’attardé sur ce plan comme sur beaucoup d’autres).

    *

    Une observation parallèle : de Barbey à Drieu la Rochelle et Céline, en passant par Baudelaire, Bloy, Marx, ce qui fait leur force c’est que ce sont, à des degrés divers, des marginaux. Voltaire et Diderot n’en étaient pas. Et Rousseau l’était moins, guère indépendant. Qu’est-ce que ça change ? C’est ce qui leur donne un point de vue plus élevé, ils ne défendent pas instinctivement les intérêts de leur classe sociale ni même d’une quelconque catégorie. Les insultes lancées par Céline à toutes les institutions et à tous les lobbys influents de son époque ont cette signification. L’accusation d’antisémitisme dirigée contre Céline est le fait d’un bourgeois, d’un social-traître comme Sartre, ou d’un imbécile comme Siné, anar pour rire.
    Mais ces écrivains ne sont pas pour autant “antisociaux” ; de leur point de vue, c’est la bourgeoisie et ses institutions nouvelles qui sont antisociales.

    *

    Au plan idéologique on peut isoler un tronc de dogmes, de valeurs, de références communs aux libéraux de gauche, de droite, aux démocrates, aux nazis, même aux démocrates-chrétiens. Entre ces “partis”, il n’y a pas de frontières étanches. On a affaire en réalité à un vaste grenier (beaucoup de ces idées prétendument modernes remontent en réalité à plusieurs siècles av. J.-C.) où moisit tout un attirail idéologique dans lequel le régime capitaliste dit “démocratique” puise des slogans.
    Dans ce tronc on retrouve notamment l’évolutionnisme, une certaine forme d’anthropologie abstraite, le credo capitaliste selon lequel le capitalisme serait le meilleur des systèmes possibles (credo qui évoque fortement Pangloss), un certain positivisme scientifique, c’est-à-dire l’assimilation du progrès à la science et de la science à la technologie, l’égalitarisme et sa branche féministe, en pleine efflorescence, et l’athéisme, ou, pour être plus précis, une certaine forme de paganisme. Voilà pour les valeurs communes de la bourgoisie au pouvoir en Occident, transmises à 99 % des Occidentaux, étant donné la force des moyens de propagande dont la bourgeoisie au pouvoir dispose. On peut citer comme “docteurs” de cette Église : Nitche, Sartre, Heidegger, Darwin, Tocqueville, Malthus, Kant, Freud… à verser au contraire aux fossés de l’histoire pour un catholique marxiste.

    *

    On objectera l’antiracisme de Sarkozy, opposé au racisme d’Hitler. Il n’est pourtant pas difficile de voir qu’on a affaire là à deux conceptions assez idiotes et restrictives, toutes deux “antisociales”. La base de l’antiracisme, c’est le racisme. Il ne suffit pas de renverser une idée idiote pour faire une idée féconde. D’ailleurs, que reste-t-il de ces “philosophies”, au sens contemporain du terme, lorsqu’on les confronte à la réalité ? Hitler n’a pas hésité à mettre au service de sa politique des races non-aryennes. Quant à l’antiracisme, il n’empêche pas les bobos qui y adhèrent de vivre à l’écart des noirs.
    Les Etats-Unis, la plus grande nation antiraciste, est d’ailleurs fondée sur l’esclavage. L’esclavage des nègres dans les champs de coton, relayé par l’esclavage des immigrants dans l’industrie. Qu’est-ce que signifie une "économie tournée à 75 % vers les services" si ce n’est que 75 % de la production est assurée par des esclaves en Asie ? Toute la politique de “quotas de races” menée aux Etats-Unis n’a qu’un but, dissimuler l’écart criant entre les discours démocratiques et la réalité capitaliste. En Afrique du Sud ils ont élu Nelson Mandela, c’est le même genre de stratégie de communication.

    (Il me reste à démontrer que l’idéal démocrate-chrétien n’est pas très différent du paganisme pour compléter mon raisonnement. Mais ceci est une autre histoire.)

  • Doublon

    Comme si Jean-François Kahn c’était pas déjà un peu trop, avec son style “catcheur”, ses accroches et ses canards navrants, il faut maintenant en plus se farcir son frangin, Axel, à peine moins racoleur. On ne peut pas perdre de vue que ces deux-là sont installés confortablement au cœur du système qu’ils égratignent.
    Si les politiciens ont une responsabilité dans le politiquement correct actuel, alors que dire des médias qui le cultivent, le peaufinent quotidiennement ?
    Si les politiciens ont une responsabilité dans l’eugénisme actuel, alors que dire du corps médical qui reste muet sur les pratiques douteuses auxquelles il est confronté tous les jours ? On n’entend parler que du bénin Pelloux de “Charlie-Hebdo” qui ventile des banalités.

    *

    Avec tout ça, malgré la faiblesse de leurs positions, nos deux Kahn n’ont pas de mal à enfoncer les défenses des “sarkozélotes”, plus ridicules les uns que les autres. Après Jacques Attali, Jacques Marseille - pour qui l’histoire se résume à “Vive Napoléon et Degaulle !” et à quelques statistiques écomiques plus ou moins significatives -, voici venus en renfort Jean Montaldo et Michel-Edouard Leclerc.

    Je passais étant gamin une partie de mes vacances d’été en Bretagne et le père de Michel-Edouard est sans doute le premier capitaliste démocrate-chrétien que j’ai détesté spontanément. L’horreur des hypermarchés Leclerc, ces alignements de bouffe infâme éclairés au néon, la tristesse des poulets gélatineux élevés en batterie, a-t-on jamais inventé un système moins poétique ? Et tout ça au nom de principes hypocrites comme les démocrates-chrétiens savent inventer, pour permettre aux pauvres de bouffer de la viande ; idem pour les caissières en uniformes ridicules soudées à leurs caisses six jours sur sept au nom du féminisme ou de je ne sais quelle autre imbécillité démocratique.

  • Valeurs actuelles

    Les partisans de Sarkozy invoquent sa “légitimité démocratique” pour exiger que cesse la grève. Ils feraient bien plutôt de réclamer des tickets spéciaux pour circuler, comme ceux dont étaient munis les supporters de foot qui ont remplis le stade de Saint-Denis samedi dernier comme un jour de circulation normale pour applaudir la morne pièce qui s’y jouait, un match diplomatique entre l’équipe du Maroc et l’équipe de France B.

    *

    La “légitimité démocratique”, ce truc est bon pour les collégiens en cours d’éducation civique. Et encore, les banlieusards ça doit les faire ricaner, eux qui sont affranchis sur les “principes” du système dès le plus jeune âge.
    Sarkozy a été élu avant tout par des vieillards sur le slogan : « Travailler plus pour gagner plus. » Légitimité tu parles.
    On comprend que les cheminots de la SNCF se moquent bien de ces petits vieux et de leur vote sacré ; par le froid qu’il fait, c'est tout juste si elles se risquent dehors, les têtes chenues, alors question de botter les fesses aux cheminots, faut pas trop compter sur eux.
    Légitimité démocratique mon cul. Les bourgeois libéraux et leurs “valeurs actuelles” me donnent la nausée. Il n’y a pas de “légitimité” immanente, il n’y a que des rapports de force, "a fortiori" dans le système capitaliste.

    *

    Mettez-vous à la place de la poignée d’étudiants gauchistes bretons qui occupe le devant de l’amphi. À eux seuls ils ont défrisé naguère le panache du ministre Villepin en moins de temps qu'il n'en faut pour convoquer une AG de fumistes. L’“homme de commando” de Chirac a été obligé de se replier dare-dare avec toute sa panoplie napoléonienne.
    Pourquoi cette même poignée d’étudiants se priverait-elle de faire subir la même Bérézina-express à Fillon, voire à Sarko tant qu’à faire ? Le pouvoir, quand on y a goûté, il paraît qu’on ne s’en lasse pas.
    J’ai tendance à mettre libéraux de droite et libéraux de gauche dans le même panier de crabes, mais s’il fallait établir une hiérarchie je dirais que les libéraux de gauche sont quand même un peu moins cons. Dans le fond ils prennent moins la démocratie au sérieux que leurs homologues de droite, sans doute parce qu'ils savent qu'ils l'ont inventée de toutes pièces.

    En définitive, ceux qui ont le plus intérêt à un accord et à un redémarrage des trains, après avoir montré leur force, ce sont les dirigeants des centrales syndicales, Bernard Thibault en tête, qui a le cul entre deux chaises. Le problème c'est que la compromission avec le système est de plus en plus visible, y compris des syndicalistes de base, qui rechignent à obéir aux votes truqués et en organisent d'autres dans l'autre sens.
    Le syndicalisme "à l'allemande" dont Thibault, Sarko et le patronnat rêvent, comme Perrette de son pot-au-lait, n'est pas pour demain.

  • L'honneur du vieillard

    En vingt ans de spectacles divers et variés, je n'ai recueilli si ma mémoire est bonne qu'une seule réaction de bon sens. À la sortie d'une pièce d'Anouilh, Becket ou l'Honneur de Dieu, un vieillard à sa petite-fille qui le soutenait : « C'était très mauvais, surtout cet acteur, là, Giraudeau, il déployait des efforts ridicules. » ; celà après une "standing ovation" et trois ou quatre "rappels" de la foule enthousiaste.

    Il faut dire que, comme le laisse deviner le titre de la pièce, le théâtre d'Anouilh est médiocre et les acteurs avaient peu de chance de sauver le morceau.

  • Sur la pente

    De Sarkozy, bientôt, on dira peut-être : « Il faisait pourtant un bon maire de Neuilly ! »

    Mon antipathie vis-à-vis de Sarkozy est proportionnelle à la confiance qu’ont placée en lui les démocrates-chrétiens de tous poils et autres experts-comptables patentés.
    Cette quasi-unanimité du patronnat français, aussi, de Bolloré à Pinault en passant par Arnault, Dassault, Lagardère, Bouygues, Michelin, etc., est inquiétante. Car que vaut cette élite ? Sur le plan intellectuel, le “Figaro” est un bon indicateur : la théologie de Jean d’Ormesson, la critique littéraire de Philippe Tesson et la politique d’Eric Zemmour, voilà pour les sommets. Sur le plan moral, Pinault et Arnault donnent le “la” en collectionnant les boîtes de sardines "customisées" et "millésimées", et en inaugurant des fondations pour entreposer leurs trésors de bêtise.

    *

    Il faut replacer les choses dans le contexte historique. Dès le début, avec plus ou moins de franchise, les artistes ont détesté le régime démocratique et bourgeois, Baudelaire et Delacroix en tête. Mais cette bourgeoisie était encore capable de singer l’aristocratie dans son comportement et ses goûts. Moins d’un siècle plus tard, le désespoir de Drieu La Rochelle est complet.

    Petit extrait de L’Œuvre de Zola, une description de la réaction de la foule devant la peinture nouvelle exhibée au Salon :
    « Dès la porte, il voyait se fendre les mâchoires des visiteurs, se rapetisser les yeux, s’élargir le visage ; et c’étaient des souffles tempétueux d’hommes gras, des grincements rouillés d’hommes maigres, dominés par les petites flûtes aiguës des femmes. En face, contre la cimaise, des jeunes gens se renversaient, comme si on leur avait chatouillé les côtes. (…) Le bruit de ce tableau si drôle devait se répandre, on se ruait des quatre coins du Salon, des bandes arrivaient, se poussaient, voulaient en être.
    (…) Ceux qui ne riaient pas, entraient en fureur : ce bleuissement, cette notation nouvelle de la lumière, semblaient une insulte. Est-ce qu’on laisserait outrager l’art ? De vieux messieurs brandissaient des cannes. Un personnage grave s’en allait, vexé, en déclarant à sa femme qu’il n’aimait pas les mauvaises plaisanteries. »


    L’hypocrisie de Zola, qui raille ici les bourgeois, est connue. En effet il a fourni sans scrupule à la bourgeoisie brutale une caution sans réserve, faisant l’éloge du travail quand les mineurs crevaient dans les puits, s’acharnant contre les derniers restes de l’Eglise et de l’armée, qui auraient pu faire trébucher ses commanditaires.

    Mais ce n’est pas le point où je voulais en venir. On est plutôt frappé dans cette description par la capacité à réagir des bourgeois, quelle que soit cette réaction. Ils seraient même capables de distinguer, selon Zola, différentes façons de "noter la lumière" !? Que l’on compare cette réaction à celle du bourgeois contemporain. Visitant un musée, siégeant à l’opéra ou au théâtre, il applaudira sur commande, quel que soit son rang. Qui aurait l’idée de faire un scandale au musée Pompidou, au milieu des fétiches en plastique, serait immanquablement dénoncé aux flics dans la minute qui suit.
    La bêtise du public est telle qu’elle a même ébranlé dans ses convictions modernistes mon pote Henri des Etats-Unis, pourtant élevé dans la propagande yankie, lorsque je l’obligeai, pour son édification, à suivre un groupe de badauds et leur guide, au Pompidou. Même les employés aux guichets y sont frappés d’une stupidité particulière que les caissières de supermarché n’ont pas, comme s’ils se prenaient pour les gardiens du Temple.

  • Table rase de la télé

    C'est toujours au moment de partager le magot qu'on voit le vrai visage des gangsters.

    "- Salauds de patrons libéraux, profiteurs !

    - Bande de syndicalistes irresponsables, khmers rouges  !"

    Mêmes visages écoeurants à gauche comme à droite, franchement il est difficile de dire si la vulgarité de Valérie Pécresse ou de Xavier Bertrand excèdent celle de Bernard Thibaut, ou si c'est l'inverse ? Je zappe aussi vite que je peux pour éviter ces visages mous et autoritaires à la fois. Je tombe sur Catherine Robbe-Grillet, égérie d'un autre académicien décadent (pas Jean d'Ormesson cette fois). C'est une sorte de mamie Nova du sado-masochisme, lancée dans des explications techniques : ennui mortel ! Elle dicterait sa recette de confiture de myrtilles, ça serait plus excitant. Seul cet acteur débile, François Berléand, sur le plateau, semble intéressé.

    *

     Le succès de Sade et du sadisme dans la France compassée des Droits de l'Homme peut paraître étonnant. En réalité, ça ne l'est que pour ceux qui ne connaissent pas Sade. Albert t'Serstevens fournit, lui, l'explication :

    "(...) A bien examiner l'affaire d'Arcueil, celle de Marseille et celle de La Coste, les seules applications réelles des principes du fameux marquis, on découvre qu'il ne s'offrait que des débauches de petit bourgeois, prostituées de bas-étage, boniches, laquais, le tout en catimini, dans des rues dérobées ou dans une retraite campagnarde (ce qui l'a d'ailleurs perdu) ; et pour finir, à petite dépense, car il a encore plus tiré le diable par la queue que le diable n'a tiré la sienne.

    Quelle autre allure ont dans la corruption le prince de Conti et tant d'autres dont les inspecteurs de M. de Sartine nous révèlent les perversions sexuelles, y compris la fustigation ! C'était priapisme de grands seigneurs, avec des femmes en vue ou même de qualité, un étalage au grand jour, qui bravait la réprobation de toute la noblesse et du roi lui même. Si les thuriféraires du triste Sade avaient impérieusement besoin d'une idole, que n'ont-ils choisis le maréchal Gilles de Rays, seigneur de Laval, qui, après avoir violé, torturé et décapité une centaine d'enfants, garçons et filles, mourut, la corde au cou (...).

    Rien de plus minable que l'affaire d'Arcueil. Ce glorieux marquis ramasse dans Paris une mendiante qui n'est ni jeune ni jolie, promet un mince salaire à sa complaisance, l'emmène en fiacre dans sa villa de banlieue, la fait se dépouiller de ses guenilles, la fouette et la scarifie sans conviction, et lui propose une indemnité pour acheter son silence. Ce sont là plaisirs de petit rentier, sans goût, sans raffinement, sans générosité. C'est l'économie dans la dépravation la plus banale.

    Car je n'ai pas besoin de le dire, ce prétendu novateur n'a rien inventé. La déformation sexuelle à laquelle il a donné son nom est vieille comme l'histoire et peut-être la préhistoire, à l'égal de la sodomie et du tribadisme. Tout ce qu'il érige en système est déjà dans Brantôme, dans Saint-Simon et dans Tallemant des Réaux. Il est seulement le premier à avoir délayé à l'infini ce sujet scabreux, à l'avoir poussé jusqu'au paroxysme, à avoir fait une théorie de ce qui n'est qu'un phénomène pathologique.

    Ses livres sont le produit d'une imagination surexcitée par l'abstinence, par l'impossibilité d'atteindre au réel, faute de moyens, même physiques, de partenaires et aussi de courage. Il a mis dans ses oeuvres toutes les rêveries d'une surabondance luxurieuse à quoi peut se complaire un onaniste. Les trois ou quatre fois qu'il tente de réaliser ses divagations solitaires, il ne rencontre, comme il fallait s'y attendre, que le bas et le médiocre : putains de bordel, valets, maritornes, bouges à punaises, fessées et martinets, petits coups de canif, grossesse ancillaire, et pour châtiment, au lieu de l'enfer éternel, la police, le cachot, le cabanon. (...)"

    Dans ces temps tristes de naufrage politique, on n'éprouve de réconfort que dans la fréquentation d'esprits aristocratiques tels que t'Serstevens. Les bons livres sont le meilleur remède contre la démocratie.

     

  • Marx pour les Nuls (4)

    Si on pouvait douter naguère du bien-fondé de la méthode d'investigation de Marx, le doute n'est plus permis aujourd'hui. Il y a cette preuve flagrante, il suffit d'appuyer sur le bouton de la télé pour l'obtenir : comment des types comme François Pinault, BHL, Guy Sorman, Finkielkraut, Sollers, Luc Ferry, et toute la clique, avec des idées aussi faibles, à faire passer Tariq Ramadan pour un humaniste, comment ce parti-là peut-il avoir le pouvoir et le conserver ?

    C'est précisément la preuve que son pouvoir vient d'ailleurs que de la poésie et des idées.

  • Marx pour les Nuls (3)

    Comment un marxiste peut-il reconnaître un libéral à coup sûr ? (Tous ne portent pas une casquette de base-ball ou des ray-ban, il en est même qui se disent trotskystes ou marxistes, voire catholiques.)

    Mon piège préféré : faire lire un roman d'Evelyn Waugh. Si le sujet rit, c'est qu'il n'est pas vraiment "libéral".

     Maintenant, comment reconnaître un PHILOSOPHE libéral ? Parlez d'art et de politique en même temps, tout naturellement. Ce sont des terrains où le philosophe libéral est très mal à l'aise. Déjà, il ne voit même pas le rapport.

     

     

  • Pragmatisme

    Ne dites pas "Rien ne va plus" mais "Tout va bien".

  • Triptyque politique (III)

    Quelle nation couve alors aujourd’hui le progrès et la modernité ? L’Inde, et plus encore la Chine, les pays musulmans, sont largement fantasmés par les bourgeois occidentaux afin de légitimer leurs politiques commerciales. On ne s’indigne de la dictature birmane à la télé que pour mieux trafiquer, dans la réalité, avec la Chine. Le “ressort” des libéraux, il n’est pas besoin d’aller le chercher bien loin. Un énergumène comme Guy Sorman, de retour de Chine, avoue la réalité de la misère matérielle et morale des Chinois, immédiatement avant d’énoncer que le système capitaliste est le meilleur des mondes possibles. De Sorman à Pangloss.

    Reste Poutine et la Russie. Plusieurs facteurs semblent indiquer que les Russes sont les seuls à ne pas avoir perdu la tête. C’est peut-être la seule chose que BHL a vue, c’est comme si son instinct lui avait révélé que la menace la plus sérieuse pour son compte en banque et son système de pensée débile se situe en Russie.
    En effet, Poutine semble s’efforcer de tenir en respect ce qui pourrait constituer en Russie une classe libérale irresponsable telle que celle qui s’est emparée du pouvoir à l’Ouest de l’Europe, une classe avec laquelle les catholiques n’auraient jamais dû collaborer : Bernanos l’a fait et il s’en est très vite repenti. Ça n’a pas servi de leçon à tous ces démocrates-chrétiens : Xavier Darcos, Patrice de Plunkett, Philippe Oswald, Philippe de Villier, Christine Boutin, etc.

    D’autre part, c’est une sorte de dialectique historique que Poutine réalise au plan idéologique. Au lieu de fonder la nouvelle nation russe sur des principes juridiques abstraits, comme les États-Unis, et sur une histoire entièrement fabriquée en conformité avec ces principes, au lieu d’amputer l’histoire comme ont fait les Français, Poutine fait la synthèse entre la monarchie orthodoxe et le communisme soviétique : foi et raison.
    Benoît XVI dit la même chose, mais il parle dans le désert, les occidentaux libéraux ne retiennent que les aspects secondaires de sa pensée, sur la liturgie, la famille, le débat dépassé sur le concile Vatican II, cette querelle désuète de moines désœuvrés.
    Le comble, c’est que la synthèse de Benoît XVI rencontre celle de Poutine, alors même que le pape est “interdit” de circuler en Russie. Ça n’est un paradoxe que pour les libéraux qui n’y entendent rien à la politique, ou pour les démocrates-chrétiens “œcuméniques”. Lorsque le figuier ne porte pas de figues on le coupe pour en faire du petit-bois.

  • Triptyque politique (II)

    Après les Etats-Unis et la France, passons au Royaume-Uni. Nul doute que les Britanniques surpassent en intelligence les Français. Ils n’ont pas élagué l’arbre en commençant par les racines, comme la bourgeoisie française.
    Ils n’ont pas renié Shakespeare comme nous avons renié Molière ou Racine. Mais les Britanniques, dissimulant derrière un double-jeu politique leur mépris pour la “civilisation” yankie, les Britanniques, pris à leur propre jeu machiavélique, ne savent plus très bien eux-mêmes où ils en sont, du côté de Shylok ou du côté d’Henri V.

    L’Allemagne, c’est une affaire entendue, après son écartèlement et sa décapitation, se réveille à peine. Ce raseur de Gunther Grass peut passer en Allemagne pour un penseur. Les Allemands en sont même réduits à importer pour se nourrir la littérature de Beigbeder, Eric-Emmanuel Schmitt ou Houellebecq !
    L’Allemagne, d’ailleurs, a-t-elle jamais vraiment existé ? Tout au plus de 1870 à 1943, et dans la cervelle embrumée de Maurras et des gaullistes.

  • Triptyque politique (I)

    « En Amérique, nous n’avons pas de tradition conservatrice aristocratique, ni de tradition marxiste ou socialiste. Nous sommes un pays fondamentalement libéral. Le spectre politique est plus limité qu’en Europe. »
    Samuel Huntington (“Manière de voir”, oct.-nov. 2007)

    En d’autres termes, l’élite nord-américaine n’a pas une conscience politique très développée, voire pas de conscience politique du tout, tout juste a-t-elle conscience, comme Huntington, de sa médiocrité.
    En effet, il se trouve que le marxisme d’une part, et le "conservatisme aristocratique" d’autre part, promu par des écrivains tels que Waugh, Barbey d’Aurevilly, Baudelaire, principalement, sont les deux pointes de la pensée occidentale. C’est parce qu’ils sont privés du marxisme et de la pensée réactionnaire aristocratique que les Yankis confondent l’invention du Viagra, de l’internet ou de l’I-pod, avec le progrès, la modernité.

    Un des points communs entre le marxisme et le “conservatisme aristocratique”, pour reprendre le terme d’Huntington, c’est la méthode historico-critique. Cette méthode a été abandonnée peu à peu en France depuis la révolution de 1789 sous les régimes bourgeois libéraux qui se sont succédés après que les fanatiques révolutionnaires ont perdu le pouvoir.
    Aujourd’hui la conscience politique, en France, malgré le recul historique dont nous bénéficions, est faible, étranglée par les démocrates-chrétiens, les socialistes, les libéraux de gauche et de droite, tous bâtards de la même idéologie funeste.

    Difficile de trouver en France de véritables réactionnaires, ou même des marxistes cohérents. Les penseurs marxistes français, Althusser, Balibar, etc., mélangent l’ordre des priorités chez Marx ; ainsi l’athéisme de Feuerbach n’est qu’un point de départ pour Marx et pas un point d’arrivée ! Eteindre le mysticisme, hégélien, de la pensée marxiste, est un contresens : ça revient à transformer le marxisme en système, en philosophie. Sans compter les sociologues ineptes comme Baudrillard ou Debord, qui ont pompé sur Marx quelques idées originales mais les ont maquillées avec des gadgets sociologiques roccoco.

    On a presque en France des penseurs marxistes “kantiens” ou "freudiens" : un comble ! La seule qui grimpe sur les épaules de Marx pour voir encore plus loin, c’est Simone Weil, et elle est presque entièrement marginalisée, diffamée dans “Les Temps modernes” de Lanzman par un yanki obtus.
    De Michel Onfray en passant par Luc Ferry jusqu’à Alain de Benoist, les idéologies les plus ringardes prolifèrent en France, qui fut naguère le pays des Lumières.

    Dans le domaine artistique, le terme de scandale n’est pas exagéré. La France qui, jusqu’au XIXe siècle, emportée par son élan, offrait un cadre politique à la production artistique la plus élevée, elle ne songe plus aujourd’hui qu’à singer le mercantilisme yanki. Quand j’entends parler d’art contemporain, je sors ma cravache.

  • Marx pour les Nuls (2)

    Depuis Jean-Jacques Rousseau, Diderot, Voltaire, la pensée libérale n'a fait que décliner, lentement mais sûrement. Pour être exact, elle a fait le chemin de la poésie à la logorrhée. Kant et Nitche sont des étapes décisives, que Schiller et Goethe compensent à peine.

    On va dire : "Mais les idées de Rousseau, celles de Diderot, déjà, sont bêtes !" Certes, mais Diderot, et surtout Rousseau, en sont conscients. Ils ne sont pas aveugles et entêtés. Lorsque l'abbé Galiani démontre à Diderot que les idées économiques libérales sont simplistes, Diderot l'admet sans faire la mule. On subodore que c'est le simplisme même de ces idées qui a séduit Diderot, esprit rêveur - qui retombe aussitôt d'ailleurs dans ses rêveries.

    Mais cette franchise d'un philosophe libéral à admettre son erreur, cette liberté-là est perdue depuis longtemps, il n'y a plus que de féroces crétins, qui, dès qu'ils dénichent un esprit libre, un esprit différent, d'où qu'il vienne, le traquent comme un lapin.

    Bête, Jean-Jacques ? Certainement pas, il choisit ses idées en fonction de leur beauté plastique et pas de leur vérité. Il a l'intelligence de son art. Au demeurant les idéologues libéraux ont pioché chez Rousseau ce qui les arrangeait. Si ce genre d'exercice avait de l'intérêt, on pourrait faire la démonstration que Rousseau n'est pas si loin de Maurras au plan des idées. "La politique d'abord", répète Rousseau.

    Le bon sens, Voltaire en avait sans doute un peu plus, mais il le gardait pour lui. On lui doit quand même Pangloss, qui préfigure le crétin capitaliste moderne, Guy Sorman par exemple, qui nous affirme, au nom du pragmatisme - tant qu'à faire -, que son système inéluctable est le meilleur des mondes possibles.

     Ils s'appelaient "philosophes" mais c'étaient des poètes, épatés par le bon sens anglais, qui leur était étranger. ll y a quelques jours à la télé, BHL était confronté à Daniel Herrero, une sorte de rugbyman poète. Le lyrisme de cet Herrero, qui n'est pourtant pas Chateaubriand, fit pâlir notre philosophe ; chose incroyable, il baissa même les yeux. Cet Herrero l'avait mis à poil. Ni conscience ni candeur.

     

  • Encore un essai ?

    Ça faisait trois ans déjà que je l’avais perdue, du jour au lendemain. Je la croyais loin de Paris, quelque part en Italie, en Allemagne, ailleurs. Et puis je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai tapé son nom dans "Google", puis dans l’annuaire. Elle était là, tout près, de nouveau. Je n’ai pas pu m’en empêcher, quelques minutes plus tard j’ai composé son numéro, comme un con. Je suis tombé sur lui. Toujours là. J’ai rusé, mais je crois qu’il a deviné… une voix de gosse inquiet ; la menace que j’avais fait planer autrefois sur la tête de ce brave type, car je suis sûr que c’est un brave type : un astrophysicien, ça ne peut être qu’un brave type - la menace était de retour. Merde, si ç’avait été un avocat ou un toubib, je n’aurais pas eu autant de scrupules, mais un astrophysicien, c’est désarmant.

    Les sentiments, c’est l’idéologie la plus difficile à vaincre. Je croyais m’en être débarrassé, depuis le temps. Qu’est-ce qui m’a plu, chez cette fille, en dehors de son cul et de ses molets, honnêtement, hein ? Bac+12 en littérature comparée et même pas foutue de connaître Céline, ni Von Salomon, ni Waugh ; ni même de lire Cicéron dans le texte ; et qu’est-ce qu’elle lisait, cette dinde, pour se distraire ? “Bonjour tristesse” ! Qu’est-ce qu’elle buvait, cette nouille ? De la tisane ! Ses idées politiques ? Aucune ! Elle disait qu’elle était de gauche mais elle ne savait pas bien pourquoi, ça faisait partie de son milieu… bon, pas de baratin, c'est déjà ça.
    Est-ce qu’elle baisait bien, au moins ? Mieux qu’une Française, mais c’est pas difficile, les Françaises sont tellement prévisibles, comme programmées.

    Alors quoi ? Peut-être c’est cette fêlure qui m'a touché, comme si elle avait connu la guerre, des temps difficiles, qu’elle savait que tout allait exploser dans la minute suivante.
    Et quand je lui parlais du bon Dieu et de ses saints, elle me regardait un peu comme si j’étais le type qui a le pot de colle qui va consolider la potiche brisée. Et en même temps, il se peut très bien que j’ai imaginé tout ça, vu qu’elle me regardait aussi en souriant, parfois, comme si j’étais zinzin.

    Merde, j’ai honte de ma faiblesse. Aussi loin que je rembobine le fil, ma conscience politique s’est toujours heurtée à mon penchant pour les gonzesses, et vice-versa. Déjà lorsque j’avais dix ans et que la poitrine replète de la petite Laetitia, dix ans aussi mais un châssis de vingt, me faisait l’effet d’un coup de couteau dans le bas-ventre quand je la regardais en coin, tandis que la peau cuivrée de la grande Valérie, deux ans de retard scolaire, soit cinq d’avance, la grande Valérie qui portait des corsages ajourés me faisait palpiter sur mon banc, je luttais, mieux que maintenant, parce que je voyais le commerce avec les gonzesses comme une sorte de truc nihiliste ou bouddhiste, un puits assez immonde dans le fond.
    La femme, c’est le repos du guerrier, d’accord, et pour la plupart elles ne désirent rien d’autre, ça saute auxyeux. Encore faut-il des guerriers.

  • Table rase de la télé (7)

    Altercation sur le plateau de Guillaume Durand entre deux philosophes contemporains, Michel Onfray et Jacques Attali :

    "- Libéral !

    - Irresponsable ! (c'est pareil)"

     Vont-ils s'entretuer ? Hélas non, la réalité de la promotion commerciale de leurs petits ouvrages les rattrape bien vite. Ils se réconcilient au pied de cet autel, à coups de compliments :

    "- J'aime beaucoup votre micro-crédit !

    - Et moi votre université populaire !"

    Xavier Darcos, la seule lueur d'intelligence qui brille au gouvernement, n'a pas de mal à mettre en miettes les petits fétiches de nos deux prophètes de bonheur.

    Mais lorsque le ministre de l'Education faisant l'éloge du pragmatisme et de la raison déclare qu'il fera tout pour s'opposer au pouvoir de l'argent dans l'Education nationale, on ne peut s'empêcher de penser à toutes les promesses que les démagogues de sa famille politique n'ont pas tenues. Et "C'est en vain que Sarkozy prospère..."

    Un symptôme intéressant : les trois interlocuteurs, le ministre en uniforme de ministre et les deux philosophes en uniformes de philosophes s'accordent pour dire que Marx et la révolution sont dépassés. Quand on se réclame de Nitche comme Onfray, il ne faut pas manquer de culot pour dire ça vu que Nitche était déjà ringard dès sa publication ; mais ce que pensent Attali, Onfray et même Darcos de Marx, on s'en beurre le museau, ce qui est intéressant c'est que Marx ait surgi tout d'un coup, comme ça, comme un spectre dans cette conversation entre bourgeois libéraux.

    *

    Sur une autre chaîne, encore un documentaire sur les kamikazes japonais du maréchal Ugaki. Ce documentaire occulte évidemment un fait historique majeur, à savoir que les Etats-Unis n'ont jamais remporté une véritable victoire militaire de leur histoire : avec toute leur armada ils n'ont pu aller au-delà de l'île d'Okinawa. La victoire des Etats-Unis sur le Japon est la victoire d'un terroriste, MacArthur, mieux armé, sur un autre terroriste, Ugaki. Ben Laden réveille de vieux souvenirs.

    Les documentaires sur les kamikazes sont assez nombreux sur les chaînes publiques, entre horreur et fascination. Logique, vu que le samouraï-kamikaze est en quelque sorte l'antithèse du démocrate libéral, de Michel Onfray par exemple.

     

  • Marx pour les Nuls (1)

    Je tombe par hasard sur le site d'Alain Soral sur une phrase de Roland Gaucher, un ex-pote de Le Pen aujourd'hui décédé qui dit à peu près : "Maurras et Karl Marx sont utiles pour qui veut bien comprendre la politique."

    En réalité, lorsqu'on lit Marx on comprend à quel point Maurras et la politique, ça fait deux. Bref, si on est pressé, on n'est pas obligé de lire Maurras, on peut passer à Marx directement.

    Quant à Le Pen lui-même, je ne crois pas à sa conversion au marxisme une seconde. Même s'il a un petit côté Lénine, fondamentalement Le Pen est un anarchiste, un trublion, ce qui explique pourquoi il a été séduit à la fois par les thèses libérales (Blot, Mégret, Le Gallou) et maurrassiennes. Le libéralisme, l'anarchie et le royalisme ne sont que trois facettes d'une même utopie, que chacun choisit en fonction de son tempérament.

    D'ailleurs Le Pen comme son pote Gaucher, je crois, est l'auteur d'une étude sur le mouvement anarchiste, je ne parle pas des guignols qui servent de service d'ordre à l'UNEF dans les manifs aujourd'hui.

  • Revue de presse (XIX)

    Je ne peux pas m'empêcher de jeter régulièrement un oeil dans l'hebdomadaire "Famille Chrétienne". C'est le dernier organe d'expression de la démocratie chrétienne, une idéologie en voie de liquéfaction. La plupart des démocrates-chrétiens sont devenus des démocrates tout court, des démocrates banals, sauf "Famille chrétienne" et de petits bulletins comme "La Nef", l'"Homme nouveau".

    Mais la démocratie chrétienne a joué naguère un rôle historique non négligeable, elle a même eu un homme fort en la personne du général De Gaulle.

     On écrira plus tard le tort que la démocratie chrétienne a causé au catholicisme en le compromettant avec le libéralisme et la démocratie. Il y a bien eu au XIXe des écrivains catholiques réactionnaires de talent pour s'opposer à cette trahison, Louis Veuillot et Léon Bloy en tête, et même un pape, Pie IX, mais en définitive ils ont perdu cette bataille, l'appui de la bourgeoisie libérale a permis aux démocrates-chrétiens de triompher.

    *

    J'étais surtout curieux de voir comment "Famille chrétienne" jugerait le cirque de Cécilia et Nicolas Sarkozy, qui ont transformé la politique française en mauvaise pièce de boulevard, ce bovarysme politique, alors que "Famille chrétienne" s'obstine à promouvoir le cadre familial comme le rempart le plus solide contre à la décadence des moeurs modernes, la famille que le Président de la République et sa deuxième épouse ont ridiculisée.

    La réaction du rédacteur en chef de l'hebdo, Philippe Oswald, la voici : "La rupture d'avec l'esprit de Mai 68 fut un leitmotiv de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Force est de constater qu'on reste loin du but (...). Car les esprits restent prisonniers de cette révolution libertaire qui érige les désirs et les satisfactions individuelles en norme du bien.

    Quel redressement espérer pour notre société, si chacun, jusqu'au sommet de l'Etat, s'enferme dans la recherche du souci de soi et en fait profession publique ? A cette sincérité-là, on préférerait, à tout prendre, cette bonne vieille hypocrisie qui savait, dans son vice, rendre hommage à la vertu."

    Assez comique, je trouve, cet hommage du démocrate-chrétien à l'ancien régime. En gros Philippe Oswald s'estime trahi par Sarkozy. Cette blague ! C'est plutôt les lecteurs de "Famille chrétienne", s'ils avaient deux sous de catholicisme, qui devraient se sentir trahis par Oswald et son magazine qui a fait campagne en faveur de Sarkozy.

    Et puis il n'y a pas de "révolution libertaire", ni d'"esprit de 68", c'est un mythe complet. Il y a au contraire une continuité du pouvoir et le terme de "manif de consommateurs frustrés" est plus adapté. Cohn-Bendit, un révolutionnaire ? Foutaises !

    Alors, une prise de conscience de la part d'Oswald et des démocrates-chrétiens ? Non, car "Famille chrétienne", sur le fond, est une véritable incitation à regarder la télévision, ne cesse de faire l'apologie du cinéma yanki le plus niais, d'Harry Potter, les plus étronimes sottises ; des prêtres psychologues navrants, Tony Anatrella par exemple, dispensent leurs conseils "zen" à deux balles sous couvert de "modernité"... Bref "Famille chrétienne" dégouline d'existentialisme chrétien. Et Oswald prétend faire de la politique ?? Toute l'hypocrisie démocrate-chrétienne est contenue dans cet édito d'Oswald ("Famille chrétienne", 27 oct.-2 nov.).

     

     

     

     

     

  • Dieu mais pas Maistre

    Plutôt que de qualifier Baudelaire de poète "romantique", il paraît plus juste vu que cet épithète est un vaste fourre-tout, de qualifier Baudelaire de poète "renaissant". C'est pour ça qu'il est moderne et réactionnaire à la fois. C'est aussi pour ça qu'il est puissant, car la force d'un art, ou d'une science, se mesure au nombre de ses rejetons, et Dieu sait que Baudelaire n'a pas manqué de suiveurs de génie.

    Baudelaire, même s'il a pu commettre certaines erreurs d'appréciation, et son engouement pour C. Guys est sans doute exagéré, est un naturaliste éclairé, c'est-à-dire qu'il laisse dans l'art place, non seulement à la nature, mais aussi à Dieu et à l'homme. Les artistes renaissants comme Baudelaire font un travail de REcréation, c'est ce qui leur donne cette profondeur. L'idée, qu'on prend en pleine figure chez Picasso, ou la nature en pleine pomme chez Cézanne ou un peintre impressionniste, se combinent subtilement pour vous envahir par les cinq sens, sans oublier le sixième, dans l'art renaissant, caricaturé par les critiques dits "modernes", pour qui Baudelaire a des mots durs, qui prennent la Renaissance pour une époque de géomètres-experts puritains, de savants froids.

    L'idée de romantisme indique plutôt une idée de nostalgie, à la limite du pastiche, et donc de décadence. Le vrai poète romantique, pour moi, c'est Proust, petit-bourgeois incapable de comprendre, contrairement à Baudelaire, la modernité de Sainte-Beuve, mais cependant auteur de quelques pages émouvantes où sa détresse est palpable, l'effort de se rattacher à de petites choses concrètes mais tellement friables, un album de photos.

    *

    Je suis quand même obligé d'avouer que lorsque Baudelaire explique que Maistre lui a "appris à raisonner", je suis étonné. Bloy reconnaît d'ailleurs la même filiation avec Maistre, bien que Bloy prétende ne rien entendre à l'art de Baudelaire.

    Je vois mieux le rapport entre Maistre et Maurras. Car le parti-pris, le systématisme, chez Maistre, on le retrouve presque à chaque page. Comme lorsque Maistre déclare que les femmes ont autant de dispositions que les hommes pour l'exercice du pouvoir politique ; jusque-là, rien à dire, l'histoire du Moyen-âge où les femmes ont eu le pouvoir plus souvent qu'aujourd'hui permet en effet d'observer qu'elles se comportent à peu près comme des hommes politiques. Mais lorsque Maistre avance que les femmes ont même plus de dispositions que les hommes pour l'exercice du pouvoir, on ne peut s'empêcher de trouver ses raisons infondées et qu'il pousse le bouchon un peu loin.

    Baudelaire, parfois idéologue - qui ne l'est jamais ? -, a cependant une vision beaucoup plus concrète des choses que son cher Maistre. Ce qu'il a peut-être appris de Maistre, c'est à ne pas se soucier de l'opinion commune sur les choses, ce qui est peut-être une définition de l'esprit aristocratique. On voit bien d'ailleurs que plus le temps passe, plus l'opinion publique dans tous les domaines semble dictée par des imbéciles dangereux et qu'il est urgent de s'en écarter.

  • Futur de Présent ?

    Je suis loin de partager toute les idées véhiculées par le quotidien "Présent". Quand par exemple un de ses critiques d'art, Samuel, y fait l'apologie de l'art de Corot contre celui de Delacroix ou d'Ingres, je ne peux me retenir de froisser mon canard de rage ! Corot, Cézanne, Monet, surtout pas de vagues ! Tout ça c'est de l'art bourgeois, une étape dans l'évolution vers l'art contemporain, encore plus mesquin : du tam-tam pour faire croire à la foudre et au tonnerre.

    En revanche, le parallèle établi par le même Samuel entre la liturgie catholique contemporaine et l'art contemporain est beaucoup plus raisonnable. Sur le sujet de l'art, les incantations des papes, de Pie XII à Jean-Paul II en passant par Paul VI, illustrent leur parfaite ignorance (de théologiens ?) en la matière, et ne sont pas très éloignées des slogans des critiques d'art contemporain branchés - peut-être pas aussi saugrenues mais aussi plates qu'eux. "Ils aiment l'art pur car ils n'ont pas d'yeux !" a-t-on envie de dire pour imiter Péguy. Alors que la devise de l'art créationniste et réactionnaire serait plutôt : "Celui qui a des yeux, qu'il voie ; celui qui a des oreilles, qu'il entende."

     Mais, étant donné que Marx m'a appris à raisonner, je ne peux pas me désintéresser du destin de ce petit quotidien "Présent", menacé de disparition. C'est en effet le seul quotidien à ne pas dépendre de subventions gouvernementales, ni, surtout, de la "manne" publicitaire, qui ne tombe pas du ciel contrairement à ce que les libéraux prétendent ; menacé de disparaître au moment où Jean-Marie Colombani, qui avait tenté d'étouffer par des procès les critiques de "Présent" contre "Le Monde", est récompensé de ses bons et loyaux services par Sarkozy, après avoir été viré du "Monde" pour sa mauvaise gestion, officiellement (en réalité parce que Colombani incarne de façon un peu trop voyante la compromission des élites médiatiques avec le pouvoir politique. La question de la rentabilité d'un quotidien comme le "Monde", dans la société capitaliste dans laquelle nous sommes, est une question qui n'a pas de sens. Le but du "Monde" n'est pas d'avoir des lecteurs et de dégager des bénéfices pour continuer à publier des idées, des études, des reportages ; non, le "Monde" est un organe de propagande essentiel, propagande pour les produits qui sont vantés dans les encarts publicitaires, propagande plus largement pour tout le système démocratique puisqu'on sait que les rédactions des chaînes de télévision s'écartent peu du copier-coller du "Monde", l'adaptant simplement au style "prompteur".)

    Il y a aussi "Charlie-Hebdo" et le "Canard enchaîné", mais ce sont des hebdos, et le "Canard" joue beaucoup sur le goût prononcé des Français pour la délation, comme d'autres torchons jouent sur le voyeurisme, etc. Les lecteurs attentifs de "Charlie-hebdo" auront quant à eux remarqué qu'on voit de plus en plus les dessinateurs de "Charlie-hebdo" à la télé, Tignous, Charb, en plus de cette tête de boeuf-carotte de Siné et de ce raseur de Philippe Val. Autant on pouvait admettre que le talent assez exceptionnel de Cabu s'impose jusqu'au "Club Dorothée", autant cette compromission générale des caricaturistes de "Charlie" avec les mass-médias, indique la "normalisation" de cet hebdo naguère satirique et impertinent, désormais aussi gélatineux que PPDA ou Guillaume Durand en fin de soirée.

     *

    Au fond, peu importe les idées défendues par "Présent", ou même le talent de ses rédacteurs, lorsqu'on lit un journal on pense presque toujours pouvoir faire mieux, je suis le premier à m'agacer de l'américanophilie primaire -ANTIFRANCAISE - d'un type comme Alain Sanders (comme quoi on ne se remet pas toujours d'avoir trop regardé de westerns dans son enfance), peu importe, si "Présent" vient à disparaître ce sera un événement significatif, que dans un pays où on ne cesse de claironner la liberté d'expression, le seul quotidien libéré des entraves de la publicité disparaisse.

    Encore une fois comment un marxiste resterait-il indifférent à ce phénomène ? D'ailleurs les penseurs politiques qui avaient anticipé d'un demi-siècle au moins l'état d'oppression dans lequel nous sommes aujourd'hui enfoncés, oppression des idées, de la science, de l'art, bref de tout ce qui est spirituel, système dans lequel les médias jouent un rôle déterminant, tous ces penseurs, je pense à Orwell, Huxley, Waugh, Simone Weil bien sûr, étaient marxistes ou catholiques, ou marxistes ET catholiques. Et on voudrait me faire avaler que le succès actuel de Kant, de Nitche, de Heidegger, de Lévinas, de Jeanne Arendt, bref de tous ces grands nuls, n'est qu'une coïncidence ?

     

     

  • La station à Môquet

    Le conseiller de Sarkozy, Henri Guaino, a eu avec cette idée de faire lire la lettre de Guy Môquet en public, une idée digne de BHL, de l'aveu même de ce dernier.

    BHL et Guaino ne sont pas dans le même clan, mais ils ont les mêmes idées. Bien que je ne sois pas moi-même baptisé dans la religion laïque, je relève quand même au passage que l'art napoléonien - les grandes toiles de David -, aussi "pompier" soit-il, contient autre chose que les purs artifices agités par BHL et Guaino. Le Marat de David est moins ridicule que le Môquet de Guaino.

    Sarkozy ne comprend-il pas que si les slogans généreux de Mitterrand, ses idées humanistes, ont pu paraître neuves en 1981, aujourd'hui tout ce fatras idéologique a un goût de déjà vu et de moisi. La sincérité qui était encore possible dans les années 80, je me rappelle un type hospitalisé qui avait pieusement piqué un poster de Mitterrand au-dessus de son lit, cette sincérité s'est dissoute dans le capitalisme. Qui nourrit encore des illusions à l'égard de ce régime ? Les capitalistes ou les ex-colonialistes comme BHL désirent préserver leur capital le plus longtemps possible, alors ils sont obligés d'y croire dur comme fer, mais ils sont bien les seuls.

    L'idéologie mitterrandienne est complètement "rassise" et ce n'est pas les penseurs du "Figaro" qui vont allumer une autre flamme.

    *

    La lettre de Môquet n'est qu'un bon exemple parmi d'autres. Peu importe au fond que Guy Môquet n'ait pas été un vrai résistant, qui en veut réellement à Sarkozy de déformer ainsi l'histoire dans ce pays ? Cette propagande arrange tout le monde. L'assentiment donné à cette politique d'auto-satisfaction, de gauche comme de droite, est quasi-général parce que ce brouillard dissimule que notre société capitaliste contemporaine est plus compromise encore avec la barbarie que celle de nos grands-parents.
    Débarrassé de la propagande, on est forcé de reconnaître que l'Allemagne "nazie", avant guerre, est une société démocratico-capitaliste, Hitler étant soutenu par les grands industriels de son pays comme Sarkozy est soutenu par Bouygues, Lagardère, Dassault, Bolloré, etc., et soutenu par le "peuple", l'opinion publique, à qui il ne faut pas demander un discernement trop grand.

    La société capitaliste nazie a en outre réussi le socialisme comme la gauche française n'a pas réussi à le faire, mettant en place une solidarité sociale plus réelle que celle qui existe aujourd'hui en France, largement théorique et enfermée dans la bouche de quelques starlettes compatissantes.

    La vérité historique rend libre, mais qui veut de cette liberté ? La propagande est si confortable ! Elle permet de se soulager la conscience à si bon compte : il suffit de porter un pin's, comme BHL : "Touche pas à mon pote !"

    La vérité obligerait presque toute la société française à se remettre en question.
    Ainsi les démocrates-chrétiens ont voté majoritairement pour Sarkozy aux dernières élections. Le gouvernement de Fillon (qui aime se recueillir dans l'abbaye de Solesmes) entend-il faire quelque chose contre le suicide collectif de la société française, 200.000 avortements par an ? A-t-on entendu un seul des dignitaires démocrates-chrétiens, Mgr Barbarin par exemple, envisager de demander des comptes sur ce plan à Fillon ou Sarkozy ? Non, les évêques préfèrent faire des moulinets avec leurs goupillons en direction de Le Pen. Ça, ça ne mange pas de pain.

    *

    Cette affaire Môquet illustre la tendance nette de la société française, de plus en plus modelée par les médias, à ne plus se poser de questions morales que sur un mode virtuel : "Si j'étais né en 1917 à Leidenstadt, aurais-je fait partie de ces gens-là ?" ; à cette question stupide posée par un chanteur populaire fait écho cette interrogation de Mgr Vingt-Trois, cardinal désormais, se demandant si l'Eglise n'aura pas à se repentir dans le futur d'avoir été complice du crime de l'avortement généralisé (?). Nous vivons dans une société où les évêques ne sont pas moins stupides que les chanteurs populaires, par conséquent, et où, sûrement, ils ont moins de pouvoir.

    La différence entre Molière et La Fontaine d'une part, et Guaino et Môquet de l'autre, c'est que les deux premiers sont des révélateurs de la bassesse commune, acceptés par leur époque comme tels, tandis que Môquet et Guaino ne sont que des masques hypocrites, des cache-sexe puritains qui ajoutent à la bêtise universelle.