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Lapinos

  • Vers un durcissement de la guerre ?

    Quelques mots sur le concept de "IIIe Guerre mondiale" : le découpage des guerres industrielles capitalistes en plusieurs tranches est, dans le meilleur des cas, scolaire, mais il n'est pas historique. Impossible de comprendre le XXe siècle sans comprendre le fonctionnement de l'économie capitaliste et le phénomène d'autodestruction de l'Allemagne, de 1870 à 1945 ; l'Allemagne a survécu à son suicide, dira-t-on ; en effet, mais elle est passée de la première puissance mondiale à une sorte de gros cartel capitaliste qu'un commando de la CIA peut se permettre d'attaquer sans provoquer de réaction.

    Il faut donc prendre le phénomène capitaliste de la désindustrialisation en compte pour comprendre la IIIe Guerre mondiale en cours. L'usage des drones, en complément du déluge d'obus, en est peut-être le symbole ; de même que le rôle de conseillers techniques (SAV) joué par les "conseillers militaires" américains et britanniques auprès de l'armée ukrainienne. Un autre aspect "tertiaire" de la guerre sur le front ukrainien est le soutien financier extraordinaire de "l'Etat profond" étatsunien, pour reprendre l'expression de D. Trump, à la population civile ukrainienne.

    L'ONU et la fiction du droit international empêche les médias de masse de parler de "IIIe Guerre mondiale", car ce serait dévoiler le rôle de l'ONU, avouer que cette organisation n'a jamais servi à rien d'autre qu'à méduser l'opinion publique.

    La relative stabilité de la ligne de front a permis aux médias de masse d'occulter la défaite du consortium militaro-industriel étatsunien face au consortium russe. La volonté de V. Poutine de ne pas humilier Donald Trump est sans doute tactique : il y a d'ailleurs un proverbe qui dit qu'un animal blessé à mort peut s'avérer très dangereux. La défaite des Etats-Unis de Joe Biden a des conséquences que Donald Trump a choisi d'assumer à sa manière. Faire porter le chapeau à V. Zélinsky, l'humilier pour dissimuler le revers humiliant subi par les Etats-Unis est plutôt habile.

    La victoire de V. Poutine est peut-être une victoire "à la Pyrrhus". L'Ukraine est en ruine, et la seule carte dont dispose V. Zélinsky est de vendre l'Ukraine comme la seule armée dont l'Union européenne dispose désormais.

    L'Union européenne n'a rien gagné dans cette guerre, qui lui a été imposée comme à l'Ukraine par des belligérants plus puissants, qu'un marasme économique encore plus grand.

    Le premier ministre britannique Keir Starmer et Emmanuel Macron font semblant de prendre la proposition de V. Zélinsky au sérieux. On peut se demander si la volonté du chef de l'Etat français de faire la guerre à tout ce qui bouge n'est pas d'abord une tactique politicienne intérieure, destinée à masquer son bilan économique et l'étiolement de l'Union européenne. E. Macron semble avoir une fâcheuse tendance à confondre la politique avec le jeu de poker.

    La proposition de V. Zélinsky ne s'adresse sérieusement qu'à l'Allemagne et son nouveau chancelier. Seule l'Allemagne a la capacité de soutenir financièrement et industriellement l'armée ukrainienne. L'Allemagne est, de surcroît, l'Etat qui a perdu le plus au cours des trois années de guerre ; avec la Pologne, elle accueille un grand nombre de réfugiés ukrainiens. Il n'est sans doute pas difficile de réveiller chez les Allemands la peur de l'invasion russe. Le risque d'une guerre de plus haute intensité, voire nucléaire, se situe donc en Allemagne où la liberté de la presse est encore plus réduite qu'en France.

    Le bloc germano-ukraino-polonais est largement capable de faire jeu égal avec la Russie, et l'équivalence des forces équivaut à une menace de guerre nucléaire. Après le fiasco de son "opération spéciale", V. Poutine a très vite changé son fusil d'épaule et s'est engagé dans une guerre économique d'usure contre les Etats-Unis, bien plus efficace. Il est devenu -presque à l'insu de son plein gré- "le leader du monde opprimé par le monde libre", ce que les dirigeants soviétiques furent plus ou moins avant lui.

    Pour cette raison D. Trump est le meilleur allié de V. Poutine ; il peut lui permettre de "capitaliser" sa victoire au plus vite, et d'éteindre ainsi le menace allemande, la plus sérieuse. Cela dit la marge de manoeuvre de D. Trump est étroite, comme en atteste la radicalité de son discours.

    Si Homère propose une théorie antimoderne de la civilisation comme un rempart contre la guerre, c'est parce que celle-ci expose au pire fléau pour l'espèce humaine : le hasard. Il n'est pas seulement "le dieu des imbéciles", suivant le mot d'esprit, mais aussi celui des intellectuels (Pangloss dans "Candide").

    On doit faire observer ici la volonté constante des élites françaises, depuis 1870, qu'elles soient en mesure ou non de mener la guerre, de vouloir conduire les Français au massacre. Bien qu'Emmanuel Macron soit à peu près impuissant, il ne peut pas s'empêcher de piétiner les pourparlers de paix entre la Russie et les Etats-Unis.

    Les meilleures chances d'éviter une guerre plus intensive et plus destructrice ne sont pas entre les mains des élites françaises ou allemandes.

  • Le Coup d'Etat permanent

    La jeune génération, dont la mémoire est systématiquement effacée par les écrans de télévision, ignore que la "révolution MAGA" a déjà eu lieu en France en 1981 : "l'Etat profond", c'est alors l'Etat gaulliste et sa constitution monarchique, conçue pour annihiler la république parlementaire, accusée de la défaite française de 1940.

    Dans un ouvrage paru dans les années 60, au titre éloquent - "Le Coup d'Etat permanent" - François Mitterrand faisait le procès des institutions bonapartistes mises en place par le général de Gaulle et son constitutionnaliste Michel Debré. On note au passage le soutien du parti communiste français et des grandes centrales syndicales au régime monarchique républicain, et l'évolution du communisme vers un corporatisme ouvrier.

    Non seulement ce dispositif gaulliste-bonapartiste est antirépublicain, mais il représente selon F. Mitterrand une menace d'évolution vers un pouvoir technocratique. C'est à croire que F. Mitterrand avait lu "1984" !

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  • Précisions à propos de l'Apocalypse

    La Bibliothèque nationale de France-F. Mitterrand (Paris 13e) organise actuellement une expo. sur le thème de l'Apocalypse à travers les âges, exposant notamment des livres d'heures enluminés millénaires, ainsi que des oeuvres d'art contemporaines sur ce thème pittoresque.

    Cette expo. s'accompagne d'un épais catalogue comportant de nombreuses reproductions et quelques commentaires confiés à des historiens et divers théoriciens. Ceux-ci s'efforcent de replacer l'Apocalypse dans le contexte laïc contemporain, ce qui n'est pas forcément illogique car l'Apocalypse suscita l'intérêt des humanistes au cours de la Renaissance ; le cas d'A. Dürer est le plus fameux, puisque cet artiste allemand, proche du courant humaniste, illustra avec soin l'Apocalypse, y ajoutant un portrait de l'ange déchu (Satan), intitulé "Melancolia I".

    L'interprétation laïque de l'Apocalypse peut cependant prêter à confusion en France où laïcité rime parfois avec athéisme.

    Du point de vue chrétien, si l'Apocalypse rompt par la forme fabuleuse avec les évangiles et les épîtres de Paul, elle est en concordance avec l'annonce évangélique de la fin des temps par le Messie lui-même. L'Apocalypse présente une difficulté d'interprétation supplémentaire, mais le Messie s'exprime lui-même en paraboles, qui n'ont pas toujours été comprises ni interprétées de façon univoque, bien que l'exégèse de Paul fasse autorité pour beaucoup de chrétiens (même si les théologiens catholiques soutiennent contre Paul que les oeuvres humaines sont une voie de Salut).

    - Une historienne fait ce rappel -utile- que l'Apocalypse n'est pas, du point de vue chrétien, synonyme de "catastrophe". Non seulement la fin du monde dominé par Satan est une bonne nouvelle pour les chrétiens, mais l'Apocalypse est un message d'espérance, puisqu'elle annonce la victoire finale du camp des saints ; elle réconforte les chrétiens qui vivent pendant "le règne de la prostituée", au cours duquel les chrétiens "charnels" tiennent le haut du pavé, et qui précède la fin des temps. Cette vision provoque l'étonnement de l'apôtre visionnaire.

     - Il aurait fallu rappeler aussi que l'Apocalypse resta mal comprise au Moyen-Âge ; elle est bien moins emblématique de la culture médiévale que la poésie ésotérique de Dante Alighieri, qui mélange la philosophie païenne de Platon et les références chrétiennes. L'esprit de la prophétie est en lien avec les prophéties juives, tandis que celui de Platon est géométrique (égyptien), et "le nombre de la bête" est "un nombre d'homme".

    Le théologien catholique Thomas d'Aquin, responsable d'un syncrétisme assez confus entre la philosophie idéaliste grecque et l'enseignement du Messie, n'a fait que quelques commentaires sans grande portée à propos de l'Apocalypse.

    - Il semble que Shakespeare désapprouve l'usage polémique de l'Apocalypse par les disciples de Martin Luther, contre l'Eglise romaine et les potentats catholiques, assimilés à une nouvelle Babylone à visage chrétien. Il s'agit-là d'un usage séditieux, alors que la guerre sainte est une guerre spirituelle (Luther reprochait justement à l'Eglise romaine de ramener la Foi au plan temporel à travers les sacrements).

    - L'Apocalypse de Jean confirme la définition du satanisme que l'on peut déduire des évangiles et de Paul de Tarse comme "un effort à visage chrétien pour subvertir la Foi chrétienne", c'est-à-dire la pierre angulaire du Salut. Autrement dit, il n'y a pas de satanisme "extérieur" au christianisme. Bien qu'il se proclame "antéchrist" et multiplie les blasphèmes odieux dans son oeuvre, F. Nietzsche n'est pas "satanique" (la fréquentation des néo-païens "identitaires" n'est pas pour autant souhaitable) ; les disciples de Mahomet ne sont pas non plus "sataniques" pour la même raison (ils se situent à l'extérieur de la communauté des disciples de Jésus-Christ).

    Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi le "christianisme identitaire" est nécessairement satanique : d'une manière générale, contre les Pharisiens, le Messie reconnaît comme ses disciples ceux qui accomplissent des actes d'amour (le Samaritain), et non ceux qui se répandent en discours chrétiens. Si le "France, fille aînée de l'Eglise" est un slogan identitaire bien connu, tombé en désuétude depuis que le nombre de catholiques-pratiquants a fondu, on retrouve un dispositif identitaire similaire plus vivace au niveau de l'Union européenne.

  • Voltaire ou Rousseau ?

    Avec le gaullisme, c'est l'idéologie politique de Charles Maurras qui triomphe paradoxalement en 1958 ; paradoxalement, car l'infamie attachée à son nom, depuis la sentence de trahison en janvier 1945 contre lui, n'a pas empêché l'antiparlementarisme, au coeur de sa doctrine, de s'imposer par l'intermédiaire du général de Gaulle (et le soutien du parti communiste !).

    Annihiler le parlement pour restaurer l'aura et l'efficacité du pouvoir monarchique est incontestablement un projet maurrassien. Il faut parler d'idéologie ou de doctrine à propos de Maurras, car son système politique ne s'appuie pas sur des connaissances historiques sérieuses. Ainsi le catholicisme a joué un rôle centralisateur puissant (Henri de Navarre ne s'est pas converti pour rien au catholicisme), que Maurras ignore absolument, lui préférant des thèses à la limite du complotisme.

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  • L'anticapitalisme est un humanisme

    Un correspondant catholique m'objecte que mon anticapitalisme est naïf et qu'il ne peut être cohérent car le capitalisme est tentaculaire : on ne sait où il s'arrête et où il commence.

    Ce correspondant suggère que le capitalisme compromet tout le monde, même les anticapitalistes. Selon moi, une femme arabe égorgée avec ses trois enfants par un groupe terroriste islamiste manipulé par la CIA est tout de même moins compromise qu'une publiciste qui proclame que les Etats-Unis sont "le camp du bien", et qui étaie cette doctrine par une citation de l'apôtre Paul.

    Jésus-Christ ne pose nulle part la pureté comme préalable au combat chrétien. ll y a une différence entre être pécheur et faire l'apologie du péché ; cette différence permet de tracer une frontière assez nette entre les capitalistes et les anticapitalistes entraînés malgré eux dans ce mouvement de corruption à l'échelle mondiale, et qui portent sur eux "la marque de la bête".

    La métaphore de la pieuvre est assez juste, et guère éloignée de la métaphore biblique du léviathan. Les chrétiens shakespeariens savent grâce à Shakespeare de quoi est faite la tête du poulpe : du pacte judéo-chrétien, passé entre les marchands chrétiens de Venise et le Juif Shylock. Ils se méprisaient et se haïssaient mutuellement, mais néanmoins ils ont passé entre eux un pacte fondé sur la chair.

    Ainsi les chrétiens lecteurs de Shakespeare, et même les païens, reconnaissent-ils très facilement les judéo-chrétiens babyloniens et leurs oeuvres.

  • Mérites et limites des Gilets jaunes

    (Rédaction en cours d'un essai sur les mérites et les limites du mouvement des Gilets jaunes - à paraître bientôt).

    L'importance de la très longue grève perlée des Gilets jaunes se mesure à la réaction du pouvoir oligarchique, à la fois surpris que l'on puisse s'opposer au cap fixé par la technocratie franco-bruxelloise, et assez inquiet pour déployer des moyens policiers extraordinaires, qui ont éberlué le monde entier, même si des mouvements analogues à celui des Gilets jaunes ont éclaté aux Etats-Unis et dans toute l'Europe depuis le krach de 2008.

    Dans quelle mesure la pandémie n'a pas été une aubaine pour le système oligarchique aux abois, en lui fournissant une raison sanitaire de transformer la France en prison à ciel ouvert ? La crise sanitaire aura été l'occasion, on l'espère, pour de nombreux Gilets jaunes, de lire ou relire George Orwell, en prêtant attention au rôle qu'il attribue à la peur dans la constitution de l'Etat totalitaire. Big Brother est un Etat paranoïaque. En même temps qu'il a ressoudé l'Etat derrière l'institution médico-policière, le confinement a accru dangereusement la dette de cette Etat.

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  • François, le dernier pape ?

    Commençons par dire pourquoi l'acharnement thérapeutique, dont le pape François à l'agonie a fait la promotion, n'est pas évangélique : le Messie, envoyé de Dieu pour corriger le clergé juif, sachant qu'il allait être torturé et mis à mort, a réclamé à son Père d'éloigner de lui la coupe des supplices et des souffrances.

    L'Amour pédérastique (Roméo & Juliette) est d'ailleurs le fils caché de ce masochisme insane.

    L'Eglise romaine est-elle à l'agonie, comme son chef, le pape François ? N'est-elle pas en train de mourir étouffée dans ses nombreuses contradictions, dont la plus flagrante est que le catholicisme, comme son nom l'indique, n'est pas un occidentalisme ?

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  • Le grand bluff de Donald Trump

    Les caricaturistes qui représentent Donald Trump en joueur de poker ont un regard marxiste sur l'actualité géopolitique. La vulgarité de Trump elle-même est celle du joueur, tantôt palpant ses gains, tantôt faisant la moue face à ses pertes.

    L'Europe n'est pas en reste, car la longévité du président Emmanuel Macron s'explique largement par son talent de bluffeur. On rit encore de la façon dont il a convoqué les crétins gauchistes et les crétins droitistes aux urnes en leur faisant avaler que ça changerait quelque chose aux règles fixées à Bruxelles, sur lesquelles il n'a pas plus de prise qu'un joueur sur la Banque.

    "Emmanuel Macron régna sur un peuple de boursicoteurs", diront les chroniqueurs de ce temps.

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  • Ma théorie du genre

    Les féministes (fondamentalistes) introduisent le sexisme dans la littérature en voulant réécrire les oeuvres du passé au féminin, pour y ajouter une sensibilité féminine qui ferait défaut aux oeuvres d'un passé obscurantiste.

    Pour ma part j'ai tendance à croire que le manque de sensibilité des femmes explique qu'elles soient sous-représentées dans la littérature ou dans les arts. Tâchons d'être plus précis : la résilience, qualité que l'on prête à juste titre plutôt aux femmes et aux enfants, constitue un handicap sur le plan artistique.

    Prôner la capacité d'adaptation comme le principe d'amélioration de l'espèce, c'est faire l'éloge des escrocs, disait humoristiquement Alphonse Allais, car ils sont les mieux adaptés à toutes les circonstances sociales ; c'est aussi faire d'une qualité féminine le moteur de l'Histoire. Charles Darwin est peut-être le théoricien le plus féministe ; il n'y a rien d'étonnant à ce que certaine féministe ait déduit du darwinisme une théorie de la supériorité du sexe féminin.

    Le sentimentalisme est l'expression la plus commune de cette insensibilité. Les femmes-artistes ou les femmes de lettres sont ordinairement peu sentimentales. En lisant il y a quelques années "Autant en emporte le vent", pour me faire ma propre idée sur ce roman décrié, je notai à quel point il était peu sentimental. Je me fis la réflexion qu'un homme aurait pu l'écrire, non pas parce que l'héroïne est une vraie garce, mais parce qu'il dissout le sentimentalisme petit-bourgeois qui s'est développé comme un prurit aux Etats-Unis au XXe siècle, inondant le monde par le biais du cinéma, qui n'a que rarement le goût amer des bons romans.

    A propos d'Hannah Arendt, femme-philosophe, je ferai une remarque un peu différente. Son propos est très éloigné du slogan "La femme est l'avenir de l'homme.", qui traduit ou reflète l'esprit moderne totalitaire (dans la mesure où il s'impose de façon dogmatique) ; non pas tant à cause du plaidoyer d'H. Arendt en faveur de l'autorité (l'Etat totalitaire n'est pas un Etat autoritaire car la domination sadique et la manipulation ne sont pas l'Autorité), qu'en raison de son plaidoyer pour la "praxis", que cette helléniste oppose à la "poiésis".

    Cette remarque sur la disparition de la "praxis" au stade totalitaire - c'est-à-dire de l'action politique - est exactement celle que fait Orwell dans "1984", avec d'autres mots, montrant que Big Brother est entièrement occupé par une production poétique très petite-bourgeoise. Or, tandis que les Muses régnaient sur la "poiesis", représentant ses différentes formules, Ulysse incarne chez Homère la "praxis" : il est animé par l'intérêt général, et non par un rêve de gloire comme Achille.

  • Ordalie capitaliste

    Tout le monde connaît l'ordalie suivante : - Que feriez-vous si vous gagniez 100.000 euros au loto ?

    Le capitaliste de droite se précipite au casino pour essayer de doubler la mise, car c'est un type qui a de l'ambition. Le capitaliste de gauche se précipite chez son patron pour lui donner la somme en espérant ainsi sauver son usine au bord de la faillite, car c'est un type qui a du coeur. L'usine, qui fabriquait des produits démodés, mettra quand même la clef sous la porte quelques mois plus tard. Son patron l'avait pourtant prévenu qu'il n'y avait rien à faire !

    L'anticapitaliste, lui, ne joue pas au loto, car il est trop attaché à sa liberté. Non, pas comme Diogène ; lui, c'est à sa tranquillité qu'il est attaché, comme un moine à son monastère.

  • Le nazisme en 2025

    Le nazisme, en 2025, c'est V. Poutine et sa tentative de « blitz » en Ukraine, selon V. Zélenski et les Etats-Unis qui le soutiennent ; pour V. Poutine et le peuple russe, au contraire, il ne fait pas de doute que l'Ukraine de V. Zélenski représente le néonazisme. Mais encore, pour certains, le nazisme c'est l'islam révolutionnaire ou terroriste qui voudrait renverser l’Occident et prendre sa place ; tandis que d'autres voient dans l'élimination de plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens par Israël et les Etats-Unis une preuve que le sionisme est un néonazisme.

    Le nazisme en 2025 est à la fois partout et nulle part. Traiter le parti adverse de nazi, compte tenu de l’infamie qui s’attache à ce courant politique, est devenu un moyen de diffamation courant, proche de l’usage des termes « juif » ou « communiste » utilisé par la propagande du parti nazi. C’est ici le plus bel hommage rendu à J. Goebbels, quoi qu’il soit indirect.

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  • Pourquoi le cinéma est fasciste

    Le critique artistique Walter Benjamin, réfugié à Paris à la fin des années 1930, avant de devoir fuir en Espagne en raison de la défaite française, a expliqué pourquoi le cinéma est un art fasciste. A l'instar du fascisme, dit-il en substance (dans "L'Oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique"), le cinéma a pour fonction d'empêcher la "conscience de classe" de se répandre dans les classes subalternes. C'est ici le rôle du fascisme en période de crise capitaliste, quand la menace révolutionnaire est accrue - dans ce cas la bourgeoisie sociale-démocrate est contrainte de renoncer aux apparences de la démocratie.

    De fait, la mystique totalitaire de "l'unité nationale", qui masque les conflits plus ou moins ouverts entre les différentes classes sociales, qui se tiennent en respect mutuellement, cette mystification est largement cinématographique. Un Français qui lit des bouquins d'Histoire, quelle que soit la classe sociale à laquelle il appartient, sait que "l'unité nationale" relève de la propagande nationaliste, indispensable pour mobiliser des troupes et l'opinion publique en temps de guerre. S'il y a une chose particulièrement abjecte et décadente dans le régime de Vichy, c'est sa propagande, non pas seulement parce qu'elle est antisémite, mais parce qu'elle est conçue pour abuser tous les citoyens systématiquement.

    La propagande européiste (1960-2025) s'encombre aussi peu de la réalité des conflits sociaux, cette fois à l'échelle internationale, que les discours nationalistes précédant le conflit mondial.

    Hollywood a joué un rôle décisif au XXe siècle afin de constituer une propagande nationaliste-fasciste dans une nation -les Etats-Unis-, culturellement assez hostile à l'idée nationale, et plus soudée autour de l'idéal démocratique, idéal qui ne s'est jamais concrétisé dans toute l'histoire moderne, dans le cadre d'une "nation".

    George Orwell n'aurait pas contredit W. Benjamin, d'autant moins que ce dernier pointe particulièrement les "actualités cinématographiques filmées", moyen de sidération particulièrement efficace et qui contribua à diffuser l'antisémitisme en Europe. Les actualité filmées sont, bien plus efficacement que la presse écrite, un moyen de falsifier en temps réel l'actualité politique - à la manière de CNN lors du conflit opposant les Etats-Unis à l'Irak. Avant que le complotisme ne prenne de l'ampleur, Orwell a illustré dans "1984" qu'il constitue une brèche dans le mensonge d'Etat.

    Orwell fulminait en outre contre la ligue de football britannique, bien avant que le football ne devienne un genre cinématographique à part entière, à l'échelle mondiale, remplissant parfaitement la fonction fasciste qui consiste à maintenir la plèbe au niveau sentimental. Ici on peut vérifier l'équivalence posée par Orwell entre le fachisme, le communisme et la démocratie-libérale, idéologies très proches en dépit de la haine qui les sépare.

    W. Benjamin caractérise le cinéma capitaliste comme un cinéma fasciste, en raison de son mode de production antirépublicain. Il souligne de cette façon que le discours et l'art nationaliste sont liés au capitalisme. La peinture fasciste de Marinetti se distingue par l'effort de cet artiste pour donner l'illusion du mouvement à des totems du capitalisme, tels qu'une locomotive ou une automobile.

    On constate que le patriotisme, l'attachement à une région délimitée, qui n'est pas nihiliste, a été éclipsé par le nationalisme au stade du développement industriel capitaliste. Dès le début du XXe siècle, la propagande nationaliste est indissociable de l'économie capitaliste. Certaines oeuvres littéraires patriotiques, souvent taxées de "régionalisme", ont persisté au-delà du fascisme, du nazisme, du stalinisme ou du discours impérialiste américain soutenu par Hollywood. La poésie nationaliste est dépourvue de caractère patriotique, dans la mesure où elle est adaptée aussi bien au Japon qu'à l'Allemagne, la Corée du Nord ou la France.

    Il est intéressant de noter que Benjamin fait une exception pour le cinéma de Charlie Chaplin, le cinéma burlesque d'une manière général ; pourquoi ne le qualifie-t-il pas de "fasciste" ? Le cinéma de Chaplin ne contribue pas à créer un sentiment illusoire de communion nationale, il est irréligieux. Quiconque a vu "Les Temps modernes" (1936) comprend aisément pourquoi Chaplin est le moins moderne des cinéastes, loin d'adhérer à la phénoménologie de l'esprit du cinéma fasciste ou fascisant. Chaplin ne dissimule rien du statut de l'ouvrier dans l'économie capitaliste, entériné par l'Etat de droit bourgeois. "Les Temps modernes" illustre le propos de Karl Marx sur la transformation de l'être humain en objet par le travail capitaliste ; la liberté, fruit du travail promis par le nazisme ou le libéralisme, n'est autre que la mort.

    Le cas du "Dictateur" (1940) est plus discutable, car Chaplin, volontairement ou non, conforte avec ce film la propagande totalitaire qui fait de la folie criminelle d'A. Hitler une explication du déclenchement et du déroulement de la seconde guerre mondiale, négationnisme sans doute grossier, mais très efficace. Hitler n'était pas plus fou que Napoléon Ier.

    Le ridicule, souligné par Chaplin, n'est pas propre à Hitler, et cela bien que le goût pour les parades de toute sorte soit très développé en Allemagne, il est inhérent à la démagogie, ce qui explique qu'une bonne partie du cinéma fasciste américain semblera à la fois ridicule et mortellement ennuyeux à qui est insensible à son charme ; les films de super-héros ne sont pas moins "kitsch" que les parades nazies ou soviétiques. L'Etat totalitaire est notre père, et il nous oblige à avoir un comportement et des goûts infantiles. Le renoncement à devenir un adulte est caractéristique des régimes totalitaires ; tous ces aspects ont été très bien soulignés par A. Huxley aussi dans sa contre-utopie.

    Les exemples sont sans doute assez rares au cinéma de ce que Shakespeare fait avec le théâtre, à savoir le dynamiter de l'intérieur et priver le spectateur de divertissement. Le cinéma macabre d'A. Hitchcock peut dégoûter du cinéma, car la caméra d'Hitchcock est semblable à l'oeil d'un voyeur et donne au spectateur le sentiment qu'il est lui-même une sorte de maniaque. C'est ici encore un lien avec le fascisme, qui repose largement sur la fascination pour la violence de foules apathiques, soudain enflammées par la vitalité émanant de tel ou tel leader charismatique. Le fascisme n'enflamme jamais qu'un terrain préparé par la bourgeoisie sociale-démocrate.

    La censure n'est pas si importante au stade totalitaire que le contrôle des moyens de diffusion et de production du cinéma par la bourgeoisie capitaliste. On le voit à l'heure où Youtube et des canaux de diffusion moins contrôlés permettent à des cinéastes amateurs de publier leurs films ; si la plupart imitent servilement le cinéma fasciste-illusionniste, il arrive que certains fassent preuve d'imagination, chose très rare au cinéma, qui est le genre artistique le moins imaginatif (le plus codifié).

    Qu'il soit "fasciste", "trotskiste" ou "sioniste" importe peu : un démagogue tel que Donald Trump sait qu'il doit faire main basse sur Hollywood, au même titre qu'il doit mettre au pas la CIA ou le FBI. L'Etat totalitaire n'existe pas sans contrôle du cinéma.

    Pour W. Benjamin, un cinéma socialiste antifasciste devrait révéler aux classes subalternes toute l'illusion contenue dans la mécanique et la technologie modernes - l'idée, par exemple, qu'une automobile est AVANT TOUT un cercueil roulant... avant même d'être un moyen de locomotion pratique, ce qu'elle n'est que très secondairement. Comme l'art bourgeois s'opposait à la "culture de vie" des peuples barbares, un art socialiste devrait s'opposer à la "culture de mort" des temps modernes barbares (technocratiques).

    Aux arguments de W. Benjamin pour qualifier le cinéma de fasciste, Hannah Arendt en ajouta un, ultérieurement (au début des années 50) : le cinéma édulcore presque systématiquement les oeuvres littéraires dont il tire parti, réduisant et amoindrissant leur portée. Cet argument souligne l'effet de nivellement culturel du gouvernement par la nouvelle aristocratie de l'argent ; celle-ci encourage le philistinisme, qui est le meilleur terreau du fascisme. De fait, les meilleures adaptations cinématographiques du théâtre de Shakespeare, les plus fidèles, ont tendance à occulter sa dimension tragique... sans parler de sa dimension parodique, quasiment omniprésente.

    W. Benjamin aurait probablement été consterné par le triomphe du cinéma hollywoodien s'il l'avait connu. Celui-ci semble accomplir la prédiction d'Huxley du bonheur-divertissement, ou du bonheur-stupéfiant, à quoi l'on peut résumer l'Occident au XXe et XXIe siècle, réduit à un songe aussi creux que le fascisme.

  • Le projet capitaliste européen

    On sait depuis une longue enquête publiée le 23 novembre 2024 dans le "Spiegel" allemand que l'attentat contre le gazoduc NordStream, c'est-à-dire contre l'Allemagne, moteur industriel du projet européen, est l'oeuvre d'un commando de soldats ukrainiens piloté par la CIA. On sait, ou plutôt "le grand public est autorisé à le savoir", car les enquêteurs du "Spiegel" étaient au parfum plusieurs mois avant de publier les résultats de leurs investigations.

    Le chef du commando opérant à partir d'un petit port polonais, Roman Tscherwinsky, justifie son action de sabotage en expliquant qu'il voulait frapper l'économie russe ; le gazoduc NordStream était en effet le plus gros au monde, fournissant aux industriels allemands la moitié du gaz qu'ils consommaient ; mais la Russie n'a pas tardé à trouver d'autres acquéreurs pour son gaz. Si la CIA voulait empêcher le rapprochement de l'Allemagne et de la Russie, elle a visé la bonne cible. Cependant il n'est pas difficile de savoir quel usage l'extrême-droite nationaliste allemande (AfD) peut faire de cette information.

    Et le projet européen dans tout ça ? L'Europe est responsable de la guerre en Ukraine et ses dizaines de milliers de victimes inutiles, tant du côté de l'Ukraine, appuyée par les Etats-Unis, que de la Russie de V. Poutine.

    Les dirigeants européens qui ont fait la promotion de l'Europe pendant des années en arguant de son rôle pacifique doivent être regardés par les citoyens français comme des criminels de guerre ; la guerre n'est pas seulement le fait des soudards, mais aussi de ceux qui lui laissent libre cours en amont.

    Et, en même temps, l'Europe n'est pas responsable, car les Etats-Unis et la Russie, depuis la Libération, ont tout mis en oeuvre pour que l'Europe ne recouvre pas son indépendance perdue. Les efforts des services secrets soviétiques et américains pour peser sur la politique française au cours de cette période ne sont pas une rumeur complotiste, ce sont des faits établis, systématiquement dévoilés au grand public avec dix ou vingt ans de retard. Ici c'est la mise en action concrète du processus totalitaire d'occultation des faits en temps réel décrit par George Orwell dans "1984".

    Si l'on ne tient pas compte du fait que l'Europe est un projet capitaliste avant tout, on ne tient pas compte de la raison qui a poussé tous les démagogues "souverainistes" à renier leurs engagements souverainistes une fois élus - Mme Georgia Méloni est la dernière d'une longue liste. Mme M. Le Pen a pris soin de trahir son discours souverainiste avant même d'être élue, afin d'obtenir le soutien de l'oligarchie, sans lequel elle devrait se contenter de distraire la galerie.

    Il n'y a pas de solution juridique à la tutelle de la Commission européenne sur la politique française, allemande, ou italienne, car cette tutelle n'est pas juridique, elle est capitaliste. La Grèce a recouvré sa souveraineté juridique par le moyen des urnes en 2015, mais nullement sa souveraineté effective. Idem pour le Royaume-Uni : tout en ayant voté pour la sortie de l'Union à la majorité, les citoyens britanniques demeurent captifs du paradigme européen capitaliste, dont la Guerre froide fait partie. C'est si vrai que la Suisse elle-même, petit Etat possédant une constitution souverainiste et une armée capable d'assurer sa défense, la Suisse a été contrainte ces dernières années de céder devant les raisons de la guerre capitaliste à outrance entre blocs impérialistes.

    La méconnaissance des rouages (mathématiques) de l'économie capitaliste est un handicap aussi important que d'ignorer où se trouvent les canots de sauvetage du "Titanic" au moment où tout le monde à bord prend progressivement conscience que le navire était piloté par une bande d'imbéciles arrogants.

    Rêver d'un "Titanic" tout neuf qui fendrait les eaux comme du temps du général de Gaulle, ce genre de conte de fées n'est pas pour les Gilets Jaunes, c'est-à-dire pour tous les Français, en particulier la jeune génération, qui voudrait exercer des responsabilités contre le cours du capitalisme qui dissuade le plus grand nombre d'en exercer, incitant plutôt à l'onanisme culturel.

    La révolution libérale MAGA aux Etats-Unis est un conte de fées, une illusion du même acabit que la nostalgie du gaullisme. Pour croire que le bitcoin peut remédier aux problèmes engendrés par le capitalisme étatique, il faut être un zozo anarchiste.

    Le problème du capitalisme étatique le plus flagrant est la financiarisation de l'économie - les 700 milliards d'emprunts de la banque centrale européenne en sont un exemple frappant, en même temps que l'épée de Damoclès suspendue désormais sur les citoyens français, transformés par décret en débiteurs.

    Le bitcoin est un pur produit financier, entièrement détaché de la réalité économique (à peu près comme l'or) et qui devrait, chez les entrepreneurs capitalistes, rencontrer le mépris, a fortiori chez ceux qui ne le sont pas.

    S'opposant à l'analyse de Karl Marx, Joseph Schumpeter fut bien obligé de concéder que la financiarisation de l'économie capitaliste, prédite par Marx, était un phénomène apparemment inexorable et menaçant. Le bitcoin ne fait que révéler la nature antisociale profonde du capitalisme, élucidée naguère par Marx.

    L'histoire du capitalisme depuis la fin du XIXe siècle est l'histoire de la financiarisation accélérée de l'économie capitaliste. Les guerres mondiales n'ont fait qu'accélérer le phénomène.

    Le truc du bitcoin illustre l'inconséquence des partisans du néocapitalisme façon D. Trump et E. Musk, qui jouent un double jeu (Trump n'est pas assez ignorant pour méconnaître que son projet néocapitaliste est du bluff).

    Le projet capitaliste européen est non seulement dirigé contre la citoyenneté française elle-même, mais une entreprise capitaliste au bord de la faillite.

  • Misère de la sociologie

    Le but de ce billet est de faire voler en éclats une idée largement répandue par la sociologie et les sociologues, une idée centrale de cette discipline, l'idée que "le protestantisme est l'esprit du capitalisme".

    Le sociologue français Emmanuel Todd a remis cette thèse à la mode dans un ouvrage à succès récent où il constate et déplore la mort de l'Occident capitaliste, "que n'anime plus le souffle du protestantisme". En effet E. Todd prédit l'effondrement prochain de l'empire nord-américain, comme il avait prédit l'effondrement de l'Union soviétique dès 1976 sur la base d'une analyse démographique. Comme on est en temps de guerre, cette thèse défaitiste a valu à son auteur d'être ostracisé par l'oligarchie française.

    Comme l'Union soviétique a changé de nom et de drapeau, mais non fondamentalement de structure politique et économique, on doit dire ici que le pronostiqueur n'a eu qu'à moitié raison ; l'empire américain remporta contre l'URSS une bataille il y a un peu plus de trente ans, mais non la guerre, puisque la Russie n'a pas tardé à se relever. On peut expliquer cette défaite économique par une croissance trop rapide de l'empire soviétique ; l'outil d'évaluation du sociologue peut mesurer un symptôme tout en laissant sa cause dans l'ombre. Ici E. Todd se présente surtout comme un pronostiqueur plus fiable que les économistes.

    Quid de la multitude des sectes protestantes nord-américaines en activité, c'est-à-dire d'une bonne partie des actionnaires de la première puissance mondiale capitaliste ? Pourquoi leur esprit protestant ne ferait-il pas vivre un capitalisme nouveau, suivant la promesse de ses promoteurs fraîchement élus ? La manière dont E. Todd tranche ce paradoxe est sans doute emblématique de la méthode sociologique. Réponse de l'anthropologue : - Les protestants américains ne sont pas de vrais protestants.

    La démonstration prête d'autant plus à sourire qu'E. Todd avoue une préférence pour le modèle politique et social russe contemporain. Les bolcheviques auraient-ils introduit dans un Etat orthodoxe quasi-médiéval, peu prédisposé au libéralisme, l'esprit protestant du capitalisme ?

    La réalité qu'Emmanuel Todd exprime indirectement ou inconsciemment, c'est la dimension principalement religieuse du capitalisme ; on peut l'énoncer ainsi : en ce début de XXIe siècle, un chrétien est un capitaliste, et un capitaliste est un chrétien, y compris lorsqu'il s'agit d'un Chinois athée.

    Il convient de préciser ici pourquoi la critique marxiste est radicalement antimoderne et, pour cette raison, peu compatible avec les développements ultérieurs de la sociologie qui se réclament parfois du marxisme (ce n'est pas le cas d'E. Todd). Contrairement aux idéologues modernes libéraux, sociaux-démocrates, nationalistes, soviétiques... K. Marx ne met pas le travail humain sur un piédestal ; la ruse esclavagiste conduit à le faire, selon Marx.

    La révolution marxiste, imaginée par Marx plutôt que théorisée, consiste à confier l'organisation du travail aux esclaves, c'est-à-dire à la classe la moins susceptible de réduire en esclavage le reste de la population. Marx a-t-il sous-estimé le désir des esclaves d'être esclaves ? Ou bien l'efficacité de la classe bourgeoise à faire accepter l'esclavage ? Le problème ne se pose pas ici : à aucun moment Marx ou Engels n'ont fait passer le travail pour le Messie, position qu'il occupe à peu près dans le christianisme/capitalisme. Quand un représentant de la classe bourgeoise parle de la "valeur travail", il parle d'une valeur rédemptrice.

    On pourrait parler de la "modernité", toutes idéologies confondues, comme d'une "civilisation laborieuse" ; quiconque a travaillé au sein d'une fourmilière humaine, qu'il s'agisse d'une multinationale ou d'un quartier d'affaires animé soudain à l'aube par l'agitation de milliers d'êtres humains déshumanisés, a déjà respiré le parfum de la modernité, que les idéologies les plus modernes comme le fascisme, la démocratie-chrétienne ou le communisme ont exalté à travers leur art.

    La modernité a même conçu, pour ses élites esclavagistes, des loisirs et des divertissements laborieux, eux aussi déshumanisés, que les derniers moralistes, pas forcément marxistes mais nécessairement antimodernes, ont observés avec consternation, cherchant parfois à fuir cette fête sans joie par le suicide, pour les plus sensibles d'entre eux.

    Nichée au coeur du capitalisme, on trouve cette idée, que l'argent fait des petits, c'est-à-dire qu'il travaille. La dignité du travail rejaillit sur celle de l'argent, et celle de l'argent sur le travail. Palper l'or, c'est palper Dieu en personne, et les coffres-forts sont comme des tabernacles.

    La fable de Perrette et son pot de lait nous dit que c'est une idée déjà très ancienne, mais c'est Marx qui a, dernièrement, signalé le danger d'une économie axée sur l'investissement spéculatif, d'une économie à qui perd gagne.

    La théorie sociologique revient donc à poser l'équation du protestantisme et de la modernité, que les intellectuels modernes assument,  qu'ils soient papes, anthropologues ou conseillers fiscaux.

    Le protestantisme serait à l'origine de la sanctification du travail, tandis que les catholiques en seraient restés à prier le Dieu des eaux du ciel pour faire tomber la pluie sur leurs semences. L'idée que le protestantisme est progressiste et le catholicisme archaïsant est une idée qui repose sur une méconnaissance de l'histoire des différents courants chrétiens.

    *

    Le protestantisme n'est pas tant une doctrine religieuse chrétienne, qu'un phénomène culturel, dont il n'y a pas de raison valable d'exclure les différentes sectes américaines, et qui s'est produit à l'intérieur même de l'Eglise romaine, bien avant les grands schismes politico-religieux du début du XVIe siècle.

    On peut parler de ce phénomène comme d'un effritement progressif du dogme catholique romain, lié à l'alphabétisation croissante de la population et de la formation d'une élite civile cultivée ; celle-ci s'est emparée de la Bible et a fait sauter les scellés latins qui étaient posés dessus. Le délitement du dogme a commencé bien avant le XVIe siècle à l'intérieur même de l'Eglise romaine, qui n'y a pas réagi bêtement, sans quoi elle serait morte il y a longtemps. Les protestantismes luthérien ou calviniste ne sont que des protestantismes parvenus à maturité politique.

    Les philosophes des Lumières sont-ils protestants sous prétexte qu'ils opposent aux jésuites les écritures saintes afin de les placer face à certaines de leurs contradictions ? Oui, dans la mesure où le protestantisme est un tel phénomène, non dans la mesure où la démarche des philosophes des Lumières est surtout politique (Rousseau mis à part) : il s'agit de discréditer les jésuites en les plaçant en contradiction avec leur propre Foi. L'Etat français et son gouvernement ont préservé les apparences catholiques bien au-delà de Révolution de 1789. Quel souverain fut à la fois plus capitaliste et plus catholique que Napoléon III ?

    La thèse sociologique a de nombreux inconvénients, dont le premier est de fournir une cause ésotérique au développement du capitalisme : l'esprit protestant. On ferait bien de se demander si la sociologie n'est pas entièrement ésotérique : c'est généralement ce qui se produit dans les sciences ou les arts qui accordent une part trop belle aux mathématiques.

    Le raisonnement d'E. Todd se dirige tout droit vers cette conclusion aberrante que les protestants, qu'il décrit comme des lecteurs plus sérieux de la Bible que leurs rivaux catholiques, seraient les derniers à se rendre compte que celle-ci n'accorde aucune valeur rédemptrice au travail, auquel la condition humaine astreint l'homme. L'esprit protestant consisterait par conséquent à lire la Bible la tête à l'envers.

    La démarche plus intuitive que scientifique d'E. Todd véhicule un certain nombre de préjugés (favorables) à propos de l'économie capitaliste, qu'il n'est pas inutile de relever ici, puisque le capitalisme équivaut pour certains aux décrets de la Providence.

    - L'instruction (spécialité "protestante" selon E. Todd), serait favorable au développement du capitalisme en formant des ouvriers qualifiés. Le lien entre la qualification professionnelle et le capitalisme est un cliché qui a de quoi faire sourire un artisan. Moins ignare que Todd en matière économique, J. Schumpeter a décrit les intellectuels comme des ennemis potentiels du capitalisme, incapable de leur procurer un emploi ; si le journalisme et la propagande capitaliste ont absorbé un bon nombre de ces intellectuels, ainsi que d'autres tâches dont il ne vaut mieux pas trop sonder l'utilité sociale, il n'en reste pas moins vrai que le capitalisme embauche surtout des esclaves et du personnel peu qualifié. Cette affirmation gagnerait à être nuancée suivant les pays, mais le cours du capitalisme et celui de l'instruction divergent.

    On peut même soupçonner un lien entre le déclin culturel et éducatif des Etats-Unis et leur fonctionnement économique, qui n'exige qu'un faible niveau d'instruction ; il est probable que les Américains autochtones les plus qualifiés (non des mercenaires recrutés à l'étranger), travaillant dans des secteurs en lien direct avec le capitalisme (et non dans l'artisanat ou le commerce de détail), sont ceux qui exercent les jobs les plus parasitaires. On peut citer un contre-exemple de job indispensable au fonctionnement de l'économie capitaliste et qui réclame un niveau d'études relativement élevé : le job de publicitaire. C'est sans doute une exception à la règle, qui n'est pas très éloignée de celle du journaliste payé à chanter les louanges du capitalisme dans la presse capitaliste.

    - Le préjugé sociologique d'E. Todd réduit aussi l'économie capitaliste au développement industriel. Or, l'expansion du capitalisme n'est pas seulement industrielle, elle est aussi coloniale. Sur ce terrain on ne peut pas affirmer la prévalence d'un "esprit protestant" sur un "esprit catholique". Et de quel côté situer les Britanniques ? Du côté de l'esprit protestant ou de l'esprit catholique ? L'anglicanisme est un esprit hybride.

    L'Allemagne (en partie) protestante et industrielle accusait un retard sur le Royaume-Uni et la France, voire le capitalisme belge qui s'empara du prolifique Congo. Le colonialisme a joué notamment un rôle dans le développement du capitalisme bancaire, d'abord au Royaume-Uni, puis en France au XVIIe siècle.

    Si le capitalisme est animé par un esprit protestant, alors on aurait dû voir les Eglises adverses s'insurger contre le capitalisme. Cela n'a pas été spécialement le cas. Il y a bien eu un socialisme chrétien, qui a tenté de contenir les abus du capitalisme, ignorant la démonstration de Marx que le Capital est essentiellement inique et esclavagiste, mais ce socialisme chrétien n'est pas plus protestant que catholique ; quant au nationalisme, que l'on peut considérer comme la partie éminemment criminelle du capitalisme, il a mobilisé de très nombreux catholiques et protestants.

  • La religion de Donald Trump

    Suivant le dispositif laïc des Etats-Unis, plus voltairien que le nôtre, Donald Trump est affilié à une petite Eglise épiscopalienne que l'on qualifierait volontiers de "secte" en France, où tout ce qui n'est pas supervisé par l'Etat est suspect de déviance.

    Je dis plus voltairienne la laïcité aux Etats-Unis, car les Quakers puritains sont le modèle religieux prôné par Voltaire ; en effet ceux-ci refusaient de se mêler des affaires de l'Etat, aux antipodes par conséquent des jésuites honnis qui n'avaient de cesse de s'en mêler. Les jésuites constituèrent une sorte de franc-maçonnerie avant la franc-maçonnerie, très semblable sur le plan de l'organisation et du but (d'influence politique discrète).

    Evidemment la frontière entre la sphère privée et la sphère publique est très incertaine, sauf pour les casuistes. Les chrétiens puritains ont très tôt réclamé au représentant légal du pouvoir politique des droits, milité pour la fermeture des théâtres publics en Angleterre, et suscité la première révolution d'une longue série en Europe occidentale, la révolution des "têtes rondes" en 1649.

    S'il n'y a pas de religion d'Etat à proprement parler aux Etats-Unis comme en France, où la culture laïque s'est substituée à la religion catholique à la fin du XXe siècle, il y a une sorte de projet apocalyptique commun à de très nombreuses sectes, par-delà la variété des pratiques rituelles. Pour beaucoup d'Américains, le président des Etats-Unis n'est qu'une sorte d'assesseur ou de vicaire du Christ. La différence n'est pas si grande avec l'Ancien régime monarchique, qui exposait le monarque au régicide à motif religieux. On peut imaginer que le jeune criminel qui a tenté d'assassiner D. Trump était un chrétien fondamentaliste soupçonnant D. Trump d'être un imposteur, pour ne pas dire un suppôt de Satan déguisé en prêtre chrétien.

    D'autant plus que -ce n'est pas une blague-, l'Eglise épiscopalienne de D. Trump est connue pour prêcher "l'évangile de la prospérité". Le terme de "prospérité" est assez vague : si on l'entend comme synonyme d'accumulation de biens, la prospérité trouve peu de justifications dans la Bible. Il est probable que cet évangile de la prospérité et son éthique propice au business soient une réaction à un puritanisme plus austère (que Shakespeare a comparé au pharisaïsme).

    Cette religion du ticket de loto gagnant peut prêter à sourire, sous cette forme américaine un peu stéréotypée. En réalité elle est très proche de l'esprit du capitalisme, et donc très répandue dans le monde occidentalisé où le capitalisme a fait de la Fortune sous diverses formes, religieuses ou séculières, le grand Guide suprême qui plie les existences en deux ou en quatre, suivant le cercle de l'enfer où on évolue.

  • La société de consommation égalitaire

    L'égalisation juridique entre les sexes a la société de consommation capitaliste pour contexte. Si la Femme est reine en Occident, tout comme l'Enfant est roi par ailleurs, c'est en vertu du principe de consommation. Les prostituées sacrées sont dans le vrai : j'entends par là les féministes qui prônent la prostitution libre, célébrant ainsi le sexe pour le sexe et apportant leur contribution au consumérisme. Les jeunes femmes qui s'enlaidissent volontairement ne résistent pas ainsi à un patriarcat fantasmé, mais à la pression consumériste.

    Les féministes qui se plaignent de l'avantage salarial accordé aux hommes, en revanche, sont aveugles ; car rien ne dit qu'un cadre commercial surpayé ne claque pas son pognon en cadeaux somptueux destiné à sa ou ses maîtresses. La galanterie est une forme de féminisme français.

    Un certain nombre d'hommes sont convaincus que, dans un monde où tout s'achète, n'importe quelle femme à un prix ; et il se trouve peu de femmes pour les contredire.

    Ayn Rand, la grande prêtresse américaine du Dollar = Dieu, n'était pas féministe. Elle avait parfaitement compris que le règne du dollar n'est pas celui du patriarcat mais du libre-échangisme : de riches femmes peuvent ainsi s'offrir les gosses sortis d'une femme dans la misère.

    Si Don Juan ressuscitait, il tenterait probablement de séduire une Femen lesbienne, car le truc de Don Juan ce n'est pas les filles faciles. Don Juan est le diable, c'est-à-dire le principe même de la séduction ou du charisme. Don Juan comprend mieux les femmes qu'elles ne se comprennent elles-mêmes.

    Selon Marx et Engels, le droit de la famille ou de la tribu primitive reflète son organisation économique. Suivant cet exemple rebattu des vikings, leur société tribale accorde aux femmes et non aux géniteurs la propriété des enfants (matriarcat), car les vikings sont des pillards qui honorent peu leur foyer de leur présence.

    Marx et Engels prennent cet exemple pour expliquer qu'il n'y a pas de droit de la famille idéal, mais un droit de la famille qui reflète la répartition des tâches. La propriété agricole sédentaire confère un statut juridique plus élevé aux hommes en général, non pas tant à cause de la dureté physique des labours que de la nécessité d'une organisation militaire pour protéger le produit des récoltes des pillards et des voisins affamés. Il régnait en revanche, dit-on, au sein des tribus amérindiennes, une relative égalité homme-femme, car ces Indiens étaient des chasseurs-cueilleurs nomades.

    La société de consommation accorde un statut supérieur à la femme, dans la mesure où elle incite à la dépense, quand elle ne dépense pas elle-même. On imagine mal le leader mondial du luxe LVMH -qui ne serait presque rien sans les femmes et leur désir compulsif d'achats inutiles-, faire la promotion d'un magazine misogyne prônant la sobriété.

    Que l'on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas : je ne dis pas que la société de consommation bénéficie surtout aux femmes ou aux enfants : la traite des blanches et des enfants organisée par de grandes banques nationales occidentales prouve le contraire. Mais la société de consommation idéalise la femme et se présente comme une utopie féministe, suivant l'adage : "La femme est l'avenir de l'homme."

    Certaines femmes peuvent être moins capitalistes que certains hommes, c'est-à-dire moins cupides - le pire est probablement de justifier la cupidité par la théorie du "ruissellement", ce que tous les partis capitalistes font.

    Le patriarcat juif, lui, n'était pas d'ordre économique (un modèle juridique), mais d'ordre spirituel, le judaïsme étant une religion contre-nature (1). J'en parle au passé, car ce  judaïsme a pratiquement disparu au profit d'un judaïsme talmudique matrilinéaire, c'est-à-dire biologique. Ce faisant les pharisiens avaient fait du judaïsme la religion d'un peuple, ce qu'elle n'est pas selon les prophètes.

    Si le capitalisme rétrograde de Donald Trump peut se permettre quelques déclarations misogynes superficielles, c'est précisément parce qu'il est rétrograde et prétend revenir (le truc du voyage dans le temps est presque une religion aux Etats-Unis) à un stade antérieur du capitalisme, plus productif. La surconsommation capitaliste (en phase avec le féminisme), bien qu'elle soit extrêmement délétère sur le plan économique, est avant tout une réponse au problème de la surproduction capitaliste. Le parti du pénis et celui du vagin sont complémentaires.

    (1) Contre-nature au sens prométhéen.

  • Karl Marx contre David Graeber

    On ne présente plus l'auteur du "Capital", dont je prétends que le travail critique est soigneusement ignoré en France, à quelques exceptions près, bien entendu.

    David Graeber, quant à lui, est le principal penseur du mouvement "Occupy Wall-Street" de protestation contre les cartels capitalistes aux Etats-Unis, à la suite du krach mondial de 2008. Si le "krach" a marqué plus durablement les esprits américains, c'est sans doute parce qu'on pratique aux Etats-Unis un capitalisme sans filtre. L'élection de Donald Trump à la surprise générale en 2016 est en partie une conséquence du "krach". Elle peut sembler paradoxale, mais la faillite bancaire a eu pour effet d'accroître considérablement l'exaspération des citoyens américains vis-à-vis des "élites de Washington", dont D. Trump a eu l'habileté de se démarquer nettement sur le plan idéologique.

    Sans se présenter comme positivement "marxiste", D. Graeber a eu le temps avant de mourir (en 2020) de publier un essai à succès, "Bullshit jobs", qui illustre l'effet dévastateur du capitalisme sur le monde du travail. "Dévastateur" n'est pas trop fort pour parler du phénomène que D. Graeber décrit, et dont la particularité est, selon lui, d'être ignoré par les médias de masse et l'ensemble de la classe politique. Pour résumer, D. Graeber décrit un phénomène proche du phénomène stigmatisé dans l'Union soviétique par les idéologues capitalistes. Il emploie le terme de "retour à la féodalité", qui n'est pas moins approprié pour décrire le régime soviétique à l'agonie dès le milieu des années 70 selon les rares économistes qui avaient pronostiqué sa chute.

    A n'en pas douter, le mouvement des Gilets jaunes s'inscrit dans la continuité du mouvement "Occupy Wall-Street" ; c'est en partie un mouvement de désarroi face à l'absence d'Etat. Soyons précis : l'Etat existe bien encore, mais il constitue un problème bien plus qu'une solution. On perçoit ici la force des slogans de Donald Trump et Elon Musk auprès de la jeune génération, qui proposent ni plus ni moins de liquider l'Etat.

    David Graeber n'était pas plus favorable à la planification étatique qu'Elon Musk, mais il n'était pas assez bête pour ignorer que la planification étatique centralisée découle directement de l'économie capitaliste : seule une économie capitaliste pouvait se permettre d'empêcher les petits entrepreneurs de travailler pendant deux mois ; la dictature sanitaire chinoise, conçue pour préserver l'appareil de production industriel, est une dictature capitaliste.

    La raison pour laquelle D. Graeber tient à prendre ses distances avec la critique marxiste est assez mystérieuse. Peut-être est-ce à cause de la connotation révolutionnaire du marxisme ? Marx ne prône pas tant la révolution qu'il montre que l'économie capitaliste la rend inéluctable. Ou bien D. Graeber croit faire oeuvre originale ? Il écrit :

    "Le capitalisme n'est pas un système unique et totalisant qui modèlerait notre existence dans tous ses aspects. Sans doute cela ne rime-t-il à rien de parler de "capitalisme" comme d'un ensemble d'idées abstraites qui se seraient concrétisées, on ne sait trop comment, au sein des usines ou des bureaux (...). Le monde est beaucoup plus complexe et désordonné que cela."

    L'argument de la complexité du monde est un argument d'intellectuel. Il sert à creuser le fossé entre des élites académiques qui se donnent l'air de se colleter avec la complexité insondable du monde et le populo. Le prestige des intellectuels est, en lui-même, un phénomène capitaliste. La théorie et les théoriciens n'avaient pas tant de prestige au début du XVIIe siècle, avant le début de l'emballement du capitalisme. Le discours sur l'art, par exemple, n'avait pas encore éclipsé la production artistique.

    Quand Marx énonce que "le capitalisme est le règne de la putain universelle", tout le monde comprend ce que ça veut dire. Le capitalisme modèle bien l'existence dans tous ses aspects... si l'on n'y prend garde. L'éthique barbare de la compétition sexuelle, professionnelle ou ludique, est une éthique capitaliste. Le capitalisme modèle bien sûr l'existence de l'esclave, mais aussi celle de l'esclavagiste direct ou indirect. L'Allemagne s'est ruée vers l'enfer comme un seul homme, dupée par l'illusion de sa puissance industrielle retrouvée.

    Qui refuse de se soumettre au mode de vie capitaliste éprouvera nécessairement deux choses : qu'il est plus facile de s'y opposer à trente ans qu'à cinquante, car le mode de vie capitaliste entame la force vitale ; qu'il nage à contre-courant.

  • La Femme réactionnaire

    On trouve chez Baudelaire une théorie de la "femme réactionnaire", que l'on peut résumer ainsi : - plus proche de la Nature que son compagnon (naturel), la femme est plus réactionnaire que lui. Bien sûr Baudelaire n'emploie pas ce mot, qui sera utilisé par la suite au XXe siècle par les partisans de la modernité comme une insulte visant les partisans d'une "tradition" plus ou moins définie, dont F. Nietzsche me paraît le représentant le plus intéressant ; la notoriété de Nietzsche tient largement à ce qu'il associe le christianisme à la modernité qu'il vomit.

    Il y a nécessairement une connotation apocalyptique et chrétienne derrière la notion de "modernité", quoi que cette connotation soit souvent dissimulée. Il est difficile de concevoir le progrès en dehors du christianisme ; à moins de le ramener au seul progrès technique : or celui-ci est passif, principalement dû au hasard ; le darwinisme social sous toutes ses formes (nazie, capitaliste ou communiste) n'est qu'une sorte d'idéologie du progrès automatique.

    On pourrait dire que la femme fait corps avec la Nature, et que cela inspire à Baudelaire un dégoût du sexe féminin. Le patriarcat juif est certainement lié  à cette notion* : la femme a plus de mal que l'homme à penser contre la Nature.

    On pourrait dire que le paganisme est plus égalitaire, fondé sur la complémentarité naturelle des sexes, sur laquelle la répartition du travail repose dans certaines cultures.

    La notion de Salut n'a guère de sens du point de vue païen, tandis que le judaïsme est entièrement organisé autour d'elle*, et le message de Jésus-Christ plus nettement encore. Jésus condamne le clergé juif qui s'était approprié la Loi. On peut traduire la fuite symbolique du peuple Hébreu hors d'Egypte comme le rejet de la religion païenne.

    Le judaïsme auquel Jésus-Christ se heurta était presque entièrement dépourvu de spiritualité, une sorte de judaïsme-réflexe, ramené à une collection de rituels qui déclenchent la colère du Christ.

    - Et le féminisme contemporain, n'est-il pas tout sauf "réactionnaire" ?

    En apparence le féminisme contemporain est tourné vers l'avenir et non vers le passé. Mais il faut dire d'abord que le féminisme ne représente pas un point de vue féminin, mais celui de l'Etat moderne et de tous ceux, hommes ou femmes, qui adhèrent à cette formule que l'on peut qualifier "d'égalitariste". L'Etat moderne est un Etat religieux. Or, ne voit-on pas que l'égalitarisme, loin de contribuer à l'amélioration de la condition des femmes, incite à une compétition naturelle féroce entre les nations et entre les individus ? La religion égalitariste abolit quelque peu la différence biologique, mais non la compétition et la violence.

    Pour les chrétiens, l'Occident moderne reste soumis à la Nature à travers l'illusion du progrès technologique ; en dépit des slogans étatiques vaniteux, l'Occident ne maîtrise pas les technologies d'où il tire sa puissance. Le capitalisme est pratiquement hors de contrôle depuis la fin du XIXe siècle (et non depuis 2008 !). Même un philosophe néo-païen tel que Nietzsche paraît moins soumis à la Nature que bien des fanatiques partisans des valeurs égalitaristes de l'Occident moderne.

    *La transmission matrilinéaire de la "judéité" est une théorie juive talmudique, dont on peut dire qu'elle s'assoit sur l'esprit du patriarcat juif. Il existe d'ailleurs des sectes juives qui s'y sont opposé au nom de la Torah, c'est-à-dire de la Loi juive écrite.

    Le judaïsme identitaire est donc talmudique : c'est celui qui est décrit par Shakespeare à travers Shylock dans "Le Marchand de Venise", parallèlement à un catholicisme qui n'est pas moins identitaire (c'est pourquoi la pièce de Shakespeare n'est pas antisémite : elle renvoie dos-à-dos le judaïsme talmudique et le catholicisme identitaire des bourgeois vénitiens qui méprisent Shylock).

  • Identité, piège à moules

    Je lisais il y a quelque temps le billet d'une blogueuse résidant au Quartier latin à Paris, dans un périmètre où le tourisme est, pour les habitants, un véritable fléau. Cette blogueuse ne précise pas, un fléau capitaliste, ce qui est pourtant l'évidence même. On peut considérer l'électeur de droite comme le "crétin de base", dans la mesure où il ignore absolument le fonctionnement de l'économie capitaliste, tout en passant le plus clair de son temps à se plaindre de ses conséquences dans le domaine des moeurs.

    Je prends un exemple, au passage : il n'est pas rare que le crétin de droite se plaigne de la disparition ou de l'érosion de l'autorité ; en mode : - Mais plus personne ne respecte rien, où est donc passée l'Autorité !? J'ai un pote Kabyle musulman de droite comme ça ; heureusement, il n'a pas le droit de vote. L'autorité n'a pas disparu, elle a été remplacée par l'injonction de l'argent ; et d'où vient la généralisation de cette injonction, si ce n'est du capitalisme ? En conséquence, la plupart des rapports sociaux sont des rapports de domination et de soumission, que ce soit au travail, dans le couple, à l'école, etc.

    Le touriste se situe, lui, à un niveau encore plus bas que le crétin de droite, au-dessous du niveau de la mer. C'est ce que ma blogueuse observait, de son balcon où elle sirotait son café. Les touristes ne se contentaient pas de lui gâcher la vue, ils se gênaient eux-mêmes les uns les autres, comme des fourmis dont le GPS se serait soudain détraqué. L'éthique du touriste, venu de l'étranger ou monté de sa province à Paris, est parfaitement absurde, pour ne pas dire dadaïste. Quel plaisir trouve-t-il à s'agglutiner dans des périmètres délimités, où des commerçants-escrocs rivalisent d'astuce pour lui soutirer l'argent qu'il a gagné à la sueur de son front ? Cette éthique heurtait la conception de la jouissance de ma blogueuse, moins éloignée du savoir-vivre.

    Le réflexe d'agglutination, que l'on retrouve chez les supporteurs de foot ou des vedettes de musique pop., est un réflexe identitaire. Shakespeare montre que l'attraction fatale du Néant est dans l'Amour. Le suicide conjoint de Roméo & Juliette ne convient pas à tous les tempéraments - certains brûlent à plus petit feu ; le bûcher des vanités est plus tiède sur les côtés.

    Le touriste ne subit pas l'attraction de Paris, qu'il pourrait découvrir beaucoup mieux en restant chez lui lire Balzac ou Maupassant, mais il est happé par la foule, le flot auquel il se mélange avec délice. Juliette n'est pas amoureuse de Roméo, elle est amoureuse de l'Amour. De même Paris n'est qu'un point de fixation pour le touriste.

    Si la culture identitaire nationaliste est un fanatisme (de droite ou de gauche), contrairement au patriotisme qui a une dimension d'attachement rationnelle à une région ou un pays, c'est parce qu'elle ne tient pas compte de la réalité. La culture identitaire est aussi abstraite que l'amour ou la musique ; l'utopie des anarchistes est encore plus abstraite (l'anarchie est presque un raisonnement mathématique appliqué à la politique).

    L'écologie politique, qui n'est ni pas forcément de gauche (mais très souvent manipulée) consiste à aborder la politique au travers de problèmes concrets plus délimités, comme par exemple les conséquences de la pollution urbaine sur la santé des enfants et la population riveraine des grands axes routiers ; très vite le bon sens écologiste se heurte au capitalisme, car le capitalisme est un mode de gestion théorique qui tient peu compte des réalités économiques concrètes. Si la pandémie de coronavirus a été gérée de façon aussi absurde, heurtant le bon sens médical et écologique, c'est parce qu'elle a été gérée de façon bureaucratique, c'est-à-dire capitaliste.

    La formule bureaucratique du capitalisme est la mieux tolérée par la gauche pour des raisons purement démagogiques : les fonctionnaires d'Etat dont la mission est de faire appliquer les règles étatiques votent souvent à gauche (sauf les flics). L'anticapitalisme de Marx n'a pas pénétré les milieux socialistes français à la fin du XIXe siècle, car il était peu compatible avec le bras de fer entamé par les syndicats ouvriers avec le patronat sur le terrain électoral ; à mesure qu'ils obtenaient des augmentations de salaire et de nouveaux droits, les socialistes ont remplacé l'anticapitalisme marxiste par la mythomanie du rapport de force avec le patronat et le Capital, transformant le socialisme en doctrine du partage équitable de la plus-value capitaliste.

    Le socialisme français a réconcilié très tôt la classe ouvrière avec un capitalisme qui conduit selon Marx les nations inexorablement à la guerre, ou encore à un phénomène tel que l'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis représente, à savoir l'affrontement du nouveau capitalisme représenté par les GAFAM et la révolution MAGA (qui se présente comme un capitalisme plus pur), et de l'ancien modèle capitaliste bureaucratique représenté par le parti démocrate.

  • Noël, fête pédophile

    Quand on me demande comment et avec qui je fête Noël, je réponds parfois que je préfère boycotter cette gigantesque fête pédophile. Quand j'étais gosse, j'appréciais de passer Noël en famille ; on sait que l'on est devenu adulte lorsque fêter Noël devient une corvée. Certains s'en acquittent en allant distribuer avec l'Armée du Salut ou le Secours populaire la soupe aux sans-abris.

    On peut mesurer deux choses avec cette fête de Noël : l'occidentalisation du monde et son infantilisation.

    En signe de bonne foi, les catholiques devraient rayer Noël du calendrier de leurs célébrations ; leur clergé n'est-il pas régulièrement accusé de se livrer à des abus sexuels sur de jeunes enfants ? Je n'ai pas subi ce genre d'abus, à titre personnel ; j'aurais sans doute été capable de me défendre, mais les pédophiles criminels savent choisir leur proie. En revanche il m'est arrivé, étant gosse, d'être harcelé par de jeunes femmes ; histoire de dire que l'abus sexuel n'est pas toujours le fait des hommes ; il a lieu aussi entre femmes : l'essayiste féministe Simone de Beauvoir avait un casier judiciaire comportant une telle affaire de moeurs.

    On ne peut pas sérieusement traiter le problème de la pédophilie criminelle, sans traiter de la culture pédophile au sens large, dont la célébration de Noël est une sorte d'apothéose. L'enquête de Frédéric Martel sur la pédophilie dans le clergé catholique ("Sodoma") pointe à juste titre la responsabilité, non seulement du loup, mais de ceux qui le font entrer dans la bergerie et lui permettent d'y prospérer. Bien qu'ils ne soient pas positivement criminels, leur négligence, leur imprudence ou leur naïveté en fait des complices.

    Comme je ne veux pas paraître un anticatholique primaire, j'ajoute que c'est la société de consommation qui, d'une manière générale, est pédophile ; certains catholiques font d'ailleurs des efforts pour tenter de se démarquer de ce qui s'apparente à un culte du veau d'or. On pourrait dire que la publicité commerciale s'adresse à la partie infantilisée de la société.

    La société occidentale moderne est pédophile comme elle est féministe ; l'exaltation de l'enfant et de l'enfance, ou celle de la femme, dissimulent l'exaltation de la chair.