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Lapinos - Page 2

  • Humaine Eglise

    L'abbé Mugnier (1879-1939) dans son Journal passe son temps à dénigrer l'Eglise catholique, son clergé imprégné d'un "esprit de sacristie". Néanmoins, cet abbé resta dans le giron de l'Eglise et continua d'accomplir ses rituels.

    Avec quelle personne se comporte-t-on ainsi ? Avec sa vieille mère, dont on cerne les limites, qui nous irrite avec ses manies, mais que l'on ne peut se résoudre à laisser.

  • Péché de jeunesse

    Il y a un péché que j'ai commis dans ma jeunesse -lié à ma jeunesse et à mon éducation catholique- et ce péché est une erreur d'appréciation.

    Je suis donc bien placé pour rectifier cette erreur chez les catholiques persuadés que la rectitude du jugement est catholique.

    Mon erreur fut de croire le catholicisme en lutte contre la pensée "mondaine".

    Un autre élément peut contribuer à le faire croire à un jeune Français ; les catholiques sont en effet la cible de brimades (légères) de la part des élites républicaines laïques, qui prétendent ainsi perpétuer l'esprit des Lumières (en réalité les cours d'éducation civique républicains sont éloignés de la critique argumentée produite par certains philosophes des Lumières).

    Contrairement à d'autres nations occidentales, la France ne clame pas haut et fort ses "racines chrétiennes". Tant mieux ; mais c'est une erreur d'en déduire que le catholicisme s'oppose à la pensée mondaine.

    Ma conviction croisa en chemin Bernanos et Léon Bloy (surtout ce dernier), ce qui eût pour effet de la renforcer et de l'affaiblir en même temps, ce que l'on comprendra en lisant le paragraphe suivant. 

    Bernanos et Bloy sont loin d'être des catholiques typiques, c'est-à-dire d'indiquer le sens du catholicisme. Pour ainsi dire, ils ne sont pas loin de faire au clergé les mêmes reproches que les jansénistes firent aux jésuites auparavant, d'avoir compliqué l'enseignement du Messie et de s'être compromis en fréquentant la haute société.

    Bernanos et Bloy ne sont pas typiques, mais ils ne sont pas exemplaires non plus, car leur critique les entraîne à un paradoxe, une sorte d'impasse ; ils prônent la fidélité à l'Eglise romaine, tout en accumulant les preuves de l'imperfection de son clergé ; ils ne sont pas loin de former ici le rêve d'une Eglise parfaite, abandonnant au clergé catholique le soin de gérer une réalité beaucoup plus triviale.

    N'entend-on pas plutôt Jésus-Christ dire que, lorsqu'un arbre ne donne pas de fruits, il ne faut pas hésiter à le couper, stigmatisant de cette façon l'échec du clergé juif ?

    Ces catholiques atypiques m'ont conduit à creuser la question de la doctrine catholique, jusqu'à découvrir en quoi elle joue un rôle déterminant dans la formation de la "pensée mondaine", c'est-à-dire de la culture occidentale dominante qui cherche à s'imposer au monde entier, à travers l'idée démocratique, les "droits de l'homme", mais aussi le capitalisme (formule économique mystique) ou le progrès technocratique.

    Prenons un exemple ; lorsque Bernanos énonce que "le hasard est le dieu des imbéciles", il souligne un aspect saillant de la culture contemporaine et de la détermination de l'homme moderne.

    Comme Bernanos a décelé aussi un effet affligeant de la technocratie, qui consiste à réduire l'homme à une bête ou à un robot, on pourrait ajouter ceci que, pour l'homme moderne, la liberté n'est que le fruit du hasard. Pire que la dictature, qui nie la liberté positivement mais ne peut empêcher certains d'y croire, les régimes totalitaires propagent une idée de la liberté, sur le modèle du hasard, qui tend à anéantir l'aspiration à la liberté véritable, c'est-à-dire à l'affranchissement de la condition humaine.

    Cette observation est juste de l'entraînement de l'homme moderne à une liberté qui ne signifie RIEN ; mais ce que Bernanos ne voit pas, c'est à quel point l'Eglise romaine a joué un rôle décisif dans l'élaboration de cette sorte de néant spiritualisé ou d'existentialisme hasardeux.

    La contribution de l'Eglise romaine à l'imbécillité moderne sera visible si l'on fait le rapprochement de la culture médiévale et de la culture ultra-moderne, par exemple, où l'on verra que cette dernière n'est que le développement de l'autre - en philosophie, en art, en science, et dans bien des domaines. Le moyen-âge et les temps modernes ultimes se ressemblent dans la mesure où ce sont deux époques dont les cultures ploient sous le poids de l'idéologie. L'obsession médiévale antichrétienne de la "cité idéale" se retrouve aujourd'hui dans l'obsession de la "vraie démocratie".

    L'arbitraire de la culture occidentale moderne découle de l'arbitraire de la doctrine catholique romaine. Qui cultive la rectitude du jugement à l'intérieur de l'Eglise romaine est amené à sortir de cette cathédrale entièrement rhétorique pour revenir à la simplicité du message évangélique et des apôtres. - Heureux les amoureux de la simplicité, ils seront tenus à l'écart des raisonnements philosophiques.

  • Du Mysticisme

    Le mysticisme est le déguisement préféré de la bêtise et de l'ignorance.

    Je ne veux pas restreindre le propos au mysticisme religieux, car nous vivons dans une époque mystique au sens très large, sans doute l'époque la plus mystique de tous les temps.

    Cela fait bien rire d'entendre parler de "cartésianisme" en un temps où la croyance dans la démocratie, ou bien dans le voyage dans le temps, les univers multiples, l'amour, la paix dans le monde, les super-héros (j'en passe et des meilleures), sont répandues dans le peuple et même les élites.

    Le goût généralisé de la musique est le signe d'une culture mystique ; comme la musique est un remède, cela signifie que le mysticisme est une maladie.

    - Le christianisme est-il une religion mystique ? On peut le croire si on se fie à la coïncidence suivante : les nations occidentales, baignant dans cette culture mystique, revendiquent en même temps le plus souvent le christianisme, à l'exemple des Etats-Unis ou de la Russie, revenue aussi vite qu'elle l'avait abandonnée à l'orthodoxie. On peut le croire si on se fie à un ouvrage tel que le "Génie du christianisme" (Chateaubriand), mystique à bien des égards, pour ne pas dire mystificateur.

    Mais si l'on examine les écritures saintes chrétiennes, on verra qu'elles ne sont pas mystiques. D'abord parce que les apôtres éclairent des pans de la religion juive demeurés obscurs jusqu'à l'avènement du Sauveur, de sorte que l'on peut dire que le christianisme est moins mystique que le judaïsme, qui déjà se distinguait des religions païennes par une vision du cosmos plus claire, moins propice à l'hystérie mystico-religieuse.

    On note qu'il y a bien quelques aspects des évangiles qui demeurent mystérieux, comme le nombre de la bête (666) ; saint Paul qualifie aussi de "grand mystère" le mariage du Sauveur et de son Eglise ; l'apocalypse de Jean peut paraître un texte mystérieux : de nombreux passages sont seulement mystérieux du fait de l'ignorance de l'homme moderne du langage des symboles.

    Néanmoins, dans tous les cas, l'encouragement explicite du Sauveur et des apôtres est à élucider les quelques passages mystérieux des Evangiles, non à entretenir le mystère. De même les évangiles ne font pas de la science un péché ; les Français le savent bien puisque les philosophes des Lumières se sont appuyés sur les évangiles pour contester le monopole du clergé catholique sur la vérité scientifique, vérité bien sûr relative compte tenu de l'ignorance persistance de nombreux aspects du cosmos.

  • De l'Athéisme

    Par un étrange retournement des choses, le chrétien peut être considéré aujourd'hui comme un athée, puisqu'il n'a foi dans aucune des utopies politiques à la mode : ni l'utopie communiste égalitaire, ni l'utopie réactionnaire (retour à l'ordre ancien), ni l'utopie libérale-technocratique, ni SURTOUT PAS l'utopie démocrate-chrétienne, qui fournit la clef pour comprendre notre époque prétendument "complexe".

    L'utopie démocrate-chrétienne peut être définie de façon sommaire comme la version séculière de la doctrine catholique romaine. Elle est centrale ou matricielle, dans la mesure où les utopies politiques citées auparavant sont déterminées par elle ; l'utopie libérale-technocratique, trop froide ou intellectuelle, est la plupart du temps associée à la démocratie-chrétienne, censée l'humaniser (dans le projet de constitution européenne, par exemple) ; l'utopie réactionnaire se définit CONTRE l'éthique et la politique judéo-chrétiennes, dont elle propose parfois de purger le monde, à différents niveaux (Nietzsche, Hitler) ; l'utopie communiste égalitaire est une sorte de christianisme social qui ne veut pas dire son nom, en raison de la compromission ancienne du clergé avec les puissants de ce monde.

    A quoi il faut ajouter l'utopie politique écologiste, sorte de tentative pour redorer le blason de l'utopie politique auprès de la jeune génération. Le paganisme recèle un écologisme véritable ; l'utopie politique écologiste, sur de nombreux points (sa prétention à l'humanisme) trahit qu'elle est d'abord une perspective utopique, encore une fois par contraste avec la culture de vie païenne, qui est une écologie véritable.

    L'utopie réactionnaire pure (Nietzsche) a le mérite de mettre à jour un élément important, à savoir l'absence de but politique véritable dans les utopies auxquelles la doctrine réactionnaire s'oppose, assez énigmatiques du point de vue réactionnaire par conséquent. Au regard de Nietzsche, le christianisme est plus ou moins une erreur funeste.

    Au chrétien, ces utopies politiques en apparence diverses doivent apparaître pour ce qu'elles sont, à savoir une diversion. Elles sont faites pour prendre la place du mythe apocalyptique. J'écris "mythe" à dessein, car l'homme moderne prétend avoir surmonté le mythe grâce à sa science et la raison qui en découle (à l'exception du mythe d'Oedipe) ; or il se trouve que l'homme moderne a foi dans des utopies politiques qui semblent défier non seulement la science, mais parfois le bon sens. Qu'y a-t-il de vraiment rationnel dans le capitalisme, qui détermine l'existence d'une bonne part de l'humanité ?

    On peut résumer la culture moderne à une tentative de faire obstacle au progrès de l'apocalypse dans les consciences. Pourquoi, comment expliquer un tel complot ? N'est-ce pas un peu gros ?

    Ma réponse :

    - Examinez d'abord à quel point les arguments des politiciens modernes sont grossiers, qui se résument presque tous à la promesse d'enrichissement, en-deçà de la jouissance. L'envie, viscéralement ancrée dans l'homme, d'égorger son voisin, disparaîtrait du fait du partage des richesses à égalité ? Qui peut croit à ça ? Il est vrai que la redistribution de l'argent peut avoir un effet de contrepoison, mais il ne résout en aucun cas le problème de la condition humaine, dont tout laisse penser qu'il martyrise l'homme autant que les privations physiques.

    - Voyez comme la doctrine réactionnaire est simpliste, elle aussi, qui réduit le monde moderne à 2000 ans de bêtise chrétienne. Il suffirait de regarder le christianisme pour ce qu'il est aux yeux de l'antéchrist Nietzsche - une illusion -, et la nature pourrait ainsi reprendre ses droits sur l'homme et le ramener à la raison de son créateur, Satan/Prométhée/le feu créateur ?

    - Le complot de la pyramide des intérêts humains contre l'apocalypse chrétienne se comprend très bien du fait de la peur que l'amour de Dieu inspire à l'homme. Quiconque fait un effort pour comprendre la parole de Dieu comprendra qu'elle est un véritable défi lancé à l'homme, complètement inédit et très différent du confort intellectuel procuré le plus souvent par la religion. 

    Celle-ci consiste ordinairement à s'en remettre à un dieu abstrait, ses ordres abstraits, ses visées abstraites (l'algèbre et le calcul abstraits sont des refuges pour les esprits faibles), dont l'Etat moderne est un équivalent.

    Le paganisme est un arrangement avec dieu ; il n'y a pas de transaction, pas de doute possible avec le dieu des juifs et des chrétiens - Jésus-Christ a ainsi énoncé que "Celui qui n'est pas avec lui est contre lui.", et ce faisant il ramène chacun au sens de l'histoire.

    Ce complot, Shakespeare l'a consciencieusement illustré et décrit dans "Hamlet", n'omettant aucune des ruses de Satan. La tenture que Hamlet transperce est le voile du mensonge, cette culture moderne que je mentionne plus haut - Polonius le personnage-clef du complot (celui qui incarne le plus la culture moderne).

    Ce qu'aucune religion n'avait fait avant, le Christ le propose, à savoir aller à la rencontre de son père, dieu lui-même. La parole de dieu bouleverse ainsi les rapports humains, d'une façon que l'on peut croire définitive, et qui bouleverse radicalement l'organisation humaine.

    La culture moderne est un labyrinthe, destiné à emprisonner la conscience humaine dans les lois et les arcanes de la physique, à faire écran à la porte étroite de la métaphysique. Cependant la culture moderne ne peut obstruer complètement cette porte.

    Il faut avoir lu les évangiles pour concevoir la menace qu'ils représentent pour la pyramide humaine ; c'est pourquoi Satan recrute le plus souvent ses disciples parmi les élites cultivées et christianisées. A la doctrine radicalement antisémite et antichrétienne de Nietzsche sont préférées des méthodes de subversion plus subtiles comme la "doctrine sociale" (sic) des papes catholiques, la propagande démocrate-chrétienne, qui épargnent le nom de Jésus-Christ mais vident son enseignement de sa substance.

    Nombre de catholiques qui se croient "chrétiens" aujourd'hui, relèvent d'une double référence à la philosophie païenne de Platon et aux évangiles, références incompatibles. Nous devons les inciter patiemment à purifier leur foi lorsqu'elle est sincère des éléments qui proviennent de la philosophie de Platon.

  • Place de la Métaphysique

    Jamais le mot "liberté" n'a été autant prononcé que dans les régimes totalitaires. Ils constituent à la fois l'obstacle à la liberté et la preuve que celle-ci existe bien.

    La mort est le produit de la volonté humaine. On peut même dire de l'homme moderne qu'il s'acharne à mourir, bien qu'il donne l'apparence de se consumer lentement.

    L'immortalité, quant à elle, est le fruit de la liberté.

  • Rendez à César...

    Le régime officiellement laïc et républicain de la France peut faire croire que les catholiques sont "dissidents". Etant gosse et catholique, je l'ai moi-même cru, tout en observant le conformisme du clergé catholique vis-à-vis des lois de la République.

    En réalité, l'idée d'un catholicisme dissident est aussi fausse qu'une vanité de gamin qui fait rouler ses muscles pour épater la galerie : l'Etat républicain laïc est largement le produit de la philosophie du droit catholique romain. La lecture de Karl Marx, notamment, m'a permis de comprendre à quel point la République française est fille de l'Eglise romaine ; d'abord parce que Marx, historien allemand largement inspiré par l'école réaliste anglaise m'a fait prendre du recul par rapport au "roman national" français ; ensuite parce que Karl Marx réduit à néant la philosophie de Hegel, qui constitue le soubassement de la religion des élites européennes, QUE CES ELITES SOIENT ATHEES OU SE DISENT CHRETIENNES.

    La "laïcité" est en effet une construction intellectuelle qui découle de l'interprétation subversive du clergé catholique de la parole d'Evangile fameuse : "Rendez à César ce qui est à César..." ; cette interprétation est subversive puisqu'elle vise à restaurer le césarisme sur la base des paroles messianiques qui le proscrivent. Cette subversion de l'Evangile nous projette dans l'apocalypse, qui décrit avant tout le combat de la vérité contre le mensonge, un mensonge qui prend des proportions à la fois titanesques et subtiles (contrairement au mensonge païen ordinaire, à savoir la loi de l'éternel retour, qui pose le principe d'une humanité soumise aux lois de la biologie et à elles seules).

    D'abord la culture païenne ignore la laïcité ; il n'y a jamais eu de régime politique païen athée. L'évangile propage une forme de laïcité au sens de l'irréligion, dans la mesure où l'évangile met en garde contre la religion païenne, celle-là même qui est accordée au gouvernement des hommes.

    Ce que le clergé catholique s'efforce d'aménager, ce sont les droits du clergé catholique à faire de la politique, alors que ce n'est nullement le but poursuivi par le Messie quand il prononce ces paroles. Le but du Messie est simple : il dissuade ses disciples de prendre la politique véritablement au sérieux. Comme toutes les choses temporelles, la politique n'est pas une chose véritablement sérieuse du point de vue chrétien.

    Le catholique qui affirme, comme étant la doctrine catholique : "Les moeurs sont avec la foi le plus haut domaine de compétence de l’Eglise", se trompe donc et trompe son prochain. Les évangiles s'attachent à nous montrer le Messie comme un être exemplaire, non pas sur le plan des moeurs, mais sur le plan de la défense de la Vérité, où il est infaillible. Dans quelle doctrine vérité et morale sont confondues ? La philosophie païenne de Platon.

    Cette doctrine catholique prétendument "classique" est en réalité médiévale - un reflet du Temps, et non inspirée des évangiles chrétiens. Quel besoin y a-t-il de compléter les paroles du Messie, parfaitement claires et concordantes ? La doctrine catholique n'a ici aucune légitimité.

    Le rapprochement du clergé catholique et de l'autorité républicaine n'est d'ailleurs pas sans rappeler le rapprochement des juifs pharisiens avec l'autorité romaine il y a de cela deux millénaires.

  • Elections et boniment crétin

    A quel péché capital le chrétien songe-t-il en observant le cirque des élections présidentielles ? Je dirais la luxure, au vu de cette débauche de tracts, d'interviews, de temps passé à arpenter le pavé pour tenter de convaincre son prochain de voter pour tel ou tel candidat...

    Mais aussi, comme la démocratie est un régime de plaideurs, où la rhétorique occupe une place extraordinaire, le chrétien songe à l'évangile de Matthieu, largement consacré à la défense de la vraie religion contre celle des pharisiens et des scribes :

    - Ecoutez et comprenez ! Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui souille l'homme. (Matth. XV, 11)

    Il n'y a rien de plus détestable que le "boniment chrétien", et les flatteries en direction du peuple à l'occasion de la campagne électorale y ressemblent beaucoup, du fait de cette philanthropie frelatée que l'on trouve dans toutes les bouches, dont l'organisation sociale dément systématiquement la sincérité.

  • Satan dans l'Eglise

    S'il y a bien une manifestation courante de l'athéisme au sein de la communauté des soi-disant chrétiens, c'est la passion pour le débat politique. Elle trahit la foi ou l'espérance dans un avenir, un "au-delà", en même temps qu'une inquiétude dont les évangiles sont les plus dissuasifs.

    Cette passion pour la politique contredit l'incitation du Messie à se tourner vers les choses de l'Esprit et non les questions temporelles ou sociales.

    L'interdiction de bâtir le royaume du Christ sur la terre est violée lorsque tel ou tel "chrétien" prétend instaurer une "politique chrétienne" ou la prône. On se situe sans doute au niveau de la fornication et du satanisme quand un prêtre, s'exprimant au nom ou dans la suite des évangiles proclame que "C'est un devoir chrétien de voter".

    J'écris "débat politique" et je parle de "passion" pour indiquer à quel point la politique déborde désormais le domaine des choses pratiques. Pour ainsi dire le domaine des choses pratiques est l'affaire de quelques-uns, que l'on nomme "administrateurs", tandis que le débat est l'affaire de tous, bien que l'on puisse douter de son utilité. La politique occupe donc les esprits de ceux qui en ont peu, et la place démesurée accordée au débat ("Ce qui sort de la bouche de l'homme, c'est cela qui souille l'homme.", prononce Jésus-Christ) nuit à l'administration pratique.

    L'absence de pragmatisme de la politique moderne peut se traduire par une forme de mysticisme, assez creux -disons le mysticisme de l'Avenir-, mais qui fascine un grand nombre de personnes. Ce mysticisme frelaté a un but de subversion du christianisme, reconnaissable à deux traits caractéristiques : - d'abord le mysticisme fait perdre à la politique son caractère pragmatique en lui assignant des missions qui ne relèvent pas de la politique ; deuxièmement ce mysticisme est une sorte de philanthropie, à laquelle de nombreux clercs disent adhérer, mais qui n'a aucun fondement évangélique.

    La nécessité que les sociétés humaines ont de s'organiser est un besoin banal auquel le message évangélique ne s'oppose pas. Jésus-Christ ne propose pas d'abolir la peine de mort ou la guerre en appliquant une morale extraite de son enseignement. De même, auparavant, Moïse ne régna pas sur l'Egypte en souverain, mais incita symboliquement le peuple juif à fuir l'Egypte.

    La politique n'est pas l'affaire des chrétiens fidèles en tant qu'ils sont chrétiens ; en revanche la corruption et la subversion du message évangélique à travers un discours politique prétendument chrétien doit mobiliser contre elles tous les chrétiens qui ne sont pas athées, portant le déguisement des racines chrétiennes de la France, ou de telle ou telle autre insanité de propriétaire bourgeois.

     

  • Religion du bonheur

    Il faut mener un combat sans repos et sans merci pour être heureux.

    Il y a de plus une idée du bonheur proche de la vie, pour les gens aisés, et une idée du bonheur proche de la mort pour les esclaves ou les personnes soumises au hasard, ce destin boiteux et souffreteux.

    Le bonheur est devenu une chose si compliquée que certains en oublient l'amour ; toute la ruse de Satan est là.

  • Votez con !

    Journal d'un chrétien en période de campagne électorale, alors que la pensée magique bat son plein.

    La promesse d'égalité est le meilleur moyen de créer des divisions au sein des peuples opprimés. Aucun parti politique désormais ne peut se priver de ce moyen politique machiavélique. L'importance de l'égalité illustre d'ailleurs l'importance du calcul dans la culture bourgeoise.

    Ce qui a été accompli "au nom du peuple" en politique l'a rarement été, voire jamais, au profit du peuple.

    L'égalité n'est donc pas une recette pour remédier à l'injustice, mais un moyen pour la perpétuer.

  • Votez con !

    Voter est ce qui s'appelle du point de vue chrétien "se jeter dans la gueule du loup".

    Redisons ici à quel point la démocratie prouve Dieu et l'Histoire, à travers l'acharnement bizarre de cette idéologie moderne et de ses prêtres à flatter le peuple dans le sens opposé à celui indiqué par l'évangile de dieu, auquel la démocratie-chrétienne se garde de s'attaquer directement.

    En cela la démocratie-chrétienne diverge nettement de la tactique d'éradication du judaïsme et du christianisme prônée et ourdie par Nietzsche.

    Comme je l'ai déjà écrit ici, la tactique démocrate-chrétienne est tactiquement bien supérieure à celle des suppôts de Satan qui s'expriment ouvertement comme Nietzsche.

    C'est un fait aisément démontrable que la "démocratie-chrétienne" tend peu à peu à n'être plus qu'un "parti démocrate", composé d'adorateurs du veau d'or ; cependant elle ne doit pas trop s'éloigner de la mission qui lui a été assignée par Satan de former entre le peuple et Jésus-Christ une sorte de cordon sanitaire.

    On peut soupçonner à travers le propos de la démocratie-chrétienne elle-même son antichristianisme sournois, et d'une espèce plus redoutable que l'apologie de Satan. La démocratie-chrétienne est en effet assimilable à une promesse de salut universel ; au contraire Jésus-Christ annonce que "peu seront élus" par le Père, invités au festin de la vie éternelle, car il sait combien le pouvoir d'attraction de Satan est grand, et l'homme faillible dès lors qu'il est privé de la force de l'esprit.

    Il est un fait constatable, dans la littérature et la culture démocrate-chrétiennes, c'est l'effacement progressif de Satan. Cet effacement a pour corollaire ce que les anthropologues modernes qualifient de "triomphe de la raison sur les mythes". Quel mythe lesdits anthropologues cherchent-ils à faire passer à la trappe ? L'apocalypse, c'est-à-dire l'histoire tragique du combat de l'homme contre Satan.

    L'asservissement dont Jésus-Christ nous explique que l'homme est victime, et dont la mort est la conclusion effective, cet asservissement l'idéologie démocrate-chrétienne le nie, tout en assignant au peuple un but dont les évangiles ne comportent pas l'amorce.

    On peut par conséquent être chrétien et ne pas se sentir concerné par le mysticisme frelaté et somptuaire de l'élection du président au suffrage universel. En revanche les mensonges proférés par les démocrates-chrétiens au nom de Jésus-Christ requièrent que nous indiquions où se situe la vérité - dans la direction opposée au piège tendu par la démocratie-chrétienne et ses représentants, laïcs ou prêtres. 

  • Saint Marx

    Saint Marx veut nous tirer du rêve où la bourgeoisie a ses racines et les actionnaires de la bourgeoisie veulent emprisonner l'humanité.

    A la suite de Shakespeare, Marx est un briseur de rêve, un massacreur d'Avenir, là où la bourgeoisie se trouve enracinée. Coupez la bourgeoisie de ce pieux mensonge qu'est le rêve, et elle se mettra à convulser.

    Tenez-en pour preuve que le rêve et l'argent sont deux plans identiques, et voyez ce qu'une petite saignée d'argent entraîne dans les régimes capitalistes : ils commencent déjà à se faire dessus.

    L'Etat soviétique a immédiatement rétabli le rêve dans ses droits. Tandis que l'Eglise romaine théorisait le paradis au-delà, le parti soviétique a théorisé le paradis sur terre et l'a appelé "socialisme". Non pas Marx ; Marx est resté fidèle à la science.

    "Le Capital est le principal ennemi du Capital." : ce qui est valable pour le Capital est valable pour le Totalitarisme, dont le capitalisme représente la raison sociale, l'impulsion nerveuse.

    Autrement dit, le totalitarisme trouve en lui-même son point de rupture ; il vient de la tension extrême à laquelle la rhétorique du mensonge est soumise.

    On ne peut avoir une vision d'ensemble du totalitarisme, cette barbarie qui s'avance au nom de la culture et du progrès, de la démocratie, si l'on ne comprend pas quel est son mobile. Si Marx n'est pas loin de le cerner, c'est en raison de ses références bibliques.

  • Bouddha pourquoi faire ?

    Il y a quelques jours le Dalaï Lama tweetait ceci : "Toutes les religions ont le potentiel de créer de meilleures personnes - mais aucune religion ne peut clamer sa suprématie au-dessus d'une autre."

    Le dogmatisme en creux de ce chef bouddhiste ("aucune religion ne peut") permet de comprendre pourquoi le bouddhisme est aussi en vogue dans le monde moderne. Par ailleurs j'ai expliqué sur ce blog comment le monachisme catholique a produit une religion très proche du bouddhisme, où la règle de vie l'emporte sur le message évangélique, qui finit par disparaître au profit de vagues doctrines sociales allemandes ou de recettes de boy-scouts.

    C'est en effet une sorte de relativisme qui est exprimée ici sous le couvert de la sagesse bouddhiste, un relativisme en adéquation avec la mentalité du quidam moderne. Il évoque l'adage, aussi répandu qu'il est stupide et démenti par la réalité : "La liberté d'Untel s'arrête où commence celle d'autrui."

    A quoi cette phrase correspond-elle, dans un monde où les rapports de force violents sont palpables à chaque instant, dans chaque endroit ou presque ?

    Mettons entre parenthèses le message chrétien que la sentence du Dalaï Lama ignore ou condamne implicitement : il est parfaitement faux de dire que toutes les religions païennes se valent. Il y a, dans la manière de concevoir et d'organiser les rapports entre l'homme et la Nature, des religions païennes plus intelligentes et supérieures aux autres. Il y a des religions qui permettent une meilleure jouissance et un plus grand bonheur que d'autres.

    De plus, suivant la caste à laquelle on appartient, sa situation sociale, la religion ne s'applique pas de la même manière. Pour simplifier, on ne jouit pas des mêmes droits, et on n'a pas les mêmes devoirs suivant sa condition. Il est étonnant que le Dalaï Lama ignore complètement le fait du partage inégal des biens et des pouvoirs, auquel toutes les religions et tous les clergés participent pourtant.

    Mais revenons maintenant au message évangélique : il échappe à l'admonestation du Dalaï Lama, car le message évangélique n'a absolument pas pour but de "créer de meilleures personnes" - le christianisme n'est pas une éthique, le christianisme n'est pas une philosophie, bien que certains insinuent le contraire "au nom du Christ", afin de se mettre au diapason du monde.

    Le message évangélique ne répond pas au besoin de la plupart des hommes de vertu et de raison, mais plutôt à l'aspiration de quelques-uns à l'amour, chose qui, du point de vue de la vertu peut sembler une folie, et qu'il l'est dans la mesure où elle fait perdre à l'ordre établi sa valeur mystique.

    Quand le Messie proclame qu'il n'est pas venu pour faire la paix, mais la guerre, comment peut-il mieux stupéfier les bouddhistes et signifier nettement que son message n'est pas fait pour tout le monde, mais seulement pour ceux qui veulent vraiment le salut ?

    A contrario, qui fait vraiment le choix du vice ou de la vertu ? N'est-on pas, dans ce domaine, presque entièrement déterminé par les lois de la physique ?

    La déclaration de guerre du Messie des chrétiens ne fait que traduire la conscience qu'il n'y a pas de paix possible dans ce monde, contrairement à l'affirmation des prêtres qui agitent sous le nez du peuple cet opium pour le faire patienter.

    La déclaration de guerre du Messie pousse à faire un choix, non pas au rayon des religions anthropologiques, destinées à améliorer le séjour forcé de l'homme sur cette terre, mais POUR lui et AVEC lui, ou au contraire CONTRE lui.

  • Saint Marx

    Je ne parle pas ici de Lénine mais de Marx - précision utile, car la propagande communiste a présenté Marx comme le père de la révolution soviétique - ce qu'il n'est pas.

    Il est plus juste de définir Marx comme l'ennemi de la philosophie occidentale moderne ; comme cette définition convient aussi à Nietzsche, encore faut-il préciser une différence majeure.

    Du "veau d'or", l'antisémite Nietzsche ne parle quasi pas. Il compte même sur les riches bourgeois pour éradiquer le christianisme et le judaïsme dans les milieux populaires. Selon Marx, au contraire, le veau d'or est au centre de la tragédie moderne, dont l'Etat n'est que l'avatar juridique.

    L'incitation de Marx n'est pas à dérober leurs biens aux riches, ni même à les contraindre à un mirifique partage, mais à échapper à l'aliénation que la richesse entraîne. Du point de vue de Marx, la corruption des élites modernes est plus grande que celle du peuple (qu'il ne flatte pas pour autant, ainsi que les démagogues, mais encourage à s'affranchir).

    K. Marx défait le lien entre les élites et le peuple, que l'Eglise romaine avait conçu, soumettant celui-ci à celui-là pour des raisons divines. Le Christ fit pire encore contre la société : il délia les Juifs de l'obéissance qu'ils devaient à leurs prêtres, ayant mis à jour les manquements de ceux-ci, et leur ignorance de la prescription divine essentielle - l'amour.

  • Dans la Matrice

    Une expression à la mode, "réalité augmentée", est typique du lexique totalitaire. En effet la technologie n'améliore pas la perception de la réalité : elle ne l'augmente pas mais l'altère.

    Il faut ajouter que c'est dans le domaine de la science que cette altération est la plus grave : les outils de plus en plus puissants et précis au service de la science ne permettent pas de mieux percevoir la réalité dans son ensemble. Ces outils performants sont aussi trompeurs que les sens dont l'homme est naturellement dotés.

    Les outils technologiques sophistiqués permettent de mieux voir les détails, mais ils ne sont d'aucune utilité pour traduire la réalité cosmique de façon intelligible.

    Prenons un exemple : "l'infini", qui n'est au départ dans le langage des mathématiciens que la manière de désigner ce qui est difficilement quantifiable, tant spatialement que temporellement, a pris peu à peu dans les régimes technocratiques le sens d'une valeur définissable, puis certaine, et perdu sa signification "en creux". L'outil a ainsi contribué à abolir des limites fondées autrefois sur l'expérience.

    La tâche de l'ingénieur, du concepteur des nouveaux outils de la science, est beaucoup plus abstraite que celle du savant, au sens strict, qui s'efforce au contraire de se rapprocher de la réalité, dont l'homme est éloigné à cause du défaut ou de la marge d'erreur de ses sens.

    Cette altération de la réalité par les outils et le discours technocratique est aussi observable en divers points tel que celui-ci : la science technocratique a opéré sa jonction avec la science-fiction, dont le but courant est de divertir. Autrement dit, l'expérience a une part très réduite dans la science technocratique. Beaucoup de lois et de propriétés de la physique moderne ont un usage industriel et technologique, mais elles ne rendent compte de la réalité physique globale que d'une façon très parcellaire.

    Le savant technocrate moderne n'est pas exactement aveugle, mais les lunettes qu'il porte indiquent bien la focalisation excessive de son attention sur tel ou tel détail, qui l'empêche d'avoir conscience de l'ensemble.

  • Voter pour qui ?

    Il n'y a pas de "vote chrétien", c'est une certitude au regard de la prohibition formelle du Messie faite à ses disciples de tenter d'établir le royaume de Dieu sur la terre.

    La compromission de certaines Eglises soi-disant chrétiennes, l'Eglise romaine en tête, avec telle ou telle culture nationaliste païenne, nous permet de mesurer la puissance du mensonge de Satan.

    Si la doctrine démocratique fait référence au christianisme, c'est bien sûr afin de manipuler des opprimés ; parce qu'elle contredit l'évangile et parce qu'elle a été utilisée afin de séduire, la démocratie-chrétienne se trouve être l'opinion politique la plus abjecte aux yeux des chrétiens fidèles à la parole de Dieu.

  • Le Christ anarchiste

    - N'ayez pas peur ! dit Jésus-Christ à ses apôtres.

    Or la peur est le ciment social par excellence ; on ne peut pas parler de régime totalitaire, c'est-à-dire d'un régime asservissant un myriade d'humains (l'aspect quantitatif est une dimension importante du totalitarisme), sans évoquer le chapitre de la peur, d'où part l'adhésion au totalitarisme ; mais on ne peut pas parler non plus de la famille, formule sociale primitive, sans parler aussi de la peur, qui justifie la vie domestique. On voit le Messie, à l'entame de sa vie publique, s'émanciper des affaires et considérations domestiques.

    L'indifférence du chrétien aux questions sociales et politiques tient sans doute à ceci qu'il n'a pas peur ; l'avenir est une chose qui préoccupe surtout les lâches - ce qu'il y a de lâche en chaque homme et l'incite à "cultiver ses racines" ou autre religion païenne mystique du même goût.

    On peut ainsi aisément relier la peur et l'argent, comme Molière nous y invite dans sa comédie de "L'Avare", où l'argent n'a plus seulement le sens d'une transaction banale, mais une valeur mystique d'assurance, illusoire et analogue à "l'au-delà" de la mort.

    On voit que l'avenir est la religion ou la préoccupation des personnes riches, qui possèdent beaucoup d'argent ou de biens.

    Le jeune homme riche de la parabole respecte scrupuleusement les prescriptions de la religion juive, mais il ne veut pas renoncer à ses richesses, probablement parce qu'il n'est pas capable de dépasser sa peur, cette peur qui nous éloigne de dieu et nous oblige à garder les yeux rivés sur cette terre comme des lâches.

     

  • Foi et Raison

    Un catholique authentique, se réclamant de la Parole de Dieu, ne peut amalgamer la foi et la raison, ni même les juxtaposer. - Seule la foi sauve, dit justement l'apôtre Paul, et non les oeuvres. Cette mise en garde de Paul, fortement étayée, est dépourvue d'ambiguïté.

    Il faut en déduire que la "raison" n'a pas de portée universelle selon Jésus-Christ. Aucune société n'a de d'ailleurs de mérite particulier aux yeux de Dieu. Le "peuple juif" n'est pas un peuple, une société ordinaire, dont les membres seraient liés par le sang ; quant aux expressions de "France chrétienne" ou "d'Occident chrétien", elles sont entièrement dénuées de sens - ce sont des expressions sataniques, c'est-à-dire des expressions faites pour dissimuler la signification spirituelle des Evangiles.

    Quel besoin les propriétaires ont-ils de la bénédiction de leur propriété par Jésus ? Pourquoi ne la réclament-ils pas plutôt à Satan ? Ou, si le mot de Satan leur déplaît, à Bouddha ou Zarathoustra ? On voit bien, ici, que le besoin est d'abord pour Satan de régner à travers des mensonges.

    Comme l'antichristianisme procède surtout de l'enfouissement de la Parole divine sous des mensonges, le chrétien se doit de dévoiler l'antichristianisme, comme dans l'allégorie imaginée par Shakespeare, "Hamlet, Prince de Danemark".

    Dans cette tâche, le chrétien peut compter sur l'assistance de l'Esprit de Dieu (figuré dans "Hamlet" par le spectre du roi assassiné).

    Qu'est-ce qui se cache derrière l'invocation de la raison ? La philosophie. Au moyen-âge, certains clercs catholiques prétendirent s'appuyer sur Platon ou Aristote ; aujourd'hui, c'est la philosophie de Hegel qui soutient le discours des hauts dignitaires du clergé catholique.

    Or Jésus-Christ s'adresse à ses apôtres largement par le biais de l'allégorie ou de la parabole, et non comme un philosophe s'adresse à un collège de disciples. L'auteur de "Hamlet" est ainsi justifié de passer par le biais de l'allégorie.

    Si le discours philosophique de la raison peut être regardé comme désuet au regard de la foi chrétienne, autour de laquelle se jouent l'avenir et la fin de l'humanité, Jésus-Christ ne prône pas la folie pour autant. Il rend à Platon ce qui est Platon, comme il rend à César ce qui est à César.

    Quand un chrétien se mêle de philosophie ou de politique, il ne peut manquer d'établir une hiérarchie entre sa foi chrétienne et la raison qui gouverne temporairement les hommes. Ainsi firent par exemple le savant chrétien Francis Bacon ou René Descartes à sa suite, distinguant avec netteté, au contraire des théologiens dits "scolastiques", les vérités et recherches relevant de la foi supérieure, des raisonnements et sciences subalternes, c'est-à-dire "anthropologiques".

    C'est l'amalgame entre la foi et la raison qui équivaut au péché de fornication, dirigé contre l'Esprit de Dieu, et qui représente la colonne vertébrale de l'antichristianisme. Il s'agit ici, de façon sans doute plus intentionnelle et rusée, de conférer à la philosophie ou à la raison l'aura d'une parole sacrée.

    Un observateur attentif de notre société mondialisée peut mesurer à quel point le discours visant à amalgamer la foi et la raison, suivant diverses stratégies (dont l'hégélianisme n'est pas le seul exemple), est représentatif de l'idéologie dominante, que celle-ci soit confessionnelle ou laïque, voire athée.

    Ainsi l'utopie démocratique moderne n'emprunte à Platon pratiquement aucune de ses modalités pratiques ; en revanche elle est, comme chez Platon, constituée d'un mélange de foi et de raison.

    On peut mesurer aussi à quel point, non seulement la foi chrétienne se trouve altérée par cet amalgame, mais également la raison philosophique ou politique, voire la science.

     

  • Darwinisme et bestialité

    Le darwinisme est un des dogmes de nos régimes technocratiques. Il est par conséquent difficile d'argumenter contre publiquement, de faire valoir certaines lacunes de la théorie ou de faire remarquer l'appui de tel ou tel régime totalitaire sur l'idéologie évolutionniste. On mesure ici l'état véritable de la liberté d'expression.

    La cruauté de l'industrie moderne vis-à-vis des animaux peut sembler paradoxale, compte tenu de la culture darwiniste du quidam moyen. Est-ce que le rapprochement de l'homme avec le singe ne devrait pas le rendre plus indulgent vis-à-vis des espèces quadrupèdes ?

    C'est méconnaître certains aspects sous-jacent du darwinisme ; d'abord le fait qu'elle est une théorie anthropocentrée. L'intuition de Darwin est que l'homme est la finalité du processus biologique. Du point de vue de la science naturelle antique (Aristote, notamment), l'homme est aussi l'animal le plus doué de raison, ce qui assure sa supériorité sur les autres espèces ; mais l'homme est dépassé par des puissances cosmiques, tandis que le cosmos n'est du point de vue moderne qu'un territoire, un espace à conquérir.

    Si les conséquences du darwinisme sont désastreuses en termes d'éthique, c'est parce qu'il contribue à conforter le statut de démiurge de l'homme moderne. A l'homme moderne, tout est permis en théorie. Les élites modernes s'arrogent un droit extraordinaire sur la nature.

    Ici on voit d'ailleurs que la thèse de l'héritage grec est pure propagande, nazie, capitaliste ou démocrate-chrétienne, venant de régimes essentiellement technocratiques. La raison grecque n'est pas la raison moderne.

    Il est probable que la foi de l'Occident dans les capacités illimitées de l'homme - foi particulièrement dogmatique - signe son arrêt de mort.

    On ne peut s'empêcher ici de faire le rapprochement entre un arrêt aussi étrange de la civilisation et les mythes d'Adam & Eve ou de Prométhée, particulièrement riches d'enseignement sur la condition humaine, tandis que le darwinisme a eu pour conséquence de faire de la condition humaine... un hasard ou une chance.

     

  • Dieu et la Science

    La fin de toute science est Dieu, c'est-à-dire une connaissance plus pure et limpide de Dieu avec le sentiment de sa grandeur.

    Le fait de diviser la science en plusieurs domaines plus ou moins bien articulés entre eux résulte de la difficulté pour l'homme d'appréhender ce qui le dépasse.

    Le stade technocratique où nous sommes rendus résulte d'une volonté, qui là encore dépasse l'homme (qui n'est pas maître du Temps), de faire obstacle à la science véritable.

    La culture technocratique/totalitaire repose sur des mensonges grossiers dans le domaine de l'histoire des sciences - des mensonges qu'un individu peut aisément reconnaître comme tels. La force de tels mensonges est de nature politique et sociale, dans la mesure où la science n'est d'aucune utilité sur le plan politique ou social. Ainsi le roi Hérode tente-t-il symboliquement d'empêcher par tous les moyens les mages de cheminer vers l'étoile, épiphanie du Fils de Dieu.

    L'un de ces mensonges, prêché comme une vérité par bon nombre d'universitaires contemporains, consiste à prétendre que les pères de la science modernes étaient "laïcs" et, par glissement de sens, "athées". Ce n'était nullement le cas ; au contraire la plupart étaient animés par la foi chrétienne, et non seulement Blaise Pascal comme on entend dire parfois, mais aussi le savant anglais Francis Bacon Verulam plus tôt, ou, plus connu en France, René Descartes. Cela ne fait pas d'eux d'infaillibles savants sur tous les sujets ; de cela ils furent conscients, comme de la médiocrité de leurs découvertes au regard de la "science métaphysique", terme utilisé pour désigner la science du vrai Dieu.

    L'opposition entre la science et la théologie est donc une invention récente, dépourvue d'histoire cohérente et reposant sur des sophismes.

    La clef des rapports entre Dieu et la science se trouve dans la cosmologie, aujourd'hui entérinée au profit de l'astronomie, dont la cause et la finalité sont technocratiques.

    Je recopie ci-après un extrait du livre d'Henri Gouhier dédié à la pensée religieuse de Descartes ; il explique de façon assez claire et utile ce qu'il est convenu d'appeler "l'affaire Galilée" ; cette "affaire", où se mêlent des questions religieuses et scientifiques, mais aussi politiques, joue un rôle important dans la propagande technocratique, qui substitue habilement la science à dieu, en même temps qu'elle tient la science à distance du commun grâce à un discours et un langage que seuls quelques initiés ou spécialistes peuvent comprendre.

    En effet l'idolâtrie scientifique repose largement sur la division des sciences en différentes spécialités. Le passage de la cosmologie à l'astronomie, expliqué dans l'extrait qui suit, a joué aussi un rôle dans la confusion entre la science fondamentale et de la mécanique. La culture technocratique/totalitaire est une culture dont les lois fondamentales sont des lois mécaniques.

    *

    C'est le Galileo Galilei de Bertold Brecht qui déclare : "Pendant deux mille ans, l'humanité a cru que le soleil et tous les astres du ciel tournaient autour d'elle." Pour celui de l'histoire comme pour ses contemporains, l'héliocentrisme est "la doctrine de Pythagore" : c'est encore sous ce nom qu'elle est condamnée dans le décret de l'Index du 5 mars 1616.

    Le pythagoricien Philolaus fut, semble-t-il, au Ve siècle avant J.-C., le premier à mettre le soleil au centre du monde et à faire de la terre un "astre errant" ou planète. Vers 270 avant Jésus-Christ, Aristarque attribuait à la terre la révolution annuelle qui est celle apparente du soleil et la plaçait entre Mars et Vénus. Mais il s'agissait là de cosmologie, cosmologie qui, à l'époque présocratique du moins, mêle la réflexion philosophique à une vision poético-religieuse de la nature. L'"astronomie technique", comme dit M. Giorgio de Santillana, se constitue avec les mathématiques et alors apparaît une idée très importante : on se propose de décrire les mouvements célestes et de s'en donner une représentation qui rende la prévision possible ; on va donc construire des modèles mathématiques abstraits ne prétendant pas représenter la réalité des cieux mais permettant de calculer d'avance les positions des planètes. C'est dans cette perspective qu'au IIe siècle de notre ère, Ptolémée construit son système avec la terre au centre d'un monde clos et circulaire.

    Une distinction fondamentale est donc posée entre l'astronomie proprement dite et la physique ; la première est l'oeuvre des mathématiciens, la seconde, celle des philosophes, relevant de la philosophie de la nature ; la première a pour devise : "sauver les phénomènes" ; elle ne cherche nullement à représenter la réalité cosmique.

    Mais, au cours de l'histoire, cette claire distinction se trouve compromise par un double voisinage. D'une part, la philosophie aristotélicienne de la nature met la terre au centre d'un monde clos ; d'autre part, le langage de la Bible est géocentrique. De là, une tradition à la fois universitaire et théologique qui interprète le système de Ptolémée comme une image du monde réel, qui prend l'astronomie mathématique pour une cosmologie.

    L'oeuvre de Copernic va ramener l'attention sur la distinction entre le modèle mathématique et la philosophie de la nature.

    Le chanoine médecin fut sans doute très tôt séduit par la vision pythagoricienne du monde. Vers 1513, il fait circuler un opuscule : De hypothesibus motuum coelestium a se constitutis Commentariolus ; il publie en 1543 à Nuremberg "De Revolutionibus orbium coelestium libri VI" avec une lettre dédiant l'ouvrage au pape Paul III ; mais en 1540 un jeune disciple protestant à qui Copernic avait confié le manuscrit, avait fait paraître : "De libris Revolutionum Eruditissimi Viri et Mathematici excellentissimi reverendi D. Doctoris Nicolai Copernic... Narratio prima...

    "Ni le Pape, ni personne d'autre à Rome, écrit Alexandre Koyré, ne semble avoir été choqué par le nouveau système du monde cosmologique". Alors commence l'histoire d'une équivoque.

    Copernic entend refaire ce qu'avait fait Ptolémée ; un modèle mathématique qui sauve les phénomènes et permette la prévision, mais en reprenant l'idée pythagoricienne ; autrement dit, l'héliocentrisme n'avait jamais reçu une traduction mathématique ; Copernic le fait entrer dans l'astronomie scientifique. Ceci dit, Copernic ne croit pas que l'astronomie du géomètre puisse être différente de celle qui représenterait la réalité dans la physique... Mais le jeune éditeur protestant de "De Revolutionibus" prend la précaution de faire précéder le livre d'une préface du théologien Andréas Osiander qui affirme le caractère strictement hypothétique de l'héliocentrisme : comme cette préface n'est pas signée, les lecteurs croient qu'elle est de Copernic.

    Désormais la distinction entre hypothèse mathématique et réalité physique devient un moyen d'éviter les objections faites au nom de l'aristotélisme et de la Bible.

    Derrière Galilée (1564-1642), il y a donc Copernic (1473-1533) et aussi Tycho Brahé (1546-1601) ; à côté de lui, il y a Kepler (1571-1630).

    Galilée est en rapports personnels avec Kepler, mais comme Descartes, il semble avoir ignoré la portée de son oeuvre, constate Koyré. Tous les astronomes contemporains de Galilée et de Descartes connaissent l'importance des travaux de Tycho Brahé : d'abord "il avait réuni une masse énorme d'observations inconnues jusqu'à lui" ; ensuite, il a, comme Copernic, abandonné le système de Ptolémée, mais en imaginant un système moins directement opposé que celui de Copernic à l'aristotélisme et à la Bible : les planètes tournent autour du soleil et l'ensemble ainsi constitué par le soleil avec ses satellites tourne autour de la terre."

    In : "La Pensée religieuse de Descartes", Henri Gouhier (1972)