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Lapinos - Page 2

  • Voeux pieux

    Comme une dizaine de millions de Français, j'ai regardé les voeux du président E. Macron pour l'année 2018. Ils témoignent selon moi de l'importance de la religion dans la culture contemporaine. En effet le discours du président est un discours entièrement mystique.

    Ayant l'habitude des sermons "démocrates-chrétiens" (habitude prise pendant l'enfance), je discerne dans le sermon présidentiel un avatar des sermons démocrates-chrétiens. Emboîtant comme ses prédécesseurs le pas des Etats-Unis en matière économique et politique, il n'y a rien d'étonnant à ce que le président adopte aussi la rhétorique démocrate-chrétienne cauteleuse.

    Cette rhétorique vise notamment à dissimuler que l'Etat est un monstre froid. C'est en quoi la démocratie-chrétienne s'oppose nettement à la parole de Dieu ; nulle part on ne trouve dans les évangiles de tentative pour faire passer l'organisation politique pour ce qu'elle ne peut pas être. La "solidarité" existe au sein de l'espèce des loups, dont l'organisation clanique ou familiale n'est pas moins "froide et monstrueuse" pour autant.

    Les personnes sentimentales sont les premières victimes d'une organisation froide et monstrueuse, portant le masque de la fraternité ou de la solidarité: aussi les chrétiens fidèles à la parole de Dieu ne doivent-ils pas tremper dans l'hypocrisie démocrate-chrétienne, qui a d'abord pour effet d'affaiblir les faibles.

    Le mysticisme démocrate-chrétien s'organise autour de la notion d'Avenir. Tandis que les peuples païens connaissaient la Nature et le Destin, les peuples modernes connaissent l'Avenir et le Hasard, perspective aussi tronquée et courte qu'elle paraît infinie - perspective macabre.

    Qu'est-ce que cet Avenir insondable ? C'est un ersatz de la notion de Salut chrétien : une transposition sociale impossible du message évangélique - impossible car proscrite par la parole de Dieu, qui interdit de se soumettre à l'esprit du Temps.

    Les chrétiens sont les mieux placés pour s'opposer à l'abus de confiance que représentent les sermons démocrates-chrétiens, car ils peuvent les confronter aux vérités évangéliques. Les "oeuvres ne sauvent pas" dit Paul de Tarse, et cela condamne ABSOLUMENT l'entreprise démocrate-chrétienne. Et cela explique encore l'effort des prêtres démocrates-chrétiens pour trahir Paul ou le diffamer autant que possible.

  • Religion de Voltaire

    Cloué au lit par une grippe, je relis les "Lettres philosophiques" de Voltaire.

    Son propos est assez actuel ; sans doute le style clair et net de Voltaire n'est-il pas étranger à cette impression, tandis que la plupart des auteurs contemporains ne parviennent pas à donner vie à leur style.

    La religion catholique honnie par Voltaire a fondu en France comme neige au soleil, réduite désormais à une petite secte condamnée à rêver de la grandeur catholique d'autrefois (ou du futur).

    Cependant le culte de l'Etat perdure en France, le respect de l'autorité incarnée par les fonctionnaires chargés de la police, de l'enseignement et de la défense du pays ; dans ce goût de l'uniforme et de la censure, on reconnaît le service rendu autrefois par le clergé catholique aux représentants de la puissance publique.

    Pour mémoire, Voltaire s'oppose d'une part au clergé catholique, et plus encore au jansénisme ; d'autre part il combat le matérialisme athée de certains "philosophes", qu'il juge aussi excessif. De fait, le XXe siècle sera le siècle d'une forme de fondamentalisme athée.

    Voltaire est lui-même matérialiste, mais non athée. Cette opinion religieuse n'est pas si originale, car on la retrouve dans l'Antiquité chez certains philosophes, dont Aristote.

    Les convictions religieuses de Voltaire sont difficiles à cerner exactement ; la formule de sa foi dans un dessein supérieur intelligent fluctue au gré de l'influence de tel ou tel savant philosophe - l'admiration de Voltaire pour Newton est bien connue. On pourrait dire que la religion de Voltaire fut celle dont Newton, savant et théologien, fut le prophète.

    Voltaire est partisan d'une religion "moyenne", préservant la France des abus du clergé catholique comme de certains philosophes faisant la promotion d'un athéisme dogmatique.

    Rien d'étonnant à ce que Voltaire s'en prenne à Pascal et ses "Pensées", dans une lettre philosophique (XXV) qui constitue un morceau de bravoure. On constate que Voltaire n'a pas tout renié de sa scolarité chez les jésuites, car c'est un efficace propagandiste. Il joue sur le velours, diront certains, car Pascal ne peut lui répondre.

    On ne peut se ranger complètement du côté de Voltaire ou de Pascal, tant la vérité semble divisée entre les deux. Voltaire convaincra plus facilement un esprit français, car la clarté de l'expression est de son côté, et il n'a pas de mal à souligner les contradictions entre certaines pensées, ou la confusion de telles autres. Voltaire a sans doute raison d'accuser les admirateurs de Pascal de le trahir en admirant ce qui paraît un brouillon, des "Pensées" ébauchées mais non finies.

    Un sujet de discorde entre Voltaire et feu Pascal, c'est l'aptitude de l'homme au bonheur. Pascal affirme l'inaptitude particulière de l'homme au bonheur ; il y décèle la trace d'un manque dont Voltaire ne veut pas entendre parler. Pour Voltaire au contraire, l'homme est particulièrement apte au bonheur, et les Parisiens ou les Londoniens le prouvent bien, qui savent profiter de la vie dans des limites raisonnables.

    Sur ce point, je penche plutôt du côté de Pascal, bien que le moraliste italien J. Léopardi a mieux décrit cette insatisfaction de l'homme, à qui il manque toujours quelque chose, même quand il est le plus heureux des hommes. On ne saurait mieux dire que : "Le suicide prouve dieu." : c'est ce que s'efforce de dire maladroitement Pascal, et que Voltaire contredit, affirmant que l'homme ne pense qu'à vivre.

    La succession d'événements politiques plus catastrophiques les uns que les autres depuis le siècle de Voltaire paraît indiquer la difficulté de l'homme au bonheur, c'est-à-dire à fonder une société, non pas juste mais seulement stable. Voltaire lui-même paraît bien humain quand il déplore le terrible séisme de Lisbonne et son injustice, que rien ne peut justifier.

    Le chancelier Francis Bacon Verulam, auquel Voltaire consacre une brève lettre philosophique (XII), distingue suivant la mythologie grecque les hommes "épiméthéens" des hommes "prométhéens" : les premiers sont plus aptes au bonheur, mais moins perspicaces et intelligents, plus "terre-à-terre" ; les hommes prométhéens veulent en savoir plus et ne se contentent pas de réponses toutes faites sur la condition humaine, tel le mythe de l'éternel retour - questionnement qui peut être cause de désespoir ou de frustration.

    Au crédit de Voltaire et au débit de Pascal en revanche j'inscris tout ce qui relève de l'influence sur Pascal des calculs algébriques en quoi l'auteur des "Pensées" excellait, et dans lequel Voltaire n'a pas de mal à dénoncer une idéologie abstraite et étrangère à l'esprit évangélique.

    Qui est Dieu ? Cette question à laquelle les évangiles répondent partiellement en indiquant qu'il est source d'amour, alors que l'Antiquité ne connaissait presque que la puissance de l'instinct, maîtrisé grâce à l'art, cette question divise les chrétiens, qui souvent pour la résoudre ont appelé à leur secours la philosophie ou la science.

    Francis Bacon recommandait à ce sujet, pour ne pas accroître les divisions entre les chrétiens, de ne pas ériger en dogmes des principes incertains et des hypothèses, de la même manière que l'on ne devrait pas enseigner comme une science certaine ce qui n'est encore qu'une hypothèse.

    Les querelles scientifiques actuelles, que la censure s'efforce d'étouffer en ne laissant paraître dans la presse que le point de vue dominant, sont les petites soeurs des querelles théologiques du passé. La question du salut resurgit sous la forme du questionnement scientifique et historique. Le clergé chrétien a été comme dépossédé d'un questionnement qui, selon l'évangile, n'appartient à personne en particulier.

  • Bilan de Léon Bloy

    Le centenaire de sa mort est l'occasion de se remémorer Léon Bloy (1846-2017). Cet écrivain paradoxal (catholique ET pauvre) a contribué au même titre que Karl Marx à mon éloignement définitif de la doctrine catholique romaine ; je tiens désormais cette doctrine pour une doctrine pharisienne, autrement dit le surgeon mort du figuier mort et maudit par le Messie.

    Le figuier mort signifie la loi juive, amputée de son sens spirituel et eschatologique par le clergé juif. Or Léon Bloy, au même titre que Karl Marx, a travaillé à faire renaître l'eschatologie au sein d'une culture "judéo-chrétienne" dont la vocation profonde est de contrecarrer la Révélation par tous les moyens, y compris en accomplissant l'iniquité au nom de Jésus-Christ si c'est nécessaire pour méduser les nations de la terre.

    Si Karl Marx ne s'avance pas, contrairement à Léon Bloy, sous la bannière de l'eschatologie mais celle de la "ligue des Justes" -rebaptisée "communiste"-, ôter à Marx la dimension eschatologique n'est possible qu'à condition de n'avoir lu ni Marx ni la Bible (ce qui est très fréquent dans ce pays).

    Léon Bloy est demeuré dans le giron de l'institution catholique ; je dis "institution" pour indiquer que l'on méconnaît l'Eglise romaine si l'on méconnaît la cause essentiellement juridique de sa doctrine. Le Sauveur ne parle sans doute pas de "figuier" par hasard ; ni les apôtres ne précisent par hasard que Judas Iscariote alla se pendre à un figuier.

    Léon Bloy a remarqué l'hostilité d'une partie du clergé catholique, l'a même éprouvée parfois durement, mais il n'a pas décelé dans la doctrine catholique romaine la vocation à contredire le sens apocalyptique de l'Histoire.

    La limite du propos de Léon Bloy est, d'une certaine façon, tracée par Léon Bloy lui-même. Celui-ci définit justement la tâche du littérateur ou du journaliste chrétien comme la confrontation des événements qui secouent le monde à la prophétie apocalyptique. Or, pour ce faire, Shakespeare a adopté un point de vue plus élevé que Léon Bloy.

    L'erreur la plus flagrante de Bloy est l'idéalisation du moyen-âge, quand bien même celui-ci se caractérise par la substitution du droit et de la philosophie romaines à l'eschatologie chrétienne, ce que Shakespeare a parfaitement vu et illustré dans plusieurs pièces, au contraire.

    L'erreur commise par Bloy est identique à celle que commettrait celui qui verrait dans la démocratie américaine aujourd'hui une nation chrétienne. En effet les Etats-Unis d'Amérique s'éloignent du message chrétien avec la même ostentation chrétienne que le moyen-âge s'en éloignait. La complexité de la culture américaine est analogue à la complexité du moyen-âge.

    La mentalité américaine est typiquement médiévale : parmi les nombreux signes qui l'indiquent, le goût américain pour le cinéma, c'est-à-dire pour la fiction. Les plus dures critiques du moyen-âge ont été faites au nom de la vertu, pour en fustiger le vice - un bref séjour aux Etats-Unis suffit pour s'apercevoir combien la culture moderne américaine dévalue la vertu, alors même que les Américains -tels des femmes-, ne cessent de causer "éthique" du matin au soir.

    Contrairement à Léon Bloy et son utopie, située dans un passé réconfortant, Shakespeare propose une vision purement apocalyptique, sans ancrage temporel. L'odeur de pourriture du Danemark est l'odeur de l'utopie politique chrétienne sans cesse renouvelée à travers les siècles.

  • Jésus et les Femmes

    Jean-Christian Petitfils est un archéologue catholique, dont le récent ouvrage, "Jésus", a rencontré un large succès il y a quelques années.

    Cet ouvrage collectionne et présente les preuves archéologiques de l'existence de Jésus-Christ et ses apôtres.

    Bien plus consistante que les preuves archéologiques s'avère la preuve historique de l'antichristianisme, qui se manifeste à travers la démocratie-chrétienne ; ce monstre politico-religieux a en effet vidé la Parole de Dieu de sa substance et l'a remplacée par une doctrine sociale chimérique.

    J.-C. Petitfils est en outre l'auteur dans la (très mauvaise) collection des "dictionnaires amoureux", d'un "Dictionnaire amoureux de Jésus".

    A l'entrée "Jésus et les Femmes", J.-C. Petitfils commence : - Jésus, assurément, n'était pas misogyne.

    Ce qui est exact, c'est que Jésus n'est pas "sexiste". Pourquoi ? Parce que Jésus n'approuve ni ne désapprouve aucune forme d'organisation sociale ; or il n'est pas d'organisation sociale qui ne soit "sexiste". Les sociétés traditionnelles sont naturellement sexistes, c'est-à-dire qu'elles tiennent compte de la différence physique entre l'homme et la femme dans leur organisation.

    Cependant il est tout aussi vrai de dire que Jésus n'est pas féministe, ainsi que la société moderne ploutocratique, où une place prééminente est accordée à l'argent ET à la femme - deux signes visibles que la culture moderne est une culture de mort. On note ici que c'est à une femme, Marthe, que Jésus explique que la mort est seulement une nécessité humaine, une femme que l'évangile décrit comme étant accaparée par des choses futiles.

    Jésus-Christ fustige la faiblesse, et la chair comme le signe de la faiblesse humaine ; Jésus est insensible lui-même à l'attrait de la chair. Certains athées, s'efforçant de nier la divinité de Jésus-Christ, s'efforcent de démontrer qu'il était "amoureux" ou qu'il a vécu maritalement avec telle ou telle ; ils savent très bien que démontrer l'attirance pour la chair de Jésus revient à prouver qu'il n'est qu'un homme, soumis aux besoins naturels et non libre.

    Or la sagesse antique associe fréquemment la femme à la chair ; par exemple quand elle fait d'une femme, Artémis, le symbole de la chasse, c'est-à-dire de la soumission à l'instinct naturel. Dionysos, qui est présenté comme un dieu raté par la mythologie antique - le plus humain des dieux en quelque sorte, est lui aussi nettement efféminé.

    Or Jésus-Christ ne remet pas en question cette sagesse antique, réputée "misogyne" parce qu'elle pointe du doigt la faiblesse pour mieux enseigner la force.

  • Satan dans l'Eglise

    "Il ne faut pas voir le diable partout." (un prêtre catholique à des enfants l'interrogeant sur le diable)

    Partons de ce conseil d'un prêtre à des enfants pour tâcher d'élucider la question du "diable" telle qu'elle est élucidée par les évangiles - ainsi que par Shakespeare, compte tenu de l'écoulement des siècles.

    Un mahométan m'interrogeait il y a quelque temps sur les raisons qui pouvaient l'inciter à suivre Jésus-Christ plutôt que Mahomet. Ce disciple de Mahomet savait que "toutes les religions ne se valent pas", évitant ici de tomber dans un piège tendu par Satan.

    Mon argument pour le convaincre fut celui-ci: l'enseignement du Messie et des apôtres est le plus net en ce qui concerne Satan, son but et ses moyens, son avènement dans le monde. Mahomet ne décrit pas Satan comme Jésus-Christ le décrit - un mahométan se trouve par conséquent moins bien armé, son glaive est moins bien aiguisé pour mener la guerre sainte contre Satan. C'est aussi en quoi l'enseignement de Jésus-Christ est plus élevé que l'enseignement de Moïse, qui mena le peuple juif "hors d'Egypte".

    Le fait que l'Occident "judéo-chrétien" paraisse gouverné en sous-main par Satan n'a rien de contradictoire avec ce que je viens d'énoncer précédemment, car grandes sont la ruse et la puissance de Satan, dont les Evangiles nous montrent qu'elles agissent parmi les apôtres de Jésus-Christ au cours de sa "vie publique", avant que les apôtres ne reçoivent l'assistance de l'Esprit lors de la Pentecôte.

    Mais revenons à la question posée au départ :

    - D'une part le Messie semble ne voir le diable nulle part : il ne prononce pas de condamnation contre la femme adultère, ni le condamné à mort, ni le soldat romain... au point que de nombreux philosophes, défenseurs de la morale, fustigent l'immoralité de Jésus-Christ ou le traitent d'anarchiste comme F. Nietzsche; ce dernier félicite même les soldats romains d'avoir assassiné Jésus, débarrassant ainsi la terre d'un fou (N. ne croit pas à la divinité de Jésus-Christ et s'efforce de la réfuter).

    - D'autre part Jésus-Christ paraît mobilisé en permanence contre Satan et il n'hésite pas fustiger avec colère ses plus proches apôtres, dès lors que ceux-ci penchent du côté de Satan. Simon-Pierre, notamment, doit affronter plusieurs fois la colère de Jésus-Christ, lorsque l'influence de Satan sur les actes ou les paroles de Simon-Pierre se manifeste.

    Les pharisiens, ces juifs qui ne reconnurent pas dans le Christ le Sauveur et commanditèrent son assassinat, font aussi les frais de la colère de Jésus-Christ. Celui-ci leur reproche d'avoir vidé l'enseignement des prophètes de sa substance spirituelle.

    Comment expliquer l'attitude de Jésus, qui peut paraître paradoxale ? Elle s'explique simplement du fait que l'éthique est une religion de Romain, c'est-à-dire de païens. Les philosophes païens enseignent à discerner le bien du mal, dont la meilleure récompense est le bonheur terrestre. Rien de plus normal qu'un moraliste ou un philosophe "athée", et l'on doit se méfier des prêtres qui promettent le bonheur ou une quelconque félicité "dans l'au-delà".

    Les utopistes en politique, avec la promesse des lendemains qui chantent, sont les héritiers de ces prêtres charlatans.

    Le chrétien n'est pas jugé sur sa "bonté" au sens païen (platonicien) du terme. C'est ici aussi le sens de l'explication de Paul aux disciples que "les oeuvres ne sauvent pas". Les oeuvres ne sauvent pas, car elles n'ont rien de spirituel, elles ne participent pas à l'amour de Dieu, qui seul sauve. Celui qui accomplit une bonne oeuvre le fait d'abord pour lui - le principal bénéficiaire d'une "bonne oeuvre" n'est-il pas celui qui l'accomplit ?

    Jésus ne nie pas que nous sommes faits de chair - il nous dissuade de croire que la chair peut nous affranchir du péché.

    Le satanisme, en revanche, déclenche la colère de Jésus-Christ. Le satanisme est l'antichristianisme ; il n'est pas tant le blasphème contre Jésus-Christ, qui n'a cure des blasphèmes de la soldatesque romaine, que les attaques contre le Salut.

    L'exégète chrétien E. Swedenborg explique bien cette notion de péché contre l'Esprit (fornication), qui consiste à trahir la Parole de Dieu ou la déformer. C'est là le sens du satanisme, et les Evangiles illustrent qu'il vient toujours, systématiquement, de l'intérieur de l'Eglise (on ne peut trahir ou déformer ce que l'on ignore).

    Je mentionne Shakespeare au début de cette note, car il s'est attaché dans plusieurs pièces à montrer l'importance de l'antichristianisme et de la trahison de la Parole de Dieu au cours de l'Histoire, selon une prophétie de l'apôtre Paul qui annonce la montée en puissance de l'antichristianisme au cours des siècles. Ainsi dans "Hamlet", Shakespeare raconte sur le mode de la fable le mariage de la puissance publique (Claudius) avec l'Eglise (Gertrude), mariage qui implique la trahison de l'Esprit (le spectre), que Hamlet est amené à découvrir peu à peu.

    La difficulté des moralistes à comprendre cette pièce vient de ce que Hamlet ne se venge pas lui-même mais venge l'Esprit, en transperçant Polonius (incarnation de la théologie chrétienne mensongère), dissimulé derrière une tenture.

    L'Histoire prouve bien la virulence du satanisme, à travers les schismes qui, sanglants ou non, représentent non seulement une insulte ou une injure à la face de Dieu, mais surtout une attaque contre le Salut.

  • Dieu et la Science

    La même disposition d'esprit est nécessaire vis-à-vis de Dieu et de la Science. Cela explique que la Science soit devenue UN ENJEU MAJEUR dans les Temps modernes, au cours de l'ère dite "chrétienne".

    Vous êtes persuadé que la science occidentale contemporaine est la plus vaine et la plus fausse de tous les temps, avec son darwinisme qui se mord la queue, ses mondes multiples supposés par des savants en blouses blanches proches de l'aliénation mentale? Cela n'enlève rien au fait que la Science est devenue un enjeu majeur.

    Pour le païen qui assimilait Dieu à la Nature ou à un démiurge créateur de l'Homme, c'était une manière de péché que de vouloir comprendre entièrement la Nature, une façon pour l'Homme presque sacrilège de tutoyer son créateur.

    C'est d'ailleurs par parenthèse pourquoi la doctrine écologiste moderne est une sorte de paganisme sans queue ni tête : car rien ne peut faire que la Science ne soit pas un enjeu majeur, pas même la culture de masse produite par les élites afin d'abrutir le peuple et le tenir le plus éloigné de la Science.

    Voyez comme cette notion propre aux chrétiens, à savoir que la superstition est pire que le blasphème (le Messie des chrétiens demeure indifférent au blasphème et ne s'emporte que contre la superstition), comme la superstition scientifique est pire que le blasphème contre la Science.

    Une sorte d'athée proclamant partout que la vérité scientifique n'existe pas passera aux yeux de la plupart des hommes pour un fou, c'est-à-dire pour cette sorte d'homme qui fait de ses propres sentiments et de son propre mobile une cause universelle. Bien plus nocives s'avèrent les pseudo-sciences telles l'astrologie ou les statistiques, qui ont le rang d'arts divinatoires imparfaits, mais que certains esprits superstitieux font passer pour de véritables sciences.

    De même il n'y a pas de "génie scientifique" comme il peut y en avoir dans le domaine de l'art; l'humilité est requise de la part du savant vis-à-vis de la Science, ainsi que la conscience que le jugement humain est faussé, l'outil scientifique forcément imparfait.

    Peu importe en revanche que l'art soit faux, du moment qu'il a de la valeur pour l'homme. Il y a des génies en art, et même des génies pour faire croire que leur art a de la valeur, alors qu'il est le plus artificiel. Quant à la Science, contrairement à l'Art, elle est incommensurable avec l'homme, d'une valeur nulle.

    De même il n'y a pas de chrétien "génial", et l'exigence d'humilité est la même vis-à-vis de Dieu tout comme la conscience que l'humanité n'est qu'une chute, quels que soient ses efforts pour s'accommoder à cet enfer.

     

     

     

  • Education chrétienne ?

    Le respect, la vertu, l'art, et même la générosité s'enseignent et s'apprennent, mais non la liberté et l'amour. Il n'y a donc pas d'"éducation chrétienne", et c'est mentir que de prétendre le contraire, car la métaphysique déjoue le raisonnement humain, l'organisation humaine, la mort, tout ce qui est humain.

    A la limite, une bonne éducation doit faire suspecter que l'amour et la liberté ne sont que les inventions de mauvais romancier ou philosophe, car une bonne éducation implique de prémunir contre les illusions.

    Comme Jésus a dit : "Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi." (Matth. XIX,14), n'y a-t-il pas là un paradoxe ? Non, car le Messie est le messager de la Vérité, et son message est universel; si le Messie délivrait un message éthique, à l'instar de tel ou tel philosophe, alors dans ce cas il ne serait pas raisonnable que de petits enfants viennent troubler sa conférence. Mais Jésus-Christ est le contraire d'un philosophe (c'est même ce qui lui vaut la peur ou la haine du monde).

    On peut prendre à première vue l'enseignement de Paul de Tarse aux communautés chrétiennes pour un enseignement moral, mais il s'agit surtout de la part de l'apôtre des Gentils d'expliquer aux chrétiens comment ne pas faire obstacle au Salut et à la Parole de Dieu par leur comportement.

    Si l'on examine scrupuleusement le système scolaire occidental auquel les parents confient leurs rejetons, on verra que ce système est miné par une contradiction interne: il se fait fort d'éduquer et d'inculquer des connaissances simultanément, alors que ce sont deux "choses" séparées; peu à peu la différence entre la connaissance et la vertu s'estompe, au détriment de ces deux choses distinctes.

    Dans ce cas, comment élever des enfants quand on est chrétien ? Cela passe d'abord par la reconnaissance que la tâche principale du chrétien n'est pas l'éducation, la politique ou l'élevage des moutons.

  • Dans la Matrice

    La "culture de masse" est typiquement occidentale dans la mesure où elle se développe parallèlement au gouvernement des nations occidentales par leurs élites industrielles et bancaires.

    Il convient d'ajouter que le mobile politique démocratique repose largement sur cette "culture de masse". Autrement dit, la foi et l'espoir dans la démocratie s'appuient sur la culture de masse. Ce n'est pas un hasard si l'intelligentsia démocrate-chrétienne est en première ligne pour promouvoir la culture de masse et lui attribuer une dimension humaniste qu'elle n'a pas.

    Un autre phénomène observable est la similarité entre les différentes cultures de masse, soviétique, nazie ou démocrate-chrétienne, par-delà les divergences idéologiques superficielles. Le motif nationaliste guerrier est notamment préservé dans ces trois versions.

    Le type du "super-héros", caractéristique de la culture de masse américaine, incarne un héroïsme très différent de l'héroïsme exalté par la mythologie grecque.

    On ne peut manquer d'observer que le rôle assigné au "super-héros" de "sauver le monde", qui débouche sur une moraline infantilisante, est diamétralement opposé à l'énoncé du salut juif ou chrétien; le "monde" est en effet synonyme de l'enfer dans la Bible, et s'il y a bien un super-héros dissuasif de vouloir "sauver le monde", c'est Jésus-Christ. La société obéit à Satan selon les évangiles, de sorte que le péché est la pierre angulaire du monde ou de l'Humanité. La peinture de Jérôme Bosch propose une représentation du monde aussi proche de la lettre et de l'esprit évangélique que la culture de masse démocrate-chrétienne s'en éloigne.

    Si l'on veut découvrir le sens apocalyptique de l'Histoire, on doit le chercher à l'opposé du sens du vent indiqué par la démocratie chrétienne libérale. 

  • Marx contre Freud (2)

    Dans un pays comme la France, où l'athéisme n'est pas seulement une critique de la religion, mais une religion à part entière, la psychanalyse et les psychanalystes comblent un vide. Cette corporation paramédicale rend service à l'Etat. En effet l'athéisme est une religion dont les sacrements et les rituels ont dû être inventés au cours du dernier siècle. Les psychanalystes jouent le rôle de confesseurs. 

    Et dieu dans tout ça ? L'Etat joue ce rôle, dans un pays dont les citoyens sont plus attachés à l'Etat qu'ils ne sont à la démocratie. La psychanalyse et les psychanalystes, en tant que nouvel opium et nouveau clergé sont une cible privilégiée de la critique marxiste.

    L'Etat-dieu, sur le plan théologique, est le terme du raisonnement anthropologique occidental, c'est-à-dire de la philosophie catholique médiévale. C'est ce qui explique que l'on peut être à la fois "catholique et croyant" et "républicain et athée" au sein de la même culture occidentale.

    En débarquant à Paris au cours de son exil forcé, Karl Marx s'attendait sans doute à trouver un peuple plus révolutionnaire. Il se faisait sans doute une idée de la France à travers sa littérature, qu'il connaissait bien et a critiquée sans complaisance idéologique, louant Balzac, raillant Racine et ses effets de manche.

    Le rapport des Français au freudisme est paradoxal, similaire à celui que les Français entretiennent avec les forces de police. La psychanalyse, germanique et médiévale, intellectualisante, s'accorde mal en principe avec l'esprit français, porté à soupçonner dans les énoncés complexes quelque escroquerie. Mais le freudisme rend à l'Etat français un service plus grand qu'aux Etats-Unis où l'on a tendance à se prosterner devant les paradoxes et les titres de "docteur" (nation propice aux escrocs). La psychanalyse est concurrencée par de nombreuses sectes aux Etats-Unis.

  • Marx contre Freud

    S. Freud (et C. Jung) ne mentionnent pas la première cause d'aliénation au sein de la société bourgeoise, à savoir l'argent. Leur principal mérite tient à cet "oubli" ; il explique la place d'honneur accordée à Freud dans la culture bourgeoise.

    Marx ne s'occupe pas du soin de l'âme, car les pauvres ne peuvent s'offrir le luxe d'avoir des états d'âme. Quand on a peine d'argent, on est souvent épargné par les peines de coeur.

    On rencontre parfois la vertu chez ceux qui se sont enrichis par leurs efforts, mais seulement à titre exceptionnel chez leurs héritiers. La mort rôde déjà autour des jeunes gosses de riches.

  • L'Avenir de l'Homme

    Je ne connais que deux sortes d'hommes capables d'insulter l'Avenir : le suppôt de Satan et le chrétien ; entre les deux, la masse grouillante des dévots, qui préfèrent laisser le "hasard" décider à leur place.

  • Retour vers le Futur

    Vous avez tous entendu parler de "modernité" ? Ce drapeau qui incite les gosses à se tourner vers l'Avenir, et les empêche ainsi de trouver l'équilibre est assez indistinct : drapeau de l'Etat islamique ? Drapeau de l'Europe ? Drapeau des Etats-Unis ?

    Dès lors que l'on gratte un peu l'étiquette de la modernité, on retrouve le moyen-âge. En philosophie, comme en art, ou en science. Un Italien ou un Français sont mieux placés pour le comprendre qu'un Allemand, car tout ce que le moyen-âge adore : les paradoxes, les syllogismes, l'informatique, le droit canon, un Italien ou le Français le méprise au profit des choses simples, qui s'élèvent au-dessus de l'homme tant la complexité est humaine - je dirais même plus, la duplicité.

    Lorsqu'on se dirige vers le futur, on revient au point de départ : c'est la seule application réelle du voyage dans le temps, cette ânerie typiquement médiévale.

    Perdu dans le labyrinthe du Temps, l'homme moderne se meurt d'angoisse.

     

  • Culture de Mort

    Une société organisée pour la dépense est d'abord une société organisée contre la pensée, c'est-à-dire en fonction du néant.

  • Dans la Matrice

    La science des régimes communistes, c'est l'Histoire.

    La science du régime nazi, c'est la Biologie.

    La science des régimes libéraux, c'est l'Economie.

    Importance de la pseudo-science au stade totalitaire, qui joue le même rôle que les religions au stade précédent.

    Le hasard s'introduit dans les consciences par le biais de ces pseudo-sciences, prenant la place occupée auparavant par la providence. Le hasard révèle la nature anthropocentrique des pseudo-sciences totalitaires, par conséquent largement anti-expérimentales.

  • Le cas Bergoglio

    La démission de Joseph Ratzinger (Benoît XVI) au profit d'un nouveau pape évoque la démission d'un général après l'échec de son plan de bataille. Les discours publics de celui qui fut l'éminence grise de Karol Wojtyla (Jean-Paul II) rencontraient l'hostilité des médias du monde entier, qui ne manquaient jamais une occasion de rappeler son adhésion aux jeunesses hitlériennes.

    On peut penser que J. Ratzinger n'a jamais souhaité devenir pape, sachant que ce "péché de jeunesse" ne manquerait pas d'être mentionné par les médias, le rendant pratiquement inaudible.

    La réaction des médias et leur attitude comptent beaucoup du point de vue catholique ; le nier, c'est ignorer l'histoire de cette Eglise, ou encore refuser de prendre la mesure des efforts considérables de Jean-Paul II pour devenir une star planétaire, ce qui constitue un triomphe ou un sacre médiatique.

    Interrompue par l'inaptitude de Benoît XVI dans ce domaine, la marche en avant de l'Eglise romaine pour la reconnaissance médiatique a repris sous l'impulsion dudit "Pape François" (Jorge-Mario Bergoglio). L'Eglise romaine accuse un certain retard dans ce domaine, en comparaison de la religion dite "réformée" et des différentes sectes protestantes, déployées d'abord dans des pays du Nord de l'Europe où le journalisme est beaucoup plus moderne et efficace qu'en France ou en Italie. En France, la presse et les médias n'ont pratiquement aucune indépendance vis-à-vis de l'appareil d'Etat, sur le modèle soviétique (ou vice-versa).

    L'action du Pape François rencontre une certaine hostilité de la part des milieux catholiques français, ce qui était sans doute le cas aussi de son prédécesseur, pour des raisons et dans des milieux un peu différents. Le Pape François n'a sans doute cure des réticences françaises à son discours. D'abord parce que l'indiscipline française est presque une tradition multiséculaire; si la France n'a jamais rompu avec le pape, elle n'a jamais cessé de lui être infidèle, le trompant tantôt avec le roi, l'empereur ou la République.

    Et puis, surtout, ces catholiques français capricieux ne sont plus qu'une poignée, pas ou peu représentée directement sur l'échiquier politique. Le premier soin des candidats démocrates-chrétiens en France est de minimiser (au maximum) leur foi afin d'élargir leur audience.

    L'hostilité d'une partie des catholiques français s'explique par des raisons politiques. En effet, tandis que Benoît XVI semblait s'adresser d'abord aux Européens, le Pape François s'adresse aux pays en voie de développement, représentatifs de l'avenir, tandis que la situation démographique de l'Europe, son vieillissement, n'offre guère de perspective.

    (Pas question pour le pape d'approuver le "mariage gay", qui du point de vue du tiers-monde est perçu comme un caprice d'enfants gâtés ; pas question en revanche de condamner fermement l'avortement ou la contraception, qui dans le tiers-monde apparaissent comme le meilleur moyen de lutte contre la misère.)

    Sur certains points, le discours du pape François a même presque une tonalité "anti-occidentale", ce qui s'explique assez bien à cause du sentiment d'agacement, voire de colère, qui prend de l'ampleur dans les pays du tiers-monde et les pays en voie de développement, compte tenu des privilèges de l'Occident et de leur domination politique. Le pape trouve là une occasion de gommer l'image "d'Eglise des nantis et des patrons", qui colle à l'Eglise catholique depuis le XIXe siècle et les pamphlets prolétariens, dont les dommages en termes de propagande ont sans doute été considérables, et au moins comparables à l'affront de la Réforme protestante.

    En définitive, ce ne serait pas un paradoxe si grand de constater que la mondialisation se présente du point de vue de Rome comme une aubaine, c'est-à-dire comme le moyen de s'exprimer pleinement "urbi & orbi" (ce qui n'est pas encore le cas aujourd'hui, compte tenu de la puissance des médias occidentaux).

    Il n'en reste pas moins vrai que toute propagande se heurte à la défense expresse du Sauveur d'utiliser son message pour la défense d'une cause terrestre quelconque, que celle-ci soit nationale, prolétarienne, élitiste, économique, humanitaire. Le plan social, dans l'apocalypse, se confond avec l'enfer. 

  • Renouveau missionnaire

    Quelques gazettes ont titré ces dernières semaines sur le "renouveau missionnaire" (sous-entendu : catholique) ; en même temps, quasiment plus personne n'ignore la part de propagande dans le journalisme...

    De mon point de vue, l'islam représente une alternative à la culture dominante plus crédible, notamment auprès des adolescents. La crise économique prive la culture dominante de son principal argument.

    Quoi qu'il en soit, il faut rappeler que la mission chrétienne impose au missionnaire un cadre strict, sous peine de déclencher la colère de Dieu, ainsi que nous voyons les apôtres sévèrement admonestés par le Sauveur pendant sa vie publique. Les missionnaires chrétiens ne doivent pas témoigner d'une autre réalité que celle du Salut, et imiter ainsi l'apôtre Paul.

    - Le christianisme n'est pas de ces religions qui fournissent un certain nombre de recettes sociales plus ou moins efficaces.

    Ce que nous prenons parfois pour le retard du Royaume de Dieu, n'est en réalité que l'effet de l'impureté de l'homme et de ses paroles, où l'influence du péché et la sidération de la mort sont parfois perceptible, y compris quand il prétend se ranger sous la bannière du Christ.

    Pas plus qu'un savant n'estimera digne de la science ou de son statut d'enseigner n'importe quoi dans son domaine de compétence, préférant avouer son ignorance le cas échéant, un missionnaire chrétien ne doit prêcher au-delà de sa compétence, s'il n'en a pas (à la manière de certains prêtres qui font de grandes phrases creuses en chaire).

    Nous voyons que les apôtres du Messie sont des bons à rien, incapables d'être attentifs même à ce que Jésus-Christ leur dit, se comportant plutôt comme des petits chiens avec leur maître, tant que l'Esprit de Dieu n'est pas descendu sur eux à la Pentecôte, et avec lui la science de la Parole de Dieu et de son Esprit.

    Ignorer la force que représente l'Esprit pour un missionnaire chrétien serait comme pour un policier partir en patrouille pour faire régner l'ordre sans arme de service.

    Dans les nombreux mensonges qui sont proférés "au nom de Jésus-Christ" : mensonge de la "nation chrétienne", ou encore du "socialisme chrétien", de "l'économie chrétienne", le missionnaire chrétien doit voir l'ultime ruse de l'antéchrist pour enchaîner l'homme à la roue du Temps.

     

     

  • Du Fanatisme

    Contrairement à la rumeur, le fanatisme n'est pas axé autour de la notion de "dieu", mais autour de la notion de "mort".

    Ce qui signifie que pour un former un combattant djihadiste disposé à se sacrifier, ce qui compte n'est pas tant d'exalter Allah ou Mahomet que la mort, en attribuant au sacrifice de la vie le plus grand prix.

    Le fanatisme le plus meurtrier de tous les temps, et qui demeure le plus actif aujourd'hui, quantitativement, à savoir le nationalisme, se passe parfaitement de l'exaltation d'un quelconque dieu. En revanche, pour fabriquer un soldat nationaliste prêt au sacrifice, il faut prêcher la "bonne mort". Dans cette perspective, inculquer la croyance dans la survie de l'âme après la mort est un premier élément de prédication. Certaines utopies politiques totalitaires, telle la démocratie, ne font que transposer dans l'ordre temporel la croyance religieuse dans l'au-delà.

    L'exaltation du travail, dans la culture démocrate-chrétienne/capitaliste, nazie ou soviétique, est un autre élément de la culture de mort fanatique. L'exaltation du travail prolonge le sermon mensonger du clergé sur les oeuvres, qui selon l'apôtre Paul ne contribuent pas au salut.

    Opposés dans le schéma du "choc des cultures", combattants djihadistes et combattants nationalistes au service de telle ou telle nation sont mus par la même impulsion macabre.

  • Démocratie et Trous noirs

    Poursuivant l'ouvrage de Simone Weil ("La Science et nous", 1941) je mets ici en relation la démocratie et les "trous noirs", invention de la physique quantique dernier cri (trois techniciens de laboratoire américains viennent de se voir décerner le prix Nobel de physique, récompensant leur méthode de détection des ondes gravitationnelles produites par la fusion de deux "trous noirs").

    La mise en relation d'un système de valeurs politique et d'une théorie scientifique peut surprendre. Pourtant cette coïncidence est frappante, non seulement en ce qui concerne l'Egypte antique et sa formule politico-géométrique, mais aussi en ce qui concerne la démocratie moderne. De nombreux apôtres du régime démocratique prêchent simultanément sur les deux terrains, "scientifique" et "politique".

    Mes observations prolongent celles de Simone Weil puisque cette essayiste chrétienne a remis doublement en cause le fondement rationnel de la démocratie moderne et de ladite "physique quantique", élaboré en marge du développement de centrales nucléaires civiles et de bombes atomiques (censées garantir paix et démocratie).

    - Première observation : la démocratie se présente comme une "politique-fiction", de même que la physique quantique est une "science-fiction". Autrement dit, la démocratie est une politique en devenir, hypothétique, ce qui n'est pas le cas de toutes les doctrines politiques. La démocratie n'est pas l'égalité, mais elle tend vers l'égalité - du moins est-ce son objectif déclaré et officiel.

    De même la part de l'hypothèse dans la physique quantique est très grande. La place des modèles mathématiques permet de mesurer l'importance de l'hypothèse, étant donné la variabilité de ces modèles (le modèle de Copernic en partie périmé par le modèle suivant, etc.).

    Au demeurant la géométrie algébrique repose sur des postulats hypothétiques (infini, zéro), et non des preuves expérimentales. Autrement dit : le calcul mathématique EST antimatière. Il est donc logique que les savants qui recommandent une méthode scientifique fondée sur l'expérimentation recommandent de se méfier de l'abus de lois et de calculs algébriques.

    Le mathématicien Henri Poincaré fait ainsi la juste remarque qu'il est impossible de déduire des calculs de distances interstellaires effectués par Copernic la forme matérielle de l'univers. On pourrait en effet, sur la base d'une démonstration algébrique, postuler que la terre est plate : c'est ce que font les géographes lorsqu'ils dessinent des planisphères.

    En résumé : de même que la démocratie tend vers l'égalité, la physique quantique tend vers le trou noir (ou vers un point, en cas de modélisation bidimensionnelle).

    - Seconde observation : l'égalité (plus ou moins stricte) est un point de départ de la réflexion démocratique, en même temps qu'il est représentatif de son accomplissement. L'antimatière se retrouve de même aux deux bouts de l'enchaînement des démonstrations algébriques. On trouve déjà l'ébauche de "trous noirs" dans la mécanique de Descartes.

    La physique quantique ne tient pas compte des tentatives de réformer la science au début du XVIIe siècle en ménageant une part plus grande à l'expérimentation, afin de réduire la part de l'hypothèse et de la fiction, caractéristiques de la science médiévale. Cette dernière était fondée sur une méthode stérile, excessivement spéculative. 

    Dans le domaine de la physique quantique, les hypothèses sont formulées AVANT que ne soit procédé à des essais de vérification expérimentale, ce qui contredit le conseil de la méthode expérimentale inductive qui consiste, à l'aide d'expériences, à interpréter et classer tel ou tel phénomène apparent, aspect de la matière, transformations de celle-ci, etc.

    Ainsi on cherche à vérifier l'existence de trous noirs APRES en avoir formulé l'hypothèse. On va chercher dans l'espace apparemment infini, le moins adapté à l'expérimentation et à la confirmation de celle-ci, à des dizaines de millions d'années-lumière, la preuve de ce que l'on avance sur le papier.

    Pourquoi ne pas chercher à établir l'existence du rien dans la matière ici-bas ? On objectera que c'est le cas ; mais, là encore, c'est d'une façon la plus sujette à caution, compte tenu de la vitesse théorique accordée à la lumière. Alors qu'il reste tant à découvrir et à explorer, pourquoi se focaliser ainsi sur ce que la matière a de plus insaisissable ?

    De même on peut faire la réflexion de l'absence presque radicale de pragmatisme dans la démocratie moderne, où les problèmes économiques élémentaires sont délaissés au profit de discours abstraits sur le progrès.

    - Troisième observation : le cadre de la physique quantique semble moins irrationnel dès lors que l'on se situe dans le domaine technique ; sur le plan technique, on peut bien en effet se fixer pour objectif raisonnable d'améliorer les conditions de vie sur terre. Le progrès le plus probable sur le plan politique est, au demeurant, le progrès technique, non le progrès "démocratique" au sens idéal strict. Beaucoup ne réclament plus, en matière d'égalité, que l'accès au confort et au progrès technique pour tous.

    Déraisonnable serait de concevoir l'amélioration du monde "à l'infini" par le moyen du progrès technique. Un proverbe antique met à mal le perfectionnisme technique moderne : "Le mieux est l'ennemi du bien."

    Que la technique soit "un art en devenir", susceptible d'évoluer, ne doit pas pour autant conduire à une conception mécaniste de l'univers, dont le "trou noir" serait en quelque sorte l'âme fascinante.

    En conclusion : le darwinisme a accoutumé l'opinion publique à penser la science en termes de profit politique, dans la mesure où le darwinisme a inspiré pléthores de "doctrines sociales", que ce soit le nazisme, le capitalisme/démocratie-chrétienne, ou encore certaines variétés de socialisme. Néanmoins, d'un point de vue scientifique, l'usage politique de la science doit faire suspecter un biais anthropologique dans la science.

  • Sainte Psychanalyse

    La psychanalyse et les psychanalystes prolongent l'oeuvre du clergé catholique. Je le déduis de la perméabilité des milieux catholiques à cette pseudo-science, ainsi que d'un ouvrage de Carl Jung qui établit l'origine médiévale de la psychanalyse (si tous les catholiques ne le savent pas, le moyen-âge est la "place forte" du catholicisme).

    Le pape Benoît XVI fit ainsi l'extravagante proposition, à la suite de scandales sexuels à répétition dans les séminaires catholiques, de soumettre les candidats au sacerdoce catholique à un examen psychologique préalable. Etonnante confiance dans la psychiatrie, dont les résultats ne sont pas probants... Mais surtout, cette recommandation traduit une conception du sacerdoce étrangère à celle que les évangiles mettent en avant, et que l'apôtre Paul explique.

    Dès son apparition, la psychanalyse a rencontré l'opposition de médecins, de philosophes ou de savants ; la prétention de la psychanalyse à la critique littéraire ou artistique a notamment été brocardée sans ménagement.

    Mais les psychanalystes ont su rapidement mettre au point la censure qui protège leur art de la critique ; on ne trouve pas facilement en France dans les bibliothèques les auteurs qui contestent le pouvoir thérapeutique ou la valeur scientifique de la psychanalyse. Le service que la psychanalyse et les psychanalystes rendent à l'Etat (ils siègent même parfois dans les tribunaux) explique largement l'efficacité de cette censure.

    Je reproduis donc ici l'avis de Ludwig Rubiner sur la psychanalyse (souligné par moi) :

    "Quand, au bout d'un bref séjour, je quittai de nouveau Berlin, la psychanalyse s'y était entre-temps établie. Elle est excessivement intelligente, et une conversation avec elle fait partie des singuliers plaisirs de cette vie - pour peu qu'on soit enclin à traîner formellement en longueur des hypothèses avec une fièvre logique. Mais il faut dire qu'elle est également d'autant limitée qu'elle veut s'appliquer à tout.

    On croyait autrefois, de façon naïve et niaise, que la prétendue "vie" s'orientait, à peu près une génération plus tard, sur la spéculation artistique. C'est trente ans après les préraphaélites anglais, par exemple, que les dames de Saxe ont porté des vêtements rationnels.

    Il nous faut apporter un complément à cette règle : la "Science" en procède elle aussi. Trente ans après la mort de Dostoïevski, apogée, pour toute une génération, d'une littérature qui analyse l'âme, la psychanalyse entre en action. Elle est évidemment loin de se douter qu'il ne s'agit plus depuis longtemps pour nous de problèmes en discussion, mais de faits, d'éléments concrets, de quelque chose qu'il est possible d'exprimer par les statistiques : il ne s'agit plus pour nous de psychologie, mais de notre nouvelle mythologie.

    C'est pourquoi, dans sa valeur logique, la psychanalyse est fort inintéressante. Ce qui est seul important, c'est son utilité grossièrement pratique, le résultat thérapeutique.

    Observez sur qui opère la psychanalyse : non sur les êtres créateurs (législateurs). Mais sur ceux dans la vie desquels la nature peut pénétrer immédiatement ; sur les artistes impressionnistes, sur les personnes qui aiment la mer et sur les femmes.

    En revanche elle reste sans aucun sens pour des êtres qui sont dirigés par un esprit libre ; car chez eux la mémoire n'a pas à jacasser en vue d'une libération - elle procède, au contraire, d'une transposition, à l'intérieur d'objectifs qu'elle s'est consciemment fixés, en action directe." (1913)

    Autrement dit, les personnes malades sont particulièrement disposées à prendre la psychanalyse au sérieux. Il est vrai que beaucoup de médecins, aujourd'hui encore, demeurent assez sceptiques.

    Par "esprit libre", L. Rubiner entend "forte volonté", ce qui n'est pas la même chose (en particulier du point de vue chrétien où seule la vérité rend libre). Néanmoins il est vrai qu'un homme d'action vit dans le présent, délesté au maximum du fardeau du passé, dans lesquelles beaucoup de personnes passives demeurent engluées.

    Réduite à une méthode consistant à se débarrasser du passé, la psychanalyse serait assez bénigne et équivalente du sacrement de confession catholique. Mais Rubiner a raison d'envisager la psychanalyse beaucoup plus largement, comme une cause et une conséquence en même temps d'une évolution des mentalités en Occident.

    Il faut préciser que la nouvelle mythologie bourgeoise est une antimythologie, puisqu'elle place l'homme au centre de l'art et de la littérature. Le cinéma est le parfait exemple de cette antimythologie bourgeoise, puisque cet art est presque entièrement thérapeutique. Il m'est arrivé de croiser quelques hommes et femmes d'action au cours de mon existence : aucun ne parvenait vraiment à s'intéresser au cinéma.

  • Culture de mort = 666

    La fascination qu'exercent le cinéma et la télévision, en particulier sur les femmes et les jeunes enfants, les vieillards, est analogue à la fascination qu'exerce la mort sur les mêmes catégories.

    L'homme moderne a déjà un pied dans la tombe, car sa culture le soumet à la certitude de sa fin prochaine.

    Dès lors que vous posez comme l'apôtre Paul l'équation du péché et de la mort, vous êtes certain de rencontrer l'hostilité de tous les hommes d'Eglise qui ont signé un pacte avec la bête de la terre et se prosternent devant elle.