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Lapinos - Page 5

  • De l'Athéisme

    En ce qui me concerne, j'ignore en tant que chrétien le concept de "communauté chrétienne". Seul le terme de "camp des saints" a une consistance évangélique ; on peut dire que tout individu qui se veut chrétien "frappe à la porte du camp des saints".

    - De surcroît, il serait malhonnête de ne pas reconnaître la prévalence du "mode de vie" sur la religion aujourd'hui. Et si l'on a un peu de lucidité, en plus de la bonne foi, on reconnaîtra que la notion de "mode de vie" est une notion religieuse. On peut fort bien défendre son mode de vie de manière fanatique : les événements politiques récents fourmillent de tels exemples.

    Contre les combattants mahométans qui ont fait un carnage dans une salle où était donné un concert de musique satanique, les Français ont été mobilisés au nom de la laïcité, mais plus largement encore au nom de la notion plus terre-à-terre du "mode de vie". Evidemment les Français dans le besoin ricaneront à l'évocation du "mode de vie" à la française, qui permet surtout de former une ligne de défense ou d'attaque entre un riche athée et un riche catholique, musulman, juif, etc., contre ceux qui menacent, non leur liberté, mais leur jouissance.

    Je ne tiens donc pas compte dans mes rapports avec mon prochain des opinions religieuses ou athées qu'il professe. Plus une opinion est superficielle, plus elle traduit le besoin d'un individu de se rassurer en se réfugiant dans son opinion. L'expérience est un moyen pour l'homme de se libérer de ses opinions primitives, je dirais comme un oiseau saute du nid, avec le risque de s'écraser.

    Il convient ici de remarquer la force de l'opinion chez "le jeune con de première ligne", que celui-ci soit "djihadiste" ou "antidjihadiste" ; l'étincelle qui jaillit et met le feu au tonneau de poudre du "choc des cultures" est produite par la friction de deux opinions contraires, aussi peu profondes l'une que l'autre. La nature de l'opinion compte peu. Seul l'effet qu'elle produit compte. Seconde remarque : aucune société, ni aucune culture, ne peut se dispenser, comme une fourmilière a ses soldats, de maintenir un certain nombre d'individus au stade de l'opinion. Les cultures et les sociétés les plus dangereuses sont celles qui feignent le contraire.

    - De surcroît j'évite autant que possible de fréquenter ce que j'appelle des "démocrates-chrétiens" ; "Vade retro satanas !" a dit le Christ à ses apôtres, chaque fois qu'ils ont projeté sur sa parole divine leurs fantasmes. Or l'idéologie démocrate-chrétienne est le principal vecteur de l'antichristianisme aujourd'hui, c'est-à-dire de la subversion du message évangélique. Je me souviens du temps où j'étais encore "démocrate-chrétien" comme d'un temps où mon esprit était absorbé par des détails, comme entravé. J'ai entendu dire récemment que, pour les mahométans, l'enfer est surtout peuplé de femmes. Je dirais plutôt, en tant que chrétien, que les femmes ont un souci excessif des détails ; telle est leur tournure d'esprit particulière. Or dieu n'est pas dans les détails, ni même Satan d'ailleurs. C'est ce que dit Jésus à Marthe : - Cesse de t'occuper des détails, entends plutôt la Vérité.

    C'est ce qui explique, comme les anciens Grecs l'avaient déjà remarqué, que le soldat a une tournure d'esprit féminine ; c'est la mort qui est dans le détail, et elle est pour une femme comme pour un soldat une divinité ou une sanction supérieure à toutes les autres.

    A propos de l'athéisme, je voulais faire la remarque qu'il s'est éloigné de la "libre-pensée" ou de l'esprit critique avec lesquels il a pu se confondre naguère, et s'est rapproché de plus en plus de l'opinion ou de la conviction. Je ne connais pas beaucoup d'athées aujourd'hui, capables comme les philosophes des Lumières d'argumenter contre Pascal ou contre les prétendus dogmes catholiques.

    On entend et lit parfois des personnes faisant profession d'athéisme qui se plaignent de la résurgence des religions. Ils feraient bien d'observer que l'opinion fait office de pensée chez beaucoup d'athées depuis longtemps déjà. De sorte que le fanatisme ne passe pas exclusivement par le prisme du mot "dieu". Ces athées-là font confiance à un enseignement scolaire laïc dont la valeur scientifique est approximativement celle du catéchisme.

    Il n'y a pas un, mais DES athéismes, et le plus répandu en France prend racine dans l'anthropologie catholique romaine. C'est un catholicisme larvé ou "inconscient".

    L'antichristianisme de Nietzsche n'est pas un athéisme au sens où on l'entend couramment, puisque, selon Nietzsche, ce sont les chrétiens et les juifs qui sont les seuls athées, mus par un raisonnement catastrophique et non par dieu. Nietzsche accuse les juifs et les chrétiens, non pas de se soumettre à une force supérieure, mais au contraire de ne pas s'y soumettre. Si Nietzsche fait prévaloir, D'UNE MANIERE TRES PEU ATHEE ET TRES PEU MODERNE, l'art sur la science, c'est précisément à cause des caractères religieux et théologique qu'il accorde à l'art, bien plus qu'à la science.

     

  • Satan dans l'Eglise

    "ON IRA TOUS AU PARADIS" est la religion du bourgeois, derrière laquelle on devine la perfidie du clergé romain, ouvrant grand les portes des paradis artificiels afin de fourvoyer le plus grand nombre d'enfants, de les tenir à l'écart de l'amour.

    "ON IRA TOUS AU PARADIS" : ce qu'un suppôt de Satan ou un païen prendra comme le plus grand attentat jamais perpétré contre la vertu par le christianisme, n'est en réalité que la stratégie de la terre brûlée mise en oeuvre par Satan, afin de creuser entre l'amour de Dieu et l'homme un "no man's land" infranchissable.

    Mais douze fois le nombre des apôtres peut suffire à vaincre les légions de Satan, vêtues de pourpre et d'écarlate.

  • Le Christ anarchiste

    Derrière le voile de la fable, Shakespeare nous dit ceci : - L'Eglise catholique romaine a inventé l'anthropologie chrétienne et la doctrine sociale de l'Eglise afin de rétablir les droits de la propriété et de la guerre.

    Le secret de la folie du monde moderne est dans les monastères bien plus qu'il n'est dans les temples ouvertement dédiés à Satan.

  • Ecologie et idéologie

    Les idéologues ont tendance à balayer l'argument de nature d'un revers de la main. Ainsi le propriétaire balayera d'un revers de la main le fait qu'il n'y a pas de propriété durable dans la nature. De même les personnes sentimentales balayeront du revers de la main le fait que la nature soit pure de ce type de comportement, assimilable à une tare physique sur le plan naturel.

    On associe trop systématiquement le nazisme et le communisme à l'idéologie, alors que c'est la culture bourgeoise qui rompt le plus radicalement avec la réalité, et qui donc est la plus idéologique ; cet excès d'idéologie est d'ailleurs ce qui a assuré la suprématie dans l'ordre politique à la bourgeoisie ; le triomphe de cette dernière, le moins naturel qui soit, sur le nazisme et le communisme, a eu lieu aussi sur le terrain de la propagande.

    Il vaut mieux aujourd'hui se situer du côté du rêve que de la réalité quand on part à la conquête du pouvoir ; se priver du rêve en politique aujourd'hui reviendrait à se priver du machiavélisme au temps de la Renaissance - tenir un discours raisonnable n'est plus de mise sur la scène politique.

    Le christianisme, lui, ne balaie pas exactement l'argument de nature du revers de la main pour poser l'existence de dieu ou de l'amour, c'est-à-dire de phénomènes métaphysiques ou surnaturels ; il donne à la puissance naturelle le nom de Satan, et, si l'on veut bien prendre le temps de lire l'apocalypse de Jean et les épîtres de Paul, décrit un satanisme "évolutif", changeant d'aspect au cours du temps qui sépare l'humanité du jugement dernier. Paul de Tarse prophétise un satanisme de la fin des temps, très différent de la culture païenne antique décrite par Nietzsche comme LE satanisme authentique.

    La nature s'interpose donc du point de vue chrétien entre l'homme et le salut ; la nature n'est pas balayée d'un revers de main, mais bien conçue comme un obstacle difficile à surmonter : "Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus" signifie bien la soumission à la culture de vie de la plupart des hommes.

    On peut donc décrire l'idéologie bourgeoise moderne comme un christianisme superficiel (ce que Nietzsche ne fait pas) ; ce christianisme superficiel, au niveau de la culture, correspond à peu près au discours de l'Eglise catholique, matrice de la culture occidentale moderne, quoi qu'en disent certains athées.

    De ce point de vue, Tocqueville a raison de dire que les Etats-Unis d'Amérique sont une sorte d'Eglise catholique "bis". La culture américaine perpétue en effet le discours judéo-chrétien superficiel de l'Eglise romaine. On peut d'ailleurs observer que, dès lors qu'un catholique commence de creuser sa foi, au lieu de s'en servir comme une bonne femme de justification à ses actes les plus banals, dès lors Satan a le don d'apparaître, tandis que le discours catholique ou la culture germanique "judéo-chrétienne" procèdent à son déguisement. Baudelaire, Bloy ou Bernanos sont des exemples de catholiques moins superficiels, dont la sincérité et l'effort pour approfondir leur foi fait apparaître Satan. Chez le "catholique ou le chrétien moyen", prototype de l'homme voué par le Christ à l'enfer, comme par hasard Satan n'existe pas, ou seulement sous la forme d'un tabou, d'un interdit anthropologique.

    Et l'écologie dans tout ça ? Il est frappant d'observer à quel point le discours écologiste moderne est idéologique, c'est-à-dire à quel point l'argument de nature est refoulé par ceux qui se réclament de la nature et d'une meilleure gestion de celle-ci. Comment en effet concilier démocratie et écologie ? Féminisme et écologie ? Egalité et écologie ? Même la théorie probablement incohérente de l'évolution ne permet pas de fonder un tel écologisme, parfaitement ubuesque, faisant la promotion d'idées catastrophiques sur le plan écologique, tout en les condamnant à travers l'appel au "respect de la nature". Cette même incohérence se retrouve dans le nazisme, très proche de l'écologisme puisque mettant en avant le symbole d'une philosophie naturelle. L'aspect de l'idéologie moderne l'emporte dans le nazisme sur la revendication écologiste du bonheur symbolisée par la svastika.

    Le sentiment du citoyen moderne lambda d'être assimilé ou assimilable à la machine ou au robot vient probablement de là - du fait que la pensée a été réduite à l'idéologie dans les temps modernes, et du fait que, si un robot ne pense pas, il n'en pas moins capable de réflexion et d'émettre des idées. 

  • L'Esprit du Judaïsme

    "L'Esprit du Judaïsme" est le titre du dernier ouvrage de Bernard-Henry Lévy, dont il assure la défense et la promotion actuellement dans les médias.

    Cet essayiste est peu convaincant dans la mesure où c'est un juif mondain ; de même, qui accordera foi au clergé catholique, dont la religion consiste à inclure les mondanités dans la foi chrétienne ?

    L'histoire est un combat sans merci entre le monde et le camp des saints, qui s'achèvera par la ruine des mondains et de leurs temples. A la mondanité, les prêtres retors et qui se piquent d'avoir fait de longues études donnent le nom "d'anthropologie chrétienne". Lire les épîtres de Paul guérit de croire dans le truc de l'anthropologie chrétienne, et bien sûr chaque parabole de Jésus. L'anthropologie chrétienne est l'anthropophagie moderne : on la retrouve à l'arrière-plan de tous les grands génocides modernes.

    On croira plus volontiers quelqu'un comme Karl Marx, à propos de l'esprit du judaïsme, qui voua son existence à combattre le veau d'or capitaliste, ce qui revient bel et bien à affronter un dragon.

    Qui s'efforce de définir, de résumer, de faire comprendre "l'esprit du judaïsme" se place, volontairement ou non, sur le même plan que Jésus-Christ, venu dire aux juifs qu'ils avaient égaré l'esprit du judaïsme, enfoui sous de vaines coutumes et réglementations sociales.

    Jésus-Christ qui résume en un mot l'esprit de la loi de Moïse : amour ; mais un amour qui n'est pas l'amour que les petits d'hommes ont instinctivement pour leur mère, et les mères pour leur progéniture, mais un amour "extérieur" à l'homme. Tandis que Satan brille de l'éclat de la beauté, l'expression de "dieu invisible" est assez judicieuse pour décrire le dieu des prophètes juifs, aussi improbable que la présence de l'amour véritable dans le monde. Le chrétien sommé de prouver l'existence de l'amour sur terre ne sera-t-il pas relativement désemparé ? Et sans doute plus la fin des temps approche, plus le chrétien aura du mal à rapporter cette preuve. L'antéchrist est décrit dans les saintes écritures comme l'ultime résistance de Satan à ce qui le détruira : l'amour. Si chacun d'entre nous, athée ou croyant, suppôt de Satan ou chrétien, peut éprouver en son for l'affrontement de ces deux puissances, dès lors qu'il ne se place pas volontairement en état d'inconscience, à l'aide de telle ou telle drogue, chimique ou psychique, cela ne signifie pas pour autant que ces deux puissances sont contenues en lui.

    L'esprit du judaïsme, et plus encore celui du christianisme, est donc parfaitement pur de tout raisonnement anthropologique. Ce raisonnement est fait pour trahir l'esprit évangélique ; par conséquent le sage qui veut élucider le nombre 666, QUI EST UN NOMBRE D'HOMME, n'aura qu'à creuser la piste anthropologique.

    Pas d'anthropologie juive ou chrétienne, c'est-à-dire aucune solution sociale juive ou chrétienne. Comme la tâche ordinaire d'un clergé, quel qu'il soit, est de contribuer à l'organisation sociale, cela permet de comprendre la logique de l'affrontement entre le Christ et le clergé.

    Une petite parenthèse sur l'islam et Mahomet, décrit et défendu par les mahométans comme l'ultime prophète : le Coran n'illustre pas la démarche, caractéristique du Christ et des apôtres guidés par l'Esprit, qui consiste à éradiquer le raisonnement anthropologique du coeur ou du sein de l'homme. Autrement dit, si Paul explique pourquoi le message évangélique parachève la loi de Moïse, Mahomet ou le Coran ne donnent pas d'explication, et font pour ainsi dire aux juifs le reproche opposé du reproche qui leur est fait par le Christ. Les mahométans reprochent aux juifs de n'être pas assez scrupuleux de la Loi, tandis que le Christ reproche aux pharisiens d'avoir étouffé l'esprit de la loi sous leurs scrupules.

    Quant à celui qui définit l'esprit ou le "génie" du christianisme, selon l'expression malheureuse de Chateaubriand, traduisant l'athéisme de son auteur, il se place directement en concurrence avec Paul de Tarse, l'apôtre des gentils. Or Chateaubriand trouve une fonction et un but au christianisme, que Paul de Tarse lui refuse absolument, à cause de l'interdiction absolue formulée par Jésus-Christ à ses apôtres de chercher à bâtir le royaume de Dieu sur la terre, c'est-à-dire à planter sur le génie humain un quelconque signe religieux chrétien. Un autre que Chateaubriand a trouvé du "génie" au christianisme, ou pour être plus précis au catholicisme, c'est F. Nietzsche ; et ce dernier est plus "éclairant" que Chateaubriand, car il salue la contribution de l'Eglise catholique à la restauration du paganisme "au nom de Satan".

    N'est-il pas fascinant, mystérieux, intriguant, de voir un juif mondain, c'est-à-dire un non-juif, prendre le relais du catholique Chateaubriand, et proférer à propos du message apocalyptique juif les mêmes contre-vérités ou inexactitudes que Chateaubriand ? C'est d'autant plus fascinant que BHL parvient à imposer son autorité intellectuelle à une France qui se réclame de la laïcité, et qui prétend ainsi avoir rompu avec son passé clérical. D'une certaine façon, la nation israélienne a la même influence politique extérieure que Rome au temps de sa puissance politique. Beaucoup de catholiques romains ne se reconnaissent sans doute pas dans BHL : ils ont tort, car celui-ci est typique de l'esprit de la propagande catholique, falsification de la vérité sous le prétexte anthropologique.

    Une contradiction majeure fait voler la rhétorique de "l'esprit du judaïsme" selon BHL en éclats, et cette contradiction est également au coeur du catholicisme romain. A juste titre, BHL récuse l'adjectif "identitaire", et s'oppose à ce qu'il soit appliqué au judaïsme. Un théologien catholique ne pourra pas, de même, faire autrement que récuser cet adjectif, car ce serait avouer publiquement que le catholicisme est un culte païen. La bestialité et Satan sont explicitement associés dans les évangiles aux éléments naturels, et la terre, royaume des morts, au péché. L'expression de "France chrétienne" ou de "France catholique" ne peut par conséquent avoir de sens spirituel profond ; elle relève de la pure idéologie, ou bien d'une commodité de langage.

    Or la nation israélienne, par ailleurs, que BHL défend comme un "refuge pour les Juifs", répond nécessairement à un besoin et un but politique ; le sionisme n'est autre qu'un culte identitaire. Israël, dans la bouche des prophètes juifs, est la représentation mythologique du salut, comme l'Egypte est la représentation mythologique du satanisme. On ne peut servir deux maîtres à la fois : d'une part le dieu des juifs, et de l'autre une des nombreuses idoles que l'homme fabrique pour se rassurer, dont la nation israélienne fait partie. Pas plus les serments que les présidents des Etats-Unis font sur la bible ne doivent faire croire que les Etats-Unis sont une "nation chrétienne".

     

     

  • Le nombre d'homme 666

    La science moderne, axe de la culture moderne, est une science qui repose principalement sur l'hypothèse, et non sur l'expérimentation scientifique comme certains le croient ou tentent de le faire croire.

    L'importance des lois et démonstrations mathématiques dans la science moderne est un indice, sinon une preuve de ce défaut d'expérimentation, de même que le goût pour la science-fiction, répandu dans les régimes technocratiques. La science expérimentale s'accorde mal avec la fiction.

    Or l'hypothèse des hypothèses, qui fait office pour l'homme de certitude, c'est la mort. Dire que l'homme est déterminé par le péché ou qu'il l'est par la mort revient au même.

    Il n'y a pas de logique humaine au sens strict, dans la mesure où, si l'homme est capable d'inventer des moyens de vivre, il ne trouve pas en lui-même de raison de vivre. La jouissance est un but trop fragile pour qu'un jouisseur n'en perçoive pas les limites. Du point de vue chrétien, la logique est donc extérieure à l'homme. Cette logique est liée à l'imagination : il faut de l'imagination pour ne pas se juger condamné à mort.

    L'au-delà, prolongement de la vie au-delà de la mort, dilatation du temps et de l'espace, lui, est entièrement spéculatif et hypothétique, une perspective humaine, contrairement à dieu, qui renverse la raison humaine, tendue vers le moyen de survivre. Il n'y a pas d'au-delà dans les évangiles, pas de "séjour des âmes" comme dans certaines religions païennes. "L'au-delà" trahit une conception humaine, quasiment mathématique, de la religion.

    Sous cet angle, on comprend que la religion s'oppose à dieu, comme l'hypothèse s'oppose à l'imagination. Dieu échappe à la raison mathématique, d'une certaine manière ; mais cela ne signifie pas que dieu n'est pas un objet de science. Cela signifie tout simplement que la raison mathématique est limitée. Qu'est-ce que la science du cosmos, si ce n'est un tas d'hypothèses enchevêtrées ? Le cosmos échappe largement au raisonnement mathématique qui voudrait l'enfermer dans une définition, mais, pour autant, le mystère qui entoure le cosmos n'est pas une raison suffisante de le nier.

    Comme je l'ai dit par ailleurs, les mathématiques modernes font l'homme dieu, puisqu'elles enferment des réalités qui dépassent l'homme dans le raisonnement humain. Mais le pouvoir de cet homme-dieu repose seulement sur la rhétorique. Bien des réalités physiques peuvent réduire le pouvoir de l'homme-dieu à néant en un instant.

  • Irréligion

    L'irréligion, aujourd'hui, consiste à désacraliser la culture.

  • Arbeit macht frei

    La philosophie humaniste ne va pas, depuis l'Antiquité grecque, sans caractérisation du travail comme une activité bestiale. On peut voir là l'influence de la Genèse de Moïse qui établit un lien entre la disgrâce de l'homme et le travail, "l'enfantement dans la douleur" résumant l'idée de travail.

    Les juifs, puis les chrétiens à leur suite, entendent par là qu'il n'y a pas de rédemption possible par le travail, que celui-ci ne permet pas de s'extraire du cercle infernal de la bestialité. L'art est également indiqué comme une voie sans issue par les prophètes.

    La devise nazie "Le Travail rend libre" exprime donc un antisémitisme authentique et radical. Authentique parce qu'il ne s'en prend pas à la "race juive", inexistante, mais à la spiritualité juive ; et radical parce qu'il affirme ce que le judaïsme nie - la libération par le travail.

    On comprend de cette façon pourquoi l'ordre social est nécessairement antisémite et antichrétien, ainsi que l'exprima clairement le philosophe antisémite F. Nietzsche, proposant d'éradiquer le judaïsme et le christianisme de la surface de la terre au nom de Satan.

    "Le Travail rend libre" : ce mot d'ordre nazi est également un mot d'ordre soviétique ; il est, plus largement, un mot d'ordre bourgeois. A l'idée que le travail rend libre sont étroitement liés deux autres mensonges, à savoir que "le sexe rend libre" et que "l'argent rend libre".

    Par conséquent on peut en déduire que la bourgeoisie et l'humanisme sont deux aspirations inconciliables. IL N'Y A PAS DE PHILOSOPHIE BOURGEOISE HUMANISTE ; l'humanisme, chez les philosophes bourgeois, n'est qu'une feinte pour prendre le peuple au piège. Il s'ensuit le mot d'ordre de Karl Marx : - Déphilosophons ! C'est-à-dire : arrachons à la philosophie bourgeoise son masque humaniste.

     

  • Théosophie

    Pour la première fois dans l'histoire, l'Eglise romaine a mis en place une religion dont le dieu est à l'intérieur de l'homme ; il a part à l'âme, trou noir insondable. Les païens ne pouvaient en faire autant avec la nature.

    De cette façon, dieu finit peu à peu par épouser les contours de la volonté. Un homme doté d'une forte volonté n'éprouvera pas la nécessité de dieu, tandis qu'un enfant y aura plus volontiers recours. Le manque de volonté sera la preuve que dieu existe ; la ferme volonté prouvera au contraire que dieu n'existe pas. Il arrive que, lorsque la volonté de certains hommes forts chancelle, ils fassent appel à dieu et n'hésitent pas ainsi à se renier.

    L'Etat moderne doit beaucoup à l'Eglise romaine, car il est une forme de dieu intériorisé, auquel le citoyen lambda d'une nation moderne consent à se soumettre. L'Etat moderne est une interface entre l'homme et quelque chose d'assez confus ; l'Etat est une sorte de miroir ; sa consistance est psychologique, ce qui explique que psychiatres et psychologues soient devenus ses prêtres.

    Mais, cette religion étrange, l'Eglise romaine l'a instaurée de façon sacrilège, contre l'esprit des écritures saintes, suivant un dessein mystérieux. Dieu le Père de Jésus-Christ n'est pas le dieu des païens ; mais il ne siège pas non plus dans le corps impur de l'homme - il ne fait pas partie de ses rêves.

  • Le droit de l'Homme-Dieu

    En s'émancipant de dieu par l'artifice, notamment juridique et technique, l'homme a perdu connaissance de lui-même. J.-J. Rousseau observa en son temps ce manque de recul croissant de l'homme sur lui-même, auquel le développement des sciences humaines ne changea rien.

    Quand je dis "dieu", en l'occurrence je parle aussi bien de Satan, le dieu qui parle aux sens, que du dieu caché des chrétiens, auquel Satan fait écran ; en effet rares sont désormais les hommes qui, employant le mot "dieu", sont capables de distinguer ces deux puissances.

    Ainsi le "Connais-toi toi-même" antique n'a qu'un rapport assez vague avec la psychanalyse moderne. L'Antiquité n'est pas athée, contrairement à la bourgeoisie moderne, qui s'est progressivement inventée un dieu à la dimension de ses désirs - l'Etat. Le "Connais-toi toi-même" antique n'est pas une spéculation sur l'âme, trou noir insondable comme l'ignorance, et de peu d'intérêt.

    La psychanalyse, de même que la théorie de l'évolution, sont contemporaines du recul du savoir psychologique. L'homme n'a peut-être jamais autant été une énigme pour lui-même qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire privé de sa liberté de choix. L'exemple de cette perplexité de l'homme face à lui-même - l'admiration de la folie humaine, faute de s'être doté des moyens de surmonter cet obstacle-, l'exemple nous est donné par le truc de l'intelligence artificielle et des robots ; certaines personnes, y compris parfois ayant reçu une instruction, sont persuadées que les machines pourraient avoir barre sur l'homme et le dominer. Ils accordent ainsi à la mémoire et à la puissance de calcul un part exagérée dans la pensée.

    D'une certaine façon, les sociétés humaines sont déjà rendues à ce stade de domination de l'homme par les systèmes et les machines sophistiqués qu'il a inventés. F. Nietzsche, qui dénonçait l'irrationalité du monde et de la culture modernes, aurait vu dans les grandes guerres mondiales entre nations européennes la preuve de la justesse de son diagnostic catastrophique... en même temps qu'il aurait dû reconnaître que rien ne semble pouvoir enrayer cette folie... pas même la déchristianisation qu'il prônait comme un remède de cheval radical ; et Nietzsche n'ignorait pas que la "démocratie-chrétienne", en Amérique ou ailleurs, n'est plus qu'un bouddhisme déconnant.

    La domination des machines ne prouve qu'une chose : l'intelligence artificielle est la bêtise.

  • Cinéma de Satan

    L'acteur G. Depardieu a déclaré : - Je ne voudrais pas être un saint, c'est trop chiant d'être un saint.

    L'acteur lui-même est adoré comme une sorte d'idole, et ce statut semble avoir rempli son existence d'applaudissements et de louanges. Cette existence s'achèvera probablement dans un hommage national, sorte de paradis pour les amateurs de cinéma et d'acteurs ; un évêque catholique, sans tenir compte des déclarations sataniques de l'acteur, fera un beau sermon creux sur la dépouille du grand homme, comme sont payés à faire les évêques catholiques.

    Mais apparemment l'acteur Depardieu est persuadé, lui, de ne pas avoir eu une vie chiante mais une vie trépidante. D'avoir incarné des vies "héroïques" à l'écran l'a peut-être persuadé d'avoir été lui-même vraiment héroïque ?

    Le principe diabolique, opposé à la sainteté, consiste à porter aux nues ce qui n’a qu’un intérêt limité. Les relations charnelles, la procréation, la famille et tout ce qui s’ensuit n’ont qu’un intérêt limité, spirituellement nul, par exemple ; l’homme, dit Jésus-Christ et ses apôtres, ne se soumet à la chair que par faiblesse.

    Quand on observe l’acteur Depardieu, et le cinéma tout entier, fabriqué par des personnes passives pour des personnes passives, on pense en effet à la chair, à l’ivresse qu’elle procure et au pschiiiit ! qui s’ensuit.

    Et puis quel saint Depardieu a-t-il rencontré pour fonder son témoignage ? L’un de ces saints que l’Eglise catholique fabrique pour le besoin de sa propagande à coups de procédures ridicules, sans parfois même s’embarrasser de la vraisemblance ? Pour être saint, il faut être maudit par la société, non loin des grands criminels. 

  • Religion ou drapeau ?

    Religion ou drapeau, ça revient au même fanatisme. Tous ces athées "laïcs & républicains" n'en sont pas. La foi dans l'Etat leur paraît plus sûre que la foi en Dieu. Les drapeaux laïcs et la devise pompeuse : "Liberté, Egalité, Fraternité", sont faits pour rassurer autant que les clochers des églises et les images pieuses. Le progrès de l'idéal sécuritaire dans les nations occidentales capitalistes est un indicateur du progrès de la religiosité et du recul de l'esprit critique scientifique.

    Combien se soucient vraiment de science, au lieu de s'en gargariser ?

    La science moderne n'est qu'une musique agréable à l'oreille, une démonstration de la puissance de l'homme ; mais ce qui prévaut dans le monde moderne n'est pas la science - c'est la culture.

    Un individu épris de science se sentira aussi isolé dans ce monde qu'il pouvait se sentir au moyen-âge. Si l'histoire a un sens, ce sens n'est pas visible à première vue, car ce qui est visible à première vue c'est le progrès de la religion, l'empiétement croissant du rêve bourgeois sur la réalité.

    Ajoutons ceci : la caractéristique d'un esprit religieux est de s'incliner devant la mort comme le fait de dieu ou de la nature ; la caractéristique d'un esprit scientifique est de voir la mort comme un phénomène, non pas universel, mais relatif à l'homme, ainsi que le hasard.

    Et le nombre 666 a pour signification : pacte de l'homme avec la mort.

  • Science et modernité

    L'adjectif "moderne" est inapplicable à la science. L'expression de "science moderne" désigne en effet quelque chose d'assez indéfinissable. Untel citera volontiers Einstein ou Darwin comme des exemples de "savants modernes", mais il aura sans doute du mal à dire en quoi la science naturelle de Darwin est "moderne", en comparaison de la science naturelle créationniste d'Aristote.

    En parlant de "science moderne", on se situe plutôt dans le registre de la propagande, le plus méprisable du point de vue scientifique, puisqu'il s'agit en matière de propagande, à l'instar des religions les plus méprisables, d'emporter l'adhésion du plus grand nombre, en dépit de la vérité - la propagande a un caractère "musical", ainsi que l'ont relevé certains mythes ou fables.

    Beaucoup mieux applicable l'adjectif "moderne" à ce qui est enseigné aujourd'hui sous le nom de "mathématiques". On peut plus précisément dater les "mathématiques modernes", et en attribuer la paternité à R. Descartes. Bien sûr ce n'est pas aussi simple, et cela ne suffit pas à caractériser la science moderne ; Descartes n'a pas lui-même vraiment conscience de contredire les leçons d'Aristote sur l'algèbre et la géométrie. En revanche, Descartes, ingénieur militaire, a conscience du lien étroit entre les nouvelles techniques et instruments, et la géométrie qu'il développe. Il y a une correspondance facile à comprendre, par exemple, entre l'accroissement de la puissance et de la précision des outils et machines et les mathématiques dites modernes.

    Quand certains parlent de "filières scientifiques" pour parler de classes où l'enseignement des mathématiques modernes est particulièrement important, c'est donc un abus de langage. De la même façon, la "révolution industrielle", datée le plus souvent de la fin du XVIIe siècle, est un pur motif de propagande. L'essor industriel a certes entraîné des bouleversements sociaux considérables, mais il n'y a dans cet essor rien de "scientifique".

    La science et le registre des "mathématiques modernes" sont donc deux choses bien distinctes. Les mathématiques modernes ne peuvent pas se passer de prendre en compte le temps. Du point de vue scientifique, le temps est un prisme déformant ; le savant est soumis au temps, comme il est soumis à l'inconvénient de sens limités pour appréhender la réalité. Mais l'objet de la science est "intemporel". Il y a de fortes chances qu'une conception "biologique" de l'univers ne soit que la projection d'un rêve humain, car spéculer un univers soumis au temps, c'est spéculer un univers réduit aux dimensions de l'homme.

    Conclusion : science et modernité sont deux notions ou choses divergentes. Sur le plan de la "discipline mathématique", il est plus facile de cerner la notion de "modernité", dont l'usage est le plus souvent indéfini. Par conséquent, le raisonnement des mathématiques dites "modernes" permet de caractériser la notion de modernité. Cependant l'idée que les mathématiques modernes sont une matière ou une discipline scientifique, voire une "science dure", ne repose sur aucune science expérimentale véritable. Les mathématiques modernes ne sont pas plus proches de la réalité, extérieure à l'homme, qu'elles ne sont du rêve. L'intellectualisme, en science, est probablement un signe de déclin.

      

  • Science ou culture ?

    Complexe, sophistiquée, voire "énigmatique", la culture moderne est comparable à la prestidigitation ou la magie. La démonstration du "progrès moderne" est presque un tour, qui consiste à attirer l'attention du public sur un détail frappant, faisant échapper l'ensemble à une étude ou un examen moins superficiel.

    Un examen moins superficiel permet par exemple de discerner que le dit "progrès technologique" dont se prévaut l'homme moderne n'en est pas un ; le progrès technologique n'est pas une question d'imagination, ni de "progrès de la conscience humaine" - il est surtout une question de temps. Le temps est le principal artisan d'un progrès technologique qui ne répond pas aux aspirations essentielles de l'individu, mais tout au plus au besoin d'organisation sociale.

    Sous l'angle social, on comprend que la notion de "progrès moderne", aussi vague soit-elle, puisse être érigée en religion moderne, avec tout ce que cela comporte de censure de l'esprit critique scientifique.

    Il y a, comme vis-à-vis de la prestidigitation, trois attitudes possibles vis-à-vis du progrès ou de la culture modernes. D'abord il y a l'attitude de l'initié, en charge de la "démonstration du progrès", plus ou moins rusé ou habile, escroc intellectuel ou s'abusant lui-même. Cette démonstration est largement rhétorique : on constate en visitant un musée d'art dit "moderne" que cet art se dispense rarement d'un discours destiné à démontrer sa supériorité.

    Ensuite il y a l'attitude des foules, nombreuses, fascinées par la culture moderne comme on peut l'être par un tour de magie, parce que celui-ci opère un divertissement de l'esprit. Dans une large mesure, le divertissement est un plaisir d'esclave, car son besoin naît du désir d'échapper à une contrainte subie par ailleurs. L'oisiveté, au sens donné par la philosophie grecque à ce terme, est la plus éloignée du divertissement, dans la mesure où elle ne suscite pas, chez un individu en bonne santé, le besoin de divertissement. Ici il faut dire que la "culture de masse" est la trahison évidente de l'objectif démocratique officiel ; cette "culture de masse" n'est d'ailleurs pas assumée par les élites politiques et culturelles, bien qu'elles en dépendent et en assurent la promotion, directement ou indirectement.

    La dernière attitude est l'attitude contestataire, minoritaire, dite de la "contre-culture". Elle prend plusieurs directions différentes ; tout d'abord on peut dire qu'une certaine "maturité" en est le facteur psychologique déclenchant. Un individu immature ne résiste pas, en effet, à la fascination, pour ne pas dire qu'il s'y expose volontairement. De même l'esprit scientifique méprise le spectacle de la magie ou de la prestidigitation. Il en tire la leçon une fois pour toute que l'esprit humain se laisse duper facilement, voire qu'il peut en tirer un certain plaisir.

    Nietzsche, "au nom de Satan", c'est-à-dire de la culture antique païenne, s'oppose frontalement à la culture moderne, à qui il fait le grief d'être une source de bonheur et de poésie très limitée, d'avoir perdu "la recette du bonheur" contenue dans l'art antique. Il est vrai que le divertissement est une forme de jouissance particulièrement passive ; dans la société occidentale bourgeoise, la sexualité est pratiquement devenue "un divertissement obligatoire", c'est-à-dire un motif obsessionnel bien plus qu'une véritable source de contentement ou de satisfaction. La philosophie ultra-réactionnaire de Nietzsche parle beaucoup de jouissance et de bonheur, tout en abordant très peu le sujet de la sexualité. Il faut dire que Nietzsche, méprisant la faiblesse, était lui-même très malade, c'est-à-dire très faible. Sa philosophie est une manière d'antidote pour lui-même. Nietzsche n'est pas le seul réactionnaire, réfractaire à la culture moderne : l'intérêt ou l'essentiel de son propos tient dans l'accusation lancée au christianisme (plus ou moins étayée), d'avoir détourné la culture de son but véritable - à savoir le plus grand bonheur.

    Incontestablement le "christianisme", au sens le plus large, n'est pas sans conséquence ou sans influence sur la culture occidentale moderne. Même l'athéisme aujourd'hui a, bien souvent, une "racine chrétienne", dans la mesure où l'athéisme résulte de l'émancipation d'une force naturelle supérieure.

    Mais le propos de Nietzsche fait abstraction ou ignore qu'il n'y a rien de "culturel" dans le christianisme, ni par conséquent de "moderne". La "parole de Dieu" n'est d'aucune époque ; les évangiles sont essentiellement eschatologiques, c'est-à-dire qu'ils annoncent la fin prochaine des temps. On peut faire du message chrétien ce qu'on veut, le détourner complètement de son sens, comme on peut le faire avec n'importe quel texte, néanmoins on ne peut associer le christianisme aux "temps modernes", dans la mesure où la notion de "temps", qui joue dans la culture moderne un rôle déterminant, ne joue aucun rôle dans le christianisme, puisque l'amour chrétien est "hors du temps" - la discrimination chrétienne de l'amour charnel s'explique par exemple de cette façon. Autrement dit, il est très difficile de traiter le christianisme comme un "phénomène culturel", pour le condamner comme pour en faire l'éloge (cf. Chateaubriand et son "Génie du christianisme"), puisque celui-ci se présente essentiellement comme une vérité qui met un terme à la culture et à la célébration de tel ou tel "mode de vie".

    Le chrétien se trouve donc, comme l'homme de science, en position de "contre-culture", si l'on prend ce mot dans le sens de "l'irréligion".

     

  • Valls fachiste ?

    A cause de son projet de loi sur la déchéance de nationalité, Manuel Valls se voit à son tour accusé de fachisme... alors même que Bernard-Henry Lévy figure au premier rang de ses conseillers !

    Il y a de quoi crier à l'injustice, ce que l'accusé ne manque pas de faire, ayant fait de l'aboiement politique une spécialité, pour faire oublier son prédécesseur aphone.

    Comme la politique se situe au niveau du cinéma, on peut comparer le sort de Manuel Valls à celui de "l'arroseur-arrosé" ; en effet le Premier ministre s'est beaucoup servi de l'insulte "fachiste" pour jeter le discrédit sur ses adversaires. La gauche a d'autant plus besoin de se démarquer de l'extrême-droite qu'elle tire profit sur le plan électoral des bons scores de l'extrême-droite.

    Il s'est produit un phénomène d'usure de ce que Nietzsche appelle "moraline" ; par ce terme il désigne la morale moderne teintée de judéo-christianisme, qui selon ce philosophe n'est pas la vraie vertu mais une éthique arbitraire.

    De fait, on voit bien que la portée de l'accusation de fachisme est réduite au niveau du juron de cour d'école, du fait d'avoir beaucoup trop servi, pour tout et n'importe quoi. Dès le départ, l'intelligentsia communiste et ses ouailles s'en sont servi pour ternir l'adversaire, alors même que cette intelligentsia avait les mains sales, pour ne pas dire ensanglantées. Ridicules sont les historiens qui tentent d'établir une hiérarchie entre les différentes idéologies totalitaires du XXe siècle : nazisme, communisme, et démocratie-chrétienne capitaliste. Il s'agit-là, non de l'histoire, mais d'une opération de blanchiment de l'Occident. En effet, ce qui est intéressant, du point de vue historique, afin de définir le totalitarisme, c'est le tronc commun entre ces différentes idéologies meurtrières. Les nuances servent principalement à nourrir la polémique politicienne et la concurrence entre les partis. L'idéalisme ne peut pas servir d'excuse à tous les mensonges - et surtout il ne peut pas servir d'excuse aux élites politiques et culturelles qui se situent sur un plan existentiel excluant l'idéalisme.

    Le péché ou la faute de Manuel Valls vis-à-vis du "peuple de gauche" n'est pas d'être "fachiste", mais la faute de la gauche, en général, est d'avoir fait croire qu'une "éthique de gauche", disons idéaliste, était possible dans le cadre d'un Etat bourgeois capitaliste. La gauche française a joué auprès de la droite libérale le rôle de véhicule de l'idéologie libérale dans les couches populaires, c'est-à-dire un rôle que les industriels et les banquiers ne pouvaient pas jouer eux-mêmes. La gauche a contribué à forger le fantasme du progrès libéral et des "avancées sociales", en masquant par exemple tout ce que ces dites "avancées" doivent à un processus de mondialisation catastrophique à bien des égards.

    Le spectre de Marx pour cette raison hante la gauche, et même l'extrême-gauche "républicaine" ; parmi les nombreuses prévisions de Marx figure celle que le peuple serait trahi, non par la droite mais par le parti socialiste.

     

  • Marx chrétien

    L'idée que la critique et l'histoire marxistes puissent être dites "chrétiennes" dérangent le plus souvent, bien au-delà des autorités ecclésiastiques romaines.

    Les évangiles et la critique marxiste ont en commun d'être actuellement censurés ; les évangiles par l'Eglise romaine, qui leur prête une signification anthropologique qu'ils n'ont pas (le théâtre de Shakespeare illustre le mécanisme de substitution de l'anthropologie catholique à l'eschatologie chrétienne) ; la critique marxiste a été occultée quant à elle par la doctrine politique stalinienne ou marxiste-léniniste ; celle-ci a rétabli le culte de l'Etat, que Marx et Engels avaient ébranlé au nom de la science et de l'histoire.

    Lénine fit lui-même le rapprochement entre le communisme, religion d'Etat, et le catholicisme romain du temps de Louis XIV, largement vidé de son sens eschatologique pour servir les intérêts d'une élite politique. Lénine constate cette évolution pour la déplorer, sachant à quel point le marxisme authentique est peu enclin au culte moderne de l'Etat bourgeois. De fait la France de Louis XIV connût avant la Russie soviétique un essor technique et administratif, promptement baptisé "progrès" par la propagande.

    On peut parler de censure dans la mesure où la critique marxiste comme le christianisme sont plus connus du grand public dans leurs versions "officielles" qu'ils ne sont dans leurs versions scripturaires authentiques.

    Si l'adjectif "libéral" voulait dire quelque chose, il devrait s'appliquer à Marx dans la mesure où celui-ci définit le respect de l'Etat comme un sentiment de dévotion religieuse dérivé du catholicisme romain.

    Le culte de l'Etat ou de ses représentants les plus éminents n'est pas une chose tout à fait nouvelle, mais il a pris sous l'impulsion du clergé catholique romain une dimension plus mystique que jamais - disons plus "abstraite", pour employer une expression moderne qui indique de quoi le mysticisme et la foi dans l'Etat moderne totalitaire sont faits - c'est-à-dire de l'abolition (théorique) des limites de l'Etat.

    L'idée d'un Etat et d'un gouvernement mondiaux est ainsi une idée religieuse mystique, qui découle indirectement de l'interprétation anthropologique des évangiles. En effet l'Etat moderne est "absolu" au sens où il n'a pas de limite physique ; sa limite est l'avenir de l'humanité, horizon le plus indéfini. La philosophie antique recherchait à la fois des limites et des justifications au pouvoir politique dans la nature ou le cosmos ; la pensée moderne s'affranchit de ces limites en faisant reposer la légitimité du pouvoir sur l'homme ou l'humanité. C'est sur ce dernier point que se situe l'influence de l'anthropologie catholique romaine, qu'elle porte un masque athée (Feuerbach, Sartre) ou non (Hegel).

    Selon Marx l'Etat moderne, non seulement incarne l'iniquité, mais il est le nouveau nom donné à dieu suivant une ruse républicaine et une adaptation à la nouvelle donne économique industrielle.

    La meilleure façon de prouver que Marx n'est pas chrétien serait de démontrer que sa doctrine est une doctrine socialiste ; en effet, le christianisme authentique est radicalement anarchiste et antisocial. Ainsi, l'incitation évangélique à la pauvreté est entièrement dépourvue de fonction sociale. La pauvreté, dans le christianisme, a une vocation spirituelle, non pas éthique ou politique.

    Un lecteur des évangiles, simplement de bonne foi, pourra constater deux choses : - Jésus-Christ ne cède à aucune revendication temporelle ou sociale de son entourage ; - l'accomplissement social de la loi de Moïse par le clergé juif est à quoi le Messie s'oppose le plus et la cause du complot des pharisiens contre lui, car l'ordre ecclésiastique est lié à l'ordre social.

    De façon lapidaire on peut dire que toute la difficulté du message chrétien est qu'il n'est pas un message social - sa difficulté de compréhension, aussi bien que d'accomplissement, et cela d'autant plus que l'on occupe sur l'échelle sociale une position élevée. Shakespeare, d'où Marx découle largement, a montré que l'absurdité moderne, politique et sociale, consiste dans le mariage incohérent et impossible de l'élitisme moral et politique (morale et politique sont nécessairement élitistes) et du message chrétien (nécessairement antiprovidentiel et antiélitiste).

    La mythologie de Shakespeare ne permet de fonder aucun socialisme - ni un socialisme antichrétien, tel qu'en rêvèrent Nietzsche ou Hitler, ni encore moins un socialisme chrétien, le tragédien illustrant dans la plupart de ses pièces sur quelle fausse spiritualité médiévale cet amalgame repose.

    Marx est-il beaucoup plus socialiste ? La preuve qu'il ne l'est guère fut la nécessité pour Lénine d'inventer le "marxisme-léninisme", c'est-à-dire d'ajouter un volet révolutionnaire et politique à une critique marxiste bien plus orientée vers l'histoire et la science qu'elle n'est vers la recherche d'une solution politique.

    Un régime politique qui ne fait pas place à l'ignorance, y compris sous la forme contemporaine de la "culture de masse", s'expose à l'instabilité. La science n'est en effet d'aucun secours ni usage sur le plan politique. Le savoir ne contribue en rien à la soumission à l'Etat que la citoyenneté implique. La science ne fait pas partie de ce que l'on qualifie parfois de "libertés politiques", et qui sont restreintes à la liberté de jouir plus ou moins suivant des circonstances qui échappent à la volonté et au contrôle du citoyen lambda. La limite de la "science universitaire" est une limite d'ordre politique.

    C'est enfin la déconstruction de l'édifice du droit moderne, sans chercher à remplacer cette casemate par une autre, qui fait de Marx un penseur bien peu "socialiste". En cela Marx prolonge encore Shakespeare, qui fait apparaître le droit comme une vérité relative, et non absolue ainsi que le citoyen moderne incline à penser le plus souvent, suivant une culture totalitaire empreinte de mysticisme.

     

  • Fin du monde

    Les "fêtes de fin d'année", où l'Occident montre son vrai visage de bête vorace, derrière le masque d'une vertu judéo-chrétienne hypocrite, font plus que jamais souhaiter la fin du monde et des tortures que l'humanité pécheresse s'inflige à elle-même.

    Le chrétien fidèle l'est à la parole de Dieu et à son message apocalyptique ; celle-ci seule peut préserver l'homme de sa propre faiblesse ; autrement dit, privé de l'esprit de dieu, l'homme n'est qu'un chien voué à la mort.

    On reconnaîtra les faux prophètes chrétiens, au contraire, à leurs efforts pour prolonger la société des nations et des hommes ; en particulier en ces temps de mensonge ultime, le travail des faux prophètes consiste à faire briller aux yeux des peuples opprimés, avides de paroles de réconfort, des idéaux factices tels que : démocratie, égalité, bonheur pour tous, paix entre les nations, etc.

    La seule paix chrétienne est selon les conditions de dieu, le père du Messie, et non selon les conditions de politiciens judéo-chrétiens cauteleux, dont la force repose sur la plus puissante armée de tous les temps.

    *

    La fin du monde, le chrétien fidèle l'espère, car elle coïncide avec l'apocalypse et l'avènement de la vérité. Le chrétien infidèle qui n'a foi dans le Jugement et le Salut pour lui-même, se raccroche à un espoir terrestre qu'il croit plus solide, et ce faisant il commet le pire péché de fornication, qui consiste à confondre et présenter son rêve personnel comme le Salut universel offert par Jésus-Christ.

    Cela explique que le Messie a surtout combattu Satan parmi ses apôtres, avant qu'ils ne bénéficient de l'appui de l'Esprit, spécialement la fidélité aveugle de Simon-Pierre et la fidélité sous condition de Judas l'Iscariote, excessivement attaché à l'ordre juif ecclésiastique ancien. Il ne paraît pas inutile de le mentionner, car on peut penser que ces deux manières de ne pas faire "un" avec Jésus-Christ et son père divin, celle de Simon-Pierre et celle de Judas l'Iscariote, jusqu'à la fin des temps demeurent caractéristiques. L'apôtre des gentils, Paul de Tarse, combat dans ses épîtres ces deux façons de demeurer à distance de Jésus-Christ : la fidélité aveugle, d'une part ; de l'autre l'incompréhension du message du Christ comme un message apocalyptique définitif, entraînant la fin du monde.

    Si le chrétien ignore le jour et l'heure exacts de la fin du monde et du Jugement, il est cependant averti par Christ et les apôtres de l'apogée de l'Antéchrist, précédant la fin des temps. Le chrétien sait en outre que le jour du Jugement est pour bientôt, ce qui le sépare du reste du monde et de toutes ces existences conditionnées par l'illusion (macabre, comme toutes les illusions), d'un avenir meilleur.

     

  • Culture de Mort

    Si la culture moderne est une culture de mort, c'est avant tout parce qu'elle est irriguée par l'argent, signe de mort.

    C'est la première observation qu'un défenseur de la "culture de vie" devrait faire : la dépendance à l'argent de la civilisation dite "moderne", et l'extrême sacralisation de la propriété. Cette mystique coïncide avec la consécration par la bourgeoisie du rêve, car l'excitation sexuelle que procure le rêve, et celle que procure l'argent sont de même rang, inférieur à l'art.

    La véritable signification de l'art surréaliste est un chant d'amour pour l'argent, et l'âme porcine des peintres et poètes surréalistes n'est pas difficile à deviner.

    Molière est un bon antidote à un crevard comme Dali, grâce au personnage d'Harpagon, dont l'empêchement à jouir est fortement souligné - à cause de la peur.

    Pourtant le suppôt de Satan Nietzsche, chantre de la culture de vie satanique ou païenne (swastika), ne soulève pas ce problème de l'argent ; cela aurait eu pour effet de démolir sa démonstration que le judaïsme et le christianisme sont des cultures de mort... à cause du veau d'or.

    Le pape zazou François Ier, chantre lui aussi de la culture de vie (?) suivant une vieille ruse catholique romaine, ne met pas non plus en cause l'argent, ou très légèrement ; il cite bien Karl Marx, mais la citation est tronquée ; pointer du doigt l'argent aurait aurait pour effet de couper l'Eglise romaine de la "civilisation occidentale", essentiellement bourgeoise et capitaliste. Le pape François Ier se contente de faire taire les démocrates-chrétiens qui, en période de vaches grasses, font la démonstration que le capitalisme a été inventé par des "judéo-chrétiens" (Shylock et ses partenaires). 

    Les évangiles ne donnent aucune prise à une quelconque doctrine sociale, ni ne permettent de fonder aucune culture ; ils expriment le souverain mépris de la terre, comme la matière dont les hommes sont formés, n'ayant pour s'en libérer que la parole et l'esprit de dieu, devant prouver que l'amour existe, alors qu'en apparence tout n'est que relations sociales.

  • Laïcité, piège à moules

    Les principes "laïcs" guident ceux qui ne veulent rien savoir à l'histoire.

    L'éducation civique et l'histoire sont comme l'eau et l'huile, elles ne se mélangent pas autrement que sous la forme de la mayonnaise indigeste en quoi consistent les cours d'histoire dispensés par l'Education nationale, principal organe de censure en France.

    Le clergé laïc dévoile ses intentions lorsque certains de ses représentants font l'éloge du "roman national", littérature qui inspirera forcément le mépris à un homme de science ou un historien.

    Le "roman national" est la proclamation officielle du négationnisme de l'histoire. Que le personnel politique se range du côté du roman national ou de la légende dorée, il n'y a rien d'étonnant ou de neuf à cela ; mais l'absence de réaction de la science ou de ses représentants est un signe que le stade totalitaire est atteint, où la science est étouffée par le mobile et la propagande politiques, suivant le diagnostic d'Hannah Arendt.

    Shakespeare, sans doute le plus grand historien occidental, ne s'est pas privé de montrer à qui l'histoire fait peur - aux élites politico-culturelles ; aux représentants de la religion officielle du temps de Shakespeare, comme aux apôtres de la laïcité aujourd'hui. Le tragédien montre que la conscience politique et la conscience historique sont inconciliables ; elles ne peuvent que se heurter.

    La critique marxiste dérive presque entièrement de cette démonstration : la limite à l'élitisme, c'est-à-dire à un ordre public nécessairement inégalitaire, c'est la science. De fait, en même temps qu'il a rétabli l'élitisme, le communisme soviétique a dû procéder à la censure de la critique et de l'histoire marxistes.

    La laïcité est donc aussi la négation de la démocratie, dans la mesure où la laïcité exclut l'enseignement libre de l'histoire.

    - Persuadés en vertu de leur ignorance que les principes laïcs sont bons, les tenants sincères de la laïcité (comme dans toutes les religions, il y a des ouailles sincères et d'autres hypocrites) doivent comprendre que la tentative de restaurer la laïcité est vouée à l'échec. Un phénomène l'indique, c'est la multiplicité des convictions laïques qui s'affrontent. Chaque groupe de pression a sa définition de la laïcité, version politiquement correcte du discours mystique identitaire. Cette variété montre que l'éthique libérale consumériste a force de loi bien supérieure à la laïcité.

    Si le roman national est parvenu à s'imposer largement contre l'histoire véritable, ce n'est pas tant grâce aux convictions laïques du personnel enseignant l'histoire officielle de la République française qu'en raison de l'américanisation de la société française. Celle-ci tend à l'abolition de l'esprit critique afin d'ouvrir plus largement la voie au marketing.

    Les slogans laïcs ne sont donc qu'un instrument du choc des cultures. 

  • L'Homme moderne

    L'homme moderne est l'homme qui a perdu le sens tragique de l'existence. L'homme moderne est celui pour qui Shakespeare est une énigme.