Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Lapinos - Page 5

  • Science et modernité

    L'adjectif "moderne" est inapplicable à la science. L'expression de "science moderne" désigne en effet quelque chose d'assez indéfinissable. Untel citera volontiers Einstein ou Darwin comme des exemples de "savants modernes", mais il aura sans doute du mal à dire en quoi la science naturelle de Darwin est "moderne", en comparaison de la science naturelle créationniste d'Aristote.

    En parlant de "science moderne", on se situe plutôt dans le registre de la propagande, le plus méprisable du point de vue scientifique, puisqu'il s'agit en matière de propagande, à l'instar des religions les plus méprisables, d'emporter l'adhésion du plus grand nombre, en dépit de la vérité - la propagande a un caractère "musical", ainsi que l'ont relevé certains mythes ou fables.

    Beaucoup mieux applicable l'adjectif "moderne" à ce qui est enseigné aujourd'hui sous le nom de "mathématiques". On peut plus précisément dater les "mathématiques modernes", et en attribuer la paternité à R. Descartes. Bien sûr ce n'est pas aussi simple, et cela ne suffit pas à caractériser la science moderne ; Descartes n'a pas lui-même vraiment conscience de contredire les leçons d'Aristote sur l'algèbre et la géométrie. En revanche, Descartes, ingénieur militaire, a conscience du lien étroit entre les nouvelles techniques et instruments, et la géométrie qu'il développe. Il y a une correspondance facile à comprendre, par exemple, entre l'accroissement de la puissance et de la précision des outils et machines et les mathématiques dites modernes.

    Quand certains parlent de "filières scientifiques" pour parler de classes où l'enseignement des mathématiques modernes est particulièrement important, c'est donc un abus de langage. De la même façon, la "révolution industrielle", datée le plus souvent de la fin du XVIIe siècle, est un pur motif de propagande. L'essor industriel a certes entraîné des bouleversements sociaux considérables, mais il n'y a dans cet essor rien de "scientifique".

    La science et le registre des "mathématiques modernes" sont donc deux choses bien distinctes. Les mathématiques modernes ne peuvent pas se passer de prendre en compte le temps. Du point de vue scientifique, le temps est un prisme déformant ; le savant est soumis au temps, comme il est soumis à l'inconvénient de sens limités pour appréhender la réalité. Mais l'objet de la science est "intemporel". Il y a de fortes chances qu'une conception "biologique" de l'univers ne soit que la projection d'un rêve humain, car spéculer un univers soumis au temps, c'est spéculer un univers réduit aux dimensions de l'homme.

    Conclusion : science et modernité sont deux notions ou choses divergentes. Sur le plan de la "discipline mathématique", il est plus facile de cerner la notion de "modernité", dont l'usage est le plus souvent indéfini. Par conséquent, le raisonnement des mathématiques dites "modernes" permet de caractériser la notion de modernité. Cependant l'idée que les mathématiques modernes sont une matière ou une discipline scientifique, voire une "science dure", ne repose sur aucune science expérimentale véritable. Les mathématiques modernes ne sont pas plus proches de la réalité, extérieure à l'homme, qu'elles ne sont du rêve. L'intellectualisme, en science, est probablement un signe de déclin.

      

  • Science ou culture ?

    Complexe, sophistiquée, voire "énigmatique", la culture moderne est comparable à la prestidigitation ou la magie. La démonstration du "progrès moderne" est presque un tour, qui consiste à attirer l'attention du public sur un détail frappant, faisant échapper l'ensemble à une étude ou un examen moins superficiel.

    Un examen moins superficiel permet par exemple de discerner que le dit "progrès technologique" dont se prévaut l'homme moderne n'en est pas un ; le progrès technologique n'est pas une question d'imagination, ni de "progrès de la conscience humaine" - il est surtout une question de temps. Le temps est le principal artisan d'un progrès technologique qui ne répond pas aux aspirations essentielles de l'individu, mais tout au plus au besoin d'organisation sociale.

    Sous l'angle social, on comprend que la notion de "progrès moderne", aussi vague soit-elle, puisse être érigée en religion moderne, avec tout ce que cela comporte de censure de l'esprit critique scientifique.

    Il y a, comme vis-à-vis de la prestidigitation, trois attitudes possibles vis-à-vis du progrès ou de la culture modernes. D'abord il y a l'attitude de l'initié, en charge de la "démonstration du progrès", plus ou moins rusé ou habile, escroc intellectuel ou s'abusant lui-même. Cette démonstration est largement rhétorique : on constate en visitant un musée d'art dit "moderne" que cet art se dispense rarement d'un discours destiné à démontrer sa supériorité.

    Ensuite il y a l'attitude des foules, nombreuses, fascinées par la culture moderne comme on peut l'être par un tour de magie, parce que celui-ci opère un divertissement de l'esprit. Dans une large mesure, le divertissement est un plaisir d'esclave, car son besoin naît du désir d'échapper à une contrainte subie par ailleurs. L'oisiveté, au sens donné par la philosophie grecque à ce terme, est la plus éloignée du divertissement, dans la mesure où elle ne suscite pas, chez un individu en bonne santé, le besoin de divertissement. Ici il faut dire que la "culture de masse" est la trahison évidente de l'objectif démocratique officiel ; cette "culture de masse" n'est d'ailleurs pas assumée par les élites politiques et culturelles, bien qu'elles en dépendent et en assurent la promotion, directement ou indirectement.

    La dernière attitude est l'attitude contestataire, minoritaire, dite de la "contre-culture". Elle prend plusieurs directions différentes ; tout d'abord on peut dire qu'une certaine "maturité" en est le facteur psychologique déclenchant. Un individu immature ne résiste pas, en effet, à la fascination, pour ne pas dire qu'il s'y expose volontairement. De même l'esprit scientifique méprise le spectacle de la magie ou de la prestidigitation. Il en tire la leçon une fois pour toute que l'esprit humain se laisse duper facilement, voire qu'il peut en tirer un certain plaisir.

    Nietzsche, "au nom de Satan", c'est-à-dire de la culture antique païenne, s'oppose frontalement à la culture moderne, à qui il fait le grief d'être une source de bonheur et de poésie très limitée, d'avoir perdu "la recette du bonheur" contenue dans l'art antique. Il est vrai que le divertissement est une forme de jouissance particulièrement passive ; dans la société occidentale bourgeoise, la sexualité est pratiquement devenue "un divertissement obligatoire", c'est-à-dire un motif obsessionnel bien plus qu'une véritable source de contentement ou de satisfaction. La philosophie ultra-réactionnaire de Nietzsche parle beaucoup de jouissance et de bonheur, tout en abordant très peu le sujet de la sexualité. Il faut dire que Nietzsche, méprisant la faiblesse, était lui-même très malade, c'est-à-dire très faible. Sa philosophie est une manière d'antidote pour lui-même. Nietzsche n'est pas le seul réactionnaire, réfractaire à la culture moderne : l'intérêt ou l'essentiel de son propos tient dans l'accusation lancée au christianisme (plus ou moins étayée), d'avoir détourné la culture de son but véritable - à savoir le plus grand bonheur.

    Incontestablement le "christianisme", au sens le plus large, n'est pas sans conséquence ou sans influence sur la culture occidentale moderne. Même l'athéisme aujourd'hui a, bien souvent, une "racine chrétienne", dans la mesure où l'athéisme résulte de l'émancipation d'une force naturelle supérieure.

    Mais le propos de Nietzsche fait abstraction ou ignore qu'il n'y a rien de "culturel" dans le christianisme, ni par conséquent de "moderne". La "parole de Dieu" n'est d'aucune époque ; les évangiles sont essentiellement eschatologiques, c'est-à-dire qu'ils annoncent la fin prochaine des temps. On peut faire du message chrétien ce qu'on veut, le détourner complètement de son sens, comme on peut le faire avec n'importe quel texte, néanmoins on ne peut associer le christianisme aux "temps modernes", dans la mesure où la notion de "temps", qui joue dans la culture moderne un rôle déterminant, ne joue aucun rôle dans le christianisme, puisque l'amour chrétien est "hors du temps" - la discrimination chrétienne de l'amour charnel s'explique par exemple de cette façon. Autrement dit, il est très difficile de traiter le christianisme comme un "phénomène culturel", pour le condamner comme pour en faire l'éloge (cf. Chateaubriand et son "Génie du christianisme"), puisque celui-ci se présente essentiellement comme une vérité qui met un terme à la culture et à la célébration de tel ou tel "mode de vie".

    Le chrétien se trouve donc, comme l'homme de science, en position de "contre-culture", si l'on prend ce mot dans le sens de "l'irréligion".

     

  • Valls fachiste ?

    A cause de son projet de loi sur la déchéance de nationalité, Manuel Valls se voit à son tour accusé de fachisme... alors même que Bernard-Henry Lévy figure au premier rang de ses conseillers !

    Il y a de quoi crier à l'injustice, ce que l'accusé ne manque pas de faire, ayant fait de l'aboiement politique une spécialité, pour faire oublier son prédécesseur aphone.

    Comme la politique se situe au niveau du cinéma, on peut comparer le sort de Manuel Valls à celui de "l'arroseur-arrosé" ; en effet le Premier ministre s'est beaucoup servi de l'insulte "fachiste" pour jeter le discrédit sur ses adversaires. La gauche a d'autant plus besoin de se démarquer de l'extrême-droite qu'elle tire profit sur le plan électoral des bons scores de l'extrême-droite.

    Il s'est produit un phénomène d'usure de ce que Nietzsche appelle "moraline" ; par ce terme il désigne la morale moderne teintée de judéo-christianisme, qui selon ce philosophe n'est pas la vraie vertu mais une éthique arbitraire.

    De fait, on voit bien que la portée de l'accusation de fachisme est réduite au niveau du juron de cour d'école, du fait d'avoir beaucoup trop servi, pour tout et n'importe quoi. Dès le départ, l'intelligentsia communiste et ses ouailles s'en sont servi pour ternir l'adversaire, alors même que cette intelligentsia avait les mains sales, pour ne pas dire ensanglantées. Ridicules sont les historiens qui tentent d'établir une hiérarchie entre les différentes idéologies totalitaires du XXe siècle : nazisme, communisme, et démocratie-chrétienne capitaliste. Il s'agit-là, non de l'histoire, mais d'une opération de blanchiment de l'Occident. En effet, ce qui est intéressant, du point de vue historique, afin de définir le totalitarisme, c'est le tronc commun entre ces différentes idéologies meurtrières. Les nuances servent principalement à nourrir la polémique politicienne et la concurrence entre les partis. L'idéalisme ne peut pas servir d'excuse à tous les mensonges - et surtout il ne peut pas servir d'excuse aux élites politiques et culturelles qui se situent sur un plan existentiel excluant l'idéalisme.

    Le péché ou la faute de Manuel Valls vis-à-vis du "peuple de gauche" n'est pas d'être "fachiste", mais la faute de la gauche, en général, est d'avoir fait croire qu'une "éthique de gauche", disons idéaliste, était possible dans le cadre d'un Etat bourgeois capitaliste. La gauche française a joué auprès de la droite libérale le rôle de véhicule de l'idéologie libérale dans les couches populaires, c'est-à-dire un rôle que les industriels et les banquiers ne pouvaient pas jouer eux-mêmes. La gauche a contribué à forger le fantasme du progrès libéral et des "avancées sociales", en masquant par exemple tout ce que ces dites "avancées" doivent à un processus de mondialisation catastrophique à bien des égards.

    Le spectre de Marx pour cette raison hante la gauche, et même l'extrême-gauche "républicaine" ; parmi les nombreuses prévisions de Marx figure celle que le peuple serait trahi, non par la droite mais par le parti socialiste.

     

  • Marx chrétien

    L'idée que la critique et l'histoire marxistes puissent être dites "chrétiennes" dérangent le plus souvent, bien au-delà des autorités ecclésiastiques romaines.

    Les évangiles et la critique marxiste ont en commun d'être actuellement censurés ; les évangiles par l'Eglise romaine, qui leur prête une signification anthropologique qu'ils n'ont pas (le théâtre de Shakespeare illustre le mécanisme de substitution de l'anthropologie catholique à l'eschatologie chrétienne) ; la critique marxiste a été occultée quant à elle par la doctrine politique stalinienne ou marxiste-léniniste ; celle-ci a rétabli le culte de l'Etat, que Marx et Engels avaient ébranlé au nom de la science et de l'histoire.

    Lénine fit lui-même le rapprochement entre le communisme, religion d'Etat, et le catholicisme romain du temps de Louis XIV, largement vidé de son sens eschatologique pour servir les intérêts d'une élite politique. Lénine constate cette évolution pour la déplorer, sachant à quel point le marxisme authentique est peu enclin au culte moderne de l'Etat bourgeois. De fait la France de Louis XIV connût avant la Russie soviétique un essor technique et administratif, promptement baptisé "progrès" par la propagande.

    On peut parler de censure dans la mesure où la critique marxiste comme le christianisme sont plus connus du grand public dans leurs versions "officielles" qu'ils ne sont dans leurs versions scripturaires authentiques.

    Si l'adjectif "libéral" voulait dire quelque chose, il devrait s'appliquer à Marx dans la mesure où celui-ci définit le respect de l'Etat comme un sentiment de dévotion religieuse dérivé du catholicisme romain.

    Le culte de l'Etat ou de ses représentants les plus éminents n'est pas une chose tout à fait nouvelle, mais il a pris sous l'impulsion du clergé catholique romain une dimension plus mystique que jamais - disons plus "abstraite", pour employer une expression moderne qui indique de quoi le mysticisme et la foi dans l'Etat moderne totalitaire sont faits - c'est-à-dire de l'abolition (théorique) des limites de l'Etat.

    L'idée d'un Etat et d'un gouvernement mondiaux est ainsi une idée religieuse mystique, qui découle indirectement de l'interprétation anthropologique des évangiles. En effet l'Etat moderne est "absolu" au sens où il n'a pas de limite physique ; sa limite est l'avenir de l'humanité, horizon le plus indéfini. La philosophie antique recherchait à la fois des limites et des justifications au pouvoir politique dans la nature ou le cosmos ; la pensée moderne s'affranchit de ces limites en faisant reposer la légitimité du pouvoir sur l'homme ou l'humanité. C'est sur ce dernier point que se situe l'influence de l'anthropologie catholique romaine, qu'elle porte un masque athée (Feuerbach, Sartre) ou non (Hegel).

    Selon Marx l'Etat moderne, non seulement incarne l'iniquité, mais il est le nouveau nom donné à dieu suivant une ruse républicaine et une adaptation à la nouvelle donne économique industrielle.

    La meilleure façon de prouver que Marx n'est pas chrétien serait de démontrer que sa doctrine est une doctrine socialiste ; en effet, le christianisme authentique est radicalement anarchiste et antisocial. Ainsi, l'incitation évangélique à la pauvreté est entièrement dépourvue de fonction sociale. La pauvreté, dans le christianisme, a une vocation spirituelle, non pas éthique ou politique.

    Un lecteur des évangiles, simplement de bonne foi, pourra constater deux choses : - Jésus-Christ ne cède à aucune revendication temporelle ou sociale de son entourage ; - l'accomplissement social de la loi de Moïse par le clergé juif est à quoi le Messie s'oppose le plus et la cause du complot des pharisiens contre lui, car l'ordre ecclésiastique est lié à l'ordre social.

    De façon lapidaire on peut dire que toute la difficulté du message chrétien est qu'il n'est pas un message social - sa difficulté de compréhension, aussi bien que d'accomplissement, et cela d'autant plus que l'on occupe sur l'échelle sociale une position élevée. Shakespeare, d'où Marx découle largement, a montré que l'absurdité moderne, politique et sociale, consiste dans le mariage incohérent et impossible de l'élitisme moral et politique (morale et politique sont nécessairement élitistes) et du message chrétien (nécessairement antiprovidentiel et antiélitiste).

    La mythologie de Shakespeare ne permet de fonder aucun socialisme - ni un socialisme antichrétien, tel qu'en rêvèrent Nietzsche ou Hitler, ni encore moins un socialisme chrétien, le tragédien illustrant dans la plupart de ses pièces sur quelle fausse spiritualité médiévale cet amalgame repose.

    Marx est-il beaucoup plus socialiste ? La preuve qu'il ne l'est guère fut la nécessité pour Lénine d'inventer le "marxisme-léninisme", c'est-à-dire d'ajouter un volet révolutionnaire et politique à une critique marxiste bien plus orientée vers l'histoire et la science qu'elle n'est vers la recherche d'une solution politique.

    Un régime politique qui ne fait pas place à l'ignorance, y compris sous la forme contemporaine de la "culture de masse", s'expose à l'instabilité. La science n'est en effet d'aucun secours ni usage sur le plan politique. Le savoir ne contribue en rien à la soumission à l'Etat que la citoyenneté implique. La science ne fait pas partie de ce que l'on qualifie parfois de "libertés politiques", et qui sont restreintes à la liberté de jouir plus ou moins suivant des circonstances qui échappent à la volonté et au contrôle du citoyen lambda. La limite de la "science universitaire" est une limite d'ordre politique.

    C'est enfin la déconstruction de l'édifice du droit moderne, sans chercher à remplacer cette casemate par une autre, qui fait de Marx un penseur bien peu "socialiste". En cela Marx prolonge encore Shakespeare, qui fait apparaître le droit comme une vérité relative, et non absolue ainsi que le citoyen moderne incline à penser le plus souvent, suivant une culture totalitaire empreinte de mysticisme.

     

  • Fin du monde

    Les "fêtes de fin d'année", où l'Occident montre son vrai visage de bête vorace, derrière le masque d'une vertu judéo-chrétienne hypocrite, font plus que jamais souhaiter la fin du monde et des tortures que l'humanité pécheresse s'inflige à elle-même.

    Le chrétien fidèle l'est à la parole de Dieu et à son message apocalyptique ; celle-ci seule peut préserver l'homme de sa propre faiblesse ; autrement dit, privé de l'esprit de dieu, l'homme n'est qu'un chien voué à la mort.

    On reconnaîtra les faux prophètes chrétiens, au contraire, à leurs efforts pour prolonger la société des nations et des hommes ; en particulier en ces temps de mensonge ultime, le travail des faux prophètes consiste à faire briller aux yeux des peuples opprimés, avides de paroles de réconfort, des idéaux factices tels que : démocratie, égalité, bonheur pour tous, paix entre les nations, etc.

    La seule paix chrétienne est selon les conditions de dieu, le père du Messie, et non selon les conditions de politiciens judéo-chrétiens cauteleux, dont la force repose sur la plus puissante armée de tous les temps.

    *

    La fin du monde, le chrétien fidèle l'espère, car elle coïncide avec l'apocalypse et l'avènement de la vérité. Le chrétien infidèle qui n'a foi dans le Jugement et le Salut pour lui-même, se raccroche à un espoir terrestre qu'il croit plus solide, et ce faisant il commet le pire péché de fornication, qui consiste à confondre et présenter son rêve personnel comme le Salut universel offert par Jésus-Christ.

    Cela explique que le Messie a surtout combattu Satan parmi ses apôtres, avant qu'ils ne bénéficient de l'appui de l'Esprit, spécialement la fidélité aveugle de Simon-Pierre et la fidélité sous condition de Judas l'Iscariote, excessivement attaché à l'ordre juif ecclésiastique ancien. Il ne paraît pas inutile de le mentionner, car on peut penser que ces deux manières de ne pas faire "un" avec Jésus-Christ et son père divin, celle de Simon-Pierre et celle de Judas l'Iscariote, jusqu'à la fin des temps demeurent caractéristiques. L'apôtre des gentils, Paul de Tarse, combat dans ses épîtres ces deux façons de demeurer à distance de Jésus-Christ : la fidélité aveugle, d'une part ; de l'autre l'incompréhension du message du Christ comme un message apocalyptique définitif, entraînant la fin du monde.

    Si le chrétien ignore le jour et l'heure exacts de la fin du monde et du Jugement, il est cependant averti par Christ et les apôtres de l'apogée de l'Antéchrist, précédant la fin des temps. Le chrétien sait en outre que le jour du Jugement est pour bientôt, ce qui le sépare du reste du monde et de toutes ces existences conditionnées par l'illusion (macabre, comme toutes les illusions), d'un avenir meilleur.

     

  • Culture de Mort

    Si la culture moderne est une culture de mort, c'est avant tout parce qu'elle est irriguée par l'argent, signe de mort.

    C'est la première observation qu'un défenseur de la "culture de vie" devrait faire : la dépendance à l'argent de la civilisation dite "moderne", et l'extrême sacralisation de la propriété. Cette mystique coïncide avec la consécration par la bourgeoisie du rêve, car l'excitation sexuelle que procure le rêve, et celle que procure l'argent sont de même rang, inférieur à l'art.

    La véritable signification de l'art surréaliste est un chant d'amour pour l'argent, et l'âme porcine des peintres et poètes surréalistes n'est pas difficile à deviner.

    Molière est un bon antidote à un crevard comme Dali, grâce au personnage d'Harpagon, dont l'empêchement à jouir est fortement souligné - à cause de la peur.

    Pourtant le suppôt de Satan Nietzsche, chantre de la culture de vie satanique ou païenne (swastika), ne soulève pas ce problème de l'argent ; cela aurait eu pour effet de démolir sa démonstration que le judaïsme et le christianisme sont des cultures de mort... à cause du veau d'or.

    Le pape zazou François Ier, chantre lui aussi de la culture de vie (?) suivant une vieille ruse catholique romaine, ne met pas non plus en cause l'argent, ou très légèrement ; il cite bien Karl Marx, mais la citation est tronquée ; pointer du doigt l'argent aurait aurait pour effet de couper l'Eglise romaine de la "civilisation occidentale", essentiellement bourgeoise et capitaliste. Le pape François Ier se contente de faire taire les démocrates-chrétiens qui, en période de vaches grasses, font la démonstration que le capitalisme a été inventé par des "judéo-chrétiens" (Shylock et ses partenaires). 

    Les évangiles ne donnent aucune prise à une quelconque doctrine sociale, ni ne permettent de fonder aucune culture ; ils expriment le souverain mépris de la terre, comme la matière dont les hommes sont formés, n'ayant pour s'en libérer que la parole et l'esprit de dieu, devant prouver que l'amour existe, alors qu'en apparence tout n'est que relations sociales.

  • Laïcité, piège à moules

    Les principes "laïcs" guident ceux qui ne veulent rien savoir à l'histoire.

    L'éducation civique et l'histoire sont comme l'eau et l'huile, elles ne se mélangent pas autrement que sous la forme de la mayonnaise indigeste en quoi consistent les cours d'histoire dispensés par l'Education nationale, principal organe de censure en France.

    Le clergé laïc dévoile ses intentions lorsque certains de ses représentants font l'éloge du "roman national", littérature qui inspirera forcément le mépris à un homme de science ou un historien.

    Le "roman national" est la proclamation officielle du négationnisme de l'histoire. Que le personnel politique se range du côté du roman national ou de la légende dorée, il n'y a rien d'étonnant ou de neuf à cela ; mais l'absence de réaction de la science ou de ses représentants est un signe que le stade totalitaire est atteint, où la science est étouffée par le mobile et la propagande politiques, suivant le diagnostic d'Hannah Arendt.

    Shakespeare, sans doute le plus grand historien occidental, ne s'est pas privé de montrer à qui l'histoire fait peur - aux élites politico-culturelles ; aux représentants de la religion officielle du temps de Shakespeare, comme aux apôtres de la laïcité aujourd'hui. Le tragédien montre que la conscience politique et la conscience historique sont inconciliables ; elles ne peuvent que se heurter.

    La critique marxiste dérive presque entièrement de cette démonstration : la limite à l'élitisme, c'est-à-dire à un ordre public nécessairement inégalitaire, c'est la science. De fait, en même temps qu'il a rétabli l'élitisme, le communisme soviétique a dû procéder à la censure de la critique et de l'histoire marxistes.

    La laïcité est donc aussi la négation de la démocratie, dans la mesure où la laïcité exclut l'enseignement libre de l'histoire.

    - Persuadés en vertu de leur ignorance que les principes laïcs sont bons, les tenants sincères de la laïcité (comme dans toutes les religions, il y a des ouailles sincères et d'autres hypocrites) doivent comprendre que la tentative de restaurer la laïcité est vouée à l'échec. Un phénomène l'indique, c'est la multiplicité des convictions laïques qui s'affrontent. Chaque groupe de pression a sa définition de la laïcité, version politiquement correcte du discours mystique identitaire. Cette variété montre que l'éthique libérale consumériste a force de loi bien supérieure à la laïcité.

    Si le roman national est parvenu à s'imposer largement contre l'histoire véritable, ce n'est pas tant grâce aux convictions laïques du personnel enseignant l'histoire officielle de la République française qu'en raison de l'américanisation de la société française. Celle-ci tend à l'abolition de l'esprit critique afin d'ouvrir plus largement la voie au marketing.

    Les slogans laïcs ne sont donc qu'un instrument du choc des cultures. 

  • L'Homme moderne

    L'homme moderne est l'homme qui a perdu le sens tragique de l'existence. L'homme moderne est celui pour qui Shakespeare est une énigme.

  • Kiss the Devil

    - Qui aimera le Diable ? Qui chantera sa chanson ? Qui aimera le Diable et sa chanson ?

    J'aimerai le Diable. Je chanterai sa chanson. J'aimerai le Diable et sa chanson.

    - Qui aimera le Diable ? Qui embrassera sa langue ? Qui embrassera le Diable sur la langue ?

    J'aimerai le Diable. J'embrasserai sa langue. J'embrasserai le Diable sur la langue.

    Eagles of Death Metal

    On raconte que les assaillants musulmans du Bataclan, à Paris (11e), ouvrirent le feu sur l'auditoire des "Eagles of Death Metal", alors que ce groupe de musiciens américains, originaire de Californie, jouait les premières notes de "Kiss the Devil".

    On remarque d'abord qu'il s'agit-là d'un cantique religieux. Sa formulation répétitive en témoigne, ainsi que l'invitation à l'adoration. Que les musiciens ou leur auditoire aient eu foi dans le diable ou non est un autre problème ; ce n'est pas tant le diable ou dieu qui est recherché dans la religion que le rituel et ses vertus réconfortantes. La plupart des religions sont "anthropologiques" et non "théologiques", visant d'abord à satisfaire le besoin humain.

    Au premier abord, la logique de l'affrontement entre des djihadistes mahométans et des suppôts de Satan paraît simple. En effet, le saint Coran des mahométans dénonce largement l'hypocrisie des "gens du Livre", juifs et chrétiens, qui se réclament du livre mais se comportent comme des infidèles. "Ô gens du Livre, vous ne tenez sur rien, tant que vous ne vous conformez pas à la Thora et à l'Evangile et ce qui vous a été descendu de la part de votre Seigneur." (sourate al Ma'-idah)

    C'est tout juste s'il est accordé à une petite minorité de chrétiens et de juifs le respect fidèle de la parole de dieu. En cela le Coran n'est pas loin d'être accordé à l'Evangile et aux apôtres, qui prophétisent que, si beaucoup sont appelés, peu seront élus. Le Coran est accordé à l'ancien testament des juifs, où la colère de dieu contre son peuple est maintes fois illustrée.

    Or, le rituel satanique des "Eagles of Death Metal" et leurs adeptes, s'il n'est pas représentatif de tous les Français, ou de tout l'Occident, est sans doute un phénomène assez répandu pour donner raison au Coran et sa dénonciation de la trahison des "gens du Livre" ; en effet, nombreuses sont les nations occidentales qui se disent "judéo-chrétiennes" - à commencer par les Etats-Unis. La transe musicale, en général, est un rituel satanique. On rapporte d'ailleurs que les soldats américains qui se battent au Moyen-Orient sont galvanisés à l'aide de produits stupéfiants et de musique rock satanique.

    On peut mentionner d'autres pratiques beaucoup plus anciennes trahissant un culte satanique derrière l'apparence du "judéo-christianisme". Les cathédrales gothiques sont un exemple d'art dont la justification évangélique est impossible.

    Apparemment, la confrontation entre l'islam et l'Occident a une certaine logique ; mais, à y regarder de plus près, la confusion est grande en ce qui concerne les deux religions qui s'opposent ici - l'islam d'une part, et la culture satanique occidentale d'autre part, dissimulée le plus souvent derrière une étiquette judéo-chrétienne.

    (A SUIVRE)

     

     

  • L'Arnaque écologiste

    L'homme pense contre la mort, ou bien il ne pense pas. C'est pourquoi l'histoire a pris le pas sur la vieille écologie des pharaons de l'ancienne Egypte.

    L'écologiste aujourd'hui ressemble à un type qui, emporté par un glissement de terrain, n'aurait qu'un souci en tête : baiser la terre.

  • Quelle connerie, la vie !...

    Les plus émouvantes atrocités commises par l'espèce humaine n'ont jamais empêché les coeurs les mieux accrochés de continuer à battre, ni les volontés les plus solides de rester solides.

    L'homme moderne sait bien que "le spectacle doit continuer" - sa survie en tant qu'homme moderne en dépend.

    Cette réaction est bien naturelle, car la vie contient l'atrocité. Qui aime la vie sans sa part d'atrocité est comme un homme amoureux qui ne retient d'une femme que ses qualités, et ferme les yeux sur ses défauts. Les "amoureux de la vie" ressemblent à s'y méprendre aux cocus.

    La vie est bête, stupide comme un cheval. C'est pourquoi l'effort de la pensée tend dans deux directions opposées à la vie : la mort, d'une part, travestie dans les régimes totalitaires en Avenir souriant - ce nouveau Moloch est terrible, si l'on ouvre les yeux, au lieu de se laisser bercer par la musique comme un petit con.

    La mort, d'une part, et dieu d'autre part, un dieu étranger à la vie et à la mort, tel le dieu des chrétiens qui nous parle d'un Amour que l'homme ne peut comprendre, étant donné qu'il est fait de chair et de sang, charrié par la vie comme un fétu de paille, jusqu'à l'aval de la mort. Le Dieu d'amour contre le Moloch de l'avenir - la vie n'est qu'une étincelle.

  • Daech, marionnette des USA ?

    Certains voient la main des services secrets américains derrière le califat (Etat islamique) qui menace l'existence sécurisée des élites européennes. Les mêmes soupçons ont été formulés naguère à propos du réseau terroriste dirigé par Ben Laden, en raison d'accointances prouvées entre le gouvernement américain et la résistance afghane à l'URSS, ainsi que par la peine de mort appliquée au chef de guerre terroriste.

    A ces soupçons les élites politiques répondent par un mot : complotisme, même si la théorie de la théorie du complot semble parfois aussi superficielle que telle théorie du complot.

    La première remarque à faire est que la "théorie du complot", en général, est un thème très largement en vogue dans le cinéma ou la culture de masse occidentale en général. On ne peut sérieusement opposer la science à la théorie du complot dans le cadre d'une culture reposant largement sur le divertissement.

    D'une certaine façon, la théorie du complot est une réponse populaire à une culture de masse produite par les élites politiques et morales des nations occidentales. A certains égards, la théorie du complot est l'expression d'une forme de mécontentement populaire vis-à-vis des élites.

    - La seconde remarque est qu'il convient d'envisager la politique aujourd'hui, non pas à l'échelle d'une nation ou d'un continent, mais du monde, c'est-à-dire d'une manière dont Marx avait prévu dès la fin du XIXe siècle la plupart des conséquences, dont les inévitables conflits meurtriers entre nations capitalistes du XXe siècle, qui font partie intégrante de l'évolution de l'économie capitaliste (quel historien ou quel économiste pourrait exclure la guerre du processus économique, hormis un propagandiste à la solde d'un régime totalitaire ?).

    Or la politique est comme un jeu de poupées russes, emboîtées les unes dans les autres. Sur le plan politique, le nouveau califat édifié contre l'Occident requiert l'Occident pour se développer, et les nations occidentales requièrent le califat ou une forme d'opposition violente afin de justifier leur structure totalitaire (totalitaire parce que, comme nous l'avons démontré ailleurs, soumise à l'arbitraire d'élites actionnaires de l'Etat, disposant de moyens de propagande extraordinaires). Si l'Etat islamique n'existait pas, il faudrait que les nations occidentales l'inventent.

    La question de savoir si le califat est une marionnette directement actionnée par les Etats-Unis n'est donc pas essentielle. C'est une question de cinéma. On se demandera plus utilement quelle est la plus grosse poupée, matrice de la seconde ? Et, de ce point de vue, il est assez évident que le totalitarisme est un problème plus vaste et plus profond que celui posé par l'Etat terroriste islamique. Il est assez évident que les terroristes ont appris de l'Occident leurs méthodes de combat ultra-modernes.

    - La troisième remarque est pour insister sur la démarche politique moderne, qui lie le sort des peuples soumis à cette politique au hasard, et pour cette raison ne paraît pas une politique très préméditée. Si l'Etat moderne est un pachyderme, sa vue est très courte, comme l'éléphant. L'inertie de l'Etat, y compris lorsque celui-ci est paré du déguisement de "l'esprit d'initiative libéral", a tendance à faire paraître le complot peu crédible d'une manière générale. Une politique hasardeuse n'en est pas une, de même qu'un complot hasardeux n'en est pas un au sens strict ; d'où le climat de complot et de paranoïa général.

    On doit ici s'interroger sur la notion d'élite intellectuelle moderne, et l'ouvrage de cette élite. En creusant la question de l'utilité de ces élites, on aboutira assez vite à cette observation de George Orwell de la convergence de l'intellectualisme et du totalitarisme, de sorte que l'on peut définir l'intellectualisme comme le contraire de l'esprit critique ; l'intellectuel est un "homme de religion" et non "un homme de science". Quelle tâche l'intellectuel accomplit-il aujourd'hui, si ce n'est empêcher d'une manière ou d'une autre que l'on dise du mal des intellectuels ? La religion de la science est la dernière chose que les intellectuels remettront en cause, alors même qu'elle est au coeur de ce qu'il est convenu d'appeler "totalitarisme". Pourtant l'esprit de la science est rebelle à celui de la culture ou de la religion.

    Il y a là un mystère plus sérieux et plus profond que celui de l'impuissance de l'Etat moderne à ne pas dépendre de la démagogie et de gigantesques mouvements de foules - ou du moins peut-on dire que le coeur du mystère est sans doute là.

    - On peut se demander enfin si la culture islamique et la culture occidentale moderne diffèrent aussi radicalement que les djihadistes et les tenants de la culture moderne le prétendent - et la réponse est non. D'une part parce que la religion mahométane et la religion catholique romaine sont de même nature hybride, mélangeant références bibliques et "droit naturel" platonicien (on peut lire sur le point de la convergence de l'islam et du catholicisme les essais de J. Ellul ou R. Guénon, qui la démontrent, qui pour la critiquer, qui pour s'en féliciter) ; d'autre part parce que les "valeurs laïques républicaines modernes" ne sont qu'une adaptation ou une transposition des valeurs catholiques romaines.

     

     

  • Pourquoi tant de haine ?

    A cette question, qui peut être lancinante pour le citoyen lambda d'un Etat totalitaire, n'ayant des rouages de l'Etat qu'une connaissance abstraite, les chrétiens ont une réponse.

    Une double réponse : la première est extraite de l'ancien testament et de la mythologie juive ; elle explique la violence en général ; la seconde tirée du nouveau testament, explique la persistance de la haine et de la violence depuis la Révélation pleine et entière de l'amour divin, et le scandale que cette révélation causa parmi les hommes, à commencer par les Juifs. Cette explication secondaire recoupe la notion d'antéchrist.

    L'apôtre Paul définit grosso modo l'antéchrist comme la force qui s'interpose entre les justes et le jugement dernier (que les justes appellent de leurs voeux). Je nomme pour ma part l'antéchrist dans un souci de pédagogie : démocratie-chrétienne. Nous pouvons l'entendre actuellement diffuser son message de haine cauteleux.

    L'antéchrist est donc une notion étroitement liée au sens chrétien de l'histoire, puisque la coïncidence est prophétisée dans le christianisme de l'avènement de l'antéchrist et de la fin des temps.

    Première réponse tirée de l'enseignement de Moïse : le péché, cause de la violence, de la haine et de la mort. Ici il faut se méfier de l'interprétation donnée par le clergé de la Genèse. Elle consiste le plus souvent à trahir le sens de la Genèse en lui prêtant une signification morale que ce texte n'a pas (un lecteur attentif observera que l'arbre symbolisant le péché est l'arbre de la connaissance du bien et du mal). La Genèse stigmatise la bêtise humaine, l'ignorance de l'homme, dont la condition humaine résulte, et que la vertu ne permet pas de surmonter. Dans la mythologie grecque on trouve déjà cette idée que la vertu est insuffisante pour avoir part aux choses divines.

    On peut donc comprendre l'antéchrist comme une bêtise renouvelée, renforcée contre la condamnation chrétienne du monde.

  • Terrorisme et totalitarisme

    Le terrorisme est le paravent du totalitarisme.

    Au sujet du totalitarisme j'ai lu Marx, Orwell, Arendt, et quelques autres... Aucun n'aborde la question de l'islam. C'est bien plutôt le problème de l'échec de la révolution terroriste qui est abordé, et de la métamorphose de la révolution terroriste en Etat de droit totalitaire qui est intéressante (l'Etat napoléonien en France, par exemple).

    Le djihad est un mouvement réactionnaire, dans la mesure où il prône le retour à un ordre social ancien ; il est moderne dans la mesure où il est terroriste et révolutionnaire, tirant son efficacité de moyens de lutte modernes. En ce sens, le nouveau califat qui menace l'Occident est un Etat moderne occidental - son succès dépend de sa capacité à imiter des méthodes terroristes qui ont contribué au renversement de l'ordre ancien en Occident.

    Si le djihad était vraiment réactionnaire, les djihadistes utiliseraient des cimeterres et non des kalachnikovs ; il se priverait de l'aide des femmes et des enfants, que les guerres modernes totalitaires ont contribué à impliquer. Il n'userait pas de moyens de propagande sophistiqués. Surtout, le djihadisme n'a pas inventé l'ingrédient qui fait sa force : la peur de mourir qui règne au sein des régimes totalitaires, fragilité émotionnelle entretenue par les médias audiovisuels, qui disposent en l'occurrence du pouvoir religieux. Ne nous étendons pas ici sur cette "peur de mourir" ; disons seulement qu'elle est paradoxale au point d'être parfois une motif de suicide. Contentons-nous de souligner la fonction et l'usage particuliers de la mort dans la culture moderne, sur le plan "existentiel" et donc économique.

    C'est la raison pour laquelle on peut examiner le problème du totalitarisme moderne de façon complètement indépendante de l'islam. L'islam n'est qu'un prétexte, utilisé à la fois par les chefs djihadistes pour promouvoir leur combat révolutionnaire, et d'autre part par les représentants des nations totalitaires ; ceux-ci occultent ainsi l'oppression qui découle de l'Etat de droit moderne, dont certains symptômes sont observables parmi les jeunes gens soumis à cet Etat de droit.

    La culture de masse est, par exemple, une forme d'oppression caractéristique des régimes totalitaires, qui fait des victimes bien au-delà des seuls Occidentaux dont l'aspiration au divertissement est stimulée de cette façon.

    Bien qu'ils n'abordent pas la question de l'islam, Marx, H. Arendt, Orwell, S. Weil, sont toujours autant d'actualité pour tenter de comprendre les tenant et aboutissant de la violence moderne.

    - A cela il faut ajouter que les mathématiques modernes constituent le schéma-type du raisonnement totalitaire moderne, ce que Marx, Arendt, Orwell ou S. Weil ont tous entrevu. Aucune raison d'ordre moral, politique ou pratique, ne justifie l'apprentissage des mathématiques modernes au point où ils sont enseignés aujourd'hui dès le plus jeune âge. Seule une volonté religieuse préside à un tel décret de l'Etat. De même le caractère scientifique des "sciences humaines", de plus en plus envahissantes, est le plus improbable. 

  • Pacte avec la Mort

    Le pacte avec la mort est un nombre d'hommes, le nombre 666. Le pacte avec la mort englobe bien plus que les seuls fanatiques de musique rock, arborant des têtes de mort sur leurs vêtements liturgiques.

    La culture moderne occidentale, dans la mesure où elle se définit comme "anthropologique", est une culture de mort, car le plan humain s'achève dans la mort.

    La mort se résume à un jeu de hasard.

  • Monde sentimental

    La surprise des attentats-suicides dans le centre de Paris passée, le torrent des réactions spontanées a commencé d'inonder les "réseaux sociaux", contribuant à alimenter le terrorisme qui, sans les réactions sentimentales de la foule, n'aurait pas le même impact.

    La stratégie du terrorisme est donc imparable. Elle ne renforce pas seulement la légitimité du terrorisme aux yeux d'éventuels postulants au djihad, mais également la légitimité de l'Etat dans ses fonctions policières et militaires vitales. La raison d'Etat passe d'autant plus pour raisonnable que les citoyens sont en proie à une émotion plus ou moins sincère.

    Les attentats, bien que ce ne soit pas leur but, soulignent deux phénomènes convergents : - la mondialisation, dont le terrorisme est la rançon puisque la mondialisation est un processus impérialiste qui ne peut manquer de rencontrer une résistance. Le choc des cultures oppose la culture des nations soumises à l'impérialisme à la culture des nations qui bénéficient de la mondialisation ;

    - d'autre part le sentimentalisme des masses, conditionnées à l'être. Les réactions sentimentales doivent d'autant plus être caractérisées comme une attitude religieuse trahissant l'absence d'esprit critique (les citoyens qui pleurnichent après les attentats n'hésitent pas à accorder leur blanc-seing à une politique économique impérialiste), d'autant plus que les élites françaises se prévalent d'une saine laïcité (c'est-à-dire, en principe, d'un esprit critique plus aiguisé).

    Les médias et les réseaux sociaux, aussi contrôlés que possible par les institutions étatiques, sont le canal privilégié d'expression de réactions qui vont de l'hystérie à la tentative de récupération politique, mais qui dans tous les cas sont parfaitement inutiles. Le terrorisme ne peut pas se passer de ces réactions ; mais l'Etat ne peut pas se passer non plus des médias et des réseaux sociaux pour étendre et raffermir son emprise, notamment économique.

    On peut définir le terrorisme comme une faille grandissante dans le processus de mondialisation, dans lequel les élites occidentales jouent le rôle le plus actif, et auquel les masses contribuent par leur passivité, c'est-à-dire une manière de réagir où l'émotion l'emporte sur la raison. La question politique est de savoir jusqu'où ira la faille ? Pour le moment, les élites occidentales ne sont guère inquiètes : leur arsenal militaire, d'une puissance sans équivalent dans l'histoire, est là pour les rassurer. Le terrorisme a même pour effet, dans un premier temps, de renforcer la légitimité de l'usage de la violence policière ou militaire. Mais ces élites ne peuvent ignorer le danger que le terrorisme fasse tache d'huile au sein des masses opprimées par l'Occident, qui représentent une force loin d'être négligeable.

    Mais surtout le terrorisme marque la limite de la pensée politique contemporaine, et sans doute de la pensée moderne en général, dans la mesure où celle-ci n'accorde aucune place véritable à l'histoire (le progressisme n'est qu'une philosophie de l'histoire truquée, destinée à servir de religion aux masses dans le cadre totalitaire). En effet, le terrorisme entame la conception béate et optimiste d'une mondialisation heureuse, hypothèse irrationnelle au niveau de la science-fiction.

    On ne fait pas de profit sans casser des oeufs, et la dynamique de la mondialisation est une dynamique de profit. Par conséquent le terrorisme, en tant que "dommage collatéral", a plus de sens que les publicités capitalistes grossières sur le thème "Peace and Love" ou des lendemains qui chantent, perspectives assignées au citoyen lambda d'un régime totalitaire, bien qu'absolument irrationnelles. Dans un régime dont le moteur est la compétition, c'est l'absence de violence qui serait étonnante.

    La réflexion politique ne permet donc pas de voir au-delà de l'horizon du terrorisme. L'histoire offre une plus grande profondeur de vue, dans la mesure où l'histoire, science prophétique, commence par indiquer les limites de la politique et de la réflexion anthropologique. Ce faisant, l'histoire à la manière de Shakespeare purge l'esprit d'une conception politisée de l'histoire dont l'Etat totalitaire a l'usage afin de sidérer les masses.

  • Pour ou contre Arendt ?

    Fodio, lecteur attentif de ce blog, m'a fait remarquer au cours d'une conversation que mon avis au sujet d'H. Arendt a varié au fil du temps ; naguère je la qualifiais de "dinde", avant de rédiger ultérieurement des commentaires de "La Crise de la Culture" nettement plus favorables. Qu'en est-il exactement ?

    J'ai découvert H. Arendt à travers la presse démocrate-chrétienne, spécialisée dans le faux et l'usage de faux, les citations tronquées ; j'ai eu tout d'abord une idée d'Arendt assez éloignée de la réalité, soulignant les aspects les plus insignifiants. Le premier mobile de la démocratie-chrétienne est le pacte Atlantique, c'est-à-dire un pacte militaire néo-nazi, qui ne doit surtout pas apparaître comme tel ; tous les autres mobiles sont annexes.

    H. Arendt est une essayiste réactionnaire inspirée par Nietzsche ; elle est plus franche et plus lisible que son amant nazi Heidegger qui s'efforça de faire oublier son appartenance au parti d'Adolf Hitler par diverses habiletés rhétoriques.

    La critique du totalitarisme au XXe siècle se fonde souvent sur Nietzsche pour la raison qu'il n'y a pas d'adversaire plus radical de la culture moderne que ce moraliste allemand (francophile). Les critiques marxistes du totalitarisme sont plus rares, dans la mesure où l'intelligentsia stalinienne (Sartre, Beauvoir, Althusser, etc.) s'est arrangée pour ne donner de la critique marxiste qu'une version tronquée, épargnant l'intellectualisme moderne.

    H. Arendt voit dans le phénomène de la culture de masse, dont elle tente de cerner les tenant et aboutissant, un phénomène totalitaire. La culture de masse est la marque du totalitarisme, quelle que soit la coloration politique mise en avant par le régime en place. Or la culture de masse est bel et bien caractéristique de la culture occidentale "judéo-chrétienne".

    La mise en cause du "judéo-christianisme" en tant que ferment de la culture de mort moderne est beaucoup moins nette de la part de H. Arendt qu'elle n'est de Nietzsche.

    Cependant le reproche que l'on peut faire à H. Arendt, comme à Nietzsche d'ailleurs, est d'éluder la responsabilité des élites politiques et culturelles. Avant toute chose, le cinéma, proposition principale de la culture de masse totalitaire, est un instrument de propagande militaire et policière entre les mains des élites politiques. S'il y a "masse", c'est donc d'abord en vertu des élites et des modalités de la politique moderne. On voit bien comme la "masse", son caractère quantitatif, est doublement adapté aux méthodes administratives de l'Etat moderne comme au capitalisme.

    Au niveau journalistique, le problème de la culture de masse totalitaire est abordé actuellement à travers le reproche du "nivellement par le bas" lancée à l'institution scolaire ; s'il n'y a pas de remède politique à ce nivellement, c'est bien pour la raison du profit de la culture de masse en termes d'aliénation et de gouvernement des masses.

    H. Arendt, à l'instar de Nietzsche, est donc capable de discerner le plan catastrophique du progressisme hégélien, institué religion d'Etat par les élites bourgeoises occidentales (dotées de puissants moyens de censure afin d'empêcher la critique de l'idée de progrès moderne de toucher les consciences) ; mais cette critique réactionnaire est dépourvue de moyens politiques pour empêcher les catastrophes d'advenir. Elle fait penser à Cassandre dans la mythologie, capable de prévoir le pire, mais non d'en dissuader ou de l'empêcher.

    Contrairement à la mythologie, qui est une théologie, Nietzsche et Arendt sont dépourvus de conscience historique véritable. Prouver que la perspective progressiste hégélienne n'est que pure rhétorique judéo-chrétienne ne suffit pas à prouver que l'histoire n'est qu'un fantasme judéo-chrétien.

     

  • Preuve de dieu

    La preuve de l'existence du dieu des chrétiens, c'est l'impossibilité de déduire des évangiles la moindre règle sociale - en quoi Jésus-Christ scandalise les siècles et les actionnaires du monde ; en effet, pour les élites, un dieu qui n'est d'aucun usage social n'est pas un dieu.

    En effet l'homme n'invente que selon son besoin, et même l'art répond à une nécessité, aussi difficile à discerner soit-elle dans les temps modernes. Déchiffrez la femme, et vous comprendrez à quoi l'art moderne est utile, pourquoi tant de maquillage et de musique.

    Le dieu des chrétiens est le seul dieu qui ne soit pas rassurant, car le jugement dernier n'a rien de rassurant.

    La foi chrétienne ne peut se contenter de la preuve de dieu, sans quoi elle serait la foi païenne.

  • Dans la Matrice

    Si l'homme est un animal politique, la femme, elle, est un animal religieux.

    Si les temps modernes sont aussi féminins, c'est en raison de l'importance de la fiction ou de la religion pour soumettre les masses, en renfort de la violence physique.

  • Rêveuse bourgeoisie

    Drieu La Rochelle est intéressant dans la mesure où il ne veut pas être un bourgeois. L'Amérique lui sembla le comble de l'arrivisme bourgeois - et l'Allemagne nazie une sorte d'anti-Amérique. L'antisémitisme de Drieu La Rochelle est assez incohérent (les antisémites sont rarement aussi cohérents que Nietzsche, qui s'efforça d'être un pur païen et suppôt de Satan).

    En voyant l'armée allemande dans Paris, Drieu La Rochelle est déçu : - Encore des bourgeois..., juge-t-il. Et d'en pincer alors pour les soviets, qu'il espère plus radicalement antibourgeois.

    Le fait est que le nazisme est beaucoup plus bourgeois et moderne qu'il n'est réactionnaire (= français). La manière de se débarrasser de Juifs est industrielle et cartésienne. C'est l'argument le plus convaincant des thésards qui nient l'existence des chambres à gaz : l'inefficacité du procédé. 

    "Le travail rend libre" est certainement la devise qui rend le mieux compte de l'esprit bourgeois femelle boche, tandis que la mythologie de Moïse dit que le travail est une infamie, le résumé de la condition humaine.

    Le plus méprisable chez Drieu La Rochelle est son amitié avec Malraux : gaulliste, stalinien, cinéphile, voleur, simulateur, simiesque, creux comme le langage, homme à femmes, bref un parfait charlatan, ignare en toutes choses sauf le bagout. Il paraît que le père de Drieu était un escroc - ceci explique peut-être cela.