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mardi, 13 mai 2008

Entre cygnes

Alors étudiant en propédeutique à B***, petite capitale de province à demi confite dans la routine moderne, un fait divers avait frappé l’esprit en friche du jeune Xavier de J.
Précisons que la Philosophie, choisie au hasard entre plusieurs sujets d’étude possibles, la Philosophie était loin de combler la curiosité tous azimuts du héros de ce récit en demi-teinte ; aussi pour compenser l’aridité de cette matière et se distraire de ses professeurs, lisait-il les dépêches des canards locaux ou nationaux avec assiduité, en quête d’un supplément de métaphysique.

« L’assassin, disait le “Petit Rapporteur de l’Ouest” en “Une”, s’est introduit à la faveur de la nuit dans le parc d’enceinte du Palais de Justice ; il s’est attaqué dans le plan d’eau baptisé “lac des cygnes” par les riverains aux trois spécimens, deux blancs et un noir, de cette espèce de palmipèdes décoratifs. Après les avoir exécutés par strangulation, sans autre forme de procès il a pendu ensuite les pauvres bêtes par le col aux grilles vert bouteille du parc. »
Une photographie était censée renforcer la description de l’article, mais elle était floue et peu explicite avec ses trois taches blanches informes sur fond de frondaisons glauques.

Dans le bec du cygne au milieu, les enquêteurs retrouvèrent un billet coincé, où le criminel avait griffonné quelques revendications. Conformément au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’indépendance de la Cornouaille sous quinzaine était exigée, ainsi que, et là la revendication était directement adressée au futur gouvernement de la Cornouaille libre et indépendante, l’enseignement de l’idiome cornouaillais aux jeunes enfants dès la classe de maternelle. Sinon le résistant n’était pas près de déposer les armes et il fallait s’attendre à d’autres représailles sur la faune des espaces verts du département.

« - Tout ça est parfaitement idiot et recèle sûrement autre chose… » songea le jeune homme perplexe. Il avait néanmoins tiré de F. Hegel et A. Allais, ses deux auteurs favoris, que l’absurdité, malgré les apparences, n’est pas pour autant dénuée de sens pour peu qu’on aie bon pied, bon œil.
Une promenade de reconnaissance dans le parc qui avait servi de cadre au drame s’imposait. Y pique-niquer aussi par la même occasion vu qu’une éclaircie venait juste de se déclarer au-dessus de B***.
Un sandwich composé de mie de pain et de jambon sec d’Italie à la main, une canette de bière en poche, l’étudiant parcourut toutes les allées en plissant les yeux. Mais nul détail révélateur ne vint éclaircir pour lui l’énigme, serait-ce d’un iota.
Ce jardin public était tout ce qu’il y a de plus banal, avec ses parterres de fleurs criardes soigneusement entretenus, ses grappes de vieillards qui trompaient le temps en jouant aux boules, son théâtre grec en béton, ses balançoires abandonnées à l’heure de l’école, ses pelouses d’un vert désespérant, sa mare aux cygnes douloureusement vide…

Jusqu’à l’architecture du Tribunal sis au milieu, qui n’était ni spécialement dissuasive ni spécialement acceuillante ; sur le côté gauche du palais, on avait érigé le buste de quelque écrivain natif de B*** afin d’entretenir sa gloire, comme font toutes les municipalités.

*

Douze années plus tard, Xavier de J. avait relégué cette anecdote dans le vide-poche de sa mémoire et poursuivait ses études dans une ville plus grande lorsque, feuilletant distraitement un bouquin extrait de la bibliothèque de son dentiste, assortiment d’ouvrages jugés propices à endormir l’impatience et l’angoisse d’une clientèle aux nerfs en pelote et qui pouvait, de l’antichambre où elle se trouvait confinée, percevoir le son agaçant d’une roulette ou d’une perceuse, il se ressouvint soudain, butant sur un long couplet, de ces faits étranges, par association d’idées :
« …étant allé jusqu’à la mare de Montjouvain où j’aimais revoir les reflets du toit de tuile… en grand deuil car son père était mort depuis peu… c’est assommant, quelque chose insignifiante qu’on fasse, de penser que des yeux vous voient. »

Avec ses phrases-boa, Proust, car il s’agissait d’une édition bon marché de Du Côté de chez Swann, Marcel Proust n’était-il pas lui aussi un redoutable tueur de signes ganté de velours noir sous des dehors bonhomme ? Par réflexe Xavier de J. porta une main inquiète à son cou avant d’être appelé à son tour dans le cabinet rempli d'appareils plus monstrueux les uns que les autres.

lundi, 12 mai 2008

Pour un art communiste

Il y a une gradation dans la haine du bourgeois pour l'art. Ce qu'il méprise en particulier dans la peinture, où elle s'affiche, c’est la maîtrise technique : par exemple le fait qu’on ne peint pas de la même façon sur du bois, de la toile ou sur une muraille, sur un grand ou un petit format.
Lorsqu’on parle de “siècle de la technique”, c'est un paradoxe amusant tant le dilettantisme de la bourgoisie dans tous les domaines est frappant - exceptés les domaines du football et de la gastronomie d'où la plaisanterie est exclue. Même lorsqu'un représentant de la société civile bourgeoise se pique de poésie, pour se distinguer, tel l'empanaché Dominique de Villepin, il ne peut s'empêcher de choisir des vers de mirmiton et de fuir systématiquement la poésie politique.

Seule l’intention compte. Sur ce spiritualisme bourgeois repose la grande alchimie laïque et capitaliste qui permet de changer le plomb en or, la merde en objet d’admiration, de dociles crétins en artistes.

La célèbre phénoménologie de Maurice Denis définissant la peinture comme : « (…) avant tout une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » a été détournée de son sens. Du manifeste d’un artisan affirmant la solidité de son art, on a fait une formule magique, le théorème de l’art schématique.

Aux yeux des bourgeois, le “fauvisme” passe pour une révolution artistique qui confère une plus-value aux toiles des fauves. Un matérialiste tel que moi y voit au contraire une adaptation de la peinture de salon à l’opacité croissante des mélanges de couleurs, à la diminution de l'éclat du vermillon et de l'outremer - et même la terre faiblit.

*

Est-ce que ce n’est pas une preuve de matérialisme que de de prétendre posséder un métier, de garantir cinq siècles son travail, comme Dürer ? Le matérialisme des peintres de la Renaissance est exactement le même que celui de Karl Marx. Sans domination, sans intelligence de la matière, pour Léonard comme pour le théoricien du communisme, il n’y a que domination de l'esprit par la matière.

La pensée de Marx, c’est la pensée de Hegel INCARNÉE. Aussi Marx est-il, plus encore que Hegel, dans le collimateur de la bourgeoisie iconoclaste, à l’instar des peintres de la Renaissance, trahis, changés en philosophes ou en géomètres-experts sans que les historiens d'art puissent s'opposer à ces préjugés.

La victoire du communisme sur les Philistins doit être une victoire de l’intelligence sur la bêtise. Il ne s’agit pas de chercher à concurrencer la bourgeoisie mais de la renverser. Réclamer au premier chef une meilleure répartition des richesses, pour un communiste, voilà bien un signe de son asservissement aux Valeurs actuelles.

samedi, 10 mai 2008

Mai 68 pour les Nuls

En somme la commémoration de Mai 68 en 2008 réunit dans la même ferveur nostalgique gaullistes et antigaullistes. Fin de la dispute.
Ce qu’il importe de comprendre, c’est à quoi tenait le différend et sur quelle base la réconciliation incarnée par Sarkozy peut avoir lieu.

On doit pour ça examiner les opinions des uns et des autres.
Pour ce qui est des gaullistes, force est de constater qu’en dehors de leur chef, ils n’ont jamais eu de métaphysique bien définie.

Pompidou était favorable au principe d’enterrer la hache de guerre entre les poètes et les banquiers, mais Pompidou était-il particulièrement “gaulliste” ?

Mauriac ? Mauriac est l’emblème de la bourgeoisie bordelaise qui ne dit jamais ouvertement ce qu’elle pense et qu’on ne peut percer à jour qu’à travers ses romans.

Bernanos ? Il faut avoir le culot d’un Sébastien Laplanque, gros garçon joufflu journaliste au Figaro, pour attirer l’auteur de La France contre les robots dans les filets du gaullisme. Il s’agit sans doute d’un clin-d’œil à Dassault, fabricant d’armes de destruction massive ou chirurgicale.
Les robots, on sait à quel point De Gaulle les aimait, si possible à son image, c’est-à-dire monstrueux. C’est d’ailleurs sans doute ça la véritable idéologie gaulliste : la robotique.
Sinon De Gaulle tenta d’imiter Chateaubriand. Mais qu’est-ce que la pensée de Chateaubriand sinon une pierre qui roule sans amasser de mousse, l’ancêtre du “rock’n roll”…

*

Le camp des soixante-huitards peut-il se prévaloir, lui, de pensées plus élevées ? Laissons de côté les acolytes, les thuriféraires Finkielkraut ou Glucksman, Alain Geismar, trop heureux de l’aubaine médiatique, pour aller directement aux grands-prêtres, Sartre, Lévinas ou Benny Lévy.
Pour Lévinas, “grosso modo”, le summum de la modernité c’est… le Talmud, la tradition juive. On est encore à ressasser la vengeance contre l’Allemagne : “Œil pour œil…” ; difficile de ne pas prendre la philosophie de Lévinas pour autre chose que du tribalisme enveloppé dans des périphrases sophistiquées.

Sartre est moins bénin, moins saisissable. Il mène une guerre de positions et ne cesse d’en changer. Il pisse sur la tombe de Chateaubriand pour mieux dissimuler qu’il n’est pas beaucoup moins futile.
Un voltairien au XXe siècle, un voltairien attardé, voilà comment résumer Sartre.
De Gaulle-Chateaubriand contre Sartre-Voltaire : on peut mesurer l'écart de cette façon.

*

Ce qui fait que les raisons qui ont pu pousser ces deux partis antagonistes à se fondre plus ou moins l’un dans l’autre, quitte à se jetter quelques slogans à la figure lors des campagnes électorales, en souvenir du bon vieux temps, ces raisons paraissent assez évidentes, sans qu’il soit besoin d’épiloguer.

mercredi, 07 mai 2008

Aimer Rembrandt

“ Je vous le dis, sans aucun doute, si Rembrandt vivait aujourd’hui il ne serait pas peintre… il choisirait plutôt de faire du cinéma ! ” Le peintre Charles Marron avait attendu qu’on soit rendu entre la poire et le fromage pour essayer ce trait d’esprit provocant sur ses convives.

Un ange passa, avant que les réactions ne fusent :

“ - Ah oui ? c’est ce que tu penses vraiment, Charles ?

- Eh, eh, pas mal observé…

- Oh oui, joli “travelling”, Charles ! ”

La dernière répartie était de Flora, qui avait posé pour Marron autrefois dans sa période figurative. Il y avait en sus autour de la table dressée dans la courette du peintre, d’où on pouvait voir le quart Sud-Est du Sacré-Cœur : Anne-Elisabeth, une galeriste réputée l’amie intime de Flora, quai Voltaire ; Patrick, un voisin sans profession fixe avec qui Charles jouait souvent à la pétanque dans le quartier ; Axel, neveu unique de l’artiste accompagné de sa petite amie Ophélie ; enfin Me Bonneteau - dont Marron attendait surtout l’avis. Nicolas Bonneteau comptait en effet beaucoup pour l’artiste. Il était son agent et ami depuis plus de trente ans, l’avait toujours conseillé intelligemment. Mieux : si la peinture de Marron avait triplé sa cote et franchi un cap, c’était pour une part aux conseils de son meilleur ami que Marron le devait. Si Bonneteau acquiescait, alors Marron n’hésiterait plus, il relancerait sa formule sur Rembrandt et le cinéma lors de son prochain passage dans “Cultures en fusion”, l’émission du compositeur-animateur Frédérick Peticouly-Decaille.

*

Bonneteau, un peu en retard sur les autres, fit descendre en force la bouchée de pain Poilâne et de fourme de Montbrison qui lui restait en travers, vu que tous les regards après celui du “maestro” s’étaient tournés vers lui :

“ - Eh, bien, comment dirais-je, Charles… ta métaphore est on ne peut plus “hégélienne”… et, même si Heidegger ou Houellebecq sont plus à la mode aujourd’hui, au niveau du concept, étant donné que tu vas précisément faire la promo d’un film, je trouve ça plutôt subtil… d’ailleurs Houellebecq et Heidegger sont déjà un peu “out”, donc… ”

Là-dessus Bonneteau attaqua le tiramisu “fait maison”, dépassant ainsi les autres. Le peintre avait en effet décidé de se diversifier, de se consacrer au Septième art à son tour, tout en gardant un pied dans la peinture. Consacrer un long métrage à Rembrandt constituait une bonne transition. Il faudrait être fou en 2008 pour ne pas aimer Rembrandt ! Même les cons qui votent Le Pen ou Sarkozy aiment Rembrandt.

Si l’on examine en détail l’œuvre de R., ce que Marron n’avait pas manqué de faire avant le tournage du film, on se rend compte du soin particulier qu’il apporte à la mise en scène et à l’éclairage, un peu comme Fritz Lang, le grand cinéaste juif chassé d’Allemagne par les nazis… Si Vermeer préfigure les grands photographes actuels qui savent mettre la vie quotidienne en abyme, Brassayas, J. Meese, ou même Ronald W. Stuart, on peut se permettre de faire le parallèle entre Rembrandt et le cinéma expressionniste allemand, David Flynch compris évidemment…

“ - Mais, mon Oncle, fit le neveu de Marron, pris d’une inspiration subite et court-circuitant la méditation qui prolongeait la réponse de Bonneteau, mon Oncle comment peux-tu être aussi sûr que Rembrandt eût pu s’habituer à tenir une caméra après avoir fait usage auparavant d’un pinceau et d’une palette de couleurs une partie de sa vie durant ? Ça fait quand même un grand changement, non ?! En fait t’es bien placé pour le savoir ! ”

Le “mon Oncle”, autant que la naïveté du propos, fit sourire le reste des convives sauf Ophélie qui ne souriait pratiquement jamais. Marron ne pouvait pas avoir d’enfants, étant donné sa vocation de peintre, mais sa sœur lui avait confié avant de mourir son fils Axel, qui rêvait de percer dans les arts plastiques lui aussi après avoir mis fin à ses études de commerce. Mais ce pauvre Axel était d’un terre-à-terre !

“ - Cher Neveu, Marron imitait le style de son émule, j’espère que tu n’attends tout de même pas sérieusement que je réponde à cette question ? Le métier de peintre, vois-tu, tout le monde ou presque peut l’apprendre, avec un minimum d’entêtement, et je sais que tu en as un maximum ; mais pour ce qui est du concept… là c’est autre chose le concept… quasiment de l’ordre de… de l’inné ! Il n’y pas un seul génie dans l’histoire de l’art qui n’ait peint avec un concept puissant par-derrière… Léonardo ? On ne peut pas faire plus conceptuel ! Et Dürer, l’abstraction de Dürer !! Dürer est tellement abstrait qu’il a besoin de savoir à quoi ressemble un corps à l'intérieur avant d'en dessiner l’extérieur ; je ne parle même pas de Pottock, qui pense plus qu’il ne peint, Pottock qui est tout “intériorité” !… ”

Mais Axel n’écoutait même plus, il s’était jeté sur la dernière part de tiramisu qui restait et semblait trouver un intérêt plus grand à la mastication de son dessert italien, les yeux levés au ciel en signe d’extase, qu’aux explications de son oncle, confirmant le mauvais pressentiment du tuteur quant aux chances de son pupille de se faire un nom dans l’art contemporain de demain.

mardi, 06 mai 2008

Le plein de Super-héros

Encore à propos de Fourniret et de sa vie de couple, proposée en contre-exemple à ne pas suivre : à quoi sert l'existentialisme, si on ne peut pas le traduire en actes ?

Superman, c'est juste bon pour le cinéma et après on rentre chez soi manger une pizza !? Nitche, Sartre ou encore Houellebecq sont des peine-à-jouir qui s'arrêtent au seuil de la loi. Et l'hédonisme de Michel Onfray ? Il ne vaut que pour ceux qui ont un casier judiciaire vierge ?

Ce qui classe à coup sûr pour moi Fourniret parmi les philosophes existentialistes héritiers de l'idéalisme allemand ? Cette remarque du serial killer qui se déclare mortifié d'avoir épousé une femme QUI N'ETAIT PLUS VIERGE ! Bien sûr, ce n'est qu'un prétexte bidon destiné à émouvoir les experts-psychiatres et le jury, mais le choix d'une telle justification ne doit rien au hasard des pensées de Fourniret. Symétriquement Fourniret exigeait de sa "compagne" de plaisir qu'elle se comporte avec lui comme une pute.

Car s'il y a bien un courant philosophique qui place son idéal au fond de la culotte, c'est l'existentialisme. Onfray et Houellebecq sont des caricatures contemporaines, c'est entendu, l'une officielle, l'autre incorrecte, de l'existentialisme : mais il n'y a pas de fumée sans feu.

La morale de Nitche, c'est en grande partie une morale de dragueur, de paon qui fait la roue ; Heidegger c'est le plouc qui se fait professeur pour mieux séduire les jeunes Allemandes qui, dès qu'on leur cause culture, soulèvent leurs jupes. Même Sartre, pourtant plus malin, grâce à Voltaire, ne philosophe pas beaucoup plus haut. Dans un couple existentialiste, cherchez qui tient la culotte, c'est un bon moyen de répertorier ces moralistes.

On objectera : mais Fourniret n'arrête pas de parler de Dieu ! Et alors ? Il y a bien une branche existentialiste chrétienne non-athée, même si c'est la plus débile (puisque l'existentialisme est conçu pour rejeter les conventions religieuses et draguer plus à l'aise). Et Nitche, comme Sartre et Heidegger, ces soi-disant athées, sont obsédés par Dieu en réalité ; ils ne rompent jamais le fil du dialogue avec lui, comme si c'était un camarade d'école ou de faculté, une vieille connaissance, une ruine d'éternité mûre pour l'humanité : c'est seulement après Jésus, l'Esprit saint, l'Eve nouvelle, que les existentialistes en ont.

Et puis dans la mesure où l'existentialisme est désormais la doctrine commune laïque ou presque, de l'ajusteur au Président de la République en passant par les avocats et les magistrats, nul n'est mieux placé qu'un tueur existentialiste comme Fourniret pour douter de la justice des hommes.

 

 

 

 

 

lundi, 05 mai 2008

Créationnisme

Si l'identification au singe est de l'ordre de l'anthromorphisme - Darwin n'est pas un canon de beauté - alors que signifie l'identification à l'amibe ? Serait-ce un rapprochement cette fois, non plus avec l'enveloppe extérieure, la forme, le dessin, mais avec la vie intérieure de l'homme contemporain laïc, qui met des capotes avant de faire l'amour et se brosse les dents trois fois par jour en guise de morale ?

Simple hypothèse créationniste de ma part ; que j'appuie cependant sur un indice, un exemple significatif :

J'étais en train d'examiner la société contemporaine à travers la télévision en prenant des notes, la télé qui révèle surtout la mentalité des élites citoyennes qui la font, lorsqu'elle a diffusé un reportage sur le photographe-reporter Yann Artus-Bertrand. Les photographes, comme les cinéastes ou les avocats, sont de bons clients pour le genre d'étude que je mène.

 Au cours d'un voyage au-dessus de la planète en avion, afin d'édifier la foule des téléspectateurs à l'aide de quelques clichés colorés représentant des végétaux ou des animaux exotiques, Yann (on appelle les aventuriers par leurs prénoms) décide de s'aventurer jusqu'au domicile d'une éminente "primatologue" britannique, Jane Goodall, afin de s'entretenir un brin avec cette papesse de la bonobomie.

Selon moi cette donzelle a plutôt gâché de longues cuisses fuselées et une anatomie très évoluée par rapport à celle d'une guenon à crapahuter des lustres et des lustres dans la jungle. Mais ce n'est que mon avis et il est sans doute un peu terre-à-terre et bien peu missionnaire. Moralement rien ne dit d'ailleurs que le destin de Miss Goodall n'était pas au milieu des chimpanzés plutôt que des hommes, ces salauds.

 Dans une tentative despérée (car Yann a de longues moustaches) de séduire ce qui n'est plus qu'une vieille peau écologiste, après un long blabla sur l'humanité des singes et les mimiques des hommes, ne voilà-t-il pas que Yann propose à Jane de la quitter en la saluant "à la manière des singes" ?! Et le couple improbable s'enlace alors, museau contre museau, en poussant des petits grognements simiesques. Sans aucune arrière-pensée ni crainte du ridicule, ça va de soi.

vendredi, 02 mai 2008

Pervers polymorphes

Ambiguïté des médias devant tous ces crimes sexuels : l'Autrichien amoureux de sa fille, le violeur de Suédoise(s) ; entre répulsion et attraction ; répulsion pour tout ce sperme, ce sang, cette chair, sans doute de la sueur aussi, et de la crasse, qui sait ? - attirance pour tout le paquet de fric que ces faits divers représentent. On montrera cent fois au public la blonde Suédoise en minijupe, l’air pimpant d'une qui ne sort pas en boîte pour se faire violer mais pour s'éclater, afin d'illustrer à quel point le crime, dans le cas d’une telle beauté, presque pure, était inconcevable, choquant au point de vue laïc. Entre deux pages de pub. à tarif majoré. On s'abstiendra momentanément de blagues sur les blondes aussi : respect !

Qu’est-ce qui est le plus horrible, que ce père ait été amoureux de sa fille et qu’il l’ait séquestrée, ou bien qu’il l’ait engrossée SEPT fois, une vraie poule pondeuse ? Exactement comme au moyen âge (ou en pays Cht'i).

*

Mais le couple Fourniret ? Qu’est-ce qu’on reproche au juste au couple Fourniret ? N’y a-t-il pas dans cet amour plus fort que la police quelque chose de magnifique ? Ne sont-ils pas les “Bonnie & Clyde du crime sexuel” ? Bien sûr leurs fantasmes étaient un peu bizarres, un peu excessifs, et le sado-masochisme de Robbe-Grillet et de sa muse plus digne, plus “républicain” ; bien qu’il ait des velléités dans ce sens, on n'imagine pas Michel Fourniret à l’Académie française, primé au Goncourt ou docteur honoris causa de l’Université de Virginie ou de Caroline-du-Nord ? Il faut toujours un peu de temps à l’avant-garde pour se faire admettre, y compris en démocratie.

S’il faut tuer son prochain pour s’accomplir sexuellement, alors c’est sûrement une entrave au contrat social, pas de doute. Il est bien connu que “la liberté de chacun s’arrête, etc.” Même pas besoin d’aller chercher jusqu’au grandiose “Pas de liberté pour les ennemis de la liberté !”. Il y a dans le commerce une gamme assez variée d’ustensiles et de jouets sexuels, sans qu’on ait besoin de piocher au petit bonheur des enfants, sur le bord d’une nationale, bordel de merde... des enfants qui ne demandent eux-mêmes rien d’autre que de jouer en paix, et, plus tard, lorsqu’ils seront majeurs, d’avoir une sexualité épanouie à leur tour et de pouvoir construire quelque chose.

Hélas la démocratie n’est pas parfaite, sans quoi elle n’aurait pas besoin de psychologues et de psychiatres, ni d’artistes pour exprimer tout ça symboliquement.

Pointilleux comme je suis, à se demander si je ne suis pas moi-même une sorte de pervers, je constate que les Fourniret ne sont pas les seuls à mettre des coups de couteau dans le contrat social, avec une assurance tranquille.
Monsieur Presquetoutlemonde, lorsqu’il s’achète à crédit la nouvelle BMW superturbo ou la dernière Renault à moteur Dassault, est-ce qu’il exclut complètement d’enfreindre la loi, de s’adonner au fantasme de la vitesse un petit matin, rien qu’une fois, après s’être vu refuser une augmentation par son patron ou l’accès à la garçonnière de sa maîtresse ? Sûr, c’est juste pour le plaisir esthétique de faire briller une belle carrosserie ? ou bien… vroum-vrroum, ça n’a l’air de rien, "il n’y a pas de mal à se faire du bien", et puis voilà, trois morts, un jeune couple avec enfant, qui partait en vacances, tués nets pour deux d’entre eux ; dans d’atroces tortures à base de mercure et de chromes pour le troisième. Les victimes étaient elles-mêmes un peu au-dessus de la vitesse autorisée, plaidera l’avocat, qui est payé pour ça.
Qu’est-ce qui fait le plus de victimes ? Les crimes sexuels ou les accidents de la route ?

Et Daniel Bouton, le PDG de la “Société générale” et ses arnaques plus ou moins légales, ses prises de risques plus ou moins contrôlées, n’y a-t-il pas une part de fantasme là-dedans aussi, de fantasme de la “culbute” ? Voire une atteinte au contrat social. C’est vrai, le petit dealer à côté, sa faute s’efface. Pour peu qu’il fasse vivre sa famille restée “au pays” avec, tout est relatif, le dealer devient un héros.
Spaggiari, avec l’aide du cinéma, à côté de Jérôme Kerviel c'est même un artiste CLASSIQUE. Trader ou dealer, c’est plus qu’une question de quartier chic ou crade.
Que penser de l’imbécile qui se suicide parce qu’il n’a plus de crédit auprès de sa banque, sinon qu’il n’a pas le sens de la modernité ?
Qu’est-ce qui fait le plus de victimes ? Les crimes sexuels ou les braquages ?

jeudi, 01 mai 2008

Les Fâcheux

Ne voilà-t-il pas que le Tartuffe Xavier Darcos veut qu'on enseigne la morale aux enfants dès la maternelle... Comme si les fables de La Fontaine ne suffisaient pas. On croit rêver. On croule sous la morale virtuelle : à tous les coins de rue des panneaux pour vous interdire de baiser pour de bon, ou de fumer, de boire du vin... et pourtant jamais la morale réelle n'a été aussi absente. Comment lorsque des énarques et des polytechniciens qui fourguent des armes et des supermarchés à qui veut bien éponger nos stocks, en l'absence d'autres considérations morales, comment dans ce paysage-là Darcos peut-il espérer que le petit voyou dealer de cigarettes ou autres pétards suspects respecte, lui, la morale, et envisage les conséquences de ses actes à long terme ?

Les voyous devraient respecter la morale en premier et montrer l'exemple aux gens honnêtes ? Est-ce que Xavier Darcos ne se fout pas un peu de la gueule du peuple avec sa morale laïque de derrière les fagots ?

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Ce n'est pas la révolution permanente, ce régime, mais plutôt la comédie de Molière permanente. Pas seulement Darcos en Tartuffe, mais aussi Sarkozy en Scapin, qui commence à se demander ce qu'il est venu faire dans cette galère au lieu de se faire embaucher chez LVMH ou Bolloré ; Fillon en misanthrope, pas mécontent qu'on lui fiche la paix ; ou en Sganarelle, obligé d'approuver toutes les foucades de son Dom Juan de patron, mais qui n'en prie pas moins la sainte Vierge pour que tout ce cirque-là s'arrête ; Carla Bruni en vraie-fausse pucelle consentante, en Agnès affranchie ; pour les femmes savantes, Christine Lagarde, Roselyne Bachelot et Rama Yade offrent des exemples variés d'arrogance et de prétention femelles qui se veulent mâles ; ne dites pas que j'exagère : Bernard Kouchner n'est-il pas le bourgeois-gentilhomme parfait, qui parle les droits de l'homme ou le droit international comme une seconde langue naturelle ? Le Malade imaginaire c'est la France, qui ne souffre pas de "pas assez" mais de "trop plein".

Je cherche un rôle pour Xavier Bertrand, vu que le Tartuffe est déjà pris... Et Sganarelle aussi... Après tout rien n'impose que l'Avare ne soit pas gras et un peu franc-maçon.

 (Jacques Attali est trop "bouffon triste" pour ne pas le réserver à la Comédia del Arte.)

Les "Amants magnifiques", bien qu'un peu décatis, mais le maquillage n'est pas une nouveauté au théâtre : Cécilia et son nouveau Jules.

On peut juste constater que la droite au gouvernement peine à recruter des Trissotins et Vadius crédibles ; Guaino est un peu "limite". La gauche est beaucoup plus douée pour ça. Finkielkraut avait sa place au gouvernement, pour succéder à Luc Ferry.

*

 Molière vous tient en haleine quatre ou cinq actes ; après, tomber de rideau. Mais quatre longues années, comment diable ? L'opposition a de quoi être inquiète pour la suite. Le spectacle qu'elle produira ne sera jamais aussi burlesque et la réalité du libéralisme, même repeint en gris laïc de gauche, risque d'apparaître comme plus violente encore après cette parenthèse de fou-rire encouragée par les médias, qui n'avaient pas prévu ce fou-rire de travers.

On peut toujours rêver de Ségolène Royal, flanquant aux oubliettes Daniel Bouton et Bernard Arnault, Jacques Attali et Alain Minc, toute la fine fleur du patronnat français, comme jadis Louis XIV avec Fouquet, qui ne le méritait pas autant... On peut toujours rêver.

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