vendredi, 01 août 2008

Télépathie

Difficile de savoir si ce sont les flicailleries de Christophe Hondelatte, ou la philosophie gaulliste d'Eric Zemmour, la psychanalyse de Mireille Dumas et Jean-Luc Delarue, les calembours de Laurent Ruquier... à moins que ce ne soit la pornographie mémorielle d'Arte, qui rendent la télévision publique si fière de ses états de service ? Allez, je m'en voudrais d'oublier les cucultissimes adaptations de Josée Dayan ou les chiantissimes documentaires de Patrick de Carolis, propres à dégoûter n'importe quel ado de l'histoire-géo.

Le plus intéressant dans un procédé quel qu'il soit, la télévision en l'occurrence, c'est ce qu'il fabrique de plus original : clips vidéos, spots publicitaires ou télé-réalité. J'aime beaucoup "L'Ile de la Tentation", diffusé sur TF1. Comment ne pas y voir une fable sur le mariage laïc ou démocrate-chrétien ? Rien que le titre, déjà... Ca pourrait aussi bien s'appeler "Au Jardin d'Eden". Même si saint Augustin lui-même ne pousse pas le bouchon aussi loin, certain exégète chrétien vit dans la pomme tendue à Adam par Eve le symbole de leur union charnelle.

Cette interprétation était tombée en désuétude depuis longtemps, mais le puritanisme laïc l'a remise au goût du jour. Bien sûr, dans ce feuilleton, on guette la Chute fatale. N'allez pas croire que le péché consiste à copuler avec une autre que sa fiancée ; non, même TF1 a le sens des convenances et du service public. Embrasser ou peloter suffira amplement pour que les portes de l'Enfer s'ouvrent sur le fautif ou la fautive.

Les candidats à l'Ile de la Tentation prennent ainsi le risque de s'exposer à l'opprobre des honnêtes gens. Quel grand sentimental qui envisage de contracter avec son partenaire un crédit sur vingt ans ne prendrait pas un minimum de garanties ? Certes, le divorce parachève le mariage, mais il ne règle quand même pas tous les problèmes concrets. Que ceux qui n'ont jamais fait appel à l'usure jettent la première pierre à tous ces couples d'amoureux qui prennent leur affaire au sérieux !

Même la possibilité de se pardonner n'est pas exclue. L'influence du "Jour du Seigneur", sans doute. Mais on sent bien que celui qui passera l'éponge sur la première incartade repartira non seulement avec une réputation de cocu, mais en outre d'imbécile inapte à mener sa barque à travers les écueils de la vie. Car "Qui vole un oeuf vole un boeuf".

Il semble qu'au paradis d'Allah et de ses septs vierges promises aux martyrs, la religion laïque ultramoderne n'ait guère mieux à opposer que l'"Ile de la Tentation" et ses sept putains. D'où vient le sentiment de supériorité du fidèle laïc sur le fidèle musulman.

 

 

 

 

 

 

lundi, 18 février 2008

Table rase du "Figaro"

S'il y a bien un gosse, à la télé, c'est Eric Zemmour. Parfois la vérité s'échappe de la bouche des enfants. Lorsque Zemmour observe que l'islam est un "nouveau communisme", qu'il incarne le "parti des pauvres" désormais. Par conséquent tout ce que les bourgeois, les journalistes du "Figaro" pourront dire contre l'islam n'atteindra pas les oreilles du prolétariat délocalisé, c'est une évidence.

Les discours de BHL, de Guaino et de Kouchner, il n'y a que les bourgeois occidentaux qui sont sensibles à cette propaganda uniforme. Plus la conscience politique du tiers-monde s'éveillera, plus les actions du cartel libéral seront menacées, leur idéologie fragile comme le béton près de se lézarder.

 Zemmour ne pourra pas dire plus tard à ses fils : "Je m'exprimais franchement au milieu des hypocrites", sans ajouter : mais, journaliste au "Figaro", j'étais manipulé par les hypocrites ; je jouais le rôle du bourgeois ringard dont les bobos se moquent pour dissimuler le même mobile bourgeois.

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Un autre aveu naïf, c'est celui d'André Glucksman, philosophe puéril enrôlé dans le grand barnum médiatique de Sarkozy, destiné à jouer auprès des bobos le rôle que Johnny Halliday remplit auprès des beaufs. André Glucksman démontre que les manifestations de Mai 68 furent des manifestations anticommunistes, antirévolutionnaires et donc libérales. D'où la perplexité des crétins gaullistes, De Gaulle, Messmer, Chirac et Balladur (encore aujourd'hui), à contresens de l'Histoire (Qu'est-ce qu'un mafieux peut bien comprendre à l'Histoire, d'ailleurs ?)

La ringardise de Finkielkraut, Glucksman ou Cohn-Bendit, saute aux yeux à vrai dire, mais c'est mieux quand c'est Glucksman qui le prouve : "Sarkozy est un enfant illégitime de Mai 68". "Enfant illégitime", si c'est pas le langage bourgeois typique, ça...

Seulement voilà, comme les électeurs de Sarkozy sont des retraités âgés, plutôt hostiles à Mai 68, nostalgiques de la IIIe République, Sarkozy a choisi d'être Pétain-le-bref et de former un gouvernement d'Union nationale des cons. Ces électeurs nostalgiques, bien qu'ils soient au bord de l'Alzheimer, commencent à avoir l'impression un peu plus que vague d'avoir été "cocufiés" par le Rastignac de Neuilly.

Ségolène, Villepin et Bayrou sont en embuscade, ils peaufinent leurs images d'Epinal. Mais Sarkozy n'a pas encore perdu, car après tout, un électeur, ça ne demande qu'à être cocufié, et recocufié, et rerecocufié encore. Les discussions de cocus, c'est le fond de sauce de la philosophie existentialiste de comptoir. Du bobo qui lit Heidegger et Nitche et fréquente les cafés-philo, au beauf qui se plaint des déboires de son club de foot ou de rugby préféré, c'est la même engeance de crétins qui ne demandent qu'à se faire enfiler.

 

mercredi, 30 janvier 2008

Si j'étais…

Si j’étais de droite, je crois que ça m’agacerait au plus haut point d’être “représenté” par Eric Zemmour du Figaro à la télé. Dans une certaine mesure, la gauche (Ruquier) a “inventé” Zemmour pour rendre la droite encore plus ridicule. Le problème de cette tactique, qui n’a pas marché avec Sarkozy, dont le ridicule saute pourtant aux yeux, c’est qu'elle est inopérante dans une large mesure vis-à-vis des personnes âgées, dont les sens sont émoussés. Certes, Zemmour est moins antipathique que Finkielkraut, parvenu qui fait semblant de cracher dans la soupe, parce que Zemmour, lui, est courageux ; il a des opinions idiotes, comme Finkielkraut, mais il les défend bec et ongles, un peu comme Le Pen en moins couillu. Mais Nolleau a beau jeu d’apparaître ensuite comme un type subtil à côté de Zemmour (Ce qui n’était pas le cas de Polac, nitchéen dont la vertu principale n’était pas la subtilité.) Sur le féminisme, par exemple, le dada de Zemmour. Contrairement à ce que Zemmour croit, le féminisme n’est pas un phénomène de société, mais un symptôme de société ; les femmes elles-mêmes ne sont donc pas les actrices principales, le moteur du féminisme - pas plus que les hommes, et même sans doute un peu moins. On peut penser qu'elles en seront les premières victimes, en revanche. Même Tocqueville avait fini par comprendre ça ! On n’enseigne pas Tocqueville dans les universités d’été de l’UMP ou quoi ? Cette évolution politique, dont le “féminisme” n’est qu’un produit, appelons-la par son nom : c’est l’anarchie. Une autre conséquence de l’anarchie, c’est justement que Zemmour ait pu accéder au statut de penseur, même “de droite”, et puisse se prendre au sérieux avec des bouquins qui ne le sont pas. De même Muray, Tillinac, Finkielkraut, Pascal Bruckner, toute cette “lumpenphilosophie” de gare.

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Si j’étais de gauche, je crois que ça m’agacerait au plus haut point d’être représenté par Guy Carlier. D’abord parce que c’est un comique sinistre : même Bigard a plus d’autodérision et moins d’arrogance invincible. Ensuite parce que c’est l’ex-comptable du père de BHL, exploitant colonialiste dont le fils s’est reconverti dans le néo-colonialisme à l’américaine et le cinéma d’auteur Ce qui nous donne une différence entre la gauche et la droite ; la droite dit n’importe quoi mais elle ne le fait pas exprès ; la gauche, elle, est plus consciente de son hypocrisie et de sa démagogie. Étant donné qu'en politique la plus grande faute c'est la bêtise, on pourrait en conclure qu'il vaut mieux, quand même, malgré tout, être "de gauche" ; ça serait vrai si, désormais, la gauche et la droite n'étaient pas à peu près inextricablement mêlées, enlacées dans la chute. Spirituellement, on ne tombera pas de bien haut.

mardi, 02 octobre 2007

Table rase de la télé

Ravages du féminisme : Patrick Besson, pour pouvoir s’acquitter de ses pensions alimentaires et continuer de résider dans le centre de Paris, vu que la littérature eût payé mais qu’elle ne paye plus, Patrick Besson brigue un fauteuil à l’académie française ou autre ; à moins qu’un producteur veuille adapter son dernier bouquin au cinéma ? Il met tout son cœur, il fait au plus niais pour rendre son style le plus cinématographique possible. Autant dire qu’il a décidé de s’intégrer complètement. Fini les serberies qui faisaient son charme et des victimes mieux choisies que celles de Milosevic. Place au Besson-BHL - à moins que ce ne soit un Besson-Sollers ? S’il était moins grand, je verrais bien aussi Besson jouer dans des films de Houellebecq pour gagner sa croûte vu qu'il a une gueule d’informaticien (cf. Bill Gates). Quand on est trop petit, on met des talonnettes, mais quand on est trop grand ? Entre l’impertinence et la franchise d’une part, et Jean d’Ormesson ou Éric Orsenna d’autre part, lorsqu’on n’a pas de pensions alimentaires excessives à verser, le choix n’est pas difficile à faire ; alors j’ai décidé de remplacer Besson et son “Plateau télé”, d’essayer de tuer la télé à sa place, Don Quichotte moderne (Bien sûr je refuse par avance toute offre de collaboration au Point - déontologiquement, c’est impossible.)

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Un phénomène qui m’interpelle à la télé depuis quelques mois, c’est le phénomène Éric Zemmour. On laisse Éric Zemmour, bien qu’il ne soit spécialiste de rien en dehors de l’honneur perdu de Jacques Chirac, disserter longuement sur tout et n’importe quoi dans l’émission de Ruquier le samedi soir. Contrairement à Le Pen, Zemmour peut tenir tous les propos politiquement incorrects qu’il veut sans être inquiété par le syndicat de la magistrature, et dire à Harry Roselmack - en face, mesdames et messieurs, mesurez le luxe ! - que c’est parce qu’il est noir qu’il fait de la télé, et que c’est parce qu’il est animateur de télé qu’on publie son bouquin. Ou alors que le divorce généralisé fait grimper les prix des loyers à Paris. Il pourrait même suggérer à Laurent Ruquier de virer sa cuti et de fonder une famille nombreuse pour se sentir mieux que dans sa peau de pédé stakanoviste, ça passerait comme un suppo. bien graissé, avec un gloussement de l’intéressé. Comme si la censure n'existait pas ! Bien sûr, il y a quelques huées parfois, venant du tas de beaufs volontaires massés dans des gradins derrière pour faire un public “vivant”, mais rien de bien méchant, pas de cailloux ni de lynchage en direct. Si Zemmour ne touche pas aux supers tabous démocratiques, il est quand même trop bien élevé pour ça, reste qu’il bénéficie d’un privilège exorbitant. D’où lui vient ce privilège ? Dire que Ruquier est moins servile que Guillaume Durand ou Jean-Pierre Elkabbach, c’est évident, mais c’est une explication insuffisante. Je vois deux autres raisons. En France aujourd’hui, ça remplace les quartiers de noblesse, si tu peux justifier d’un parent voire d’un vague cousin déporté à Büchenwald ou à Dachau, y compris via l’Algérie ou la Tunisie, t’es immunisé, tu peux raconter à peu près tout ce que tu veux sur l’histoire, la politique et l’économie, même si, dans le cas de Zemmour, l’histoire, l’économie, la politique, les religions, sans parler de la littérature, ne sont que de vagues notions apprises au Figaro. La deuxième raison, c’est que Zemmour défend peu ou prou la même idéologie que Sarkozy, mais en plus petit et en plus laid, avec plus de tics, ce qui est assez rare pour être souligné à la télé.

mercredi, 07 mars 2007

La Guerre des sexes

Aussi loin que ma mémoire remonte, j'ai toujours été misogyne. Je suis donc habitué aux sarcasmes à l'égard des gens de mon espèce et je dois dire qu'ils ne me font ni chaud ni froid, à force. « Les chiennes aboient, la caravane passe… ». Cet instinct premier s'est transmué petit à petit, au fil des années, en idéal politique et social, et il m'arrive de me documenter sur le sujet de temps en temps. À ceux qui voudraient se renseigner sur le "parti misogyne" avant d'y adhérer, je ne saurais trop conseiller la lecture de quelques ouvrages "éclairants" (en partant du principe qu'on a déjà vu ou lu, bien sûr, certaines pièces importantes d'Aristophane ou de Molière, deux "joyeux réactionnaires" incontournables). Au risque de me mettre une ancienne maîtresse à dos, Isabelle, qui brûle d'une vaine passion pour Éric Zemmour, chroniqueur politique au Figaro et chez Laurent Ruquier - pas plus tard que la semaine dernière elle me confiait au téléphone : « Zemmour est si courageux de défendre ses idées, seul face à la meute médiatique ! Il me fait vibrer ! S'il n'était pas aussi laid je coucherais bien avec lui… » - réflexion typiquement féminine - eh bien je dois dire que j'ai feuilleté l'essai à succès d'E. Zemmour mais qu'il ne m'a pas paru très sérieux (Le Premier sexe). Zemmour se perd en conjectures pour tenter d'expliquer la perte de virilité des hommes en Occident, concomittante à l'accroissement du pouvoir des femmes. Ces explications diverses ne sont pas très cohérentes. Il est vrai par exemple que l'Église catholique "drague" les femmes depuis longtemps et néglige de s'adresser aux hommes, mais l'Église catholique a perdu toute influence morale réelle sur la société depuis longtemps. En outre, peut-on dire que les deux pour cent d'hommes catholiques pratiquants restants en France sont moins virils que les autres ? En ce qui concerne les démocrates-chrétiens, c'est incontestable, ils sont à la limite de l'impuissance, mais si on fait une moyenne, je ne crois pas qu'il y ait une différence importante avec les païens, que les catholiques pratiquants soient plus "féminisés" que les païens. Le rôle joué par l'Église dans la promotion des idées féministes semble assez marginal. Zemmour signale par ailleurs la misogynie de certains auteurs dits "des Lumières", Voltaire ou Rousseau, en réaction à l'influence politique de la Pompadour. Je ne vois pas où il veut en venir ? Et puis c'est du bidon, la marquise de Pompadour les ménageait en tant que littérateurs de premier plan ; d'ailleurs il serait naïf de croire que Voltaire ou Rousseau ont eu de l'influence sur le cours de l'Histoire. Encore une explication foireuse : la terrible guerre de 1914-18 aurait durablement dégoûté les hommes de remplir leur devoir d'hommes !? Tout ça ne tient pas debout. Du reste on voit bien en quoi cette idée de "dévirilisation" des hommes est de nature à séduire les femmes d'aujourd'hui. Je suis persuadé que la majorité des lecteurs de Zemmour sont des lectrices de Elle ou de Madame Figaro. Peut-être pas les plus connes, mais quand même. Non, il vaut mieux lire un auteur plus sérieux que Z. lorsqu'on est un homme, un vrai ; même s'il n'est pas lui-même misogyne, l'historien Georges Duby, à travers une étude approfondie de la condition féminine dès le XIIe siècle, en arrive à la conclusion que la "guerre des sexes" n'est pas une nouveauté. Même lorsque le destin de la femme était entièrement entre les mains rudes et calleuses de leur père ou de leur mari, déjà leur tempérament les incitait à guigner un pouvoir plus grand, à s'émanciper, à la faveur de circonstances favorables telles que le décès de leur mari, ou son absence prolongée. À celles qui, sarcastiques, la ramènent avec le mythe "nitchéen" de la superfemme ("Überfrau") - l'homme ayant cédé une part de sa virilité à la femme en échange d'un peu de grâce féminine, main dans la main ces deux humanoïdes nouveaux atteindront ensemble le nirvana de l'accumulation maximum de biens de consommation courante et de loisirs culturels - à ces femmes inconséquentes, on doit cet avertissement : l'histoire des guerres montre qu'elles ne sont jamais plus violentes, plus longues, que lorsque les adversaires disposent de forces à peu près égales…