dimanche, 07 septembre 2008

Contre-encyclique

Je donne une nouvelle version de ma critique de l'encyclique "Sauvés dans l'Espérance" de Benoît XVI, revue et corrigée, téléchargeable au format PDF (1 page) ; sous le titre : "De quoi Benoît XVI est-il le nom ?"

Il me semble en effet que Benoît XVI et Sarkozy ont en commun d'être les symptômes d'une confusion générale des idées, derrière un langage pourtant assez simple.

Mais, s'il est de l'intérêt d'un démagogue comme Sarkozy ou ses adversaires d'entretenir la confusion pour séduire un maximum d'électeurs, le pape n'a pas vocation à entrer dans ce jeu-là. S'il y a bien quelque chose qui s'oppose en principe radicalement à la séduction, c'est la théologie.

Bien sûr un Français qui n'est pas franc avec son pape mais juge plus digne de gesticuler sur le passage de la papamobile en envoyant des bisous pensera que je ne suis qu'un trouble-fête.

spesalvi3.pdf

mercredi, 27 août 2008

Capri c'est fini

Peut-être je n'ai pas bien cherché, mais sur internet je n'ai rien trouvé, aucune réaction franche venant d'Italie à la théologie archaïsante du Pape...

S'il est logique qu'un Français se scandalise de l'iconoclasme de Joseph Ratzinger, de ses attaques contre la science, assimilée aux gadgets de mort de l'ingéniérie allemande ou yankie, que dire d'un Italien ? Non pas un Vénitien, puisqu'il y a beau temps que Venise a perdu sa vraie couleur, mais un Napolitain, un Sicilien, un Florentin (Je comprends qu'un Romain soit un peu gêné à cause des gardes suisses) ?

Si même en Italie il n'y a plus un communiste, plus un catholique, alors rien ne s'oppose à ce que les Russes nous envahissent enfin.

samedi, 23 août 2008

Bicéphale

"L'Allemagne russe et l'Allemagne yankie", "la Prusse et la Bavière", "le noir et le rouge", "le nationalisme et le socialisme", "le feu et le ruisseau", "la démocratie et le christianisme", "l'aigle à deux têtes", "le sens de l'Histoire et la fin de l'Histoire", "l'antisémitisme et le philosémitisme", "le clair et l'obscur", l'Allemagne est forcément pour un catholique français de souche un pays de contradictions, un royaume désuni.

Ce que l'Allemand appelle "raison" n'est bien souvent aux yeux d'un Français qu'une contradiction stérile.

Ainsi la première proposition, positive, du pape Benoît XVI est de nous dire qu'il ne conçoit pas bien l'Esprit-Saint ("Ma compréhension de la troisième Personne restait faible") et qu'il entend donc éclaircir ce point ("J'ai décidé d'étudier les grands témoins de l'Esprit dans l'histoire de l'Eglise"), pour ensuite prétendre trouver dans la théologie de saint Augustin des éclaircissements sur le mystère de la Trinité ! Autant s'enfermer dans le noir pour trouver la lumière, tant les spéculations d'Augustin sur la Trinité s'enlisent dans les syllogismes. En guise de progrès c'est un grand bond en arrière.

Le scandale est grand pour un Français. Y a-t-il plus de raisons aujourd'hui d'accueillir la philosophie allemande avec bienveillance que naguère, du temps de Bloy, de Péguy, de Bernanos ou de Claudel, qui l'ont vomie de toutes leurs forces ? Aucune. Et d'autant moins qu'une bande de démocrates-crétins sous la bannière de Benoît XVI n'hésite pas à s'en prendre à Bloy, Bernanos et Claudel, pour tenter de les rayer de la carte de France.

FRENCH ATTACKS

COMMUNIST GERMANY AND CAPITALIST GERMANY, PRUSSIA AND BAVARIA, BLACK AND RED, NATIONALISM AND SOCIALISM, FIRE AND WATER, DEMOCRACY AND CHRISTIANISM, TWO HEAD-EAGLE, ANTISEMITISM AND PROSEMITISM, LIGHT AND SHADE... GERMANY IS FOR A FRENCH CATHOLIC MAN LIKE ME THE LAND OF CONTRADICTIONS, THE DISUNITED KINGDOM OF ROMANTIC DREAMS, THE TRUE FATHERLAND OF U.S.A. DESPITE LAST WORLD WAR II STRATEGIES.

WHAT A GERMAN CALLS 'REASON' IS IN FACT AN USELESS CONTRADICTION.

THE POSITIVE FACE OF POPE BENEDICTUS XVIth IS TO TELL US THAT HE DOES NOT UNDERSTAND WHAT THE HOLLY SPIRIT IS ('MY UNDERSTANDING OF THIRD PERSON WAS POOR' DID HE TOLD TO AUSTRALIANS RECENTLY) AND DOES WANT SO TO CLEAR THIS POINT ('I HAVE DECIDED TO STUDY GREAT WITNESSES OF HOLLY SPIRIT IN THE CHURCH HISTORY'), AND THEN, THE NEGATIVE: HE IS THINKING TO FIND LIGHTS IN SAINT AUGUSTINUS WHOSE THEOLOGY IS EXACTLY THE MOTHER OF CONTRADICTION!

AUGUSTINUS TRINITY'S THEOLOGY IS SINKING IN AN OCEAN OF SYLLOGISMS. INSTEAD OF A FORWARD MOVMENT, IT IS A BACKWARD MOVMENT THAT MY GERMAN SHEPHERD OF FAITH IS PLANNING. FROM CATHOLICISM TO PROTESTANTISM! ERROR OF LUTHER REVISITED!

OF COURSE IT IS A BIG SCANDAL FOR A FRENCH CATHOLIC SON OF LEON BLOY, CHARLES PEGUY, PAUL CLAUDEL OR GEORGES BERNANOS AS I AM, WHO FIGHTED NOT LONG SINCE AGAINST GERMAN PHILOSOPHY INVASION.

 

vendredi, 22 août 2008

Voyage officiel

Tant que les valeurs démocrates-chrétiennes seront cotées au NASDAQ et au CAC 40, à la Bourse de Francfort, et indexées sur les cours de l'essence, Benoît XVI ne pourra espérer mieux que le respect qu'on doit à un grand-père gâteux.

Bien sûr les derniers catholiques français officiels et ingambes, eux, ne manqueront pas de se presser sur le passage du pape, histoire de figurer dans le dévédé-souvenir... mais ils sont déjà persuadés d'avance ! Les formulaires pour la repentance des crimes passés, présents et à venir sont prêts : il ne reste plus qu'à les parapher.

Alors à quoi bon ? Le pape n'a-t-il pas mieux à faire que de se promener dans un bercail de brebis qui n'ont même plus assez de souffle pour s'égarer ?

mercredi, 14 mai 2008

Religio depopulata

« Lu la première encyclique de Benoît XV. Étonnante médiocrité. » L. Bloy (décembre 1914) Que dire du panégyrique que Benoît XVI a tenu à prononcer des institutions laïques des Etats-Unis, comme si les Etats-Unis n’idolâtraient pas le dollar et le sacro-saint taux de croissance ? Qu’auraient pensé d’un tel éloge un Bloy ? un Péguy ? un Bernanos ? L’engouement de Benoît XVI pour les Etats-Unis ne me surprend guère, au vrai. Une de mes premières impressions en effet, quelques instants à peine après avoir posé le pied sur le sol des Etats-Unis, fut de m’y sentir comme en… Allemagne. « Arbeit macht frei ! » : cette devise pourrait être la devise morale des Yankis ; encore faut-il bien comprendre qu’il ne s’agit pas ici d’une libération par le travail en soi, comme pour les nazis ou pour Baudelaire, mais d’une libération par le travail en tant qu’il enrichit en biens matériels le travailleur, comme pour Sarkozy ou Guizot. Plus généralement un esprit français ne peut qu’être consterné par la persistance de la philosophie idéaliste allemande malgré les guerres civiles européennes sanglantes entre nations laïques capitalistes. Qu’en 2008, des théoriciens aussi débiles que Horkheimer, Heidegger, Adorno, E. Kant… aient droit de cité au Vatican, tandis que Duns Scot, Francis Bacon ou Karl Marx sont dénigrés, si ce n’est pas un signe de sclérose… Même les attaques de Benoît XVI contre la Renaissance n’ont guère suscité de réaction - y compris en Italie ! - encore un signe de sénilité de l’Eglise d’Occident tout entière.

vendredi, 11 avril 2008

Itinéraire bis

Je ne peux pas m’empêcher de considérer le régime démocratique actuel comme un régime “féminin”. Non pas parce qu’il est plus égalitaire et favorable aux femmes ; de ce point de vue, je ne crois pas que les femmes sont plus dupes du féminisme que les afro-américains ne se font d’illusions sur la véritable nature de l’antiracisme. Mais, plus profondément, parce que la démocratie est un moralisme et un sécularisme. La démocratie est un régime anachronique, archaïsant. Les idées qui sous-tendent la démocratie, comme la “fin de l’histoire” ou l’existentialisme, l’évolutionnisme, sont des idées typiquement antiscientifiques. On a l’habitude de définir Nitche, approximativement, comme un philosophe néo-païen assez hétéroclite. C’est d’abord une femme sentimentale. Si on se penchait sur l’éducation que les penseurs existentialistes ont reçue, de Pascal à Proust en passant par Kierkegaard, Freud, Nitche - peut-être faut-il ajouter à la liste saint Augustin et Benoît XVI -, je ne serais pas plus étonné que ça si on découvrait le rôle prépondérant et abusif joué par leurs mères.

*
Bien sûr il y a des exceptions, des femmes révolutionnaires. Simone Weil est le plus bel exemple contemporain qu’on puisse citer, de femme profondément attachée à la science, à l’histoire, à la politique. Née dans un milieu socialiste bourgeois très patriotique, elle a rapidement évolué vers le communisme, puis du communisme vers le christianisme. On peut regretter qu’elle ait alors été confrontée à des interlocuteurs jansénistes, les pères Couturier et Perrin, ou Gustave Thibon. Pourquoi Simone Weil a-t-elle hésité à demander le baptême chrétien ? L’explication est ici : le scepticisme chrétien qu’elle rencontre la laisse sceptique, elle qui aime tant la logique. La critique de Pascal par Simone Weil est d’ailleurs radicale. Simone Weil a compris que chez Pascal la foi est de l’ordre de l’autosuggestion (comme l’athéisme de Diderot, au passage). Ce n’est sûrement pas l’attachement de Simone Weil à ses racines juives qui l’a fait reculer, comme Bergson. Simone Weil n’écrit-elle pas qu’“Il faudrait purger le christianisme de l’héritage d’Israël.” Ce genre de déclaration situe la théologie de Simone Weil à l’opposé de celle de Mgr Lustiger, dans laquelle Jésus finit par n’être plus qu’une sorte de prophète judéo-chrétien. On comprend aussi pourquoi les curés démocrates-chrétiens préfèrent citer Nitche dans leurs sermons plutôt que Simone Weil ; ils risqueraient de réveiller leurs auditoires qui préfèrent attendre que la grâce leur tombe du ciel comme les tables de la Loi. Simone Weil est aussi politiquement incorrecte qu’Edith Stein et Jeanne Arendt sont insipides.
*
L’antigaullisme de Simone Weil est aussi particulièrement inconvenant à une époque où même les anciens soixante-huitards y vont de leur petite génuflexion au pied de la statue du Général. Dans un entretien avec M. Muggeridge de la BBC en 1973 (paru dans la revue Sud, 1990), André Weil, le frère aîné de Simone, fournit des détails sur cet antigaullisme : « (…) ce qu’elle détestait par-dessus tout [chez les gaullistes de Londres] était leur intolérance absolue à l’égard de ceux qu’ils appelaient les “collaborateurs” : nombre de ces prétendus collaborateurs étaient des gens parfaitement honnêtes et fréquentables qui faisaient ce qu’ils pouvaient en des circonstances difficiles. En fait, ma sœur mentionne dans une lettre qui a été publiée, que les gaullistes la qualifiaient de “pétainiste”, et vice-versa. Il était fatal qu’elle fût en mauvais terme avec presque tout le monde - elle en avait une vieille habitude. Tous la considéraient comme une vieille ennemie car elle les perçait à jour très vite. » On imagine le scandale que provoqueraient les propos d’André Weil aujourd’hui, après trente-cinq ans de “progrès démocratique”, s’ils étaient tenus dans un grand média comme la BBC. Difficile de donner des leçons de liberté aux Chinois dans ces conditions.

jeudi, 10 avril 2008

Rapport de forces

J'ai rapproché le jansénisme de Benoît XVI de celui de Jean-Paul Sartre. On peut aussi rapprocher Benoît XVI de Feuerbach. Leurs raisonnements sont homologiques. Ou, dans un langage plus marxiste, ils se tirent une balle dans le pied. Feuerbach en déterminant son athéologie (positive) à partir de la théologie protestante marquée par l'augustinisme ; Benoît XVI en appuyant son moralisme chrétien sur le moralisme athée, refait le chemin en sens inverse. Une homothétie de centre D, comme Dieu. Or le catholicisme n'est pas homologique mais analogique. Il ne se satisfait pas de la contradiction, il exige la synthèse.

"A la fin de chaque vérité il faut ajouter qu'on se souvient de la vérité opposée." dit Pascal. Voilà la contradiction. Elle renferme non seulement Pascal, mais aussi Nitche, Heidegger, Sartre, Gombrowicz, tous les "existentialistes", et même Voltaire. La contradiction de Hegel "progrès-fin de l'histoire", ce noeud a été tranché par Marx.

Il semble que de l'âge grec archaïque à l'âge grec classique il y a une révolution, comme du judaïsme au christianisme. De l'âge des extrapolations mathématiques et des projections géométriques, les Grecs sont passés à l'âge du théâtre et de l'art grecs.

J'en profite pour dissiper une erreur enseignée comme une vérité par beaucoup de pseudo-théoriciens de l'art. Les peintres avant-gardistes de la Renaissance ne procèdent pas par homologie mais par analogie. Autrement dit, la perspective est une analogie et pas une homologie. Il faut un crétin de l'épaisseur de Jean Nouvel pour faire de l'architecture géométrique. Les pyramides ne résistent que dans la mesure où elles ne sont pas géométriques. 

 

mardi, 08 avril 2008

Crever la bulle

Je feuillette un petit ouvrage théorique sur le jansénisme. Contresens complet de l’auteur qui prétend que le jansénisme s’éteint au XIXe siècle alors qu’il triomphe pour la première fois sur le parti adverse. La France cesse d’être catholique peu à peu dès lors, jusqu’à en arriver à ce pays de démocrates-crétins sarkozystes aujourd’hui, qui lisent Proust, Heidegger ou Nitche et osent par-dessus le marché se dire “Français”, ces foutus bâtards apatrides ! Tariq Ramadan est plus Français qu’eux qui préfère Voltaire. Et Nabe-Zanini est un des derniers Français, alors qu’il est Italien !

*

C’est un tel triomphe des idées jansénistes au XIXe siècle qu’il n’est plus besoin de parti janséniste pour les défendre. Lorsqu’on étudie l’essence du jansénisme, ou l’essence du christianisme, ou l’essence de la religion laïque, on n’a qu’une vue partielle de ces phénomènes religieux.
Qui oserait prétendre qu’en se rangeant du côté d’Horkheimer, d’Adorno, de l’idéalisme allemand, et même de saint Augustin, Benoît XVI va à contrecourant des idées mondaines ? Les derniers séminaristes en France étudient Kant et Heidegger, Pascal, non pas Joseph de Maistre ou Francis Bacon, Claudel.

Lucien Jerphagnon raconte qu’en inaugurant son cours sur saint Augustin dans les années soixante, dans une faculté fréquentée par de nombreux “marxistes”, il s’attendait à des réactions hostiles. Jerphagnon a raison, un marxiste a en théorie autant de raisons de s’opposer à saint Augustin qu’un catholique orthodoxe au jansénisme ou au calvinisme (Tandis que Marx, en revanche, n’hésite pas à rendre un hommage discret à un théologien comme Duns Scot - attaqué par Benoît XVI au contraire -, ou à inviter Lamennais, traducteur de L’Imitation de Jésus-Christ, à collaborer aux Annales franco-allemandes.)
Il n’y eût pas de réaction marxiste au cours de Jerphagnon. Y a-t-il eu jamais réellement des communistes en France ? Très peu, des communistes “instinctifs” comme Picasso ; ou des communistes “pascaliens” comme Mitterrand ou Drieu La Rochelle, c’est-à-dire des mutants.
La totale indécision de la France en 1940, signalée par Drieu, s’explique en partie de cette façon. Un côté penche pour les Russes, l’autre pour l’Allemagne.
On en est resté là d’une certaine façon. La faille entre les deux plaques tectoniques idéologiques traverse la France, ce qui explique son “immobilisme” ou sa “résistance”, suivant le côté où on se place. La faille traverse parfois le Français lui-même. Cette faille on la retrouve chez Drieu et Mitterrand, Français “exemplaires”.
Aujourd’hui il y a Nabe, d’une part (plus anti-américain que les communistes ou que Le Pen), et BHL à l’opposé (dont la furia pro-américaine ne va pas, hélas, jusqu’à le pousser à émigrer à New York), mais la grande majorité des Français est partagée.

*

L’hérésie du parti communiste français, c’est d’avoir rapproché Marx de l’athéologie de Feuerbach. Contre la vérité, cette vérité que dès les premières lignes des thèses sur Feuerbach (Ad Feuerbach), Marx et Engels caractérisent l’hérésie de ce théologien allemand nénamoins CRUCIAL, et condamnent son matérialisme.
Feuerbach est d’ailleurs “Ionien”, il le dit lui-même ; ce qui le rapproche de saint Augustin. Tandis que je mets quiconque au défi de démontrer que Marx et Engels sont des penseurs “néo-païens”.

Le parti communiste français, en réalité, n’a fait que répéter cette erreur de l’Eglise catholique qui consiste à s’approprier Dieu, la Vérité, alors que pour Marx la Vérité est transcendante, objective, comme Dieu l’est pour un catholique, et non pas immanente. Pour un démocrate-chrétien comme pour un laïc athée, Dieu et la vérité sont “intérieurs”. Aussi sont-ils comme des bouddhas, remplis de certitudes indigestes.
La vérité, le démocrate-chrétien s’asseoit dessus.

vendredi, 04 avril 2008

Ruine de l'âme

« Dire que t’Serstevens était journaliste au Monde ! » C’est toujours l’effet que ça me fait quand j’en lis un morceau, je suis saisi par le contraste avec les emmerdeurs publics qui sévissent désormais au journal officiel de la République des Traîtres, entre une réclame pour les soutien-gorge Lagerfeld et une autre pour la dernière turbotraction Luxus. Si les chevaliers d’industrie actionnaires du Monde étaient plus malins, ils se contenteraient de reproduire les vieilles piges des années cinquante. Voici un petit extrait que Benoît XVI aurait mieux fait de lire plutôt que les niaiseries d’Adorno, Horkheimer ou Heidegger, avant de s’en prendre au classicisme de Roger et Francis Bacon. LA SCIENCE DES ANCIENS On peut se demander pourquoi les anciens, qui ont somme toute conduit la géométrie à un tel point de perfection qu’on n’y a presque rien ajouté depuis, n’ont pas songé à en appliquer les principes à la mécanique et à doter ainsi leurs contemporains de toutes les inventions qui nous facilitent - ou nous compliquent - l’existence. La réponse peut sembler paradoxale : c’est qu’ils ne l’ont pas voulu. Il leur répugnait en effet d’abaisser une science purement spéculative à des applications matérielles qu’ils jugeaient indignes de la pensée. Les grands philosophes, les plus grands savants, aiment la science pour elle-même, font des recherches pour découvrir la solution d’un problème, mais ne se soucient nullement de la mettre au service de notre commodité. C’est à grand peine qu’on a amené Pasteur à nous faire bénéficier de ses trouvailles : le principe une fois résolu, son application ne l’intéressait aucunement. Il se montrait en cela un génie digne de ce nom, un véritable philosophe. Nous n’avons aucune raison de considérer comme une légende ce que nous raconte Plutarque au sujet d’Archimède (Vie de Marcellus). Il est certain que ce géomètre, pendant le siège de Syracuse par les Romains, a créé, pour défendre sa patrie, des machines puissantes qui empoignaient du haut des murailles les galères ennemies, les secouaient à les briser ou les enfonçaient dans l’eau, projetaient à de grandes distances des pierres du poids de vingt quintaux, incendiaient comme meules de foin, par le secours de miroirs et de prismes, les navires de la flotte romaine. Au tyran Hiéron qui le félicitait, le grand homme fit cette réponse nonchalante : - Ce ne sont que jeux de petits enfants… Une seule fois, deux disciples de Platon, Architas et Eudoxus, se mirent en tête d’appliquer à la mécanique - on la nommait l’organique - les principes de la géométrie. La réaction fut immédiate : PLaton, nous dit Plutarque, fut courroucé de ce qu’ils corrompaient la dignité de la géométrie en la faisant descendre des choses intellectuelles aux choses matérielles ; et les deux disciples furent chassés de l’Académie. Il n’est pas sans grandeur ce dédain des sages de jadis pour les réalisations, je dirais populaires, qui ont mis la science à la portée des plus petits cerveaux. Mais on peut s’imaginer que si Archimède, Empédocle, Platon et d’autres géomètres ou philosophes n’avaient pas interdit à leurs disciples de matérialiser les découvertes théoriques, des villes comme Athènes et Alexandrie auraient eu, vingt siècles plus tôt, l’éclairage électrique sur l’Acropole, des tramways autour du phare, des hydravions dans leurs ports, des séances de cinéma sur l’agora. Car ce sont jeux de petits enfants… A. t’Serstevens, Escales parmi les livres