vendredi, 11 décembre 2009
Thibon l'Imposteur
C'est plus ou moins une saloperie que l'introduction de Simone Weil par le paysan Gustave Thibon ("La Pesanteur et la Grâce"). Pour ne pas trop charger la mule Thibon qui a déjà contre lui de ne pas croire en Dieu (c'est là que mène Pascal et aux pirouettes de Jean Guitton, Nitche ou Sartre), je me contenterai de la formule suivante : la Simone Weil marxiste est plus chrétienne que la Simone Weil "convertie au christianisme".
Car Simone Weil est l'anti-Nitche ou l'anti-Maurras, et c'est déjà beaucoup. Quand ces nostalgiques de la Rome antique, dans laquelle les chrétiens les plus sérieux ont vu qu'il se tramait quelque chose de babylonien, quand ils sacrifient Dieu à la religion, Simone Weil, elle, a la sagesse de préférer tenir la religion pour beaucoup plus suspecte.
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Dès ses "Causes de l'oppression" Simone fournit en effet la raison générale du paganisme, l'ancien et le nouveau, qui permet de comprendre comment, visant "par-delà bien et mal", Nitche est tombé sous le niveau de la ceinture, bien en-deçà du bien et du mal. Le paganisme est essentiellement politique et moral, démontre Simone Weil. En outre, si Nitche s'était donné la peine de lire les auteurs français au lieu de les piller, il aurait pu voir que même un poète romantique comme Baudelaire souligne l'ambiguïté profonde de la morale. La loi darwinienne de la jungle, mise au service du national-socialisme et du capitalisme (R.P. Bruckberger : "Le capitalisme, c'est la vie."), cette loi n'est que le revers du sophisme chrétien de la "loi naturelle", parfaitement réversible comme toutes les idéologies.
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Que l'idée "d'éternel retour" plane au-dessus de la tête de Darwin, tout comme l'idée du "struggle for life" plane au-dessus de la tête de Nitche, cela se comprend en effet sous l'angle des mathématiques. Le malthusianisme qui fonde le "struggle for life" est statistique, et la statistique (cf. Descartes) pose le principe de l'éternel retour (que le jour se lèvera demain est le "maximum" de la probabilité comme son "minimum" : c'est ce qui rend la statistique inadéquate à la science pour un savant matérialiste comme Aristote ; et explique aussi pourquoi le risque de perturbations climatiques majeures sème la panique dans le sérail des polytechniciens élevés en batterie, héritiers putatifs de Pascal dont Jacques Attali reproduit à merveille les airs de cartomancienne.) Grâce soit rendue à Simone d'avoir fustigé la grande truanderie intellectuelle de la polytechnique en la personne de Max Planck !
Par ailleurs où Darwin trahit encore sa "raison" puritaine, morale, c'est dans sa conception mécanique de l'homme, en termes de fonctionnalité (le "bipédisme"). Là encore on est très proche de Descartes et de son animal mécanique. On peut aussi bien comme M. Pastoureau sur la foi des organes (et donc de l'âme) rapprocher l'homme du cochon. L'homme ne se résume pas au fait de déambuler. Tiens, à ce propos, comment se fait-il que je pense tout d'un coup à Oedipe, ce tyran qui fascine tant les "judéo-chrétiens" de toutes confessions ?
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Dès lors il faut se demander comment le pape Ratzinger peut trancher en faveur de Darwin contre François Bacon (in : "Spes salvi"), son exact contraire ?
Quiconque est un tant soit peu familier de la science, sans même être persuadé comme je le suis que François Bacon et Shakespeare ne forment qu'un seul et même dessein, peut voir en effet que la science de Bacon, fondée sur la sagesse des Anciens, sa théorie de la dérive des continents en particulier, mais pas seulement, est RADICALEMENT incompatible avec la science de Darwin, imprégnée de cartésianisme et de science physiocratique (l'éparpillement de la science est opposé au rapprochement que les analogies de l'induction vraie selon Aristote ou Bacon permettent).
Et non seulement commettre une telle erreur, mais la préfacer du mensonge historique éhonté selon lequel la foi et la science seraient deux savoirs bien distincts, quand la science mathématique dominante est, a été, et ne peut être que la science la plus religieuse qui soit ? Quand par exemple Leibnitz et les acolytes de Newton se perdent en ratiocinages interminables pour savoir lequel des deux est le plus conforme à la Genèse ? (mensonge de la neutralité propagé aussi par Claude Allègre et qui suffit à le discréditer en tant que savant, et sans doute avec l'aplomb le plus formidable par le britannique R. Dawkins, équivalent des frères Bogdanoff dans le domaine du transformisme, sans que cela excuse en rien le(s) pape(s) - Jean-Paul II a trempé dans les mêmes balivernes).
Mensonge doublé de l'hypocrisie qui consiste à poser un verdict dans le domaine scientifique juste après avoir exclu -chose impossible en réalité- la science du domaine de l'espérance, de la foi et de la charité.
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lundi, 23 novembre 2009
(Muppet) Show must go on
Il n'y a que dans le "Club de l'Economie" de Jean-Marc Sylvestre qu'on peut revoir cette "gueule cassée" de la politique qu'est Alain Madelin.
La politique, cet ahuri de Madelin, espèce de ravi du casino, n'a jamais fait qu'en essuyer les plâtres ; depuis que je suis gosse, je le vois défendre les mêmes causes perdues d'avance avec le même enthousiasme. Me fait penser à ces maniaques qui, de façon récurrente, réclament la réouverture des maisons closes.
Le plus invraisemblable c'est qu'on ressorte ce cocu de mécanisme horloger suisse précisément aujourd'hui quand le temps marque un recul dans les esprits, et les martingales se culbutent les unes les autres comme un château de Descartes sur lequel le Paraclet soufflerait.
Madelin est aussi ce personnage d'ingénieur-fou dans "Mort à Crédit" qui rêve d'inventer la pomme de terre de trente livres où la montgolfière à pédalier double.
Il croit que la polytechnique et l'invention de nouveaux gadgets sauveront les gangsters en cols blancs du Capital au dernier moment.
Et personne pour rétorquer à Madelin qu'il n'y a JAMAIS eu dans l'histoire de science plus liée à l'Etat que la science polytechnique. Aux Etats-Unis comme en France, l'ingénieur en quête de nouveaux outils technologiques est d'abord un fonctionnaire. D'où est-ce que Madelin croit que les cinq cent millions de dollars qui ont servi à promouvoir Barack Obama viennent ?
- La polytechnique est si liée à l'étatisme et si peu à l'imagination libre qu'elle a permis à Staline de venir concurrencer les Etats-Unis sur leur propre terrain alors que la Russie des tsars était aussi médiévale et agricole que la Bretagne à la fin du XIXe siècle (Je cite la Bretagne parce que j'y ai observé la même dévotion -féminine et hystérique- pour la polytechnique qu'en Allemagne).
- La polytechnique est si liée à l'étatisme qu'elle fait partie à part entière de la religion de l'Etat.
Son développement est parallèle à la substitution progressive de l'Etat à Dieu depuis le XVIIe siècle, selon le processus décrit par Karl Marx ou Simone Weil ; si cette dernière a pu voir l'absurdité de la science de Max Planck et des équations de Helmholtz, c'est certainement grâce aux études de Marx qui décrivent la métamorphose d'un judéo-christianisme à bout de souffle en religion de l'Etat laïc. Le délire de Helmholtz est bel et bien un délire religieux.
- A. Soljénitsyne a fait partie en tant qu'ancien soldat de l'Armée Rouge avec son ami Dimitri Panine d'un groupe d'ingénieurs reclus dans un goulag spécial, et il fait lui-même la comparaison entre sa situation et celle d'un moine (S. était en outre ravi que le goulag le débarrasse d'une première épouse qu'il ne pouvait plus sacquer, à qui il devait reprocher de n'être pas assez maternelle vu le tempérament de "bonne du curé" de la remplaçante).
Le rapport est plus étroit que Soljénitsyne lui-même ne croit entre la science de l'ingénieur et celle du moine. On pourrait dire qu'elles sont toutes les deux "cellulaires" et "spéculatives".
On peut s'en rendre compte sous un autre angle, celui du fétichisme. L'objet, quel qu'il soit, simple cruche à eau ou "outil de défense nationale" odieux aux yeux d'un chrétien, a un rapport avec l'âme et la culture de l'âme. L'objet est aussi organique que l'âme. Il ne faut pas s'étonner de la part du fétichiste ou du collectionneur d'une véritable mystique de l'objet, par conséquent.
L'objet fait plus que satisfaire un besoin naturel dans la religion capitaliste ; il a comme la gloire pour Achille effet de rassurer le capitaliste sur sa survie dans l'au-delà, le Nirvanâ de Nitche ou Dieu sait quelle breloque pour touriste sexuel.
21:59 Publié dans Mon Journal de guerre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : alain madelin, celine, courtial des pereire, karl marx, helmholtz, marx planck, simone weil, jean-marc sylvestre, soljenitsyne, dimitri panine, staline, tf1, club de l'economie
dimanche, 15 novembre 2009
Le vrai François Bacon
L'hypothèse selon laquelle François Bacon pourrait avoir écrit les pièces signées Shakespeare est écartée avec dédain par Michèle Le Doeuff, spécialiste française officielle de F. Bacon (fac de Toulouse). Mais les commentaires sur Bacon de Mme Le Doeuff s'avèrent sur de nombreux points parfaitement baroques et grotesques ; par exemple :
- Etant féministe, Mme Le Doeuff transpose sur l'objet de son étude sa fantaisie féministe alors même que le féminisme est une variété de sexisme qui n'a de sens que dans un contexte politique récent, la plupart des "droits" acquis par les femmes occidentales ou nord-américaines l'ayant été du fait de l'industrialisation massive et de la généralisation du salariat. Le seul intérêt du féminisme de Mme Le Doeuff est qu'il la conduit à dénoncer le pillage par le "misogyne" Gaston Bachelard d'une partie de l'oeuvre de Bacon. Il faut ajouter que ce pillage est d'autant plus contestable que les délires scientifiques de Bachelard s'écartent complètement de la rigueur scientifique souhaitée par Bacon (dont Marx peut plus légitimement revendiquer la paternité).
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- Plus grave, dans la mesure où cette assertion est devenue un lieu commun sur Bacon (dont J. Ratzinger s'inspire probablement pour s'en prendre de façon inepte et inique à François Bacon dans une encyclique récente), M. Le Doeuff propage l'idée selon laquelle François Bacon serait un des pères fondateurs de la science moderne. Il n'est pourtant pas difficile de prouver que la science de François Bacon est beaucoup plus proche de celle de son homonyme Roger Bacon, moine franciscain du XIIIe siècle, que de la science de Descartes ou d'Isaac Newton, bien peu expérimentales contrairement à la légende dorée de ces deux rhétoriciens (tels sont-ils qualifiables du point de vue de la science matérialiste ; la science d'Einstein ou de Bergson aurait d'ailleurs certainement fait beaucoup rire François Bacon). Descartes prétend il est vrai s'inspirer en partie de Bacon ; mais il prétend aussi s'inspirer d'Aristote qu'il n'a pas vraiment compris, pas plus que le savant nazi Heidegger plus récemment. L'expression de "science expérimentale" est destinée à faire avaler le mythe de la neutralité de la science laïque, bien qu'il ne soit pas difficile de constater qu'Aristote ou Ptolémée font beaucoup plus appel à l'expérimentation que Freud ou Bachelard.
Son propre statut entraîne Mme Le Doeuff à occulter elle-même deux faits concernant la science actuelle : primo celle-ci est dans une large mesure une science de fonctionnaires financée par de grands groupes industriels et donc complètement étrangère aux voeux formulés par François Bacon ; secundo la science a pris la place que la théologie occupait au moyen âge et remplit un rôle religieux désormais en contradiction complète avec l'intention de Bacon. La meilleure preuve ce sont les cris d'orfraie que déclenche à la télévision la simple affirmation que le darwinisme est une pièce essentielle de l'idéologie nationale-socialiste, comme du capitalisme désormais.
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- On peut supposer -même si elle n'en fait pas état-, que Mme Le Doeuff est athée étant donné la légèreté avec laquelle elle interprète ou relègue le christianisme de François Bacon qui est au contraire un axe essentiel de la science de Bacon, si ce n'est l'axe principal.
C'est un point particulièrement intéressant ; il permet de comprendre mieux la dimension religieuse qu'occupe la polytechnique aujourd'hui. Si des savants aussi différents que Bacon, Newton ou Galilée doivent être purgés de leur christianisme au prix de mensonges grossiers (Newton est sans doute un des savants les plus "religieux", dans le mauvais sens, de tous les temps, et cela bien que ses connaissances en théologie sont déficientes), c'est pour mieux les intégrer à un corpus scientifique laïc prétendument neutre.
Comment comprendre que l'université laïque et le pape s'entendent aussi bien, l'une pour déformer, l'autre pour dénigrer François Bacon ? L'explication en est très intéressante. Si la théologie de Bacon est minimaliste dans la forme c'est parce que, précisément, selon le savant anglais, la scolastique a pour effet de dénaturer le sens des Saintes Ecritures dans une très large mesure, de les enfouir sous des tombereaux d'explications plus ou moins gnostiques, non de les mettre en valeur. Les circonvolutions de l'histoire font que l'anticléricalisme de Bacon, désormais que l'Eglise n'est plus qu'un grand cadavre tout à fait froid, transposables à la science universitaire laïque. Typique l'exemple de la biologie quand on observe ne serait-ce que la phraséologie d'un Stephen Gould dans le domaine du transformisme. L'observation de Marx à propos de la scolastique de Duns Scot, selon laquelle ce genre de science fait autorité par son seul poids d'encre et de papier vaut pour les massifs traités de Gould qui empile des considérations quasiment juridiques sans jamais fournir d'explication univoque aux mutations ne serait-ce que légères observées dans certaines espèces animales.
La science universitaire, on le constate, renouvelle l'attentat de la scolastique contre les Saintes Ecritures en général et l'apocalypse en particulier en enterrant la science physique sous des tombereaux de commentaires frappés au coin des préjugés de leurs auteurs. Karl Marx et Simone Weil se voient confirmés dans leur affirmation que la religion de l'Etat qui est inévitablement celle de ses fonctionnaires, mais pas seulement, est un opium plus fort encore que celle de Rome.
06:07 Publié dans Misère de la science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : michele le doeuff, francis bacon, roger bacon, verulam, shakespeare, feminisme, politique, science, simone weil, gaston bachelard, karl marx
jeudi, 01 octobre 2009
Ithaque ou l'hadès
Raté l'essai sur Homère de Marcel Conche (Conche dont l'enseignement a donné la philosophie d'A. Comte-Sponville, tête de gondole acharnée à prouver que le capitalisme est "amoral", quand la loi naturelle du Capital se résout entièrement à une matrice de morale puritaine, dans laquelle Comte-Sponville a la tête enfoncée jusqu'à la clavicule ; c'est même précisément ce qui empêche le dernier pape romain de condamner chrétiennement comme une entreprise de racket à l'échelle mondiale -"Qui veut gagner sa vie la perdra"- le capitalisme totalitaire, pour ne pas se tirer une balle dans le pied.)
La dédicace du bouquin (PUF, 1999) est "à Mlle Tronchon du lycée de Tulle" : chacun son Hélène de Troie.
Car Conche ne parvient pas à démêler clairement le rapport entre les héros grecs et leurs dieux. Indifférence ? Cruauté ? Intérêt mutuel ? Conche finit par se rabattre sur la vieille idée romaine du "destin", alors même que c'est la distance d'Homère et des tragédiens grecs de l'idée de destin qui rend la littérature grecque si moderne, plus moderne que la littérature latine (Homère enfonce Virgile). Il ose même intituler un de ses chapitres de la manière la plus baroque qui soit : "Ulysse et le pessimisme d'Homère". Ulysse qui ne croit pas à la mort !
Chap. "Le moment dialectique dans l'Iliade" : "Mais que faut-il entendre par "moment dialectique" ? Il consiste en ceci, nous dit Hegel, que les "déterminations finies se suppriment elles-mêmes et passent dans leurs contraires" (...). Il donne en exemple la vie, qui ne reçoit pas la mort comme quelque chose d'extérieur, mais qui, "comme telle, porte en elle le germe de la mort". Ces deux contraires, la vie et la mort, ne sont pas simplement deux, mais deux en un : chacun est l'autre "an sich" (virtuellement)."
Sur le sol allemand (gorgé du sang d'Ajax), Herr Conche se montre plus précis. Mais pourquoi diable appliquer à Homère la grille de lecture nazie d'Heidegger ou Nitche ? D'autant plus que Hegel définit ici la dialectique comme ce qui n'est pas la dialectique pour Aristote, mais précisément son contraire, à savoir le raisonnement mathématique. La seule substance dans l'idéologie du "moment dialectique" de Hegel, c'est le cadavre. D'où sa trigonométrie nazie de l'histoire. La science subjective laïque, "figure à plat sur le miroir", se charge d'ailleurs, de Darwin à Einstein ou Freud en passant par la physique quantitative, de restaurer une sorte de destin "descendental", d'hadès algébrique.
La seule leçon à tirer de Conche est par la bande (comme toujours avec les Béotiens qui ne font qu'ériger le tapis vert et le billard en religion ésotérique et sectaire) : Homère est plus près d'Aristote que de Socrate ou Platon.
J'ai oublié quel pacifiste a prétendu qu'on aurait pu laisser l'Allemagne envahir la France sans opposer de résistance, que de toutes les manières la culture française aurait fini par l'emporter sur celle de nos cousins germains qui en étaient avides. Intention admirable, mais raisonnement nul, car on voit bien que non seulement les Boches ont perdu la guerre, mais que leur culture a triomphé sans peine des quelques résistants : Bernanos ("Le hasard est le dieu des imbéciles"), Simone Weil ("Max Planck est un abruti"). L'idée de culture même est une idée nazie ou soviétique.
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vendredi, 04 septembre 2009
L'Humanisme en question
Cité par Marcel Conche dans un essai sur Homère (raté*), le jugement porté par Simone Weil sur la civilisation romaine : "Nul n'a jamais égalé les Romains dans l'habile usage de la cruauté."
Conche note que Simone Weil compare les Romains aux nazis. Avec la précaution oratoire d'usage : "C'était avant Auschwitz", précaution dont on peut se demander si elle vise à couvrir Simone Weil ou bien Conche lui-même des foudres de la censure ?
En réalité, primo ce sont les nazis eux-mêmes qui ont la prétention d'imiter les Romains ; deuxio, Simone Weil n'est pas une ignorante abreuvée de propagande télévisée : elle sait fort bien que le régime nazi n'est pas surgi de nulle part comme un diable de sa boîte, que le national-socialisme ne naît ni ne meurt avec Hitler et son état-major. Hitler est-il même un personnage de tout premier plan dans l'histoire du XXe siècle ? On peut en douter. Il est assez manifeste, après l'élection de l'homme qui valait 500 millions de dollars, Barack Obama, que les hommes politiques sont des pantins entre les mains des industriels.
Hitler ne présente guère d'intérêt pour un historien en tant que tel, dans la mesure où l'idéologie nazie n'a rien d'original. Pour ce qui est des théories raciales fondées sur le transformisme de Darwin, elles sont trop incohérentes pour être prises au sérieux, et il est quasi impossible de les dissocier des doctrines politiques nationalistes. Le darwinisme traduit un effort que le XIXe siècle parachève, pour fonder les systèmes politiques, dont l'idéologie nationaliste fait partie, non plus seulement sur la morale ou la rhétorique, mais carrément sur la science, quitte à aboutir pour cela comme le transformisme darwinien à un assemblage rocambolesque de déterminismes contradictoires. Le droit national-socialiste de Hegel lui-même se présente sous un aspect scientifique, dans le prolongement de la théodicée de Leibnitz.
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Ce qui fait de Simone Weil une véritable humaniste, quand les autres ne sont que des ersatz, c'est sa capacité à distinguer assez nettement Athènes de Rome. Non que les Romains n'ont aucun rapport avec les Grecs, mais parce que l'examen de leurs différences - Aristote contre Lucrèce, par ex. - est beaucoup plus utile que l'amalgame auquel la philosophie boche procède (les humanistes de la Renaissance font preuve dans ce domaine d'une lucidité inégalée depuis, et déjà "sous l'éteignoir" dans les "Essais" de Montaigne, qui ne conçoit pas la culture ou la connaissance en dehors de son propre divertissement).
L'opposition entre Grecs et Romains ne concerne pas que les érudits, puisqu'une faille similaire sépare la Renaissance de la période baroque qui a suivi - en tenant W. Shakespeare ou F. Bacon pour "le dernier des humanistes de la Renaissance" (contrairement donc aux thèses universitaires qui s'efforcent d'en faire des auteurs "baroques").
Or, cette faille contient la clef pour comprendre l'histoire moderne et son progrès, qui n'est pas trigonométrique. Et chacun d'entre nous est concerné, en dehors des autruches, par l'histoire moderne. Ce que le pédant appelle "inconscient collectif" peut se traduire par les barrières que dressent systématiquement les institutions politiques entre les individus et la science historique, le cinéma ayant accompli en quelques années dans ce sens des ravages considérables.
Si l'on s'efforce de résumer de la façon la plus lapidaire possible la différence entre Grecs et Romains, ou humanistes de la Renaissance (F. Bacon) et humanistes baroques (M. Montaigne, R. Descartes, M. Mersenne, I. Newton...), on peut dire que les penseurs latins sont sur une pente anthropologique. Autrement dit, aussi surprenant que ça puisse paraître en raison de l'épaisseur du préjugé universitaire actuel, je prétends que la religion des Grecs est moins anthropologique que la religion laïque judéo-chrétienne actuelle, qu'elle se dise "athée" ou "chrétienne" (la différence n'étant guère sensible entre la cathédrale laïque et la petite secte chrétienne, justement, que sur le plan anthropologique).
On peut vérifier que les dieux, les puissances laïques, sont "auto-suggérées", par le fait qu'ils ont tous un fondement mathématique ou légal.
*Essai raté de Conche qui semble prendre Homère pour un Allemand ou un Romain lui-même. Typique sa façon d'attribuer par exemple le providentialisme romain, le fameux "fatum", à Homère ou à des tragédiens comme Eschyle ou Sophocle, alors que la sagesse grecque semble au contraire placer au centre la question de la LIBERTE, et n'être pas oblitérée comme la pensée latine par l'idée de FATALITE ou de HASARD. Probablement Homère et Eschyle n'auraient-ils pas traversé les siècles sans cette liberté qui fait qu'ils n'offrent que peu de prise au temps.
Ilion n'est pas "vaincue d'avance", "par chance" par les guerriers achéens. Elle ne l'est que pour un esprit latin dont le raisonnement est "chronologique". Le progrès n'est pas pour Aristote, et probablement pour Homère non plus, FONCTION du temps, mais CONTRE le temps. Autrement dit la vertu, dans tous les sens du terme, n'est pas une garantie de progrès pour un Grec, mais plutôt le meilleur moyen de tourner en rond comme un abruti. Odysseus n'est pas le plus vertueux, mais le plus intelligent.
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jeudi, 03 septembre 2009
Foi du charbonnier
La faiblesse de leurs arguments, les médiats la compensent par la répétition des approximations, erreurs ou mensonges délibérés. Répété dans le n° de l'Assomption de "Famille Chrétienne", gazette pour mères de familles nombreuses écervelées, le mensonge des nationalistes démocrates-chrétiens selon lequel la femme décrite à plusieurs reprises dans l'évangile de saint Jean (Ap. XII,12) serait la Vierge Marie.
"Et la poésie du texte de l'Apocalypse, lu à la messe de l'Assomption, souligne la splendeur du fruit de l'obéissance. La jeune fille qui a dit 'oui' a Dieu, de l'Annonciation à la croix, a 'le soleil pour manteau', 'la lune sous ses pieds' et sur la tête 'une couronne d'étoiles'". Voilà ce que l'éditorialiste Marie-Joëlle Guillaume écrit dans le style béni-oui-oui qui me rappelle les éditoriaux de François-Régis Hutin dans "Ouest-France" qui me filaient déjà de l'urticaire quand j'étais gosse.
- Belle utopie de la part de Simone Weil de suggérer que chaque fois qu'un journaliste dit une connerie ou un mensonge, il soit condamné pénalement.
- La remarque de D.H. Lawrence que le récit par saint Jean de sa vision à Patmos est entièrement dépourvu de poésie paraît d'ailleurs beaucoup plus pertinente que celle de l'éditorialiste M.-J. Guillaume, qu'on sent capable de dénicher de la poésie jusque dans les feuilletons yankis les plus vulgaires.
La note du chanoine Crampon sur cette "femme aux douze étoiles", récupérée par un folklore marial assez étranger à l'esprit du christianisme, pour ne pas dire entièrement païen et mercantile dit : "Les Pères et les interprètes catholiques sont presque unanimes à reconnaître dans cette femme un symbole de l'Eglise." La sobriété de la note a au moins le mérite d'éviter les délires gnostiques. Le "presque unanimes" ne doit pas occulter qu'un "interprète catholique", non seulement perdrait tout crédit en croyant reconnaître la mère du Messie dans cette femme (montrant qu'il ne sait pas lire), mais s'interdirait en pratique toute interprétation cohérente du texte de l'apocalypse de Jean dans son entier.
Il faut dire que cette femme réapparaît dans l'Apocalypse quelques pages plus loin sous l'aspect d'une prostituée et d'une description qui indique sa déchéance (la symbolique de la seconde description permet d'ailleurs de rapprocher cette femme de l'Eglise plus nettement encore).
- Dante Alighieri, lui, ne s'y était pas trompé en revanche. Il se garde de propulser plusieurs papes dans son "Enfer" sans fonder son propos sur les Ecritures, et notamment l'Apocalypse :
"A vous, bergers [pasteurs, clercs], mirait l'Evangéliste [Jean],
Quand la putain qui sied dessus les eaux [l'Eglise]
Avec les rois lui parut s'enivrer [ici on pense bien sûr à la pièce de Shakespeare qui traite du même sujet ; et l'Apocalypse parle de la surprise de Jean en voyant cette putain] :
Celle-là qui fut née avec sept têtes [les sept collines de Rome ?]
Et qui trouva vigueur en ses dix cornes [la corne est symbolique du pouvoir temporel et législatif, et Moïse souvent représenté muni de cornes et surnommé "le plus grand des législateurs"]
Tant que vertu à son époux fut chère [passage qui montre que Dante a lu les passages de l'Evangile mentionnant le "figuier stérile"]"
Bien plus contemporaine de Dante que de Marx, bien sûr, et au coeur des préoccupations du poète italien, la passation de pouvoir progressive de l'Eglise à l'Etat. Quand Marx dissèque les modalités de la mutation ou de la métastase religieuse contenue dans la somme de Hegel, en quelque sorte l'Eglise n'est déjà plus qu'une coquille de noix vide à la dérive, un reliquat sec (comme on peut penser que la secte pharisienne était du temps de Jésus, une sorte de crispation du judaïsme).
Si la théologie médiévale de Dante Alighieri ne peut être exemptée de critiques - elle a ainsi tendance à verser dans l'orphisme et le paganisme romain -, elle est assez forte et solidement fondée sur les Ecritures pour souligner l'hypocrisie des démocrates-chrétiens, qui n'hésitent pas à compromettre le christianisme avec les idéologies les plus fangeuses, comme le nationalisme en général, européen en particulier.
(NB : On me signale le même mensonge que celui de Marie-Joëlle Guillaume dans le magazine porno-chic "Madame Figaro" (14 août 2009), sous la plume de Michèle Reiser : "Le 15 août (...) Depuis le XVIIe siècle, ce jour-là, on fête Marie dans les églises et sur les places du monde entier (...) Marie apparaît dans le ciel de l'"Apocalypse de Jean" comme une femme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles (...) Si la grâce fait défaut, il reste encore l'amour. "On échoue toujours à dire ce qu'on aime", constatait Roland Barthes, etc." On peut dire que tous les éléments de la "docte ignorance" sont réunis dans cette citation : le fétichisme religieux, le XVIIe siècle et sa foi du charbonnier, la grâce qui supplante l'amour (!)... sans oublier la citation bidon de Barthes.
07:15 Publié dans Catholica | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : marie-joelle guillaume, famille chretienne, apocalypse, christianisme, simone weil, crampon
samedi, 29 août 2009
Fosse aux hyènes
Peux pas m'empêcher de voir la rebelle Simone Weil comme une martyre à la merci des hyènes démocrates-chrétiennes. Que ne la laissent-ils pas en paix !
Le procédé est systématiquement perfide, comme l'attaque de la revue pieuse "Sedes Sapientiae" (n° de mai - revue qui prétend remettre saint Thomas d'Aquin à la mode), après l'attaque de "Famille chrétienne", le prouve.
Le truc consiste d'abord à dire du bien de cette héroïne, en préambule, dans les termes les plus généraux, de sorte que le lecteur lambda aura de la peine à faire la différence entre Simone Weil et l'une de ces peu indispensables greluches, Edith Stein ou Hannah Arendt, entichées de philosophie nationale-socialiste jusqu'à la tautologie... avant de diffamer S. Weil par derrière et de lui prêter des propos incohérents.
Le coup bas le plus facile, Hervé Pasqua qui signe l'article dans SS ne manque pas de le porter : "Simone Weil est morte d'anorexie". Sans aucune preuve et alors qu'on peut penser que Simone Weil souffrait d'une maladie qui l'empêchait peu ou prou de s'alimenter.
Purement gratuite aussi l'assertion suivante de ce Pasqua que la philosophie de Simone Weil est "mortifère".
On comprend que Pasqua ait donné "pasquinade" ! En effet, ce gugusse est par ailleurs l'auteur d'un bouquin sur Nicolas de Cues ("Krebs", en allemand), fameux branleur qui contredit complètement Aristote, et, partant, un péripatéticien même imparfait tel que saint Thomas d'Aquin. Voilà le niveau de cette revue, celui de la "docte ignorance" prônée par le "crabe" de Cues.
On m'a déjà du reste auparavant transmis un article du même niveau tiré du même torchon, article vantant la théorie cabalistique et parfaitement lâche de Rémi Brague sur l'Europe et le tour romain qui la caractériserait.
09:09 Publié dans Mon Journal de guerre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : simone weil, sedes sapientiae, herve pasqua
mardi, 18 août 2009
Fier d'être misogyne
On peut comprendre l'inversion de notre époque par ce biais : l'attribution aux hommes de vertus féminines telles que le goût pour le sexe et la guerre. "Génération et corruption" : en un titre, l'élève d'Aristote peut tout saisir de la raison totalitaire que nous subissons, au point pour les plus tarés de leur faire désirer la mort.
Bien sûr, il y a des femmes plus viriles que des hommes, même si l'exemple de Simone Weil est le seul qui me vienne à l'esprit, et des hommes plus femelles que des femmes. Le grammairien judéo-boche Frédéric Nitche témoigne qu'il est le produit de l'angoisse vaginale, en concluant que seules sa mère et sa soeur auraient pu lui faire renoncer à son idée d'"éternel retour". Toutes les aberrations scientifiques participent d'ailleurs pour partie du raisonnement "génétique".
Quelle signification peut avoir un "principe féminin" distinct d'une femme en particulier ? "Notre sainte mère l'Eglise" est de ces principes féminins, qu'il serait un peu long à disséquer. Elle est la première grande "personnalité morale" de l'ère moderne. Et lorsque des hommes politiques, Le Pen ou Kouchner, dépeignent les Etats comme des "monstres froids", il convient de rajouter que ces monstres froids auxquels sont dévoués les hommes politiques sont des femelles. Le capitalisme est un autre système féminin dominé entièrement par les cycles et la génétique, la recherche du temps perdu.
C'est en appliquant la même logique aristotélicienne que Karl Marx a anéanti simultanément l'Eglise, l'Etat (national-socialiste) et le capitalisme afin de sauver de leurs griffes la Vérité, devant laquelle les femmes tournent le plus souvent les talons lorsqu'elles l'aperçoivent. Le prince des poètes, Baudelaire, pas très loin de l'homosexualité comme Nitche, conçoit même l'art comme une protection contre la vérité - étant donné qu'il fait aussi l'éloge du maquillage des femmes, on pourrait dire : comme un "masque de beauté". Le grand mérite de Baudelaire étant, contrairement au clergé actuel, de ne pas cacher qui lui inspire ses vers.
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lundi, 25 mai 2009
Ma guerre
Trois derniers chapitres de mon "Journal de guerre" (version pdf) : janvier, février, mars, dans une version raccourcie.
Je ne crois pas avoir jamais vraiment désarmé au cours des quinze dernières années et je me considère donc presque comme un ancien combattant, bien que je sois trentenaire. Simplement mon combat a redoublé d'intensité depuis un an ou deux. Il ne s'agit pas encore de la version définitive de mon Journal que je publierai -si Dieu veut que le temps nous oppresse encore jusque-là-, en septembre prochain.
Amateurs de poésie et de romans, de rock'n roll, passez votre chemin : de style mon journal n'a pas ; c'est une arme, pointée notamment contre une forme violente d'oppression : la science laïque athée, mensongère dans toutes ses parties, et qui reçoit le soutien positif navrant de nombreux fétichistes chrétiens. Ceux-là préfèrent les clichés glacés du cinéma à la réalité du carnage sanglant auquel la science laïque est mêlée.
Car ce n'est pas seulement la science économique prospective qu'on a vu s'effondrer il y a quelques mois qui est susceptible de se retourner, comme la Créature de Frankenstein se retourne contre son génial inventeur ; non, le cancer touche tous les membres. C'est sans doute pourquoi aucun des crétins de Princeton, des béotiens nobelisés, labelisés, et leurs mathématiques financières aussi prétentieuses qu'ineptes, n'ont été ne serait-ce qu'inculpés : pour éviter qu'on ne découvre que le roi tout entier est nu, et pas seulement ses extrémités algébriques les plus froides.
L'ébauche de critique radicale de Simone Weil, dirigée contre Planck et Boltzmann, est en elle-même une véritable bombe lancée contre l'Université, si on y regarde à deux fois. Je ne fournirai le complément solide de la critique de Simone Weil qu'en annexe de la version définitive de mon Journal ; en attendant je crois que les derniers chapitres, surtout les mois de février et mars, donnent une assez bonne idée de l'ampleur de mon révisionnisme scientifique et, surtout, de la largeur du trou noir, de l'épaisseur des bésicles des fouteurs de merde qui grouillent dedans, depuis le sinistre XVIIe siècle de Pascal et de Descartes où tout à commencé, conformément aux écrits prophétiques des plus grands savants de la Renaissance, qui avaient vu les nuages de tempête s'amonceller, présages de la grande misère.
15:56 Publié dans Journal pdf | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : simone weil, boltzmann, max planck, thermodynamique, gaz
mercredi, 06 mai 2009
Dieudonné... sans confession !
La candidature de Dieudonné est remplie de promesses : nul doute qu'on devrait atteindre des sommets dans la dialectique antiraciste, déjà fort élevée. Collectionneur d'ubuismes gros et petits, déjà, j'avais relevé dans "Les Temps modernes" : "Simone Weil est une juive antisémite ne s'aimant pas elle-même étant juive" (F. Kaplan) (A moins que ce ne soit l'inverse ? Je n'ai pas relevé par écrit.)
Nul doute que l'agrégation de philosophie de BHL va lui servir à quelque chose pour démêler tout ça et que, par précaution, il devrait déjà distribuer quelques "grilles de lecture".
Petit conseil d'un amateur qui trouve la philologie trop sérieuse pour ne pas la laisser à des professionnels du CNRS ou à Philippe Sollers : ceux qui veulent peindre le gaillard Dieudonné autre que comme un enfant de choeur feront mieux de passer par le patronyme non moins poétique "Mbala-bala".
"Contre le sionisme" : Dieudonné va devoir aussi dire de quelle couleur car la gamme va de l'écru au noir, jusqu'au projet laïc de colonie juive à Madagascar.
17:51 Publié dans Mon Journal de guerre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : dieudonne, francis kaplan, simone weil, sionisme

