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Lapinos - Page 125

  • Marx pour les Nuls

    Le bureaucrate international d’origine helvétique Jean Ziegler milite médiatiquement contre la faim dans le monde.

    Après l’échec des organisations internationales, SDN et ONU à assurer la paix mondiale, c’est le fiasco des organisations internationales chargées d’assurer un minimum de nourriture aux habitants du tiers-monde, qu’un ancien membre comme Ziegler est obligé de constater.

    Si Ziegler évite bien sûr de citer le nom de Karl Marx, il établit un lien direct entre le déséquilibre alimentaire à l’échelle mondiale et le capitalisme :

    - La division de la production agro-alimentaire à l’échelle mondiale, sous l’impulsion de cartels de l’industrie agro-alimentaire yankis, notamment, a éradiqué l’agriculture vivrière dans de nombreux pays, soumettant les habitants de ces pays aux aléas des cours de la bourse de Chicago. Le Mali produit des noix de cajous pour l’apéro des Occidentaux, le Kenya des roses pour la saint-Valentin et autres cérémonies stupides, etc.

    - La spéculation est intensifiée par le monopole des cartels sur le tiers de la production mondiale de céréales qui peuvent ainsi mieux organiser la disette.

    - La bureaucratisation de la paysannerie en Europe et aux Etats-Unis, qui s’accompagne de subventions gouvernementales aux “agriculteurs”, a un effet de “dumping” qui rend la production des Etats-Unis ou de l’Europe compétitive sur les marchés du tiers-monde.

    Il faudrait aussi parler de la forte consommation de haschisch et de cocaïne des pays occidentaux qui oriente les pays d’Amérique du Sud, notamment, vers la culture du cannabis ou de la coca.

    *

    Mais surtout Jean Ziegler se garde d’évoquer le rôle joué par la propagande évolutionniste malthusienne dans cette faillite économique et morale.
    D’abord parce que la fausse science évolutionniste, fondée sur la prospective malthusienne, est au centre de l’idéologie écologiste, celle qui a légitimé que les cartels de l’industrie agro-alimentaire se tournent vers la production de biocarburants et détournent la production de maïs de sa fin.

    Secundo parce que l’évolutionnisme a servi à endormir l’opinion publique occidentale, aussi bien qu’il avait servi la propagande nazie. Comment ? En fourrant dans la tête des gens que la planète est trop exiguë pour accueillir des milliards d’êtres humains, et par conséquent que la famine dans le Tiers-monde est une fatalité - alors qu’elle est le résultat d’une politique dite “libérale”.
    Le sort des juifs fut aussi perçu par une majorité d’Allemands au cours de la dernière guerre mondiale comme une fatalité… ALORS QUE CES ALLEMANDS ÉTAIENT EUX-MÊMES DANS UNE SITUATION PRÉCAIRE, ce qui n’est pas le cas de l’Occident sur le plan alimentaire aujourd’hui.

    On se souvient des propos récents du crétin médiatique Pascal Sevran à propos de la famine en Afrique ; cet imbécile pontifiant a été largement réhabilité depuis par ses pairs : il ne faisait qu’exprimer une opinion évolutionniste largement répandue dans la “patrie des droits de l’homme”.
    Le milliardaire Ted Turner aux Etats-Unis est aussi un militant actif de cette idéologie de mort.

    Un dernier point : Jean Ziegler est-il naïf ou cynique lorsqu’il propose d’inclure dans les Droits de l’homme le droit pour tout homme de manger à sa faim ? Nul n’est mieux placé qu’un type comme lui, pourtant, pour avoir connaissance de l’hypocrisie profonde de la religion des Droits de l’homme. Une hypocrisie au service du capitalisme.

    Nul mieux que Karl Marx, qui déjà prédisait les conséquences catastrophiques de la mondialisation il y a un siècle, nul mieux que Marx n’a démasqué la supercherie laïque des Droits de l’homme et son caractère particulièrement pervers (In :Critique de l’Etat hégélien).
    Un chrétien est censé savoir qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois, Dieu et l’Argent, ou Dieu et l’Etat ; cependant il a fallu que ce soit un penseur anticlérical comme Marx qui dénonce avec le plus de netteté le principe laïc.
    Néanmoins si Veuillot, Bloy, Péguy, Claudel ou Bernanos ont été trahis par le clergé démocrate-chrétien, de gauche comme de droite, les partis communistes européens de leur côté ont étouffé tout ou partie des révélations contenues dans la leçon d’histoire de Marx…

    Malheureux les riches en esprit.

  • Religio depopulata

    « Lu la première encyclique de Benoît XV. Étonnante médiocrité. »
    L. Bloy (décembre 1914)

    Que dire du panégyrique que Benoît XVI a tenu à prononcer des institutions laïques des Etats-Unis, comme si les Etats-Unis n’idolâtraient pas le dollar et le sacro-saint taux de croissance ? Qu’auraient pensé d’un tel éloge un Bloy ? un Péguy ? un Bernanos ?

    L’engouement de Benoît XVI pour les Etats-Unis ne me surprend guère, au vrai. Une de mes premières impressions en effet, quelques instants à peine après avoir posé le pied sur le sol des Etats-Unis, fut de m’y sentir comme en… Allemagne.
    « Arbeit macht frei ! » : cette devise pourrait être la devise morale des Yankis ; encore faut-il bien comprendre qu’il ne s’agit pas ici d’une libération par le travail en soi, comme pour les nazis ou pour Baudelaire, mais d’une libération par le travail en tant qu’il enrichit en biens matériels le travailleur, comme pour Sarkozy ou Guizot.

    Plus généralement un esprit français ne peut qu’être consterné par la persistance de la philosophie idéaliste allemande malgré les guerres civiles européennes sanglantes entre nations laïques capitalistes. Qu’en 2008, des théoriciens aussi débiles que Horkheimer, Heidegger, Adorno, E. Kant… aient droit de cité au Vatican, tandis que Duns Scot, Francis Bacon ou Karl Marx sont dénigrés, si ce n’est pas un signe de sclérose…

    Même les attaques de Benoît XVI contre la Renaissance n’ont guère suscité de réaction - y compris en Italie ! - encore un signe de sénilité de l’Eglise d’Occident tout entière.

  • Entre cygnes

    Alors étudiant en propédeutique à B***, petite capitale de province à demi figée dans la routine moderne, un fait divers avait frappé l’esprit en friche du jeune Xavier de J.
    Précisons que la Philosophie, choisie au hasard entre plusieurs sujets d’étude possibles, la Philosophie était loin de combler la curiosité tous azimuts de notre héros ; aussi pour compenser l’aridité de cette matière et se distraire de ses professeurs lisait-il les dépêches des canards locaux ou nationaux avec assiduité, en quête d’un supplément de métaphysique.

    « L’assassin, disait le “Petit Rapporteur de l’Ouest” en “Une”, s’est introduit à la faveur de la nuit dans le parc d’enceinte du Palais de Justice ; il s’est attaqué dans le plan d’eau baptisé “lac des cygnes” par les riverains aux trois spécimens, deux blancs et un noir, de cette espèce de palmipèdes décoratifs. Après les avoir exécutés par strangulation, sans autre forme de procès il a pendu ensuite les pauvres bêtes par le col aux grilles du parc. »
    Une photographie était censée renforcer la description de l’article, mais elle était floue et peu explicite avec ses trois taches blanches informes sur fond de frondaisons glauques.

    Dans le bec du cygne du milieu, les enquêteurs retrouvèrent un billet coincé, où le criminel avait griffonné quelques revendications. Conformément au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’indépendance de la Cornouaille sous quinzaine était exigée, ainsi que, et là la revendication était directement adressée au futur gouvernement de la Cornouaille libre et indépendante, l’enseignement de l’idiome cornouaillais aux jeunes enfants dès la classe de maternelle supérieure. Sinon le militant indépendantiste n’était pas près de déposer les armes et il fallait s’attendre à d’autres représailles sur la faune des espaces verts du département.

    « - Tout ça est parfaitement idiot et recèle sûrement autre chose… » songea le jeune homme perplexe. Il avait néanmoins tiré de F. Hegel et A. Allais, ses auteurs favoris, que l’absurdité, malgré les apparences, n’est pas dénuée de sens pour peu qu’on ait bon pied, bon œil.

    Une promenade de reconnaissance dans le parc qui avait servi de cadre au drame s’imposait. Y pique-niquer aussi par la même occasion vu qu’une éclaircie venait juste de se déclarer au-dessus de B*** serait une bonne idée.
    Un sandwich composé de mie de pain et de jambon sec d’Italie à la main, une canette de bière en poche, Xavier de J. parcourut toutes les allées en plissant les yeux. Mais nul détail révélateur ne vint éclaircir pour lui l’énigme, serait-ce d’un iota.
    Ce jardin public était on ne peut plus banal, avec ses parterres de fleurs criardes soigneusement entretenus, ses grappes de vieillards qui trompaient le temps en jouant aux boules, son théâtre grec en béton, ses balançoires abandonnées à l’heure de l’école, ses pelouses d’un vert désespérant, sa mare aux cygnes tristement vide…

    Jusqu’à l’architecture du Tribunal sis au milieu, qui n’était ni spécialement dissuasive ni spécialement acceuillante ; sur le côté gauche du palais, on avait érigé le buste de quelque écrivain natif de B*** afin d’entretenir sa gloire, comme font toutes les municipalités. L'étudiant passa devant sans même s'arrêter.

    *

    Douze années plus tard, Xavier de J. avait relégué cette anecdote dans le vide-poche de sa mémoire et poursuivait ses études dans une ville plus grande lorsque, feuilletant distraitement un bouquin extrait de la bibliothèque de son dentiste, assortiment d’ouvrages jugés propices à endormir l’impatience et l’angoisse d’une clientèle aux nerfs en pelote et qui pouvait, de l’antichambre où elle se trouvait confinée, percevoir le son agaçant d’une roulette ou d’une perceuse, il se ressouvint soudain, butant sur un long couplet, de ce fait divers ancien, par association d’idées et de couleurs (la moquette de la salle d'attente était verte, elle aussi) :
    « …étant allé jusqu’à la mare de Montjouvain où j’aimais revoir les reflets du toit de tuile… en grand deuil car son père était mort depuis peu… c’est assommant, quelque chose insignifiante qu’on fasse, de penser que des yeux vous voient. »

    Avec ses phrases-boa, Proust, car il s’agissait d’une édition bon marché de Du Côté de chez Swann, Proust n’était-il pas lui aussi un redoutable tueur de signes sous des dehors bonhomme ? Par réflexe Xavier de J. porta une main inquiète à son cou alors qu'on l'appelait à son tour dans le cabinet rempli d'appareils plus monstrueux les uns que les autres.

  • Pour un art communiste

    Il y a une gradation dans la haine du bourgeois pour l'art. Ce qu'il méprise en particulier dans la peinture, où elle s'affiche, c’est la maîtrise technique : par exemple le fait qu’on ne peint pas de la même façon sur du bois, de la toile ou sur une muraille, sur un grand ou un petit format.
    Lorsqu’on parle de “siècle de la technique”, c'est un paradoxe amusant tant le dilettantisme de la bourgoisie dans tous les domaines est frappant - exceptés les domaines du football et de la gastronomie d'où la plaisanterie est exclue. Même lorsqu'un représentant de la société civile bourgeoise se pique de poésie, pour se distinguer, tel l'empanaché Dominique de Villepin, il ne peut s'empêcher de choisir des vers de mirmiton et de fuir systématiquement la poésie politique.

    Seule l’intention compte. Sur ce spiritualisme bourgeois repose la grande alchimie laïque et capitaliste qui permet de changer le plomb en or, la merde en objet d’admiration, de dociles crétins en artistes.

    La célèbre phénoménologie de Maurice Denis définissant la peinture comme : « (…) avant tout une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » a été détournée de son sens. Du manifeste d’un artisan affirmant la solidité de son art, on a fait une formule magique, le théorème de l’art schématique.

    Aux yeux des bourgeois, le “fauvisme” passe pour une révolution artistique qui confère une plus-value aux toiles des fauves. Un matérialiste tel que moi y voit au contraire une adaptation de la peinture de salon à l’opacité croissante des mélanges de couleurs, à la diminution de l'éclat du vermillon et de l'outremer - et même la terre faiblit.

    *

    Est-ce que ce n’est pas une preuve de matérialisme que de de prétendre posséder un métier, de garantir cinq siècles son travail, comme Dürer ? Le matérialisme des peintres de la Renaissance est exactement le même que celui de Karl Marx. Sans domination, sans intelligence de la matière, pour Léonard comme pour le théoricien du communisme, il n’y a que domination de l'esprit par la matière.

    La pensée de Marx, c’est la pensée de Hegel INCARNÉE. Aussi Marx est-il, plus encore que Hegel, dans le collimateur de la bourgeoisie iconoclaste, à l’instar des peintres de la Renaissance, trahis, changés en philosophes ou en géomètres-experts sans que les historiens d'art puissent s'opposer à ces préjugés.

    La victoire du communisme sur les Philistins doit être une victoire de l’intelligence sur la bêtise. Il ne s’agit pas de chercher à concurrencer la bourgeoisie mais de la renverser. Réclamer au premier chef une meilleure répartition des richesses, pour un communiste, voilà bien un signe de son asservissement aux Valeurs actuelles.

  • Mai 68 pour les Nuls

    En somme la commémoration de Mai 68 en 2008 réunit dans la même ferveur nostalgique gaullistes et antigaullistes. Fin de la dispute.
    Ce qu’il importe de comprendre, c’est à quoi tenait le différend et sur quelle base la réconciliation incarnée par Sarkozy peut avoir lieu.

    On doit pour ça examiner les opinions des uns et des autres.
    Pour ce qui est des gaullistes, force est de constater qu’en dehors de leur chef, ils n’ont jamais eu de métaphysique bien définie.

    Pompidou était favorable au principe d’enterrer la hache de guerre entre les poètes et les banquiers, mais Pompidou était-il particulièrement “gaulliste” ?

    Mauriac ? Mauriac est l’emblème de la bourgeoisie bordelaise qui ne dit jamais ouvertement ce qu’elle pense et qu’on ne peut percer à jour qu’à travers ses romans.

    Bernanos ? Il faut avoir le culot d’un Sébastien Laplanque, gros garçon joufflu journaliste au Figaro, pour attirer l’auteur de La France contre les robots dans les filets du gaullisme. Il s’agit sans doute d’un clin-d’œil à Dassault, fabricant d’armes de destruction massive ou chirurgicale.
    Les robots, on sait à quel point De Gaulle les aimait, si possible à son image, c’est-à-dire monstrueux. C’est d’ailleurs sans doute ça la véritable idéologie gaulliste : la robotique.
    Sinon De Gaulle tenta d’imiter Chateaubriand. Mais qu’est-ce que la pensée de Chateaubriand sinon une pierre qui roule sans amasser de mousse, l’ancêtre du “rock’n roll”…

    *

    Le camp des soixante-huitards peut-il se prévaloir, lui, de pensées plus élevées ? Laissons de côté les acolytes, les thuriféraires Finkielkraut ou Glucksman, Alain Geismar, trop heureux de l’aubaine médiatique, pour aller directement aux grands-prêtres, Sartre, Lévinas ou Benny Lévy.
    Pour Lévinas, “grosso modo”, le summum de la modernité c’est… le Talmud, la tradition juive. On est encore à ressasser la vengeance contre l’Allemagne : “Œil pour œil…” ; difficile de ne pas prendre la philosophie de Lévinas pour autre chose que du tribalisme enveloppé dans des périphrases sophistiquées.

    Sartre est moins bénin, moins saisissable. Il mène une guerre de positions et ne cesse d’en changer. Il pisse sur la tombe de Chateaubriand pour mieux dissimuler qu’il n’est pas beaucoup moins futile.
    Un voltairien au XXe siècle, un voltairien attardé, voilà comment résumer Sartre.
    De Gaulle-Chateaubriand contre Sartre-Voltaire : on peut mesurer l'écart de cette façon.

    *

    Ce qui fait que les raisons qui ont pu pousser ces deux partis antagonistes à se fondre plus ou moins l’un dans l’autre, quitte à se jetter quelques slogans à la figure lors des campagnes électorales, en souvenir du bon vieux temps, ces raisons paraissent assez évidentes, sans qu’il soit besoin d’épiloguer.

  • Aimer Rembrandt

    “ Je vous le dis, sans aucun doute, si Rembrandt vivait aujourd’hui il ne serait pas peintre… il choisirait plutôt de faire du cinéma ! ” Le peintre Charles Marron avait attendu qu’on soit rendu entre la poire et le fromage pour essayer ce trait d’esprit provocant sur ses convives.

    Un ange passa, avant que les réactions ne fusent :

    “ - Ah oui ? c’est ce que tu penses vraiment, Charles ?

    - Eh, eh, pas mal observé…

    - Oh oui, joli “travelling”, Charles ! ”

    La dernière répartie était de Flora, qui avait posé pour Marron autrefois dans sa période figurative. Il y avait en sus autour de la table dressée dans la courette du peintre, d’où on pouvait voir le quart Sud-Est du Sacré-Cœur : Anne-Elisabeth, une galeriste réputée l’amie intime de Flora, quai Voltaire ; Patrick, un voisin sans profession fixe avec qui Charles jouait souvent à la pétanque dans le quartier ; Axel, neveu unique de l’artiste accompagné de sa petite amie Ophélie ; enfin Me Bonneteau - dont Marron attendait surtout l’avis. Nicolas Bonneteau comptait en effet beaucoup pour l’artiste. Il était son agent et ami depuis plus de trente ans, l’avait toujours conseillé intelligemment. Mieux : si la peinture de Marron avait triplé sa cote et franchi un cap, c’était pour une part aux conseils de son meilleur ami que Marron le devait. Si Bonneteau acquiescait, alors Marron n’hésiterait plus, il relancerait sa formule sur Rembrandt et le cinéma lors de son prochain passage dans “Cultures en fusion”, l’émission du compositeur-animateur Frédérick Peticouly-Decaille.

    *

    Bonneteau, un peu en retard sur les autres, fit descendre en force la bouchée de pain Poilâne et de fourme de Montbrison qui lui restait en travers, vu que tous les regards après celui du “maestro” s’étaient tournés vers lui :

    “ - Eh, bien, comment dirais-je, Charles… ta métaphore est on ne peut plus “hégélienne”… et, même si Heidegger ou Houellebecq sont plus à la mode aujourd’hui, au niveau du concept, étant donné que tu vas précisément faire la promo d’un film, je trouve ça plutôt subtil… d’ailleurs Houellebecq et Heidegger sont déjà un peu “out”, donc… ”

    Là-dessus Bonneteau attaqua le tiramisu “fait maison”, dépassant ainsi les autres. Le peintre avait en effet décidé de se diversifier, de se consacrer au Septième art à son tour, tout en gardant un pied dans la peinture. Consacrer un long métrage à Rembrandt constituait une bonne transition. Il faudrait être fou en 2008 pour ne pas aimer Rembrandt ! Même les cons qui votent Le Pen ou Sarkozy aiment Rembrandt.

    Si l’on examine en détail l’œuvre de R., ce que Marron n’avait pas manqué de faire avant le tournage du film, on se rend compte du soin particulier qu’il apporte à la mise en scène et à l’éclairage, un peu comme Fritz Lang, le grand cinéaste juif chassé d’Allemagne par les nazis… Si Vermeer préfigure les grands photographes actuels qui savent mettre la vie quotidienne en abyme, Brassayas, J. Meese, ou même Ronald W. Stuart, on peut se permettre de faire le parallèle entre Rembrandt et le cinéma expressionniste allemand, David Flynch compris évidemment…

    “ - Mais, mon Oncle, fit le neveu de Marron, pris d’une inspiration subite et court-circuitant la méditation qui prolongeait la réponse de Bonneteau, mon Oncle comment peux-tu être aussi sûr que Rembrandt eût pu s’habituer à tenir une caméra après avoir fait usage auparavant d’un pinceau et d’une palette de couleurs une partie de sa vie durant ? Ça fait quand même un grand changement, non ?! En fait t’es bien placé pour le savoir ! ”

    Le “mon Oncle”, autant que la naïveté du propos, fit sourire le reste des convives sauf Ophélie qui ne souriait pratiquement jamais. Marron ne pouvait pas avoir d’enfants, étant donné sa vocation de peintre, mais sa sœur lui avait confié avant de mourir son fils Axel, qui rêvait de percer dans les arts plastiques lui aussi après avoir mis fin à ses études de commerce. Mais ce pauvre Axel était d’un terre-à-terre !

    “ - Cher Neveu, Marron imitait le style de son émule, j’espère que tu n’attends tout de même pas sérieusement que je réponde à cette question ? Le métier de peintre, vois-tu, tout le monde ou presque peut l’apprendre, avec un minimum d’entêtement, et je sais que tu en as un maximum ; mais pour ce qui est du concept… là c’est autre chose le concept… quasiment de l’ordre de… de l’inné ! Il n’y pas un seul génie dans l’histoire de l’art qui n’ait peint avec un concept puissant par-derrière… Léonardo ? On ne peut pas faire plus conceptuel ! Et Dürer, l’abstraction de Dürer !! Dürer est tellement abstrait qu’il a besoin de savoir à quoi ressemble un corps à l'intérieur avant d'en dessiner l’extérieur ; je ne parle même pas de Pottock, qui pense plus qu’il ne peint, Pottock qui est tout “intériorité” !… ”

    Mais Axel n’écoutait même plus, il s’était jeté sur la dernière part de tiramisu qui restait et semblait trouver un intérêt plus grand à la mastication de son dessert italien, les yeux levés au ciel en signe d’extase, qu’aux explications de son oncle, confirmant le mauvais pressentiment du tuteur quant aux chances de son pupille de se faire un nom dans l’art contemporain de demain.

  • Le plein de Super-héros

    Encore à propos de Fourniret et de sa vie de couple, proposée en contre-exemple à ne pas suivre : à quoi sert l'existentialisme, si on ne peut pas le traduire en actes ?

    Superman, c'est juste bon pour le cinéma et après on rentre chez soi manger une pizza !? Nitche, Sartre ou encore Houellebecq sont des peine-à-jouir qui s'arrêtent au seuil de la loi. Et l'hédonisme de Michel Onfray ? Il ne vaut que pour ceux qui ont un casier judiciaire vierge ?

    Ce qui classe à coup sûr pour moi Fourniret parmi les philosophes existentialistes héritiers de l'idéalisme allemand ? Cette remarque du serial killer qui se déclare mortifié d'avoir épousé une femme QUI N'ETAIT PLUS VIERGE ! Bien sûr, ce n'est qu'un prétexte bidon destiné à émouvoir les experts-psychiatres et le jury, mais le choix d'une telle justification ne doit rien au hasard des pensées de Fourniret. Symétriquement Fourniret exigeait de sa "compagne" de plaisir qu'elle se comporte avec lui comme une pute.

    Car s'il y a bien un courant philosophique qui place son idéal au fond de la culotte, c'est l'existentialisme. Onfray et Houellebecq sont des caricatures contemporaines, c'est entendu, l'une officielle, l'autre incorrecte, de l'existentialisme : mais il n'y a pas de fumée sans feu.

    La morale de Nitche, c'est en grande partie une morale de dragueur, de paon qui fait la roue ; Heidegger c'est le plouc qui se fait professeur pour mieux séduire les jeunes Allemandes qui, dès qu'on leur cause culture, soulèvent leurs jupes. Même Sartre, pourtant plus malin, grâce à Voltaire, ne philosophe pas beaucoup plus haut. Dans un couple existentialiste, cherchez qui tient la culotte, c'est un bon moyen de répertorier ces moralistes.

    On objectera : mais Fourniret n'arrête pas de parler de Dieu ! Et alors ? Il y a bien une branche existentialiste chrétienne non-athée, même si c'est la plus débile (puisque l'existentialisme est conçu pour rejeter les conventions religieuses et draguer plus à l'aise). Et Nitche, comme Sartre et Heidegger, ces soi-disant athées, sont obsédés par Dieu en réalité ; ils ne rompent jamais le fil du dialogue avec lui, comme si c'était un camarade d'école ou de faculté, une vieille connaissance, une ruine d'éternité mûre pour l'humanité : c'est seulement après Jésus, l'Esprit saint, l'Eve nouvelle, que les existentialistes en ont.

    Et puis dans la mesure où l'existentialisme est désormais la doctrine commune laïque ou presque, de l'ajusteur au Président de la République en passant par les avocats et les magistrats, nul n'est mieux placé qu'un tueur existentialiste comme Fourniret pour douter de la justice des hommes.

     

     

     

     

     

  • Créationnisme

    Si l'identification au singe est de l'ordre de l'anthromorphisme - Darwin n'est pas un canon de beauté - alors que signifie l'identification à l'amibe ? Serait-ce un rapprochement cette fois, non plus avec l'enveloppe extérieure, la forme, le dessin, mais avec la vie intérieure de l'homme contemporain laïc, qui met des capotes avant de faire l'amour et se brosse les dents trois fois par jour en guise de morale ?

    Simple hypothèse créationniste de ma part ; que j'appuie cependant sur un indice, un exemple significatif :

    J'étais en train d'examiner la société contemporaine à travers la télévision en prenant des notes, la télé qui révèle surtout la mentalité des élites citoyennes qui la font, lorsqu'elle a diffusé un reportage sur le photographe-reporter Yann Artus-Bertrand. Les photographes, comme les cinéastes ou les avocats, sont de bons clients pour le genre d'étude que je mène.

     Au cours d'un voyage au-dessus de la planète en avion, afin d'édifier la foule des téléspectateurs à l'aide de quelques clichés colorés représentant des végétaux ou des animaux exotiques, Yann (on appelle les aventuriers par leurs prénoms) décide de s'aventurer jusqu'au domicile d'une éminente "primatologue" britannique, Jane Goodall, afin de s'entretenir un brin avec cette papesse de la bonobomie.

    Selon moi cette donzelle a plutôt gâché de longues cuisses fuselées et une anatomie très évoluée par rapport à celle d'une guenon à crapahuter des lustres et des lustres dans la jungle. Mais ce n'est que mon avis et il est sans doute un peu terre-à-terre et bien peu missionnaire. Moralement rien ne dit d'ailleurs que le destin de Miss Goodall n'était pas au milieu des chimpanzés plutôt que des hommes, ces salauds.

     Dans une tentative despérée (car Yann a de longues moustaches) de séduire ce qui n'est plus qu'une vieille peau écologiste, après un long blabla sur l'humanité des singes et les mimiques des hommes, ne voilà-t-il pas que Yann propose à Jane de la quitter en la saluant "à la manière des singes" ?! Et le couple improbable s'enlace alors, museau contre museau, en poussant des petits grognements simiesques. Sans aucune arrière-pensée ni crainte du ridicule, ça va de soi.

  • Pervers polymorphes

    Ambiguïté des médias devant tous ces crimes sexuels : l'Autrichien amoureux de sa fille, le violeur de Suédoise(s) ; entre répulsion et attraction ; répulsion pour tout ce sperme, ce sang, cette chair, sans doute de la sueur aussi, et de la crasse, qui sait ? - attirance pour tout le paquet de fric que ces faits divers représentent. On montrera cent fois au public la blonde Suédoise en minijupe, l’air pimpant d'une qui ne sort pas en boîte pour se faire violer mais pour s'éclater, afin d'illustrer à quel point le crime, dans le cas d’une telle beauté, presque pure, était inconcevable, choquant au point de vue laïc. Entre deux pages de pub. à tarif majoré. On s'abstiendra momentanément de blagues sur les blondes aussi : respect !

    Qu’est-ce qui est le plus horrible, que ce père ait été amoureux de sa fille et qu’il l’ait séquestrée, ou bien qu’il l’ait engrossée SEPT fois, une vraie poule pondeuse ? Exactement comme au moyen âge (ou en pays Cht'i).

    *

    Mais le couple Fourniret ? Qu’est-ce qu’on reproche au juste au couple Fourniret ? N’y a-t-il pas dans cet amour plus fort que la police quelque chose de magnifique ? Ne sont-ils pas les “Bonnie & Clyde du crime sexuel” ? Bien sûr leurs fantasmes étaient un peu bizarres, un peu excessifs, et le sado-masochisme de Robbe-Grillet et de sa muse plus digne, plus “républicain” ; bien qu’il ait des velléités dans ce sens, on n'imagine pas Michel Fourniret à l’Académie française, primé au Goncourt ou docteur honoris causa de l’Université de Virginie ou de Caroline-du-Nord ? Il faut toujours un peu de temps à l’avant-garde pour se faire admettre, y compris en démocratie.

    S’il faut tuer son prochain pour s’accomplir sexuellement, alors c’est sûrement une entrave au contrat social, pas de doute. Il est bien connu que “la liberté de chacun s’arrête, etc.” Même pas besoin d’aller chercher jusqu’au grandiose “Pas de liberté pour les ennemis de la liberté !”. Il y a dans le commerce une gamme assez variée d’ustensiles et de jouets sexuels, sans qu’on ait besoin de piocher au petit bonheur des enfants, sur le bord d’une nationale, bordel de merde... des enfants qui ne demandent eux-mêmes rien d’autre que de jouer en paix, et, plus tard, lorsqu’ils seront majeurs, d’avoir une sexualité épanouie à leur tour et de pouvoir construire quelque chose.

    Hélas la démocratie n’est pas parfaite, sans quoi elle n’aurait pas besoin de psychologues et de psychiatres, ni d’artistes pour exprimer tout ça symboliquement.

    Pointilleux comme je suis, à se demander si je ne suis pas moi-même une sorte de pervers, je constate que les Fourniret ne sont pas les seuls à mettre des coups de couteau dans le contrat social, avec une assurance tranquille.
    Monsieur Presquetoutlemonde, lorsqu’il s’achète à crédit la nouvelle BMW superturbo ou la dernière Renault à moteur Dassault, est-ce qu’il exclut complètement d’enfreindre la loi, de s’adonner au fantasme de la vitesse un petit matin, rien qu’une fois, après s’être vu refuser une augmentation par son patron ou l’accès à la garçonnière de sa maîtresse ? Sûr, c’est juste pour le plaisir esthétique de faire briller une belle carrosserie ? ou bien… vroum-vrroum, ça n’a l’air de rien, "il n’y a pas de mal à se faire du bien", et puis voilà, trois morts, un jeune couple avec enfant, qui partait en vacances, tués nets pour deux d’entre eux ; dans d’atroces tortures à base de mercure et de chromes pour le troisième. Les victimes étaient elles-mêmes un peu au-dessus de la vitesse autorisée, plaidera l’avocat, qui est payé pour ça.
    Qu’est-ce qui fait le plus de victimes ? Les crimes sexuels ou les accidents de la route ?

    Et Daniel Bouton, le PDG de la “Société générale” et ses arnaques plus ou moins légales, ses prises de risques plus ou moins contrôlées, n’y a-t-il pas une part de fantasme là-dedans aussi, de fantasme de la “culbute” ? Voire une atteinte au contrat social. C’est vrai, le petit dealer à côté, sa faute s’efface. Pour peu qu’il fasse vivre sa famille restée “au pays” avec, tout est relatif, le dealer devient un héros.
    Spaggiari, avec l’aide du cinéma, à côté de Jérôme Kerviel c'est même un artiste CLASSIQUE. Trader ou dealer, c’est plus qu’une question de quartier chic ou crade.
    Que penser de l’imbécile qui se suicide parce qu’il n’a plus de crédit auprès de sa banque, sinon qu’il n’a pas le sens de la modernité ?
    Qu’est-ce qui fait le plus de victimes ? Les crimes sexuels ou les braquages ?
  • Les Fâcheux

    Ne voilà-t-il pas que le Tartuffe Xavier Darcos veut qu'on enseigne la morale aux enfants dès la maternelle... Comme si les fables de La Fontaine ne suffisaient pas. On croit rêver. On croule sous la morale virtuelle : à tous les coins de rue des panneaux pour vous interdire de baiser pour de bon, ou de fumer, de boire du vin... et pourtant jamais la morale réelle n'a été aussi absente. Comment lorsque des énarques et des polytechniciens qui fourguent des armes et des supermarchés à qui veut bien éponger nos stocks, en l'absence d'autres considérations morales, comment dans ce paysage-là Darcos peut-il espérer que le petit voyou dealer de cigarettes ou autres pétards suspects respecte, lui, la morale, et envisage les conséquences de ses actes à long terme ?

    Les voyous devraient respecter la morale en premier et montrer l'exemple aux gens honnêtes ? Est-ce que Xavier Darcos ne se fout pas un peu de la gueule du peuple avec sa morale laïque de derrière les fagots ?

    *

    Ce n'est pas la révolution permanente, ce régime, mais plutôt la comédie de Molière permanente. Pas seulement Darcos en Tartuffe, mais aussi Sarkozy en Scapin, qui commence à se demander ce qu'il est venu faire dans cette galère au lieu de se faire embaucher chez LVMH ou Bolloré ; Fillon en misanthrope, pas mécontent qu'on lui fiche la paix ; ou en Sganarelle, obligé d'approuver toutes les foucades de son Dom Juan de patron, mais qui n'en prie pas moins la sainte Vierge pour que tout ce cirque-là s'arrête ; Carla Bruni en vraie-fausse pucelle consentante, en Agnès affranchie ; pour les femmes savantes, Christine Lagarde, Roselyne Bachelot et Rama Yade offrent des exemples variés d'arrogance et de prétention femelles qui se veulent mâles ; ne dites pas que j'exagère : Bernard Kouchner n'est-il pas le bourgeois-gentilhomme parfait, qui parle les droits de l'homme ou le droit international comme une seconde langue naturelle ? Le Malade imaginaire c'est la France, qui ne souffre pas de "pas assez" mais de "trop plein".

    Je cherche un rôle pour Xavier Bertrand, vu que le Tartuffe est déjà pris... Et Sganarelle aussi... Après tout rien n'impose que l'Avare ne soit pas gras et un peu franc-maçon.

     (Jacques Attali est trop "bouffon triste" pour ne pas le réserver à la Comédia del Arte.)

    Les "Amants magnifiques", bien qu'un peu décatis, mais le maquillage n'est pas une nouveauté au théâtre : Cécilia et son nouveau Jules.

    On peut juste constater que la droite au gouvernement peine à recruter des Trissotins et Vadius crédibles ; Guaino est un peu "limite". La gauche est beaucoup plus douée pour ça. Finkielkraut avait sa place au gouvernement, pour succéder à Luc Ferry.

    *

     Molière vous tient en haleine quatre ou cinq actes ; après, tomber de rideau. Mais quatre longues années, comment diable ? L'opposition a de quoi être inquiète pour la suite. Le spectacle qu'elle produira ne sera jamais aussi burlesque et la réalité du libéralisme, même repeint en gris laïc de gauche, risque d'apparaître comme plus violente encore après cette parenthèse de fou-rire encouragée par les médias, qui n'avaient pas prévu ce fou-rire de travers.

    On peut toujours rêver de Ségolène Royal, flanquant aux oubliettes Daniel Bouton et Bernard Arnault, Jacques Attali et Alain Minc, toute la fine fleur du patronnat français, comme jadis Louis XIV avec Fouquet, qui ne le méritait pas autant... On peut toujours rêver.

  • Hypothèses hypothèques

    - Si la Chine se développe avec un taux de croissance de 7 % sur 30 ans, alors il n'y aura bientôt plus de pauvres opprimés en Chine. Le meilleur des mondes, ça ne sera plus seulement la France ou les Etats-Unis mais aussi toute l'Asie !

    Et, quand on ouvre une boutique, il faut commencer par soigner la vitrine. Quelle plus belle vitrine que les jeux olympiques, avec ses athlètes bien musclés et bien épilés, cette confraternité des peuples autour d'un "100 mètres", couru pour la beauté du geste, par des amateurs de grâce olympique. Aux JO, les femmes sont presque des hommes, même le féminisme est presque accompli ! (nonobstant une petite différence de salaires, mais ne soyons pas mesquins).

    - Si la France, tête pensante du monde libre, et ses ministres éclairés du culte des JO, David Douillet, Bernard Laporte, Jean-Luc Mélanchon, Jean-François Lamour, Tony Estanguet, la crème de la politique visionnaire, épaule la Chine en implantant un réseau de grandes surfaces modèles du type "Leclerc" ou "Carrefour", comment les Chinois pourraient-ils se montrer ingrats à l'avenir, ne pas contribuer à payer nos retraites et à entretenir notre croissance, comme ils font déjà pour les étatsuniens ? Ils le feront NECESSAIREMENT parce qu'ils auront tellement de pognon qu'ils ne sauront même plus quoi en foutre, ces petits veinards. Avec un peu de chance, ils pourront même se permettre comme Daniel Bouton, comme les banques françaises ou britanniques, de jeter des milliards par les fenêtres sans que ça prête vraiment à conséquence.

    A ces hypothèses on ne peut plus appétissantes : qui n'a pas envie de devenir un jour Français ou citoyen des Etats-Unis, pays de cultures immenses et de jardins publics entretenus avec soin, j'oppose quand même mon hypothèse à moi, de pisse-vinaigre (probable qu'en se penchant sur ma petite enfance ou ma sexualité on doit pouvoir expliquer pourquoi autant de fiel et si peu de philosophie). Mon hypothèse :

    - Si Goebbels revenait aujourd'hui, il serait sans doute effrayé par notre cynisme. Tout ce business, non pas au nom de la "Race supérieure" mais carrément au nom de la "Morale", que l'Education nationale entend inculquer dès le plus jeune âge aux enfants. Si pas effrayé, au moins épaté de voir que sa leçon n'a pas servi à rien.

     

     

  • Collabos d'hier et d'aujourd'hui

    Ce qui rend la compromission avec les autorités chinoises particulièrement scandaleuse, c'est les leçons de morale laïque continuelles sur les vilains nazis, les méchants staliniens, l'horrible Le Pen, les immondes Talibans, ce salaud de George Bush, etc., dans tous les médias officiels.

    Parmi les Français qui collaborèrent avec les autorités nazies, certains justifièrent leurs actes par la volonté d'obtenir en échange le retour de prisonniers, une plus grande clémence des autorités allemandes, certains avantages matériels pour la population...

    La collaboration du gouvernement Sarkozy, elle, est légitimée par la volonté d'implanter quelques hypermarchés "Carrefour" de plus sur le territoire chinois, l'achat d'une centrale nucléaire ou deux par la Chine, un renvoi d'ascenseur aux sponsors.

    Les "collabos" d'hier ne sont pas allés à l'Allemagne, c'est l'Allemagne qui est venue à eux. La prostitution, aujourd'hui, est complète ; la France fait la démarche positive d'aller se vendre en Chine. Faut-il recouvrir cette politique d'une couche de marketing, Guy Sorman est là, pour faire rimer "libération" avec "société de consommation" : plus néocolonialiste, tu meurs.

    L'esclavage industriel, tel qu'il se perpétue en Chine, a provoqué en Europe tout au long du XIXe siècle des révolutions et des guerres civiles sanglantes. Mais l'aplomb de Sorman et de ses semblables est celui d'un chef de rayon "gadgets idéologiques" méprisant de l'histoire.

    Et la fiction morale de l'esprit sportif et de l'esprit olympique... Laure Manaudou, qui fait quinze kilomètres par jour dans un bassin d'eau chlorée, une vraie mutante, qui peut croire une seconde qu'il s'agit-là d'une "amatrice" qui travaille à entretenir l'amitié entre les peuples ? Qui peut avaler ça en dehors d'un militant sarkozyste qui entretient son patriotisme en regardant les JO sur TF1 ou France 2 ?

    La bêtise viscérale de la droite libérale nuit gravement à la politique. Et la gauche, par son hypocrisie, elle, bafoue la morale. Tous ces discours moraux, ces cours d'éducation civique, pour, lorsque l'occasion se présente de passer du discours aux actes, se vautrer dans le cynisme et le double langage libéral. Bravo ! Belle victoire en tandem.

    Il n'y aura probablement aucun athlète professionnel à boycotter les JO pour une question d'honneur, à refuser d'apporter sa caution à un régime totalitaire. En revanche tous ces athlètes professionnels seraient probablement d'accord pour fustiger comme un seul homme la collaboration de certains Français avec l'Allemagne nazie. On peut s'attendre aussi à des pleurnicheries en cas de concurrence déloyale de la part d'athlètes chinois dopés jusqu'aux yeux. Une morale laïque de cochons élevés en batterie.

     

  • Les Ecuries d'Augias

    Regret que mon blogue ne soit pas extensible au point de pouvoir me défouler sur TOUS les crétins qui se bousculent dans les médias. Je suis bien obligé de me limiter aux exemplaires Jean d'Ormesson, Finkielkraut, Jacques Attali, Guy Sorman, Onfray, BHL, Philippe Tesson - à quelques têtes de Turcs, faute de place.

    Pourtant c'est pas l'envie qui me manque de me venger AUSSI de ce crétin d'académicien, Jean-Marie Rouart, qui dans le genre "vieux beau", comme dans le genre "faux-derche", avec ses mimiques d'évêque assermenté, n'a absolument rien à envier à Jean d'Ormesson. Avec eux, "impertinence" rime avec "incontinence". Une gaffe de d'Ormesson sur le "lobby juif" : dix ans de cirages de pompes après dans les médias pour éponger ce pet de travers. Dans son dernier bouquin, Rouart égratigne vaguement Sarkozy. Des fois que ça pourrait nuire à sa carrière, il préfère faire la tournée des plateaux pour passer de la pommade. Editorialiste à Paris-Match, Rouart : pas besoin d'en dire plus.

    Ras-le-bol de la navigatrice Maud Fontenoy, inévitable Simone de Beauvoir high tech, avec tout son barda écolo-féministe, qui vient gâcher son beau regard bleu-de-lac suisse.

    Couper la radio, la télé, faire l'autruche, c'est tentant parfois, tant la bêtise des médias redouble la violence des faits divers.

    *

     Allez, on ne peut quand même pas se laisser faire sans rien dire, alors prenons encore une paire de têtes à claques dans le vent, Philippe Starck et Jean Nouvel - par paquets ça ira plus vite. Leur succès en dit long sur la médiocrité du cinéma. Oui, du cinéma. A quoi ça sert que le seul cinéaste français valable, Jacques Tati, ait ridiculisé ce genre de gugusses prétentieux, si on continue à les prendre au sérieux ? Et spécialement les cinéphiles, comme par hasard...

    La philosophie, le concept de Starck et Nouvel, c'est l'"utilitarisme". Le premier redessine fourchettes et autres objets essentiels pour les rendre plus pratiques, plus "ergonomiques" ; c'est-à-dire qu'ils ne faut plus qu'ils glissent des mains. Il n'a pas pigé que le but d'une fourchette n'est pas d'être pratique. C'est plus pratique de becqueter avec les mains, comme un singe. Pourquoi mettre les petits plats dans les grands ? Pourquoi ne pas imaginer plutôt la casserole-plat-verre-à-dent ? Attention, je ne dis pas que Starck est un singe. C'est plutôt un primate évolué : vous saisissez la nuance ? Voilà où on est réduit, après des années de cinéma et de télé : à expliquer Tati, montrer que le tour de force de Starck, c'est d'obtenir laideur ET incommodité.

     Transposée à l'architecture, je ne sais pas comment on désigne l'ergonomie. Mais peu importe, ce qu'il faut comprendre, c'est que Jean Nouvel est proche des gens, il ne veut rien leur imposer qu'ils n'aient désiré car c'est un démocrate. Bien sûr, avec une telle mentalité, on n'aurait jamais eu Michel-Ange, qui a imposé aux Romains, le salaud, ses clochetons et ses coupoles rêvés, ses escaliers doubles aussi inutiles qu'indispensables.

    Le plus fort c'est que Nouvel prétend être un rebelle. Contre l'ordre des architectes, il n'hésite pas à se dresser. Pourtant le résultat est le même que celui de ses confrères : comme eux il fait entrer les gens dans des carrés, des rectangles, des cercles, à la rigueur des triangles. Voilà qui prouve la force du concept ; son côté pratique c'est qu'on peut le retourner comme une chaussette.

     

     

  • Marx pour les Nuls

    Une poignée d'intellectuels communistes sur un plateau de télé confrontés à François Hollande. Emmanuel Todd, Daniel Bensaïd, pour ne citer que les plus cohérents. Aucun d'entre eux, pas même Todd, n'a l'air d'avoir retenu la leçon d'histoire de Marx. Marx, transformé en fétiche par les communistes. Avec une nuance de mépris chez Bensaïd pour Marx, comme si celui-ci appartenait à la préhistoire. Le même mépris que celui de Guaino pour les Africains ; le mépris de celui qui dépense pour celui qui aurait à peine, selon lui, commencé à penser. L'hôpital qui se moque de la charité - Bernard Kouchner.

    Quant à François Hollande, il ignore lui-même ce qui le distingue réellement de Sarkozy ; que des communistes acceptent de causer avec lui, voilà qui le réconforte. Tant que les communistes, LCR ou PCF, continueront de considérer les bobos de gauche autrement que comme des bobos de droite, ils ne recouvriront par leur crédit.

    Ezra Pound déjà l'avait remarqué : on ne fait pas plus ignorant de la doctrine marxiste qu'un communiste français. Confirmation de Céline, goguenard, qui qualifie son roman Mort à crédit de roman communiste... que les militants communistes sont trop cons pour prendre comme tel.

    *

    Franchouillardise : on confond Marx avec Proudhon. Brièvement, la lutte des classes, dans laquelle la production joue un rôle déterminant, pour Marx, c'est la période 1750-1850. Avec Napoléon III commence une nouvelle ère, qu'on peut qualifier de "totalitaire", même si Marx n'emploie pas cet adjectif. La "lutte des classes" ne permet plus de comprendre l'évolution politique de la France après 1850 selon Marx lui-même.

    Marx écrit Le 18 Brumaire de Louis Napoléon précisément pour cette raison, pour tenter d'expliquer en quoi consiste le changement, pourquoi la lutte des classes en France "a vécu". C'est une chronologie de l'avènement de la société civile bourgeoise, dont l'Etat totalitaire est l'émanation. Ce qui n'empêche pas l'Etat ainsi créé et son appareil administratif, sa bureaucratie, de produire ensuite de manière plus ou moins autonome des droits et des devoirs, des lois, destinées à la société civile.

    Superficiellement, on fera observer que l'Etat existait déjà en France auparavant. Bien sûr, mais ce n'était pas la même organisation ; peu à peu la société civile bourgeoise a modelé l'Etat autrement. Balzac est pour Marx le meilleur peintre de cette nouvelle société.

    *

    Il me semble que la comparaison avec les micro-Etats que constituent les grands sociétés anonymes de production de biens, dirigées par un PDG (non propriétaire), permet de mieux comprendre le schéma tracé par Marx. Le personnel, employés et cadres, jusqu'aux dirigeants, constituent la société civile, dans laquelle les cadres intermédiaires pèsent bien sûr d'un poids plus lourd, pris individuellement. La direction, le PDG et ses lieutenants, forment l'appareil d'Etat. Le nom de la société, ses slogans, ses séminaires de formation, constituent l'aspect religieux, mystique, et les étapes de la promotion interne une voie de progression vers une sorte de Nirvana. Pas très spirituel, il est vrai ; mais Marx explique justement comment dans la société totalitaire le matérialisme est maquillé en spiritualité.

    On ne peut pas dissocier ces sphères, personnel et direction, liées par un même destin et communiant avec plus ou moins de sincérité dans la même religion. L'imbrication est parfaite. Même la vie d'un salarié en dehors de l'entreprise n'est pas distincte du travail de ce salarié dans l'entreprise.

    Ma comparaison est fausse dans la mesure où, au-dessus des SA et des SARL en tous genres, il y a l'Etat français, tandis qu'au-dessus de l'Etat français il n'y a rien... ou presque ; presque, car si la République française ressemble de plus en plus à une société anonyme "managée" par un PDG à coup d'objectifs et de slogans creux, c'est parce qu'elle est dominée de plus en plus par l'Etat européen ; les paysans français, par exemple, sont désormais des bureaucrates qui dépendent au moins autant de l'Etat européen que de l'Etat français.

    *

    Dans une France largement bureaucratique, où le secteur tertiaire prend une place toujours plus grande, continuer de parler de "lutte des classes" relève de la part des communistes et des syndicats de la mystification. Ce faisant, les ouvriers sont aussi menteurs que leurs patrons. Mais le plus grave n'est pas là. Si on peut comprendre que pour des raisons tactiques, de mobilisation, l'idée de lutte des classes soit toujours mises en avant par les communistes, en revanche ceux-ci n'ont aucune raison de participer à la mystification laïque, de s'agenouiller devant les "droits de l'homme" totalitaires. Ces "droits de l'homme" virtuels ne sont, comme Marx le démontre, qu'un opium plus fort qu'aucune religion auparavant, une pure fiction qui mène à l'abrutissement. Voyez Mélanchon ou Michel Charasse, Robert Redeker : ce sont des exemples typiques de fanatiques de l'Etat et de sa religion laïque, des mythomanes complets. Si l'on pouvait concevoir la religion laïque en dehors du fanatisme, dans l'absolu elle ressemblerait au bouddhisme ou à l'animisme. Et ce parfait crétin de Mélanchon ne trouve rien de mieux à faire que de dénoncer le fanatisme religieux du Dalaï Lama.

    "Chrétienne, la démocratie politique l'est en ce que l'homme... y est considéré comme un être souverain ; mais l'homme dont il s'agit dans la démocratie politique, c'est l'homme inculte et non social. La chimère (...), le postulat du christianisme [luthérianisme], la souveraineté de l'homme (...) devient dans la démocratie une réalité concrète, une présence, une maxime séculière."

    Et aussi : "L'homme des droits de l'homme est l'individu égoïste et indépendant."

    Karl Marx, in : Critique de l'Etat hégélien.

    Cette critique de l'Etat totalitaire que Benoît XVI s'abstient de faire, bien que les circonstances l'imposent et qu'il soit l'une des rares autorités spirituelles mondialement reconnues, cette critique est dans le marxisme, plus drastique que chez n'importe quel théologien catholique antilibéral, Bloy ou Chesterton.

    On peut déduire aussi que dans la République des traîtres, si Sarkozy est le premier, il est loin d'être le dernier. Ce qui est dépassé, ce n'est pas Marx, ce sont les tentatives des sociaux traîtres et des démocrates crétins de réformer la société civile et l'Etat bourgeois.

  • Humeur

    Merde, pas moyen de remettre la main sur mon exemplaire de La Femme de trente ans (Balzac), où je voulais vérifier un truc.

    C'est pas vrai, même en bouquin il faut que la femme de trente ans trouve le moyen de me faire chier ! Je voulais vérifier si les tares que Balzac attribue à la femme de trente ans ne s'appliquent pas aujourd'hui dès vingt-trois ou vingt-quatre ans.

    *

    Pauvre Sarko, j'entends la rediffusion de son interviou à la radio. Une voix de chien battu. Il n'a pas pigé qu'un président de la République ne doit jamais battre sa coulpe, JAMAIS ! C'est le b.a.-ba. Même Chirac avait compris ça. Avec Carla, ça doit pas être la fête tous les jours. Dans le fond je ne peux pas m'empêcher de plaindre ce pauvre type...

  • Pyromanie

    Par une indiscrétion de D. de Villepin, on connaît le mépris affiché de Sarkozy pour la poésie. Etant donné que je ne fais nulle confiance à Villepin et à ses goûts de bourgeois gaulliste pour les poètes les plus pompiers (pompiers-pyromanes, ça va de soi), je préfère dire que c'est la poésie qui méprise Sarkozy, plutôt que l'inverse, spécialement la poésie du poète-critique fachisto-communiste Ezra Pound : 

    Avec l’Usure

    Avec l’usure nul homme n’a maison de bonne pierre

    chacune taillée, puis ajustée

    afin que le décor puisse orner la façade,

    avec l’usure

    nul ne possède un paradis peint aux murs de l’église

    harpes et luz

    ni la vierge qui reçoit le message

    une auréole s’élevant de l’incision,

    avec l’usure

    nul homme ne voit Gonzague, ses héritiers, ses concubines

    un tableau n’est plus fait pour durer, pour vivre avec

    mais pour se vendre et se vendre vite

    avec l’usure, péché contre nature,

    ton pain sera fait de chiffons, toujours plus

    ton pain sera sec, comme du papier

    sans le blé des montagnes, sans la forte farine

    avec l’usure le trait s’empâte

    avec l’usure les contours s’estompent

    et nul homme sur terre ne trouve sa place.

    Le tailleur de pierres est privé de ses pierres

    le tisserand de son métier

    AVEC L’USURE

    la laine ne se vend plus

    avec l’usure les moutons n’apportent plus de gain

    l’Usure est une peste, l’usure

    émousse l’aiguille dans la main de la servante

    éteint le talent de la fileuse. Pietro Lombardo

    ne vient pas de l’usure

    Duccio ne vient pas de l’usure

    Ni Pier Della Francesca ; ni de l’usure Zuan Bellin’

    ni peinte “La Calunnia”.

    Ni de l’usure Angelico ; ni Ambrogio Praedis,

    Ni l’église de pierre taillée signée : Adamo me fecit.

    Ni de l’usure s&int Trophime

    Ni de l’usure saint Hilaire,

    l’usure a fait rouiller le ciseau,

    Rouiller l’art et l’artisan

    Rongé la trame sur le métier

    Nul ne sait plus y mêler le fil d’or ;

    Azur est dévoré par ce cancer ; cramoisi n’est plus brodé

    Emeraude ne trouve plus de Memling

    L’Usure frappe l’enfant dans le ventre de sa mère

    Elle frappe le jeune homme qui fait sa cour

    Le paralyse dans la couche nuptiale, l’usure s’étend

    entre le mari et sa jeune épousée

    CONTRA NATURAM

    Ils ont amené les putains à Eleusis

    Des cadavres prennent place au banquet

    sur mandement de l’usure.

    Cantos XLV

    NB : Usure : droit prélevé pour l’utilisation du pouvoir d’achat sans tenir compte de la production ; souvent sans tenir compte des moyens de production.

    NL : La "plus-value" n'est rien d'autre qu'un "perfectionnement" de l'usure : un prélèvement à la source, hypocrite.

     

  • Quelque chose de pourri

    Envoyer des ambassadeurs en Chine afin de "rattraper le coup", lécher quelques culs serrés pékinois au nom de la France, c'est encore un reniement de la part de Sarkozy. Il se comporte ainsi en PDG de la maison "France SARL", engagée dans un plan de redressement foiré d'avance. Que cette torche olympique ridicule puisse circuler autour du monde, même au prix de quelques obstacles, c'est déjà une victoire pour le régime chinois et son allié yanki.

    Il n'y a pas loin du PDG au bord de la faillite à la vieille pute qui ne sait plus quel maquillage adopter pour raccoler encore un dernier touriste ou deux au bord de la Chaussée-d'Antin (qui tient une place prépondérante dans la littérature symboliste anticipatrice de notre malheur présent).

    Mais il ne faut pas s'arrêter à Sarkozy, à une posture de bobo de gauche. Sarkozy n'est qu'un pion, le moins mystérieux de la liste. Avec moins d'impudeur dans le style, Chirac et Jospin jouaient le même jeu de l'économie-coup de poker, nos vies sur le tapis vert. Les mêmes salauds, mais en plus honteux, en plus "laïcs".

    "Moins mystérieux", ça veut dire que Sarkozy révèle l'imposture des Droits de l'Homme. La couverture devient transparente ; il ne reste plus rien de cette peau de chagrin. Certes il y aura toujours des connards de cinéphiles pour mordre à la fiction, aussi pâteuse soit-elle, vous me direz. Mais le doute s'insinue dans les esprits les moins faibles... Sarkozy a tellement de mal à composer le rôle du Chef de l'Etat au-dessus des lois du marché, la tête dans les nuages de la mystique républicaine ! Il apparaît, avec ses tics de VRP, comme entièrement du côté de la société civile et de ses actionnaires majoritaires.

    Malgré les efforts de Carla pour en faire un homme d'Etat, chaque déclaration de Sarkozy se présente comme "La semaine du blanc", ou "Le mois du folklore chrétien", "Grande braderie de gauche caviar", "Tentative de faire apparaître la Vierge Bétancour à Roissy-Charles De Gaulle", "Attali-le couteau suisse multifonction qu'il nous faut", "Consommez, consommez, il en restera toujours quelque chose de positif !".

    Sarkozy prouve Marx. L'essence de la social-démocratie, c'est le reniement de la révolution ; exactement comme l'essence de la démocratie-chrétienne est le reniement des Evangiles. Sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens forment une majorité écrasante. Mais ces gens-là sont déjà morts depuis longtemps ; ils simulent tout : l'art, le sexe, la politique, la foi, l'honnêteté, la morale. Ils sont morts et ils ne peuvent par conséquent plus tuer aucun vivant réellement. Il n'y a plus qu'à attendre la décomposition de ces zombis.

  • Finissons-en !

    Pour en finir avec Dieu, c'est le titre du dernier ouvrage de référence signé Richard Dawkins. Vu que ce pavé s'est déjà vendu à des millions d'exemplaires dans le monde, Flammarion s'est dit que ça ne pouvait être qu'une bonne chose de publier les derniers travaux de Dawkins en français, en évitant un titre trop raccoleur, comme il se doit dès qu'on quitte le terrain du journalisme pour entrer sur le territoire de la Science.

    Les éditeurs français ne reculent devant rien pour faire bénéficier au grand public des derniers progrès de la Recherche scientifique où qu'ils se logent, la recherche en général, sur les origines de l'humanité en particulier, où c'est qu'il y a plein d'animaux, c'est plus rigolo. On est en démocratie oui ou crotte de bique ? On est dans un Etat laïc et républicain qui essaie de préserver les enfants de la superstition et du voile islamique, bordel, ou pas ?

     Dawkins est une sorte de Michel Onfray grand-breton. Si je les compare sur le plan scientifique, à vue de nez je donne un léger avantage au Britannique. "A vue de nez" parce que c'est encore la meilleure technique pour jauger les truffes.

    Avantage léger, vu que Dawkins gratifie ses lecteurs tout au long de son bouquin d'arguments de ce niveau : "Newton se disait effectivement croyant. Comme pratiquement tout le monde jusqu'au XIXe siècle (ce qui en dit long à mon avis)." Avec des arguments comme ça, entre parenthèses, la science est VRAIMENT à la portée de tous (à mon avis).

    Assassiner Dieu dans un bouquin tous les dix ans, ça semble le meilleur moyen que la bourgeoisie ait trouvé pour se rassurer sur sa toute-puissance.

    *

     Blague à part, deux remarques sérieuses à propos de Dawkins. D'abord la parenté entre les théologiens qui démontrent par A+B l'existence de Dieu et les athéologiens qui cherchent à établir par A-B qu'il n'existe pas, saute aux yeux. Comme dit Simone Weil, le pari de Pascal relève de l'autosuggestion et pas de la science expérimentale. Pascal = Nitche ; Dawkins = Thomas d'Aquin ; Onfray = mon curé démocrate-chrétien.

    En même temps ce qu'il faut bien voir c'est que malgré sa légèreté dans le domaine des sciences humaines, Richard Dawkins est quand même moins crétin que son homologue évolutionniste yanki Stephen Gould, archétype du kantien inepte, de l'épistémologue forcené, que Dawkins ne peut s'empêcher d'égratigner au passage, respectant ainsi une vieille tradition anglaise de mépris de la science et de l'art étatsuniens, dissimulée derrière des gentlemen agreements commerciaux.

    Car Dawkins postule que si Dieu n'a pas de réalité, si c'est juste une invention humaine, alors la recherche scientifique ne peut pas ne pas en tenir compte. Bravo ! A l'inverse, le scientifique qui croit dans l'objectivité de Dieu, comme Poincaré, ne peut se satisfaire de la théorie du hasard ou de celle du chaos, de la physique quantique mathématique "empruntée" aux nazis par les Yankis. Dawkins n'est pas un scientifique qui fait abstraction, volontairement, comme Gould, de la nature (à l'exception notable du panda).

    C'est-à-dire qu'on doit au moins savoir gré à Dawkins de n'être pas un faux-cul de première comme Gould. Un faux-cul viscéral.

    *

    Et puis j'ai quand même appris un truc dans le bouquin de Dawkins, qui s'est cogné de lire Mein Kampf dans le cadre de ses travaux, ce qui est au-dessus de mes forces.

    Comme Drieu la Rochelle, Hitler relève la convergence entre Karl Marx et saint Paul. Je me dis que si Hitler a été capable de voir cette convergence, il y a une chance pour que Benoît XVI finisse lui aussi par s'en rendre compte et arrête de nous bercer avec saint Augustin, produit de la décadence de l'empire romain.

     

     

  • Solution finale

    Il semble que la solution soit toute trouvée pour régler le problème de la faim dans le monde, aggravé par des années de politique démocratique malthusienne : c'est bien simple, le tiers-monde n'a plus qu'à se nourrir de la mauvaise conscience des néo-colonialistes ! On dispose là d'une manne abondante et grasse dont la source ne risque pas de se tarir.

    Mais promis, aussitôt les nuages chassés par le grand ventilateur de bonheur capitaliste, bientôt le soleil rebrillera de plus belle sur le Brave New World régulé par l'ONU et le FMI.

    Ici intervient forcément l'ultime crétin Jacques Attali pour prôner l'industrialisation de l'agriculture africaine et l'implantation subséquente d'un réseau d'hypermarchés "Carrefour" sur tous les territoires affamés (l'industrialisation trouve sa justification dans le malthusianisme, autant que l'écologie).
    On sait en général que Karl Marx, comme Guizot ou Tocqueville, fait de la lutte entre les classes sociales le moteur de l'histoire moderne. Mais ce qu'on sait moins, c'est que contrairement aux historiens "libéraux", il voyait dans l'anéantissement des classes sociales par le capitalisme, c'est-à-dire dans la société civile et l'Etat bourgeois, non pas un progrès mais les prémices de l'anarchie, de la perte de conscience politique, Y COMPRIS, c'est ça qui est neuf, la perte de conscience politique de l'oligarchie au pouvoir.

    Ce n'est sûrement pas un hasard si, avec son micro-crédit, réservé aux femmes indiennes, à l'exclusion des hommes, Jacques Attali a décidé de s'attaquer à l'une des rares sociétés du tiers-monde structurée en classes sociales : l'Inde.

    « Seigneur, donnez du pain à ce qui ont faim, et faim à ce qui ont du pain. » suppliait l'abbé Pierre, qui ne faisait pas que répandre son autosatisfaction frustrée dans les médias, comme ce fléau d'Attali.

  • Créationnisme

    Un phénoménologue sans dieu, c'est comme un climatologue sans soleil.

    Le terme de l'évolution de la mystique laïque, dont Hegel et Marx démontrent qu'elle est une mystification, le terme de cette évolution c'est la mystique du singe.

    C'est un marxiste italien, Labriola, qui a dit à quel point l'idéologie selon laquelle l'homme est un singe achevé est funeste à la compréhension de l'évolution politique de l'humanité, c'est-à-dire aux sciences humaines. Pour un héritier de l'humanisme de la Renaissance, qu'il soit communiste ou catholique, la science s'arrête à Lamarck ; au-delà, on verse dans la propagande ou la "pasquinade", comme dit Marx parlant de la science de Darwin.
    Admettre ne serait-ce que l'hypothèse (hétéroclite) néo-darwinienne, sous la pression du monde, comme l'a fait Benoît XVI, est par conséquent une concession intolérable de plus à la mystique libérale.

    Si l'étiquette de philosophe athée va si mal à Marx, c'est qu'il est au XXe siècle un des très rares penseurs à perpétuer l'humanisme de la Renaissance : un "phare", comme dirait Baudelaire.